Bonsoir à tous, my apologies pour le jour d'attente, mais il me faut beaucoup de force pour continuer cette fic que j'écris sous des conditions particulières ^^ Donc ne paniquez pas, je publierai la suite le plus tôt possible : Cette histoire me bouffe émotionnellement (et j'espère que vous aussi).

Un grand merci à vava, swatchy et Mokey pour leurs dernières reviews ;)

PS : Ici, la fic passe en M, même si cela reste soft pour l'instant, donc je vous souhaite bonne lecture, à bientôt.


AIDONS L'HYDRE A VIDER SON BROUILLARD


6 : DISPERSION

- Jean ! Armin ! Mikasa ! C'est le moment ! Hurle Eren.

Aussitôt, Jean vient s'appuyer sur les jambes de Lévi, de tout, son poids, pour les retenir tandis que Mikasa sort son épée et la pointe vers la tête de Lévi pour le dissuader de se redresser.

Ce dernier, tout d'abord surpris puis énervé par ce qui se passe autour de lui, finis par sourire légèrement :

- Eh… vous êtes sérieux là ?

- Oui !Scande Eren. Très ! Et on va tout de suite repartir vers la ville ! Immédiatement !

- Vous n'avez pas intérêt à résister, ajoute Mikasa.

- Moi qui vous croyais totalement épuisés… Vous avez donc encore un peu de ressources on dirait ? Et un sacré sens de l'humour, haha.

- Ta gueule ! Ferme-la !

Et Eren vient mordre la main de Lévi, avec toute la rage qu'il a lui.

Il ne peut cacher sa douleur longtemps face à la puissance du jeune Jager et finit par hurler :

- AAAAAH ! Sale…

Mais bien vite, Mikasa est soudain abattue au sol, avant que Jean ne se prenne un violent coup de pieds dans son dos et ne soit écarté des jambes du capitaine.

Profitant de l'agitation, Lévi repousse Eren, toujours accroché à sa main et se redresse, sortant ses deux épées. Eren se relève et commence à courir plus loin :

- Vite ! On rentre à la ville ! Courez ! Cris Eren.

- Vous êtes malades vous tous ! Jamais vous ne vous y retrouverez sans mon aide ici ! Lance Lévi. Vous vous perdrez !

- C'est toi qui nous as perdus ! Gueule Jean en courant plus loin.

- Hahaha, Le capitaine et son équipage vont crever ! S'exclame Annie en agitant ses épées en l'air.

Armin s'est immobilisé face à Lévi, il tremble.

- Armin ! Bourge-toi de là et suis-moi ! Cris Eren en agitant son ami qui ne bouge pas.

- Il a raison… Si on s'en va on ne saura pas comment revenir… Dit-il avec peine.

Mais Eren prends son ami et le tire en arrière, alors que Lévi avance vers eux, lames tendues en avant.

Annie fauche alors la jambe du capitaine, qui se retrouve au sol.

Tandis que brume commence à sérieusement envahir la clairière, elle se met à rire profondément, avant de se diriger, le regard fou, vers Amin et Eren.

- Revenez ! Je vais vous buter sales mômes !


La nuit tombe sur la plaine et Eren se met à courir, sombrant dans une brume épaisse, toujours accroché à son ami qui peine à avancer normalement.

- Eren !

- Tais-toi ! Ordonne le brun. On doit sortir de la prairie… Ces deux malades nous poursuivent… Lui chuchote-t-il.

Eren continue de courir, il court, court, court malgré la fatigue et ses jambes flageolantes, il fend le brouillard blanc et froid, traverse un petit talus et s'arrête un instant à côté d'un arbre mort, lessivé.

Tous deux reprennent leur respiration, pantelant.

- On a perdu les autres… Dit Armin, s'épongeant le front avec crainte.

- … Oui… C'est mauvais…Bien mauvais. Mais cette Annie est trop effrayante.

Dans le lointain, on peut entendre la voix aiguë d'une femme crier :

- Eren ! Viens ici ! Viens que je te découpe !

Le jeune soldat avale sa salive et se tourne vers son ami qu'il voit à peine.

- Armin, approche-toi…

Il peut enfin voir son visage, altéré par la peur et la fatigue, mais bien à côté de lui.

Il passe un bras par-dessus son épaule et, toujours à bout de souffle parle lentement :

- Il faut… qu'on retrouve cette maison et cette cascade de tout à l'heure… Les autres ont dû aller là-bas avant que le brouillard ne cache tout.

- … Attend, je dois respirer un peu… Lui supplie Armin, sentant son corps défaillir.

Eren regarde le blond, mordant ses lèvres d'angoisse.

Armin prend son bras, comme si c'était un corps étranger et le regarde, sans comprendre, il tremble. Ses grands yeux rouges fixent le membre comme une immondice... Puis, lentement Armin relâche son bras et s'agenouille sur l'herbe à peine visible, écartant en même temps des nappes éthérées de brouillard qui le font vibrer :

- Eren… J'ai froid… Balbutie-t-il. J'ai froid…

- Attends…

Eren prends dans son petit sac une veste noire et aide Armin à l'enfiler par-dessus sa cape verte du bataillon, avant de frotter énergiquement son dos avec la paume de ses mains.

- Ça va mieux ?

- Ah… Je sais pas… Merci…

Armin a l'air ailleurs, ses yeux se ferment de plus en plus souvent et cela, de plus en plus longtemps.

- Eren ! Armin ! Je vais vous trouver !

C'est la voix sordide d'Annie qui vient de percer la brume environnante. Elle s'est rapprochée de leur position.

- Au moins, elle ne peut pas nous voir… dit doucement Eren.

Mais… il faut qu'ils parviennent à se dégager de là…

- Fais attention à Lévi… murmure Armin, avant que sa tête ne vienne tomber dans le vide et qu'il ne s'effondre au sol.

- Eh ! Armin !

Eren secoue son acolyte, mais il semble qu'il ne puisse plus bouger ou reprendre conscience.

- Armin, répond moi !

- Eren ! Je t'entends ! S'exclame plus loin la femme, semblant le chercher partout dans la brume.

- Merde… murmure le brun.

Eren se couche parterre, juste à côté de son ami inconscient et ne fait plus aucun son.

Annie se rapproche.

Ses pas se font de plus en plus près d'eux.

