Bonjour à tous (enfin à ceux qui restent )

Que de temps de passé ! Même si de temps en temps je lis encore une fanfiction par ci par là, cela fait bien longtemps que je n'ai plus rien traduit. Cependant, en faisant du tri dans mon ordinateur, je suis tombée sur d'anciennes traductions que je n'avais jamais publiées. Alors je les ai relu et me suis dis… pourquoi pas !

Je vous propose donc aujourd'hui « l'homme masqué ». Même si nous ne savons pas s'il s'agit d'une suite à « la vieille fille et le débauché », j'aime à croire qu'il clôture cette épopée pittoresque. En tout cas, j'aime beaucoup cette petite ambiance « Orgueil et Préjugés ».

Sinon, il me reste deux autres petites histoires sous le coude. Je verrai bien si je les poste également.

A bientôt ! (peut être)

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Disclaimer : le monde de Harry Potter appartient à J.K. Rowlings et « Meus Contraho » appartient à Curiositykils, je ne suis que la traductrice.

Titre original : The Masked Man

Rated : K

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L'homme masqué

Hermione était sur cette Terre depuis vingt six longues années. Durant ce temps, elle avait vu et ressenti beaucoup de choses. Tant de chose en fait, qu'elle considérait avoir expérimentée toutes les émotions qu'une femme pouvait vivre dans une vie.

Cependant, elle avait tord, car pendant toutes ces années, jamais elle n'avait pu imaginer pouvoir ressentir le bouleversement qui lui nouait le ventre en ce moment. Un sentiment si douloureux et suffocant qu'elle avait l'impression que son cœur se déchirait son deux.

Alors que son corps se balançait de droite à gauche suivant les mouvements de l'opulent attelage appartenant à la famille Greengrass, Hermione regardait la jeune femme assoupie sur le siège en face d'elle. C'était une très belle jeune fille avec de lumineux cheveux bruns qui brillaient au soleil, des lèvres parfaitement proportionnées d'un rouge profond et d'yeux noisette chaleureux et accueillants. Mais ce n'était pas réellement ses traits qu'Hermione regardait. Son regard était plutôt fixé sur la bague en émeraude qui ornait sa main gauche.

Malgré toute sa volonté, elle n'arrivait tout simplement pas à éloigner ses yeux du bijou, et n'avait pas été en mesure de le faire depuis que la jeune femme lui avait bondit dessus pour la lui montrer quarante cinq minutes plus tôt.

Hermione savait qu'elle devrait être heureuse pour elle. S'assurer d'une demande en mariage par un membre de la noblesse britannique sorcière était la raison pour laquelle Hermione avait été engagée en tant que gouvernante. C'était le but que toutes les deux s'était fixé d'atteindre pendant ces deux dernières années. Et il n'y avait personne de plus sollicité dans la société que Drago Malfoy.

Le marquis Malfoy pour être exact. Astoria deviendrait une marquise. Une position tellement convoitée était quelque chose qu'aucune jeune femme n'oserait jamais rêver. Et les rêves d'Astoria venaient de devenir réalité.

Hermione devrait être ravie de cette proposition. Pourtant, elle avait l'impression qu'elle allait fondre en larmes d'une minute à l'autre.

Encore vingt minutes, se dit-elle d'une voix grave. Encore vingt minutes et elle sera tranquillement enfermée dans sa chambre au manoir Greengrass où elle pourra enfin pleurer tout son saoul en paix. Cependant jusque-là, elle allait devoir tenir bon.

Forçant ses yeux à se détourner de l'anneau, Hermione regardait par la petite fenêtre de la voiturette. L'automne avait définitivement laissé place à l'hiver. Respirant profondément, l'air vif remplit ses poumons et remplaça momentanément un mal par un autre. Hermione remerciait les étoiles à peines visibles dans le ciel que la demande n'ait pas eu lieu quelques mois plus tôt au plus fort de la saison. Shropshire (comté anglais au centre ouest du pays) était un endroit beaucoup plus plaisant, sans compter que la moitié de la haute société semblait avoir désertée la zone afin de poursuivre d'agréables activités maintenant que la saison était terminée.

