J'enchaîne avec une chapitre plus court et plus tranquille pour marquer une pause et dissiper le brouillard !
Nos héros en ont bien besoin.
Je remercie le précédent Guest ;) j'espère clarifier la situation :)
Bonne lecture, et à très vite !
AIDONS L'HYDRE A VIDER SON BROUILLARD
9 : Calme
Aube.
Le petit soleil scintille sur le visage peu réveillé de Jean. Il commence tout juste à somnoler, debout, contre la fenêtre de cette étrange salle, remplie de gros livres couverts du même symbole.
Les jours sont passés vite.
On lui a dit il y a quelques heures que cela faisait un mois.
Et malgré ses réticences, il était devenu un bon élève.
C'est ce qu'ils ont dit.
Et ce matin, très tôt, on l'a conduit ici, sans autre explication.
Alors qu'il regarde dehors le morne jardin se colorer doucement des rayons du matin, une porte en bois s'entrouvre et le visage d'une personne bien connue apparaît.
Yeux bleus.
Blondeur des cheveux.
Air abattu.
Mais elle est bien là.
- Annie !
- …
Il voudrait lui sauter au cou, se ruer vers elle, mais elle paraît aussi neutre qu'auparavant.
- Tu… Tu vas bien ?
- Oui… Et toi… ?
- Ça pourrait aller mieux.
Il s'approche, inquiet et finit par tendre sa main.
- Pourquoi tu me serres la main ? On se connaît déjà non ?
- Je ne sais pas quoi faire… S'excuse Jean, gêné. Pourquoi tu débarques ici d'un coup ?
- Ils m'ont dis que j'allais voir quelqu'un de mon équipe… Répond-elle tranquillement.
- Tu savais que c'était moi ?
- Oui... Répond faiblement Annie, ne cachant pas son immense joie de revoir Jean. (hum)
- Ah… Ils t'ont dis mon prénom je suppose... ? Fais Jean en se frottant les cheveux un court instant.
- Tarik a parlé d'un homme avec une tête de cheval…
Jean fait la moue, avant de rire un peu, content d'entendre enfin quelque chose de presque drôle par ces temps.
- Je suis content de voir quelqu'un de l'équipe en tout cas… Je pensais qu'ils allaient nous tuer les uns après les autres…
Annie fais quelques pas dans la pièce et s'assoit sur une chaise, à un grand bureau en pierre couvert de documents.
- C'est peut-être pire que cela... qui sait ?
Jean, le regard fixé sur le dos d'Annie, soupire, à moitié rassuré d'être en compagnie d'Annie. Il aurait préféré retrouvé quelqu'un d'autre, c'est sûr, même Armin ça aurait été mieux…
Où est Mikasa d'ailleurs ?
- Passe-moi le bouquin là-bas s'il te plaît.
- Oui…
Jean cherche un instant sur le bureau et finit par tendre un livre noir à Annie.
- Pourquoi ça t'intéresse d'un coup… ce qu'ils écrivent ? ça parle des Titans, non ?
- C'est ce culte qui m'intéresse. Je veux juste savoir s'ils sont aussi connaisseurs qu'ils le prétendent. On ne dirait pas un groupe de scientifique…
- On ferait mieux de chercher un moyen pour se barrer d'ici, peste Jean, crispant son visage.
- Ils commencent à avoir confiance en nous, ça serait stupide de chercher à fuir maintenant… suggère Annie, tout en lisant.
- Mais ! Jean se lève, faisant le tour de la petite pièce, pourquoi tu veux attendre ? Ils viennent de nous réunir, faut en profiter ! A deux on peut peut-être…
- Idiot. Si on agit maintenant, attendre dans des cellules tout un mois n'aura servi à rien.
Jean rage, serrant les poings :
- S'ils pouvaient juste nous laisser un moment avec les autres…
- Profitons de la confiance qu'ils nous donnent… Si on patiente encore un peu, ils nous laisseront peut-être les voir…
- Ouais…
Jean s'assoit aux côtés de la jeune femme et se ronge les ongles, pensif :
- Comment tu fais pour rester aussi calme ? Ils t'ont rien fait quand t'étais enchaînée ?
- Non, Annie tourne lentement sa tête vers son voisin, ils nous ont bien traités. Je ne sais pas si c'est bon signe, mais on dirait qu'ils attendent quelque chose de nous.