Eren tremble, retenant son souffle.

Alors qu'il tente d'entendre le moindre petit déplacement, un douleur aigu lui vient au nez. Un picotement.

Merde…

Un courant parcourt ses narines, lui prend à la tête, il ferme les yeux.

Eren est sur le point d'éternuer…

- Non n'éternue pas bordel !

D'un coup, il se bouche le nez avec ses doigts.

Eren éternue bien, mais le son est étouffé par sa main.

Annie n'a dû rien entendre.

Eren, rassuré, respire tout légèrement, faisant le moins de bruit possible.

Il regarde autour, gagne en tranquillité, quand il voit près de lui, à travers la purée de pois, une petite chaussure.

Le sabot d'Annie qui est à un mètre de lui.


Eren se crispe, interrompt sa respiration et regarde dans les hauteurs, en remontant ses yeux le long des jambes mais il ne voit plus rien au dessus de lui tellement le brouillard est intense.

- Eren ! Reviens ici ! Cris-elle, chancelante, avant de continuer sa route.

Les pieds d'Annie s'en vont un peu plus loin, et Eren attends un long moment, toujours contre le sol glacé, pour être sûr que personne n'est à côté et secoue Armin à nouveau :

- Eh… Armin, réveille-toi ! Réveille-toi bon sang !

Après plusieurs autres essais infructueux, Eren soupire et s'assied en tailleur, sentant le froid l'entourer doucement alors que la nuit doit certainement approcher.

Tout est plus sombre autour de lui, même la brume s'obscurcit.

Il ne voit pas à un mètre à la ronde.

Qu'est-ce qu'il peut faire maintenant ?

A part attendre que le brouillard se lève… ?

Il ne peut pas se lancer comme ça dans l'invisible.

- Armin… Ne me laisse pas tout seul… Réveille-toi !

- Ah…

Soudain, les yeux du blond s'ouvre lentement, il remue un peu les lèvres et semble totalement perdu.

- Armin !

Eren vient prendre dans ses bras le jeune soldat, sentant son cœur comme rebondir.

- … Eren… où est-ce qu'on est ?

- Aucune idée, dit Eren en souriant. Pas loin de là où on a attaqué Lévi…

- Quoi ?

Armin tremble toujours, malgré la veste de son ami sur ses épaulées et finit par regarder Eren avec une expression perdue

- Mais… et les autres… ?

- Partis, il faut les rattraper ! Allez, tu peux te lever ?

- … Je pense oui.

Armin s'accroche périlleusement à son ami, retombe plusieurs fois en gémissant, avant de parvenir à tenir debout, appuyé sur son compagnon.

- Allez, je vais avancer, tu es prêt ? Demande le brun, supportant le poids de l'autre sur sa nuque.

- Vas-y…

Eren repositionne le bras du blond sur ses épaules et fais quelques pas peu assurés. Aussitôt, Armin commence à crier :

- Ah ! Attend !

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Je ne sens plus mes jambes ! Je ne les sens plus !

Eren s'agenouille, de plus en plus inquiet et comment à frotter avec ses deux mains le bas du pantalon d'Armin :

- T'as les pieds gelés c'est pour ça… Il faut…

- Eren !

Juste derrière le jeune soldat, l'ombre d'une personne vient d'apparaître, tenant dans ses mains une épée.

Eren se retourne, évite de justesse le premier coup qui coupe la brume d'un trait fin et atterrit sur ses fesses devant le visage pétrifié d'Annie, les yeux révulsés :

- Tu vas me faire le plaisir de rester tranquille maintenant ! Cris-t-elle ! Moussaillon ! Et elle rit un peu.

- Cours Amrin ! Cours !

- Mais…

- Va-t-en, je m'occupe d'elle ! Insiste-t-il.

Personne ne fera de mal à Armin, personne !

- Neuf ! Huit, Sept ! Hahaha, de moins en moins nombreux ! Hehehe ! Annie tente de toucher à nouveau Eren avec son épée, mais ne parvient pas à le toucher.

- Annie, reprend tes esprits ! Je t'en supplie ! Eructe le brun et faisant une roulade sur le côté.

- Eren ! Eren le capitaine ! Tous à l'abordage, je...

Annie s'arrête d'un coup, comme secouée par quelque chose, elle se redresse un peu, penche la tête telle une poupée désarticulée et sourit :

- Hehe, on dirait qu'il ne reste plus que nous deux et ne crâne… Je vais… Je vais te présenter à lui…

- Laisse-moi ! Cris Eren, se levant soudain.

Mais Annie profite alors de l'occasion pour frapper d'un grand coup avec son épée, tentant de toucher le dos d'Eren.

- Ahhh !

- Merde !

Eren sent la lame couper tout le long de sa colonne vertébrale. La blessure est sans doute superficielle, mais la douleur est insupportable.

- Ahhh, non… Cris-t-il.

Annie de son côté, rit comme jamais, avant de chanter une petite chanson joyeusement :

- Dix petits cochons, pris dans le crachin ! Mer et haute, mer est basse, quand l'hydre arrive… ils trépassent… Ahahah »

Eren au sol, touchant son dos avec angoisse, peut sentir un liquide affleurer ses doigts.

Il se redresse, assommé par la douleur et cours.


Jean cours comme un désespéré, suivi de près par Mikasa.

Les fumées se dissipent à mesure qu'ils traversent la sombre forêt.

L'atmosphère est de plus en plus effrayante, des grandes branches noires leur barrent le passage à maintes reprises, quitte à les écorcher.

- Mikasa ! Tiens-moi la main ou on va se perdre ! Ordonne Jean.

Sans faire d'histoire, elle prend sa main froide dans la sienne et cours plus près de lui, avançant dans une nappe infinie de blanc.

Cette brume ne cesserait donc jamais.

Des volutes s'envolent par endroit, se brisant sur les massifs rocailleux ou les feuilles gélatineuse des pins. Les insectes invisibles crissent à leurs oreilles et le sol se couvre progressivement de champignons spongieux, aspirant leurs pieds dans la fange.

- Ahh !

Mikasa vient de tomber au sol.

- Allez ! Relève-toi ! Répète Jean, alors que l'autre ne répond plus.

