Bonjour à tous,

Une longue longue période d'attente pour vous et d'interruption pour moi (vive les vacances mouhahaha^^) avant que je puisse poster ce nouvel OS. Si j'étais de mauvais foi je dirais que je me contentais de suivre le chemin de l'auteure originale qui n'a, elle non plus, pas publié depuis plus d'un mois, mais non c'est juste qu'il s'agissait d'une longue traduction qui prenait beaucoup de temps et aussi que je suis investie dans d'autres projets.

Quoi qu'il en soit le voilà !

D'ailleurs, il a une saveur un peu particulière pour moi puisque c'est cet OS que j'avais voulu publier il y a maintenant plus de huit chapitres et que j'avais toujours repoussé. Cette fois-ci j'ai pris mon temps et il est enfin prêt.

Je suis contente car c'est avec des histoires comme celles-là que je remarque que je me suis améliorée. J'ai relu Père Noël il n'y a pas longtemps, et aujourd'hui Un décembre glacial, et je trouve que j'ai fait des progrès. Je traduis plus vite, les mots, les expressions et les tournures de phrases me viennent plus facilement et le sens en français parait plus fluide. J'espère que pour vous c'est plus agréable à lire.

Je ne me souviens plus si j'ai répondu aux précédentes reviews (bah oui c'est ça quand on a une mémoire de poisson rouge) Alors je remercie tous les revieweurs, tous ceux qui m'ont mis en alerte ou en favoris et tous les autres lecteurs.

Je vous souhaite une bonne lecture et vous dis à la prochaine fois !

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Disclaimer : le monde de Harry Potter appartient à J.K. Rowlings et « Meus Contraho » appartient à Curiositykils, je ne suis que la traductrice.

Titre original : A Cold December

Rated : T

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Un décembre glacial

13 décembre

« Oh mon Dieu. On gèle ! »

Hermione se tourna vers Lucy et sourit. Elle resserra davantage son manteau autour de son corps tout en enfouissant simultanément son nez dans son écharpe. La matière duveteuse la chatouillait mais elle s'y enfonça encore plus profondément.

« J'ai du mal à croire qu'on en soit déjà là. Peut-être que nous aurons ce Noël blanc finalement. Il n'a pas vraiment neigé à Noël depuis si longtemps », dit Lucy avec enthousiasme. « Ce serait tellement magique », fit-elle d'un ton mélancolique.

Sous le couvert de son manteau, les lèvres d'Hermione s'étirèrent au mot « magique ». Si seulement Lucy connaissait la vérité.

« Ouais. Ouais. Ce serait magique jusqu'à ce que tu réalises que la chaudière a choisi le moment le plus inopportun pour lâcher, que tes mains n'arrivent même pas à enlever un satané bouton d'antigel, que ta voiture refuse d'avancer d'un pouce dans la neige et que tu finisses par marcher longuement juste pour retrouver un peu de chaleur… dans des chaussures que monsieur Choo a crée seulement pour être contempler et non pas marcher avec »

Le sourire d'Hermione s'agrandissait un peu plus tandis qu'elle se tournait à demi pour voir une Laila grincheuse sortir du restaurant et regarder avec dégout la neige sur le sol.

« Je déteste la neige », déclara-t-elle inutilement.

La toujours très dramatique Lucy soupira bruyamment d'indignation. L'effet fut cependant ruiné par un petit hoquet qui ponctua la fin de son bruit. « Comment peux-tu détester l'hiver ? », demanda-t-elle à Laila tout en balançant un bras autour de ses épaules.

Laila posa un bras ferme autour de la taille de Lucy avant de répondre. « C'est glacial »

« C'est juste un peu d'air froid », répliqua Lucy.

Hermione ne fit pas remarquer que pas même une minute auparavant, Lucy avait déclaré qu'il gelait.

« Air froid, mon cul. L'air froid n'est pas censé te brûler les poumons par le simple fait de respirer », dit Laila.

Lucy se balançait d'un pied sur l'autre tout en continuant à parler comme si rien ne s'était passé. « N'importe quel air nuit à tes poumons. Tu es comme une vieille femme. Tu devrais arrêter de fumer », dit-elle à Laila fermement.

Laila leva les yeux au ciel.

« Tu peux en faire ta résolution de la nouvelle année », suggéra Lucy avec exitation.

De nouveau elle leva les yeux au ciel. « Ouais, c'est exactement ce que je vais faire », dit Laila avec sarcasme avant de regarder en arrière vers l'entrée du restaurant. « Où diable est Hannah ? »

« Oooh, je vous paris dix dollars qu'elle doit donner son numéro au serveur », dit Lucy.

« Elle vient juste de rompre avec Robert il y a de ça deux semaines »

« Exactement ! Le meilleur moyen de se remettre d'une déception amoureuse est de rencontrer quelqu'un d'autre », dit Lucy d'une voix pleine de sous-entendus inutiles.

Hermione reconnut le familier hoquet écœuré et la plainte de Laila et il ne fallut pas plus de deux secondes pour qu'elles se querellent toutes les deux de nouveau.

Etant amies avec elles depuis leur rencontre à l'école primaire, Hermione savait quand elle gaspillait sa salive. Ignorant leur conversation, elle passait en revue les rues animées de Londres tandis que les gens allaient et venaient.

La rue brillait déjà des lumières de Noël et Hermione pouvait voir les scintillements se refléter dans les yeux des consommateurs impatients. Elle était contente d'avoir déjà acheté la plupart de ses cadeaux de Noël, ayant retenu la leçon quand une année elle faillit être écrasé en essayant de trouver à monsieur Weasley un présent moldu si près du jour de Noël.

Il y avait le son familier d'un taxi noir qui klaxonnait un groupe d'ados traversant la route en plein milieu de la circulation et Hermione secouait la tête quand ils se déplacèrent précipitamment pour sauver leurs sacs de courses plutôt qu'eux même.

Noël fait faire aux gens des choses folles.

Ses yeux se déplacèrent ensuite de la foule à la station de métro animée opposée. Une rame devait juste avoir quittée la plateforme car une vague de voyageurs s'empressait de sortir des barrières électroniques pour faire leur chemin vers la rue bondée.

Espérant qu'il n'y avait pas d'enfant errant sur leur chemin, Hermione regarda instinctivement les moldus se tenant devant la station.

Elle se figea quand son regard atterrit sur un visage plus ou moins familier.

Par la barbe de Merlin !

Son esprit rejeta derechef l'idée. Il n'y avait aucun moyen pour que ce soit lui. L'homme qu'Hermione était en train d'observer avait de longs cheveux froid et mouillé et une barbe décharnée qui couvrait son visage amaigri. Ses vêtements laissaient clairement entendre qu'il dormait sur le perron de quelqu'un et pourtant quelque chose à propos de lui força Hermione à regarder davantage.

Un bus s'arrêta devant la station, et alors qu'il déchargeait soigneusement ses passagers, Hermione se dandinait d'un pied sur l'autre. Une main sur son épaule la fit sursauter et elle se tourna sur le champ effrayée.

« Hey, tu es prête à y aller ? », demanda Hannah, ses yeux de fauve l'observant de près.

Hermione avala sa salive puis secoua la tête. « Oh, oui. Je suis prête »

Hannah rigola. « Tu regardais quoi ? », demanda-t-elle avec curiosité.

Hermione tourna de nouveau son regard vers la station de métro. Le bus avait disparu. Tout comme le sans-abri. Hermione balaya une fois de plus la foule des yeux avant de se tourner pour répondre à Hannah.

« Rien. J'ai juste cru voir quelqu'un que je connaissais mais je crois que le vin me fait voir des choses », rigola-t-elle.

Hannah sourit. « Tu es celle qui a le moins bu d'entre nous toutes. Si tu vois des choses alors je n'ose pas imaginer ce qui se passe dans la tête de Lucy »

Hermione sourit tandis qu'elle se tournait pour voir son amie ivre. Laila et elle étaient toujours en train de se chamailler sur les mérites de Noël.

« Taisez-vous toutes les deux ? », dit Hannah d'un ton autoritaire. Elle avait la voix assez basse depuis l'école primaire et cela s'était révélé utile au fil des ans.

Laila et Lucy donnèrent à Hannah des regards mécontents mais tinrent compte de son ordre.

« Es-tu sûre que tu ne veux pas qu'on te ramène ? », demanda Hannah à Hermione.

« Oh non, je vais aller chez un ami. Il habite juste à quelques arrêts de bus. Franchement, tout va bien », dit-elle à Hannah.

« Envois-moi un message quand tu seras arrivée », dit Laila avant de balancer son autre bras autour de Lucy et de la tirer pour essayer de marcher jusqu'à la voiture.

« Je le ferai », promit Hermione.

Hannah ne semblait pas ravie, mais ne dit rien. Hermione savait ce qu'elle pensait. Qui étaient ces amis qui semblaient toujours habiter à quelques arrêts de bus et pourquoi ne les avaient-elles pas rencontré avant ?

« Je t'appellerai demain », dit Hermione à Hannah.

Hannah acquiesça de la tête et alla s'installer de l'autre côté de Lucy. Hermione les observait s'éloigner toutes les trois jusqu'à les perdre de vue dans la foule. Après avoir regardé confuse l'entrée de la station une nouvelle fois, Hermione descendit la rue dans le but de trouver une allée tranquille où elle pourra transplaner chez elle.

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14 décembre

Après une nuit entière passée à se tourner et se retourner dans l'espoir vain de trouver le sommeil, Hermione abandonna finalement vers cinq heures trente du matin. Elle repoussa la couette de son corps agité, entra dans la salle de bain et se dirigea vers la douche. L'eau chaude la martelait, mais là encore ça ne suffisait pas à faire taire son esprit bourdonnant.

Elle avait espéré tout oublier sur ce sans-abri, mais elle n'arrivait pas à se le sortir de la tête. Et la raison continuait à lui échapper. Hermione était consciente du nombre de SDF qu'il y avait à Londres. Des gens qui passeront les vacances seuls et au froid. La situation la rendait triste mais aucun visage ne l'avait rendu autant obsédé par leur condition auparavant. Merlin, elle n'était même pas sûre que c'était lui. En réalité, elle refusait de croire que c'était lui. L'idée qu'il puisse se trouver dans le Londres moldu était tout simplement grotesque.

En effet, personne ne savait ce qu'il était devenu depuis qu'il avait remis sa baguette au Ministère et refusé la maison du plan de partage et de réhabilitation que le Ministère lui avait proposé, mais Hermione était sûre qu'il devait avoir une propriété cachée quelque part que le Ministère n'avait pas encore saisi.

Il avait disparu, et comme il avait été dépouillé de sa magie et n'était pas considéré comme une menace, le Ministère ne s'était pas soucié de son absence. Il était juste un criminel en moins dont il avait à se préoccuper, un fardeau en moins épuisant leurs ressources. Reconstruire le monde magique après les coups qu'ils avaient subi pendant la guerre se révélait extrêmement couteux.

Hermione soupira et coupa l'eau. Etait-ce ce genre de vie pour laquelle elle s'était tant battue ? Une vie où des sorcières et sorciers pouvaient disparaitre sans que personne ne se donne la peine de les chercher. Voire même qui se réjouissent de leur disparition. Tout le monde ne mérite-t-il pas une seconde chance ?

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Hermione passa les quelques heures suivantes à câliner Pattenrond et à regarder les programmes ennuyeux à la télévision. Quand un flash émeraude envahit la pièce, elle se tourna vers la cheminée. Souriant au sorcier qui en sortait, elle décroisa les jambes pour aller saluer son petit ami. L'embrassant sur la bouche, elle lui sourit.

