Chapitre 7 : Parfois, l'ignorance est un meilleur choix
Ils arrivèrent dans le compartiment de la jeune fille, il ne connaissait d'ailleurs pas son nom. Pourquoi il lui avait proposé ce marché, il n'en savait rien mais il avait eu envie d'en connaître un peu plus sur elle, sur ce qui la gênait tant au point de se dissimuler sous cette cape. Côté complexe physique il s'y connaissait bien, lui-même n'étant en effet pas une canon de beauté avec sa silhouette longiligne, sa peau de roux et autre détails qui conduisait souvent ses petits camarades à le traiter de tapette.
Une fois assis, il ressentit la colère dans sa voix lorsqu'elle prit la parole.
-Sache que je n'ai jamais dit ça à quelqu'un, même mes parents n'en ont pas connaissance, ils ont subi un sort d'oubliette.
Elle lui faisait confiance, c'est déjà ça.
Elle commença alors son récit.
-Un soir, alors je rentrais chez moi, je suis passée par un chemin différent, une petite rue un peu sombre, mais un raccourci bienvenu. Tout à coup, tout est devenu noir et j'ai senti quelque chose m'envelopper, m'étouffer et serrer ici, dit-elle en touchant son front, j'ai entendu des voix dans ma tête, une cacophonie de langues différentes qui semblaient anciennes. Une de celle-ci s'est adressée à moi et m'a dit que la seule manière pour Eux de survivre était de me posséder, elle m'a aussi dit que je n'avais pas le choix et que j'étais la seule parmi toutes les créatures existant sur Terre à pouvoir les supporter organiquement et mentalement.
-Elle t'a vraiment dit tout ça ? demanda-il septique.
Elle lui lança un regard noir devant son air surpris. Il avait en effet beaucoup de difficultés à la croire et peu habitué aux phénomènes magiques, il ne pouvait vérifier ses dires.
-En fait non, c'était plus comme si j'avais ressenti leur détresse, lui répondit-elle du mieux qu'elle put, je sais que c'est assez difficile à imaginer. J'ai vu un maelström de couleurs, d'images, d'idées, de sentiments, de souvenirs à peine esquissés, j'ai ressenti la peur, un peu, mais beaucoup de désespoir et de doutes aussi puis un soulagement indicible de m'avoir retrouvée il y a quinze ans. Je les ai acceptés parce que je savais que ses esprits ne me feraient pas de mal et qu'au plus profond de moi-même je les connaissais depuis toujours. Il eut un silence, elle reprit son souffle.
-Je me suis réveillée sur le sol, poursuivit-elle, j'avais très chaud, mon front était moite et je m'étais écorchée les mains en tombant. Je n'avais aucun souvenir de ce que m'avaient dit les créatures. Au fur et à mesure des semaines des symptômes sont apparus, mes parents m'ont emmené voir des spécialistes mais ils ne correspondaient à aucune maladie connue, ils évoquaient un nouveau type de bacille, rien de plus merci-beaucoup-au-revoir.
Elle lui raconta que leur évolution était des plus singulières, tout d'abord des brûlures du second degré étaient apparues, puis, malgré les différents soins proposés, les plaies s'étaient infectées et la peau était tombée par endroit laissant apparaitre des écailles reptiliennes. Le plus étrange s'était qu'elles avaient disparue à leur tour, ne laissant que de fines lignes grises sur sa nouvelle peau, semblable aux tatouages des autres élèves.
Lorsqu'elle eut finit le récit de ces dernier mois le voyage était bien avancé, le soleil commençait à décliner.
-Et depuis je préfère porter une cape pour éviter de choquer les autres par mon aspect…plutôt disgracieux, conclua-t-elle.
Le jeune homme voulut poser une dernière question mais elle le devança en lui rappelant les termes de leur marché, si bien qu'il grimaça en pensant que son récit allait être mon captivant mais tout aussi long.
-Ce n'est pas vraiment un pouvoir à proprement dit, se serait plutôt un assemblage un peu disparate de dons, par où commencer ?
-Par ton nom peut être ?