- Il faut… Il faut qu'on attende Armin et Eren, je ne peux pas partir sans eux…

Jean grogne tout seul, tournoyant dans les gaz inertes :

- Raah, mais il avait dis qu'on se retrouverait plus loin, il doit être derrière nous…

- Justement, attendons qu'ils arrivent…

- Mais…

- Je ne peux pas Jean… Je dois veiller sur Eren.

Le soldat fait quelques pas avant de se poser près d'un petit affleurement rocheux. Il soupire, avant de renifler l'air qui embaume l'endroit de leur petit bivouac :

- Il y a une odeur bizarre dans le coin…

Jean examine ce qu'il peut voir sur le sol, et constate qu'il est assis sur des sortes de gelées étranges, froides et visqueuses :

- Ahh : Mais c'est quoi ce truc immonde ? S'exclame-t-il.

- Tais-toi ! Lui lance Mikasa ! Je crois entendre quelqu'un venir…

Alors que Jean, en arrière, effleure les champignons et les algues qui l'entourent, Mikasa, toujours au sol, voit une ombre approcher, lentement.

- Qui est-ce ?! Cris-t-elle, tout d'abord menaçante.

Mais l'ombre ne répond pas.

Elle reste parfaitement stoïque.

Sa noirceur commence à induire un souffle de peur dans le corps de la jeune femme.

Bientôt, son corps frissonne tout entier et elle écarquille les yeux, tenant en vain de reconnaître quelqu'un :

- Eren ? Armin ? C'est vous ? Demande-t-elle, effrayée.

Silence.

- Annie… ? Lévi… ?

L'ombre continue de l'observer.

Mikasa sent son cœur ralentir progressivement, comme gelé.

- Montrez-vous ! Cris-t-elle, terrifiée, en brandissant son épée.

- Mikasa ! Ne lui parle pas ! Ordonne Jean.

Son cœur ne bats presque plus.

Quelques secondes passent, Mikasa frissonne toujours, parcourue par des spasmes de peur, avant que l'ombre de recule doucement, telle un fantôme, et ne finisse par disparaître en se fondant dans les nuages nocturnes du brouillard.

Mikasa éructe, tentant de reprendre une respiration habituelle. Elle tousse et finit par verser quelques larmes.

Elle a eu si peur.

Si peur d'un coup.

Elle ferme les yeux, repense à ses deux amis…

Avant de se donner quelques gifles avec désespoir :

- Mikasa ! Arrête ! Cris Jean, la rejoignant plus loin.

- Je les ai abandonnés ! Je les ai laissés avec ces deux fous…

- Ce n'est pas de ta faute Mikasa… On va les retrouver, d'accord ?

Jean lui prends la main.

- Mais il faut que tu restes forte, si je te perds, alors on sera vraiment mal… Tu saisis ?

- … Oui…

- Il faut qu'on avance, la nuit ici on ne voit rien, mais peut-être que le brouillard finira pas disparaître si on avance…

Mikasa regarde le néant pâle qui les dévore lentement, sentant son cœur chavirer :

Jean l'aide à se mettre sur ses maigres jambes et la soutiens quelques instants, avant qu'elle ne fasse ses premiers pas.

Mais Mikasa se met à paniquer :

- Cet endroit me fait trop peur… Je n'arrive pas à avancer…

- On n'a pas le temps pour avoir peur, allez !

- Tu te souviens de ce type dans la cabane de tout à l'heure… ?

- Oui… très bien…

- Et d'Annie…

- Oui…

- Je crois… J'espère que je me trompe mais j'ai l'impression que c'est cet endroit qui les a rendu fous comme ça…

Jean respire lourdement, sa tenue devient inconfortable.

- ... Peu-être... Justement ! On a pas le temps pour les hypothèses ! Sortons d'ici avant de devenir dingues comme tu dis ! S'exclame Jean, la tirant avec lui.

Tout autour d'eux, des grillons s'éveillent emplissent l'air de sonorités confuses, les loirs et les sangliers se retirent, toutes les bêtes ncoturnes semblent fuir quelque chose alors que les fumées s'accentuent.

Jean sent qu'il est tout proche de perdre raison.

Ses tempes sont brulantes, sa tête aussi.

Mais son corps est comme pétrifié, guidé par autre chose.

Sa peau est comme celle d'un autre homme, ses organes ne lui appartiennent plus.

Tout son corps finit par se céder à l'inconnu de la nuit.

Et il marche.

Il marche encore, explorant un univers vague et infini.

Il pourrait avancer ainsi des lustres, sans s'en rendre compte.

A ses côtés, Mikasa, de plus en plus alerte au moindre bruit, s'évertue à rester éveillée.

- Tu as entendu ? Demande-t-elle constamment.

Elle a peur, du moindre arbre, de la moindre ombre, des moindres bruits, mais elle lutte en même temps pour ne pas sombrer dans la fatigue. Ses yeux se ferment et s'ouvrent par intermittence, elle se laisse porter par la puissance étrange de son voisin qui semble habité par une sève nouvelle.

Et alors que des plaintes étranges naissent autour d'eux, Jean commence à froncer les sourcils, d'une manière exagérée.

Son visage se tire, il grimace, puis finis par s'arrêter de marcher. Il hume l'air, prend sa tête entre ses mains, sous le regard perdu de Mikasa et commence à répéter des phrases à voix basse.

- Jean ? Jean, qu'est-ce qui t'arrive ?

Elle tremble comme jamais, observant le soldat s'avancer soudain vers elle.

- Toi !

- Jean… ?

- Mikasa !

- Oui…

Elle recule, sentant l'autre s'approcher de plus en plus près d'elle et la plaquer contre un affleurement d'une roche sombre et pourrie.

Mikasa éloigne son visage de celui de son coéquipier, elle tourne les yeux chaque seconde pour ne pas voir ses yeux – deux grandes balles blanches – la fixer.

- Plus un geste !

- Jean, arrête ! Tu me fais peur là ! Cris-t-elle.

- Pourquoi tu ne me regardes pas ? Pourquoi tu ne me regardes pas ?

- Lâche-moi !

- Tu ne bouges plus et tu me regardes, petite salope !

Sa voix est caverneuse, il prend avec ses doigts violacés le menton de la jeune femme et souris, constatant que Mikasa le regarde enfin.

Non…

Ce n'est pas Jean.

Ce n'est plus lui.

