NDA : JOYEUX ANNIVERSAIRE NANOLA, JOYEUX ANNIVERSAIRE NANOLA, JOYEUX ANNIIIIIVERSAIRE NANOLA, JOYEUX ANNIVERSAIIIIIIIIREEEEEUUUUUH. La Bichette ayant été très sage, vous pouvez tous déguster son cadeau ! Bonne lecture ^^
Chapitre 7
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Flash-Back
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Été 1994
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Cela faisait maintenant trois jours qu'Albus Dumbledore était venu dans la maison lugubre de Severus. Le jeune Gryffondor devait reconnaître que depuis, l'ambiance chez son professeur de potions s'était légèrement améliorée. Une gêne s'était installée entre eux, mais l'un comme l'autre faisaient des efforts. Et puis, ce n'était que de la gêne, plus de la haine. Oh, ils ne se voyaient toujours pas beaucoup, Harry préférant malgré tout rester dans sa chambre, à s'avancer dans ses devoirs. Oui, parce que la chauve-souris lui avait donné des devoirs d'été.
Harry avait été très étonné que Severus l'autorise à faire de la magie pour s'entraîner à des petits sorts simples qui faisaient partie de son programme de révisions. Le directeur de la maison Serpentard s'était contenté de ricaner lorsque le garçon lui en avait fait la remarque. Après tout, d'après lui, toutes les familles de sorciers de sang-pur, et même certaines de sang-mêlé, ne se privaient pas pour faire progresser leur rejeton durant l'été. Et comme lui avait fait si aimablement remarquer Severus, il était hors de question que Harry ne ramène pas de bonnes notes l'année suivante.
Cette perspective n'avait pas du tout enchanté Harry car cela signifiait que Severus avait donc bien l'intention de le surveiller pendant l'année scolaire. Le jeune Gryffondor avait même frissonné d'horreur quand il avait compris que Snape envisageait de lui donner des cours de rattrapage en potions.
Il s'était aussi demandé si, du coup, Snape voulait que les autres élèves apprennent qu'il était devenu son tuteur. Toutefois, il n'avait pas osé lui poser la question, tout lion qu'il était.
Ils finissaient tous deux leur petit-déjeuner, Severus le nez dans La Gazette, quand un hibou toqua à la fenêtre.
« Tu peux lui ouvrir, s'il te plaît, Harry ? » demanda Snape.
L'adolescent acquiesça en silence avant d'ouvrir au volatil qui se posa de suite sur la table, à côté de la tasse de café du maître des Potions. Ce dernier consentit à enlever le parchemin de la patte de l'animal en poussant un soupir résigné. Le hibou n'attendit pas plus avant de repartir.
Harry regarda son désormais tuteur lire avec une soudaine avidité le parchemin, un petit sourire satisfait étirant peu à peu ses lèvres fines. Il redressa la tête et adressa, à un Harry véritablement surpris, un grand et franc sourire.
« C'est une bonne nouvelle, monsieur ? »
« Oui. Harry, tu ne feras pas tes devoirs ce matin mais tu prépareras ta malle ! »
Harry se sentit pâlir alors qu'il avait le sentiment de se prendre, non pas une simple claque, mais un énorme coup de poing dans le ventre. Severus Snape le renvoyait ? Pourtant, il lui avait promis que non ! Il lui avait dit qu'il s'occuperait de lui ! Où est-ce qu'il allait vivre maintenant ? On ne le renvoyait pas chez les Dursley, tout de même !
« Bien, professeur, » murmura-t-il, le cœur au bord des lèvres.
Snape le regarda, perplexe, avant de tonner :
« Par Merlin, Potter ! Quand est-ce que vous vous déciderez enfin à faire fonctionner votre cerveau et à me faire un minimum confiance ! Il n'est pas question de vous renvoyer ! »
Le Gryffondor ne savait plus s'il devait se mettre en colère face à la réaction de Snape ou soupirer de soulagement. Le fait de penser à être soulagé à l'idée de rester avec Snape lui sembla pour le moins perturbant, alors il décida de ne rien dire, attendant que son professeur cesse de bougonner et lui explique les tenants et aboutissants. Seulement, au bout de cinq bonnes minutes, il n'avait toujours rien dit.
« Monsieur ? » finit par lancer Harry.
« Quoi ? » ronchonna Severus, en tournant une page du magazine.
« Pourquoi je dois faire mes valises, alors ? Je dois tout prendre ? »
Un regard noir surgit de derrière les feuilles.
