Voilà enfin la suite de la fic !
Mes excuses pour le temps de pause, mais il fallait que je réfléchisse bien à ce point de bascule que prend le récit à partir de maintenant (et se vider la tête aussi !)
Je remercie Swatchy et la quarantaine de lecteurs qui ne lâchent pas l'histoire ;) Merci à vous !
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8 : Bienvenus à l'Hydre
- Mes amis !
- Bienvenus à L'hydre !
- Cette maison est pour vous !
- Faites pour vous !
- Tous en cœur !
- Vous serez impressionnés ! Par tout ce que nous pouvons partager ici.
- Oui, il s'agit bien de partage, amis !
- Regardez plutôt, quelles beautés engendrent ces murs !
- Fermez les yeux !
- Sentez les flux de la vie vous habiter et relier les êtres.
- Mes amis !
- Ce soir !
- Parmi les autres…
- Vous êtes ensemble pour célébrer l'hydre que vous formez…
- Tendez vers lui !
- Laissez la brume vous encercler !
- Et tendez encore plus vers lui.
- Bientôt… vous aspirez bien plus qu'à une simple vie terrestre… et le ciel vous appellera.
Des couleurs passent, trépassent.
Par moment, des chants religieux, polyphoniques.
Le poids des chaînes.
Son corps vacillant à travers les couloirs.
Peut-être à un moment, la senteur vague de l'herbe, ouverture sur le dehors, le temps d'une promenade.
Mais tout ça, c'est néant.
Toutes les sensations sont dévorées par la douleur à ses poings.
Et ses yeux ne parviennent plus à s'ouvrir.
Des chuchotements se fondent entre eux au dessus de sa tête. Un mal de crâne tenace s'est emparé de lui. Douleur, il ne ressent plus que cela à présent. Les images vacillent. Une odeur. De l'encens peut-être, quelque chose de fort et d'inconnu. Des parfums jamais rencontrés.
Et surtout.
Des couleurs bien inhabituelles.
Eren lève péniblement ses deux mains pour mieux les observer et constate avec angoisse la teinte violette qu'elles ont prises.
Et en tournant le regard, le violet est un peu partout, se réverbérant entre les différentes grandes toiles de tissus et les drapés qui tombent tout autour dans la grande pièce.
L'intérieur de la chapelle. Un grand rectangle de pierre violacé, percé par de multiples vitraux circulaires.
Et face à lui, un autel, et plusieurs personnes qui discutent doucement.
Il est attaché à ce qui semble être un banc de prière.
- A vos souffrances…
Des verres trinquent, suivis de quelques rires étouffés.
- Grand merci Petra, grand merci…
- Demande donc à Tarik.
- Eh, il ne comprendrait jamais, c'est quelqu'un de profondément indifférent à nos petits problèmes...
- Les trois têtes tombent maintenant sur nous les amis…
L'un des hommes devant s'est soudain redressé et sa figure téméraire s'approche du jeune Eren, le regardant avec attention :
- Bienvenu dans ta nouvelle demeure mon gars…
Il s'incline, se faisant, renverse son verre de vin (semble-t-il) et remets en place avec la plus grande précision son col blanc :
- Eren Jaeger…
Eren tente d'articuler des mots de sang dans sa bouche endolorie.
Du sang ? On dirait que sa mâchoire ne veut plus bouger… Et même… Tout son corps semble être au ralenti. La drogue qu'Hansi lui a donnée a donc encore effet. Mais est-ce que ces gens l'auraient déjà frappé ?
Eren parvient à faire un tour plus ou moins facile de la pièce avec ses yeux et constate qu'il est le seul de son équipe à s'y trouver.
- Bien… Maintenant que nous t'avons avec nous, tous les espoirs sont permis… N'est-ce pas ?
- …
- Nous comptons sur toi maintenant.
L'homme se rapproche un peu, dévoilant un visage ridé et pâle, éclairé d'une bien effrayante façon par les lanternes murales et les vitraux. De courts cheveux blancs ornent son crâne plissé.
- Tu as décidé de rester muet ?
- …
Eren n'a surtout pas envie de discuter avec cet homme, ni avec personne d'autre. Qu'on le mette en prison, qu'on l'éloigne de cet endroit bizarre, par pitié, et il trouvera un moyen de s'échapper !
Mais il faut qu'il sorte d'ici.
- Tu ne veux pas me chercher quelque chose pour le réveiller ? J'ai l'impression qu'il dort debout, lance l'homme en se retournant.
Aussitôt, un petit homme part plus loin dans l'obscurité.
Il revient un peu plus tard, portant un grand verre d'eau.
Alors qu'il s'apprête à le porter à la bouche du jeune Eren, l'autre homme s'empare énergiquement du gobelet et jette l'eau sur le visage du soldat à terre.
Eren exulte, tente d'avaler l'eau qui pend de son nez et secoue sa tête.
La douche froide remets progressivement Eren dans la conscience que sa situation actuelle est assez mauvaise pour ne pas dire désespérante.
- Tu dois être exténué… Après tout, il paraît que vous avez sacrément cavalé là-bas, pas vrai ?
- Laissez-moi… murmure Eren.
- Te laisser ? Non, je suis bien navré, mais après tous les efforts que nous avons fait pour te ramener ici, il n'en est pas question…
Eren relève la tête et observe l'homme le contempler avec un petit sourire las :
- Je ne te laisserai pour rien au monde maintenant. Nous avons enfin attrapé notre tenace petit gaillard ! Tu as une mission des plus importantes à exécuter avec nous… Te lâcher serait comme laisser filer le meilleur de nos chiens de chasse.
Eren trésaille.
La main du vieil homme vient de se poser sur son front, relevant un peu sa tête.
Ces doigts qui le touchent et appuient contre son crâne le répugnent. Le simple contact l'emplit de sécheresse et d'effroi. Mais qui est ce type ?
Il a l'air d'un noble.
Il porte un grand manteau noir, et un grand col blanc plissé, remontant jusqu'à ses tempes. Dans sa main droite une canne toute aussi élégante.
- Dites… Zoé ne l'a pas trop amoché j'espère ! Il n'est pas malade quand même ?
- Non, elle a dit qu'il était en parfaite santé ! Lança une jeune femme plus loin.
Silence.
- Bon, je vais aller voir Tarik…
Et un autre homme en manteau noir disparaît plus loin.