Ou alors il est devenu dingue, comme Annie…

- Tu vas me faire le plaisir de retirer ta petite tenue ma jolie…

Mikasa se laisse lentement toucher les jambes par Jean, qui, affamé, scrute son corps comme il regarderait une part de gâteau des plus délicieux.

Elle révulse ses yeux, mais ne bouge plus d'un trait, se sentant d'un coup abandonnée.

La main de Jean parvient alors à effleurer son sexe.

Aussitôt, elle trésaille et envoit un puissant coup de poing dans la tête de Jean, avant de courir.

- Malade ! Vous êtes tous malades ! Gémit-elle avant de s'enfuir au loin.


A force de courir, Eren est bien vite hors de vue de la folle Annie et continue en titubant son périple interminable, tentant de retrouver la direction qu'Armin a prise.

Tout le long de son chemin, des gouttes sombres tombent depuis son dos sur la pelouse humide, laissant une longue traînée de sang filer derrière lui.

Il arrive bientôt, au hasard des fumées, sur l'orée d'un bois et aussitôt, sourit, se rendant compte qu'il est déjà venu par ici il y a peu.

Appuyant fermement sur son dos pour limiter les pertes de sang, Eren s'engage dans le chemin comme si le diable le poursuivait et essaie de s'habituer à percer la brume avec ses yeux malades.

Mais tout ce qu'il voit lui fait horreur.

Les arbres sont comme morts, entourés d'un linceul funèbre. Les herbes sont plongées dans une lueur violacée et maladive, les lierres tombent en lianes funestes et sifflent en touchant son front.

Eren sent que la forêt l'appelle, va le prendre, l'encercler.

Les frissons de l'angoisse l'envahissent.

Et soudain, alors qu'il allait continuer de courir, surgit du sol moisi un crâne gris.

Ses grands yeux noirs.

Qui le regardent.

L'aspirent.

Des fumées étranges naissent tout autour de sa tête.

L'aspirent.

Non !

Reprend-toi Eren !

Reprend-toi !

Eren s'éveille en hurlant et cours aussi vite qu'il le peut, se prenant des branches fourches au passage, s'éraflant, se tordant maintes fois la cheville, bousculant des buissons. Le crâne semble le poursuivre, émettant des plaintes d'un autre monde

- Lâche-moi !

- Lâche moi l'horreur !

- Lâche-mooooi !

Eren court, court et court encore, à en perdre la raison.

Il ne sait combien de temps s'est écoulé.

Là où il est, le brouillard est moins épais, et en se retournant, il ne voit plus l'horrible chose. Les voix d'outre-tombe se sont calmées.

- Eren !

Quelqu'un l'appelle.

Il ne sait si c'est bon signe, tourne en rond, tentant d'apercevoir une forme humaine avancer vers lui. Il se tourne encore, essoufflé.

- Eren !

De nouveau, il se contracte, quand il reconnait la voix qui vient de l'appeler.

Lévi…

Lévi est tout près maintenant.

- Ne t'approche pas !


Silence.

- Ne t'approche pas ou je te tue !

- … Tu peux toujours essayer gamin...

La silhouette du capitaine fend alors la brume et Eren se dresse, menaçant Lévi avec ses deux épées.

- Pas un pas de plus ! S'pece de fou…

- Ce n'est pas moi qui suis fou ici, mon cher Eren… Allez dépose ces épées…

- Certainement pas ! Tu vas me tuer si je me rends !

- Pourquoi te tuer ?

Le vent glacial commence à souffler dans la chevelure sombre du capitaine. Ses petits yeux sont emplis d'une peur bien réelle qu'il essaie de cacher. Un petit sourire au bas de son visage.

- Entre toi et moi Eren, c'est toi le plus fou j'ai l'impression… dit-il doucement.

- Moi ?

- Qui menace l'autre ? Moi je n'ai rien dans les mains je te signale !

- Mais tu pourrais me tuer en quelques secondes ! Je sais comment tu es rapide !

- … Haha, oui, certes… Mais allez, je t'en prie, sois raisonnable et dépose ça…

- Pas question ! Il faut retrouver Armin et les autres !

- Dans ce brouillard, cela me semble plus que difficile, commente Lévi.

- Alors on les cherche ensemble ! Cris Eren, décidé.

Lévi se gratte machinalement la tempe.

- C'est à cause de tes conneries si on en est arrivé là Lévi, alors tu vas m'aider à les retrouver et on va tous rentrer à la ville ! Continue Jaeger.

- Ha ! S'exclame l'autre. Mes conneries ? Qui a fait sa petite mutinerie tout à l'heure, hein ? Vous êtes juste minables ! Si tout le monde est séparé maintenant, c'est bien de votre faute…

- Tais-toi ! Hurle Eren.

Le jeune soldat se met à terre, abattu, avant de fondre en larmes.

- Je n'en peux plus… Je n'en peux plus de cet endroit sordide. D'être poursuivis par des trucs pas possibles ! Je veux juste rentrer… Avec tout le monde…

- Même avec Annie ? Murmure Lévi.

- … Oui, Annie aussi… Je sais qu'elle n'est pas tout à fait elle-même ici…

Lévi soupire et lance quelques regards inquiets autour, sentant quelque chose s'approcher.

Des ombres planent autour d'eux.

Lévi fronce les sourcils.

Ce n'est pas que dans l'imagination du jeune Eren on dirait.

Il y a bien quelque chose d'anormal ici...

Et ce n'est pas que ce dixième membre de l'équipe.

- Qu'est-ce qui te poursuis Eren ? Demande à voix basse le capitaine, se rapprochant.

- … Je… Des… Un crâne, des morts…

- Comment des morts peuvent te poursuivre, idiot ! Allez, lève-toi ! S'exclame Lévi en saisissant Eren par sa capuche.

Mais l'autre se dégage vite et sèche ses larmes :

- Ne me touche pas !

- Eh… On ne va pas s'entendre comme ça… tu n'as rien à craindre…

- Je n'ai aucune idée de ta sincérité, mais j'accepte de rechercher les autres avec toi si tu m'aides sans faire de trucs louches ! Ordonne le jeune.

Lévi hausse un sourcil :

- Des trucs louches… ?

- Oui ! Alors garde tes distances ! Si tu deviens fou…

- Je le saurais si j'étais dans un état second…

- Je ne pense pas justement, crétin !