« Harry, je ne t'ai pas déjà dit que je ne voulais pas être dérangé le matin tant que je n'ai pas fini mon café et mon journal ? »
« Si, mais c'est vous qui avez commencé à me parler ! » protesta le garçon en remontant ses lunettes sur son nez.
« Je suis l'adulte, je te rappelle ! »
« Et alors ? »
« Et alors je n'ai pas à me justifier devant un avorton ! »
« C'est pas juste, ça ! Je veux bien faire ma valise seulement si je sais pas quoi mettre dedans, faudra pas vous plaindre ! » râla Harry en tapant du pied.
« Nom d'un dragon ! Tu vas arrêter ton cinéma, oui ! Comme si... »
« Vous connaissez le cinéma ? » s'étonna Harry, coupant fort impoliment la parole à un Snape furibond.
« Oui, Potter ! Je ne suis pas inculte, moi ! Et la prochaine fois que tu m'interromps de cette façon, je te jure que tu écopes d'une punition ! » Il posa son journal et se leva d'un bond. « Bien, puisque tu es si impatient, tu vas de suite monter dans ta chambre et tu me ramasses toutes tes affaires. Et j'ai bien dit toutes ! Je ne veux plus rien voir qui traîne nul part ! »
« Même à la salle de bains ? » demanda le garçon.
En voyant les joues de Snape se teinter de rose, il tourna les talons et détala prestement.
Sa malle fut faite très rapidement. Après tout, ce n'était pas les effets personnels qui l'étouffaient, malgré ses affaires neuves. Severus lui avait promis de lui acheter des nouveaux habits, ils avaient même feuilleté ensemble un magazine de vente de vêtements par correspondance. Severus avait tenu à payer lui-même les quelques vêtements qu'ils avaient commandés pour le jeune homme. Harry n'avait pas insisté pour le rembourser, le regard furieux de Snape l'ayant convaincu de se taire. Il était prévu qu'ils aillent sur le chemin de Traverse pour compléter sa malle avant la rentrée.
Une fois la malle fermée, la cage de Hedwige propre à ses côtés, Harry s'assit sur son lit et attendit. Il ne lui avait pas fallu longtemps pour comprendre que c'était ainsi que Snape fonctionnait : il lui ordonnait de faire quelque chose, attendait quelques instants et venait ensuite vérifier par lui-même que tout était correct.
Moins de dix minutes plus tard, effectivement, la porte de sa chambre s'ouvrit après un léger frappement dessus. Le maître des Potions entra, vêtu comme quand il était venu chercher Harry chez les Dursley. Le garçon s'étonna de nouveau, bien qu'en silence. Depuis ce jour-là, Snape avait toujours porté sa sempiternelle robe noire.
« Bien, tout est en ordre ? » demanda-t-il.
« Oui, monsieur. »
« Sûr de n'avoir rien oublié ? Ce ne sera pas une fois partis qu'il faudra pleurnicher que tu as oublié ton nounours ou ta brosse à dent. »
« J'ai jamais eu de nounours, » bougonna Harry.
Severus haussa un sourcil mais n'ajouta rien. Il se contenta de lever sa baguette afin de réduire les affaires de Harry avant de les faire tout simplement disparaître sous les yeux éberlués du gamin.
« On y va, » rajouta simplement Severus avant de sortir de la pièce.
Il entendit le gamin le suivre jusqu'au bas des escaliers, où il se figea.
« Monsieur ? Où sont passées toutes les affaires ? » s'exclama Harry avant de se mettre à rougir devant le regard clairement moqueur de Snape.
En effet, que ce soit la cuisine ou le salon, les deux pièces étaient totalement vides. Ne restaient que la peinture écaillée et la tapisserie défraîchie sur les murs.
« Oh, eh bien... envolées, peut-être ? Tu n'aurais pas vu un hibou avec nos meubles sur le dos ? » se moqua Severus.
Devant la mine déconfite du garçon, il ricana avant de lui tendre la main. Alors que Harry la lui prenait avec une certaine réserve, le Serpentard réalisa que si l'air contrit de Harry le faisait rire intérieurement, ce n'était plus du tout pour les mêmes raisons d'il y avait deux mois à peine. À l'époque, cela aurait été pour le plaisir d'avoir mouché le fils Potter, de l'avoir humilié. Là... là, Severus s'avoua, avec quelques difficultés toutefois, que c'était parce qu'il savait qu'il lui faisait une surprise, qu'il espérait belle. Il avait hâte de voir son émerveillement, sa joie. Et, à son intime désespoir, il réalisa aussi qu'il trouvait l'enfant... attendrissant, avec ses joues rouges et son air penaud.
