Chapitre 3
Bienvenue au cirque !
Nymphadora et la grande blonde s'écrasèrent violemment au sol tandis que leur propriétaire atterrissait avec grâce et en sifflotant.
- N'est-ce pas magnifique ? leur demanda-t-il.
Ce n'était pas la première fois que Nymphadora voyait un chapiteau, mais elle devait admettre qu'elle n'avait jamais rien vu d'aussi imposant. La blonde grommela quelque chose que Nymphadora ne put entendre mais c'eut l'air de faire plaisir à cet homme qui les empoigna gaiement par les cheveux en les menant à l'intérieur où les attendaient les autres pensionnaires. Si le cirque avait paru immense de l'extérieur, ce n'était rien comparé à l'intérieur qui était gigantesque. Il n'y avait rien si ce n'est un groupe de personnes assis à même le sol qui se releva d'un seul coup. Une vieille femme courra comme elle put vers eux, l'air horrifié.
- Seulement deux personnes ? N'avais-tu pas dit… ?
- J'ai dû les tuer malheureusement ! fit-il d'un ton dramatique et en les lâchant. La sélection naturelle que voulez-vous !
Il l'avait un peu forcé cette sélection naturelle, songea Nymphadora.
Inquiète, la vieille femme regarda les jeunes filles tour à tour afin de vérifier si elles ne souffraient pas d'un quelconque traumatisme. Elles avaient juste l'air terrorisées, ce qui ne l'inquiéta pas davantage.
- Allons, il faut faire les présentations maintenant ! Vous allez travailler ensemble après tout, mais avant…
Il s'approcha de Nymphadora, lui arracha son baluchon des mains et la poussa violemment contre un de ses futurs collègues. Ils s'écroulèrent tous les deux par terre.
- Pardon, murmura-t-elle inutilement.
Quand elle se releva, elle remarqua que sa robe était légèrement imbibée de sang mais s'abstint de tout commentaire.
Il fit de même avec la blonde. Nymphadora voulut protester mais l'homme sur qui elle était tombée plus tôt mis sa main sale sur sa bouche. Il venait peut-être de lui sauver la vie, qui sait.
- Je ne vous rendrais vos affaires que lorsque vous le mériterez.
Elles eurent l'impression d'un jamais, Nymphadora sentit un étau lui serrait les entrailles. Jamais elle ne reverrait sa baguette et ses livres. Elles échangèrent un regard et baissèrent la tête. Elles tenaient bien trop à la vie pour s'enfuir, elles lui obéirent donc et rejoignirent les autres.
Le psychopathe se plaça devant eux et les pria de s'asseoir par terre en agitant sa baguette.
Ils s'exécutèrent. Leur propriétaire se présenta : il s'appelait Michail et se voyait plus comme une figure paternelle et non comme un bourreau.
- Obéissez-moi et vous aurez une belle vie ! conclut-il.
Quelqu'un applaudit, les autres firent de même. Nymphadora sentait que la vie qu'elle avait menée auparavant allait lui manquer. Bienvenue en enfer, semblait lui dire le regard de la figure paternelle.
Il était encore tôt, il ordonna aux autres de rentrer chez eux. Il y avait quatre roulottes pour quinze personnes, et d'après ce qu'elles comprirent il y en avait d'autres. La vieille femme devait se charger des nouvelles recrues. Elle les emmena dans sa roulotte qu'elle ne partageait avec personne visiblement. Nymphadora se demanda qui elle était, sa femme ou bien sa mère ?
- Il faut vous décrassez afin que l'on sache quoi faire de vous.
Une bassine les attendait.
- Je m'appelle Alix, murmura la blonde.
- Moi c'est Nymphadora, tu crois qu'on doit se laver ensemble ?
Alix grimaça et commença à se déboutonner.
- On ne doit pas prendre de risque, t'as vu de quoi il est capable ? Il les a tous tué !
Sa voix était montée dans les aiguës à la fin de sa phrase.
- Vous n'êtes toujours pas dedans ? s'étonna la vieille femme. Allez !