Lévi considère Eren quelques instants.

Il vient de l'insulter là…

Cela fait combien de temps que personne ne l'a insulté ?

Lévi sourit légèrement.

- Allons-y ! Je suis à tes ordres, maître… Dit-il en soupirant.

- C'est ça… fous toi de moi ! En attendant, je fais le boulot que Tu es sensé assurer…

- Ah ! Je te laisse être capitaine si tu veux… Si tu crois que ça m'amusait de vous diriger…

Eren peste intérieurement contre l'homme derrière lui.

Ce type n'a vraiment pas d'intérêt pour les autres.

- Je déteste les responsabilités…

- Et qu'est-ce que tu aimes alors, hein ? Lance Eren, cynique.

- …

Lévi se tais, toujours en train de suivre le jeun soldat et en le regardant fixement.

Eren se retourne un moment, avant de rapidement détourner son regard.

- Tss… évidement que tu ne réponds pas, murmure Eren. Tu n'aimes que toi en même temps…

- Ferme-la…

Mais Eren sent que Lévi l'observe toujours. Ce regard dans son dos le brûle, le fait trembler. Quelque chose cloche avec son comportement quand il est avec Lévi. Qu'est-ce que…


Qu'est-ce que… ?

Jean est toujours en train de courir, fou de rage, le visage en sang.

- Mikasa !

- Mikasa, reviens !

Il hurle, reprenant tant bien que mal son souffle entre deux arrêts dans le brouillard froid, avant de se lancer à corps perdu dans la nuit à nouveau.

- Je vais la retrouver…

- Sale garce…

- Et l'emmener, très loin !

- Très loin !

Jean fait des tourbillons dans le vide.

- On s'amusera tous les deux.

- Je vois déjà le tableau.

- Des plaines lointaines, remplis de sables blanc.

- Une grande chapelle tout aussi blanche. Une neige épaisse.

- Des ossements partout, oui…

Alors qu'il avance toujours, il entend soudain un son étrange derrière lui.

Jean se retourne, pressentant un danger.

- Ahaha, Mikasa est revenue pour se venger, pas vrai ? Il rit à s'en décrocher la mâchoire.

Il danse un peu, emporté par des courants inconnus.

Mais le son se rapproche toujours, s'intensifie.

On dirait un son de flûte cassée.

D'un vieil instrument.

Un son malade, quelque chose de terrible qui fond sur lui...

Non !

La panique le prends.

C'est quelque chose d'horrible qui le poursuit, il en a la certitude.

Jean court à nouveau, sentant son corps peu à peu s'élever dans les airs.

Il devient léger.

Étrangement léger.

De plus en plus.

Il peut même décoller ses pieds du sol.

C'est comme s'il flottait.

La transe le prend lentement, il pourrait fermer les yeux.

Et des voix sorties de nulle part, du néant qui l'accompagnent. Le son est affreux.

- Non ! Éloigne-toi ! Éloigne-toi !

- Dégage !

- Dégage de moi ! Hurle Jean.

Jean court à nouveau, sentant son corps peu à peu s'élever dans les airs.

Il est léger.

Étrangement léger.

De plus en plus encore.

- Non !

- Noooon !

Derrière lui, les plaintes macabres se sont évanouies.

Il ne reste plus que les sons inquiétants de la forêt.

Mais cette chose derrière lui est partie...

Jean, effondré au sol, ivre de terreur, reprend ses esprits.

Alors qu'il s'accroche à une pierre avec ses doigts tremblants, la bile lui remonte dans la gorge et il recrache péniblement un liquide visqueux.

- Ahhh… Merde…

Il se rapproche encore un peu du rocher, s'évanouit d'un coup, plongeant dans les ténèbres.


- Eren !

Armin marche pas à pas dans l'herbe humide qui l'entoure. Le brouillard est plus épais que jamais et lèche avidement ses flancs.

- Eren ! Continue-t-il de crier.

C'est un mauvais cauchemar, rien qu'un mauvais cauchemar.

Il peut entendre depuis tout à l'heure, le rire effrayant d'Annie, toujours dans les parages, fouettant l'air avec ses épées.

- Faite que ça cesse… implore-t-il à mi-voix.

Armin titube péniblement jusqu'à un prochain arbre où il s'adosse.

Une maigre lueur vient se poser sur son visage bouillant :

La lune lui apparaît quelques instants.

Son doux disque blanc l'éclaire, apaise son crâne en sueur et vient tranquilliser son cœur.

Et les nuages reprennent le dessus, et la brume reprend le dessus.

Alors qu'Armin retrouve un peu de ses forces, inspirant lentement, il sent une main soudain le saisir par l'épaule et le plaquer au sol :

- Ahh ! J'ai enfin trouvé le blondinet ! S'écrie Annie.

Son visage terrifiant perce les vapeurs blanches et elle sourit de toute ses dents au jeune soldat qui tremble en étouffant un cri.

- Annie, ne me fais pas de mal ! Implore-t-il en cachant son visage.

Mais la femme rit de plus belle. Elle écarte les mains d'Armin, avant de venir poser sa main glaciale sur son front, tout doucement.

- Tu es à moi, petit moussaillon… Puis elle claque sa main contre sa joue.

Le blond sent son corps écrasé par la force phénoménale de la guerrière, ses organes ne répondent plus très bien.

- Annie ! Arrête ça !

- Chut, morveux… Annie va te faire passer le plus beau moment de ta vie…

- Lâche !...

Annie frappe de nouveau Armin avec le revers de ses deux mains, appuie fortement avec ses genoux sur les deux jambes tendues du soldat et gifle à répétition, vient griffer ses bras et son visage.

Armin, tentant de résister, voit son corps lacérer à grand coup d'ongles par la femme et finit par crier.

- Vas-y ! Vide tes poumons ! Lance-toi ! Hurle si tu veux ! Ils sont tous très loin ! Personne ne te sauvera !

Puis Annie, tenant Armin par son coup, descend violemment le bas de son pantalon et commence passer sa main folle sur le ventre de l'autre soldat, le sentant se contracter.

- Laisse-moi ! Hurle-t-il.

Annie rit à mesure qu'elle descend, elle finit par tomber sur le sexe froid du jeune Armin, le pétrit généreusement tout en riant, avant de continuer son chemin et de tomber sur un coin que personne sauf Armin n'a jamais touché auparavant.