Ils transplanèrent, Harry manquant s'étouffer comme à chaque fois. Il ne savait pas si c'était le fait qu'il ne maîtrisait pas le transplanage et qu'il devait le subir, dans un cas comme dans l'autre, la sensation d'écrasement ne lui plaisait pas du tout.
Alors qu'ils atterrissaient, le maître des Potions veillant discrètement à ce qu'il ne s'effondre pas au sol, Harry fut envahi par un parfum qui lui fit écarquiller de suite les yeux. Un soleil aveuglant l'éblouit tandis que la chaleur de ses rayons lui brûlait délicieusement la peau. Le ciel était d'un joli bleu mais ce que Harry n'arrivait pas à reconnaître était cette odeur, totalement inconnue qui lui chatouillait les narines.
Il releva le menton, se décidant enfin à analyser le paysage. Ils étaient sur un terrain plat, recouvert de verdure, avec une jolie petite maison aux murs blancs qui se cachait jusqu'à présent dans son dos. Un petit chemin en partait pour disparaître plus loin, comme s'il descendait. Alors il devait être en hauteur, mais en hauteur par rapport à quoi ? L'adolescent plissa ses yeux vers l'horizon. Sa bouche s'ouvrit d'un coup en un immense O silencieux alors qu'il découvrait véritablement la raison des deux bleus qui semblaient s'étendre à l'infini. Cette odeur, c'était celle, salée, des embruns.
Il se retourna vers Severus qui, pour la deuxième fois de la journée, lui adressait un grand sourire.
« C'est... C'est... On est à la mer ? » cria Harry d'une voix qu'il jugea lui-même bien trop aiguë.
« Oui, » répondit simplement le directeur de Serpentard.
« Et... Et là c'est... ? » s'étrangla le garçon en montrant la maison.
« Notre nouvelle demeure, oui, » lui confirma Severus. « Viens, Harry. »
Il s'avança sur le chemin, ouvrit la porte en bois clair de l'entrée, faisant découvrir à Harry sa nouvelle maison. À la différence de celle de l'impasse des Tisseurs, celle-ci était de plain pied et disposait de trois belles chambres. Elle était claire, lumineuse, tellement... simple et sereine tout à la fois. En lui ouvrant la porte de la dernière chambre, Harry eut un coup au cœur. Cette dernière était dans des tons de bleus plus ou moins clairs. Une porte fenêtre offrait une magnifique vue sur l'extérieur, avec le ciel qui se confondait avec l'océan, au loin. Un grand lit confortable y siégeait, ainsi qu'un bureau et une armoire assortie.
« Ta nouvelle chambre te plaît ? » demanda Severus.
Le garçon se retourna de nouveau vers son ancien professeur, une étrange boule se formant dans sa gorge.
« C'est pour moi ? Vraiment pour moi ? »
Severus ne profita pas de cet instant de faiblesse chez le fils Potter pour se moquer. Au contraire, il le prit contre lui, dans une douce étreinte.
« Oui, mon garçon, c'est pour toi. Albus m'a fait remarquer que mon ancienne maison ne respirait pas la joie de vivre. Ce n'étaient pas non plus les souvenirs heureux qui m'y retenaient. Je me suis dit que, peut-être, tu aimerais être là, près de la mer. Quand on était enfant, Lily et moi... On s'était dit qu'avoir une maison au bord de mer était un très beau rêve... »
Harry se serra davantage contre le grand corps de son tuteur. Il aimait quand il lui parlait ainsi, avec douceur, et plus encore quand il lui parlait de sa mère.
« C'est magnifique. Merci, merci, monsieur. »
« Je pense que tu pourrais essayer de m'appeler Severus, maintenant, » chuchota Snape tout contre son oreille.
... ... ...
Harry regardait avec un réel ahurissement l'homme devant lui. Non, impossible. Il n'avait pourtant rien bu d'autre que du jus de citrouille et de l'eau depuis ce matin, il n'avait, à sa connaissance, pas mangé le moindre aliment avarié et venait juste de sortir sous le soleil, l'insolation n'était donc pas de mise.
« Tu vas fermer ta bouche, oui ? Je me doute que cela doit être un grand choc pour le pauvre neurone qui te remplit le cerveau mais quand on va se baigner, il est d'usage chez les humains de porter un maillot de bain... Et non, je ne suis pas une chauve-souris ! » scanda Severus, faisant automatiquement refermer la mâchoire au garçon dans un claquement sec.