La pluie commençait à crachoter depuis le ciel assombri et les prémisses d'un brouillard s'installèrent sur les plaines. Le temps reflétait son humeur, pensait Hermione avec ironie. De telles pensées l'amenaient inévitablement à se poser la seule question qui la hantait depuis le tout premier bal de la saison auquel elles avaient participé…

A quel moment tout avait-il mal tourné ?

Hermione avait toujours pensé être une femme pragmatique, réaliste et la plupart du temps intelligente. Elle était consciente de sa position dans la société… et elle n'avait jamais été du genre à vouloir plus que son rang avait à lui offrir. Même quand était gamine, elle n'avait jamais eu les mêmes rêves idiots des autres petites filles de son village. Elle n'avait jamais rêvé qu'un jour un duc viendrait la chercher sur son cheval blanc et l'emmènerait vivre une nouvelle vie magique. Une vie où elle n'aurait pas besoin de se lever avant l'aube pour commencer les activités de la journée. Une vie où elle porterait de somptueuses robes et participerait à de nombreuses danses.

Elle avait réalisé, et s'était faite à l'idée, qu'elle n'aurait aucune chance de voir et voyager dans les villes les plus reculées du monde comme elle l'avait toujours désiré. Les précieux livres que son père lui avait achetés sur tous ces pays et leur culture étaient bien suffisants pour elle.

Elle avait pensé cependant pouvoir se marier à un beau paysan et fonder sa propre famille. A vrai dire, elle était plutôt jolie, sinon pas une grande beauté comme son amie Ginny Weasley dont les cheveux rouge flamboyant et les yeux bleus étaient une parfaite combinaison, elle avait pensé qu'un jeune homme de son village aurait succombé à ses charmes et demandé sa main.

Seulement quand son père mourut de la tuberculose laissant derrière lui un amas de dettes au su de tous, tous ses espoirs de mariage s'étaient cruellement évanouis.

Un cousin lointain qu'Hermione n'avait jamais rencontré avait hérité de la ferme des Granger. Ce cousin, acceptant volontiers la ferme et les dettes, n'était cependant pas disposé à prendre également la jeune fille de dix sept ans. Une fille qu'il devait vêtir… en assurer la dot… perdre du temps à trouver un mari.

Et ainsi Hermione avait du laisser derrière elle sa ferme bien aimée pour commencer une nouvelle vie. Sa grâce salvatrice lui fut accordée un après-midi quatre ans plus tard quand elle eut l'occasion de travailler comme couturière à l'atelier des Abbott. Elle avait réussi à obtenir l'emploi et faire partie de la petite entreprise quand Lucy Abbott avait remarqué ses talents de couturière. Après des années à rapiécer et raccommoder ses vêtements et ceux de son père, Hermione réussit à apprendre à coudre très rapidement. Elle fut embauchée sur le champ et pour cela n'avait jamais cessé d'en être reconnaissante. Car si elle n'avait pas trouvé cette position, Lucy Abbott ne lui aurait jamais révélé qu'elle perdait son temps et aurait pu faire une bien meilleure gouvernante.

Dans un premier temps, Hermione avait refusé cette idée, rejetant la suggestion de Lucy. Elle avait une vie confortable, certes pas celle qu'elle avait toujours rêvé, mais une vie quand même. Pourquoi rejeter une telle situation pour un poste dont elle n'était même pas certaine qu'il conviendrait ?

Un an plus tard cependant, quand Lady Londubat entra dans la boutique et se mit à se plaindre de la manière dont la gouvernante de la jeune Marie Londubat avait précipitamment quitté son poste plus tôt dans la matinée, Lucy s'était empressée de proposer le nom d'Hermione en remplacement.

Lady Londubat accepta volontiers, informant Hermione que la position ne serait valable que quelques mois jusqu'à ce que Marie soit acceptée à l'académie pour jeunes filles de madame McGonagall, et que ce serait l'occasion parfaite pour Hermione pour tester cette idée. Hermione avait accepté.

Seulement pour tomber follement amoureuse de la position.

Faire de nouveau partie d'une famille était quelque chose qu'Hermione n'avait plus cru possible. A vingt et un ans, sans dot et sans personne pour la chaperonner, elle s'était résignée à ne jamais pouvoir se marier. Ne jamais pouvoir faire partie d'une famille. Mais être gouvernante le lui avait permis à nouveau. Généralement pendant de courtes périodes de temps, mais Hermione ne s'en était jamais plainte.

Et puis elle avait été embauchée comme gouvernante par la famille Greengrass.

