NDA : J'avoue, j'ai hésité à nommer ce chapitre, voire toute cette fiction : Tu t'es vu quand t'as bu ? ... Et oui, vous savez ce qu'on dit, l'alcool se boit avec modération mais personnellement, je ne connais personne qui s'appelle ainsi ^^' Bref, je n'ai pas osé, et vous, n'abusez pas des bonnes choses ;) Sur ce, bonne lecture pour ce chapitre, non pas donc nommé Tu t'es vu quand t'as bu - partie 1, mais bien plus sobrement (hum) L'été d'avant.


Chapitre 5

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L'été d'avant


« Sirius, par Merlin ! Ne lui tire plus les cheveux ! »

« Severus, par Godric ! Arrête de lui donner des coups de pieds ! »

« Jamais, par Salazard ! Pas tant que ce sale cabot ne me lâchera pas ! »

« Est-ce que, par hasard, tu ne me prendrais pas pour un con ? Tu peux crever, chauve-souris graisseuse des cachots !

« Tu sais ce qu'elle te dit, la chauve-souris ? »

« Que, miracle, elle va aller se laver les cheveux et arrêter de séquestrer mon filleul ? »

« LA FERME ! J'EN PEUX PLUS, LA FERMMEUHHHHHHHH ! »

« Harry, tu es chûr que cha va ? Tu as l'air un peu tenduch, » fit Sirius, une touffe de cheveux noirs entre les doigts, un morceau de tissu dans la bouche, le tout à moitié écrasé sous le poids de Severus qui arrêta subitement de lui donner des coups de pieds dans les tibias.

Le maître des Potions réussit à se détacher brusquement de l'Auror, laissant quand même quelques poils noirs dans les mains ennemies au passage. Il se redressa en défroissant sa robe pour essayer de reprendre un peu de dignité, chose particulièrement difficile à faire étant donné qu'il avait les cheveux totalement ébouriffés.

« Un peu tendu ? Évidemment qu'il est un peu tendu, sinistre crétin à puces, nous venons à peine d'arriver qu'il te voit déjà en train de me sauter dessus et m'insulter ! Comment diantre veux-tu qu'il soit ? T'arrive-t-il parfois de te servir de ton cerveau ? »

« Ah, parce que c'est moi qui ai commencé bien sûr, vampire avarié ? Je... »

« Non ! Non, non et encore NON ! » hurla de nouveau Harry sans aucune retenue.

Pour un peu, il en aurait tapé du pied par terre, de rage pure.

« Je m'en fous complètement de savoir qui a commencé ! Avec vous, c'est toujours à savoir qui a commencé, qui a insulté le premier, qui fera plus ci avec moi, ou plus ça pour moi ! Ras le chaudron ! Moi, ce que j'aimerais, pour une fois, c'est savoir lequel de vous deux sera le premier à arrêter une dispute ! Je vais déjà devoir m'occuper d'une teigne de huit ans aussi aimable qu'un hippogriffe dans moins d'un mois, alors si vous ne vous calmez pas de suite, je jure devant Merlin que vous ne me reverrez pas d'ici là ! »

Un silence pesant lui répondit. Puis Sirius sembla réaliser ce que Harry venait de dire.

« Une teigne de huit ans ? Dois-je comprendre que malgré mes conseils tu as réellement accepté le poste chez ce Mangemort ? »

« Lucius n'est pas un Mangemort ! » s'exclama Severus.

« Oh, bien sûr, et c'est un autre Mangemort qui le dit ! Toi ! » Sirius pointa un doigt plein de menaces vers le nez busqué de Snape. « Toi, tu as encouragé Harry là-dedans ! Pourquoi ? »

« Parce que je me soucie de lui, sac à puces ! Cela lui fera une formidable expérience puisqu'il veut devenir enseignant ! »

« Rha ! Toi, le pire enseignant que Poudlard ait connu, pardon, que le Royaume-Uni entier ait connu, tu parles d'expérience positive pour Harry ? À qui veux-tu faire croire ça ? » cria Sirius.

« Certainement pas à toi, il te faudrait quelque chose dans ce crâne obtus pour comprendre, or tu ne le possèdes à l'évidence pas, » susurra Severus.

Alors que Sirius allait répondre, deux jets de couleurs frappèrent les hommes. Ils tombèrent sur le sol, leurs yeux grands ouverts sous le coup de la stupéfaction et de la surprise.

« Aaaaaah. Enfin le calme est revenu ! Qu'en penses-tu, Harry ? » déclara Remus en rangeant sa baguette et en faisant un grand sourire au jeune brun qui était au moins aussi stupéfait que ses tuteurs.

La différence résidait bien sûr dans le fait que lui pouvait encore bouger et parler.

Il cligna stupidement des yeux vers le loup-garou avant d'exploser de rire.

« Merci Rem', merci de tout cœur ! »

« Bien, laissons-les là un moment, histoire de leur apprendre quelques bonnes manières. Tes invités t'attendent dans le salon. »

« On va vraiment les laisser ici ? » s'exclama Harry.

Remus jeta un bref regard aux deux hommes dont les yeux lançaient de furieux éclairs de colère.

« Je pense que c'est préférable. Nous revenons vous chercher tout à l'heure, messieurs. »

Harry les étudia, pensif.

« Rem', sincèrement, on ne peut pas les laisser comme ça ! »

« File dans le salon, gamin, je reviens, » rétorqua l'homme en le retournant et en lui claquant les fesses, faisant pousser à Harry un petit cri fort peu masculin.

Le jeune homme se décida à obéir, regardant une dernière fois Severus et Sirius au sol d'un air navré.

Une fois qu'il fut entré dans le salon où des exclamations enthousiastes l'accueillirent, Remus posa un genou par terre, entre les deux ennemis d'enfance.