« Je ne savais pas que tu avais prévu de venir », lui dit-elle.

« Je pensais te surprendre… et Harry passe la journée avec Ginny », répondit Ron.

A ces paroles, le sourire d'Hermione vacilla et elle le regarda droit dans ses yeux bleus. Devant son regard plein d'attente, ses lèvres s'étirèrent automatiquement de nouveau. Peu importe finalement s'il n'avait à l'origine pas l'intention de passer son temps avec elle aujourd'hui. Il était là maintenant après tout ? C'était ce qui comptait véritablement, n'est-ce pas ?

« Eh bien c'est une belle surprise », dit Hermione.

« Alors, qu'est ce que tu veux faire aujourd'hui ? », lui demanda Ron.

Hermione était prête à répondre qu'elle voulait passer une journée paisible à la maison, mais se ravisa à la dernière minute. « J'allais justement faire du lèche-vitrines dans le Londres moldu. Tu veux te joindre à moi ? »

Hermione vit le regard de Ron dévier vers la fenêtre où une lourde averse de neige avait commencé à tomber.

Il glissa sa main dans les cheveux courts à l'arrière de sa tête près de son cou. « En fait, je ne peux pas rester longtemps. Je comptait aller voir maman »

Hermione le regarda un moment en silence. Aller voir sa mère. Il l'avait vu il y a deux soirs de ça lors de leur diner hebdomadaire. Elle soupira et se contenta d'acquiescer de la tête.

« Ok »

« Ouais. Eh bien, je ferais bien d'y aller », dit Ron.

« Ok », répéta Hermione.

Elle accepta un bref baisé sur les lèvres avant de le voir transplaner. Quand elle réalisa qu'il était réellement parti, son cœur se serra légèrement puis elle secoua la tête. C'était mieux ainsi. Ron avait haï s'aventurer dans le Londres moldu les peu de fois où Hermione l'y avait amené. Il n'aurait certainement pas apprécié passer des heures là où Hermione comptait se rendre.

Décidant que le manque d'enthousiasme que Ron avait fait preuve pour l'accompagner était certainement une bonne chose, elle alla dans sa chambre pour se changer.

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Hermione était assise sur une chaise près de la fenêtre d'un café qui avait une bonne vue sur la rue opposée, une bonne vue sur l'entrée de la station. Elle attendait maintenant ici depuis des heures, regardant la même scène encore et encore et commençait à perdre patience.

Deux heures plus tôt, elle avait fait un rapide petit tour aux toilettes pour pouvoir transplaner chez elle et prendre un livre. A son retour au café, elle avait réalisé que lire un livre serait contraire à l'objet de son excursion ici. Et ainsi le livre reposait sagement sur la table, à côté de trois tasses de chocolat chaud et d'une assiette qui contenait les miettes du gâteau au chocolat qu'Hermione avait dévoré pour le déjeuner.

Elle décroisa les jambes et changea de position, mais le mouvement ne plut pas à ses membres ankylosées. Elle regrettait que sa chaise rigide ne soit pas un de ses confortables fauteuils que les autres cafés possédaient, mais non. Son derrière commençait à se plaindre des multiples engourdissements dont elle souffrait.

Soupirant, Hermione se leva et enfila son manteau, son écharpe et ses gants. Peut-être qu'un petit tour lui fera du bien. Elle n'avait pas eu la chance de repérer le sans-abri depuis son poste de contrôle et elle ne pensait pas pouvoir encore attendre davantage le regard fixe.

Laissant un pourboire à la patiente serveuse, Hermione fit attention en sortant du café. Merci Merlin, la neige s'était arrêtée de tomber. Tournant à droite, elle s'engagea dans Piccadilly Circus.

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Vingt minutes venaient seulement de s'écouler et Hermione regrettait déjà la chaleur du café. Son nez commençait à couler alors qu'elle essayait de marcher dans la neige épaisse.

Soupirant, elle se réprimanda mentalement pour la stupidité de son excursion. Bien entendu qu'elle n'allait pas trouver cet homme. Merlin, qu'était-elle supposée faire si elle l'avait retrouvé et qu'il s'avéré être un inconnu ?

C'était une totale perte de temps. Du temps qu'elle aurait pu passer avec Ron.

Recherchant une route secondaire qui la conduirait à une allée, elle en repéra une et s'y dirigea. Elle transplana chez elle et autorisa Pattenrond à apaiser son agacement et sa folie.

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21 décembre

« Je n'arrive pas à croire que tu n'ais pas encore acheté de cadeau à Ginny », réprimanda légèrement Hermione alors qu'elle et Harry marchaient dans la foule.

« Je ne savais pas quoi lui prendre exactement jusqu'à il y a quelque jours, et Lavande Brown possède toutes les chaines de bijouterie décentes du chemin de Traverse et de Pré-au-Lard. Le Londres moldu est le seul endroit où je pourrais trouver une bague sans qu'elle en parle à Ginny avant que je puisse vraiment faire ma demande », répondit Harry. « Et je n'aurais jamais été capable d'en choisir une sans toi »

Hermione sourit mais secoua la tête. Alors qu'ils tournaient au coin d'une rue, la lumière brillante du soleil frappa ses yeux et l'éblouit.

« Au moins tu as choisi une bonne journée », dit Hermione. Depuis la neige de la semaine dernière, l'Angleterre connaissait une rare et inhabituelle journée de soleil. Bien qu'Hermione avait toujours besoin de s'emmitoufler pour avoir chaud, il était agréable de marcher dans l'air frais.

« Ouais, ils ont dit cependant qu'il allait recommencer à neiger très bientôt. Le Département de la Maintenance Magique a reçu ses primes de Noël aujourd'hui, mais Kingsley m'a dit qu'elles étaient beaucoup plus basses que l'an dernier à cause de tout l'argent que le Ministère doit sauvegarder. Attends-toi à des neiges lourdes et des vents froids pour les prochains jours. Ils ne vont pas être très contents »

Hermione balbutia son acquiescement tandis qu'ils entraient dans une troisième bijouterie en moins de deux heures. Etonnamment, Harry avait une idée très claire de ce qu'il recherchait, et après qu'Hermione lui avait dit que Ginny adorerait une bague en diamant et émeraude, son rôle avait rapidement été terminé. Elle le suivait parce qu'elle était curieuse de savoir si Harry allait trouver l'exact bague qu'il cherchait et puis… elle n'avait rien de mieux à faire aujourd'hui, Ron rendait visite à sa mère… encore.

Alors qu'Harry se dirigerait vers la vendeuse et décrit explicitement ce qu'il recherchait, Hermione passait en revue la vitrine festive de la boutique. Il suffit d'un bref coup d'œil par la fenêtre pour qu'elle le voit. Il marchait le long de la chaussée se fondant dans la foule. Hermione se figea alors qu'elle regardait la chevelure blonde et sale s'éloigner davantage d'elle avant de sortir de sa torpeur.

« Je reviens tout de suite Harry », dit Hermione en passant rapidement la porte pour s'engager dans la rue.

Il était plus grand que la plupart des moldus qui tentaient d'éviter de le toucher et il fut ainsi facile de le garder en vue. Les premières minutes, Hermione se contentait de le suivre quelques mètre en arrière, espérant désespérément qu'il se retournerait pour pouvoir étudier ses traits d'un peu plus près.

Comme il ne semblait pas qu'il allait le faire, et quand il tourna dans le grouillant Leicester Square, Hermione savait que malgré sa grande taille elle allait le perdre si elle n'arrivait pas à l'attraper. Avançant dans la masse de gens jusqu'à se tenir directement derrière lui, elle hésitait une nouvelle fois sur la marche à suivre. Elle tendit le bras pour toucher son épaule mais se rétracta rapidement avant de rentrer en contact avec son fin manteau.

« Excusez-moi », dit-elle à la place.

L'homme continuait de marcher comme s'il n'avait rien entendu.

« Excusez-moi monsieur », répéta-t-elle plus fortement.

Il l'ignora de nouveau et c'était alors que ça la frappa. Il ne l'ignorait pas volontairement. Il ne s'attendait simplement pas à ce que quelqu'un lui parle.

Son bras se déplaça vers son dos de lui-même. L'homme s'arrêta immédiatement et la main d'Hermione retomba pendant qu'il se retournait.

Oh Merlin. C'était lui. Elle pouvait le voir par sa réaction.

« Malfoy ? », demanda-t-elle confuse.

Il ne répondit pas mais continuait de la regarder choqué.

« Malfoy, que fais-tu ici ? », lui demanda Hermione.

Son bras alla de nouveau toucher le sien, mais il se dégagea brusquement.

« Ne me touche pas Sang-de-Bourbe », fit-il la voix rauque.

Hermione se recula afin de mettre plus de distance entre eux mais ignora son insulte familière.

« Que fais-tu ici ? », répéta-t-elle.

« Ça ressemble à quoi selon toi Granger ? »

Hermione ouvrit la bouche mais aucun son ne sortait.

« Où vis-tu ? », bafouilla-t-elle finalement tout en regardant ses vêtements de plus près. La saleté et les trous semblaient encore pires que ce qu'elle avait vu cette nuit-là. « Tu ne dors pas dans la rue, n'est-ce pas ? »

Elle vit devant elle son corps se raidir. « Je ne pense pas que se soit tes affaires Granger »

Il se tourna et commença à s'éloigner d'elle à grand pas. Hermione le suivit rapidement. Ses pas étaient plus grands que les siens et elle était forcée de tirer sur son bras pour l'arrêter. Encore une fois, il se dégagea de sa prise brusquement.

Imprévisiblement, il marcha vers elle et Hermione fut forcée de le regarder dans les yeux. Elle pouvait sentir son propre souffle étroitement comprimé dans sa poitrine.

« Je t'ai dit de ne pas me toucher Granger », dit-il calmement.

Hermione craqua. « Oh s'il te plait. Comme si mes germes de Sang-de-Bourbe allaient faire la moindre différence sur ce que tu as déjà sur toi », dit-elle avec colère.

Malfoy fit un pas chancelant en arrière avant de lui lancer le regard le plus froid qui lui avait été donné.

« Pourquoi restes-tu dans le Londres moldu ? Je sais qu'on t'a offert une maison du plan de partage et de réhabilitation du Ministère. Pourquoi n'y es-tu pas resté ? »

Au lieu de répondre, Malfoy pouffa et secoua la tête. « Tu n'as aucune idée de ce que le Ministère m'a offert ou non »

« Ils t'ont offert un logement gratuit et tu l'as refusé »

« Ce n'est pas gratuit quand il y a des conditions qui y sont attachés », cracha Malfoy.

« Du travail bénévole obligatoire pour la communauté. J'ai peine à croire que c'était si contraignant ! »

Il pouffa de nouveau et se détourna. Sa respiration forma des tourbillons de buée blanche devant son visage et c'était la première fois qu'Hermione réalisait à quel point il pouvait faire froid. Sans réfléchir, elle lança un sort informulé de réchauffement sur son manteau. Lorsque Malfoy se retourna pour la regarder avec surprise, elle ignora son regard plein de questionnement avant de murmurer un autre sort qui assemblait la plupart des grands trous de ses vêtements.

« Qu'est-ce que tu fais ? », demanda-t-il.

Hermione serra les dents. « Je crois que le mot que tu cherches est 'Merci' », dit-elle amèrement.