Parce que oui, ils étaient descendus tous les deux sur la petite plage, en bout du chemin du cottage, pour que Severus donne une leçon de natation au jeune Gryffondor. Ils s'étaient installés depuis deux jours et Severus s'était étonné la veille au dîner que le garçon ne soit pas encore allé piquer une tête dans l'océan. Harry lui avait avoué, du bout des lèvres, qu'il ne savait pas nager. Au mieux, il barbotait. Même s'il avait très envie d'aller se baigner, il avait donc aussi un peu peur des vagues.
Alors ils étaient là, tous les deux, les pieds dans le sable, et Harry ébahit devant le corps dénudé de son professeur honni, seulement vêtu d'un maillot de bain noir et moulant. Lui-même se tenait dans son maillot de bain rouge que Severus lui avait commandé sans rien lui dire, avec les quelques autres vêtements d'été.
Harry baissa rapidement les yeux, les joues rosées. Comment avouer à Snape – Snape, bon sang ! - que non, ce n'était pas la vue du maillot de bain qui l'avait surpris et qu'il ne voulait pas se moquer ni le comparer à une chauve-souris, loin de là.
La vérité ? Son tuteur avait un corps de rêve. Comment Snape pouvait-il avoir un tel corps et pourquoi, surtout pourquoi, le cachait-il sous ses robes ? Comment personne ne s'en était rendu compte ? Quoi que, peut-être que certaines personnes s'en étaient rendu compte, pensa Harry. Non pas qu'il l'attire, oula, certainement pas, simplement à côté de lui, Harry se faisait l'impression d'être une crevette rachitique et anorexique.
« Qu'est-ce qui ne va pas encore, Potter ? » aboya Severus.
« Rien, monsieur, » fit précipitamment le jeune brun, faisant directement hausser un sourcil Snapien.
Malgré ce que lui avait dit Snape, il n'avait toujours pas réussi à l'appeler par son prénom. Ce dernier grommela tout en rentrant dans l'eau. Il se mouilla la nuque, le visage, l'eau lui effleurant son ventre plat et ferme sur lequel apparaissaient des poils noirs comme la nuit. Enfin, il plongea tête la première et fit plusieurs mètres sous l'eau avant de remonter à la surface.
« Bon, Harry, tu attends quoi, là ? J'ai pieds, tu ne risques rien... Où est donc passé le fameux courage de Gryffondor ? » se moqua-t-il alors que Harry n'avait de l'eau que jusqu'aux chevilles.
Piqué au vif, le lion s'avança rapidement, puis, pour faire bonne mesure malgré les frissons dus à la fraîcheur de la mer, il tenta de s'élancer à son tour, bras en avant, la tête prudemment maintenue hors de l'eau. Il fit donc plusieurs brasses maladroites, barbotant, hésitant entre des mouvements de grenouille ou de petit chien.
Severus le regarda faire, retenant difficilement un petit rire. La tête de la grenouille et du chiot !
Alors qu'il se rapprochait comme il pouvait de son tuteur, les vagues lui léchèrent le visage, mouillant ses yeux et son nez. L'une d'elles, plus grosse que les autres, passa par-dessus sa tête, recouvrant les cheveux ébène. Harry se retrouva donc subitement sous l'eau, de l'eau salée qui plus est, qui lui piqua les yeux et les narines. Il eut le réflexe de vouloir reprendre appui sur ses jambes, mais ne toucha pas le sol. Il battit des mains, essayant à la fois de nager, à la verticale, et de s'essuyer le visage. Bien sûr, ce n'était pas du tout une position adaptée. Son corps coula un peu plus, le faisant paniquer alors que de l'eau saline lui rentrait dans le nez et la bouche.
Heureusement, il ne paniqua pas longtemps, des bras forts le rattrapant par la taille. Il se cramponna immédiatement à son sauveur, les bras autour de son cou, les pieds encerclant ses jambes.
« On se calme, Harry, on se calme, c'est rien, je te tiens, »
« J'ai pas pieds, moi ! T'as voulu me noyer ! » hoqueta le garçon en crachant de l'eau bien trop salée à son goût.
Snape ne put s'empêcher de ricaner alors que des yeux de chouette, verts et humides, se fixaient sur lui.
« C'est pas drôle ! » s'exclama Harry.
« Tu dis ça parce que tu ne te vois pas ! Allez, je te tiens, tu risques rien... »
L'homme et le garçon se regardèrent, subitement silencieux. Chacun venaient de prendre réellement compte de la situation dans laquelle ils se trouvaient. D'un côté, Severus Snape, Némésis de Potter senior et junior, tenait dans ses mains ledit junior, tremblotant de froid (non, pas de peur !) qui dépendait de lui afin de garder la tête hors de l'eau, et ce n'était pas qu'une métaphore. De l'autre, Harry Potter, Gryffondor et fier de l'être, s'accrochant telle une moule à son rocher au professeur qu'il haïssait le plus depuis qu'il était en âge d'être scolarisé.