L'eau était si froide que Nymphadora crut que son cœur allait s'arrêter de battre. Cela faisait très longtemps qu'elle ne s'était pas lavée et elle remarqua que son corps avait changé. Elle ignorait son âge, mais elle constata qu'Alix, plus développée, devait être un peu plus âgée.
- Je m'appelle Lauren je suis la sœur de…votre nouveau patron, comme vous appelez vous ?
- Alix.
- Nymphadora.
- Vous êtes vraiment sales, surtout toi ! fit-elle en savonnant sans douceur Nymphadora.
Mal à l'aise à être tripotée, celle-ci se rapprocha d'Alix qui se savonnait les cheveux. L'eau devint rapidement brunâtre.
- Regardes toi ! Tu avais besoin d'un bon bain ! maugréa Lauren.
- Que va-t-on faire ici ? demanda timidement Alix.
- Des tours, des spectacles, vous verrez bien assez vite.
- Vous faites partie d'un spectacle ? demanda Nymphadora.
- Avant oui, plus maintenant.
Elles sortirent de la bassine et se séchèrent. Les cheveux hirsutes que Nymphadora croyaient noirs se révélèrent être doux, longs et du même brun que le tronc d'un chêne. Elle en fut étonnée, tout comme de voir sa peau blanche. Alix gloussa.
- Habillez-vous vite ! Il nous attend !
Elles sortirent de la roulotte de Lauren pour aller à celle qui semblait la plus luxueuse. Lauren ne paressait pas aussi sûre d'elle qu'elle voulait le montrer. Sa main tremblait légèrement lorsqu'elle ouvrit la porte.
- Regardez-moi ces merveilles ! jubila Michail.
Il se précipita sur Alix, caressa ses longs cheveux blonds, son visage, ses bras et fit de même avec Nymphadora.
- Quel âge vous avez toutes les deux ?
- 16 ans, répondit Alix.
- Bientôt majeure donc ! Quel dommage que tu n'aies pas de baguette… se moqua-t-il.
- Moi, je ne sais pas…grommela Nymphadora.
- La pauvre chérie ! s'exclama-t-il avant de lui faire un câlin.
Horrifiée par ce geste, Nymphadora échangea un regard paniqué avec Alix.
- Je pense pouvoir faire de vous de grandes vedettes ! fit-il en repoussant Nymphadora. Je sais déjà où te mettre toi !
Il agrippa Nymphadora par les épaules et la secoua.
- Tu seras avec le demi-géant et le loup-garou !
Nymphadora déglutit avec difficulté, un loup-garou et un géant ?
- Il y a des sorciers ici ? s'écria Alix avec étonnement.
Le regard noir de Michail se posa sur Alix, il était aussi froid que pouvait l'être un regard. Nymphadora se demanda s'il allait la gifler. Il ne le fit pas.
- Bien sûr, quel intérêt sinon ? Mais je suis le seul à posséder une baguette.
Il se redressa.
- Il n'y a que des sorciers ici ! C'est ce qui fait la renommée du cirque Soliculus !
Il lui jeta un dernier regard plein de mépris et ordonna à sa sœur de l'emmener vers les autres.
- Qu'elle les aide à faire de nouveaux spectacles.
Nymphadora regarda Lauren et Alix partir, horrifiée. Elle se retrouva seule avec le monstre. Avec un grand sourire qui se voulait rassurant, il la fit asseoir sur une chaise et caressa une mèche de ses cheveux.
- Tu es une métamorphomage n'est-ce pas ? Tu es la première créature de cette espèce que je rencontre ! A croire que j'ai une bonne étoile, j'ai une sirène, un centaure, un demi-géant, un loup-garou, une licorne et une métamorphomage maintenant ! Tu imagines ce que je vais pouvoir faire avec vous tous ? Tu imagines ?
Nymphadora comprit seulement qu'elle faisait partie d'une espèce nommée métamorphomage. Ah bon ? songea-t-elle. Elle était prête à le croire. Elle entendit également le mot loup-garou, qui la terrifia, et le mot licorne.
- Tu ne dis rien ? s'étonna-t-il déçu.