Malfoy se contenta de la dévisager pendant encore un moment avant de tourner de nouveau la tête. « Qu'est ce que tu veux Granger ? Je pense que tu as eu suffisamment de temps pour profiter de ma disgrâce »

Hermione ne savait pas quoi répondre. Elle n'avait pas pensé à ce qu'elle ferait si l'homme qu'elle cherchait était effectivement Malfoy. Qu'était-elle supposée faire ? Lui donner de l'argent ? S'éloigner ? Elle n'en avait pas la moindre idée.

« Où vis-tu ? », lui demanda-t-elle plutôt de nouveau. « Tu me le dois pour le sort de réchauffement »

Quelques secondes s'écoulèrent. « Il y a un refuge sur Kensington Road. Si tu arrives assez tôt ils ont des chambres »

Hermione hésita. « Et pour la nourriture ? », demanda-t-elle.

Elle était consciente que le monde moldu subissait une récession économique et ne savait pas à quel point cela affectait les dons caritatifs. Quand elle vit la mâchoire serrée de Malfoy elle assuma du pire, surtout qu'il ne répondait pas. Les images du riche et fière sorcier d'autrefois fouiller dans les poubelles lui vinrent à l'esprit. Il était son ennemi juré d'enfance mais pour elle l'image était quand même dérangeante.

« J'ai répondu à ta question Granger. Maintenant, à moins que tu ais prévu de passer le reste de ta journée à me suivre partout, je pense qu'on en a fini »

« Je dois retourner voir Harry », dit Hermione calmement.

Malfoy se raidit. Son regard balaya la foule derrière elle avant de retourner sur elle. « Alors je suppose que tu ferais mieux d'y retourner. On ne voudrait pas faire attendre l'Elu, n'est-ce pas ? », dit-il avec ironie.

Il se retourna alors et s'éloigna, et Hermione le laissa faire. Dans un état second, elle revint vers Harry.

Quand elle entra dans la boutique, Harry était en train d'expliquer à la vendeuse que la panoplie de bagues qu'elle avait étalée devant lui ne correspondait pas à ce qu'il recherchait. Elle se dirigea vers lui au moment où la vendeuse disparaissait à l'arrière du magasin, sans doute pour crier sa frustration avant d'apporter à Harry une autre sélection.

« Hey ! Où avais-tu disparu ? », lui demanda-t-il en passant une main dans ses cheveux noirs négligés.

Pendant un bref instant, Hermione avait pensé lui dire la vérité mais quelque chose l'en empêcha. « Oh, j'ai simplement aperçu un ami moldu donc je suis allée lui dire bonjour »

Harry accepta son mensonge sans en douter une seconde. Il se retourna vers le comptoir et attendit le retour de la commerçante.

« Que sais-tu à propos du travail bénévole que les anciens Mangemorts et adeptes de Voldemort devaient mener à bien afin de bénéficier des logements partagés de réhabilitation ? », demanda Hermione incertaine à Harry.

Harry lui jeta un regard confus avant de répondre par un haussement d'épaules. « Pas grand-chose. Ils doivent aider dès lors que le Ministère a besoin d'une paire de main supplémentaire. Il s'agit avant tout de travail soit à Poudlard soit au Ministère. En retour, la nourriture et le logement leur sont payés. Tu devrais demander à Percy. Il dirige le projet »

Hermione acquiesça mais connaissait déjà cette information. Le travail était difficile mais pas insurmontable. Elle avait elle-même aidé à Poudlard les premières semaines qui avaient suivies la bataille finale. Le transport des gravas devait principalement s'effectuer à la main et Hermione avait souffert de nombreuses callosités, mais ce n'était pas comme si c'était la fin du monde. Ce qui était sûr, c'était que c'était mieux que de vivre dans la rue.

« Et à propos de l'argent ? », demanda-t-elle à Harry.

Peut-être que ça avait à voir avec la décision prise de Malfoy de se couper du monde dans lequel il avait grandi ?

« Ils ne sont pas payés au moins les six premiers mois. Après ça cependant, une période intermédiaire leur est offerte où ils peuvent soit continuer jusqu'à ce que la restauration soit complètement terminée ou soit trouver un emploi rémunéré »

« Qu'en est-il s'ils ne sont pas diplômés ? »

« Le Ministère leur propose des cours du soir et ils continuent le travail bénévole pendant la journée à titre de remboursement » L'attention d'Harry fur reportée sur la vendeuse alors qu'elle revint dans la pièce.

Hermione réfléchit sur ce que Harry venait de lui raconter et elle devint de plus en plus perplexe. Il semblait que le Ministère lui avait proposé un accord plutôt équitable. Pourquoi n'avait-il alors pas accepté ?

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Il s'était avéré que le Département de la Maintenance Magique fut incroyablement remonté à propos de leurs primes de Noël étant donné que, la journée même pas terminée, une lourde neige s'était abattue partout dans le pays. Hermione avait réussi à transplaner chez elle avant le plus gros de la tempête.

Après avoir trainé par tout en ville avec Harry pendant près de quatre heures et demie, ils avaient finalement trouvé la bague parfaite dans une petite boutique. Après sa rencontre avec Malfoy, Hermione avait été silencieuse le reste de l'après-midi et avait passé la plupart de son temps à assurer à Harry qu'elle allait bien. Seulement maintenant qu'elle était à la maison et qu'elle regardait par la fenêtre, l'inquiétude qui s'était installée en elle nouait horriblement son ventre.

Elle devait faire quelque chose.

Et si Malfoy allait arriver trop tard au refuge aujourd'hui ? Et s'il avait déjà passé la nuit dernière au refuge et avait besoin de manger aujourd'hui et qu'il ne pouvait donc pas y passer la nuit ? Et s'il attrapait froid ? Son sort de réchauffement ne sera d'aucune utilité contre ce froid arctique.

Que devait-elle faire ? Elle avait brièvement pensé contacter quelqu'un du Ministère, mais elle savait qu'ils n'en auraient rien à faire.

Alors qu'une forte brise siffla à travers la maison, Hermione décida que de transplaner rapidement au refuge et de vérifier si Malfoy allait bien ne pourra faire aucune mal. Montant à toute vitesse pour aller changer son fin survêtement, elle mit des vêtements épais en laine et transplana dans le Londres Moldu.

Quand elle atterrit sur une route secondaire, elle fut forcée de s'appuyer contre le mur pour ne pas succomber à la force du vent. Plissant les yeux afin de voir davantage que quelques pas devant elle, Hermione fit son chemin vers Kensington Road et le refuge isolé qui avait une file d'attente de gens debout à l'extérieur. Hermione était surprise du nombre de personnes regroupées devant la porte attendant dans le froid de pouvoir entrer. Elle n'avait jamais vu tant de sans-abri réunis dans un même endroit auparavant. Le nombre était choquant.

Alors qu'elle remontait lentement la queue dans l'espoir d'y apercevoir Malfoy, elle reçut des regards menaçant de ceux qui attendaient. Quand ils aperçurent ce qu'elle portait et réalisèrent qu'elle ne passait pas devant tout le monde, ils se contentèrent de se détourner d'elle.

Il fallut à Hermione bien deux minutes pour arriver jusqu'à la porte d'entrée de l'abri. Une vieille dame au visage bienveillant remarqua Hermione et l'escorta rapidement à l'intérieur.

« Oh chérie, personne ne t'a dit que les bénévoles utilisent la porte de derrière ? », dit-elle souriante.

« Oh non. Je ne suis pas une bénévole. Désolé. En réalité, je suis à la recherche de quelqu'un qui je pense pourrait être ici »

La vieille dame lui donna un regard entendu, accompagné d'une tape sur le bras. « Quel est son nom, chérie ? », demanda-t-elle.

Hermione hésitait. « Drago Malfoy », dit-elle incertaine.

De petites rides apparurent sur son front quand elle le pissa essayant de replacer le nom. « Je suis désolée, mais je ne reconnais pas le nom »

Le sourire d'Hermione faiblit légèrement.

« Beaucoup de ceux qui viennent ici ne veulent rien dire les concernant », expliqua la femme.

Hermione acquiesça. « Puis-je jeter un rapide coup d'œil aux alentours pour voir si je peux le trouver ? »

La vieille dame accepta et montra à Hermione où aller. Elle alla d'abord à la cafétéria. Alors qu'elle balayait du regard les occupants de la pièce, elle n'aperçut personne avec les cheveux blonds et sales de Malfoy et son manteau marron. Espérant qu'il soit dans une des chambres à coucher, elle se dirigea rapidement vers l'étage suivant.

Les quelques premières pièces ne donnèrent rien et Hermione ne se sentait pas à l'aise quand elle entrait et se trouvait être l'objet de l'attention de six à sept locataires. Ce ne fut que quand elle vérifia la cinquième chambre qu'elle trouva Malfoy allongé sur un matelas fin dans le coin le plus reculé de la pièce. Maintenant qu'elle l'avait trouvé, Hermione ne savait pas quoi dire. Elle se demandait si elle ne devait pas juste partir, car après tout il était à l'abri pour la nuit, mais ce n'était pas suffisant. Ignorant les autres hommes dans la pièce, mais consciente de leurs regards sur elle, elle se dirigea vers son lit.

« Malfoy ? » Hermione vit son corps se tendre au son de sa voix avant d'ouvrir ses yeux d'acier pour la regarder.

Quand sa vision confirma la provenance des paroles que son cerveau avait enregistré, il s'assit rapidement, ancra ses pieds sur le sol et se releva du lit. « Granger. Que fais-tu ici ? », cracha-t-il avec colère. « Tu viens encore jeter un œil sur la disgrâce d'un Malfoy », demanda-t-il froidement.

« Non ! », se défendit immédiatement Hermione. « Je… j'avais juste besoin de voir que tu allais bien »

« Pourquoi par la barbe de Merlin cela t'intéresse-t-il ? Je n'ai pas besoin de ta pitié Granger. Je ne suis pas une de ses misérables créatures que tu crois pouvoir sauver »

« Je ne veux pas te sauver ! »

« Alors qu'est ce que tu fais là ? », cria-t-il.

« J'en sais rien ! », admit-elle à haute voix. Elle inspirait et expirait avec force avant de réaliser l'attention qu'ils avaient attirée. Mal à l'aise, elle triturait l'extrémité de son écharpe. « Je ne sais pas pourquoi je suis ici d'accord. Je ne peux pas juste te laisser ici ! »

Malfoy lui lança un regard indéchiffrable. « Si, tu peux Granger », dit-il avant de se rallonger sur le lit.

Il ferma les yeux pour clore la discussion.

Hermione basculait d'un pied sur l'autre. « Est-ce que tu as mangé aujourd'hui ? »

Malfoy ignora sa question. « Malfoy. Est-ce tu as mangé aujourd'hui ? », répéta-t-elle.

Le silence fut rompu par les gargouillements bruyants de l'estomac d'un homme. Hermione l'observait étendu deux lits plus loin alors qu'il lui renvoyait en retour un sourire embarrassé avant de regarder ailleurs.

Malfoy avait beau ignorer sa question, elle avait quand même une réponse.

« Malfoy », dit à nouveau Hermione.

Comme il continuait à l'ignorer, Hermione craqua. « Bien. Par la barbe de Merlin, j'essayais juste de t'aider ! » Et après ça elle sortit de la pièce, descendit les escaliers et quitta le refuge.

En colère, elle traversa la rue, la tête enfoncée dans son écharpe jusqu'à atteindre la rue principale. Sa poitrine se soulevait dans l'air comme si elle venait juste de courir un marathon et sa colère disparut aussi vite qu'elle était arrivée. Regardant vers l'arrière, de l'endroit où elle venait, elle soupira d'agacement avant d'entrer dans le snack-bar le plus proche.

