Et voilà, comme promis, le deuxième chapitre de la nuit. J'espère qu'il te plaira, et je te souhaite encore une bonne lecture. A bientôt petit padawan, et n'oublie pas que, plus de reviews tu laisses, et plus vite je reviens, magique non ?

Chapitre 5 :

Lorsque Eren ouvrit les yeux, il ne reconnu pas le plafond au-dessus de lui, et trouva le matelas dans son dos bien plus confortable que le lit de pierre sur lequel il passait habituellement ses nuits. Il s'étira lentement, frottant ses yeux de ses poings. Puis il aperçut le caporal Levi qui le fixait intensément, sur le pas de la petite salle d'eau. Les cheveux noirs de jais de ce dernier étaient encore humides et quelques gouttes translucides tombaient sur sa chemise beige. Il avait revêtu le pantalon blanc de l'armée et portait ses ceinturons et ses bottes hautes. Eren en conclut qu'il remontait des douches. Il était accoudé à la porte et le regardait avec un air à moitié amusé qu'Eren ne comprit pas vraiment.

« Bien dormi ? demanda-t-il.

- Euh, oui, très bien, merci, mais... Qu'est-ce que je fais dans votre chambre, caporal ? s'étonna Eren en s'extirpant précipitamment des draps.

- Eh bien comme tu as confondu l'entraînement et la sieste, j'ai décidé de te garder à l'œil.

- J'ai... dormi avec vous... ? »

Levi leva un sourcil devant l'air paniqué du garçon. Celui-ci sautilla sur place pour remettre son pantalon, évitant soigneusement de croiser le regard de son supérieur.

« Ça te pose un problème ? questionna Levi en s'avançant d'un air menaçant vers Eren.

- Non non, absolument pas, c'est juste que...

- Bien ! Dans ce cas, tu continueras de dormir ici tant que tu n'iras pas mieux. »

Eren leva un visage paniqué vers son supérieur et protesta vivement :

« Mais je, non ! Je ne voudrais pas vous déranger ! »

Il s'apprêtait à protester encore, mais le regard que lui lança Levi coupa court à toute discussion. Eren s'habilla donc en silence, le cerveau déjà bien agité pour une simple matinée. Il quitta la chambre à la suite de son caporal, peinant à croire qu'il y reviendrait dormir le soir-même. Ils descendirent tous les deux au réfectoire, encore vide, et cette fois-ci, Levi insista pour qu'Eren prenne un véritable petit-déjeuner. L'adolescent remplit donc son plateau sous la contrainte, et sentit son estomac se serrait d'avance. Il s'assit donc en silence à côté de Levi et entama à regret son bol de céréales broyées. Il déglutit avec difficulté, sentant la bouillie pâteuse couler dans sa gorge avec dégoût. Arrivé à la moitié du bol, il n'y tint plus et déguerpit plus vite que l'éclair en direction des toilettes sans que Levi n'ait le temps de l'arrêter. Eren courut jusqu'aux toilettes sans rencontrer personne et ouvrit la porte avec fracas. Il se laissa tomber à genoux devant le cabinet et rendit le peu qu'il avait mangé. Il se redressa finalement, les jambes flageolantes, tira la chasse et fit le chemin jusqu'au lavabo avec lenteur. Il s'appuya sur le rebord de l'évier et s'aspergea le visage à l'eau froide. Il releva la tête et contempla son visage dans le miroir. Il peinait à se reconnaître lui-même.

« Mais qu'est-ce qui cloche chez toi ? » fit une voix froide derrière lui.

Eren fit volte-face et découvrit, sans surprise, le caporal Levi qui le détaillait du regard, accoudé à l'entrée, comme à son habitude. Les jambes croisées, le regard sombre fixait sur lui, le petit soldat ne semblait pas prêt à lâcher l'affaire sans avoir reçu une réponse convenable.

« Je ne sais pas... souffla seulement Eren, la tête basse, les mains crispées sur l'évier.

Eren ne comprenait pas vraiment ce soudain intérêt que le caporal avait envers lui mais il ne pouvait nier le fait que cela le rassure légèrement.

« Je ne mérite pas votre aide, Caporal. Je ne suis qu'un monstre, c'est tout. »

Sa voix n'avait été qu'un souffle, un chuchotement, un murmure. Il avait esquissé la triste réalité du bout des lèvres, les yeux bas. Son visage morne n'osait pas fixer son supérieur de peur de recevoir une nouvelle gifle, qui ne lui aurait pas fait bien plus mal que ce qu'il vivait au quotidien. Il détourna la tête lorsqu'il sentit les larmes lui montaient aux yeux, et sursauta en sentant deux bras musclés entourer son cou. Les yeux écarquillés, Eren arrêta tout bonnement de respirer lorsqu'il réalisa que le caporal Levi avait passé ses bras autour de lui et, debout sur la pointe des pieds, lui offrait une étreinte affectueuse.