« Bien. Alors maintenant, vous allez attentivement m'écouter. De toute façon, vous n'avez pas d'autre choix. Harry fête ses vingt ans aujourd'hui, avec ses amis et sa famille. Toute sa famille. Nous savons, Severus, que tu n'as pas voulu le fêter avec Sirius et moi le jour même, ou tout du moins, tu t'es bien gardé de nous inviter. Et ça, c'était vraiment minable. Toi, Sirius, tu n'as pas à toujours dénigrer ce que fait Severus pour Harry, surtout pas devant le gamin. Sans lui, Harry aurait vécu avec les Dursley jusqu'à sa majorité. Ne l'oublie plus. De même que tu ne devrais pas oublier que Severus l'a sauvé de nombreuses fois. Alors vous allez bien réfléchir à tout ça, comme vous allez bien réfléchir au fait que Harry vous aime, tous les deux. Ce qui serait formidable pour lui c'est que, pour une fois, il puisse fêter son anniversaire sans que les deux personnes qui comptent le plus au monde pour lui ne cherchent à s'entre-tuer. »

Là-dessus, Lupin se redressa et quitta le hall, laissant les deux hommes se dévisager sous la banderole qui chantait toujours.

Il pénétra dans l'immense salon où Harry était déjà entouré de ses amis. Molly s'affairait à couper le gâteau tandis qu'Arthur servait les boissons.

Ce ne fut qu'un bon quart d'heure plus tard que Harry revint vers les deux sorciers à terre, une assiette pleine de gâteau entre les mains.

« Bon, j'ai pu m'éclipser discrètement, Remus ne voulait pas vous enlever le sort avant une demi-heure. Il est vraiment furieux contre vous. Est-ce que je peux vous libérer sans que vous ne cherchiez à vous battre encore ou pire, à vous venger de Remus ? Sincèrement, il n'a pas tort, c'est épuisant de vous voir toujours vous disputer ainsi. Vraiment. J'aimerais... j'aimerais pouvoir fêter mes vingt ans avec vous deux et tous mes amis, sans disputes. Vous pouvez faire ça pour moi ? »

Évidemment, les sorciers ne purent répondre ou faire un signe de la tête, mais ce que Harry lut dans leurs yeux sembla le convaincre puisqu'il leva sa baguette en bois de houx et murmura un « Finite Incantatem » plein d'appréhension.

Aussitôt, Sirius et Severus se redressèrent, faisant craquer leurs articulations avec des grimaces exagérées pour l'un, avec un air pincé sur le visage pour le deuxième.

« Remus n'aurait pas dû agir ainsi, qu'il le croie ou non, nous ne sommes plus des enfants, » grinça Snape.

Puis, sans jeter un seul regard aux anciens Gryffondor, il entra dans le hall.

Harry le regarda partir, les épaules basses. Il soupira et tripota son gâteau du bout de sa fourchette, toute faim envolée.

« Allez Harry, il est vexé mais ça lui passera. Et puis ce n'est pas contre toi. Je suis désolé, Prongs, je n'aurais pas dû lui sauter dessus comme cela. Mais c'est plus fort que moi, il faut toujours qu'il me regarde de haut, comme si je n'étais qu'une bouse de dragon et ça me rend dingue. Snape est... vraiment qu'un crétin. J'espère que tu n'as pas eu tort de l'écouter, Harry, en ce qui concerne ce Malfoy. Les Serpentard seront toujours des personnes fourbes, j'en suis persuadé et Lucius... Hum, quand on connaissait son père, on ne peut que craindre le fils. »

Là-dessus, l'animagus décida de laisser son filleul, plus désemparé que jamais, dans le hall pour rejoindre lui aussi la fête qui se tenait dans l'autre pièce.

Harry regarda d'un œil torve la pâtisserie, comme si elle était responsable de ses malheurs. Bien, puisqu'il n'avait plus faim, il pouvait toujours aller boire un coup, au moins, il oublierait peut-être ainsi ses soucis.

Le salon du 12 square Grimmaurd donnait désormais dans le petit jardin rectangulaire attenant à la maison. C'était en partie pour cette raison que Harry avait passé tous ses jours de repos depuis Noël avec Sirius. Ce dernier avait décidé de réhabiliter (enfin !) ce petit coin de verdure mais les travaux avaient pris beaucoup plus de temps que prévu car l'Auror n'était jamais satisfait.

Il fallait toutefois reconnaître que le jardin était fort agréable en cette nuit d'été. Il avait été l'occasion pour les invités de se disperser, permettant ainsi à chacun de profiter de la fête sans devoir être serrés comme des sardines dans le salon.

Peu à peu, tous étaient partis, à l'exception du maître des lieux, de la famille Lupin qui dormait là pour la nuit et de Harry et Severus.

Le jeune brun tituba jusqu'à la balancelle qu'il avait lui-même installée au mois de mai avec son parrain mais qu'il n'avait pas eu l'occasion d'essayer jusque-là. Il s'effondra dessus, un sourire niais sur le visage.

Severus vint s'asseoir à ses côtés, lui prenant fermement son verre d'une main tout en lui jetant un regard sévère.

« Hééé ! Mon verre ! » protesta le jeune homme.

« Je crois que tu as largement assez bu comme cela, Harry. »

« Beuah, même pas vrai, rends-moi mon verre ! » pleurnicha le sus-nommé.

« Non, tu as assez bu. Tu me remercieras demain et je te préviens que si je te revoie avec un verre, je ne te donnerai pas de potions anti-gueule de bois. »

« Des menaces, toujours des menaces. De toutes façons, tu t'en fiches de moi, et pis chuis adulte, ch'fais ce que je veux, » ronchonna le garçon en croisant ses bras sur son torse.

Snape le dévisagea, surpris.