Tenant toujours le garçon contre lui, Severus s'avança un peu plus près du bord.
« C'est bon, tu as pieds, là ? »
« Non, toujours pas. »
« Et là ? »
« Là, oui. »
Il relâcha le gamin qui se recula un peu.
« Tu es vraiment petit... »
« Et alors ? C'est pas de ma faute et... » s'énerva de suite Harry.
« Stop ! À quel moment j'ai dit que c'était de ta faute ? Bien, alors tu arrêtes de jouer à ta banshee et tu écoutes, la leçon commence. »
Harry n'en revenait pas. Sincèrement, il n'arrivait pas à le croire. Comment cet homme, qui était une véritable plaie (l'Égypte n'avait qu'à bien se tenir, elle n'avait jamais subi Snape pendant deux heures de potions) pouvait aussi être un professeur compréhensif et encourageant ?
Il ne l'avait jamais rabaissé, pas une seule minuscule fois. Il lui avait montré les mouvements, l'avait soutenu, une main sous le ventre maigre, l'autre sous le menton, afin que Harry apprenne les mouvements corrects. Il lui avait aussi placé avec délicatesse un masque de plongée pour qu'il mette la tête sous l'eau, Harry refusant obstinément de le faire jusqu'à ce moment. Pire ou mieux, au choix, au bout d'une heure, il avait mis fin à la leçon parce qu'il jugeait que Harry avait trop froid. Il l'avait félicité et, non, il n'avait pas rêvé, il lui avait même ébouriffé les cheveux avec une serviette.
Il allait tomber des pierres plates pendant la nuit, l'inverse ne serait pas possible. Alors qu'il remettait son tee-shirt, Harry sentit le regard noir de son tuteur sur son corps. Il ne dit rien, arrêtant toutefois ses mouvements en une question silencieuse.
« Il faut vraiment que tu te remplumes, » constata Severus. « À partir de demain, je te donnerai des potions et des vitamines, ça ne te fera pas de mal. Et je vais surveiller d'un peu plus près ta courbe de poids et de croissance. »
« Oui, monsieur. »
Les jours suivants s'étaient écoulés paisiblement. Harry mangeait les plats que lui mettait Severus sous le nez, avalait les différentes potions, pas trop infectes pour une fois, prenait ses leçons de natation et finissait ses devoirs d'été. Il songea que c'était sans doute, c'était à peine croyable, les plus belles vacances qu'il avait eues jusque-là. Du moins, en dehors des jours qu'il avait passés au Terrier bien sûr.
Ici, ce n'était pas du tout l'ambiance du Terrier. Snape était véritablement du genre taciturne, il parlait peu et jamais pour ne rien dire. Mais ce calme n'était pas pour déplaire à Harry en fin de compte. Surtout que l'homme ne l'avait plus jamais rabaissé.
Alors que Severus le pesait, le mesurait, lui ordonnait de finir ses légumes, le félicitait pour ses progrès ou le grondait pour ses erreurs dans ses devoirs, Harry sentait à chaque fois un drôle de truc dans sa poitrine. C'était chaud, doux, et ce même lorsque le professeur lui jetait un regard noir ou qu'il devait faire quelque chose qu'il n'aimait pas. Et Merlin en était témoin, il n'aimait pas, mais alors pas du tout, les brocolis. Pourtant c'était bien là, au fond de son cœur, à chaque fois.
Harry comprit un jour que c'était parce que, pour la première fois de sa vie, quelqu'un était là pour lui, vraiment pour lui. Quand il le réalisa pour la toute première fois, il soufflait de toutes ses forces sur les quatorze bougies qui illuminaient son gâteau d'anniversaire, une énorme tarte aux fraises. Dumbledore était présent, Dobby aussi (c'était lui qui avait préparé la pâtisserie) ainsi que Poppy Pomfresh et bien sûr, Severus. Harry s'était étonné de la présence de l'infirmière mais cette dernière avait, semblait-il, été mise dans la confidence du projet de Severus et d'Albus dès le début. Elle l'ausculta d'ailleurs, sous l'œil vigilant du maître des Potions et félicita l'élève et le professeur pour la bonne santé du plus jeune.