- Ne me touche pas !

- Tais-toi ! Tu vas apprécier !

Et Annie force alors un doigt dans l'intimité d'Armin, sentant que le corps résiste contre elle.

- Ah ! Il faut bien que je te dépucelle mon pauvre petit ! Je crois qu'ici tu n'as pas encore eu de visites, pas vrai ?

Armin ne comprend plus rien, le doigt glacial d'Annie le pénètre avec une force destructrice. Il sent le bout de son ongle s'enfoncer dans son anus et en érafler les bords, avant de repartir en arrière et de revenir de nouveau, le faisant tressaillir en rythme décousu.

Il ferme les yeux, tétanisé par ce qui lui arrive, ne voit ni ne comprend plus rien, sinon la douleur qui s'imprègne en lui.

- Eren… Murmure-t-il.

Annie insère alors un second doigt, toujours en riant, lascivement, comme sous l'emprise d'une insomnie, et continue de les planter dans l'intérieur du jeune soldat, s'évertuant à les faire tourner ensemble.

Son autre main s'agrippe au cou d'Armin et l'étrangle.

- Eren… Soupire l'autre, tentant de s'évader autre part, d'oublier.

Imagine quelque chose.

De très loin.

Imagine quelque chose de bien mieux.

Oublie l'horreur ici maintenant, et court, court plus loin.

Puis, Annie, sentant sa joie se dissiper, sort son épée et vient titiller le corps du jeune soldat, faisant tournoyer la lame au dessus de son torse et place la bout de la fine épée contre son nombril.

Il suffirait d'un geste et elle transpercerait son petit ventre.

Mais elle continue de le titiller, passe le tranchant de la lame sur ses tétons, vient lécher le sang qui s'en écoule, et rit de plus belle.

Ne pense plus à rien.

Sinon à la mer.

Imagine-là...

Oublie tout le reste...


Armin, paralysé par la douleur, finit par perdre conscience et ses yeux se ferment doucement, alors qu'Annie commence à faire entrer le manche de son épée dans son intimité :

- Sale ordure de merde ! Je vais te faire gouter à ma lame, moi ! Petite souris verte ! Haha !

Empoignant la lame à main nue, elle enfonce l'autre partie comme elle peut dans le corps d'Armin, sentant que l'entrée lui résiste, elle force, encore, et finis par atteindre son but.

Du sang coule lentement de l'orifice et Annie retire le manche, avant de sauter dans les airs de joie.

Elle parcourt la plaine enfumée, se perd dans le brouillard sans fin, faisant des tours sur elle-même, elle se prend à tomber, retomber, pleurer et rire, sauter de nouveau.

Elle se sent si libre, si dégénérée.

Ses mains battent alors que son corps s'allège.

Elle peut presque flotter dans les airs, faire des sauts et ne plus retomber au sol.

A l'abordage ! A nous…

Dans un petit lointain, elle peut même apercevoir des cygnes blancs sur de l'eau, des flots remuer paisiblement sous la brise.

Quel repos…


Mikasa s'est allongée, folle de rage, folle de peur.

Tout autour, les craquements des arbres, les feuilles qui s'envolent, tout l'effraie et la fait craindre le retour de Jean.

Pourquoi tout le monde commence à de venir dingue ?

Pourquoi tous les autres et pas elle ?

Mikasa prend la terre et les larves dans le sol, se déchaine, balance les feuilles mortes autour d'elle, s'enfouit un instant sous les nuages de moisissure et reprend son souffle.

Eren, Armin… où êtes-vous bon sang ?

Tout à l'heure encore elle pouvait les toucher, du boit des doigts, les serrer, les prendre contre elle. Là maintenant, ses mains ne retiennent plus que des morceaux épars de matières noires.

Je ne dois pas faiblir.

Tant qu'Eren et Armin sont vivants, je tiendrai.

Je ne dois pas abandonner.

C'est leur première mission, et c'est comme si le monde entier s'écroulait d'un coup.

Je les retrouverai, quoi qu'il m'en coûte !

Mikasa se relève avec peine et avance, revenant peu à peu sur ses pas.

Des voix l'entourent, l'encerclent peu à peu.

Des gens parlent, elle peut très bien l'entendre...


Les deux soldats ont ralentis leur rythme.Lévi a cessé de courir en voyant qu'Eren peine à soutenir ses mouvements.

Il marche en boitant, tenant toujours son dos meurtris avec une main et avec l'autre, son épée, toujours à l'affut du moindre mouvement que Lévi pourrait tenter.

- Tu saignes beaucoup Eren… Remarque Lévi en avançant prudemment.

- Oui, je sais…

- Je…

Lévi sort de son sac un autre sachet :

- Vu que tu as jeté l'autre… il me reste encore un peu de cette plante…

Eren fait une mine sombre.

- Prends. Dit froidement Lévi.

- Pourquoi j'accepterai, tu as bien faillis nous tuer tout à l'heure !

- Hein ? J'essayais juste de vous dissuader de vous enfuir comme des abrutis !

- Je pense pas que c'était la meilleure solution ! Hurle Eren, regarde maintenant, Armin et Mikasa sont perdus.

- Jean et Annie aussi…

Lévi frotte sa main droite avec peine et regarde avec insistance l'autre soldat, lui tenant toujours les herbes :

- Tiens je te dis ! Si tu t'évanouis ça sera bien ma veine…

Eren hésite, avant de prendre un boisseau et de le contempler :

- Ça se mange ?

- Oui… croque dans la tige et essaie d'aspirer ce que tu peux…

Eren s'exécute, avant de faire une grimace.

- Ton truc est infect !

- J'ai jamais dis que c'était particulièrement bon…

- …

- Mange encore, tu en auras besoin…

- Mais… tu serais capable de m'empoisonner… fait Eren, lançant un regard défiant à Lévi.

- Moi ? Et pourquoi je me débarrasserais de toi ?

Eren ouvre grand ses yeux, et cris :

- Tout ce qui t'intéresse, c'est trouver un Nécros et le combattre, alors tu as juste à nous éliminer et en rentrant à la garnison tu feras ton rapport… Eren, Armin, Mikasa, tout le monde, perdus dans les terres de l'est, ou bien tués… Et tout le monde croira à ton histoire !