« Qu'est-ce que tu racontes ? »

« On dirait que Harry a fait une découverte ? Oui, tu es majeur, donc tu n'es pas obligé de repartir avec Severus demain. Pourquoi ne pas rester ici, avec moi ? Et oublier cette histoire stupide de devenir précepteur pour les Malfoy ? » fit alors Sirius en s'asseyant à son tour à côté du jeune homme.

Ce dernier cligna des yeux, le vert de ses iris plus profond que jamais.

« Parfait, Black, parfait, je vois que tu as été capable de te retenir, voyons, cinq heures avant de recommencer ? Faut-il que j'appelle le loup-garou de service pour te calmer ? Harry a eu raison d'accepter ce poste. Je peux comprendre que le fait qu'il prenne exemple sur moi plutôt que sur ta pitoyable petite personne puisse te contrarier, mais ce n'est pas... »

Severus s'arrêta dans sa diatribe brusquement : Harry venait de prendre sa tête entre ses mains et sanglotait.

« Harry ? » s'inquiéta aussitôt l'homme en noir.

« Qu'est-ce qui se passe, Prongs ? » rajouta Sirius.

Les deux sorciers se jetèrent un regard perplexe et légèrement angoissé par-dessus la tête brune.

« Il m'en coûte de l'avouer mais je crois que tu as raison : il a effectivement trop bu et en plus, il a l'alcool triste, » fit Sirius, dépité.

« Harry ? » répéta le maître des Potions en posant sa main sur celle de son pupille.

« En... en fait... c'est... impossible, » pleurnicha le brun.

« Quoi donc ? » l'interrogea Sirius en prenant la main libre restante de Harry dans la sienne.

Le jeune homme redressa son visage, regardant d'abord l'un de ses parrains, puis le second.

« J'vous aime, » balbutia-t-il d'une voix clairement avinée. « Mais ça suffira pas... Vous vous détesterez toujours. Toi, quoi que je fasse, si ça' un rapport avec Severus, tu m'en veux et t'es pas content. Et toi... toi... » la voix de Harry se fana.

« Moi, quoi ? Harry ? » demanda doucement Severus.

« Pourquoi t'as pas dit qui j'étais ? Tu dis qu'ils voulaient pas, mais c'est même pas vrai. C'est toi, tu voulais pas. J'ai bien vu avec ce morveux... Tu lui as dit qu'il avait une jolie bouille, à moi t'as jamais dit çaaaaaah ! » fit Harry en s'effondrant sur le torse de son ancien professeur, pour le moins stupéfait.

Sirius tapota machinalement le dos de Harry, secoué de sanglots, tout en jetant des coups d'œil plus que dubitatifs à son voisin.

« Black, à moi aussi il m'en coûte, mais il s'avère que tu avais raison, non seulement il ne supporte pas le pur-feu et le champagne, le tout arrosé de piña colada, mais il a effectivement l'alcool triste. »

« C'est paaaaaas vraiiiiiiiii, » protesta difficilement le brun en se mouchant à moitié dans la robe de Severus qui eut une moue de dégoût alors que Sirius se mettait à pouffer.

« Allez, allez, Harry, » le cajola Sirius en continuant de lui frotter le dos tout en se retenant de rire. « Raconte tout à tonton Sevy et à tonton Siri, c'est quoi ce gros chagrin ? »

« Vous m'aimez pâââs, » chouina Harry en redressant le nez.

Severus eut donc l'immense bonheur de sentir l'haleine chargée en alcool de son fils adoptif.

« Mais enfin, bien sûr que l'on t'aime, voyons ! » protesta Sirius.

« Noooonnnnnnnn ! La preuve, vous faites rien que vous détester et vous battre ! Et pis vous m'avez jamais dit que j'avais une jolie bouille. »

« Bon, Harry, maintenant ça suffit ! » fit Snape en le redressant alors qu'un long filet de morve et de bave s'étalait sur sa robe.

« Bouaaaaaaah ! Tu vois, tu m'aimes pââââââââs ! »

« Harry ! Tu vas te taire et nous laisser parler ! » aboya Severus, retrouvant sa voix de professeur craint et détesté par ses élèves.

L'effet fut immédiat sur Harry qui se tut, se contentant de renifler en les regardant, les yeux noyés de larmes.

« Bien. Tout d'abord, je ne comprends pas du tout cette histoire de ''jolie bouille''. Merlin, Harry, tu n'es pas jaloux d'un gamin de huit ans quand même ?! Et puis, je croyais que cette époque où tu doutais de moi était loin derrière nous. Écoute, je suis sincèrement désolé si je t'ai blessé en ne parlant pas de toi aux Malfoy. »

« Tu as hésité... à dire que tu étais mon père... » bredouilla Harry en battant des cils.

Devant un Sirius médusé, Snape caressa la joue humide de son filleul.

« Harry... c'est parce que je ne savais pas comment Draco allait réagir, il est tellement possessif. Il est fragile, même si je sais que tu penses le contraire. Je suis navré de t'avoir blessé. »

Le maître des Potions jeta un bref regard à Sirius avant de prendre une inspiration. Au diable le chien galeux, il s'était fait une promesse il y avait de cela désormais six ans et ne comptait pas revenir dessus, même en présence de Sirius.

« Harry, je t'aime comme un fils, tu ne dois pas en douter. Et non, je ne te dirai pas que tu as une jolie bouille car ce n'est pas le cas. Tu n'es plus un enfant, tu n'as plus de ''bouille'', tu as un visage, un beau visage et tu es séduisant. Grâce à Salazar, en vieillissant tu as plus pris du côté Evans que Potter... à part pour ce qui te sert de cheveux, bien sûr... »

« Hé ! » s'exclama Sirius. « James aussi était très séduisant ! Tu as hérité du meilleur de tes deux parents, Harry, sois-en sûr. »

« Est-ce que... est-ce que tu pourras un jour dire la même chose au sujet des deux parents que j'ai qui sont encore vivants, Siri ? » demanda Harry doucement en se calant contre lui, sa main gauche tenant toujours fermement celle de Severus.

