Hello Camarade ! Voici le troisième chapitre tant attendu (ou pas d'ailleurs.)
Je le reposte car il y avait eu un petit problème dont j'ignore la nature, mais normalement le revoilà en bon état. Je vous redis donc que je compte poster un autre chapitre la semaine prochaine, mais qu'une petite review sur celui-ci me ferait grandement plaisir ! A bientôt.
Chapitre 3 :
Le salle à manger était plongé dans la pénombre, silencieuse et presque vide, à l'exception du Caporal et de Hanji, qui buvaient leur tasse de thé sans échanger un mot, tout deux plongés dans leurs pensées respectives. Eren s'approcha à pas de loup et se gratta la gorge pour témoigner de sa présence. Levi leva la tête et Hanji le salua :
« Eren ? Que fais-tu encore debout à cette heure-ci ?
- Mh... Je sors seulement de ma réunion avec le Commandant, et comme je n'ai pas les clefs de ma chambre, je suis venu voir si le Caporal était là... »
Ledit Caporal haussa un sourcil interrogateur :
« Auruo n'était pas chargé de ta garde ce soir ?
- Je ne sais pas, Caporal, je n'ai croisé personne en venant. »
Levi fixa le visage du jeune soldat quelques secondes, mais celui-ci ne se perturba pas. Il finit par soupirer de manière lasse et fatiguée et descendit ses jambes de la table. Il se leva de sa chaise, qu'il rangea d'un geste lent et précis sous la table, sans que les pieds ne fassent le moindre bruit sur la pierre polie du sol. Il tourna à nouveau sa tête vers Eren, qui ne le quittait pas des yeux. Tout, absolument tout, dans l'aura du Caporal, le fascinait. Son calme apparent, sa gestuelle maîtrisée et assurée, sa précision, sa sensualité. Il émanait du petit homme une force et une assurance écrasante pour ceux qui se trouvait autour de lui. Malgré sa courte taille, sa prestance n'en était pas diminuée et son aura impressionnante laissait l'adolescent sans voix. Puis, devant le regard interrogateur que lui adressa Levi quand il remarqua le regard admiratif qu'il lui lançait, Eren détourna les yeux en ayant un petit sourire en coin puis il emboîta le pas à son supérieur.
Levi ouvrit la marche jusqu'au cachot et glissa la clef grise dans la serrure avant d'ouvrir la porte et de s'effacer devant le jeune garçon. Eren eut un petit sourire en coin et entra dans la cage sans hésitations.
« Bonne nuit Capitaine. » lança-t-il d'une voix assurée alors qu'il déboutonnait sa chemise.
Levi fit un petit geste de la tête, satisfait, et tourna le dos, la chandelle à la main. Il aimait bien sa nouvelle recrue. Eren était un garçon frais et épanoui, prêt à tout pour atteindre son but. Même si la vie n'avait pas toujours été clémente avec lui, il restait encore fier et valeureux. Il restait debout, presque naïf au point de croire que demain verrait toujours le jour.
« Bonne nuit, Eren. »
« Eren... » appela une voix dans le noir.
« Eren... ! » répéta la voix, plus proche.
Le garçon ouvrit les yeux soudainement et se retrouva nez à nez avec Jean et le caporal Levi, tout deux penchés sur lui. Il papillonna des yeux et leva la main pour se frotter la tête, mais il fut pris d'un vertige et abandonna immédiatement l'idée de bouger pour un petit moment.
« Comment tu te sens ? » demanda Levi, ses yeux gris ayant prit une teinte orageuse qu'Eren ne leur connaissaient pas.
- Vous... posez souvent cette question, caporal. »
La réplique tira un sourire à Jean, qui tapota la joue de son camarade avec affection avant de se lever et de quitter la tente médicale.
« Repose-toi bien l'ami, tu divagues ! » lui dit-il en rabattant le pan de toile derrière lui.
Mais Eren ne l'écoutait pas vraiment. Il avait les yeux plantés dans ceux de son caporal, qui le regardait d'une façon inquiétante.
« Je réitère ma question, Eren. Comment te sens-tu ? »
- Ça va, grimaça l'intéressé en espérant que le caporal n'insisterait pas.
- Qu'est-ce qu'il t'arrive depuis deux jours ? »
Eren releva la tête et fit face au visage concerné de son supérieur. Il remarqua l'inquiétude dans ses yeux et il soupira. Décidément, il n'était bon qu'à créer des problèmes.