- J'ai pas eu ta chance alors…
Jean relève une de ses manches et dévoile de sérieuses marques. Annie connaît bien ce genre de commotions. Elle ouvre légèrement les yeux, et son visage change :
- Je me demande si… puis elle regarde au dehors absente.
- Oui ?
- Je me demande si j'ai fais du mal à Armin…
- … Comment ça ?
- Avant que tout le monde se sépare dans la forêt… je me souviens avoir commencé à me sentir bizarre…
Jean revoit déjà le sourire presque démoniaque que portait alors sa coéquipière. Il s'en rappelle très clairement.
- Et je me souviens que j'étais avec Armin… Je ne sais plus quoi, mais il s'est passé quelque chose.
- Il avait l'air d'aller bien, juste avant que l'on se fasse prendre…
- Je l'espère, dit lentement la blonde.
- Mais… Jean se lève d'un coup, empoignant Annie par son col, tu as revu Mikasa y'a peu ? Ou même Eren ?
Annie, surprise, finit par baisser les yeux :
- Non. Je n'ai vu personne depuis longtemps.
- Merde…
Jean fait les cent pas autour de la jeune femme, toujours en train de mordre ses ongles avec force :
- Dis, est-ce qu'ils t'ont fait prendre des trucs ? S'inquiète d'un coup le jeune homme.
- Eh…
Annie le fixe avec des yeux inhabituellement tristes :
- On pourrait pas parler d'autre chose… ?
Jean soupire finalement et hoche la tête :
- Si…
Il s'assoit près d'elle.
Silence.
- Ta famille ne va pas s'inquiéter ? Demande Annie.
- Non, Jean ferme les yeux un court instant, je n'ai pas grand monde en ville.
- Personne ? Où sont tes parents ?
- Eh ? Pourquoi je t'intéresse comme ça ?
… Annie hausse un sourcil.
- J'entame juste une conversation…
- Ouais… C'est bien la première fois, murmure Jean.
- Et je pensais que tu avais au moins Marco là-bas... continue-t-elle.
- ... Mais... il est mort, tu le sais très bien ! S'exclame Jean, perturbé.
- Justement...
- Et c'était juste un ami... qu'est-ce que tu crois... ? Enchaîne Jean, sec.
- Je sais pas, vous étiez toujours fourrés ensemble...
Jean plisse les yeux, soudain inquiet :
- Et t'insinue quoi au juste ? Pourquoi tu m'ennuie avec ça ! J'ai pas envie qu'on parle de lui, d'accord ?
Annie fait la moue pendant quelques secondes, avant de se lever à son tour et de regarder aux alentours :
- Tu te prends trop la tête…
Jean se redresse, comme indigné :
- On dirait bien que je suis le seul à m'inquiéter en fait ! C'est plutôt ça l'histoire ! Comment tu peux juste… ? Marcher tranquillement dans leur maison ? Elle me fiche la trouille !Jean révulse ses yeux, comme frappé. Ça sent la charogne partout où on passe. Ils nous filent de la gelée à bouffer. Leur eau est dégueue ! Et c'est vraiment trop effrayant ici !
- Ah… Annie soupire, tu devrais apprendre à être moins pessimiste Jean…
Ce dernier relève la tête, troublé.
Annie vient de sourire.
- Tu ne penses quand même pas que l'on va se laisser enfermer et traités comme des sous-hommes ici indéfiniment ?
- … Non…
- Alors bouge tes fesses et aide-moi un peu à trouver un plan.
- … Quoi ?
Jean avale sa salive, devant la vivacité de la jeune femme, qui fouille déjà dans les armoires pour la moindre babiole digne d'intérêt.
- Il faut que l'on trouve un plan de leur repaire… Ou quelque chose où l'on puisse voir l'architecture, un substitut, n'importe quoi, mais de quoi voir à quoi ressemble cet endroit...
- Ok ! S'écrie Jean, se mettant à l'œuvre.
Il se réveille enfin, pense Annie.
- Il suffit juste de te stimuler un peu... Tu n'es pas qu'un branleur de première finalement… dit-elle comme ça.
- Eh ?
Jean, abasourdi, finit par retrouver un sourire conquérant, même si en temps normal, il aurait piqué une crise et serait venu se battre - ou au moins répondre à l'insulte.