Quand elle avait d'abord rencontré le patriarche et la matriarche de la famille, elle avait rapidement compris que le temps passé avec eux serait différent d'avec n'importe qu'elle autre famille. Lors de l'entretien initial, après avoir été introduite au froid et peu avenant Lord Greengrass et à sa toute aussi froide et peu avenante épouse, Hermione avait sérieusement envisagé de rejoindre la ville la plus proche, faire préparer un attelage et retourner en sécurité à la petite boutique des Abbott dans le Hampshire (autre comté au sud de l'Angleterre)

Tout avait changé quand elle avait rencontré Astoria Greengrass.

Incroyablement timide et en retrait, Miss Greengrass avait beaucoup souffert aux mains de ses parents. Comme sa sœur aînée avant elle, sa seule chance d'échapper à l'emprise de ses parents était de se marier et de devenir la maitresse de son propre foyer. A dix neuf ans, elle avait déjà assisté à deux vaines saisons, sa troisième étant sur le point de commencer.

Hermione savait qu'elle ne pourrait jamais abandonner cette fille la conscience tranquille. Et ainsi, elle n'était pas restée pour elle-même, mais pour aider Astoria.

Les deux dernières années avaient été un travail de longue haleine. Elle avait lentement amené Astoria à sortir de sa coquille et lui enseigner tout ce dont elle aurait besoin si elle espérait se marier avec un membre haut placé de la société sorcière.

Astoria avait absorbé ses enseignements comme une éponge et quand la nouvelle « elle » s'était rendue cette saison à Londres, elle avait ébloui tout le monde.

Et il était arrivé. Le moment où tout avait mal tourné. Parce que l'homme qui lui avait demandé sa main avait été Drago Malfoy.

Le même Drago Malfoy qui avait attiré l'attention d'Hermione depuis l'autre bout de la salle de bal de Lady Parkinson au cours du tout premier évènement de la saison et qui pour la première fois de sa vie lui avait fait ressentir une étrange chaleur lui faisant monter le rouge au joues.

Le même Drago Malfoy qui s'était amusé et confronté à elle dans les coins et recoins sombres des divers diners et soirées durant lesquels elle avait chaperonné Astoria.

Le même Drago Malfoy qui avait décidé de courtiser Astoria dans le but de narguer Hermione qui avait osé le mettre en garde de se tenir éloigné de sa protégée.

Le même Drago Malfoy qui lui avait murmuré des mots inavouables à l'oreille et volé un baiser – le premier d'Hermione – dans la salle de dessin des Greengrass où il était venu chercher Astoria pour une soirée au théâtre.

Le même Drago Malfoy qui un peu plus tôt aujourd'hui lui avait offert une magnifique bague en émeraude et demandé de s'enfuir avec lui à Gretna Green pour l'épouser.

Le même Drago Malfoy qu'Astoria avait ardemment espéré qu'il viendrait la libérer de la vie funeste passée avec ses parents.

Le même Drago Malfoy qu'Hermione avait rejeté pour cette même raison.

Le même Drago Malfoy qui quelques instants plus tard avait glissé cette même bague en émeraude au doigt d'Astoria Greengrass.

Le même Drago Malfoy dont Hermione était follement tombée amoureuse.

Comme des larmes menaçaient de forcer la barrière de ses paupières hermétiquement fermées, Hermione ouvrit rapidement les yeux qu'elle tamponna délicatement de son mouchoir.

La bague au doigt d'Astoria scintillait sous les rayons de la lune qui frappait droit sur l'inestimable joyau. Dans l'obscurité, il l'aveuglait.

Sa gorge la piquait des sanglots trop longtemps contenus. Ses yeux fatigués brulaient pour avoir retenu trop de larmes. Sa mâchoire lui faisant encore mal des sourires forcés qu'elle figeait sur son visage depuis qu'Astoria lui avait annoncé la bonne nouvelle.

Hermione était restée coite de voir l'anneau qui lui avait été proposé au doigt d'une autre femme. Heureusement, Astoria avait pris l'air surpris d'Hermione du bon côté et l'avait simplement serré chaleureusement dans ses bras. Pendant cette étreinte, Hermione avait balayé des yeux la salle de bal, cherchant désespérément un signe du blondinet afin de savoir si tout ce qui venait de se passer n'était qu'une blague cruelle ou bien la cruelle vérité. Ses yeux avait tout juste atteint l'entrée de la pièce adjacente où quelques gentlemen échangeaient poignées de main et cartes de visite pour le voir disparaitre derrière la porte.