L'animagus jeta lui aussi un bref regard au maître des Potions qui leva un sourcil interrogateur.

« Oui... en fait... je sais que je ne te le dis pas, pas comme il le faudrait... mais... Je suis fier de toi, Harry. Ça me fait mal de l'admettre, pas pour les raisons que tu penses, mais Severus... » Il regarda une nouvelle fois le professeur de plus en plus étonné. « Severus s'est très bien occupé de toi, pendant que je n'étais pas là... »

« Vous voulez bien... ne plus... vous battre ? » marmonna Harry.

Il leva ses mains, croisant ses bras de façon à ce que les mains de ses tuteurs se touchent sur sa poitrine. Les deux vieux ennemis sursautèrent au contact, gênés. Ils se dévisagèrent brièvement.

« Oui, on va essayer, pour de bon cette fois, » chuchota Snape.

« On te promet de faire de notre mieux, » renchérit Sirius.

Moins de cinq secondes plus tard, Harry ronflait, la tête contre Sirius et les lunettes de travers. Pourtant, ni lui ni Severus ne bougèrent. Ils restèrent ainsi plusieurs minutes, avant que Sirius, agissant en bon Gryffondor, ne se décide à prendre son courage à deux mains pour rompre le silence.

« Eh bien. Je crois que c'est la première fois que l'on reste côte à côte aussi longtemps sans s'insulter. »

« D'un autre côté, c'est la première fois tout court que l'on reste côté à côte aussi longtemps, » murmura Snape.

« C'est pas faux... »

Severus se pencha vers le garçon qui ronflait en peu plus fort pour lui retirer ses lunettes avec délicatesse.

« Il te bave dessus, c'est un vrai bonheur, » se moqua-t-il doucement.

« Je sais, » soupira Sirius. « Remarque, ta robe n'est pas en meilleur état. Il s'est carrément mouché dedans ! » ricana-t-il peu charitablement en montrant d'un mouvement de tête une tache humide sur le devant du vêtement sombre de l'autre homme.

« Mais quel sale gosse... Tu es sûr qu'il a vraiment vingt ans ? » fit Severus en agitant sa baguette de sa main libre pour enlever toute trace du délit.

« Certain... » soupira l'Auror.

Un autre silence s'installa dans le jardin faiblement éclairé par quelques boules lumineuses qui flottaient paresseusement.

« Snape, » demanda soudainement Sirius, la voix teinté d'une légère angoisse. « Tu es sûr qu'il dort vraiment ? »

L'autre sorcier lui jeta un regard noir, se retenant visiblement de lui lancer une remarque sarcastique de son cru.

« Je veux dire, » reprit Sirius. « Il n'est pas en train de nous faire un coma éthylique ou un truc du genre ? »

« Un truc du genre, comme c'est joliment dit, » susurra le maître des Potions. « Attends, je vais vérifier. » Il leva sa baguette, jetant un sort argenté sur le jeune endormi. « C'est bon, ce sont réellement des ronflements d'ivrogne, il dort. »

Sirius émit un petit rire. Le sombre sorcier le regarda, un peu étonné. L'animagus semblait détendu, ses yeux gris bleuté levés vers le ciel sombre. C'était la première fois qu'il le voyait ainsi et son rire, pour une fois sincère devant lui, était différent. Agréable.

« Il ne tient vraiment pas l'alcool. Il a bu quoi ? Quatre verres ? »

« J'aurais dit six. Mais non, il ne supporte pas du tout l'alcool. Alors là, avec des mélanges en plus, je suis surpris qu'il ne se soit pas effondré purement et simplement sur le sol, ou qu'il ne tombe pas malade. »

Sirius se tourna brusquement vers le brun sur sa veste, un air inquiet sur le visage.

« Malade ? Qu'est-ce que tu entends par malade ? Malade comme je vomis partout mes tripes et mes boyaux ? »

« Merlin, Black ! Oui, quand on a trop bu c'est une chose qui peut arriver. Je suppose que c'est même une expérience que tu as tentée plus d'une fois, me trompe-je ? » demanda-t-il, un sourcil en l'air.

« Très drôle. Rassure-moi, il ne va pas me dégueuler dessus, là, hein ? »

« Par Salazar, ne me dis-pas que tu aurais peur d'un peu de vomi, toi le grand Auror Black, » se moqua franchement le professeur.

Sirius grimaça. Cependant, il retint la réponse acerbe qu'il avait eue l'intention de lancer à la chauve-souris en découvrant le sourire qu'il affichait. Il n'était pas méprisant, une grande première selon lui, mais franc. Jamais Snape ne lui avait souri de cette façon, il en était certain. Le maître des Potions avança sa main libre afin de soulever une mèche de cheveux ébène du front du garçon. Sirius le dévisageait toujours, réalisant peut-être pour la première fois toute la douceur que Severus pouvait mettre dans un geste, toute la tendresse qu'il pouvait avoir pour son filleul.

« Pas peur, non. Mais dégoûté, sans l'ombre d'un doute. Comment on va faire, pour cette nuit ? S'il a envie de vomir ? »

Snape poussa un profond soupir.

« Tu es définitivement désespérant. Je suppose que je vais faire comme quand il tombait malade, je veux dire vraiment malade, pas à cause d'une vulgaire cuite. Je vais rester avec lui cette nuit, pour le surveiller. C'est vrai qu'étant alcoolisé, il pourrait ne pas se réveiller et s'étouffer. »

Il caressa une nouvelle fois le front et les cheveux de Harry. Cependant, devant les yeux exorbités en face de lui, il ne put se retenir d'aboyer.