- Tu viens le voir ? Demande l'homme à la canne, en se tournant vers la femme, maintenant seule avec eux.
L'autre hésite, avant de faire quelques pas.
Une chevelure courte et orangée perce alors le voile sombre de la chapelle.
- Alors… il est pas beau ?
- Si… Mais il me semble l'avoir déjà vu… On a dû se croiser à l'académie… Lance-t-elle.
- Bon, là, présentement, il paraît être plus mort que vivant, je te l'accorde. Mais je te garantis qu'il a du potentiel ! S'exclame l'autre.
- Ah… Pourquoi on ne le livre pas tout de suite alors ?
- Pétra… Ne sois pas sinistre ! Il faut que l'on puisse être sûr qu'il nous reviendra… Cela ne servirait pas à grand-chose sinon. Dit calmement l'homme.
Pétra ?
Oui, ce nom revient peu à peu à Eren.
Quelqu'un s'appelait bien ainsi parmi les filles de l'académie. Elle semblait faire partie des membres plus importants des équipes d'exploration.
La femme regarde un instant encore Eren, avant de partir en murmurant :
- J'espère que tu ne perds pas ton temps au moins…
- Oh ça… Ne t'inquiète pas pour moi. Va ! Et ne reviens que lorsque j'aurai pu m'arranger avec ce soldat pour qu'il devienne aussi courageux que toi ! Et tout aussi inébranlable !
Une porte claque.
Le vieil homme se tourne vers Eren.
- Pétra croira en toi… Moi j'y crois déjà !
- Bien… Bien, bien, bien. Nous voilà seuls maintenant et j'ai enfin la paix… Mais… qu'est-ce que tu veux… On ne peut pas tout avoir !
Il se gratte une cuisse avant de prendre une mine souriante :
- Je me nome Hélio… Et je suis la voie que tu dois suivre.
- …
- Ensemble, je suis certain que nous passeront les frontières qui te sont pour l'instant inaccessibles du monde des Nécros… C'est un voyage que je te propose en quelque sorte… Enfin… Proposer n'es pas le terme exacte puisque c'est une obligation maintenant. Mais vu que le gouvernement ne semble pas prendre en compte d'aussi grandes découvertes…
Sa voix, posée mais néanmoins très puissante résonne partout dans la chapelle, formant une série d'échos qui se chevauchent les uns aux autres.
- Mais je ne peux pas complètement te forcer… Il faut de la volonté, pour affronter un Titan… et surtout pour parvenir à les comprendre… Aussi j'aurais besoin de ta coopération.
- … Où sont les autres… ?
- Les autres ? Ta petite compagnie a été retenue ici. Du moins… ce qu'il en restait…
- … Et Lév…
- Le grand caporal ? Il est en lieu sûr.
- Armin… Mi…
- Les autres, je ne les connais pas, j'imagine qu'ils doivent êtres dans les chambres, ou les cellules en bas. Fichtre que c'est grand ici ! Il y a tellement de salle, haha ! Un vrai labyrinthe. Un dédale souterrain.
L'homme commence à s'éloigner tout en causant d'un air simple :
- Oui… Au début je voulais surtout ne pas travailler dans une pareille atmosphère, et puis j'ai compris que les Nécros aimaient par-dessus tous les endroits peu éclairés… Oui ! C'était de la folie de vouloir les ramener ici, mais en même temps, si nous voulons les observer de près… J'ai remarqué la salle où il comptait les enfermer… Du beau travail !
- Qu'est-ce que vous racontez… ? Murmure Eren, fatigué.
- Je te chante ton avenir, crétin ! Si tu es là vivant, c'est uniquement parce que nous croyons que tu peux nous êtres utile ! Notre seigneur n'accepterait pas que l'on s'encombre avec des incapables… Nous avons déjà bien assez de projets à mener !
- Seigneur…. ?
Évidemment… Fais l'autre pensif. Je suppose que nous devrons également te faire passer un bon nombre de petites séances particulières sur l'Hydre...
Hélio se saisit du visage d'Eren et fronce les sourcils :
- Alors, est-ce que monsieur va nous aider ? Est-ce qu'il pourrait se rendre enfin utile ? Et s'il osait déjà me regarder droit dans les yeux !?
Eren, effrayé, fixe maintenant les grands yeux ouverts de l'homme en face de lui, pétrifié, avant de sentir son cœur se soulever :
- Vous faites parti du culte, pas vrai ? Vous m'aurez pas avec vos histoires ! Ni moi ni personne !
Hélio se redresse et sourit :
- Ah… Je savais que tu étais combatif ! Te voilà réveillé !
- Pourquoi vous nous enfermez ici, hein ?
Hélio rit un peu, haussant les épaules :
- Parce que c'est le lieu idéal… Mais tu sais, Eren, je serai ravi de te détacher. Ravi ! Cependant, au vue de ton acharnement à refuser toute ma sympathie… Je me vois obligé de ne pas te céder cette faveur. Peut-être plus tard...
Eren, angoissé, regarde Hélio partir.
- … Attenez…
- Oui ? Fait l'autre, toujours dos à Eren.
- Qu'est-ce que… Qu'es-ce que c'est cette mission ? Je n'ai pas le droit de savoir ?
- Si.
Silence. Une faible lumière du matin se pose sur Hélio.
Il se retourne.
- Tu es prêt à nous aider ?
- … Il faudrait que je sache de quoi il s'agit, non ? Et qu'on nous traite différemment !
- Oh… Mais tes amis vont très bien, je te rassure. Ce n'est que toi qui pose problème, cher Eren…
Hélio fait quelques pas vers lui avant de lâcher un sourire :
- Tu es très têtu d'habitude… Mais aujourd'hui, enfin, tu sembles moins borné…
- Mais…
- Ce que nous te demandons est particulier, il est vrai. Mais c'est pour le bien de l'humanité que nous étudions les Nécros. Ni plus, ni moins.
- … Si c'est pour le bien de l'humanité, pourquoi est ce que je me retrouve enfermé avec les autres ?
- Oh… mais personne n'est plus enfermé très cher ! Sauf toi…
Ecouter: DDO soundtrack – Planes of nightmare
Eren ouvre grand les yeux, ne sachant plus où poser son regard.