- Et toi, tu n'es pas si renfermée que ça...
- Non…
Jean recommence à chercher dans une sort de tas vieux matériaux usagés.
- Il faut croire que les gens changent dans ce genre de situations, dit-elle simplement.
- Et toi alors, tu as des gens qui t'attendent ? Ou tu n'as rien à perdre ?
- …
Annie tourne légèrement sa tête vers l'autre, le regardant avec un air sombre :
- On a tous quelque chose à perdre. Mais moi, je dois sortir d'ici pour honorer quelqu'un, pas le retrouver…
- Ah… Jean vient de découvrir une petite boite noire contenant de veilles bougies.
Annie ralentit le rythme de ses recherches à travers les murailles de livres et les images de son enfance lui reviennent.
Et son père.
Et la pluie.
Je suis là papa…
Je ne lâcherai rien.
- Tu… parles de celui que tu aimes ? Il est en ville… ? Demande, peu assuré, l'autre soldat.
- Non.
Annie éternue d'un coup, faisant sursauter Jean.
Un nuage de poussière se soulève et vient chatouiller les narines des deux comparses.
- Mon père, dit-elle en reniflant.
Ecouter : Atrium Carceri - Slower
Tête tournée vers la bractée infinie.
Armin, mains le long de ses hanches, à genoux devant l'autel à trois segments.
Il avait visité des églises dans le même genre, quand il était plus jeune.
Mais celle-ci avait une architecture bien particulière.
Et l'autel était le point le plus distinct.
Un grand pilier en marbre, cerné par un grand sigle en trois parties.
Tout en grand.
Et derrière la pièce de plusieurs tonnes, trois petites chambres creusées dans la pierre.
Armin les a étudiés.
Longtemps.
Et il a vite compris à quoi correspondaient les trois têtes du symbole :
Une hydre.
Tout comme le nom de ce culte mystérieux.
Une hydre dans le dos de chaque membre.
Et dont le plus puissant, le plus influant, Tarik semble-t-il, les avaient conduits à devenir eux-mêmes membres.
C'était la seule condition.
Devenir l'un des leurs.
Ou être jeté dehors.
Sans repère, ni équipement.
A côté d'Armin, une grande femme, portant une capuche noire sur sa tête, médite à côté de lui.
Alors qu'il repense encore au moment de leur enlèvement, la femme se rapproche, s'assoit sur un banc en cèdre, tout près de lui :
- Comment va nôtre recrue ? Demande-t-elle avec une once de sympathie.
- … Bien, murmure Armin.
- Haha, on ne dirait pas… Vous, qui venez de la ville, vous ne savez pas cachez vos émotions… Vous êtes les premiers à mentir, et, dommage pour vous, cela ne marche jamais, s'amuse-t-elle.
Armin baisse un peu la tête et lance un regard aux deux yeux bleus sombre qui l'observe sous le linceul.
- Je m'inquiète pour les autres…
- Estime-toi heureux de pouvoir rendre visite à ton amie brune… Tout le monde ici ne commence pas comme ça…
- ... Comme vous ?
- Moi, je suis presque née dans cet endroit, mais certains de mes confrères, non.
- Ils se sont faits enlevés aussi…
- Pas du tout…
Armin la regarde, intrigué :
- Pourquoi ils sont là alors ?
- Parce qu'ils ont compris que notre quête était essentielle… Répond simplement la femme. Comme moi…
Le blond se relève, essuie le bas du grand manteau noir qu'il porte et le referme, tentant de se réchauffer.
- Si tu te demandes encore pourquoi nous vous avons choisis, alors dis-toi juste que les autres avaient été drogués, car trop violents, pas assez coopératifs. Toi et Mikasa vous vous êtes comportés honorablement. Vous avez donc échappé aux petites récompenses qu'ont les revêches ici… Vous êtes de bons élèves. Armin, surtout, tu as appris à lire les textes de l'Hydre en quelques jours et te voilà bientôt dans le même sillage pour diriger la bibliothèque. Je sais que tu aimes lire… Je le vois dans tes yeux… Je ne regrette absolument le fait que tu venus, et je pense que je ne suis pas la seule.
- … Vous croyez vraiment en tout ça ? Demande Armin, montrant du doigt tous les grands vitraux représentants des mirages, des brumes, des têtes de Titans sortir du vide et des tas de crânes peints sur l'herbe.