Le matin, des hiboux de la part de ses amis lui avaient apporté cartes et cadeaux. Harry auraient bien aimé qu'ils soient tous là le soir pour fêter avec eux son anniversaire, mais apparemment, le fait qu'il soit le pupille de Snape n'était pas encore connu, Dumbledore ne le souhaitant pas. Tous le croyaient encore en train de souffrir entre les mains des Dursley. L'adolescent s'en voulait de leur mentir, ne serait-ce que par omission. Il se demandait également, quand - et comment ! - il allait pouvoir leur dire la vérité.
Cela ne devrait pas tarder car Ron lui avait annoncé une grande nouvelle : il était invité à passer la fin de l'été chez eux, au Terrier. Mieux encore, ils iraient tous ensemble voir la Coupe du Monde de Quidditch !
Severus avait accepté, du bout des lèvres, ronchonnant toutefois qu'il voulait en discuter avec Arthur Weasley d'abord.
Le nez dans son oreiller, le garçon eut un petit sourire. Bientôt, il reverrait les Weasley et Hermione. Bientôt, il assisterait à un grand match de Quidditch ! Par dessus tout, il avait eu droit à un merveilleux été, du moins, jusqu'à présent.
... ... ...
Le jeune Gryffondor était nerveux, très nerveux. Il se rongeait consciencieusement l'ongle de son pouce gauche, ceux de ses index et de son pouce droit ayant été depuis bien longtemps mâchouillés, grignotés, avalés et peut-être même en partie digérés.
Arthur Weasley et Severus Snape avaient échangé moult hiboux depuis quatre jours. Quatre longs jours à attendre avant de savoir combien de temps Harry allait pouvoir rester chez les Weasley. Il avait eu l'accord de son tuteur pour aller à la Coupe du Monde, mais en ce qui concernait les vacances au Terrier, là, cela avait été une autre paire de manche.
Severus ne voulait pas que Harry parte chez les Weasley avant la veille du match et avait exigé qu'il revienne dès le lendemain. Harry avait bien évidement protesté avec vigueur. Ils avaient ainsi connu leur première dispute d'autorité ''parentale''. Et Harry avait été puni.
Dire que le garçon l'avait mal pris serait un euphémisme. Il avait écopé de lignes à faire ainsi qu'un devoir supplémentaire. Il avait aussi été consigné dans sa chambre pour les faire. Severus lui avait même apporté son souper dans cette dernière, posant le plateau sur un coin de son bureau. Il était sorti en avertissant Harry qu'il revenait dans une heure et que le plateau avait intérêt à être vide.
Ce dernier savait que Severus avait informé monsieur Weasley de sa situation, aussi n'avait-il pas hésité, tout à sa fureur, à envoyer Hedwige au patriarche afin de se plaindre et de lui demander d'intercéder en sa faveur. Inutile de préciser que Severus non plus ne l'avait pas bien pris. D'autant que, bien évidemment, le directeur de Poudlard en personne s'en était aussi mêlé.
Harry avait parfaitement compris qu'il valait mieux pour lui se faire le plus discret possible, se contentant d'attendre en silence tout en croisant les doigts.
Au final, tout le monde avait fait un compromis. Harry irait chez les Weasley la veille du match et reviendrait trois jours après. Severus avait été intraitable : il voulait vérifier avec l'adolescent ses affaires pour Poudlard et aller avec lui sur le Chemin de Traverse si besoin était. Harry l'avait appris la veille au soir et depuis, il piaffait d'impatience.
« Cesse donc de te ronger ainsi les ongles, c'est dégoûtant ! » le réprimanda Severus. « Où est passé ta chouette ? Tu as bien nettoyé sa cage avant de partir ? Tu lui as laissé de quoi manger ? Je te préviens qu'il est hors de question que tu te reposes sur moi pour m'occuper de ton stupide volatil ! »
« Elle n'est pas stupide ! Moins qu'Archimède en tout cas ! »
« Archimède est un hibou d'une grande intelligence ! »
« Tsss, quand elle amène La Gazette le matin, elle n'est même pas capable d'atterrir sans renverser mon bol de chocolat ! »
« Ce qui me démontre sans l'ombre d'un doute que ce hibou est travailleur et intelligent, » susurra Severus. « Mais revenons à nos mandragores, où est Hedwige ? »
Harry sursauta, un peu étonné que Snape connaisse le prénom de sa chouette. Il détourna les yeux, n'aimant pas mentir en regardant son tuteur.
