Chapitre 2

Harry fut réveillé par la sonnerie d'un réveil près de son oreille. Groggy, il se redressa et tâtonna en direction du bruit jusqu'à ce qu'il ait dans sa main une petite horloge en forme de vif d'or. Il appuya sur le bouton d'arrêt et la reposa. Il trouva à côté de celle-ci un morceau de parchemin, sur lequel était posée sa baguette. Alors qu'il regardait autour de lui et reconnaissait la salle de classe d'Arithmancie, il fut submergé par des souvenirs. Il se souvint de la jeune fille qui l'avait agressé mais l'horreur de ce moment fut balayée par les souvenirs de Draco Malfoy en train de l'aider. Il comprit instinctivement que si Malfoy ne s'était pas donné à lui comme il l'avait fait, il serait sans doute un homme brisé à l'heure actuelle. Au lieu de cela, bien qu'il ait l'impression que quelque chose lui enserrait la poitrine, il sentait également naître en lui un faible sentiment de paix.

Il retira sa baguette de dessus le morceau de parchemin et s'empara de la note qui avait été visiblement laissée là par Malfoy. On pouvait y lire :

Potter,

Il a été nécessaire d'utiliser ta baguette pour t'aider. Si tu vérifies l'historique de ta baguette magique, tu verras qu'elle n'a été utilisée que pour lancer les sorts suivants : Récurvite, des sorts de Métamorphose pour un bol d'eau, une serviette, le réveil, et des vêtements propres, et un charme de modification de la mémoire, Muffliato memorium. Je n'ai pas utilisé le sortilège d'Oubli, car je savais que tu aurais besoin de te souvenir de ce qui s'était passé pour trouver la personne responsable de l'attaque contre toi. Cependant, le sort que j'ai utilisé diminue l'effet émotionnel négatif de tes souvenirs de ton agression.

Ne montes pas sur tes grands chevaux et ne vas pas imaginer que tu as tiré avantage de moi alors que j'étais impuissant, ce que tu es très probablement en train de faire, te connaissant. Je pensais chaque mot de ce que je t'ai dit tout à l'heure.

Si tu as besoin d'aide pour localiser et traiter avec ton agresseur, je t'offre mon aide. La guerre a vu trop de crimes comme celui-ci, et le fait qu'une telle chose se soit produite en temps de paix ne la rend que plus odieuse.

Malfoy

Harry roula le parchemin et le mit dans sa robe, remarquant pour la première fois qu'il était entièrement habillé. Ce n'étaient pas ses propres vêtements, le pantalon et la chemise étant faits d'une matière plus fine que ce qu'il portait habituellement. Mais ils étaient propres, et ne portaient aucune trace de la jeune fille qui avait arraché ses vêtements de son corps. Il était reconnaissant de la prévenance de Malfoy. Il sourit légèrement. Prévenance et Malfoy semblaient presque comme un oxymore, mais l'autre garçon s'était néanmoins montré prévenant avec lui. Peut-être que la guerre avait changé le Serpentard pour le mieux, ou peut-être que la fin de la guerre l'avait dépouillé de ses masques et que maintenant, il était libre d'être lui-même pour une fois. Quelle que soit la raison, Harry en était heureux.

La petite horloge en forme de vif d'or sonna à nouveau, et Harry remarqua qu'il restait dix minutes avant le couvre-feu. Il aurait juste assez de temps de retourner à son dortoir s'il se dépêchait. Encore une fois, c'était un signe de la prévenance de Malfoy.

Il ramassa sa baguette et l'horloge, les rangea toutes les deux dans les poches de sa robe, avant de sortir à grandes enjambées de la classe d'Arithmancie. Neuf minutes plus tard, il entrait dans la salle commune de Gryffondor. Hermione et Ron étaient assis sur l'un des canapés situés en face de la cheminée allumée, l'un des bras de Ron drapé confortablement autour de sa petite amie. Ginny était assise sur une chaise à côté d'eux et écrivait dans un petit carnet. Ils levèrent tous les trois la tête quand Harry commença à faire son chemin à travers la pièce. Hermione et Ron avaient les sourcils froncés, de l'inquiétude brillant dans les yeux. Ginny fronça également les sourcils, mais il y avait dans ses yeux un étrange mélange de joie et de suffisance. Cela déconcerta Harry et accrût ses soupçons qu'elle puisse être son agresseur.