- Oui… j'y crois profondément… Il m'aura fallut deux ou trois jours et j'étais entré dans le monde fascinant des Nécros… C'était assez effrayant au début.
Elle fait des pas lents et mesurés, effleurant de sa main nue les grandes pierres de l'enceinte :
- Peut-être que tu deviendras quelqu'un d'aussi chevronné de Tarik.
Armin ferme les yeux et le son des vagues l'emporte.
Il voudrait s'y laisser porter, sur le dos, simplement. Flotter comme une planche et passer les journées à regarder le ciel.
C'est à cela qu'il rêve, dès que le travail devient ennuyeux.
Et la nuit aussi, il voudrait rêver de ça.
- Comment vous vous appelez, tente-t-il.
- Béa… C'est un plaisir.
- Pourquoi… pourquoi vous ne retirez pas votre capuche ?
- Tu devras faire de même pour vraiment devenir un pratiquant. Pour comprendre les Nécros et les approcher, penser comme eux ; devenir comme eux est l'unique solution. Du moins, tenter de devenir comme eux…
- Vous êtes…
Armin retiens une insulte. Il s'essuie le front et finit par s'éloigner, avant que Béa ne l'interrompe :
- Armin.
Il tourne simplement la tête, morne.
- Tu n'es pas encore prêt… Tu doutes. Je le sens. Il en faudrait peu pourtant. Je vois qu'il ne suffira que d'un pas, un seul et tu nous rejoindras complètement. Tu mettras cette capuche sur ton front et je comprendrai que tu es prêt à te lancer corps et âme dans ta foi. On ne peut faire les choses à moitié ici. Alors je n'oublierai pas le signal, et toi non plus…
Armin se retourne et regarde un moment la femme devant lui, constate sa maigreur, ses lourdes cernes, et surtout….
- Comment vous vous êtes fait ces marques au visage ?
- … Il faut payer le prix, pour accéder au nirvana…
- Une brûlure ?
- … Une brûlure du gel, de frimas. D'un froid tel qu'il calcine.
- Et… ?
- Et quoi ?
- Vous l'avez vu, votre nirvana ? Demande Armin, amer.
L'autre sourit et lève légèrement ses mains en l'air, dans un mouvement de sympathie :
- Ah… Si tu savais… Et j'en rêve encore.
Armin s'en va.
Et alors qu'ils marche lentement vers la chambre de la jeune Arkerman pour la visite qu'il redoute légèrement, il ressent d'un coup l'étrange impression de n'être presque rien.
Presque rien au milieu de cet immense demeure.
Les gens ont l'air d'aller et venir comme des fantômes sans le remarquer.
Il pourrait mourir, là, maintenant, qu'est-ce que cela changerait pour eux ?
Perdre un élève pour leurs histoires douteuses ?
Et alors ?
Ils en trouveront plein d'autres.
Armin se sent désespérément seul.
Marcher seul.
Étudier seul.
Et bien sûr, dormir seul.
Jamais il ne s'est senti aussi seul.
Et comme il faut lutter.
Il le faut.
Il pense, dès qu'il le peux, à Eren. Pour se réconforter.
C'est quand on est loin des êtres qu'eux ceux-ci nous manquent le plus.
Ça, Armin le sait très bien.
Mais il ne savait pas qu'il tenait autant à Eren...
Non...
Et le souvenir de sa discussion avec Lévi, dans la plaine, le soir du premier jour d'aventure lui revient :
Le capitaine lui demandait de prendre garde, de ne pas se montrer trop entreprenant.
Au début, Armin n'avait pas compris pourquoi Lévi lui demandait cela.
Entreprenant ? Avec qui ? Pourquoi ?
- Avec ton ami le petit brun... Eren...
- Mais... ?
- Et fais-moi plaisir, débarrasse-toi de ce doudou, tu veux ?
Armin reste en suspension, perdu.
- Si tu veux faire impression, montre que rien d'autre ne t'intéresse... Alors lâche cette peluche et montre qui tu es vraiment.
Et Lévi s'était éloigné, sans se retourner, vers le camps.
Armin, déboussolé, était resté sur place.
Quand Eren était revenu quelques minutes plus tard, et que ses yeux avait rencontré les siens.
Quelque chose avait changé.