« Stupide Malfoy. Il ne le mérite pas », objecta-t-elle dans sa barbe tout en attrapant un panier et se dirigeant dans une allée d'alimentation.

La plupart des étagères étaient vides et Hermione avança vers celles où se trouvaient les restes du déjeuner. Elle attrapa deux sandwichs rabougris et une bouteille de jus d'orange. Se dirigeant vers la caisse, Hermione soupira avant de retourner dans le rayon et d'ajouter les sandwichs restant et quelques autres bouteilles de jus.

En caisse, elle tendit vingt livres, récupéra sa monnaie et se prépara pour le chemin de retour au refuge. Cette fois-ci, elle entra directement et grimpa les escaliers vers la chambre de Malfoy.

Il n'avait pas bougé durant les quinze minutes où Hermione s'était absentée et alors qu'elle se dirigeait vers son lit, les autres hommes de la pièce suivaient sa progression silencieusement. Elle déversa le contenu de son sac sur le matelas près de lui et le mouvement le fit sursauter. Il analysa le sac et la regarda sans rien dire pendant qu'elle distribuait aux autres hommes la nourriture et les jus de fruits.

Leurs murmures de remerciement la firent sourire puis elle prit les deux sandwichs restant ainsi qu'une bouteille de jus. Elle agita les appétissantes offrandes au-dessus de la tête de Malfoy qui lui lança un regard haineux et ne fit aucun mouvement pour les prendre. Hermione, se sentant coupable de l'avoir taquiné, les jeta sur son ventre et recula.

Malfoy se releva en position assise, attrapa le sandwich le plus proche et ouvrit l'emballage.

Hermione ne dit rien pendant qu'il mangeait, au contraire elle choisit ce moment pour l'étudier de plus près. Ses cheveux gras lui arrivaient à hauteur des épaules, sa barbe semblait rêche, ses pommettes et son menton étaient encore plus saillants que dans son souvenir. Ses ongles autrefois manucurés étaient rongés et sales.

Hermione se retrouva à respirer par la bouche alors que la pièce froides et humides se remplissait d'un mélange de différentes odeurs. Du poulet, du thon, du fromage, de la sueur et de l'humidité. Elle avait lu une fois qu'il fallait seulement quelques minutes au nez humain pour s'habituer à une odeur. Hermione se demandait combien de temps elle allait devoir encore attendre.

Elle attendit jusqu'à ce que Malfoy ait fini son premier sandwich et bu un peu de jus avant de parler. « Ecoute, est-ce que je pourrais te parler dehors une seconde ? »

Malfoy semblait vouloir dire non mais après avoir jeté un coup d'œil au sandwich se mit debout. Hermione avança de quelques pas jusqu'à se trouver hors de la pièce avant de lui faire face. Elle ne savait pas quoi dire maintenant. Il s'agissait de quelque chose d'assez inhabituelle se disait-elle. Elle plongea ses mains dans les poches de son manteau et tritura les clefs avec sa main.

« Hum, le Département de la Maintenance Magique va délivrer du mauvais temps les quelques prochains jours. Au moins jusqu'à ce que leur colère au sujet de leurs primes de Noël s'amenuise. Je pensais que tu devais le savoir »

Si elle attendait un signe de remerciement ou autre chose de la part de Malfoy, elle était déçue. Il la dévisagea simplement un moment avant de retourner dans la chambre.

Hermione se tenait là et le regarda s'en aller. Elle en avait assez fait pour ce soir. Elle pouvait difficilement en faire plus. Au lieu de ça, elle s'assura d'être seule dans le couloir et transplana chez elle.

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22 décembre

Le soir suivant, Hermione se retrouva avec deux autres sacs de nourriture supplémentaire, un récipient sain de soupe chaude, du ragoût et des fruits frais cette fois-ci. Elle se tenait à l'extérieur du refuge et soupira en regardant le bâtiment. Elle ne savait pas pourquoi elle était là mais elle y était. Elle ne pouvait pas laisser Malfoy mourir de faim. Bien qu'elle avait difficilement les moyens de continuer à lui apporter de la nourriture, à lui et aux autres hommes de sa chambre, toutes les autres nuits.

Rejetant cette pensée de son esprit, Hermione fit son chemin vers l'entrée secondaire du refuge et glissa à l'intérieur. Encore une fois, elle commença par chercher Malfoy pièce par pièce. Au moment d'atteindre la dernière salle, son cœur se mit à battre rapidement. Où était-il ? Elle ouvrit la porte lentement et y passa la tête.

Oh Merlin… Pourquoi n'était-il pas là ? Elle lui avait bien dit que le temps serait trop mauvais pour passer la nuit dehors.

« S'cusez-moi mam'zelle »

Hermione se tourna vers l'étranger qui était assis sur un lit de camp.

« M'nom est Joe. V'zétiez assez gentille pour m'donner un sandwich et à boire hier »

Hermione lui adressa un petit sourire. « Bonjour », dit-elle. Elle observait son visage mais ne se souvenait pas de lui.

« Vous cherchez vot' ami ? »

La respiration d'Hermione se bloqua dans sa gorge. « Oui. L'avez-vous vu aujourd'hui ? »

L'homme lui lançait un regard triste. « Ouais mam'zelle. L'était trop tard »

« Quoi ? »

« J'pense qu'il attend dans la file »

Hermione sentit le soulagement envahir tout son corps. « Oh merci »

Elle commençait à faire le chemin inverse avant de réaliser qu'elle portait toujours les sacs de nourriture. Elle se retourna et les tendit à l'homme. « Hum, je pense que mon ami n'en aura pas besoin ce soir. J'aimerais vous les donner. C'est un peu de soupe et du ragoût »

L'homme se redressa et prit les sacs de ses mains comme s'il tenait un trésor inestimable. « C't'homme est un p'tain d'enfoiré d'avoir une bonne mam'zelle comme vous pour faire attention à lui »

Hermione sourit. D'une manière ou d'une autre, elle ne pensait pas que Malfoy voyait les choses comme ça. Elle sortit de la pièce et se dirigea rapidement en bas. Elle s'arrêta brièvement à la cafétéria, mais ne l'apercevant pas, elle réalisa qu'il devait toujours attendre dehors dans la queue. Il ne lui fallut pas longtemps pour le trouver.

Malfoy la vit arriver et soupira bruyamment. « Et que veux-tu aujourd'hui Granger ? »

« Pourquoi n'es-tu pas arrivé ici plus tôt ! », le gronda-t-elle.

Malfoy la regarda brièvement interloqué par sa réprimande. « J'étais occupé », répondit-il ironiquement.

« Ne sois pas si désinvolte Malfoy. La température est censée descendre en-dessous de moins quatre degré cette nuit. Comment au nom de Merlin es-tu supposé rester dehors par ce temps-là ? »

« Je pense que se sont mes affaires Granger »

Hermione laissa échapper un bruyant cri de frustration. « Pourrais-tu juste me dire où tu compte passer la nuit ? »

« Sous un pont… sur le banc d'un parc… peu importe ! » Sa voix paraissait si lasse.

« Bien sûr que c'est important »

« Pourquoi as-tu besoin de savoir Granger ? Contente-toi d'aller transplaner chez Weasley »

« Malfoy », dit-elle alarmée.

Les autres personnes qui attendaient dans la file s'étaient retournés au mot « transplaner » pour les regarder bizarrement. Hermione allait ouvrir la bouche pour lui demander de répondre quand une bagarre surgit dans la foule tandis que les portes s'ouvraient pour laisser entrer le prochain lot de personnes. Ils entrèrent à l'intérieur dans une course folle, si rapidement qu'il fallut un moment à Hermione pour comprendre que Malfoy avait disparu également dedans.

Au nom d'un Hippogriffe. Qu'était-elle supposée faire maintenant ?

ooo

En fin de compte, la seule chose qu'Hermione pouvait faire était d'attendre que Malfoy ait fini de manger et qu'il ressorte. Elle ne pouvait vraiment pas le laisser si elle voulait dormir ce soir la conscience tranquille. Il lui fallut patienter vingt minutes pour le voir sortir. Hermione avait pris position de l'autre côté de la route. Quand elle le vit s'en aller, elle se dirigea vers lui avant d'en décider autrement. Il serait mieux de le suivre afin de constater de visu où il comptait passer la nuit. Peut-être que ce serait bien ?

Il ne fallut pas longtemps pour atteindre le pont dont il avait sarcastiquement parlé pas moins d'une demi-heure plus tôt. Hermione le regardait à moitié caché par les herbes et les détritus alors qu'il se dirigeait au centre du passage souterrain vers une pile de vieilles couvertures cachées derrière un caddie de supermarché abandonné. Quand elle vit Malfoy étendre les couvertures sur le sol, elle bondit de son poste d'observation.

« Tu vas réellement dormir ici. Il va faire froid comme la mort ! »

Malfoy se retourna effrayé avant de rejeter les couvertures et de s'avancer vers elle. « Est-ce que tu m'as suivi jusqu'ici ? », demanda-t-il en colère.

« C'est une bonne chose que je l'ai fait. Tu ne peux pas être sérieux »

« Quand vas-tu enfin entrer sans ta tête que ce n'est pas tes affaires Granger ? »

Face aux paroles hargneuses de Malfoy, Hermione arrêta ses agitations un instant.

Quand elle reprit la parole par la suite, sa voix était plus calme, ses bras levés d'une manière apaisante. « Ecoute Malfoy, tu ne peux vraiment pas rester ici cette nuit. Tu mourras. Je… je peux te donner de l'argent pour un hôt… »

« Je n'ai pas besoin de ton argent Granger ! », cria-t-il fortement.

« Ecoute, c'est bon prends-le. Tu me rembourseras quand… »

« J'ai dit que je n'ai pas besoin de ton argent Granger ! », aboya-t-il contre elle.

Hermione tressaillit au ton de sa voix avant de serrer les dents. « J'essaye de t'aider ! »

« Je n'ai besoin d'aucune aide de ta part ! »

« Si tu en as besoin ! » Et après ça, Hermione attrapa le poignet de Malfoy et transplana avec lui.

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Dès que les pieds d'Hermione touchèrent la moquette de son salon, la première chose qu'elle sentit fut le mouvement brusque du poignet de Malfoy qui tentait de se défaire de sa prise.

« Qu'est ce que tu as fait, bordel ? Ramène-moi Granger. MAINTENANT ! »

Hermione restait figée, regardant Drago Malfoy aller et venir dans toute la pièce. Il lui avait demandé ce qu'elle avait fait et elle n'en avait pas la moindre idée. Qu'avait-elle pensé en le ramenant ici ? En réalité, elle ne pensait à rien, tout ce qu'elle avait besoin de savoir était qu'il ne pouvait pas dormir sous ce pont avec ses vêtements en lambeaux.

« Ramène-moi Granger. Ou… » Il laissa sa menace en suspens mais c'était suffisant pour impressionner Hermione.

Sa main glissa dans la poche de son manteau jusqu'à atteindre sa baguette. « Tu ne peux pas me faire de mal. Ta magie a été bridée »

« Ils ont pris ma magie Granger. Pas mes poings. Maintenant ramène-moi ! »

« Pourquoi veux-tu retourner là-bas ? Tu ne peux pas y passer la nuit et je te ramènerais dans la matinée », argumenta Hermione.