« Les monstres ne pleurent pas, Eren. » chuchota-t-il à son oreille.

Les larmes coulaient silencieusement sur le visage aminci d'Eren, qui posa deux doigts dans le dos de son Caporal comme pour le remercier de son étreinte. N'y tenant plus, Eren enfouit son visage dans le cou de son supérieur et se laissa aller à pleurer dans ce petit recoin, à l'abri des regards méprisants et de la dure réalité. Il laissa les torrents de pleurs dévaler ses joues et noyer la veste de Levi sans que celui-ci ne s'offusque. Au contraire, quand les pleurs d'Eren se firent plus haletants, il resserra doucement son étreinte autour de son cou et Eren sentit le souffle chaud du caporal sur son oreille. Les deux jeunes hommes restèrent un moment comme cela, le temps qu'Eren s'apaise quelque peu et finalement l'adolescent se dégagea timidement de l'emprise de son supérieur. Levi détailla les yeux rougis du garçon et sentit son cœur se serrer au fond de sa poitrine devant la mine attendrissante que l'adolescent arborait. Dans un sourire gêné, Eren essuya ses larmes et bafouilla :

« Je suis désolé, caporal... »

Pour seule réponse, Levi attrapa sa main sans hésitation et l'entraîna à nouveau au réfectoire. Eren soupira, égaré. Il ne savait plus où se mettre tant il avait honte de s'être monté si faible devant Levi. Pourtant le caporal ne semblait pas déçu et Eren resserra sa prise sur les doigts fins de son supérieur, le suivant tout de même jusqu'à la cantine, où il savait qu'un bol immonde de céréales pâteuses l'attendait. Il s'installa à nouveau devant le caporal et fût donc forcer de lâcher sa main, dont il regretta immédiatement la douce chaleur. Il baissa la tête, les joues rouges de gêne et fixa son bol et l'étrange mixture. Il pataugea dedans avec sa cuillère pendant quelques instants, jusqu'à ce que Levi ne dépose un quartier de pomme habilement découpé en forme de lapin sous son nez.

« C'est pour moi ? Demanda l'adolescent en redressant la tête, surpris du geste généreux de son supérieur.

- Évidemment que c'est pour toi, imbécile. » lui répondit Levi d'un ton nonchalant.

Eren le remercia en bégayant et mordit du bout des lèvres dans le fruit. Il savoura le jus sucré de la pomme sur sa langue et le croquant de la chair douce, qui le fit sourire doucement. Les pommes découpées par le caporal étaient décidément bien meilleures que toutes les autres. Levi lui en offrit encore sept, que l'adolescent mangea sans peine. Il avala aussi son bol de thé et se força même à grignoter une tranche de pain sec. Le caporal remarqua que les aliments secs passaient beaucoup mieux dans l'estomac du gamin, qui avait presque retrouvé un demi-sourire. Levi finit son café d'un trait, soulagé de constater qu'il y avait encore un espoir de sauver le garçon du gouffre de mal-être dans lequel il s'était lentement glissé.

Eren passa le reste de la journée dans la bibliothèque, à éplucher les livres en compagnie d'Hanji. Levi lui avait interdit toute activité physique pour le restant de la semaine et l'adolescent aidait donc la scientifique à faire le contre-rendu de leur dernière expérience. Eren ne retrouva le caporal qu'au deuxième repas, aux alentours de treize heures. Cette fois encore, il s'efforça de faire bonne figure devant les légumes et le poisson, mais il refusa aimablement le met de qualité sous l'œil noir de son supérieur, assis à l'autre bout de la table. Eren détourna les yeux et reporta son attention sur Jean et Armin à ses côtés, préférant éviter de se confronter au caporal encore une fois. De son côté, Levi serra les poings en remarquant l'assiette quasiment vide de son subordonné et fut presque vexé quand celui-ci détourna les yeux quand il le foudroya du regard. Levi fit donc mine de se concentrer sur la conversation que tenait Hanji mais il se promit de toucher un mot à l'adolescent le soir-même avant d'aller dormir.

L'après-midi se passa sans incidents, Eren resta sagement confiné dans la bibliothèque sous l'œil protecteur de la scientifique qui en profita pour instruire l'adolescent. Ensemble, ils partagèrent quelques anecdotes sur leurs vies respectives et échangèrent quelques rires. Hanji sourit lorsqu'elle surprit un sourire sincère sur le visage fatigué de l'adolescent, mais elle remarqua aussi que ses grands yeux verts ne luisaient plus comme d'habitude. Elle n'y avait pas fait réellement attention avant que Levi ne lui montre la détresse physique d'Eren et elle comprenait seulement que l'adolescent allait mal psychologiquement parlant. Elle le surprit plusieurs fois à regarder par la fenêtre d'un air perdu, ses lèvres laissant échapper un soupir de lassitude ou à laisser errer ses doigts sur une couverture vernie, hésitant à ouvrir l'ouvrage ou à le ranger futilement. Eren l'écoutait, il répondait à ses remarques mais il semblait à des kilomètres de la situation actuelle.