Mais Armin s'était déjà surpris a trouver son ami plus que beau.
Sans vraiment prendre cela au sérieux.
Maintenant, lorsqu'il a du papier, un crayon sous la main.
Au lieu de recopier ses lignes de texte sortant des grimoire de l'Hydre, il dessine de l'eau, il dessine, comme il l'imagine le visage d'Eren.
Et il écrit des petites phrases.
Des poèmes.
- Mikasa, je peux entrer ?
Un silence, puis la brune ouvre enfin la porte, laissant entrer son ami dans l'étroite pièce toute humide qui lui sert de chambre.
- Pourquoi tu ne veux voir personne ?
Mikasa, la face pâle, les yeux plissés, semble à bout.
- Allez, entre Armin, ordonne-t-elle à l'autre, avant de refermer la porte derrière lui d'un bref mouvement.
- Tu aurais au moins pu voir Eren…
- Non… Répond-t-elle doucement.
- Il a dû mal le prendre le connaissant…
- Non ! Hurle-t-elle.
Une petite fenêtre s'entrouvre, dégageant un vent froid dans la salle et ébouriffant les cheveux de la jeune femme qui se détourne d'Armin
- Si tu crois que j'avais envie de faire semblant…
- Et si Tarik n'était pas rentré avec lui… ? Tu aurais pu agir normalement.
- Il est toujours avec Eren, toujours en train de le surveiller. Lui ou quelqu'un d'autre, de toute façon, cela ne change rien !
- …
- Je ne veux pas lui mentir !
Armin baisse le regard, triste, avant de faire trois pas, incertain, vers son amie d'enfance :
- Il faut encore tenir quelques jours… et puis ils nous laisseront le voir sans aucune surveillance.
Mikasa tremble, elle tremble si fort.
Armin regarde pensivement le lieu où elle vit maintenant depuis un bon mois, commençant lui aussi à frissonner, malgré le lourd manteau qu'il porte.
- Il fait froid chez toi…
Mikasa reste interdite, le regard embué.
Armin ne l'a jamais encore vu dans un tel état.
- Je veux juste savoir si Eren va bien… dit-elle, la voix brisée.
- On fera plus que ça…
- Mais…
- Mikasa ! Lance tout à coup Armin, la retenant de crier à nouveau. Ça ne te ressemble pas de perdre ton sang froid comme ça !
La jeune fille, la tête basse, finit par fondre dans un sanglot et s'accroche comme elle peut à Armin, se posant contre lui.
Bien qu'elle soit plus lourde que lui, il ne fléchit pas, tente de l'encercler avec ses bras et commence à la calmer en apposant ses mains sur ses épaules.
- C'est parce que c'est Eren, n'est-ce pas… ? Demande-t-il.
Mikasa ne répond pas, elle sert encore plus fort son ami, quitte à planter ses ongles dans le col d'Armin.
Tous deux...
Tous deux vers Eren.
Ils ont, depuis leur enfance, veillé sur lui.
Ou est-ce l'inverse ?
En tout cas, il s'est passé plus d'une fois où c'était à eux de le secourir.
Et là c'était peut-être une nouvelle fois l'occasion.
Armin n'a jamais vu Mikasa comme une concurrente, comme un adversaire.
Pas vraiment comme une amie non plus.
Mais là, dans ses bras, sentant son cœur si fragile contre le siens, quelque chose éclos.
Mikasa est bien plus qu'une amie.
Ils ont partagé quelque chose de tellement fort depuis leur enfance.
Tous deux, même s'ils n'ont pas besoin de se le dire, ou de le faire comprendre à l'autre, se respectent, tiennent à l'autre.
Car entre eux deux et Eren, un triangle d'un équilibre parfait est né.
Sans l'un des maillons, le tout s'effondre.
C'est ainsi qu'Armin a toujours vu les choses.
- Retire cette uniforme s'il te plaît… dit-elle finalement, entre deux soupirs.
- Oui…
Mikasa s'éloigne un peu, essuyant ses larmes avec lenteur, tandis qu'Armin s'exécute et retire le long manteau noir qui le couvrait.
- Tu portes cette horreur beaucoup trop souvent…
Armin sourit légèrement, avant de hausser les épaules :
- Oui, mais il faut faire bonne figure. Tu te rappelle ce qu'on s'est dit ?
Mikasa acquiesce.