« Je t'ai dit de me ramener ! »

« Je remplacerais tes couvertures et tout ce que tu as laissé derrière toi. Tu n'as pas à t'inquiéter de ça »

« Il y a certaines choses que tu ne peux pas remplacer. MAINTENANT RAMENE-MOI ! »

Il cria tellement fort que les oreilles d'Hermione bourdonnèrent. Quand Malfoy avança de deux pas vers elle aves les doigts de sa main gauche repliés en un poing, Hermione les fit rapidement transplaner au passage souterrain.

Tout devint clair quand elle entendit un couinement provenant de sous les couvertures abandonnées de Malfoy. Alors qu'il se dirigeait vers une boule tremblotante, Hermione restait là où elle se trouvait. Même si elle savait qu'un chien était caché sous ce tas de chiffons, quand une oreille brune jaillit par l'ouverture, Hermione fut quand même prise de court. Encore plus quand elle vit Malfoy glisser sa main dans la poche de son manteau et en ressortie ce qui ressemblait à du bœuf afin de nourrir le chien affamé.

Hermione demeurait silencieuse jusqu'à voir le chien lécher les doigts de Malfoy et pleurnicher pour en avoir encore plus. Malfoy répondit en grattouillant l'arrière des oreilles du chien.

« T… tu peux amener le chien avec toi si tu veux. Ça ne dérange généralement pas mon chat de partager son espace avec d'autres animaux », dit-elle avec hésitation.

Malfoy était de dos et elle ne pouvait donc pas voir sa réaction. Elle fut surprise quand il se releva brusquement avec le chien dans ses bras et qu'il acquiesça une fois de la tête. Espérant faire le bon choix, Hermione s'approcha de lui, attrapa légèrement son épaule et transplana de nouveau chez elle.

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Quand ils atterrirent de nouveau dans son salon, Hermione fut obligé de mettre son cerveau en action. Pattenrond était pelotonné sur le canapé là où Hermione était généralement installée, et dès qu'il aperçut les deux étrangers, se mit au garde-à-vous.

Hermione se dirigea vers lui pour pouvoir le caresser et le réconforter. Le peu de temps qu'elle lui consacra son attention lui était suffisant pour élaborer un plan dans sa tête.

« Bon. J'ai gardé de la soupe et du ragoût dans la cuisine. Pourquoi ne vas-tu pas te rafraichir dans la salle de bain pendant que je les réchauffe ? », suggéra-t-elle d'une voix joyeuse, tentant de se convaincre elle-même que tout ira pour le mieux.

Elle ne laissa pas à Malfoy la chance de dire quelque chose avant d'ajouter rapidement « Suis-moi », de passer devant lui et de monter les escaliers. En chemin pour la salle de bain, elle attrapa une serviette dans un placard et fouilla légèrement embarrassée dans l'armoire sous le lavabo pour un rasoir neuf. Elle plaça le rasoir rose sur la serviette avant de lui remettre le tout. Malfoy leva un sourcil devant le manche fluorescent, mais ne dit rien avant d'entrer dans la salle de bain et de fermer la porte.

Hermione ne bougea pas avant d'entendre la douche couler. Se grattant légèrement la tête, elle retourna en bas dans la cuisine. Elle savait qu'elle n'avait pas de nourriture pour chien et hésitait à prendre les morceaux de viandes du ragoût. Elle préférait les garder pour Malfoy.

Finalement elle ouvrit une boîte de la nourriture pour chat de Pattenrond et la plaça dans sa gamelle. Elle espérait que ça irait pour le chien. Pattenrond le vit et laissa comprendre à Hermione qu'il n'était pas content qu'on empiète sur son territoire. Crachant sur Hermione, il bondit sur sa couche comme si Hermione allait aussi le donner.

Hermione était trop nerveuse pour se préoccuper de Pattenrond et elle réchauffa mécaniquement la nourriture avec sa baguette. Cela lui prit seulement quelque seconde et elle s'assit ensuite sur une chaise près de la table pour attendre qu'il redescende.

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Trente minutes plus tard, Hermione en avait assez d'attendre. Sa tête avait commencé à cogiter sur ce qu'il pouvait bien faire et se dirigea donc lentement vers la salle de bain. Comme elle le suspectait, le bruit de l'eau avait cessé et le cœur d'Hermione se mit à battre à tout rompre.

« Malfoy », appela-t-elle.

Elle n'obtint aucune réponse.

Hermione garda les yeux rivés sur l'interstice de lumière venant de sous la porte, prête à le faire basculer dans l'obscurité pour savoir s'il était toujours à l'intérieur. Elle avait atteint la porte et était sur le point de l'ouvrir quand Malfoy apparut.

Hermione sursauta quand elle tomba nez à nez avec le torse dénudé de Malfoy. Son regard s'abaissa de son propre chef pour savoir s'il était couvert. Ses yeux rencontrèrent la serviette blanche et la chaleur envahit ses joues quand elle réalisa qu'elle était en train de le mater.

« Désolé. J'étais venu t'appeler », dit-elle haletante.

Malfoy parut embarrassé par la situation ce qui surprit Hermione. Elle s'était attendue à une réplique cinglante.

« Je n'ai aucun vêtements propres », expliqua-t-il.

« Oh bien sûr. Je n'y avais pas pensé. Je vais essayer de te trouver quelque chose », dit-elle avant de se précipiter dans sa chambre.

Fouillant partout au fond de sa penderie, elle attrapa les vêtements que Ron avait laissés la dernière fois qu'il avait passé la nuit ici et leur lança un sort afin qu'ils se réajustent à la taille de Malfoy. Quand elle retourna vers la salle de bain, Malfoy attendait toujours dans l'embrasure de la porte.

Les yeux d'Hermione remarquèrent alors la fine cicatrice qui barrait sa poitrine et son torse qu'elle avait initialement manqué. Le sortilège Sectumsempra de Harry réalisa-t-elle hébétée.

« Voilà », dit-elle en lui passant les vêtements. « Je vais attendre en bas », fit-elle calmement.

La fermeture de la porte fut son unique réponse.

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Hermione n'eut pas à attendre longtemps avant d'entendre les pas de Malfoy descendre les escaliers. Quand il entra dans la cuisine, il s'installa à table sans rien dire alors que ses yeux fixaient son chien endormi.

Hermione agita sa baguette et un bol et cuillère apparurent du placard jusqu'à la table devant lui. Ensuite vint la nourriture.

« Sers-toi », dit-elle en s'asseyant sur la chaise opposée.

Malfoy remplit son bol de ragoût petit à petit.

« J'ai déjà mangé », lui dit-elle.

Sa main se figea pendant une microseconde avant d'entasser le ragoût jusqu'à ce que le bol soit plein.

Ils restèrent silencieux la plupart du temps jusqu'à atteindre un paroxysme trop pesant.

« Alors, comment le chien s'appelle-t-il ? », lui demanda-t-elle.

« Il n'a pas de nom », répondit Malfoy.

« Tu ne lui a pas donné de nom ? »

« C'est juste un chien Granger. Nous avons une relation de réciprocité. Je le nourris et il me tient chaud. Nous ne sommes pas sur une base de prénoms », déclara-t-il.

Hermione se souvenait à quel point il voulait désespérément retourner vers son chien un peu plus tôt ce soir et réalisa juste comment il sous-évaluait sa connexion avec lui.

« Depuis combien de temps l'as-tu avec toi ? »

« Un moment » Sa réponse était brève et froide.

Hermione le laissa manger en silence pendant encore une minute. Réalisant qu'il n'avait rien à boire, elle se leva et se dirigea vers le frigo. Décidant que du lait serait probablement la meilleure option pour une personne souffrant de malnutrition, elle attrapa la brique et en versa un peu. Elle retourna vers la table et se rassit, le verre de lait avec elle.

« Alors, pourquoi as-tu refusé la proposition du Ministère ? »

Cette fois Malfoy se figea plus longtemps. Son regard atterrit sur le verre de lait et pendant une fraction de seconde, Hermione crut voir de la nostalgie dans son regard avant qu'elle ne soit masquée par la haine. La cuillère qu'il tenait en l'air retomba dans le bol éclaboussant ses bords et la table.

« Je n'avais pas réalisé que mon kidnapping comportait des conditions », dit-il froidement.

Il repoussa sa chaise en arrière et le bruyant raclement sur le carrelage de la cuisine fit sursauter les deux animaux. Malfoy se releva de sa chaise et Hermione bondit de la sienne.

« Je suis désolée. Il n'y a aucune condition », dit-elle sincèrement. Elle poussa le verre vers lui. « Reste s'il te plait »

Malfoy semblait mener un débat intérieur avant de finir pas se rasseoir. Hermione se rassit également. Les animaux se rendormirent. Elle le regarder manger le reste du plat jusqu'à être rassasié. Elle ne lui demanda rien d'autre et il ne toucha pas au verre de lait.

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« Donc, tu peux dormir ici », dit Hermione en ouvrant la porte de la chambre d'ami. « Si tu as besoin de quelque chose je suis de l'autre côté du couloir. Je vais te poser des vêtements propres et des affaires de toilette dans la salle de bain »

Malfoy opina de la tête et entra dans la chambre. Hermione allait fermer la porte quand il prit la parole.

« Granger », l'appela-t-il.

Hermione arrêta son mouvement et attendit qu'il en dise autre chose. Sa mâchoire se serra et quand il ne continua pas, Hermione lui adressa simplement un petit sourire.

« Bonne nuit », lui dit-elle en fermant la porte.

Elle observa la porte close pendant un instant, hésitant sur la marche à suivre. Sa première pensée était de la verrouiller, mais que faire qu'il avait besoin d'aller dans la salle de bain au milieu de la nuit ? Ou s'il y avait un feu ? Elle ne pouvait pas le piéger à l'intérieur.

En soupirant, elle redescendit en bas dans le salon. Balayant du regard les objets de la pièce, elle attira à elle les plus précieux et couteux par un Accio. De retour dans sa chambre, elle les plaça dans le tiroir de sa table de chevet.

Ensorcelant sa porte avec sa baguette, Hermione s'autorisa finalement à prendre une forte inspiration. Mettant rapidement son pyjama, elle glissa sous la couette. Elle tendit l'oreille et saisit les faibles sons venant de la chambre de Malfoy. Sortant du lit, Hermione mit le verrou moldu avant d'éteindre les lumières.

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23 décembre

Hermione avait dormi la nuit entière par intermittence. Elle n'était pas arrivée à libérer son esprit son esprit, ce qui était nécessaire pour que le sommeil l'emmène dans le pays des rêves. Elle s'était forcée de rester dans sa chambre jusqu'à sept heure, après quoi elle prit sa douche et s'habilla. Et maintenant elle était là, retirant le verrou moldu le plus doucement possible avant de passer sa tête dans le couloir.

La porte de la chambre de Malfoy était toujours fermée. Cela signifiait-il qu'il dormait encore ou avait-il, comme disait les moldus, repéré les lieux avant de se faire la malle ?

Hermione descendit les escaliers lentement. D'après ce qu'elle pouvait voir de son salon, rien ne paraissait avoir bougé et Hermione se reprocha d'avoir eu une mauvaise opinion de Malfoy.

Quand elle entra dans la cuisine, Pattenrond fureta immédiatement dans ses jambes. Hermione sourit et se pencha pour le caresser derrière les oreilles. Le chien de Malfoy était resté où il se trouvait et le regardait avec méfiance.

