Note de l'auteur: Sixième chapitre, plus compliqué que les autres car pas du tout planifié! Pour la petite histoire, entre le chapitre précédent et le chapitre suivant que j'avais déjà prémédité, je me suis rendu compte que ça collait pas, que quelque chose manquait. Et voilà ce qui est sorti de cette intense réflexion (ou pas), un chapitre un peu long, qui, j'espère, vous plaira. Bonne lecture!
Chapitre 6 - Premières incompréhensions
Je n'ai rien dit. Les mots se bousculaient au bord de ma bouche mais aucuns sons n'en sortaient. Pourquoi ça me paraissait normal ? Pourquoi son explication me paraissait-elle normale ? Pourquoi je n'avais pas envie de crier, de lui cracher sa vérité au visage ? Etait-il fou, ou était-ce moi ? Ou bien nous deux à la fois ?
Il a fait un pas vers moi, puis deux, jusqu'à me rejoindre et me serrer contre lui, ses bras enroulés autour de moi comme deux boas. J'étais figée, je ne pouvais plus bouger. Il me murmurait des choses à l'oreille, toutes ces choses dont j'avais rêvé il y a trois ans, tous ces mots qu'il n'avait pas su me dire à l'époque, toutes ces explications qu'il n'avait même pas pu formuler. Mais c'est comme si sa voix était à des kilomètres de moi, comme si elle résonnait dans ma tête au loin, comme si elle n'était qu'un fantasme de mon esprit. J'avais l'impression que si je clignais trop fort des yeux, il allait disparaître.
« Tu n'es pas là, tu n'es pas réel ». Cette phrase se mis alors à battre dans ma tête, puis à sortir en murmure de mes lèvres, puis en torrent se mêlant aux larmes qui coulaient maintenant sur mes joues, recouvrant ses paroles, les envahissant, jusqu'à devenir une psalmodie obstinée entrecoupé de tremblements et de sanglots, rejoins peu à peu par une autre phrase « Aide-moi ».
Jim me connaissait mieux que personne. Il savait que j'étais entrain de me perdre en moi-même. Il voulut s'éloigner de moi, me libérer de son étreinte, mais mes mains étaient à présent deux serres broyant ses avants-bras. Bien que bloquée dans une spirale infernale, je sentais tout de même que lui aussi paniqué. Et soudain je me sentis violemment poussée contre un mur et secouait, puis la voix de Jim, celle d'avant, celle que je connaissais, celle que j'avais recherché si longtemps, cette voix criant, d'abord au loin, puis au plus profond de mon être « Regarde moi ! Regarde moi ! REGARDE MOI ! ».
J'ai arrêté de psalmodier mais des larmes lavaient encore mes joues. J'ai repris peu à peu mes esprits et mes yeux ont finalement retrouvé les siens. Il était là, devant moi, le Jim de mon enfance. Il m'a prise par la main et m'a amenée jusqu'à ma chambre, m'a aidée à me coucher et m'a embrassée sur le front avant de me laisser dormir. Avant qu'il ne disparaisse de ma vue, je lui ai dit quelque chose. Je lui ai demandé quelque chose, pour la première fois.
« Jim ?
-Oui ?
-Ne pars plus jamais »
Dans l'embrasure de la porte, je l'ai vu esquisser un sourire et puis fermer la porte. Nous n'avions pas changé en fait. Nous n'étions encore que deux enfants. Sauf que nous avions changé de jeux. Nous ne jouions plus à « Jim et Sam puis le reste du monde » mais à nous faire mal.
Il s'est installé chez moi. Nous n'avons plus parler des dernières années, du soir de nos retrouvailles, ni même de notre enfance. Nous ne parlions presque pas en fait. En fait, nous préférions apprivoiser l'autre à nouveau en silence. J'avais un quitté un petit garçon bloqué dans le corps maigrichon d'un adolescent. Je me retrouvais à présent avec un homme ayant les mêmes mimiques et les mêmes intonations que ce petit garçon, le même rire, et la même façon de s'asseoir sur les tables.