« Je l'ai envoyée chez les Weasley. »
« Pourquoi ? »
« Ben... Je voulais pas vous embêter avec elle, et puis, on ne sait jamais, si j'ai besoin de vous contacter... »
Severus l'étudia un moment, ne semblant pas franchement convaincu. Grâce à Merlin, ce fut l'instant que choisit Arthur Weasley pour arriver via la cheminée.
« Bonjour, Severus, Harry, » fit-il de son habituel ton jovial.
« Bonjour, monsieur Weasley, » répondit aimablement Harry en poussant un soupir de soulagement en pensée.
Il ne voulait pas dire à son tuteur qu'il avait écrit une longue lettre hier et que Hedwige était partie pour la livrer... à Sirius.
« Bonjour, Arthur, » grinça Snape tout en continuant de jeter des coups d'œil en coin à son pupille. « Bon, Harry a préparé son sac, mais il ne m'avait pas dit qu'il allait vous encombrer de son oiseau. Si elle vous dérange de trop, n'hésitez pas à me la renvoyer. »
Arthur ouvrit des yeux surpris. Harry, quant à lui, grimaça légèrement. Heureusement, sans aucun doute la force de l'habitude grâce aux jumeaux, monsieur Weasley rentra aussitôt dans le jeu du gamin.
« Pas de problème, Severus, pas de problème, cela ne nous dérange pas et Errol sera content d'avoir un peu de compagnie. »
Après avoir échangé quelques banalités d'usage, le grand rouquin se saisit du gros sac de voyage tout neuf de Harry. Ce dernier se tourna vers son tuteur, un peu gêné. Il n'avait jamais dû se poser la question des au revoir avec les Dursley. Il se tint droit, bien qu'un peu gauche, devant lui.
« Bon... Ben... Au revoir, monsieur, » finit-il par marmonner.
« Au revoir, ne fais pas de bêtises surtout, » répondit l'homme en s'avançant vers lui.
« Oui. »
« S'il y a le moindre problème, tu me le dis de suite, je viendrai te chercher, d'accord ? »
« ... Oui, » balbutia le garçon, l'étrange chose chaude et douce de nouveau au fond de son cœur.
« Harry, sois prudent pendant la Coupe du Monde, tu sais parfaitement que certaines personnes ne te veulent pas du bien... Les anciens Mangemorts semblent donner quelques signes d'agitation en ce moment. Je veux que tu écoutes bien monsieur Weasley. Hors de question d'aller te balader la nuit sans la présence d'un adulte. Tu as bien compris ? »
« Oui, promis, » affirma l'adolescent.
« Bien... dans ce cas, amuse-toi bien. Arthur te ramènera dans quatre jours. »
Harry acquiesça en silence, sans bouger toutefois, une question au bord des lèvres.
« Oui ? » l'aida Severus, un sourcil en l'air.
« Monsieur... Est-ce que... Est-ce que tout le monde sait maintenant que vous êtes... enfin que je suis... »
Le maître des Potions soupira devant le manque d'élocution de son élève et accessoirement pupille.
« Non. Monsieur et madame Weasley sont au courant, c'est normal puisque c'est eux qui vont s'occuper de toi pendant ces cinq jours. Personne d'autre. Si tu ne veux pas leur dire, libre à toi. Nous en avons brièvement discuté avec le professeur Dumbledore hier, au sujet de Poudlard. Les autres professeurs seront informés de ta nouvelle situation, mais cela restera au sein de l'école. Rassuré ? » termina-t-il de façon sarcastique.
Harry se contenta de hausser les épaules. En un sens, oui, il l'était. Il n'avait pas du tout envie que ses camarades se moquent de lui parce qu'il avait comme tuteur la terreur des cachots. Pourtant, une autre partie de lui semblait étrangement déçue.
« Bon, eh bien à dans quatre jours alors... » continua Harry en se dandinant d'un pied sur l'autre, ne sachant quoi faire, le tout sous le regard un brin amusé des deux adultes.
Severus combla l'espace qui les séparait, coupant ainsi court aux questionnements du plus jeune en le prenant brièvement dans ses bras.
« C'est cela, maintenant, file, et sois sage surtout. »
Sans attendre de réponse, il le retourna, le colla dans la cheminée en compagnie d'Arthur où ils disparurent dans une grande gerbe de flammes vertes. Il eut tout juste le temps d'apercevoir l'ombre d'un sourire sur le visage du gamin.
... ... ...
Comme à chaque fois, l'arrivée de Harry au Terrier se fit dans la joie et la bonne humeur. Malgré tout, il y avait une grosse différence cette année, nota Harry.