Ouvrant deux boites de nourriture pour chat, Hermione versa le contenu et posa les bols sur le sol. Elle observa les animaux laper la nourriture avant de se retourner et de faire l'inventaire de ses propres placards. Elle attrapa la boite de préparation pour pancakes. D'habitude, elle réservait les pancakes pour le dimanche, mais elle se sentait toujours coupable de l'avoir accusé à tord. Sur cette pensée, Hermione ouvrit la porte du frigo et prit des œufs et du bacon.

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Malfoy avait du entendre le bruit de vaisselle puisqu'il apparut dans la cuisine trente minutes plus tard.

« Salut », dit Hermione.

« Bonjour », répondit Malfoy.

Il restait hésitant dans l'embrasure de la porte et Hermione se dandinait d'un pied sur l'autre.

« Hum, n'hésite pas à t'asseoir. Le petit déjeuner ne devrait pas tarder », lui dit-il.

Elle l'observa s'installer sur la même chaise que la veille et caresser son chien qui s'était approché tranquillement de lui.

« Tu devrais lui donner un nom », dit Hermione dans l'effort de faire la conversation.

Malfoy regardait le chien et le chien regardait Malfoy en retour. Il ne dit rien et Hermione n'insista pas davantage. Elle lui tourna le dos et versa la préparation des pancakes dans la poêle.

« Pourquoi tu les fais à la main ? »

Hermione se retourna. « Pardon ? »

Malfoy montra la poêle de la main.

Hermione regarda de nouveau vers la cuisinière. « Je ne sais pas » Elle fronça les sourcils. « Parfois j'utilise la magie et d'autre fois j'utilise la manière moldue. Je suppose que c'est une bonne chose. Si jamais je me retrouvais sans ma magie alors je ne mourrais pas de faim »

Hermione s'arrêta de parler quand elle réalisa ce qu'elle venait de dire. « Oh… désolé », dit-elle à Malfoy.

Il la regarda avec un air insaisissable sur le visage avant de s'adoucir légèrement. « Pourquoi es-tu désolée ? Tu n'a dit que la vérité »

Hermione ne savait pas quoi répondre et se contenta de retourner les œufs.

« Quand me ramèneras-tu ? »

Hermione savait qu'elle devrait avoir une réponse à sa question. Elle s'était demandé la même chose un million de fois pendant la nuit.

« A quelle heure dois-tu généralement te rendre au refuge pour avoir une chambre ? »

« Je commence à faire la queue en règle générale vers six heures »

Hermione jeta un coup d'œil à son poignet. « Comment sais-tu quand c'est l'heure ? »

Malfoy bougea mal à l'aise sur sa chaise. « Au début je ne savais pas. J'avais l'habitude d'attendre près du refuge toute la journée. Et puis ce vieil homme moldu m'a dit que je pourrais avoir un lit si j'attendais dès six heures à condition que le temps ne soit pas mauvais. Le jour suivant, je l'ai ignoré, pensant qu'il mentait pour pouvoir prendre ma place et que je serais en retard. J'avais pris l'habitude de me promener aux alentours… pour trouver de la nourriture, puis je vis deux hommes que je connaissais devant un magasin moldu. Il y avait des boites derrière la vitrine avec des images animées et aussi une horloge dans un coin »

Hermione réalisa qu'il devait s'agir d'un magasin d'électronique avec des télévisions. Elles devaient probablement être fixées sur la chaine d'informations 24h/24.

« Ça s'appelle une télévision », dit-elle à Malfoy.

« Quoi ? », répondit-il.

« La boite moldue. Ça s'appelle une télévision. Les moldus l'utilisent pour regarder des choses dessus… je ne sais pas comment expliquer. On pourra la regarder après le petit déjeuner si tu veux »

« Tu n'a pas répondu à ma question. La météo ne semble pas aller en s'améliorant. Je vais devoir commencer à faire la queue au plus tard à cinq heures »

Hermione acquiesça mais ne dit rien. Ils mangèrent tous les deux leur petit déjeuner en silence et quand elle prit une minute pour lancer un sort de nettoyage sur sa cuisine, Malfoy la regardait toujours silencieusement.

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Le regard d'Hermione passa de l'écran de télévision au visage de Malfoy. Il avait initialement feint l'indifférence comme si faire quelque chose de moldue était indigne de lui, mais Hermione avait pu voir sa bouche tressaillir à plusieurs reprises. Supposant qu'il devait se poser des questions sur ce qu'elle faisait, Hermione avait longuement expliqué tout ce qu'elle pouvait sur le téléviseur, la télécommande, le DVD et le lecteur DVD.

Elle avait choisi le seul DVD qu'elle possédait qui n'était pas une comédie romantique et l'avait inséré dedans. Et ainsi depuis la dernière heure et demie Malfoy avait les yeux rivés sur l'écran. Sachant que le film allait se terminer, Hermione s'échappa dans la cuisine pour voir s'il lui restait des provisions pour le déjeuner.

Réalisant qu'elle allait devoir faire des courses, elle hésitait. Devait-elle prendre Malfoy avec elle ou bien le laisser ici devant un autre film ? Hermione décida d'attendre jusqu'à ce que le film se finisse et de demander à Malfoy ce qu'il préférait.

Elle retourna dans la pièce au même moment où Ron arriva de la cheminée dans un grand flash vert. Il n'y eut pendant un instant qu'un horrible silence gêné durant lequel la tête d'Hermione passa tour à tour de Malfoy à Ron. Puis l'Enfer se déchaina.

Ron, en reconnaissant le visage fraichement rasé de Malfoy, bondit vers lui le bras tendu et le poing serré. Il atteint son but quand le visage de Malfoy fut déboité vers la droite.

« Ron ! », cria Hermione depuis la porte.

Aveuglé par la rage, il l'ignora totalement et frappa à nouveau Malfoy. « Que fais-tu ici Malfoy ? »

« Ron s'il te plait arrête ça ! »

« Lâche-moi Weasley ! »

Un autre coup fut envoyé. De Malfoy cette fois. Le visage de Ron devint de plus en plus rouge et il se jeta sur Malfoy.

« Ron ! » Hermione était à la recherche de sa baguette, mais elle n'était pas dans sa poche. Elle se précipita vers les deux bagarreurs et tenta de détacher Ron de Malfoy. Sa faible tentative ne fit aucune différence.

« Bordel, qu'est-ce que tu fous ici Malfoy ? », continuait à crier Ron.

Hermione regarda à l'aveuglette dans la pièce pour trouver sa baguette. La voyant reposer sur le boitier du DVD, Hermione bondit dessus et dans la seconde qui suivie Ron fut intercepté.

Hermione regarda vers Malfoy totalement essoufflée. Son visage était déformé par la rage, mais à part quelques bleus qui commençaient à apparaitre sur sa peau pâle, rien ne semblait cassé.

« Peux-tu nous laisser seuls un moment s'il te plait ? », lui demanda-t-elle.

Malfoy lui lança un regard sous entendant qu'elle était folle, mais après avoir regardé Ron une dernière fois d'un air mauvais, il sortit de la pièce. Hermione s'assura d'un sort que la porte était fermée, mais murmura rapidement le contresort.

Ron se releva d'un bond. « Putain, qu'est ce qui se passe ? Pourquoi Malfoy est ici ? »

« Je l'ai rencontré hier dans le Londres moldu. Il dormait dans la rue. Je ne pouvais pas juste le laisser là-bas ? », essaya d'expliquer Hermione.

« Hermione, est-ce que tu es devenue folle ? C'est de Malfoy dont on parle ! Le garçon qui regardait pendant que sa tante te torturait ! Et tu le laisses rester ici ! »

« Que veux-tu que je fasse ? Le laisser là-bas dans le froid ? Il gèle à mort ! »

« Ce n'est rien de plus que ce qu'il mérite ! »

« Ron ! »

« Quoi ? Crois-tu que si les positions étaient inversées il t'aurait laissé rester au Manoir Malfoy ? »

« Mais les positions ne sont inversées, n'est-ce pas ? Je ne le laisserais pas seul dans les rues du Londres moldu ! »

« Je ne veux pas qu'il reste ici ! Tu m'entends ? Je ne veux pas qu'il reste ! »

« Il n'a nulle part autre où aller ! »

« C'est sa faute pour ne pas avoir accepté l'aide du Ministère ! »

Hermione secoua négativement la tête. « Il reste Ron », dit-elle fermement. Elle se figea face à sa propre réponse. Elle réalisa pour la première fois qu'elle n'avait pas la moindre intention de lui laisser passer la nuit au refuge.

Ron bafouilla, trop en colère pour parler.

« Je pense qu'il vaut mieux que tu partes », lui dit-elle calmement.

Si c'était possible, elle aurait été avadakérisé par son regard. « C'est lui que tu choisis ? »

« Je ne le choisis pas lui. Je l'aide »

« Je t'ai dit que je ne voulais pas de lui ici ! »

« Et la dernière fois que j'ai vérifié c'était encore ma maison et moi seul peut décider de qui reste ici », dit Hermione plus fortement.

« Quelle petite amie tu fais ! »

« Quoi ? », haleta Hermione d'indignation. « Quelle petite je fais ? Qu'es-tu venu faire ici aujourd'hui ? Laisse moi deviner, Harry a encore choisi de passer la journée avec Ginny », dit-elle amèrement.

Le silence de Ron répondit à sa question. Et ce fut dans un pop de rage qu'il transplana.

Hermione se sentait honteuse d'avoir les larmes qui lui montaient aux yeux. Elle les balaya furieusement, et après avoir pris quelques profondes inspirations, elle ouvrit la porte pour trouver Malfoy appuyé contre le mur opposé. Hermione réalisa tardivement qu'elle n'avait pas lancé de Silencio sur la porte.

« Laisse-moi soigner ton visage », dit-elle à Malfoy avant de retourner dans le salon.

Elle s'assit lourdement sur le canapé et attendit qu'il s'installe à côté d'elle. Il ne fallut pas longtemps à sa baguette pour effectuer les sorts nécessaires et une minute plus tard tout fut comme si les cinq dernières minutes ne s'étaient pas passées.

Ils étaient tous les deux assis en silence mais Malfoy le brisa. « Le Ministère a perdu des millions de Gallions pendant la guerre. Ils ont emprunté de l'argent au Ministère de la Magie français et à bien d'autres pour financer la restauration de l'Angleterre sorcier. Reconstruire Poudlard, le Chemin de Traverse, Pré-au-Lard… ils ont utilisés de l'argent qu'ils n'avaient pas. Surtout quand il s'agissait de payer des indemnisations », dit-il calmement.

Hermione savait de quoi il parlait. Beaucoup de familles ayant perdu un être cher avaient accusé le Ministère. Les demandes de compensations se sont multipliées, les sorciers reprochant au Ministère de ne pas avoir eu de plan bien défini dans la lutte contre Voldemort et d'avoir attendu trop longtemps pour les prévenir de son retour.