« Quoi ? Tu penses sans doute que la paternité ne se limite qu'à se transformer en chien pour amuser la galerie ? De ne préparer que des frites et des saucisses à chaque repas ou de couvrir l'enfant de cadeaux plus chers et démesurés les uns que les autres ? Non, grande nouvelle, mon cher Sirius, c'est aussi devoir se lever en pleine nuit parce que ton fils a quarante de fièvre ou a ruiné son lit en vomissant de partout, le consoler alors que tu n'as qu'une envie, dormir, parce qu'il a encore fait un cauchemar, surveiller ses devoirs alors que tu as du travail par dessus la tête, te faire un sang d'encre parce qu'il n'est pas rentré à l'heure d'une soirée entre Gryffondor, et nous savons tous de quoi vous êtes capables, ou être convoqué chez le directeur parce qu'il a, encore, fait le mur grâce à la cape d'invisibilité de son cher paternel ! »

Sirius resta bouche bée, sans prononcer une seule parole. Devant ce mutisme pour le moins inhabituel, Severus renchérit.

« Quoi ? Tu es devenu sourd ? Ton cerveau, ou du moins ce qui t'en sert, t'a définitivement abandonné ? »

« Je n'en reviens pas... » finit par chuchoter Sirius.

« De quoi donc ? » demanda Severus, toute trace de colère envolée en raison de l'expression de réel étonnement de l'autre homme.

Il y avait aussi autre chose dans les iris gris mais Severus devait avouer ne pas savoir quoi exactement.

« Je crois... Je crois que je viens de réaliser que Remus et Harry avaient raison, en fin de compte. »

« Pardon ? »

« Tu... tu viens de dire "ton fils". Et... Merlin, Severus... Tu aimes vraiment le gamin ? »

« Black, espèce de sac à puces dégénéré, si tu ne tenais pas le gamin, comme tu dit, entre tes bras, sois certain que je serais déjà en train d'essayer de t'étrangler pour dire de telles stupidités ! Évidemment que je l'aime ! Tu en doutais encore ? Tu es encore plus idiot, borné, entêté, décérébré... »

« C'est bon, c'est bon, arrête de tirer sur le Sombral, je pense que j'ai saisi l'idée ! » l'interrompit Sirius.« Tu as vraiment déjà nettoyé son vomi ? » reprit cependant le sorcier après une vingtaine de secondes de silence.

« Oui, » marmonna le maître des Potions.

Ils se turent de nouveau, l'air autour d'eux seulement perturbé par le bruissement du vent dans les arbres.

« Snape ? »

« Quoi, encore ? »

« Je pense... Je pense que je te dois des excuses. Et je pense aussi que Harry a raison, encore une fois. On devrait essayer de faire l'effort de s'entendre. Enfin, de ne plus se battre et s'insulter dans un premier temps, ce serait déjà un début. Qu'en penses-tu ? »

Severus se tourna vers l'animagus mais ce dernier fixait résolument un point invisible devant lui, ou plus exactement, dans le ciel. L'homme détailla le profil de son vieil ennemi. Ne plus se battre avec lui ? Un fin sourire étira ses lèvres. Certes, le défi était intéressant, mais sa vie risquait de devenir un peu plus ennuyeuse, il devait en convenir. Enfin, que ne ferait-on pas pour le bien-être de son enfant ? Il soupira.

« C'est... C'est une idée, en effet. Mais à une condition. »

« J'en était sûr ! Typiquement Serpentard ! »

« Et alors ? Je ne le nie pas. J'attends toujours des excuses de ta part. »

« Je viens de te les faire ! » s'exclama Sirius, outré.

Il jeta un bref coup d'œil au jeune homme brun qui grogna dans ses bras avant de frotter son nez sur sa veste en continuant de grommeler dans son sommeil.

« Moins fort, abruti, tu vas le réveiller ! »

« Très bien, très bien, alors c'est quoi ces fameuses excuses que je te dois encore selon toi ? » chuchota furieusement l'Auror.

« Tu oses le demander ? Si je te dis : cabane hurlante, ça te rappelle quelque chose où ton pauvre neurone ne comprend toujours pas ? »

« Oh... Je vois... Il se pourrait en effet que je te doive des excuses pour cela aussi. Mais à une condition. »

« Condition ? Tu te fiches de moi, sac à puces ? »

« Voilà, cette condition-là ! » fit Sirius en pointant comme il le pouvait un doigt vers Severus, manœuvre délicate alors que Harry était désormais étalé de tout son long et son poids contre lui. « Arrête de me traiter de cabot, sac à puces, idiot, abruti et autres mots doux ! On a dit plus d'insultes, nom d'une gargouille ! »

Le potionniste ronchonna dans sa barbe en réponse.

« Alors ? » insista Sirius.

« D'accord, d'accord. J'accepte. Je vais essayer. »

Sirius eut un petit rire en voyant l'air pour le moins renfrogné de son voisin.

« Parfait. Je suis désolé de t'avoir entraîné dans la cabane hurlante cette nuit-là. Bien sûr, rien ne serait arrivé si tu n'avais pas pour habitude de fourrer ton énorme nez partout, mais je prends ma part de responsabilités. »

Severus étudia son voisin, qui visiblement se retenait de rire. Malgré lui, il sentit qu'un sourire naissait sur ses lèvres.

« Ce n'est pas exactement le genre d'excuses que j'imaginais, mais je pense que je vais devoir m'en contenter... pour le moment. »

Ils retournèrent tous deux dans la contemplation de la nuit londonienne. Subitement, Sirius fut pris d'une petite crise de rire étouffé.

« Que t'arrive-t-il encore, Black ? » souffla Severus.

« Quand je pense que cela fait une demi-heure que l'on est assis sur cette foutu balancelle à discuter tranquillement, que l'on a réussi à se mettre d'accord sur une trêve et lui, il ronfle ! Il ne nous croira jamais demain matin quand on va lui dire ça ! On a réussi un véritable exploit et personne ! Personne pour le voir ! C'est un vrai scandale si tu veux mon avis. »

Snape sourit à son tour.