Levi remarqua son soupir et se retint de frapper le gamin qui lui faisait face. Avec sa mine déconfite et morne, Eren ne se ressemblait absolument pas. Levi comprit que ce n'était pas réellement le vide dans les yeux d'Eren qui l'avait choqué. Ils n'étaient pas réellement vide, il était plein de tristesse, de peine et d'incertitudes, mais alors qu'il aurait du y trouver une volonté sans faille, il n'y trouvait rien. C'était l'absence de cette vaillante volonté de vaincre qui l'avait choqué, et c'était pourquoi il trouvait son protégé affaibli et différent. Le gamin n'avait plus d'énergie vitale, il ressemblait seulement à un fantôme, une enveloppe humaine. Était-il encore seulement vivant à l'intérieur de lui-même ? Le titan était-il venu à bout de son humanité ? Eren cligna lentement des paupières, ses yeux verts ternis par la lassitude lâchèrent son supérieur dans un soupir. Le caporal sentit monter une si soudaine vague de colère contre l'adolescent qui se laissait aller qu'il ne pu retenir son geste.
La gifle atteint la joue d'Eren bien trop vite pour qu'il la voit venir. Il porta sa main à sa peau rougie et adressa un regard surpris et perdu à son caporal qui, déjà, se levait sans attendre.
« Caporal... ? Demanda-t-il, abasourdi.
- Fais plus attention à toi, imbécile, ou c'est moi qui vais te faire mal si tu continues. »
Le caporal l'avait frappé ? Vraiment ? Était-il inutile à ce point ? Eren resta étendu sur le dos pendant de longues minutes, et les larmes lui montèrent aux yeux sans qu'il ne cherche à les ravaler. Il sentit les gouttes d'eau salées rouler sur ses joues, se glisser sur ses lèvres et dans le creux de ses oreilles. Il passa son bras sur ses yeux pour cacher son visage et se laissa pleurer quelques temps, la fatigue et la lassitude prenant le pas sur toutes les autres émotions. Il l'avait déçu, lui aussi. Il avait déçu la personne qui comptait le plus à ses yeux. Le soupir qu'Eren poussa fit voleter quelques postillons de larmes mais il n'y prêta pas attention. Il se tourna sur le ventre dans un grognement et enfouie son visage dans le coussin. Il s'endormit là sans se poser de question.
Les jours qui suivirent, Eren s'appliqua à ne pas croiser le caporal. Il se présentait tardivement aux heures des repas pour ne pas le voir, allait se coucher tôt et évitait à tout prix de s'entraîner aux manœuvres tridimensionnelles en sa compagnie. Pour autant, il ne se portait pas beaucoup mieux. Il ne mangeait que très peu lors des repas, et partait vomir quelques minutes après, à tel point qu'il lui était impossible de contenir de la nourriture dans son organisme plus d'une demie-heure. Il se forçait à se nourrir le matin, grignotant une pomme verte et un bol de café, mais son corps s'en ressentait terriblement et il commençait à maigrir sérieusement. Il se donnait à fond lors des entraînements et avait noué avec Jean une amitié bien plus forte qu'il ne l'aurait pensé.
La perte de Marco avait profondément meurtri le grand garçon aux larges épaules et aux cheveux châtains, et Eren trouvait en sa présence une tranquillité et une assurance qu'il ne parvenait à trouver chez personne d'autre. Leurs disputes incessantes avaient pris fin pour laisser place à une relation amicale solide. Il sentait que Jean avait confiance en lui comme en tout autre camarade et qu'il le jugeait pour ses aptitudes au combat, et non pas pour sa force de titan. En fin de compte, il trouvait chez son ami une confiance rassurante. Il ne pouvait nier que Jean avait tout pour devenir un grand meneur, et Eren se jura de tout faire pour que son ami vive assez longtemps pour y parvenir.
Il ne s'était pas éloigné de Mikasa et d'Armin pour autant, mais les termes de leurs relations avaient changé. Eren avait remarqué dans les yeux d'Armin la lueur qui y brillaient lorsque le blondinet regardait en direction de Christa, et il connaissait les sentiments que Jean nourrissait à l'égard de sa sœur adoptive. Cependant, il avait beau les trouver toujours aussi agréables qu'avant, il ne parvenait pas à profiter pleinement de leur présence. Les mêmes discussions sur leur passé commun revenait sans cesse et ensemble, ils avaient l'impression de ne pas parvenir à aller de l'avant. Eren se demandait constamment si cette situation douloureuse allait cesser un jour ou l'autre ou si elle prendrait fin d'une façon bien plus dramatique qu'il ne le désirait. Il aurait été heureux de retrouver avec ses amis la candeur et l'énergie qui l'animait du temps où il se sentait en sécurité auprès de ses parents. Maintenant qu'il avait côtoyé la mort de bien trop près, Eren se demandait si il parviendrait à sourire de nouveau devant une crêpe au chocolat, des marrons ou un morceau de poisson alors que la simple odeur du pain chaud lui donnait envie de vomir.