Lévi le contemple, mi amusé, mi troublé, avant de soupirer grandement.

Il vient alors mordre lui aussi dans la plante, sous les yeux surpris d'Eren.

Leurs visages se frôlent.

Puis il aspire avec lassitude la sève orangée qui coule de la plante et regarde l'air vague l'autre soldat, avant de renifler un coup :

- Tu es vraiment idiot Eren…

Et il laisse la plante dans ses mains, avant de faire quelques pas plus loin.

- Ce n'est pas pour les Nécros que j'ai fais la mission…

Eren reste immobile quelques instants, avant de timidement manger le reste de la plante, le goût aigrelet du fluide se diffusant dans sa gorge.

Un filet coule d'ailleurs toujours le long de la lèvre du capitaine.

Eren, faisant un geste, mal à l'aise, fait comprendre à Lévi qu'il a encore un peu de la sève sur le visage. Le remarquant, l'autre prend une mine noire, retire ses gants et essuie rapidement.

Il vient ensuite lécher compulsivement le bout de ses doigts.

Eren regarde faire, sans vraiment broncher, lâchant ce qu'il reste de la plante au sol.

Lévi l'observe encore.

Eren se gratte la tête avec confusion, cherchant à dissiper le trouble qui lui vient.

Qu'est-ce que c'est que ce regard ? Et surtout, pourquoi Lévi a des gestes aussi étranges ?

Et… Sasha a peut-être raison…

Peut-être que Lévi est en train de… de lui envoyer des signes… ?

Eren secoue sa tête à nouveau, sentant la chaleur lui monter alors que son capitaine se rapproche de lui.

- Il faut retrouver les autres… C'est tout ce qui importe, dit Eren en se reprenant maladroitement.

- Eh ! Calme-toi un peu, tu m'écoutes ?

Mais Eren ne le regard pas, il fait tout pour remuer, se distraire, et quand il sent la main de Lévi se poser sur son épaule, ressentant alors les mêmes courants que la veille, il sursaute, balance un pied en avant, recule et glisse sur la végétation molle et trébuche sur Lévi.

Ce dernier, ayant perdu l'équilibre suite au coup d'Eren dans sa jambe, tombe en arrière et reçoit l'autre soldat sur son ventre.


- Ah… Tu peux pas faire attention ! Cris aussitôt Eren, en tentant de se redresser.

- C'est toi qui me tombes dessus, idiot…

Eren saisis la main de Lévi pour tenter de prendre appuie, mais aussitôt, le capitaine lance un grondement et lui hurle dessus :

- Aie ! Tu me fais mal !

- …

Eren écarquille les yeux.

C'est la première fois qu'il entend Lévi ressentir la moindre once de douleur.

Enfin, la première fois qu'il paraît fragile…

- … Pardon…

- Tu m'as mordu ici je te signale… Bougonne Lévi.

- Ah… J'avais oublié.

Les deux restent ainsi l'un sur l'autre quelques instants, les vapeurs revenant doucement vers leurs corps.

Lévi peut apercevoir le visage de l'autre soldat entre les particules en lévitation et hésite à l'éloigner tout de suite, à le faire dégager.

Mais quelque chose le retiens.

D'un autre côté, il ne peut pas rester comme ça sans rien faire.

Ou alors l'autre se doutera qu'il y a vraiment un problème…

Mais… le corps d'Eren n'est pas si petit que ça…

Ils font presque la même taille.

Il l'appelle marmot, gamin, des noms d'enfant alors qu'ils sont presque de la même taille. Et il doit avoir quelques années de moins que lui, c'est tout.

Lévi pose doucement sa main sur la tête d'Eren, ses cheveux bruns caressant la paume de sa main.

Qu'es-ce qu'il fait ?

Eren, perdu, sent une aura étrange émaner du visage de l'autre homme, une force magnétique.

Il regarde à plusieurs reprises les lèvres humides de Lévi, ouvre lentement les siennes, comme par réflexe. Quelque chose se noue en lui.

Les secondes passent et il revoit en boucle le baiser d'hier, il le ressent de plus en plus intensément.

Ce n'est qu'un contact entre deux lèvres, rien de plus après tout...

En pleine inconscience, suprême volupté

- Dis… Tu veux pas te retirer, tu m'écrases là… Lance Lévi, la voix ennuyée.

- Ah ! … Pardon ! Eren se redresse, tenant son dos avec sa main droite et proposant son autre main à Lévi.

Ce dernier la mire quelques instants avant de se redresser seul. Se faisant, il murmure tout de même :

- Merci…

Eren se remet à marcher lentement, le corps atomisé par les récents évènements, mais légèrement requinqué.

D'un coup, il se rend compte qu'il voit mieux, malgré l'obscurité de la nuit, la lune qui ne les éclaire plus, et malgré aussi le brouillard, il voit plus clairement et parvient à marcher presque normalement.

- Eh… Fais voir ton dos. Demande le perplexe Lévi, derrière Eren.

Eren retourne sa tête un peu, et soulève le haut de sa tunique, dévoilant une large cicatrice rougeoyante qui dévale toute sa colonne.

- Qui t'as fais ça ?

- Annie bien sûr, qui d'autre ?

- … Il faudra désinfecter ça…

- Facile à dire ! Comment veux-tu trouver de quoi se soigner ici ?

- Je parle de Mikasa ! C'est elle qui avait de quoi te soigner, non ?

- … Oui.

- Cette forêt semble remplie d'organismes qu'on ne connaît pas encore très bien et qui pourrait te rendre malade, donc n'expose ta plaie, appuie Lévi, tout en secouant ses vêtements des feuilles et de la crasse.

- Oui.

- Allez, reprenons…

Mais à peine ont-ils fait quelques pas que des voix autours les interpellent.

Pire, ils peuvent entendre clairement des pas, des courses, des gens respirer non loin.

- C'est la dixième personne de l'escouade ! Siffle Eren, haletant.

- Non… Ils sont plus nombreux que ça…

- Des Titans ? Murmure Eren, collé au dos du capitaine.

- Non… ils sont bien trop petits.

Eren ne sait pas s'il faut être réjouis ou non pas cette nouvelle…

Des humains.

Plusieurs personnes qui les observent en ce moment même et les entourent.

Est-ce que c'est vraiment mieux que des Titans… ?