Quand Daphnée Nott, née Greengrass, apparut pour féliciter sa sœur d'avoir capturé dans ses filets le plus beau parti de la saison, le cœur d'Hermione se brisa en mille morceaux.

Elle avait tenu le coup sans savoir en être capable vingt neuf longues autres minutes avant qu'Astoria ne remarque la pâleur d'Hermione et que Lady Greengrass suggère aux deux jeunes femmes de retourner au manoir Greengrass plus tôt. Apparemment Lord Malfoy n'avait pas encore demandé formellement la main d'Astoria à Lord Greengrass et certains facteurs devaient être discutés avant que l'engagement ne soit officiel.

Le fait de savoir que la proposition de Drago n'était absolument pas prévue au départ n'apaisa en aucun cas Hermione.

Simplement heureuse d'être en mesure de s'éloigner de cet enfer, elle fit rapidement ses adieux aux autres chaperons et conduit Astoria jusqu'à la voiture des Greengrass. Alors que le conducteur les aidèrent gentiment à grimper, Hermione avait inconsciemment jeté un dernier coup d'œil en arrière et aperçut le blondinet la regarder distinctement dans l'ombre de la demeure des Brown. Son visage s'éclaira un instant à la lueur de la braise du cigare qu'il fumait et Hermione fixa directement les yeux froids du jeune homme.

Hermione espérait seulement que la douleur qui serrait son visage demeurait cachée par l'obscurité avant que la porte ne se referme et que le chemin de retour à la maison ne commence.

La maison, pensa Hermione d'un rire sans joie. Maintenant qu'Astoria était fiancée, son travail chez la famille Greengrass allait bientôt toucher à sa fin. Les moments passés avec Astoria allaient lentement s'espacer jusqu'au jour où Lady Greengrass lui demandera finalement de trouver une nouvelle place de gouvernante dans une autre famille.

Hermione se promit de commencer à chercher dès le lendemain après la livraison du journal du matin. Peut être une famille habitant dans le nord ? Affronter un bon hiver l'aiderait surement à faire table rase du passé. Ou peut être retournera-t-elle à l'atelier de couture des Abbott ? Pourtant, toutes ces possibilités semblaient tellement… barbantes.

Hermione ferma à nouveau les yeux. Le balancement de la carriole et le battement de la pluie sur le toit l'emmenaient calmement dans un état de demi-sommeil qu'elle accueillait les bras ouverts.

Seulement quelques courtes minutes étaient passées quand une brusque secousse fit tanguer la voiturette. Hermione se réveilla dans un sursaut tendant instinctivement les mains en avant afin d'éviter de s'affaler sur une Astoria désormais pleinement éveillée.

Que se passait-il ? Avaient-ils heurté un rocher ? L'attelage finit par s'arrêter totalement, mais aucun son ne leur provenait.

Un silence tendu prit place pendant quelques instants tandis qu'Hermione et Astoria attendaient un signe du conducteur pour les informer d'un quelconque problème.

« Stupéfix », fit une voix à l'extérieur. Hermione entendit le bruit sourd du corps de Jim alors qu'il tombait au sol.

A l'intérieur, Astoria se mit à respirer rapidement, les yeux écarquillés et effrayés, et se tourna vers Hermione.

« Un voleur ? », demanda-t-elle à la limite de l'hystérie.

Hermione rejeta immédiatement cette idée. Il ne pouvait pas s'agir de bandit de grand chemin. Il n'y avait eu aucune déclaration effectuée dans les journaux. Le chemin qu'elles empruntaient n'était même pas une route principale.

Non, ça ne pouvait pas être…

« La bourse ou la vie ! »

Le souffle d'Hermione resta coincé dans sa gorge et elle eut à peine le temps de reprendre ses esprits avant que la porte ne s'ouvre.

Hermione tout comme Astoria regardaient la porte entrouverte totalement paralysées. Comme elles ne bougeaient toujours pas, une main gantée tenant une baguette apparut dans l'habitacle.