- Je…je n'ai jamais vu de licorne, balbutia-t-elle.
Comme si elle avait déjà vu un loup garou. Il éclata de rire. Et cessa brusquement. Elle en fut terrorisée.
- Il n'y a que tes yeux qui changent, il faut y remédier…
Il semblait chercher son nom.
- Nymphadora, répondit-elle précipitamment.
- Tout de suite Nymphadora.
Elle le regarda sans comprendre, y remédier ? Comment ? Il ouvrit un placard et en sortit un long bâton. Il se retourna, un grand sourire aux lèvres.
- L'entraînement commence maintenant.
Ses yeux changeaient de couleurs indépendamment de sa volonté alors comment contrôler son corps ? Elle ne savait même pas ce qu'était un métamorphomage !
- Concentres-toi ! hurla-t-il.
Elle essayait, échouait, se faisait frapper, et réessayait. Elle s'estimait heureuse qu'il la frappe avec un bâton plutôt que de lui jeter des sorts avec une baguette magique. Allongée par terre, le corps brisé, elle scruta la chambre de son œil valide. Elle ne voyait pas son baluchon… Une larme coula, puis deux et son menton se mit à trembler.
- Pourquoi pleures-tu ? Non,non,non,non,non tu n'as aucune raison de pleurer voyons ! C'est pour ton bien.
Nymphadora voulait partir, rentrer chez elle, être loin d'ici. Son corps entier la faisait souffrir, elle voulait mourir. Elle n'avait pas la force de réessayer et refusa de tenter une nouvelle fois.
Il la frappa au visage. Nymphadora s'écroula au sol, sonnée par le coup violent. Elle perdit connaissance. Lorsqu'elle se réveilla, la nuit était tombée. Elle ne put pas se redresser et contempla le plafond en bois. Elle avait l'impression de sortir d'un rêve douloureux. La porte de la roulotte s'ouvrit, et Michail alluma à l'aide de sa baguette les bougies.
- Tes cheveux sont bleus ! s'exclama-t-il ravi. Tu vois quand tu peux !
Il se précipita sur un placard, l'ouvrit, et prit quelque chose. Nymphadora pria pour que ce ne soit pas un bâton à piques ou quelque chose de bien plus douloureux. Ce n'était que du chocolat.
- Tu l'as bien mérité. Si tu avais fait mieux je t'aurais donné une petite pièce mais… Manges-en un bout.
Elle ne bougea pas.
- Manges !
Elle se redressa avec une extrême lenteur, le remercia de la tête pour le chocolat, et essaya de le manger. Elle ne put même pas ouvrir la bouche tant sa mâchoire l'élançait. Elle se demanda si elle n'allait pas perdre des dents. Elle ne put que le lécher et le trouva bon.
- Tu peux partir, bonne nuit et lèves-toi en même temps que les autres !
Il la poussa sans ménagements vers la sortie. Vacillant sur ses jambes, Nymphadora s'appuya un instant contre la roulotte. Où devait-elle aller maintenant ? Il faisait nuit noire et elle ne savait pas où était Alix. Elle resta un long moment comme ça, jusqu'à ce que Lauren la conduise à la roulotte la plus éloignée et la plus abîmée. Elle était vide, ceux qui y vivaient n'étaient pas encore rentrés. Elle constata, malgré la pénombre, que là vivaient le demi-géant vu l'état des roues et le nombre de couvertures grossièrement cousues ensemble, la sirène avec l'immense baignoire, et le loup-garou avec la cage. Elle vivrait donc avec eux et avait déjà l'impression de les déranger. Elle s'installa dans un coin et se blottit comme elle put contre le mur pour prendre le moins de place possible. Nymphadora posa le chocolat en évidence à côté d'elle comme mode de paiement et ferma son œil valide en frissonnant. Elle espérait que ses blessures ne soient pas assez graves pour la tuer et qu'elle se lèverait demain, mais cela voudrait dire qu'elle vivrait de nouveau ce qu'elle avait douloureusement expérimenté plus tôt. Elle s'endormit, frissonnante, en pensant à Alix et aux événements de la journée.