-Bien, je m'appelle Kyle, j'ai dix-sept ans, l'un de mes pouvoirs est, comme tu as pu le voir, est de détourner l'attention des personnes autour de moi de ma propre personne ou d'un objet particulier. Voilà voilà, finit-il légèrement gêné.
-C'est tout ! S'exclama-t-elle déçue.
-Hum, oui. Enfin je peux aussi imposer ma volonté dans une certaine mesure pour influer sur les décisions d'une personne, avoua-t-il du bout des lèvres, cherchant à en dissimuler le plus possible.
-Et tu sais comment ça marche ?
-Pas tellement, dit-il avec un regard qui en disait le contraire.
La jeune fille le comprenait car certaine chose pouvait être difficile à dire lorsque l'on n'a pas confiance en la personne, et parfois même si c'est le cas !
Il changea soudain de sujet :
-Alors ton visage ?
-Pardon ? dit-elle. Ah, promet moi de ne rien dire, poursuivit-elle d'une voix dure.
Il acquiesça.
Elle retira tout doucement la capuche de sa tête, découvrant peu à peu l'objet de l'intrigue du jeune homme. Un être à la peau grise apparu devant lui, l'épiderme encore rougie et boursouflée par endroit à cause de la métamorphose, vestige de la souffrance encore récenteIl avait un front moyen d'où dépassaient parmi les cheveux en broussaille deux petites bosses d'où suintait un imperceptible écoulement jaunâtre. En leur centre dépassait deux petites pointes de jais apparaissaient, jeunes cornes en devenir. Ses iris étaient d'une couleur indéfinissable, oscillant entre les teintes de l'enfer et la douceur d'un ciel de pluie. Des pupilles reptiliennes les barraient, noires comme la nuit, reflétant la douleur du dém… de la jeune fille mise à nue
Elle rabattit violemment son capuchon sur son visage, coupant la fascination morbide dans laquelle s'était retrouvé plongé Kyle. Il referma sa mâchoire et déglutit péniblement, tentant de ravaler le cri muet qu'il sentait poindre sur ses lèvres.
L'adolescente eut un remord face à la réaction du jeune homme elle n'aurait jamais dû lui imposer cela, même s'il avait expressément demandé, même si elle ne voyait pas d'inconvénient, même si elle savait que le regard des autres pouvait blesser, même si elle sentait que ce garçon pouvait être clément, mais lorsqu'elle entendit le fameux « désolé je ne savais pas » elle ne put contenir sa rage folle.
-Bien sûr que non, tu ne pouvais pas savoir, comment aurais-tu pu savoir, de toute manière personne ne peut comprendre ma situation, as-tu le physique d'un démon ? Entends-tu ces voix qui te font penser que tu es folle ?
Le visage de Kyle reflétait sa tristesse de l'avoir blessé par ces quelques mots mais cela aiguillonna la colère qui bouillait en elle.
Kyle la regarda sans comprendre. Il voulut intervenir mais cela le rappela à la jeune fille son bon souvenir.
-Et toi, Kyle, sors de mon compartiment ! Dégage ! dit-elle en le poussant vers la sortie, dégage ! Des sanglots perçaient dans sa voix.
Kyle partit enfin, la laissant désemparée et prostrée sur le sol. Mais qu'est-ce qu'elle pouvait avoir, son « désolé » n'avait rien d'offusquant, enfin dans sa tête en tout cas, c'était comme une politesse, un encouragement, une manière de dire qu'il comprenait son mal-être. Et bien sûr, les filles émettaient toujours sur une longueur d'onde différente de la sienne ce qui le brouillait tant dans ses relations humaines qu'avec son pouvoir.
Seule dans son compartiment, une jeune fille tremblait, discutant avec ses voix :
-Tu as conscience que tu viens de rembarrer le seul allié potentiellement potentiel de l'année ?
Souvent ses : harmonie imitative allitération en s, évoque le danger.
Un être à la peau grise […], reflétant la douleur du dém… : déshumanisation du personnage qui accentue le mal être de Kyle.
Review ?