De son côté, Levi guettait d'un œil discret l'évolution d'Eren. Il voyait rarement le gamin et comprit rapidement que celui-ci faisait tout pour l'éviter depuis l'incident de la claque. Il ne l'apercevait qu'aux entraînements, et dès que ceux-si étaient finis, il s'empressait de s'éclipser dans les pas de Jean. Le grand gaillard était devenu la bouée de sauvetage du gamin, à tel point que les deux ne se quittaient presque jamais. Levi en était même arrivé à être jaloux de Jean, sans véritablement savoir pourquoi. Même si l'absence d'Eren lui permettait de se consacrer plus amplement à son travail, Levi regrettait l'époque où il passait du temps seul à seul avec la candeur du garçon, lorsque celui-ci était le seul à avoir rejoint les bataillons. Levi finit par s'avouer que son ancienne escouade, qui lui poser bien moins de problèmes, lui manquait.
Levi se retrouva pour la première fois face à face avec Eren environs deux semaines après l'incident. Alors qu'il se rendait aux douches communes tard dans la nuit, comme à son habitude, il fût surprit d'y trouver de la lumière et s'approcha silencieusement. Il y rencontra Eren à moitié nu, une serviette nouée autour de la taille, les cheveux mouillés et une brosse à dents dans la bouche. Le garçon ne l'avait pas remarqué et se pencha en avant pour cracher dans le lavabo. Levi sentit un frisson lui parcourir la nuque quand il découvrit l'état du corps du jeune soldat. Les côtes de celui-ci étaient saillantes sur sa cage thoracique, les muscles de ses bras avaient fondu comme du beurre au soleil. Même les muscles de ses hanches étaient bien trop voyants pour une corpulence normale. Levi resta de longues secondes à observer ce corps osseux et frêle qu'il ne connaissait pas, avant de se décider à sortir de l'ombre.
« Qu'est-ce que tu fais là, Eren ? »
Le gamin sursauta et laissa tomber sa brosse dans la surprise. Il se tourna vers le nouveau venu et eut un brusque mouvement de recul en reconnaissant son mentor.
« Caporal ! Euh je... Le major Erwin m'a laissé libre ce soir et donc... » baragouina-t-il en regardant son supérieur s'approchait dangereusement de lui.
Sa phrase se perdit dans le creux de sa gorge lorsque les doigts froids de Levi se posèrent sur son torse. Les membres fin et doux du caporal effleurèrent sa peau d'un geste léger qui le fit frissonner, et il ne dit rien. Les yeux gris de Levi étaient posés sur son torse, qu'Eren savait bien trop maigre. Il baissa les yeux et recula à nouveau, mais il heurta la pierre du lavabo.
« Qu'est-ce qui t'arrive, bon sang... » chuchota Levi, les yeux rivés sur le torse dénudé de son protégé. Le soldat avait du mal à croire ce qu'il voyait. Le gamin se laissait mourir à petit feu, son esprit malade consumant lentement son corps. Eren avait échappé à toutes les pires douleurs. La mort de sa mère, la trahison de son père, sa mutation en monstre, le gamin s'était toujours montré plus fort que tous ses adversaires à force de volonté. Et désormais, Levi comprenait que le seul danger pour Eren était Eren lui-même. Le gamin était son pire ennemi. Il fronça les sourcils en réalisant cela, et le garçon du le remarquer.
« Caporal... ? demanda-t-il alors que Levi gardait sa main posée sur son torse.
« Qu'est-ce que tu fous, Eren, bordel ?! répéta-t-il plus fort, criant presque sur son soldat. T'as vu l'état dans lequel tu es ? Comment tu veux te battre comme ça ?! »
Eren attrapa doucement le poignet de son caporal et se libéra de son emprise sans que son supérieur ne fasse un geste. Il esquissa un sourire triste et se sépara de Levi, presque avec amertume.
« Je ne sais pas. Je ne veux plus me battre de toute façon. »
Ces mots eurent l'effet d'une douche froide pour Levi, qui leva deux billes brûlantes vers Eren. Il attrapa son visage aminci entre ses doigts et se dressa sur la pointe des pieds, ses lèvres à deux doigts de celles d'Eren.
« Ne dis plus jamais ça. Plus jamais, c'est bien compris ? »
Eren se trouvait coincé entre les lavabos et le caporal, dont le corps musclé était pressé contre le sien. Eren déglutit avec difficulté sans quitter des yeux l'homme qui lui faisait face. Était-il déçu, encore une fois ? Eren baissa les yeux et Levi se détendit légèrement, lâchant sa mâchoire qui devenait douloureuse. Le garçon soupira et Levi reporta son attention sur lui. Il savait ce que signifiait ce soupir, alors il fit quelque chose qu'il ne se serait jamais autorisé une semaine auparavant. Il posa sa main sur la joue d'Eren, qui se crispa, s'attendant certainement à une autre claque. Il caressa du bout des doigts la peau douce de l'adolescent et vint poser ses lèvres sur son autre joue. Le caporal embrassa tendrement son protégé, puis se détacha de lui, pour son plus grand regret.
« Trouve une raison de te battre, Eren, ou tu finiras en bétail pour titans. »