- Ne bouge pas Eren, je vais tenter quelque chose.

Lévi sort lentement une première épée, tout en parlant à voix haute et claire :

- Eh ! Montrez-vous bande de chiffes molles ! Mikasa, Jean ? C'est vous ?

Mais seuls de vagues chuchotements leurs répondent.

Alors que les sons s'amplifient tout autour d'eux et les pas se rapprochent, Eren et Lévi sentent très distinctement une grande ombre planer sur eux.


Aussitôt, Lévi pousse son voisin sur le côté et reçoit un grand choc sur ses épaules.

Eren trébuche plus loin avant de se redresser, le temps de voir un grand filet tomber sur Lévi et des silhouettes courir vers lui.

Son capitaine, sortant une main désespérée des serrements, lui cris

- Eren ! Cours ! Sauve-toi bordel !

Hésitant quelques secondes, Eren se met à courir, regardant une dernière fois l'autre soldat à terre et courant pour sa vie. Il entend des personnes le poursuivre, des feuilles crisser sous leurs pas, des branches se briser, et les mottes de terre se retourner.

De nouveau, à courir dans le brouillard, à s'y perdre.

A suer toute l'eau de son corps.

Cela n'aura donc pas de fin ?

Il peut percevoir un son rassurant au loin, il change alors de direction et continue de fendre les ténèbres.

A nouveau, Eren court, court aussi vite qu'il peut, à travers les horizons noirs et zébrés de la forêt, il parvient à sortir des bois.

Une rivière ?

Une source ?

Qu'est-ce qui peut faire autant de bruit ?

Mais Eren finit par déboucher, pour son plus grand bonheur, sur la fameuse cascade de cet après-midi.

Les flots déchainés qui se jettent sans fin, goutte par goutte, dans les rochers pour s'y infiltrer et sonder d'autres profondeurs. Voilà, ce qu'Eren voulait trouver. Un instant, il voudrait presque y danser pour enfin se libérer de toute la terreur qu'il a accumulée.

Derrière lui, il n'entend plus aucun son de pas.

Mais mieux vaut continuer la route, même si le danger n'est peut-être plus à ses trousses, on ne sait jamais si on le poursuit encore…

Plus loin, il reconnait tout de suite la cabane du vieil homme. Et en s'approchant encore, il distingue au sol, près du puits, près du perron de la maison, le corps inanimé de Sasha qui n'a pas bougé entre temps.

Il ralentie, avant de se poser finalement, crevé, lessivé, à côté de Sasha et soupire grandement, le dos contre le bois de la maison. Le cadavre du Titan au loin n'est plus qu'un tas d'ossements rigides et refroidi par la brume.

Oui, Eren vient de s'en rendre compte, mais la brume a encore diminué en intensité, il pourrait presque voit le paysage clairement, si les nuages blancs ne flottaient pas encore ça et là dans son champ de vision.

Mais enfin, il se sent en sécurité.

Il se presse conte son ancienne amie, la prends dans ses bras lentement et soupire à nouveau, relâchant toutes les tensions dans son dos et ses épaules.

Eren ferme les paupières.

Et, tout de suite, lu reviennent les dernière images de Lévi, contre lui, à quelques centimètres, et enfin, pris dans le piège.

Qui a pu construire un truc pareil dans une forêt comme celle-ci ?

Pourquoi y avait-il autant de monde ?

Alors… Il n'y aurait pas seulement une personne inconnue qui les suivait… ? Mais plusieurs … ?

Ou alors…

Ou alors cette personne, cette dixième personne qui devait faire partie de la troupe a été enlevé, tout comme Lévi, a été piégée et isolée ailleurs, le matin du départ.

Et les personnes que l'on entend, depuis le premier jour, les observent, cherchent à les capturer, un à un…

Eren, foudroyé par ses réflexions, se met à trembler à nouveau, alors que le visage de Lévi, celui d'Armin et de Mikasa le hantent.

Il est seul. Il avait retrouvé un instant l'espoir de trouver les autres avec Lévi, mais…

Que c'est-il passé ? Pourquoi il ne peut pas juste garder les gens qu'il aime près de lui ? A chaque fois il est de nouveau abandonné. Sans le savoir, ses amis étaient peut-être perdus, fous de chagrin, en train de se faire dévorer par des Titans ou torturés par ces inconnus, qu'en sait-il ?

Et il ne peut rien faire ?

Des sanglots remontent et il ne parvient plus à les étouffer, se laissant aller aux larmes et aux lamentations.


Sa voix aiguë pleure, il la laisse couler comme l'eau dans l'air, des sons discordants en sorte, chargés de peine. Eren s'étonne lui-même, tout en faisant fondre ses yeux. La peine est trop dure, son cœur froid s'est comme ralenti, et chaque battement est un supplice, comme s'il allait éclater sa cage thoracique.

Eren remarque, toujours les yeux noyés de larmes, le sac ouvert de Sasha. En dépassent des petites baies noires.

Le sureau…

Lentement, Eren en saisis quelques unes et avale comme il peut les fruits à pleine bouchée.

Manger lui fait un bien fou, à tel point que ses larmes redoublent de puissance.

Son corps gouverné par ses émotions, dominé par l'anarchie de ses sentiments se perd entre le goût jouissif des perles noires dans sa bouche et l'amertume de ses larmes.

- Annie !

- Jean !...

- Armin !

- Mikasa !

- ... Lévi !

Où êtes-vous ?

Eren remarque, toujours les yeux noyés de larmes,

Et bientôt, une silhouette s'approche.

Alors qu'Eren écarquille les yeux, prêt à s'enfui à nouveau, il reconnaît l'uniforme des soldats de sa division approcher.

Une cape verte, entourant une tunique brune.

Le corps obscur s'avance encore, parvient tout près.

Eren n'ose plus faire un mouvement.

Et peu à peu, une voix étrange murmure à ses oreilles :

- Ah… Enfin te voilà Eren… Nous t'avons cherché partout tu sais ?

- Qui…

- Tu es enfin à portée de bras…, allez, lève-toi et suis-moi…

Cette voix…

Une main nue vient naturellement prendre la sienne et l'aide à se relever.

- Les nuits sont longues en hiver, Eren Jaeger… et celle-ci n'est pas prête de se terminer…


FIN DU SIXIÈME CHAPITRE