« Bah, ils le verront bien demain. »

La balancelle se mit soudain à couiner alors qu'elle se mettait délicatement en branle. Cette fois, Sirius ne put retenir un rire, qui résonna comme un aboiement dans la nuit.

« Oh, par Godric, si on me l'avait dit, je ne l'aurais jamais cru. »

« Je suppose que je n'aurai pas la paix tant que je ne te demanderai pas la cause de ton hilarité ? »

« C'est toi ! Non seulement je viens de découvrir que tu as en fait l'âme d'une mère poule mais je me retrouve avec toi, dans le noir, qui nous berce du pied dans cette foutu balancelle. Oh non, Snape, personne ne nous croira jamais ! »

« Je ne suis pas une mère poule ! Et je te rappelle qu'une balancelle, sauf erreur de ma part, cela sert à se balancer ! »

Sirius allait partir dans un nouveau fou-rire lorsque le jeune brun se remit à marmonner dans son sommeil et à s'agiter.

« Pourquoi vous faîtes du bruit, » se plaignit-il d'une voix embrumée. « Dodo... »

Les deux hommes le regardèrent se pelotonner contre Sirius en souriant.

« Bon, je crois qu'il est temps de mettre monsieur je-ne-supporte-pas-l'alcool dans son lit, » déclara Severus en se levant, Harry ayant finalement décidé de lui lâcher la main pour se coller le plus possible contre le torse de Sirius. « Tu le portes ? »

« Oui. Si tu veux bien m'aider à l'alléger un peu par contre, ce ne serait pas de refus, il pèse son poids mine de rien, l'animal ! »

L'homme en noir tira une nouvelle fois sa baguette et la pointa vers Harry. Sirius se trouva soudainement allégé d'un poids de plusieurs kilos. Il put se redresser lui aussi, le garçon endormi dans ses bras.

Les deux sorciers marchèrent en silence, ne croisant personne dans la maison désormais sombre et sans le moindre bruit. Ils entrèrent dans la chambre de Harry où Sirius le posa sur son immense lit pendant que Snape étudiait les murs, les sourcils froncés.

« Merlin, cette déco' est encore pire que dans mes souvenirs. Et dire que je vais devoir dormir ici cette nuit. »

« Tu n'es pas obligé, en fait. On pourrait simplement jeter un sort de surveillance ? »

« Je n'ai aucune confiance dans ces sorts, » grommela Severus.

Sirius se mordit la lèvre, histoire ne pas exploser de rire tandis que Snape, un air sinistre plaqué sur le visage, transformait un fauteuil en lit étroit.

« Bon, je vous laisse, hésite pas à m'appeler si tu as besoin, »

« Ta sollicitude me touche, croie-le bien, » marmonna Severus entre ses dents. « Mais j'ai survécu sans toi pendant des années, je pense donc pouvoir gérer une malheureuse nuit de débauche. »

« Comme tu veux, » répondit Sirius en haussant les épaules.

Il n'allait pas insister. Déjà parce qu'il ne voulait pas contrarier à cette heure tardive l'irascible tuteur de Harry. Après tout, il devait reconnaître que pouvoir discuter avec lui sans essayer de se mordre mutuellement était plutôt reposant. De plus, non, il ne se sentait définitivement pas l'âme d'une mère poule, n'en déplaise à Snape. Les vomis, réveils nocturnes et autres joyeusetés du même genre, très peu pour lui ! Il préférait, et de loin, laisser cet honneur-là à la chauve-souris pour se consacrer effectivement au côté ludique de son rôle.

Il se retourna pour fermer la porte de la chambre mais resta un court instant à espionner Severus. Ce dernier avait déjà déchaussé Harry et était en train de lui ouvrir sa robe. Une fois fait, il le borda dans les draps et la couverture rouge. Sentant un regard sur lui, il redressa la tête et leva un sourcil en interrogation.

« Bonne nuit, » chuchota Sirius en refermant doucement la porte.

Severus regarda un petit moment la porte close. Avait-il bien entendu ? Merlin, si le chien commençait à lui souhaiter une bonne nuit, il n'allait pas tarder à pleuvoir des grenouilles. Il soupira lourdement tout en se déshabillant à son tour puis se glissa dans son lit.

... ... ...

« Severus... »

« Quoi ? » grommela Snape encore à moitié endormi.

« Au secours... »

« Merlin, Harry, je peux savoir ce qui t'arrive ?, » rétorqua le maître des Potions en se redressant péniblement dans son lit.

Il bâilla, constatant que la chambre baignait dans la lumière. Nul doute qu'il devait être une heure avancée de la matinée. Enfin, il daigna porter un œil au lit à baldaquin de son pupille. Celui-ci était allongé sur le lit, il avait mis un tee-shirt et un pantalon mais n'avait pas eu la force ou le courage de le boutonner. Il gémissait, à moitié agonisant, un bras sur les yeux. Les cheveux noirs étaient en bataille, étalés sur l'oreiller.

« Alors, le réveil est difficile ? » se moqua Severus.

« J'vais mouriiiiir. »

Severus ricana tout en se levant pour rejoindre le jeune brun. Ce dernier enleva son bras, dévoilant un visage pâle aux lèvres sèches et aux yeux injectés de sang.