« Eren, à quoi tu penses ? » questionna-t-elle en le surprenant une nouvelle fois le regard attaché à l'horizon.

« Mh ? demanda-t-il en se tournant vers elle, un air faussement intéressé sur le visage qu'Hanji n'eut aucun mal à discerner.

- A quoi tu penses ? répéta la scientifique.

- Oh. C'est... sans importance.

- Si, dis-moi, je sens que ça te torture. »

Le garçon hésita, agitant la feuille de papier entre ses doigts fébriles. Il regrettait que la scientifique insiste mais il n'avait pas réellement le choix et refusa de mentir à sa supérieur :

« J'essayais de me souvenir de quelque chose mais je n'y parviens pas vraiment, avoua-t-il seulement. Je le range où ce livre ? » coupa-t-il pour changer de sujet.

Hanji lui indiqua un emplacement de la tête, les bras croisés sur la poitrine.

« C'est quoi ce souvenir ? » insista-t-elle encore, pas prête de lâcher le garçon.

Celui-ci soupira en remettant le livre à sa place et en prit un autre, qu'il cala à côté du précédent. Il répéta l'opération deux ou trois fois sans répondre. Devait-il vraiment lui dire ? Que penserait Hanji ? Il n'avait pas forcément envie de se dévoiler à sa supérieure mais celle-ci semblait se soucier de lui de la même façon que le faisait le caporal. Il savait qu'elle irait probablement le répétait au petit brun et il n'en avait pas forcément envie.

« Je... me souviens plus du visage de ma mère. » souffla-t-il en tournant le dos à la scientifique, n'osant pas affronter le regard qu'elle devait lui lancer.

Il baissa la tête et attrapa un autre livre sans se retourner. Il ne voulait pas savoir ce qu'elle pensait de lui et il aurait donner cher pour qu'elle ne fasse pas de commentaires, mais ce n'était malheureusement pas le genre de la brunette. Celle-ci posa une main affectueuse sur l'épaule du garçon, qui serra les dents. Décidément, il ne suscitait que la pitié à l'égard des autres et son cœur se gonfla de peine à cette triste pensée.

Les deux acolytes continuèrent de ranger la bibliothèque sans échanger un mot et Eren vit arriver l'heure du dîner avec soulagement. Et heureusement pour lui, Levi avait été retenu par ses devoirs de caporal et n'apparût pas du repas. Eren avala donc une cuillère de soupe et un verre d'eau et fila se doucher. Lorsqu'il remonta dans la chambre du caporal, il la trouva vide et s'empressa de partir à la recherche de son supérieur. Il aurait très bien pu aller se coucher sans lui mais il préférait prendre des nouvelles du caporal avant de dormir, sans trop savoir pourquoi il ressentait ce besoin. Il frappa à la porte de son bureau, une serviette de bain dans ses cheveux encore humides, ne portant que son pantalon de pyjama. Il ne réalisa que trop tard qu'il allait arborer son torse amaigri aux yeux de son supérieur mais déjà une voix derrière la porte de bois le convier à entrer. Hésitant, il passa la tête dans la pièce :

« Caporal ?

- Mh ? demanda Levi en levant la tête.

- Je... vais me coucher... » bafouilla-t-il seulement.

Levi haussa un sourcil, surpris que l'adolescent vienne lui rendre visite avant d'aller se coucher. Il apprécia le geste mais son sourire s'effaça lorsqu'il aperçut le corps malade d'Eren dans l'embrasure de la porte. Son regard s'assombrit et il fit un geste de la main pour inviter le garçon à entrer réellement dans la pièce.

« Viens là, Eren. » fit-il.

L'adolescent hésita un instant, pas fou, puis obtempéra, avançant d'un pas et refermant la porte derrière lui.

« Caporal ? » demanda-t-il d'une petite voix, prêt à encaisser les remarques.

Ledit caporal s'enfonça dans sa chaise et toisa l'adolescent d'un œil mauvais, détaillant ses clavicules saillantes, ses côtes apparentes sur sa cage thoracique, ses hanches bien trop fines et trop marquées. Il remarqua quelques cicatrices sur la peau basanée du garçon qui se tortillait de gêne devant son bureau.

« Tu as mangé ce soir ?

- Oui, mentit Eren.

- Menteur. »

Eren déglutit difficilement et baissa la tête, évitant le regard sombre que lui lança Levi.

« Ce midi non plus. Ne m'oblige pas à te surveiller sans cesse Eren, ou tu vas vite le regretter. »

Il hocha silencieusement de la tête sans protester, les yeux rivés au sol. Levi soupira et congédia le garçon d'un geste lasse de la main :

« Allez, va dormir. Je te rejoins quand j'ai fini. »