Hermione maudit mentalement le fait qu'il était interdit aux femmes de pratiquer la magie en public. Cherchant désespérément du regard une arme quelconque à proximité, elle ne trouva rien. Elle vit la baguette s'approcher davantage d'elles.

« Mesdames », fit une voix qui, vu sa proximité, semblait être celle du propriétaire de la baguette. « Je suis sûr que vous préfèreriez descendre par vous-même… »

Cette voix délicieusement redoutable et le surplomb menaçant de son discours firent sortir Hermione de sa stupeur.

Elle jeta un coup d'œil à Astoria qui tremblait comme une feuille.

« Astoria. Je pense que nous devrions faire ce qu'il dit ». Tout ira bien, se dit-elle mentalement pour se donner du courage.

« Ah, enfin une femme raisonnable. Je déteste avoir à faire aux pleurs hystériques et aux évanouissements »

Hermione se redressa et après avoir rapidement pressée les mains anxieusement jointes d'Astoria, descendit de la voiture.

Dans l'obscurité, il était difficile d'apercevoir la marche et Hermione garda la tête baissée pour ne pas trébucher. Une fois à terre elle fut surprise de se retrouver presque nez à nez avec le voleur.

Elle tomba sur un visage à moitié couvert d'un bout de tissu faisant office de masque. Sa tête était couverte d'un chapeau noir. Hermione pouvait à peine distinguer à la lumière la partie découverte de sa peau. Elle pouvait toutefois encore voir la baguette menaçante qu'il pointait vers elle.

Cette image n'apaisa en rien la chair de poule qui la prenait de la tête aux pieds.

Hermione sentit une main presser son épaule et se retourna rapidement pour aider Astoria à descendre les quelques marches.

Après s'être assuré que les jambes d'Astoria n'allaient pas lâcher – même si elle semblait prête à tourner de l'œil à tout moment – Hermione fit de nouveau face à l'homme avec ce qu'elle espérait être un air de défi.

« Eh bien, eh bien. Regardez ce que nous avons ici. Il semblerait que ce soit notre jour de chance, messieurs », dit l'homme.

Pour la première Hermione remarqua qu'il y avait deux autres hommes à dos de cheval un peu plus loin.

« Ce n'est pas tous les soirs que nous trouvons derrière la portière deux belles jeunes femmes sans aucune escorte. C'est une agréable surprise »

A ces mots, Hermione jeta un coup d'œil sur le côté et vit Jim ventre à terre sur le sol boueux. Son état semblait raviver l'esprit l'Hermione qui se racla la gorge.

« Je vous somme de nous laisser nous en aller », réussit-elle à étouffer d'une voix faussement redoutable.

Hermione vit les lèvres de l'homme s'étirer en un sourire moqueur. Si son masque ne couvrait pas ses sourcils, elle était certaine qu'eux aussi se seraient haussés au son de sa voix.

« Déjà ? », demanda-t-il d'un ton aussi poli que railleur. « On vient tout juste de commencer. Vous ne voudriez pas nous priver de quelques minutes supplémentaires de votre… agréable compagnie »

Hermione avala la boule qui commençait à se former dans sa gorge et tenta d'ignorer ces sous-entendus.

« Nous sommes simplement deux femmes sur le chemin du retour après une nuit éprouvante… »

« Une nuit éprouvante ? », interrompit-t-il. « Dites-moi, que s'est-il passé pour qu'elle soit si éprouvante ? »

Hermione semblait hypnotisée alors qu'elle regardait ses lèvres bouger. Pendant un instant, elle faillit répondre à sa question avant de se reprendre et de revenir à la situation présente.

« Nous n'avons aucun objet de valeur… »

L'homme explosa d'un rire guttural et Hermione resta figée sur place. « Tss tss. Une si belle bouche ne devrait pas mentir », dit-il en signe de désapprobation.

Il se tourna vers Astoria et Hermione le vit la contempler de la tête aux pieds, ses yeux s'arrêtant sur toutes les pièces de joailliers qu'elle portait. Il se concentra ensuite de nouveau sur Hermione. « Je crois au contraire que vous êtes très précieuse »

Ces mots tendres atteignirent Hermione en plein cœur et le son de sa voix éveilla quelque chose dans son esprit. Pendant un instant, il lui semblait si familier.

L'homme se racla la gorge. « Et puis si les bijoux se révélaient être de la pacotille, il reste toujours votre calèche », dit-il d'une voix doucereuse.