« Harry, ça fait des heures que tu es parti ! Où étais-tu ? » demanda Hermione en lui faisant signe de s'asseoir à côté d'elle.

Après ce qui s'était passé, la simple idée de s'assoir à proximité de n'importe quelle fille, même si c'était sa meilleure amie qui avait toute sa confiance, lui donnait l'impression qu'il allait se mettre à hyperventiler. Au lieu de s'asseoir dans le siège offert, il prit le fauteuil restant. « J'avais besoin d'être seul un petit peu. »

Le froncement de sourcils d'Hermione s'accentua. Elle ouvrit la bouche pour ajouter quelque chose, quand Ginny ferma son carnet d'un coup sec et dit: « Oh Hermione, n'asticotes pas Harry. Il était avec moi la plupart du temps. »

Harry avala sa salive péniblement. La voix de Ginny insinuait lourdement de quelle manière ils étaient censés avoir passé ce temps ensemble. En cet instant, il sut sans l'ombre d'un doute que Ginny était son agresseuse. C'était la pire trahison possible, parce qu'elle faisait partie de la famille qui l'avait accueillie à bras ouverts. Elle était comme sa sœur, était son ancienne petite amie, et elle l'avait brutalement attaqué.

Ron remarqua la réaction d'Harry, et il demanda : « Harry ? »

Harry ne souhaitait pas laisser ses amis penser que lui et Ginny avaient batifolé ensemble, mais il ne voulait pas non plus qu'ils sachent ce qui s'était réellement passé. Il n'était pas doué pour mentir, alors il supposa qu'il était préférable de s'en tenir un tant soit peu à la vérité. Il se leva très rapidement et dit: « Elle exagère. Je ne l'ai croisé que quelques minutes. Malfoy était en fait en train de m'aider avec quelque chose. »

Ginny se renfrogna avec colère. « Malfoy ? Cette ordure ? »

Harry serra les dents devant la véhémence dans sa voix. « Oui, Malfoy. Il n'est plus comme avant. »

« Ha ! Il sera toujours un sale Mangemort ! Il t'a probablement « aidé » afin d'endormir ta méfiance et te jeter une quelconque malédiction sombre quand tu ne te méfieras pas ! »

Une malédiction sombre quand il ne se méfierait pas ? Harry eut envie de rire, mais le son sombre qui lui aurait échappé ne pourrait que choquer Ron et Hermione. « Il est en probation magique, Ginny. Il ne va pas courir le risque de finir à Azkaban. »

« Il existe des moyens de contourner le Ministère, Harry ! », cria la fille aux cheveux roux en agrippant fermement le carnet qu'elle tenait dans ses mains.

Des moyens de contourner le Ministère ? Il était possible qu'elle fasse allusion à la manière dont elle avait mis la main sur la potion dangereuse qu'on lui avait administrée d'après Malfoy. Il allait devoir enquêter. Malfoy connaissait probablement ces moyens de contourner le Ministère. Juste parce qu'il était différent du garçon qu'il avait été pendant la guerre ne signifiait pas qu'il ne se souvenait pas des informations qu'il avait acquises durant ces temps sombres.

« Je ne vais pas me disputer avec toi, Ginny, » dit-il avant de lui tourner le dos et de se diriger vers le dortoir des garçons. Il savait que Ron et Hermione le regardaient s'éloigner, probablement confus à cause de son comportement. Il n'aimait pas leur faire ça, mais il était loin d'être prêt à leur révéler la perfidie de Ginny et sa propre incapacité à l'avoir empêché de faire ce qu'elle avait fait.


Le lendemain matin, Harry ne s'aventura hors de son lit que lorsqu'il fut sûr que tout le monde se trouvait déjà dans la Grande Salle pour le petit déjeuner. Au lieu de s'y rendre à son tour, il fit un détour vers les cuisines. Il n'avait pas envie d'être en présence de qui que ce soit d'autre. Bien que le sort mémoriel que Malfoy avait placé sur lui l'aidait à atténuer la souffrance morale qu'il aurait normalement du ressentir, il n'avait pas totalement effacé le traumatisme émotionnel. Être entouré d'autres étudiants le ferait certainement s'agiter et transpirer.