- Nous avons besoin que tu ne finisses pas coopérer, mais tu vois bien que tu n'es pas encore prêt à te libérer de tes chaînes… On m'avait prévenu que tu étais difficile, mais je ne m'attendais pas à autant de résistance à dire vrai…
Eren regarde ses mains, et les grands arcs argentés qui les encerclent.
De ses deux poings dégoulinent de longs filets de sang noirs.
Chaque mouvement qu'il fait lui rappelle peu à peu la douleur qui lui transperce les poignets.
- Désolé… mais tu dois encore les garder. Ça doit faire mal, pas vrai ?
Eren rage, serrant les dents :
- Ta gueule !
Aussitôt, Hélio lance un soupir rauque et gifle violemment le jeune homme.
Le coup cinglant se répercute dans la grande salle.
Et le sang qu'Eren avait emmagasiné dans sa bouche se déverse sur les pierres.
- Un bien mauvais élève que voilà… Mais je sais qu'on pourra te discipliner. Les plus revêches, avec une bonne éducation, deviennent les plus fidèles apôtres.
Eren relève lentement la tête, remuant sa mâchoire qu'il ne sent presque plus.
- Laissez-moi… voir les autres…
- Si tu es sage, l'ami. En attendant, il faut bien que je te laisse un peu te calmer.
Alors qu'il s'apprête de nouveau à partir, Eren lance un appel à l'aide, sincère, à Hélio.
Même si l'individu l'effraie, la seule pensée d'être abandonné enchaîné au milieu de cet endroit suffit à tétaniser Eren.
- Quoi encore ?
- Je… Je veux que vous me parliez de la mission… finit par dire Eren.
- Tu penses être capable de m'écouter, sans me couper avec tes idioties ?
- …Oui.
- Alors, allons-y. Le plus tôt sera le mieux après tout.
Hélio fait un petit tour sur lui-même et sourit légèrement :
- Tu as dû apprendre que les Nécros sont faits de gaz, Zoé a dû te le dire…
Eren acquiesce, retenant les questions qui tournent dans sa tête au sujet de cette femme.
- La mission que nous voulons te confier est simplement de les approcher et de rentrer en contact avec eux… Cela peut paraître simple comme cela, mais les Nécros sont loin d'êtres des titans ordinaires.
Hélio tend son regard vers l'autel.
Dans les hauteurs, on peut voir le symbole en trois parties qui est gravé dans la pierre du mur principal.
- Cette institution ne s'est crée que dans le but de découvrir la vérité sur les Titans de la brume - comme on les appelle aussi - qui peuplent cette partie des terres. Et s'ils ont jugés bons de faire les choses ainsi, de cette manière, cachés… Je suppose que c'est parce que ces abrutis du gouvernement n'ont jamais voulu que l'on s'approche d'avantage des Nécros.
Hélio est gagné par sa rage :
- Si ces crétins n'étaient pas uniquement concentrés sur les murs principaux et que nous pouvions avoir des fonds pour nous consacrer aux Nécros, le problème serait déjà réglé…
- Mais ce n'est pas un problème ! S'enquit Eren, piqué à vif.
Hélio, sur le point de crier sur le jeune garçon, finit par se gratter de nouveau la cuisse et semble perdu dans ses pensées :
- Oui… Ce n'est pas totalement faux… Ils ne posent pas de problèmes. Enfin, rien ne montrent qu'ils recherchent à tuer spécifiquement des humains. En revanche, leur existence même est un problème scientifique du plus haut ordre, qu'il nous faut percer.
- … Alors… vous faites tout ça pour la recherche à deux balles ?
- Oui… Et crois-moi, si nous parvenons à en apprendre plus sur eux, ta vie risque bien de profondément changé, Eren Jaeger…
Hélio lance un regard déterminé sur le jeune homme et fait les cent pas avant de continuer :
- Honnêtement, je suis chargé de toi et de ta participation à cette expérience, rien de plus. Je ne sais pas grand-chose sur les Nécros. Je sais simplement que très peu de gens ont pu survivre à leur rencontre, et encore moins pouvaient s'en souvenir ou pouvaient encore s'exprimer…
Hélio fait demi-tour soudainement.
- Ils sont dangereux… Ils vivent peut-être reclus ici, mais imagine qu'ils se déplacent ailleurs, et puissent attaquer les hommes la nuit ? Hein ? Nous aurions besoin de nous méfier à la fois des Titans, le jour et la nuit ?
- … Mais, Zoé avait dis qu'il se passerait autre chose…
- Oh ! Zoé, il ne vaut mieux pas l'écouter de toute façon ! Cette garce est une névrosée ! Je ne lui fais aucune confiance, même – que dis-je -, surtout sur le plan scientifique !
Eren baisse la tête et repense, s'abandonnant à la fatigue, aux visages de ses amis. Il peut voir leurs têtes se distinguer dans une épaisse nappe de brouillard, et la nuit englober leurs silhouettes fugitives.
Il fait froid ici.
- Je… J'ai soif… Dit-il doucement, comme s'il ne s'adressait à plus personne.
- Hein ? Je viens de te donner à boire !
- … S'il vous plaît, insiste Eren.
- Bien.
Alors qu'Hélio s'éloigne, un jeune homme d'environ vingt ans, les cheveux bien noir et portant l'éternel manteau noir sur ses épaules s'approche lentement d'Eren.
- Tu viens voir la bête ? Demande doucement Hélio.
- Oui… Est-ce qu'il s'est enfin remis ?
- Il semble bien. Fais gaffe, il est assez susceptible…
L'homme sourit avant de prendre congé d'Hélio et se rapproche à grands pas du jeune Eren, tout en s'asseyant face à lui.
Leurs visages se font faces, comme à égalité.
- Qui vous êtes vous… ? Glisse Eren, épuisé.
- Je suis le gardien de ce lieu. Et tu es le bienvenu Eren.
Eren sourit à son tour, baissant la tête :
- Oh… Alors c'est vous qui me retenez prisonnier ici ? Curieuse façon de me souhaiter la bienvenue…
- Tu sais… Tu n'as vraiment aucune raison de partir maintenant… Tes amis ont bien décidé de rester…
- Mais… Qu'est-ce que c'est vos histoires avec mon équipe ? Pourquoi ils… ? Ils sont enchaînés eux aussi, non ?