« Et il ne se passe toujours qu'une chose quand les ministères échouent… de la corruption »

Hermione eut le souffle coupé. « Quoi ? Ce n'est pas possible »

« Juste parce que ça ne se voit pas ne veut pas dire que ça n'arrive pas. Merlin, mon propre père en était arrivé là où il en était parce qu'il avait l'argent nécessaire pour payer les travailleurs corrompus du Ministère et obtenir les connexions qu'ils souhaitaient »

« Peut-être à l'époque mais certainement pas maintenant ? »

Malfoy rigola. « Ce n'est pas parce que ces personnes n'ont pas la Marque des Ténèbres sur leur bras qu'ils ne sont pas malhonnêtes Granger. Le Ministère va s'écrouler. Maintenant… demain, ça n'a pas d'importance, mais ça va arriver. Et les gens le savent. Donc ils prennent ce qu'ils ont besoin pour survivre »

Hermione se tenait là abasourdie. Elle connaissait tellement de monde au Ministère. Penser que certain d'entre eux pouvaient prendre de l'argent qui ne leur appartenait pas… privant ceux qui en avait vraiment besoin…

« Quand mon père est mort, ses possessions contenaient une liste de noms. Ma mère les a lu et a fait du chantage à un des sorciers de la liste. Elle voulait garder le Manoir Malfoy et échapper au travail bénévole obligatoire. Le sorcier qu'elle faisait chanter savait que personne ne la croirait. Le chantage étant illégal, il allait l'arrêter et la jeter à Azkaban »

« Mais ta mère n'est pas à Azkaban. Ne fait-elle pas partie du groupe de travail à la restauration de Poudlard ? » Hermione se souvenait vaguement avoir vu madame Malfoy quelques mois plus tôt.

« Oui. Je suis allé voir l'homme qu'elle faisait chanter. Il m'a dit qu'il n'enverrait pas les Aurors l'arrêter à partir du moment où je quittais le monde magique »

« Qu'est ce que l'un a à voir avec l'autre ? », demanda Hermione confuse.

« Le Ministère a alloué un montant fixe de Gallions pour la réhabilitation de chaque sorcier et sorcière. Si je quittais le monde magique mais que mon nom restait quelque part dans les registres… »

« Alors il pouvait garder les Gallions attribués à ta charge »

« On en revient toujours à l'argent et au pouvoir à la fin »

Hermione digérait les informations qu'il venait juste de décharger sur elle. Elle redoutait de poser la prochaine question, mais savait qu'elle n'avait pas le choix.

« Le sorcier que ta mère a essayé de faire chanter… »

« … Percy Weasley »

ooo

Hermione ne pouvait plus respirer. Cela faisait presque une heure que Malfoy lui avait révélé la vérité et un poids paraissait toujours compresser sa poitrine.

Percy ?

Percy était la raison pour laquelle Malfoy vivait à la rue. Elle savait que parmi tous les Weasley, il était celui qui avait le plus soif de se dissocier de la pauvre réputation associée à sa famille.

Mais ça…

Oh Merlin, qu'était-elle supposée faire ? A qui pouvait-elle le dire ? Aux Weasley… Oh Merlin, cela détruirait Arthur et Molly. Ils commençaient tout juste à redevenir une famille.

Et Ron…

« Je ne sais pas quoi faire », admit-elle à haute voix.

« Tu ne feras rien Granger » La voix de Malfoy venait de la porte.

« Je ne peux pas juste aller de l'avant comme si je ne savais rien »

« Pour une fois dans ta vie ne te mêle de rien ! Weasley n'est qu'une pièce du puzzle de cette merde d'Hippogriffe. Montrer au monde ce qu'il est ferait plus de mal que de bien »

« Je sais que les Weasley seront blessés, mais je ne peux pas juste le laisser s'en sortir »

« Je ne parlais pas des Weasley ! Je parlais de moi ! Qu'est ce que tu crois que fera Weasley quand il découvrira que j'ai parlé à quelqu'un ? Il jettera ma mère de force à Azkaban plus vite qu'il n'ira lui-même ! »

« Tu ne peux pas être sérieux ! Qui sait à combien d'autres personnes il a aussi fait ça ? »

« S'ils sont comme moi alors ils trouveront un moyen de survivre »

« Ils ne devraient pas avoir à trouver un moyen ! »

Malfoy semblait vouloir frapper quelque chose et Hermione était contente qu'il s'abstienne.

« Ecoute, je peux en parler à Kingsley. Il pourra garder cette information pour lui jusqu'à ce que nous ayons suffisamment de preuves pour condamner Percy »

Hermione n'arrivait pas à croire qu'elle venait de dire ces mots. Elle était en train de comploter pour envoyer le frère de son petit-ami à Azkaban.

Elle tenta d'ignorer la boule de culpabilité dans son ventre. « Est-ce que ta mère a toujours la liste de noms ? »

Malfoy pouffa. « J'en doute, mais je pourrais jurer qu'elle les a mémorisé »

« Alors c'est à partir de là que nous commencerons »

« Cette liste va être une goutte dans le chaudron comparé au nombre d'officiels corrompus qu'il existe actuellement »

« Eh bien, on doit bien commencer quelque part », fit remarquer Hermione.

Malfoy ne paraissait toujours pas convaincu. Hermione prit son silence pour un accord et envoya un hibou à Kingsley, lui demandant de bien vouloir venir. Hermione avait voulu lui demandé s'il pouvait en quelque sorte exempté Narcissa Malfoy de son service de volontaire mais avait peur que Percy le découvre et donc avait laissé tomber.

La première chose qu'ils avaient besoin était de rendre Kingsley au courant de ce qu'il se passait au Ministère.

ooo

Hermione soupira avec lassitude. Il était seulement seize heures trente et elle avait l'impression qu'il était déjà vingt trois heures, l'heure d'aller se coucher. La journée ne semblait jamais se terminer.

Kingsley avait tout de suite répondu à sa lettre et transplané chez elle peu de temps après. II avait été choqué et furieux quand ils lui avaient tout raconté, mais Hermione le savait seulement parce qu'elle avait passé tant de temps avec lui pendant la guerre. Parce qu'à part ça, son air impassible ne trahissait rien.

Il repartit non sans les avertir qu'il amènerait Narcissa Malfoy chez Hermione vers seize heures quand sa journée de travail sera terminée.

Si Malfoy était impatient de voir sa mère après tant de temps, il ne le montra pas. En fait, il avait passé le reste de la journée dans sa propre bulle. Il n'avait rien dit quand ils étaient allés au supermarché du coin et n'avait pas répondu quand elle lui avait tenté de lui demander ce qu'il voulait pour déjeuner.

Il avait passé les heures suivantes dans sa chambre avec son chien faisant Merlin savait quoi. Hermione ne l'avait pas dérangé, choisissant de passer son temps à étudier dans son salon pour son école de Médicomagie.

Quelques minutes plus tard, Hermione ferma son livre quand la cheminée s'illumina de vert. Elle salua Kingsley d'un sourire amical, sourire qui s'atténua quand elle vit le regard dégouté sur le visage de Narcissa Malfoy.

« Qu'est ce je fais ici ? Je veux que vous me rameniez tout de suite », dit-elle à Kingsley en se dégageant brusquement de sa prise et dépoussiérant sa robe comme si elle était sale. Hermione haussa les sourcils face à ce mouvement.

Malfoy avait du entendre la cheminée s'enflammer puisqu'il entra dans la pièce. L'attitude de Narcissa Malfoy changea instantanément, laissant échapper un cri et courant embrasser Malfoy. Il accepta l'attention de sa mère mais resta distant.

« Drago. Mon fils », pleura-t-elle caressant son visage de ses mains. « Que se passe-t-il ? Pourquoi tu es là ? Dans la maison de la Sang-de-Bourbe »

Il y eut un silence explosif avant que Malfoy ne saisisse fermement les bras de sa mère et la repousser de lui. « Ne l'appelez pas comme ça. Elle a fait plus pour moi que vous ne l'avez jamais fait »

Narcissa resta la bouche légèrement entrouverte alors qu'elle regardait son fils les yeux tristes. « Comment peux-tu dire ça Drago ? Tout ce que j'ai fait c'est pour toi »

« Donc vous aviez décidé que de faire chanter Weasley était pour mon propre bien, c'est ça ? », demanda-t-il furieusement.

« Bien sûr. J'essayais de te donner la vie que tu méritais d'avoir. Le Manoir Malfoy et ses biens sont à toi. C'était la volonté de Lucius »

« Et quand Weasley vous a fait chanter en retour ? Je suppose que vous m'avez envoyé vivre dans le monde moldu aussi pour mon propre bien »

« Tu savais ? », fit Hermione le souffle coupé.

Les deux Malfoy continuaient comme s'ils ne l'avaient pas entendu. Quand Malfoy lui avait raconté ce matin ce qu'il s'était passé, elle n'avait pas réalisé que Narcissa était au courant de l'accord qu'il avait passé avec Percy.

« Drago s'il te plait. Je t'aime. Je le faisais pour toi »

« Non ! Vous le faisiez pour vous. Je vous croyez quand vous me le disiez avant, mais quel mère envoie son fils unique vivre dans un monde qu'il ne connait pas sans argent ni informations ? Quel genre de mère ne lutte pas pour son fils unique quand sa vie est menacée par Voldemort ? »

Narcissa se contenta de fondre en larmes. Malgré la colère et le dégout, Hermione se sentait en fait un peu coupable pour cette femme.

Kingsley se racla la gorge et les ramena tous à la raison de cette réunion.

Il fallut encore cinq minutes de pleurs avant qu'elle ne commence réellement.

ooo

Quand la réunion commença réellement, tout se déroula incroyablement vite. Narcissa Malfoy écrivit une liste de douze noms sur un bout de parchemin et sa contrition fut achevée. A dix sept heures, Kingsley et elle se préparaient à repartir.

Hermione la regarda avancer hésitante vers Malfoy avant de finalement retrouver sa place près de Kingsley devant le regard inflexible sur le visage de son fils.

Ils transplanèrent après que Kingsley leur ait donné un signe de la tête en guise de salut. Leur départ laissa un silence assourdissant.

Hermione n'avait aucune idée de quoi faire ensuite. Malfoy semblait perdu dans de profondes pensées, alors elle ouvrit simplement ses livres, s'assit à côté de lui sur le canapé et continua à étudier.

ooo

Une heure passa en silence. Malfoy avait repris le contrôle de la télécommande et zappait pendant quelques minutes avant de tomber sur la chaine des dessins animés. Depuis, il regardait Le Laboratoire de Dexter et Les Supers Nanas.

Hermione n'avait rien dit pouvant indiquer qu'il était en train de regarder des programmes pour enfants. Ron avait d'ailleurs été étrangement intrigué quand elle l'avait emmené voir Shrek au cinéma, n'ayant jamais rien vu de tel auparavant.

Un coup à la porte d'entrée permis à Hermione de faire une pause et elle ferma ses livres. Quand elle ouvrit la porte, elle n'eut pas le temps de dégager le passage que trois jeunes femmes entèrent déjà bruyamment.

Oh Merlin. Aujourd'hui était leur soirée du mercredi. Comment avait-elle pu oublier ?

Hermione ferma la porte et suivit le son jusqu'alors fracassant, mais qui s'était atténué au fur et à mesure qu'elles s'étaient avancées dans l'entrée. Elle entra elle-même dans la pièce pour trouver Malfoy se tenant fièrement près de la fenêtre, tout en regardant les trois femmes le reluquer de manière flagrante.

« Eh bien, eh bien. Où l'avais-tu caché celui-là Hermione ? », taquina Lucy en contemplant Malfoy de la tête aux pieds.

Hermione soupira. « Malfoy, voici mes amies Lucy, Laila et Hannah. Les filles, voici Malfoy. C'est… un ami qui reste ici pendant quelques jours »

« Salut », dit Hannah.

Laila le salua de la tête tandis que Lucy sourit.

« J'ai complètement oublié notre diner. Ces derniers jours ont été complètement fous », admis Hermione.

« J'aurais oublié aussi », dit Lucy sournoisement.

Laila ria au commentaire de Lucy et il ne fallut pas longtemps avant que ces deux là ne se chamaillent à nouveau. Cette familiarité mis réellement à l'aise Hermione.

