Jour n°6 : Choix
Il ne s'agissait pas d'un événement heureux.
Pour une bonne majorité de personnes, l'inscription « plus » apparaissant sur le test de grossesse représentait une bonne nouvelle. Hormis pour elle.
La parentalité ne faisait pas partie de ces rôles qu'elle désirait endosser.
Trop de responsabilités envers un être qui, du jour au lendemain, fera fi de votre éducation et vous tournera probablement le dos dans une douloureuse ingratitude. Ses raisons de ne pas enfanter étaient multiples et elle les aurait exposées si la situation n'avait pas été pas aussi grave. Durant trente-huit ans, elle s'était inlassablement répétée qu'elle ne deviendrait pas mère. Cet engagement n'avait jusque là pas été remis en cause. Elle veillait scrupuleusement à ce que ses charmants ovules ne connaissent jamais la fécondité.
Or, en prenant de l'âge, son cycle menstruel devenait moins constant et régulier qu'auparavant. Et le coup de sort avait frappé. Sans prévenir, l'un de ses mignons ovules avait décidé de faire sa crise de la quarantaine précocement.
Elle était enceinte.
Le problème n'était pas tant le fait que son dérèglement hormonal ait provoqué ce cataclysme mais plus sa résultante. Durant toutes ces années pendant lesquelles elle avait clamé, répété et tempêté que rien ne la forcerait à devenir mère, une potentielle grossesse paraissait inconcevable par sa surveillance accrue. L'idée même demeurait irréelle, abstraite, impensable. Or, pour la première fois de sa vie, elle se retrouvait confrontée à la réalité de la nouvelle.
Au concret.
Et au poids terrible des questionnements.
D'un côté, une voix ferme posait catégoriquement l'interruption de cette grossesse comme solution et n'en admettait pas d'autres. De l'autre, une petite voix timide, réservée, s'élevait contre cette idée et demandait un jugement moins arbitraire. Maintenant que la grossesse n'était plus qu'une idée abstraire mais une réalité certaine, il fallait réviser le raisonnement. Analyser la situation et la confronter avec la réalité et les souhaits enfouis ou non de chacun.
Et cette petite voix pernicieuse tendait à se faire entendre.
Si elle écoutait ses « arguments », elle remarquerait qu'ils ne différaient pas de ceux qu'employait son entourage pour la dissuader de son choix. À trente-huit ans, elle n'aurait plus l'occasion de vivre une grossesse sans trop de risques. Si d'avenir, elle espérait des enfants, elle devait saisir maintenant sa chance. Sans compter qu'elle était à la charnière de deux épisodes de sa vie et qu'indubitablement, son horloge biologique lui envoyait un dernier signe, un ultime appel.
Après, elle n'aurait plus le choix. Quand bien même elle changerait d'avis, elle n'aurait plus le taux de fécondité suffisant pour tomber naturellement enceinte. Tout deviendrait plus compliqué. C'était un moment phare de sa vie de femme. Une occasion qui ne se représenterait plus. Elle devait faire un choix : céder à l'appel des sirènes de son horloge biologique ou garder tête et ne pas revenir sur ses convictions.
C'était un cruel dilemme.
Un qu'elle n'aurait jamais pensé affronter. Que faire ? Que décider ?
Garder cet amas de cellules qui se développerait en enfant ou rester ferme sur ses idéaux. Temari était perdue. Elle n'aurait jamais pensé débattre avec elle-même sur ce sujet-là. Son esprit tiraillé ne savait plus quoi faire. Elle y pensait tous les jours sans qu'une solution concrète ne se dessine dans ce brouillard. Et elle devait se décider vite. Interrompre une grossesse ne se faisait pas sans conditions strictes.
Il ne lui restait que quelques semaines avant la date fatidique.
Tournant et retournant à nouveau le test de grossesse entre ses mains, elle poussa un soupir à en fendre l'âme. Prendre cette décision se révélait difficile.
Temari avait seulement omis qu'elle n'était pas seule dans cette situation.
Elle partageait sa vie avec un homme qui, jusque là, malgré ses défauts, faisait un très bon mari. Présent dans tous les moments de sa vie, y compris et surtout dans les moments durs comme il l'avait promis dans ses vœux de mariage. Cet instant ne ferait pas exception.
- Hey.
Elle releva la tête vers lui.
Son visage affichait un sérieux incomparable. Cette grossesse imprévue le tracassait aussi. Les mêmes interrogations et débats contradictoires emplissaient-ils sa tête jusqu'à l'implosion ? Sa tête semblait le laisser entendre.
Soudain, ses propres incertitudes reprirent le dessus.
- Shikamaru, je ne sais pas quoi faire, avoua-t-elle, la voix chargée de détresse.
Il la dévisagea longuement, scrutant les traits de son visage. Il y releva les traces de toute l'anxiété qu'il venait stopper. Il laissa une pause avant de répondre, ayant bien réfléchi.
- Temari. Quand on s'est rencontré, tu m'as dit que tu ne voulais pas être mère. Tu t'en souviens ?
Elle hocha la tête, se rappelant parfaitement de ce jour.
- Te souviens-tu de ce que je t'ai répondu ?
À nouveau, elle hocha affirmativement et le fixa sans rien ajouter, patientant qu'il poursuivre. Mais d'un signe de tête, il lui fit comprendre que la parole lui revenait.
- Tu m'as dit que tu m'aimais quoique je décide de faire de mon utérus, répéta-t-elle, mot pour mot.
Ce souvenir lui arracha un sourire tandis qu'il gardait son air grave.
- Il en va de même pour maintenant. Si on décidait de poursuivre cette grossesse, cet enfant ne manquerait de rien, exposa-t-il. Et si on décidait d'y mettre un terme, notre couple ne volera pas en éclats car je t'aime comme tu es et pour celle que tu es, Temari, avec ou sans enfant.
Après cette déclaration, elle le regarda comme s'il était un trésor rare et précieux.
Ses yeux brillaient d'une reconnaissance sans feinte. Il l'aimait pour elle-même.
Et il l'avait prouvé toutes ces années. Son soutien ne faillirait pas maintenant.
Elle pouvait compter sur lui. Maintenant. Encore. Toujours. Quoi qu'elle fasse.
Gonflée d'une émotion sans nom, Temari pencha la tête pour cacher ses larmes.
Puis, sur un coup de tête, elle attrapa son visage en coupe et l'embrassa avec toute la force de son amour.
Peu importe le choix qu'ils feraient, ils resteraient toujours ensemble.