- Absolument pas. Toi, tu as un petit traitement de faveur on peut dire…
- Mais…
- Avant toute chose, sache que nous sommes tes amis. Et même plus si tu le souhaites. L'Hydre sera ravis de t'accueillit parmi les siens…
- L'Hydre ? Eren se fige, perdu.
- Je sais que tu es troublé par tout ce qui s'est passé ces derniers temps. Mais moi, je te me nome Tarik, et j'affirme que j'ai la solution à toutes tes interrogations…
- …
- Il te faudra juste du temps pour tout comprendre et tout assimiler.
- Je m'en fous de votre culte ! Je veux juste revenir à la ville, avec les autres !
Eren crie, à nouveau, sa voix se déchire alors que le visage de Tarik en face de lui reste de marbre.
- J'en ai rien à faire de votre Hydre, je veux juste qu'on nous foute la paix ! Vous n'avez pas le droit de nous forcer à faire vos histoires sordides !
- Oh… Mais nous n'avons pas le choix malheureusement…
Eren sent les larmes revenir.
Ne pleure pas.
Ce type et tous les autres sont des ordures.
Tu ne peux pas te laisser aller devant eux comme ça.
Reste fort ! Bon sang !
- Et crois-moi, dans peu de temps, tu nous suppliera pour que l'on t'envoie vers les Nécros… conclut Tarik, souriant pleinement.
Eren prend une mine sombre, alors qu'Hélio revient avec un verre d'eau. Tarik se retourne :
- D'où est-ce qu'elle vient ?
- Du puits, il n'y a pas de soucis… répond tranquillement Hélio.
- Nous tenterons de voir sa résistance aux pluies plus tard, enchaîne doucement Tarik, avant de faire signe à Hélio pour qu'il se retire.
Tarik a à peine le temps de présenter la coupe à Eren s'en saisit avec sa mâchoire et commence à boire goulument le contenu, sentant le froid remplir son corps et le calmer.
La source, près de leur point de départ.
Cette eau qui était si pure, si belle…
La petite mine d'Armin pendant la matinée.
Et le doudou qu'il traînait caché dans ses manches…
Où est-t-il, bon sang ?
L'eau submerge la bouche maladroite d'Eren et coule un peu sur les pierres, à la grande satisfaction de Tarik qui semble observer un spécimen de laboratoire.
- Je… Pourquoi moi… ? Pourquoi… ? Exulte Eren, laissant la coupe tomber à terre.
- Parce que tu es particulier… Réponds simplement Tarik. Ton caractère avant tout.
- … Quoi ?
Un silence pensant prend place pendant plusieurs secondes.
- Mais… Pourquoi vous libérez pas les autres ? Et pourquoi… ? Pourquoi je suis spécial ?
Tarik sourit encore :
- Tu ne le devine pas ?
- …
Eren baisse la tête, ressassant les images de son enfance.
- Zoé… a parlé d'un truc avec moi père…
- Oui… Et il n'y a pas que ça Eren… Si nous t'avons choisis toi spécifiquement, c'est que nous croyons que les choses que tu as vécu dans ton passé t'ont donné la puissance de tout endurer. Tes examens à l'académie ont montré que tu étais quelqu'un de profondément tenace… Irréductible. Incorruptible même. Tu ne brilles pas partout, mais tu es quelqu'un qui a le sens du dépassement de soi…
Eren relève la tête, peiné.
Bien sûr qu'il a ses peurs.
Tout le monde peut se vanter de n'avoir peur de rien.
Seulement, personne en ce monde de peut s'affranchir de ce sentiment un moment ou à un autre.
Eren a peur.
Présentement même.
- J'ai aucune raison de vous aider… dit-il lentement.
- A première vue, aucune.
Un petit vent s'engouffre dans la pièce, sifflant une triste mélodie.
- Mais je sais que tu nous suivras, jusqu'au bout. Hélio a foie en toi. C'est lui qui m'a parlé de toi, de tes progrès, de tes compétences… Il t'a étudié à sa distance, sur toutes les coutures. Et nous verrons s'il s'est trompé en te choisissant.
- …
- Car vois-tu… Le seul espoir qui nous reste encore, c'est de pouvoir rencontrer quelqu'un qui a réussi à communiquer directement avec eux, à leur parler qui sait… Et à nous raconter ce qu'il a vu… Voire plus avec eux. Zoé a bien réussi à faire un premier pas, mais ne peut pas se porter volontaire à nouveau. Malgré toute sa volonté pour résoudre les mystères qui entourent les Nécros, elle tremble de peur, je le sais…
Le jeune soldat ferme lentement les yeux, comme bercé par la voix monochrome et lancinante de Tarik.
- Eh… Avant que tu dormes, tiens…
Tarik place un petit tas de tissus face à Eren.
- C'est l'uniforme des membres de l'Hydre…
Sur le dos, Eren peut distinguer les trois parties d'une sorte d'éventail étrange.
- Je ne peux pas le mettre, je suis attaché… lance Eren, presque amusé.
- Oh… tu pourras la mettre quand tu seras calmé, je te présente juste ta future soutane…
Et sur ce, Tarik s'en va lentement, avant de glisser une dernière phrase :
- A bientôt pour tes premières séances…
Eren tremble, voyant l'autre partir.
Les immenses murs qui l'entourent l'oppressent, de plus en plus.
Il peut sentir des lourdes gouttes de sueur dévaler son dos et ses tempes.
Il voudrait tant se débarrasser de ces atroces liens.
Se libérer.
Ou au moins masser ses poignets.
Il sent que ses poings sont dans un sale état.
Qu'il s'est coupé avec le métal, que les serrements lui anéantissent toute sensibilité.
Mais la fatigue reprend le dessus.
Malgré toutes les questions qui se tordent dans son esprit.
A nouveau, un grand vide s'empare de lui.
Vide.
Peut-être, au hasard des salles,
La sensation d'être rassasié de tout.
De la mixture.
Des manteaux noirs.
Des promenades stériles.
D'une paillasse au coin d'un chambre.
Rassasié de tous les instants.
De la vie elle-même...