Hermione serra les dents alors qu'une colère l'envahissait soudainement.

« Vous laisseriez deux femmes sans défense, seules, sur cette route de campagne en pleine nuit ? », demanda-t-elle.

L'homme rit et pendant un instant le cœur d'Hermione s'arrêta de battre tandis qu'il tapota son menton du bout de sa baguette.

« Sans défense ? Ne vous dénigrez pas ainsi, voyons »

Hermione ne savait pas quoi répondre. L'homme siffla et un de ses complices descendit de sa monture pour se diriger vers eux.

« Je suis certain que vous savez comment ça fonctionne. Vos effets je vous prie »

Le complice ouvrit un petit sac brun et le tendit vers Astoria. Elle hésita un instant, regardant désespérément Hermione, avant de retirer précieusement ses boucles en diamant. Suivi rapidement de son collier.

« A votre tour ma jeune dame »

Hermione contempla l'homme masqué. Il lui fallu quelques secondes pour comprendre ses mots, secondes pendant lesquelles elle se contentait de le fixer sans comprendre. Quand ses paroles atteignirent finalement son cerveau embrumé, sa main se posa inconsciemment sur le médaillon autour de son cou.

Tout ce qui était visible était la chaine. Le fameux médaillon qui contenait les photos de sa mère et son père était caché sous le corsage de sa robe.

« Je… je… », balbutia-t-elle en voyant la baguette se rapprocher à nouveau. Elle resta complètement immobile pendant que le bout de bois glissa sous la fine chaine et la souleva doucement. A l'orée de sa robe, il tira légèrement et le médaillon jaillit hors de sa cachette.

« Il ne vaut rien », murmura Hermione en toute vérité.

« Donc vous ne m'en voudrez pas si je le place dans le sac que votre amie est généreusement en train de remplir », répondit-il.

Ses mains s'avancèrent vers la chaine comme pour aller défaire le crochet derrière son cou. Hermione n'arrivait pas à y croire jusqu'à ce qu'elle sente ses doigts gantés glisser sous ses cheveux et caresser sa nuque.

Elle resta figée. « C'est le seul objet qu'il me reste de mes parents », bredouilla-t-elle avec désespoir.

Le voleur se tendit momentanément et la regarda silencieusement. Ses mains s'écartèrent lentement. « Montre-moi », dit-il dans un grondement silencieux.

Hermione cligna des yeux. « P… Pardon ? »

« Montre-moi l'intérieur du médaillon », répéta-t-il en s'avançant d'un pas de plus.

Hermione débloqua rapidement le verrou et ouvrit le médaillon. Elle se raidit et recula légèrement quand elle vit l'homme approcher.

« Je ne vais pas vous faire de mal », dit-il remarquant son mouvement.

Hermione l'ignora et retint son souffle quand il se pencha pour étudier les miniatures. Sa main attrapa le médaillon et l'inclina de sorte qu'il brille sous l'éclat de la Lune. Ce ne fut que bien après qu'il ferma gentiment le loquet et lâcha le bijou. Automatiquement, Hermione reprit le médaillon en main et fut surprise de sentir la chaleur de la sienne encore présente.

« Très bien. Etant donné que ton amie a été très généreuse, je vais fermer les yeux sur ton médaillon »

Il recula d'un pas et Hermione soupira de soulagement. A côté d'elle, l'air hagard, Astoria retirait les bagues de ses doigts pendant que le voleur la regardait froidement.

Après avoir glissé la dernière bague dans le sac, le complice le referma d'un coup sec et s'éloigna.

Le voleur contempla silencieusement les deux jeunes femmes quelques secondes de plus puis Hermione vit le coin de ses lèvres s'étirer en ce qu'elle supposait être un sourire.

« Mesdames, cela aura été… une expérience très agréable »

Il inclina son chapeau en signe de salut et prit congés se dirigeant vers son cheval. Sifflant bruyamment, il grimpa d'un mouvement élégant et redirigea sa monture. Ses deux complices galopaient déjà loin dans la nuit, mais au lieu de les suivre dans le même rythme, l'homme élança gentiment son cheval qui s'éloignait trottinant d'un rythme lent.

Hermione ne pouvait plus respirer. Elle ressassait la même pensée encore et encore. « C'est tout ? », voulait-elle crier. Il avait arrêté leur calèche, pris les bijoux d'Astoria et maintenant repartait innocemment.