« Voilà ce qui arrive quand on boit trop, jeune homme. »

« Mais j'ai presque rien bu pourtant ! Seamus a vidé une bouteille de pur feu à lui tout seul ! »

« Un Irlandais, Gryffondor de surcroît ! Tu parles d'une référence ! Tu ne supportes pas l'alcool, Harry, tu le sais, nom d'un Veracrasse. »

« Sev', » pleurnicha Harry. « Pitié, tu me feras toutes les remontrances que tu veux plus tard, mais d'abord, tu avais bien parlé d'une potion, non ? »

L'homme sourit, il agita sa baguette, faisant venir à lui sa robe. Il l'ouvrit, révélant à l'intérieur une poche dans laquelle se trouvait une minuscule boite. D'une mouvement vif, il l'agrandit, l'ouvrit, avant de tendre à Harry une fiole. Le garçon se redressa afin de pouvoir la boire avec empressement.

« Merci, » souffla-t-il en se laissant de nouveau tomber sur le matelas. « Tu me sauves la vie. J'avais essayé de me lever tout à l'heure, histoire de descendre me prendre un café sans te réveiller, mais j'ai pas pu. Je jure devant Merlin que je ne reboirai plus jamais ! »

« C'est ça, on en rediscutera la prochaine fois, » fit Severus. « Par contre, rends-nous service Harry, avant de descendre à la cuisine, fait une halte à la salle de bains et n'hésite pas à insister sur les dents. »

« Hahaha, très drôle, » bougonna Harry en se levant.

Il s'arrêta soudain et dévisagea son père.

« Sev'... j'ai rêvé ou je me suis endormi sur la balancelle, entre Sirius et toi ? »

« Tu n'as pas rêvé, » répondit Severus tout en enfilant sa robe.

Le garçon écarquilla les yeux.

« Oh... et lequel a gagné cette fois ? »

« Comment cela ? »

« Et bien, lequel a fini par réussir à faire fuir l'autre ou à lui casser le nez ou, enfin, toutes autres choses ridicules que vous avez coutume de faire. »

« Détrompe-toi. Peut-être que le cabot avait un coup dans la truffe lui aussi, bien qu'il supporte mieux l'alcool que toi, parce que figure-toi que nous avons convenu d'une trêve. Un éclair de génie l'a frappé, lui permettant de réaliser que je tenais vraiment à toi et que je ne souhaitais que ton bonheur. Incroyable, non ? » Le maître des Potions boutonna son dernier bouton avant de se stopper, sourcils froncés. « Effectivement, dit ainsi et avec le recul, ça devait être ça, il devait être rond comme une queue de pelle. »

Harry pouffa devant l'expression. Il adorait quand Severus lançait ainsi quelque phrase d'origine moldue.

« Et dire que je ne m'en souviens même pas ! Mes deux tuteurs qui ne se battent pas, mon rêve depuis six ans et je ne le vois pas... »

« Non, tu as préféré baver sur Sirius... D'un autre côté, je peux te comprendre. »

« Ah bon ? » bondit aussitôt Harry. « Parce que toi aussi, tu baves sur Sirius ? J'en suis très étonné, je ne pensais pas qu'il était à ton goût ! »

Snape haussa un sourcil, puis ses joues se teintèrent de rose alors qu'il comprenait le sous-entendu.

« Quoi ? Espèce de ... ! Sale gosse, va ! »

Harry se mit à rire, il se précipita vers la porte qu'il ouvrit pour descendre les escaliers en hurlant : « Siri' ! Tu ne devineras jamais ce que Sev' vient de m'avouer ! »

« Oh Merlin, » se lamenta Severus.

Il hésita un instant puis se décida finalement à prendre le même chemin.

... ... ...

Harry regardait la mer. Il avait toujours aimé la mer. Les fesses dans le sable, il ferma les yeux pour profiter du soleil en écoutant le bruit des vagues et des oiseaux. Les gouttes d'eau salées finissaient de sécher sur son corps doré. Il était bien, là, tranquille, pendant que les derniers jours de l'été se profilaient à l'horizon. Soudain une ombre apparut devant lui alors que de l'eau l'éclaboussait.

« Siri' ! » protesta-t-il en ouvrant les yeux pour faire face à l'homme qui s'ébrouait devant lui.

« Héhé, arrête de râler, tu vas finir par cramer si tu te mouilles pas un peu ! » L'animagus se jeta à plat ventre sur la serviette posée à côté de Harry. « Au lieu de chouiner, passe-moi donc un peu de potion sur le dos. »

Harry se mit à rire avant de s'asseoir sans plus de cérémonie sur les fesses trempées de son parrain, heureusement cachées par son maillot, afin de lui passer la lotion solaire.

« Alors, pas trop stressé ? » demanda l'Auror une fois que Harry ait eu fini de le tartiner.

« Non, ça va, j'ai encore une semaine pour y réfléchir et puis bon, au pire, je ferai comme ceux avant moi : je prends ma malle, mon balai et je me casse ! »

Sirius ricana un instant avant de reprendre.

« Et sinon, monsieur la chauve-souris en chef t'a-t-elle abreuvé de conseils ? »

« Oui, dont le plus important selon lui : ne surtout, surtout pas te demander quoi que ce soit et ne pas écouter un seul mot que tu me diras à ce sujet ! »

Cette fois, Sirius explosa d'un grand rire franc.

« D'un autre côté, il n'a peut-être pas tort, » reconnu-t-il après s'être calmé. « Quoi que, il ne faut pas oublier que l'éducation d'un enfant ne se limite pas à... de l'éducation stricte, justement. Il faut aussi savoir se détendre, s'amuser. Pas vrai 'Ry ? »

Le garçon, de nouveau allongé sur sa serviette, ne put qu'approuver en hochant vigoureusement de la tête.

« Et tu conviendras que question humour, plaisanterie et amusement... Severus est très loin derrière moi ! Il fait quoi d'ailleurs ? »

« Il a dit qu'il allait préparer à manger. Je n'ai pas trop entendu, j'ai cru comprendre qu'il vantait les bienfaits des légumes verts et du poisson plutôt que des frites et des saucisses. Je ne vois pas du tout de quoi il parlait, » se moqua à son tour Harry, ses yeux verts étincelants de bonheur.