Mais, par-ci, par là…
Les tables se finissent à peine
La faim s'est calmée
Entre les corps boursouflés l'humeur amène
Des odeurs terribles de fritures et de poilées
Et alors que les corps, dans la moiteur de la soirée s'endorment
L'ange passe dans son dernier cri, trésaille et rage
Ses yeux se cabrent et sa langue chute à la vue des hommes
Prélassés, défaits et avachis sur leur horreur sans visage
Dans la tiédeur écœurante, la nuit cache tant qu'elle peut
De tous les regards, la scène s'en veut
C'est une mort que l'on voit en contemplant ces corps
Font de votre bouche votre seule.
Et les odeurs changent.
La lumière revient lentement.
Eren est en face d'un plat à première vue peu appétissant. Tout est visiblement mixé et verdâtre. Il a un goût assez désagréable dans la bouche.
Et dans sa bouche, il peut sentir des morceaux de nourritures à peine avalés, descendre vers sa gorge. Il crache, tremble, tente de comprendre où il est, attire de ce fait les regard sur lui.
A ses côtés, quelques membres du culte vêtus de noir et Hélio.
- Eh… la larve s'est réveillée…
Des petits rires étouffés sortent de grands personnages en capuches.
Eren tente de crier.
Mais les mots ne viennent pas.
- Que voulez-vous, il faut bien le nourrir… Il est très faible pour l'instant… Bougonne Hélio.
- Ah ! ça fait un long moment qu'il est comme ça, remarque quelqu'un.
- Cela viendra…
- Oui, je l'espère pour toi Hélio.
- Dites, il paraît que Lévi a fait ses siennes ce matin…
- Oh, j'ai entendu les nouvelles oui, il s'avère qu'il peut être très violent, le bougre…
- Pétra va bien ?
- Oui, elle s'est vengée d'ailleurs… Et sans se retenir il paraît...
- J'aimerais bien voir la gueule de cette raclure maintenant tiens...
Et les conversations calfeutrées reprennent, laissant Eren de nouveau retomber dans le noir profond du sommeil.
Un vide.
Et des plantes qui effleurent ses mains.
L'humidité d'une serre, les appels de quelques âmes perdues.
Aux confins des couloirs.
Eren voit tout un monde défiler dans son crâne, les images se succèdent.
Les goûts qui dévalent sa gorge.
Et les liens autour de ses poignets qui se défont petit à petit.
Bientôt, il peut voir le visage cendre d'un homme devant lui.
- Alors… Doucement mon garçon… Reprend tes esprits…
Eren ouvre lentement les yeux et voit d'étranges fumées progresser sur les murs autour d'eux.
Une petite chambre, bleutée.
Une lumière plutôt irréelle qui plane au dessus de leurs têtes.
Il parvient à enfin distinguer les traits paisibles et neutres de Tarik qui lui fait face.
- Je…
- Oui ? Interrompt Tarik, souriant.
- Je veux voir Armin… Et les autres, qu'est-ce qu'ils font ?
- Oh… ils s'occupent. Chacun à ses petites affaires, rassure-toi. Aujourd'hui, c'est à toi de faire tes premiers pas…
- Comment ça… ? Eren secoue sa tête, tentant de se situer.
- Allez, je vais te demander de fermer les yeux… tout en restant éveillé bien sûr ! Sinon, nous reprendrons plus tard…
- Pourquoi… ?
- Ne pose pas de questions, fais simplement ce que je te dis.
Eren hésite, regarde autour de lui, dans l'espoir d'observer quelque chose qui puisse lui permettre de s'évader. Ou au moins une fenêtre, de la vraie lumière. Pas ces éclairages étranges.
- Si tu viens au bout de la séance j'accepterai que tu vois tes amis. Mais pas avant, compris ?
- … Oui…
Eren avale sa salive et ferme les yeux.
- Ne fais pas trop attention aux senteurs. Je sais que ce la peut sentir mauvais la première fois…
En effet, Eren a à peine fermé les yeux qu'il peut sentir une sorte d'odeur forte émaner de partout.
Quelque chose se décompose, ou s'est décomposé quelque part ici.
- Très bien…
Eren sent que des tissus bougent, se froissent, l'entourent peu à peu. La sensation n'est pas désagréable, mais plus qu'inquiétante.
- Il faut que tu reste calme… Nous ne pouvons pas reproduire la brume que les Nécros produisent, mais nous pouvons la simuler… Et il faut que tu puisses t'y habituer…
Eren voit déjà dans ses pensées les vapeurs l'entourer, se nouer autour de lui dans la forêt. En pleine nuit.
- Beaucoup de nos précédents sujets fuyaient dès qu'ils sentaient la brume venir à eux… Ils associent cela avec la peur des Titans… Mais il ne faut pas que tu te laisses impressionner…
Eren, tremblant, tente de maîtriser sa respiration.
La brume ne lui fait pas plus d'effet.
Mais il sent que se sont des draps qui l'enveloppent, il le perçoit très bien, et cela est bien plus perturbant.
Mais il se tait et reste, les mains croisées dans le dos, sur la pierre, assis.
- Bien, tu sembles ne pas en avoir peur, c'est déjà une bonne chose…
Le jeune soldat entend alors des pas se rapprocher de lui.
- Mais les Titans sont curieux il semblerait. Rares, mais curieux. Quand ils repèrent les humains, quand il repère des gens comme nous deux, ils sont attirés et tentent de venir plus près. Toi, tu ne les verras pas… Alors il faut t'habituer à les sentir… Et même, à les voir dans le néant total.
Eren peut sentir que Tarik tourne autour de lui, le frôlant un peu plus à chaque fois.
Mais il reste stoïque, finissant pas se dire que ces gens sont des allumés, que jamais il ne pourra rester une seconde de plus ici.
Une journée et il a l'impression que des siècles sont passés.
Que tout cet enfer se termine.
Par pitié.
- Bien… Je note que tu n'es pas atteint par ce genre de peur non plus. C'est un très bon point.
- Laissez-moi partir…
- Attend un peu…
Tarik s'est levé et fais plusieurs pas.
Puis... plus rien.
Eren n'entend plus que le bruit de sa lente et pénible respiration.
Silence plat.
Et là, alors qu'il n'y a plus personne autour de lui, Eren commence à vraiment paniquer.
Il remue les jambes, tente de se redresser, avant de s'assoir de nouveau sur la pierre.
S'il se lève, il va tomber, il est trop faible.
Et on ne voit plus rien avec la brume.
Mais Eren se sent en danger.
Dès lors que Tarik est parti, il a commencé a trembler de tout son être.