- On ne repart pas d'ici sans Eren…
- Oui…
- … Tu as lu le livre que je t'ai passé ?
- … Non, répond Mikasa, frottant énergiquement ses mains pour les réchauffer.
- Je t'avais dis de le faire.
- Je n'arrive plus à me concentrer sur rien…
Elle s'éloigne, gagne la petite fenêtre et la ferme. Les quelques bougies qui éclairent encore la pièce sont en train de mourir sous les assauts des courants d'air glacés.
- Et la dernière chose dont j'ai envie, c'est de comprendre ces imbéciles…
- ...J'ai rencontré une des membres qui m'a même montré son visage et dis son nom…
Mikasa hausse les épaules :
- Qu'est-ce que tu veux ? ça ne nous avance pas plus.
- Mais imagine qu'elle est une fonction importante ici… Ou qu'elle s'occupe d'Eren…
- C'est Hélio qui s'en occupe… ça, je le sais.
- Qui te l'a dit ?
- Tarik, je lui ai tiré les vers du nez… Mikasa esquisse presque un sourire.
- … C'est curieux, alors ils ont bien une organisation particulière ?
- On s'en fiche… elle s'assoit à même le sol et ferme les yeux, épuisée.
Armin, lui, tourne en rond dans la pièce, pris dans ses raisonnements :
- Si Hélio s'occupe d'Eren… Et que toi et moi, avons chacun, une personne différente qui nous est attribuée, je suppose que ce système vaut pour tous les autres de notre équipe. Et le superviseur de tout ceci, c'est Tarik…
- Arrête avec ça…
Armin s'arrête, avant de soupirer :
- … Je t'ai connu plus vive…
- Ces gens me rendent malade. Ils nous empoisonnent. Je le sens… Dit-elle d'une voix sombre. Ce qu'ils nous donnent à manger, même ce qu'ils nous donnent à boire ; tout est poisons.
- Vraiment ? Armin s'approche de son amie. C'est ce que tu sens ?
- Oui... Et ça me tue...
Elle regarde la figure d'Armin qui est debout devant elle.
Il a l'air si fort d'un coup.
Si droit.
Pourquoi, elle, ne peut plus se relever ?
- … Je suis fatiguée, presque tout le temps. Et des migraines…
- Il faut que tu restes forte… Et Armin s'accroupit face à elle. Il faut que tu sois aussi forte qu'Eren l'est en ce moment. Chacun résiste. Si l'un de nous craque, il emporte les autres avec lui, c'est aussi simple que ça.
Mikasa relève son visage, troublée, avant de prendre le blond dans ses bras.
- … Heureusement que tu es là toi…
Armin ferme les yeux.
Oui… Heureusement qu'il est là.
Mais quelqu'un manque.
Cruellement…
Son cœur se serre à l'idée de le revoir à nouveau, et de pouvoir tout lui expliquer.
De ne plus fuir son regard, de honte.
Comme je me déteste, Eren..
J'en suis malade.
Mais Mikasa et moi, nous allons venir te chercher...
Et je te dirai tout.
Au moment où je te reverrai...
J'ai besoin de toi...
Sans retenue.
Dans un monde idéal, il n'y aurait pas de violence.
Dans un monde idéal, il n'y aurait pas de morts cruelles ou vaines.
Dans un monde idéal, il n'y aurait pas de Titans.
Dans un monde idéal…
Est-ce que j'existerais, moi ?
Après tout… est-ce que j'ai bien ma place parmi les autres ?
Ce sentiment d'être absolument inutile.
D'exister, sans perdurer.
Ce sentiment qui grandit en vous et vous ronge.
Dès qu'il est seul, revient.
Lévi retire un autre cheveu de son crâne, pensif.
Une nouvelle journée s'achève.
La lune froide est bleue comme les vitraux de sa cellule.
Dans un coin de la pièce, Pétra, immobile, l'a regardé s'effondrer et ne bouge plus depuis.
- Je finirai chauve avant de sortir d'ici… Lance-t-il, à mi-voix.
- Tais-toi, tu veux ? J'aimerais dormir.
- Je n'ai pas le droit de parler tout seul comme un vieux fou ?
Pétra se met à rire.
Pas de joie, ni de plaisir.
Elle se moque.
- Imbécile… Tu es fou depuis le départ. Qu'est-ce que tu veux de plus ? Une médaille ? J't'en donne une quand tu veux !