Mais une certaine pudeur nous avait envahie. Des choses qui nous paraissaient anodines nous auraient semblé à présent gênantes. Souvent le soir, dans mon minuscule salon, je le regardais, et je me demandais s'il ressentais la même chose que moi. Reconnaissait-il la fille avec qui il avait partagé une chambre d'enfant pendant temps d'année ? Ou n'arrivait-il plus qu'à voir la femme que j'étais devenu ? Alors que je me pausais ces questions, il relevait parfois la tête pour me regarder sous ses longs cils. Je ne supportais plus son regard sur moi. Ses yeux me brûlaient la peau, alors que je ne le voulais pas. Ses doigts qui effleuraient mon poignet parfois faisaient bondir mon cœur, alors que je ne le voulais pas. Son rire me rendait heureuse, alors que je ne le voulais pas.
« Pourquoi tu pleurais ? » Ce soir là Jim m'avait sorti de ma rêverie par cette question abrupte.
« Quand ?
- Le soir où je suis revenu. »
C'est la première fois en trois mois qu'on en reparlait. Entre temps, j'avais revu Sherlock deux fois, pour lui rendre ses clés et récupérer mes affaires, mais Jim n'était pas au courant, puisque j'avais fait ça en journée. Il n'était jamais chez moi en journée. Je me demandais ce qu'il faisait. M'en parlerait-il un jour ?
« Alors ? » Sans même m'en rendre compte, j'étais reparti dans mes rêveries, et Jim attendais toujours ma réponse. J'y vis alors l'occasion d'obtenir moi aussi des réponses à mes questions.
« Si je te réponds, est-ce que j'ai droit moi aussi à une question ? » Jim se contenta de hocher la tête. Je pris une grande inspiration
« Je venais de rompre avec mon petit ami. »
Jim, qui me faisait maintenant face sur le canapé, leva à peine un sourcil. Je fus intérieurement vexée de sa réaction. A mon tour.
« Pourquoi n'es-tu pas revenu ?
-J'étais en prison en Ukraine. »
Je ne m'attendais absolument pas à sa réponse, mais je décidait de rentrer dans son jeu et de moi aussi marquer le moins de réaction possible. Je levais un sourcil. Parfait mimétisme.
« Depuis combien temps tu étais avec lui ?
- Presque deux ans . Qu'est-ce que tu avais fait ?
- Trafique d'armes. Tu l'as rencontré comment ?
- Soirée étudiante. Pourquoi tu t'es fait prendre ?
- Je me suis sali les mains. Pourquoi vous vous êtes séparés ?
- C'est un monstre d'égoïsme qui m'a utilisé. Un psychopathe. Pourquoi être revenu maintenant ?
- Je ne risque plus rien. J'ai changé de méthode. J'ai arrêté de me salir les mains. Je suis devenu Moriarty. Tu l'aimais ? »
Une certaine tension avait teinté sa voix alors qu'il me posait cette dernière question. Et je ne savais pas quoi répondre. Il était trop tôt. En demandant ça, il me forçait à plonger au plus profond de moi, derrière la haine et la rancœur.
Après quelques instants de pause, j'ai seulement murmuré « oui ». Un seul mot, cinglant l'air. Je ne regardais plus Jim, mais je sentis sa présence se lever et sortir de l'appartement. Pourquoi ? Pourquoi tout avait changé ? Pourquoi je ne pouvais plus lire en lui comme avant ? Pourquoi ne nous aimions nous plus comme avant ? Pourquoi n'étions nous plus des enfants?
Le retour de l'auteur: je sais, les fans de Sherlock doivent me haïr, mais j'ai besoin de faire ressortir son côté parfaitement insupportable pour le bien de cette histoire... Pardon? *creepy Sherlock smile*