Les elfes de maison furent ravis de le voir et le conduisirent aussitôt vers un comptoir vide où un autre élève était déjà assis et mangeait tranquillement. C'était Draco Malfoy, et il hocha la tête poliment quand Harry s'assit à côté de lui. Harry aurait du être surpris, mais il ne l'était pas. Au cours de l'année, Malfoy avait plus souvent sauté des repas que mangé dans la Grande Salle. Harry avait commencé à se demander si le blond se laissait mourir de faim et fut soulagé de réaliser qu'il ne faisait en fait qu'éviter l'aspect social des repas à Poudlard.

Une assiette pleine fut placée en face de Harry et il fronça les sourcils à sa vue. Physiquement, son estomac lui demandait de manger. Emotionnellement, il avait presque envie de ne pas le faire.

« Manges, Potter. Ca va t'aider, » dit Malfoy en lui tendant une fourchette.

Harry soupira et piqua dans une saucisse. Il l'a plaça dans sa bouche et mâcha. Bientôt, la moitié de son assiette fut vide, et il se sentit effectivement un peu mieux. « Merci »

Malfoy hocha la tête tout en jouant presque nerveusement avec sa tasse de cidre.

Ces signes de nervosité plurent étrangement à Harry. Cependant, il n'attira pas l'attention sur la nervosité de Malfoy. Au lieu de cela, il dit : « C'était Ginny. »

Les yeux de Malfoy s'éclairèrent. « La belette femelle ? Comment l'as-tu découvert ? »

Harry passa une de ses mains dans ses cheveux perpétuellement en désordre. « Quand je suis retourné dans ma salle commune, elle était avec Ron et Hermione. Elle a carrément insinué qu'elle et moi avions couchés ensemble, puis plus tard, alors qu'elle divaguait à ton sujet, elle a dit qu'il y avait des moyens de contourner le Ministère. Je sais qu'elle voulait dire que tu connaissais ces moyens, mais c'est quand même bizarre qu'elle en ait parlé. »

Malfoy mordilla nerveusement sa lèvre inférieure pendant quelques instants. « Elle a certainement eu besoin de savoir comment contourner le Ministère pour mettre la main sur la potion qui a été utilisée. Même pendant le règne de Tu-Sais-Qui, il était difficile de mettre la main dessus. Maintenant ? C'est pratiquement impossible. Cela implique d'avoir esquivé les raids des Aurors, su à qui parler, et puis il y a le coût. Au moins plusieurs centaines de gallions. »

« Autant que ça ? » Harry était surpris. Où Ginny avait-elle bien pu trouver une somme pareille ?

Un hochement de tête fut la réponse de Malfoy. Harry soupira. « Est-ce que ça va être difficile de découvrir comment elle a obtenu l'argent et de qui elle a obtenu la potion ? »

« L'argent sera probablement plus facile à tracer que le fabricant de potion. Certes, il n'existe pas tellement de fabricants de potions avec ce niveau de compétence, mais l'Allée des Embrumes protège les siens. »

Harry se souvint de l'Allée des Embrumes d'après ses rares incursions dans celle-ci. C'était évident que les gens qui travaillaient là allaient protéger leurs pairs contre les étrangers. Ils avaient besoin de se protéger les uns les autres contre la volonté du Ministère de leur faire fermer boutique depuis la fin de la guerre.

Malfoy grimaça tout d'un coup et posa une main à son abdomen. Harry fronça les sourcils. « Malfoy ? »

L'autre garçon secoua la tête tout en serrant ses lèvres il était visible qu'il souffrait. Sa main trembla et se pressa près de son estomac. Harry eut aussitôt envie de traîner l'autre garçon sur-le-champ à l'infirmerie, mais l'étouffa. Malfoy n'apprécierait pas un tel geste.

Quelques instants passèrent, et les traits du visage de Malfoy se relaxèrent. « Malfoy ? » demanda à nouveau Harry.

Malfoy ferma les yeux brièvement avant de les ouvrir et de les baisser en direction de son assiette. Une minute entière passa avant qu'il ne parle. « Nous avons un problème. Ou plutôt, deux problèmes. »

Harry se raidit. « Que veux-tu dire ? »

Le Serpentard prit une profonde inspiration et leva les yeux vers Harry. « La belette femelle a ajouté un aspect de fertilité à la potion. »

Un aspect de fertilité ? Le cerveau d'Harry marqua un arrêt.

Malfoy poursuivit, murmurant presque, « Ce n'est pas de notoriété publique, mais les hommes de ma famille sont des porteurs. Pour être direct, cela signifie que nous pouvons tomber enceints. »

« Enceint ? » Harry s'étrangla. Il devait plaisanter !