Le jeune homme était heureux. Si on lui avait dit, il y avait de cela un mois, que son parrain et son tuteur accepteraient de passer quelques jours de vacances avec lui, il n'y aurait jamais cru. Qu'en plus de cela, Severus inviterait son plus vieil ennemi chez lui, au cottage, là, c'était carrément de la science-fiction. Ça avait été un Harry plein d'appréhension qui avait vu débarquer chez eux Sirius, persuadé, malgré le week-end précédent où lui et Severus avaient tenu leur promesse suite à sa première – et Merlin en était témoin, dernière ! - cuite, que les deux hommes allaient en venir aux mains au bout d'une heure.

Il s'était lourdement trompé. Certes, ils s'envoyaient encore régulièrement des piques bien senties mais savaient se contrôler et n'étaient plus aussi bassement insultants. Le brun était même persuadé d'avoir vu Severus esquisser un sourire suite à une plaisanterie, pourtant dirigée contre lui, de Sirius. Il avait démenti, mais Harry était sûr de ne pas avoir rêvé. Quant à Sirius, son naturel enjoué avait vite refait pleinement surface.

« Je ne vois pas pourquoi il dit ça, effectivement. Tu crois qu'il a eu du mal à digérer notre repas d'hier ? Pourtant, ce n'était que des choses saines ! Je te l'ai dit, c'est une petite nature ! »

Les deux hommes se sourirent avant de retourner à leur bronzage.

« Harry... » demanda soudain Sirius.

« Oui ? »

« Je sais, mon grand, que ces vacances, tu en rêvais depuis longtemps. Malheureusement, ni Severus ni moi n'avons pu te les offrir avant aujourd'hui. Pourtant... en fait, je m'étonne un peu. C'est vrai, tu as vingt ans, tu as passé tout un mois avec Severus à potasser en vue de ton poste chez les Malfoy, et là que tu aurais pu passer un peu de bon temps avec tes amis, tu as préféré passer tes derniers jours de congé avec tes deux vieux tuteurs. Pas que je m'en plaigne, hein, mais... disons que cela m'étonne. »

Harry ouvrit ses yeux, sans pour autant regarder son parrain. Il comprenait parfaitement ce que Sirius voulait lui dire. Lui-même, au même âge, aurait profité de ces vacances estivales pour sortir s'amuser avec ses amis de son âge. Il aurait fait la fête tous les soirs et serait sorti avec autant de filles qu'il l'aurait pu. D'ailleurs, Harry se dit que c'était certainement ce qu'il avait dû faire en réalité. Quoi que... c'était la guerre, Lily et James allaient être parents... Est-ce que Sirius avait vraiment pu profiter de ses vingt ans ? Il l'ignorait en fin de compte.

S'apercevant que Sirius le dévisageait dans l'attente d'une réponse, Harry se lança.

« Franchement Siri', je préfère être ici. Ron et Hermione sont partis en couple, je n'avais pas franchement envie de tenir la chandelle. Neville, pareil. Il y avait bien Dean, Seamus et les autres mais... Non, j'avais pas vraiment envie. Ils continuent tous la fac l'année prochaine, à part Ron. J'avais pas envie de les entendre radoter là-dessus. Et puis, comme tu le dis, ces vacances-là, avec Sev' et toi, je les attendais depuis si longtemps. Pour rien au monde je ne les aurais ratées. Et je regrette pas mon choix. »

Harry referma ses paupières. Ce qu'il disait n'était pas faux, c'était même l'entière vérité, à un détail près : il avait récemment découvert qu'il ne partageait pas du tout les mêmes goûts en matière de conquêtes que ses amis masculins. L'idée même de jouer dans la même cour (ou presque) que les sœurs Patil, Ginny et Luna le mettait franchement mal à l'aise. Surtout devant Ginny. Non, Harry n'était pas du tout dans l'optique de révéler au grand jour sa potentielle homosexualité.

Pourtant, il se dit que là, il aurait pu aborder la question. Après tout, Sirius venait de lui tendre une magnifique perche. En plus, lui et Severus étaient ensemble, tout se passait bien... Il aurait pu en parler avec eux, un soir. Mais il n'en avait pas le courage. Et puis, en fin de compte il n'était sûr de rien. C'était peut-être normal de tester son propre sexe, d'avoir ce genre d'expériences. Cela ne voulait pas dire à cent pour cent qu'il était gay, non ?

La fin d'après-midi s'étira lentement et quand les derniers rayons du soleil disparurent à l'horizon, une voix amplifiée par un Sonorus résonna dans l'air.

« Black ! Harry ! Vous allez vous décider à venir manger, oui ou non ?! »

« Quelle est donc cette douce et mélodieuse voix de sirène qui nous appelle ? » fit Sirius en ramassant toutefois prestement sa serviette. « Franchement, tu ne m'enlèveras pas de l'idée que ce type est croisé avec un vampire. »

Harry se mit à rire alors que son parrain lui ébouriffait les cheveux. Ils remontèrent tous deux le petit chemin de sable puis de terre qui les menèrent devant la petite maison aux murs blancs. Snape se tenait devant eux, un air agacé sur le visage.

Le jeune homme sourit aux anges. Encore une semaine de bonheur avant de commencer son nouvel emploi.

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À Suivre

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NDA : Non, non, on ne tape pas l'auteur, (Nanola, repose moi ce fouet !) non, on ne le menace pas non plus, on ravale aussi ses larmes de crocodile, cela ne sert à rien. Oui, oui, je sais, je suis une sadique doublée d'une psychopathe (je vais finir par le comprendre à force qu'on me le hurle dessus) : il n'y avait pas la moindre mèche blonde dans ce chapitre. Haut les cœurs, dans le prochain, il y aura du Harry, du Lulu, du Draco et si vous êtes sages, encore un peu de Lulu ;)