Note de l'auteur: je suis vraiment désolée de cette longue absence, mais quand l'inspiration s'en va en vacances... Bref, me revoilà avec un quatrième chapitre, plus long que les précédents car présentant des détails ne pouvant pas être évincés à mon sens. De plus, c'est la première fois que j'introduis de vrais dialogues et je trouve que c'est loin d'être un point fort chez moi, donc si vous avez des conseils, n'hésitez pas :)
Chapitre 4- Premier amour
Au début je n'y croyais absolument pas. La trahison de Jim toujours dans un coin de ma tête, je m'attendais toujours à ce que Sherlock sorte de ma vie sans poser de préavis. Mais au bout d'un an j'ai du me rendre à l'évidence: cette histoire allait tenir la distance. Sherlock était un garçon étrange. Quand il plongeait ses yeux dans les miens, j'avais le sentiment qu'il plongeait dans mon âme et qu'il en arrachait une partie à chaque fois, déchirant mes barrières, envahissant mon passé, colonisant mes pensées. Il avait été très assidu pendant un an: il m'apportait des fleurs régulièrement, nous mangions ensemble tous les jours, il me présentait des marques d'intérêt constante, et il semblait vraiment se préoccuper de mon bien être.
Bref, nous étions le couple parfait aux yeux des quelques amis que je m'étais fait à Londres. Sherlock lui n'avait pas d'amis. Ça aurait du être le premier élément me mettant la puce à l'oreille, mais à l'époque je m'étais juste dit qu'il n'avait pas encore rencontré des personnes dignes de son intelligence. Et puis au bout d'un an, il m'a posé la question inévitable: il m'a demandé de m'installer avec lui.
Et là toutes mes réserves se sont effacées et je me suis raccrochée à cette relation comme à une bouée. Je ne pouvais plus vivre sans lui, cela m'apparaissait clairement. Il s'était fait une place dans mon esprit, s'y était confortablement installé, avait changé la déco et m'avait mise à la porte. Il avait un contrôle total sur moi dorénavant, et je ne me référais plus qu'à lui quand je devais prendre une décision. C'était lui par exemple qui m'avait engagé à prendre ce poste de chercheur en biologie dans un hôpital en banlieue de Londres lorsque j'avais fini mes études et que j'envisageais de tout abandonner pour faire ce dont j'avais toujours rêvé: écrire. C'était lui également qui m'avait poussée à garder mon appartement "Au cas où un jour tu as besoin d'un peu d'espace seule. Tu es une solitaire mon cœur".
Ça aussi ça aurait du éveiller mon soupçon. Il n'y avait rien de plus faux: j'étais incapable de vivre seule, comme l'avais démontré ma relation avec Jim, "lui et moi puis le reste du monde". Et puis en un an de relation, nous n'avions jamais couché ensemble. J'avais bien essayé quelques fois au début mais je m'étais vite rendu à l'évidence: Sherlock était totalement asexué. Il m'avait d'ailleurs dit que ce n'était pas "l'emballage" qui l'intéressait chez les gens, mais bien leur esprit, et leur manière de s'en servir. Bien sûr j'avais été extrêmement flattée. Sherlock me trouvait suffisamment intéressante pour être amoureux de moi.
Là encore ce fut une erreur de ma part: comme je l'ai appris plus tard, Sherlock ne peut pas aimer. Je le trompais donc de manière assez régulière, avec son consentement d'ailleurs, et c'est pourquoi l'idée de garder mon appartement m'avait également plutôt arrangée. J'avais pour principe de ne jamais coucher avec la même personne deux fois. Je ne savais pas ce que c'était de "faire l'amour". Mais cela me convenait, je n'avais pas besoin de plus.
Et puis au bout de trois mois de vie commune, notre couple a commencé à s'étioler doucement. Je ne pouvais rien faire dans ce qui était officiellement aussi mon appartement, la musique avait été bannie de ma vie, mes amis aussi, et, lorsque Sherlock avait une de ses séances, qui consistait à lui s'allongeant sur le canapé les mains jointes en robe de chambre en réfléchissant et en marmonnant, alors il valait mieux que je parte car ma respiration aurait pu l'importuner. Il ne m'apportait plus de fleurs, ne plongeait plus dans mon âme comme avant, ne s'intéressait plus à mes journées, ne s'intéressait plus à moi tout court.
Les seuls moments où je semblais tout d'un coup reprendre ma place dans sa vie, c'était quand il débarquait sans prévenir à mon laboratoire. "Mon coeur, j'ai vraiment besoin de faire une analyse, ça ne me prendra que cinq minutes" "Mon ange, si tu pouvais me prêter ton merveilleux microscope deux minutes, je serais le plus heureux" "Chérie, tu te rappelles quand tu m'a parlé de ton nouveau super centrifugeur pour les échantillons? J'aimerais bien y jeter un œil!" Le tout toujours assorti d'un grand sourire angélique.