Comme toute personne qui lit régulièrement la Gazette des Sorciers, elle connaissait les histoires de ces vagabonds qui attaquaient les voyageurs partout dans le pays ces dernières années.

A quoi pouvait bien mener ces pensées, rit-elle l'instant suivant. Les évènements avaient du altérer son cerveau si elle pensait que les choses n'avaient pas été assez ordinaires.

« Oh Merlin », fit Astoria d'une voix faible.

Hermione se tourna instantanément vers la jeune fille. Elle tremblait de peur, son corps retombant lourdement contre la voiturette et son souffle créant des volutes blanches dans l'air. L'attention d'Hermione fut immédiatement détournée sur l'état de sa protégée.

« Oh Astoria. Tout va bien. On est toutes les deux saines et sauves », rassura-t-elle

Astoria ne dit rien mais ses mains vinrent agripper les bras d'Hermione.

« Venez. Allez-vous remettre dans la calèche et vous protéger du froid », dit Hermione sans demi-mesure.

Après un court moment d'hésitation, Astoria réussit à se remettre sur ses deux jambes et monter dans la carriole. Hermione s'assura qu'elle était bien installée, réarrangeant pour elle une couverture afin de lui tenir chaud, avant de retourner dehors pour tenter de réveiller Jim.

L'homme était toujours au sol et Hermione releva les pans de son jupon pour se précipiter à son secours.

Elle se pencha et retourna difficilement le corps de l'homme. Il avait une entaille sur le front qui saignait encore mais toutes autres coupures ou blessures restaient cachées par l'obscurité de la nuit.

« Monsieur Higgins », dit-elle en secouant l'épaule de l'homme dans l'espoir de le réveiller. Sans aucune réaction de sa part, elle effectua une nouvelle tentative plus vigoureuse.

« Je ne pense pas que ça le réveillera », fit une voix derrière elle.

Elle se redressa aussitôt et se retourna brusquement effrayée. Ses yeux atterrirent sur le vagabond.

Pourquoi était-il revenu ? Oh Merlin… Il en voulait vraiment à leur calèche !

Ses pensées devaient se lire sur son visage car l'homme se mit à parler. « Je suis revenu car j'ai oublié quelque chose », lui donna-t-il en réponse.

Hermione saisit inconsciemment le médaillon dans sa main.

Les yeux de l'homme suivirent son mouvement. « Je vous ai déjà donné ma parole que je ne prendrais pas votre médaillon ce soir »

« Alors qu'est ce que vous voulez ? », demanda Hermione d'une voix tremblante. « Vous avez déjà emporté tous nos objets de valeur »

« Non, pas tout », dit-il en se rapprochant.

La retraite d'Hermione fut stoppée par le corps de Jim à terre derrière elle. Se rendant compte que la fuite n'était pas une option – même si elle n'aurait jamais osé laisser Astoria affronter seule cet homme – elle releva le menton de défi.

« Vous n'avez pas l'intention de prendre notre calèche ? Pas après vous êtes débarrassé de notre escorte », souligna-t-elle.

L'homme rit l'air moqueur mais continua à avancer. « Votre soi-disant escorte serait déjà réveillée si elle n'avait pas trop abusé de la bière de Lord Brown. Je ne pense pas qu'il soit juste de m'accabler du degrés d'alcool qu'il a dans le sang »

Hermione ne savait pas quoi répondre. Qu'allait-elle bien pouvoir faire maintenant ? Malgré tous ses accomplissements, diriger un attelage n'était pas quelque chose qu'elle avait déjà fait dans sa vie. Et monsieur Higgins ? Devait-elle le laisser sur le bord de la route ?

Hermione secoua la tête afin de mettre de l'ordre dans le flux de ces pensées. Elle avait d'abord une affaire beaucoup plus importante à régler. Cet homme affreux allait essayer de leur voler leur voiture !

« Sans parler de la consommation d'alcool de monsieur Higgins, je ne peux simplement pas vous laisser la prendre ! »

« Miss Granger », appela doucement Astoria.

Hermione se maudit d'avoir parlé si fort. Elle ne voulait pas qu'Astoria se rende compte de sa présence. Elle avait déjà eu assez de frayeurs pour la nuit.