Tout l'effraie.
Le moindre grincement.
La moindre chose qui perce le silence.
Il sait que quelque chose va se produire.
Quelqu'un va surgir, à côté de lui… d'un instant à l'autre.
Et plus les secondes passent plus son angoisse monte.
Il se cambre, son dos lui fait mal, il a tellement peur que l'émotion descend dans son dos et fait courber sa colonne.
Et soudain.
Alors qu'il tente de se maîtriser, un chuchotement livide naît dans les brumes.
Non, pas un chuchotement.
Une plainte, une voix enrayée, aigue, percée.
La voix persiste, vient tout près de ses oreilles.
Quelque chose de froid remonte tout le long de son dos.
Eren crie, se lève et s'effondre au sol.
Vide.
- Tu vois, je savais que tu avais quand même tes limites…
En face de lui, Tarik présente soigneusement sur une petite table un instrument argenté.
- Cette flute a été fabriquée par notre bonne vieille Pétra. Elle en joue à merveille… Moi je ne sais que faire quelques notes…
Eren reprend difficilement contact avec la réalité.
- Mais cela suffit amplement…
Tarik sourit, mais d'une bien curieuse façon. Ses petits yeux semblent êtres au bord de l'extase.
- Il semblerait que les personnes qui ont rencontré les Titans des brumes décrivent qu'ils ont entendu sur leur chemin dans la forêt un son de flute. Nous avons fait en sorte de reproduire ce son, avec l'aide des rares survivants…
- … En quoi cela à un rapport avec les Titans ? Marmonne Eren, demi absent.
- Seules les gens qui en ont rencontré l'entendent, et seulement en certaines conditions… Alors cela a forcément à voir avec les Titans. Nous avons nos interprétations…
- Je…
- Oui, nous allons rendre visite à tes camarades, après tout, tu as bien mérité de les voir un peu.
- ...
Un soupire immense se vide en Eren.
Quelque chose se libère.
Quelque chose comme un sourire lui revient également. Celui d'un blond à côté de lui. Et peut-être…
Quelque chose qui fait déborder Eren.
Le souffle du capitaine contre sa bouche.
Et son dernier regard…
- Amenez-moi là où ils sont… dit calmement le jeune soldat.
- C'est entendu.
Et Tarik ouvre grand une petite fenêtre bleutée pour laisser la fumée de la pièce s'échapper et Eren finit par distinguer à peu près que le soir est proche.
Ecouter : Moby – Look Back in
Les journées passent si vite.
Tarik le conduit à travers les couloirs sombres de la chapelle. Eren tente de se rappeler du chemin qu'ils prennent, des éléments du décor, mais sa mémoire semble complètement s'évaporer au fur et à mesure de sa marche.
Ils arrivent devant une large porte de bois qui s'ouvre en grinçant amèrement.
A l'intérieur, des voix monotones semblent, tout bas, énoncer des textes.
Eren s'approche comme il peut, même s'il trépigne d'impatience.
Intérieurement, il bout.
Littéralement.
Et là, alors qu'il fait les premiers pas dans ce qui ressemble à un rayon de bibliothèque, une couleur jaune apparaît.
Des cheveux blonds.
Seul Armin pourrait tenir pareille crinière.
Eren se jette à ses pieds et les larmes de soulagement coulent sur le sol.
- Armin ! Armin putain…
Il voudrait tant le serrer contre lui. Il ne peut que s'appuyer contre ses jambes et fermer les yeux, sanglotant avec rage, les mains toujours liées dans son dos.
- Tu n'as rien… ? Armin ?
Le blond le regarde avec des yeux grands ouverts, comme submergé par quelque chose.
Un instant, Eren croit qu'il va le prendre dans ses bras.
Les yeux d'Armin s'emplissent doucement d'un liquide écarlate.
Il va pleurer.
Les quatre yeux s'obérèrent, incertains.
- Oui… Il avait très envie de te voir on dirait… Lance Tarik dans le dos d'Eren.
Armin ferme les yeux un moment, avant de finalement ouvrir sa bouche
- Ah. Relève-toi, tu veux bien ?
Eren, troublé par le ton glacial, et surtout la voix posée et grave de son ami, se relève avec difficulté.
- Tu es… Eren Jaeger, c'est bien ça… ?
Quoi ?
- Armin…
- Oui ? Demande-t-il, neutre.
- Qu'est-ce qui t'arrive ?
Eren n'arrive plus a prononcer le moindre mot.
Et plus il regarde Armin, ses cheveux blonds, si beaux, sous les lumières spectrales de la salle, entourée de livres étranges et de larges grimoires, plus il s'y plonge et plus il sent son thorax se déchirer.
Son cœur s'arrête.
Armin regarde un coin dans un mur et semble ennuyé de la situation :
- Tarik, vous pouvez nous laisser ?
- Interdiction… Il n'est pas à toi. Seul moi et Hélio ont l'autorisation de le voir seuls.
- …
Armin regarde toujours Tarik avec une mine perplexe.
- Armin ! S'écrie Eren, qu'est-ce qui te prend ? Tu me reconnais pas ou quoi ?
- Tais-toi un peu Eren, lance Tarik derrière lui.
Armin demeure impassible, avant de hausser les épaules :
- Il a l'air facilement dépassé par ses émotions…
- C'est en effet son principal défaut, répond doucement Tarik. Mais nous tacherons d'en faire une qualité, pas vrai ?
A ses mots, Tarik fait un geste dans l'air et les lumières s'éteignent.
Des étoiles s'allument alors, au dessus des têtes et colonisent un grand noir dans les hauteurs.
- C'est bientôt l'heure de la méditation du soir...
On se croirait perdu dans la forêt, au beau milieu d'une grande colline déserte.
Armin regarde, émerveillé ce qui l'entoure et murmure
- Je ne peux pas…
Eren, s'approche un peu.
Armin secoue doucement sa tête, comme pour refuser quelque chose.
- Non…
- Armin, parle-moi ! Il t'arrive quoi ? Supplie Eren.
Il voudrait briser ses liens, une bonne fois pour toute.
- Allez, il est temps de voir les autres… Dit faiblement Tarik.
- Oui, j'ai du travail, ajoute Armin, le regard vissé sur le sol.
- Armin ! Déconne pas avec moi !