« Oui. Pour faire simple, nous possédons des systèmes reproductifs génitaux internes masculins et féminins. A moins qu'il soit en fonction, le système reproductif féminin existe dans un sous-espace magique. Je porte une amulette contraceptive. La seule façon de la contrer est d'utiliser une potion de fertilité. » Les paroles de Draco ne contenaient aucune inflexion, aucune émotion. Ce manque d'émotion fut ce qui pénétra le blocage mental d'Harry.

Harry plissa les yeux vers l'autre garçon. Le visage de Malfoy était plus pâle que d'habitude, et il y avait une rigidité autour de ses yeux et de sa bouche. Ces signes apprirent à Harry qu'alors que les mots de Malfoy étaient sans émotion, il était intérieurement en proie à un violent tourbillon d'émotions. « Alors c'est à cause de ça que tu agrippes ton estomac comme ça ? Le système, euh, féminin ? »

Malfoy hocha la tête de manière presque imperceptible. « Il entre en fonction. »

Harry compris les mots que sous-entendait Malfoy. Je suis enceint.

« Si tu es, tu sais, alors Ginny l'est aussi ? » Harry ne voulait pas dire ces mots, mais il savait qu'il devait le faire.

Malfoy acquiesça de nouveau. Il rangea soigneusement ses couverts sur son assiette et la poussa loin de lui. « Techniquement, elle ne le sera pas avant encore sept à dix jours, jusqu'à ce que ça s'implante. Mon... état durera sept mois seulement au lieu des presque dix moins que le sien durera ».

Harry fut surpris qu'il ait absorbé toutes les informations que Malfoy lui donnait. Normalement, il aurait du être incapable d'assimiler quelque chose qu'on lui disait. Mais Malfoy avait une façon de dire les choses simplement, et Harry aimait ça. Si Hermione lui avait énoncé ces faits, il aurait été perdu sous le flux d'informations.

« Qu'est-ce que nous allons faire ? » demanda Harry tout en jouant avec les manches de sa robe.

Malfoy haussa les épaules, puis soupira. « Nous avons en gros deux semaines jusqu'à ce que la belette femelle puisse obtenir un test positif. Cela signifie que nous avons deux semaines pour prouver sa culpabilité. »

Deux semaines. Ce n'était pas très long. « Pourquoi avons-nous besoin de le prouver avant cette date ? »

« La politique de l'école décrète que les élèves enceintes doivent être expulsées, ainsi que le père. La seule raison qui te permette de contourner cette règle est si tu as été forcé. Communément, il s'agit de protéger les femmes violées, mais tu tombes dans cette catégorie. »

« Mais je ne veux pas que l'on sache que j'ai été faible », protesta Harry. Il voulait prouver la culpabilité de Ginny, mais en même temps il ne voulait pas que tout le monde soit au courant. Il avait pensé que, peut-être, il pourrait utiliser les preuves de la culpabilité de Ginny pour la forcer à le laisser tranquille.

Malfoy secoua la tête avec une expression furieuse dans ses yeux gris. « Tu préférerai être plutôt expulsé ? Je ne laisserais pas cela se produire ! »

Harry croisa les bras. « Ne pas laisser cela se produire ? Tu n'as aucun contrôle sur moi ! »

Il savait que sa colère était irrationnelle, car Malfoy essayait juste d'aider. Mais sept ans d'inimitié entre eux deux fit qu'il fut facile de retomber dans les vieux schémas. Et sa peur de laisser qui que ce soit découvrir à quel point il avait été pathétique de laisser Ginny l'attaquer de la façon dont elle l'avait fait, était une puissante motivation.

« Tu ne peux pas foutre ta vie en l'air à cause de quelque chose sur lequel tu n'avais aucun contrôle ! » cria Malfoy en sautant sur ses pieds.

« Oh, comme tu étais prêt à le faire avec Voldemort ? » s'emporta Harry en éloignant son tabouret du comptoir avec colère.

Un feu s'alluma dans les yeux de Malfoy et y resta. « Mais tu m'as sauvé et que je sois damné si je te laisse répéter mon erreur. »

Sur ces mots, Malfoy s'éloigna à grandes enjambées. Harry resta planté là, à regarder la silhouette de l'autre garçon s'éloigner, tandis que sa propre colère disparaissait.


Merci de laisser vos reviews ! Le chapitre 3 devrait arriver plus rapidement que ce second chapitre…