- Dis-moi Pétra…
Lévi, souriant un peu, cligne des yeux pour mieux cerner la femme dans l'ombre du cachot :
- Est-ce que tu es contente d'avoir rejoint cet asile ?
- … Oui. Pourquoi cette question ? Fait Pétra, menaçante.
- Oh, rien… Je voulais juste savoir… Son sourire en coin ne s'efface pas.
La femme secoue ses cheveux un instant, avant de s'éloigner de la grille qui la sépare elle de l'ancien capitaine, et s'adosse à un mur, le regard toujours sur l'homme :
- Qu'est-ce que tu peux être pathétique… lance-t-elle.
- N'est-ce pas…
- Ah ! Même toi tu te l'avoues des fois !
- … Si ça t'amuse.
- Eh ! Je te permets pas de me tutoyer ! Tu veux encore ta leçon de tout à l'heure ?
- Non…
Lévi, sa main tentant de calmer la douleur sur sa jambe, s'éloigne un peu, par précaution, de la grille, et tourne dos à Pétra.
- Tu as intérêt à vite t'endormir, avorton ou je déciderai de ta mise à mort.
- Tarik ne laisserait pas faire ce genre de choses, répond Lévi, cynique.
- Ah oui ?
- Oui… cela peut t'étonner pétasse, mais certaines personnes tiennent à me voir en vie… Au moins pour leurs petites histoires sordides.
Pétra se lève d'un coup, agrippe la grille :
- Qu'est-ce que t'as dis là ?
- La vérité… rien que la vérité, haha…
- Tes rêves, mon pauvre Lévi… Regarde dans quel état tu es… On dirait le vieux sénile que vous avez tué en venant nous voir…
Lévi redresse le regard et se tourne un instant vers Pétra
- Quoi ?
- Haha, il s'appelait Leuth… Je me souviens bien de lui.
- Le type dans sa cabane ? Le fou ?
- Haha, c'était un ancien membre du culte… Quand je suis arrivé au début de cette année, il s'est fait expulsé et s'est retrouvé… seul dans la forêt.
- … Et il est devenu comme ça…
- On lui a rendu quelques visites. Il s'est trouvé un bel endroit abandonné pour finir ses jours… Le pauvre.
Et Pétra se met à rire, puissamment.
- Quand je suis allé le voir… Haha, il était tellement idiot qu'il ma pris pour une sorte de sainte, et a voulu m'embrasser !
Lévi, le dévisageant, inquiet, finit par compter de nouveau ses cheveux arrachés :
- Je me demande qui est le plus fou tout compte fait… dit-il simplement.
- Eh ! Répète un peu pour voir ?
- … Tu me fatigues…
Pétra, révulsée, finit par lâcher les barreaux et croise les bras fièrement :
- On verra bien qui fatigue l'autre demain ! Qui sera le dominé et le dominant !… Notre première leçon aura lieu à huit heures. Je ne serai pas en retard, crois-moi…
Elle sen va, faisant traîner une lame au sol, encore tâchée de sang.
- Et juste après, tu auras la visite de ton cher Eren… Je suis sûr qu'il sera ravi de te voir tout couvert de ce sang si… charmant…
Et Pétra fait encore crisser la lame sur la pierre tout en montant les marches vers la sortie de la prison.
Les échos effroyables du fer se perdent dans les couloirs, et peut-être aussi, plus tardif, le rire endiablé de Pétra.
Lévi, enfin débarrassé de sa geôlière, s'assied en tailleur et repense aux récents événements.
Quelque part en lui, il sait qu'Eren est proche. Qu'il l'attend. Et lui aussi, l'attend.
Alors il le verra enfin demain ?
Est-ce qu'il a changé ?
Un mois…
A se faire laver.
Se faire nourrir.
Se faire aliéner.
Plus de compagnie.
Plus de dignité.
Plus de temps…
Mais il y a quelque chose que personne n'a pu lui retirer.
Quelque part en lui…
Cela le perturbe depuis un moment maintenant…
Il en est certain.
Au fond de lui.
Eren est là.
Eren vit.
Il semble que
La définition même de l'amour soit
Celle d'une mer
Qui vous prend et vous délaisse
Sans cesse
FIN DU NEUVIEME CHAPITRE