« Tu n'as qu'à ignorer ces deux là », dit Hannah en se débarrassant de son manteau et s'asseyant sur un fauteuil. « Alors, depuis quand Hermione et toi vous connaissez-vous ? »

« Nous étions ensemble à Poudlard », dit-il.

« Poudlard ? », dit Hannah en lançant un regard confus à Hermione.

« Oh, c'est comme ça qu'on appelait Saint Hilda », mentit Hermione la gorge serrée. « Malfoy, puis-je te parler dans la cuisine un instant ? »

Il suivit sa forme agitée.

« Je suis désolée. J'ai complètement oublié qu'elles allaient venir pour diner ce soir. Je peux leur demander de partir », suggéra Hermione.

Malfoy lui lança un regard morne. « Pourquoi ? Tu peux me faire apparaitre au refuge et revenir ici en quelques secondes »

« Je ne vais pas te ramener là-bas »

« Et je ne veux pas de ta pitié Granger ! », dit Malfoy fortement.

« Tout va bien ici ? », demanda Laila en entrant dans la cuisine.

Hermione ramena nerveusement une mèche de cheveux derrière son oreille. « Oh tout va bien. Je reviens tout de suite », dit-elle.

Laila les regarda tour à tour avant d'aller récupérer un tas de menus à emporter et de retourner dans le salon. Elle envoya à Malfoy un regard averti avant de sortir.

Hermione se retourna vers Malfoy. « Ecoute, tu as dit que si tu voulais avoir un lit pour la nuit tu devais être au refuge à dix sept heures. Il est dix huit heures quinze maintenant. Donc ta seule option est de passer une nuit supplémentaire ici »

Malfoy semblait mécontent de cette idée et Hermione se hérissa.

« Tu n'es pas obligé de rester avec nous si tu te sens mal à l'aise. Je peux apporter quelque chose à manger dans ta chambre »

« Tu ne veux pas que tes amies en connaissent plus sur moi ? »

Il lui fallut une seconde pour réaliser qu'il était en train de la taquiner. Merlin, ses sautes d'humeur la rendaient folle.

« Non Malfoy. Ce n'est pas ça. C'est juste qu'elles ne savent pas que je suis une sorcière »

« J'ai vécu dans le monde moldu pendant des mois Granger. Je pense que je peux jouer mon rôle de manière convaincante », répondit-il un sourcil en l'air.

Hermione hésita mais accepta. Ce fut avec appréhension qu'elle retourna dans la pièce.

« Alors qu'est ce que Malfoy signifie ? », demanda Lucy alors qu'ils s'installaient sur le canapé.

« Mauvaise foi », répondit Malfoy.

« Mince, tes parents ne t'ont donné aucune chance, n'est-ce pas ? », dit Laila.

« Malfoy est mon nom de famille »

« Vous vous appelez par vos noms ? », demanda Hannah à Hermione.

« C'est quelque chose d'affectueux », mentit Hermione.

Les lèvres de Malfoy s'étirèrent en un léger sourire « Oui. Je l'ai appelé Granger toute ma vie »

Les amies d'Hermione semblaient avaler le bobard.

« Alors quel est ton prénom ? », lui demanda Hannah.

« Drago »

« Drago ! », rigola Lucy. « Mon Dieu. A quoi pouvait bien penser tes parents ? »

« Vous devez savoir qu'à la fois Drago et Malfoy sont des noms qui sont dans ma famille depuis des générations », dit Malfoy avec indignation.

Lucy continua simplement de rigoler. Sentant que Malfoy pouvait perdre son sang froid à tout instant, Hermione amena le sujet sur ce qu'ils voulaient manger. Une fois la nourriture chinoise commandée, les cinq « amis » devinrent silencieux alors que le film qu'Hermione avait mis dans le lecteur DVD commençait.

ooo

Ce fut quand Hermione alla dans la cuisine pour chercher plus de vin qu'elle réalisa qu'une chouette se tenait derrière la fenêtre. Prenant l'enveloppe de son bec, Hermione vit que la lettre était adressée à la fois à Malfoy et à elle. L'ouvrant, elle lut rapidement la petite note avant que son cœur ne se mette à battre rapidement. Elle savait que Kingsley était furieux, mais elle n'avait jamais imaginé qu'il allait agir si rapidement.

Hermione alla dans le salon. Malfoy remarqua qu'elle se tenait au niveau de la porte et qu'elle lui demandait de la suivre d'un mouvement de la tête. Quand il la rejoint, elle lui tendit la lettre en silence et observa sa réaction alors qu'il lisait.

Ses yeux étaient hébétés quand il atteint la fin du message. « Ils ont arrêté Weasley »

Hermione acquiesça et se mordit la lèvre.

« Et ma mère »

« Je suis sûre que tout ira bien. Elle a peut être fait chanter Percy, mais ce qu'il a fait était bien pire. Elle devra probablement seulement prolonger son temps de travail bénévole »

Malfoy se contenta d'approuver d'un signe de tête.

« Est-ce que tu veux que je réponde à Kingsley que tu rendras visite à ta mère demain matin ? »

Malfoy semblait en débattre un moment avant de secouer négativement la tête.

« Non ? Je sais que la manière dont ta mère t'a traité est horrible, mais je pense que tu devrais la voir. Tu es toujours son fils et elle voudra certainement te v… »

« J'ai dit non Granger ! Laisse tomber ! », dit-il furieux. Il froissa la lettre avant de quitter la pièce. Quelques secondes plus tard, elle entendit la porte de sa chambre claquer.

ooo

24 décembre

Ce fut une nouvelle fois une nuit agitée pour Hermione. Elle était restée dans sa chambre jusqu'à huit heures le lendemain matin quand Pattenrond vint gratter à sa porte la faisant sortir.

Elle s'était prudemment dirigée vers la cuisine mais s'arrêta soudainement quand elle vit Malfoy installé à la table. Hermione ne savait pas quoi dire alors elle le contourna et alla ouvrir une boite de nourriture pour chat et une autre pour chien qu'ils avaient achetés hier.

« Granger. Je suis désolé de t'avoir crié dessus hier soir »

Hermione était soulagée qu'il ne soit plus furieux et accepta ses excuses d'un signe de la tête.

Sans bruit, elle ouvrit le frigo et en sortit les œufs et le lait.

« Kingsley nous a envoyé une autre lettre », dit Malfoy.

« Oh ? »

« Il semblerait que notre présence ce matin soit obligatoire. Je vais devoir témoigner aux procès de ma mère et de Weasley »

« Le procès de Percy est ce matin ? Si vite ? », dit Hermione davantage pour elle-même.

Malfoy acquiesça. « Kingsley veut certainement passer le mot que la corruption sera sanctionnée rapidement et sévèrement »

« Ouais », fit Hermione mais son esprit était déjà perdu vers d'autres pensées.

Elle allait voir Ron pour la première fois depuis leur dispute. Elle savait qu'il allait la blâmer pour la découverte de la corruption de Percy. Si elle n'avait pas autorisé Malfoy à rester chez elle alors rien de tout ceci ne serait arrivé. Des papillons commençaient à battre furieusement dans son ventre.

« Nous devons être au Ministère à huit heures trente. Je vais aller me préparer », dit Malfoy en se relevant de sa chaise.

Hermione hocha vaguement la tête.

« Granger »

Hermione fut sortit de ses pensées et le regarda.

« Weasley est un idiot », dit-il avant de sortir de la pièce.

Hermione ne lui demanda pas de quel Weasley il parlait.

ooo

Hermione retarda leur départ au Ministère jusqu'au dernier moment possible. Elle redoutait devoir faire face à la famille Weasley… sa famille. Qu'était-elle supposée leur dire ? Elle aurait dû leur parler de Percy avant d'en informer Kingsley. Ils méritaient au moins ça.

Ce fut le rugissement de fureur de Ron qui permit à Hermione de voir où se tenaient les Weasley.

« Salaud ! », cracha Ron alors qu'il essayait de se jeter sur Malfoy. Harry et Charlie le retenaient. « Quels mensonges as-tu raconté à Kingsley », demanda-t-il furieusement.

« J'aurais seulement eu besoin de raconter des mensonges si ton frère s'était abstenu de se remplir les poches avec de l'argent qui ne lui appartenait pas »

Ron essaya de nouveau d'atteindre Malfoy.

« Malfoy », dit Hermione calmement.

Elle se tourna pour faire face à monsieur et madame Weasley. Molly pleurait et essuyait toutes les secondes ses yeux rougis avec un vieux mouchoir.

« Molly, Arthur, je suis tellement désolée »

Molly fondit dans une autre série de lourds sanglots alors qu'Arthur lui donna un signe de reconnaissance. Hermione se mordait la langue pour ne pas pleurer elle aussi. Ce fut le sourire chaleureux d'Harry qui lui donna la force de garder ses larmes à quai.

« Monsieur Malfoy. Hermione. Puis-je vous voir un instant ? », dit Kingsley en apparaissant près d'eux.

Hermione acquiesça et le suivit dans la pièce.

« J'ai cru comprendre que monsieur Malfoy avait passé les deux dernières nuits chez toi ? », demanda Kingsley.

Hermione opina de la tête, une légère rougeur envahissant ses joues. Dit comme ça, ça sonnait comme s'il s'était passé quelque chose qui n'avait pas réellement lieu.

« Je suis désolé. J'aurais du arrangé un logement pour monsieur Malfoy, mais j'avais beaucoup de choses qui occupaient mon esprit… Quoi qu'il en soit, après ce par quoi monsieur Malfoy a du passer ces derniers mois, je pense que les règles de son éventuelle réhabilitation vont différer » Kingsley se tourna vers Malfoy « Je vous ai obtenu un logement pour vous et votre mère. Vous serez probablement libre de choisir un domaine à étudier si c'est ce que vous souhaitez tandis que votre mère devra continuer d'effectuer les heures de bénévolat que le Magenmagot lui aura attribué »

Malfoy acquiesça à son tour.

« Je m'excuse encore pour ne pas avoir fait les arrangements nécessaires plus tôt »

« Non non. Ce n'était pas un problème », apaisa Hermione. Elle pouvait sentir le regard de Malfoy sur elle, mais elle garda ses yeux rivés sur Kingsley.

« Très bien. Le procès va bientôt commencer. Monsieur Malfoy, on va vous demander de venir en premier. Hermione, tu entreras plus tard. Quand le procès sera terminé, votre mère sera directement emmenée à votre logement. Je suppose que vous voudrez l'accompagner ? »

Hermione jeta un coup d'œil à Malfoy et vit sa mâchoire se serrer, mais il acquiesça une fois de la tête.

« Bien »

Il y eut un coup à la porte puis une sorcière passa sa tête par l'entrebâillement. « On est prêt à commencer Kingsley »

Kingsley la remercia. « Bien. Si vous voulez bien me suivre monsieur Malfoy. Hermione tu peux rester ici »

Il passa la porte, la laissant elle et Malfoy seuls. Hermione se tourna pour lui faire face.

« Bonne chance », dit-elle maladroitement après quelques minutes de silence.

Malfoy lui envoya un regard perçant avant de suivre Kingsley.

Hermione ne savait pas pourquoi, mais elle sentait son cœur se serrer de déception. Qu'espérait-elle qu'il allait dire ?

« Granger »

Hermione le regarda à nouveau.

« Merci »

« … De rien »

Les mains de Malfoy étaient crispées de chaque côté de son corps. « Je t'enverrais un hibou quand j'aurais installé ma mère »

Hermione sourit. « Ok »

« Joyeux Noël Hermione », dit-il en sortant de la pièce.

« Joyeux Noël… Drago »