Mais Eren est retenu par l'autre homme qui le force à s'éloigner.
Le visage d'Armin disparaît rapidement entre les rangées de livres violacées.
Et bientôt, ils arrivent à l'entrée d'un petit escalier.
Tarik force toujours l'autre à avancer à son rythme, appuyant froidement sur sa nuque et sur ses chaînes pour le stimuler.
La douleur physique que ressent Eren n'est rien.
Rien devant ce qu'il a en lui.
- Eh ! Qu'est-ce que vous lui avez fais ? Hein ? Vous voulez me rendre dingue, c'est ça ?
- Tais-toi un peu, ou je te fais coudre la bouche… Dit calmement Tarik.
- Non ! Vous avez pas le droit de toucher à Armin, ni à personne d'autre :
Tarik pousse violemment Eren dans les escaliers.
Le jeune homme tombe, roule sur les pierres, et atterrit, après maints chocs des plus pénibles, à l'étage inférieur.
Alors qu'il tente de se redresser, Tarik l'empoigne par le col et le plaque contre le mur :
- Écoute bien Eren, je suis patient. Très patient avec toi depuis le départ, alors ne va pas nous créer des ennuis avec tes histoires, d'accord ?
- … Armin… Vous lui avez lavé le cerveau ou quoi ? Murmure Eren, en larmes.
- Si tu ne te tais pas, je ne te conduirai pas voir les autres…
- …
Puis Tarik l'entraîne à nouveau avec lui, traversant des corridors lugubres et des salles aux décorations des plus morbides et austères.
A l'entrée d'une autre salle, Tarik s'arrête face à une femme en capuche :
- Ah… Mikasa n'est pas ici ?
- Non, il semble qu'elle se soit enfermée dans sa cellule aujourd'hui. Elle ne veut voir personne…
- Curieux… Ce matin elle était normale, dit Tarik.
- Aucune idée, elle est assez imprévisible.
- C'est peut-être parce qu'elle sait que tu veux la voir Eren…
Et Tarik se tourne vers le soldat, avant de lui lancer un bref mais cruel sourire.
- Allez, allons donc voir ce bon vieux capitaine…
La marche se poursuit.
- Vu que Mikasa n'est pas là, je te fais une faveur, tu as le droit de voir Lévi malgré l'interdiction d'Hélio. Il semble qu'il se soit un peu agité ce matin…
Eren se tait, ne sachant plus s'il faut continuer ou bien s'effondrer maintenant.
Alors qu'ils arrivent près d'une autre porte, plus lourde et bien renforcées, Eren entend deux personnages en manteau le dévisager et rire aux éclats :
- Bien… voilà la bête qui arrive…
- Ahah, c'est le jeune Eren Jaeger ?
Oui, parfaitement, il est pas mal, n'est-ce pas ?
- Il me paraît un peu petit cela dit…
- Oh, il est jeune, il a encore le temps de grandir…
- Hehe, n'empêche, il a une tête à faire peur.
- Ça… il paraît que ce mioche a perdu sa mère quand il était môme.
- Oh… sale coup… Une fusillade ?
- Non, un Titan, l'année 845…
- Et son père ?
- C'est un fou furieux… Il les a abandonnés…
- Le docteur Jaeger, le fameux ?
- Oui ! Exactement…
Tarik s'est à peine retourné.
Eren écoute à peine.
Mais le peu qu'il parvient à saisir lui crève le cœur.
- Ça nous fera un bon cobaye cela dit…
- Ouais.
- Vous n'avez pas autre chose à faire que de parler tous les deux ? Lance Tarik aux deux hommes.
- …
- Allez donc préparer la méditation en haut... Vous êtes suspendus pour la soirée.
- Merci Tarik !
- Entendu !
Et les deux se volatilisent en quatrième vitesse.
- Ces nouvelles recrues n'ont pas vraiment le sens spirituel malheureusement. Tes deux amis, et surtout Armin, eux, le possèdent. Ils vont nous êtres très utiles. Se sont des élèves attentifs et soigneux.
- …
- Je compte sur vous trois pour nous aider à mieux comprendre les Nécros…
A quoi bon.
Eren, fiévreux, entre dans ce qui ressemble à une prison.
Ils descendent des marches glissantes et parviennent à une petite grille noire, bien épaisse.
Devant eux, un homme, au sol, à quatre patte, et une femme, debout, tenant une sorte d'objet contondant, une masse.
La femme s'est retournée :
- Ah… Tarik, tu amènes Eren avec toi.
- Oui, et cela n'a pas été chose facile, crois-moi.
Eren s'approche de la grille.
Tarik a relâché sa douloureusement emprise sur lui.
Et il s'approche de la grille, encore.
Il voit bientôt deux petits yeux sombres, qu'il reconnaitrait entre tous.
Lévi est au sol, dans un triste état.
Il semble très faible, son visage couvert de suie et de sang reste inerte quelques instants.
Puis il semble prendre conscience de la présence d'Eren, et tente d'avancer.
Eren fait de même, se jetant sur la grille.
- Lévi ! Lévi ! Eh ! Tu me reconnais ?
Lévi continue d'avancer vers lui.
- Bien sûr que je te reconnais... Eh… Eren…
La voix cassée du capitaine refroidie tout de suite le jeune soldat.
- Eh, tu ne lui a pas trop fait de mal quand même ? Questionne Tarik dans leurs dos.
- Il a eu ce qu'il méritait.
Pétra relève sa manche droite et montre avec dégoût de puissantes traces de morsures.
- Ah… Il est vraiment borné. Même attaché il reste très agressif par moments…
- Je pense qu'il vaudrait mieux le livrer aux Nécros, qu'on est plus de problèmes avec lui, fait pensivement Pétra.
- Non ! S'écrie Eren, consterné.
- Eren…
Le jeune soldat se retourne vers son capitaine.
Son visage noirci balbutie des mots comme s'il s'agissait de ses derniers :
- Pars… Pars je t'en prie… Ajoute Lévi.
- Mais… Je peux pas…
- Pars tant qu'il est encore temps… Insiste l'autre, à genoux.
- Eh, il faudrait pas qu'il nous l'excite, ce Lévi là… Lance Tarik.
Eren se retourne, suppliant :
- Laissez-moi un peu avec lui, d'accord ? J'ai bien droit d'avoir au moins quelques minutes, non ? S'écrie-t-il. Je promets que je serai obéissant, je ferai ce que vous voulez, mais laissez-moi avec lui !