« Tout va bien Astoria. J'essaie simplement de réveiller monsieur Higgins », répondit-elle avec ce qu'elle espérait être un ton neutre.

Pas de réponse d'Astoria, Hermione soupira de soulagement.

« Si j'avais voulu votre calèche, je l'aurais prise il y a déjà cinq minutes »

Hermione releva la tête vers lui. « Alors qu'avez-vous oublié ? Il n'y a plus rien pour vous ici ! »

« Vous avez tord », dit-il tendrement.

S'approchant d'un pas de plus, il réduit encore la distance qui les séparait. Hermione devait désormais se pencher en arrière pour pouvoir voir distinctement son visage. Le voyant du coin de l'œil approcher sa main vers elle, elle se figea. Doucement, il avança et atteint son épaule. Glissant sa main le long de son bras gauche, il attrapa finalement sa main et la leva.

Hermione remarqua vaguement qu'il ne portait plus de gants. La chaleur de sa peau réchauffa sa main glacée.

« J'ai oublié de faire ça »

Sans détacher ses yeux des siens, il glissa quelque chose à son doigt. Hermione baissa les yeux pour voir de quoi il s'agissait et atterrit sur la bague de fiançailles en émeraude d'Astoria entourant son annulaire. Elle en eut le souffle coupé.

Surprise, elle releva le regard vers lui et vit ses yeux la fixer intensément.

Des yeux gris…

Hermione ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais aucun son n'en sortit. Il ne lui laissa pas le temps de reprendre ses esprits.

« Je t'avais dit que la bague t'appartenait. Aucune autre femme ne sera autorisée à la porter à son doigt »

Des mots similaires d'une conversation qu'elle avait eue à peine une heure auparavant dans l'orangerie de Lady Brown lui revinrent en mémoire.

« Oh Merlin », lâcha-t-elle en contemplant la bague à son doigt.

Les larmes lui montèrent aux yeux. Elle ne pouvait pas faire ça. Qu'allait devenir… « Astoria », demanda Hermione la voix rauque.

Pendant un instant Drago ne dit rien, se contentant de lui tenir fermement les mains. Puis, il prit finalement la parole.

« Je suis désolé », gronda-t-il. Surprise, Hermione redressa la tête vers lui. Elle ne pensait pas que de tels mots soient déjà un jour sortis de la bouche du si fier marquis. « J'étais en colère et j'ai agi sans réfléchir. Mais je vais trouver un moyen d'arranger ça »

Hermione secoua négativement la tête. « Astoria est une gentille fille. Elle fera une très bonne épouse »

« Oui certainement… mais pas pour moi »

« Elle compte vraiment sur ce mariage. Il est trop tard pour… »

Elle fut interrompue par les lèvres de son voleur pressées contre les siennes. Contrairement à leur premier baiser qui avait été lent et doux, celui-ci n'était que fougue, passion et promesses pour l'avenir. Il brisa le baiser et Hermione eut du mal à ne pas suivre l'éloignement de ses lèvres.

Elle avait toujours les yeux fermés quand elle sentit des doigts relever son menton. Elle ouvrit instantanément les yeux et perdit son regard dans le sien.

« J'ai choisi la femme que je veux voir comme marquise à mes côtés. Et se sera elle, peu importe ce que la haute société pourra penser. Elle est mienne. Et en tant que marquis, personne n'osera dire quoi que ce soit s'il voudra rester dans mes bonnes grâces. N'êtes-vous pas d'accord avec moi miss Granger ? »

Sa proposition était tellement merveilleuse et pourtant elle hésitait encore. Il resserra un peu plus son étreinte.

« N'êtes-vous pas d'accord ? », demanda-t-il un peu plus fortement.

Et à ce moment là Hermione prononça le mot qui allait sceller son destin. « Oui », murmura-t-elle.

Il ne dit rien d'autre. Tout ce qu'il avait voulu entendre avait été dit. D'un coup de baguette, il annula le sort lancé sur monsieur Higgins puis transplana.

Hermione observait l'endroit d'où il venait de disparaitre, sa main gauche fermement resserrée. Elle avait l'impression que son cœur allait s'arrêter de battre.

Oui Hermione Granger s'était cruellement trompée. Depuis toutes ces années, elle n'avait jamais expérimenté les émotions qui étaient en train de la faire vibrer.