Et moi j'y croyais. Je pensais que c'était normal que nous soyons plus distants qu'avant, que c'était ce qui arrivait à tous les couples, et que c'était simplement la routine qui s'installait insidieusement entre nous. Nous finirions par prendre nos marques et tout irait bien. Sauf que ce n'est pas du tout ce qui c'est passé. Aucune amélioration ne semblait survenir, les choses semblaient même s'empirer, comme un membre gangrené.
Et un jour j'ai craqué. C'était au milieu de la nuit, et j'ai été sorti du sommeil par une main qui me secouait violemment. Sherlock était penché au-dessus de moi, tout habillé, son sourire accroché à son visage.
"-Sofia vient de m'appeler, il y a un cadavre suspect qui vient d'arriver à la morgue. Du jamais vu apparemment. J'aurais besoin de toi pour des analyses mon ange!
-So...Sofia? Sofia Kendrick de la morgue?... Tu la connais?
-Evidemment, comment crois-tu que j'ai accès aux cadavres sinon? Allez, ces analyses ne vont pas se faire toutes seules chérie!
-Mais va les faire tout seuls tes foutues analyses! J'ai sommeil Sherlock, je me lève tôt demain matin, j'ai besoin de dormir. Et puis tu ferais bien de revenir te coucher toi aussi, ce cadavre ne va pas s'envoler!
-Mon sucre d'orge, tu sais très bien que je ne prendrais pas de repos tant que je n'aurais pas résolu ce qui m'a tout l'air d'un crime...
-Mais arrête avec ça Sherlock! Tu te prends pour quoi? Un grand détective privé?
-Plutôt un détective consultant...
-Pour que la police te consulte, faudrait déjà que t'en résolves UN de crime, parce que, corrige moi si je me trompes, mais tu n'as rien résolu en un an et demi qu'on se connait!
-Ça ne veut rien dire...
-Arrête avec ton ego surdimensionné, tu ne vaux pas plus que nous tous. Tu es une personne, tu fais des erreurs, comme tout le monde!"
Et là son sourire est tombé, et un soudain mépris a envahi ses yeux. "Je ne suis pas comme tout le monde. Maintenant passe moi ton badge qu'on en finisse. Tu pourras retourner à ton activité d'être humain stupide qui est dormir plus tard." La vérité m'ait alors apparu clairement, cette vérité que je ne voulais pas voir et que j'avais enfoui au fond de moi.
"Je ne suis qu'un badge et un labo pour toi c'est ça?
-A quoi pourrais-tu me servir d'autre? Avoue que ta conversation n'est pas des plus brillantes " avait-il ajouté avec un petit rire ironique. Je n'en croyais pas mes oreilles.
"-Alors c'est pour ça que tu t'es rapproché de moi, que tu m'as fait croire que tu m'aimé, parce que je te suis utile? Mais quel genre de psychopathe ferait ça?!
-J'ai juste profité de ta faiblesse et ta solitude très apparente pour t'approcher de cette manière. Tu sais, tu es très facilement lisible. Il ne m'a pas été très compliqué de voir que tu avas été trahie par quelqu'un de cher: tes ongles rongés, ta silhouette légèrement prostrée appuyée dans ce coin de mur, tes grands yeux humides de chiots abandonnés qui regardait partout si quelqu'un ne voulait pas s'intéresser à toi. C'était... répugnant. Mais si facile. Quelque part, je t'ai épargnée: si je t'avais abordé de front en te demandant de l'aide, sans rien offrir en contre partie, tu m'aurais rejeté.
-Mais t'es un grand malade!
-Faux, je suis juste plus intelligent que le reste de l'espèce humaine". Cela marqua la fin de cette dispute, même si le mot dispute paraissait un peu exagéré étant donné qu'il n'y avait que moi qui m'énervait et que lui n'avait pas l'air de comprendre ce qui n'allait pas dans son comportement et restait stoïque. Sa voie me giflait à chaque mot, ses yeux me glaçaient. Je ne connaissais pas Sherlock.
Je me levais alors d'un coup et me précipitait vers mon manteau et mes chaussures, partant dans la rue en pyjama. Avant de refermer la porte de notre appartement, j'eu juste le temps de l'entendre dire "Très bien, si tu le prends comme ça, je demanderais de l'aide à Sofia!". Des larmes coulées le long de mes joues mais je ne sanglotais pas, je ne faisais que courir dans la rue et regardais droit devant moi. Je me retrouvais devant mon ancien immeuble et montais les marches quatre à quatre. Arrivée devant mon appartement, je vis une ombre bouger devant ma porte, se levait et s'approchait de moi. Je connaissais cette silhouette. Et soudain un rayon de lune passa à travers la fenêtre du couloir et vint frapper son visage. C'est alors que je le reconnu. "Jim!" J'eu juste le temps de murmurer son nom et je tombais dans un vide abyssale.
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