Pétra prend une mine gênée, avant de parler doucement
- Dire que c'était le caporal de ma division… Regarde-moi ce déchet…
- On dirait qu'Eren s'est attaché à lui…
- Allez, on peut bien les laisser un instant, non ? demande Pétra.
- Je reste là, va méditer toi…
- Entendu…
Et la jeune femme s'éloigne rapidement du petit groupe.
La lourde porte de la prison se ferme et un silence pesant reprend place.
Tarik s'est adossé à un mur, dans l'ombre.
Eren est contre les barreaux de la prison, il les tient de toutes ses forces, retenant comme il peut ses larmes.
- Lévi… Il faut qu'on se sorte d'ici… Murmure-t-il, exténué. Il faut qu'on trouve un moyen…
- Je sais… J'ai essayé… Lance doucement l'autre. Ils sont trop nombreux, et je ne connais rien à ce putain de dédale…
- Il y a bien un moyen, continue Eren, je vais devenir dingue si je reste ici… Dingue ! Tu as vu ce qu'ils ont fait à Armin ?
- Non…
Lévi, tremblant, se traîne vers Eren comme il peut.
- Quand il m'a vu… c'est comme s'il ne m'avait pas reconnu ! Je ne sais pas ce qu'ils lui ont fait, mais il a l'air complètement ailleurs !
Des larmes finissent par couler des yeux bruns d'Eren.
Lévi, les yeux tombants, parle doucement :
- Ils essaient de me faire apprendre des trucs… et leurs… leurs culte de merde aussi, j'en ai bouffé des pages et des pages. Ils sont obnubilés par les Nécros et une sorte… de monstre…
Lévi relève la tête, affichant un léger sourire :
- Mais je m'en fous, je résiste comme je peux à leurs conneries… Ils m'injectent des tranquillisants à longueur de journée… histoire que je ne les trucide pas dès qu'ils approchent…
Eren ouvre grandes les yeux, saisis.
- Lévi…
- Oui… On est comme ça pour eux…
- Mais, et les autres ? Mikasa ?
- Je ne l'ai pas vu… Je ne vois personne. Ils nous isolent volontairement. Du moins, ceux qui tentent des choses…
Et Lévi tousse plusieurs fois, se tenant avec douleur le bas-ventre.
- Et Jean, Annie ?
- Rien non plus… Envolés… Ailleurs…
Eren baisse la tête.
- Et puis, continue le capitaine – chancelant –, je ne serai pas étonné qu'un autre membre de l'escouade soit des leurs… Après tout… Zoé nous a bien trahi et mis dans le panier… Mais elle était à distance… J'imagine que... cette Annie de ta promotion est plus que douteuse...
- Je préfère ne pas imaginer, répond faiblement Eren.
- Toi, tu es libre de te déplacer, tu fais ce que tu veux... Ils disent qu'ils t'ont choisis… C'est vrai ?
- Plus ou moins, mais… Ils débloquent… Ils veulent me faire… rencontrer les Nécros.
Lévi fermes les yeux et soupire.
- Si le gouvernement a refusé de s'intéresser aux Nécros… c'est qu'il y avait de bonne raisons… Mais ces enfoirés préfèrent capturer des gens on dirait…
Puis, Lévi ferme un peu les yeux, comme pris de sommeil.
- Eh, ne t'endors pas ! S'écrie Eren.
- …
- Il faut qu'on se sorte de là, Lévi ! Il faut qu'on le fasse ensemble !
- Eh, Eren… calme-toi un peu, tu veux ? Demande Tarik, se redressant et venant vers lui.
La jeune recrue se retourne observe l'homme arriver à sa hauteur.
- Allez, tu l'a assez vu pour aujourd'hui…
- Attendez !
La voix de Lévi a stoppé Tarik dans son geste.
Eren Jaeger s'est retourné vers l'autre soldat et serre plus fort les barreaux.
- Pourquoi tu portes l'uniforme… ? Demande le capitaine.
- Hein ?
Il baisse son regard, et Eren fait de même, observant un manteau noir, court.
- Je… Je sais pas…
- Nous te l'avons mis il y a hier pendant que tu dormais, allez, on y va… dit doucement Tarik.
- Non, je comprends plus rien ! Hier je ne l'avais pas ! Je m'en souviens très bien !
- Puisque je te dis qu'on te l'a mis dans la matinée !
- Mais je n'étais pas là hier matin ! Crie Eren, perdu.
- Eren !
Le jeune homme se retourne, constatant que Lévi lui demande de s'approcher.
- Quoi ?
- Eren… Tu n'as pas remarqué… ? Commence péniblement Lévi.
- … Non, quoi ?
- Cela fait près d'un mois qu'on est ici…
Lévi montre alors dans un geste lent et clame des cheveux qu'il sort de sa poche.
- J'en ai arraché un pour chaque jour qui passait… histoire de pas être complètement perdu…
- Allez, ça suffit, on rentre, s'impatiente Tarik, prenant Eren par le col.
Mais Eren, complètement retourné, s'accroche au barreau, et tend sa main dans un ultime effort à homme de l'autre côté de la grille.
Lévi, avançant encore un peu, lâchant les quelques cheveux sur le sol crasseux de la prison, tend sa main de même.
Et l'espace d'un instant, le bout de leurs doigts se touchent, s'effleurent, se rencontrent.
Puis Eren est arraché aux barreaux par Tarik et bientôt, ses pleurs et ses cris s'évanouissent dans les couloirs de la demeure.
Lévi, accroupis, la sensation de tenir encore Eren sur une parcelle de sa peau, ramasse un à un ses cheveux.
Alors qu'il compte à nouveau, la lune de cette fin de journée apparaît dans le ciel noir et éclaire péniblement sa cellule.
Et des cheveux, encore des cheveux…
Parterre, il les a recomptés.
Comme les doigts de sa main.
Pour se rassurer.
L'escouade, partie voilà maintenant un moi complet.
Maintenant, ils ne sont plus que six…
Et il retire un de ses cheveux avec lenteur, comme un rituel, avant de l'ajouter aux autres :
- Et il y a maintenant trente jours que nous vivons ici…
FIN DU HUITIÈME CHAPITRE