Elle résidait dans le comportement de monsieur et madame Weasley. Surtout de madame Weasley. Contrairement à son habitude, Molly ne s'était pas exclamée qu'il était trop maigre, qu'il paraissait bien trop fatigué avec ses habituels cernes noirs sous les yeux ou bien qu'il semblait maladif d'une façon générale.
Non, elle se contenta de l'écraser entre ses deux seins pour lui dire bonjour tout en lui indiquant qu'elle avait prévu un gâteau pour fêter son anniversaire, en retard, le soir même.
« Alors, Harry, pas trop dur avec les Dursley ? » lui demanda son ami roux une fois que Harry commençait de s'installer dans sa chambre.
« Non, ça va, ils ont eu peur de Sirius et ils m'ont fiché une paix royale, » mentit Harry, un peu mal à l'aise.
« C'est vrai que tu as une bien meilleur mine que l'été dernier ! » s'exclama Hermione en le détaillant de la tête aux pieds. « Tu es tout bronzé, pas tout pâle avec des coups de soleil comme l'année dernière, et puis, tu as grandi et grossi, ça te va très bien. »
« C'est vrai ? » fit Harry en lui adressant un sourire lumineux.
C'était bien la première fois qu'on lui faisait un compliment sur sa mine après l'été !
« Oui, je t'assure... Tu... tu sembles vraiment en pleine forme. »
Sans cesser de sourire, Harry remonta ses lunettes sur son nez.
« Je me sens en pleine forme. Et puis, on va enfin voir du grand Quidditch ! » s'écria Harry en sautillant partout.
Hermione en profita pour le détailler plus encore, lui, et les habits qu'il avait sortis de son sac.
« Tu as des affaires neuves ? » s'écria-t-elle.
Cela eut le mérite de calmer le brun qui avait entamé une danse de la joie avec Ron.
« Euh... Oui, j'ai... J'ai passé des commandes par correspondance dans un magasin sorcier, il me restait encore quelques Mornilles, » tenta-t-il de se justifier.
Hermione fronça ses sourcils pendant une petite seconde. Elle sembla toutefois se satisfaire de l'explication donnée, au grand soulagement de Harry. Il avait un peu honte de lui, de mentir ainsi à ses meilleurs amis qui s'étaient inquiétés de son sort chez son oncle et sa tante. Malgré tout, il n'avait pas le courage de leur annoncer, comme cela, tout de go, que son nouveau tuteur avait pour nom Severus Snape en personne.
... ... ...
Le jeune Gryffondor avait passé une formidable journée. Tout lui avait semblé si incroyable, si démesuré, si... magique ! Que cela soit le Portoloin, la tente, les supporters, et enfin le match !
Alors qu'il était en train de discuter avec animation en compagnie de Bill, Charlie et Ron, Harry s'était senti excité comme jamais. Il ne pourrait pas s'endormir cette nuit, impossible !
Pourtant, quelques instant plus tard, la fête, la joie et les chants s'étaient transformés en terreur et hurlements.
Les Mangemorts et la marque des Ténèbres les avaient traumatisés.
Maintenant que tout était rentré en ordre et bien qu'il soit plus de trois heures du matin, Harry se tournait et se retournait dans son lit.
Bien sûr, ce n'était pas Voldemort qui avait fait apparaître cette terrible marque, l'ancien Seigneur des Ténèbres pourrissait six pieds sous terre. Pourtant ce soir, ses anciens fidèles étaient là. Pourquoi ? L'esprit de Harry bouillonnait comme jamais. Les paroles de Snape se rappelaient aussi à lui.
L'ancien Mangemort lui avait dit que ses ex-collègues risquaient de se manifester. Severus savait-il où et quand ? Était-ce pour cela qu'il ne voulait pas qu'il vienne ? Dans ce cas, pourquoi avoir fini par accepter ? Il ne l'aurait pas mis délibérément en danger... Si ?
Non, Harry refusait de le croire. Au pire, si ce n'était pas Snape, Dumbledore aurait averti monsieur et madame Weasley. L'angoisse du garçon monta d'un cran. L'idée que Snape ait pu le mettre volontairement en danger le blessait. Bien plus que ce qu'il n'aurait pu l'imaginer d'ailleurs. Il refusait mordicus de le croire.
Repensant à cette terrible nuit, Harry se demanda, tout comme Ron, si le père d'Ethan Rosier était présent dans les rangs des hommes masqués. Sans aucun doute, la réponse était affirmative. Cet arrogant petit crétin gominé l'avait pratiquement admis devant eux.
Harry finit par s'endormir d'un sommeil tourmenté où dans ses rêves, des Elfes de maison faisaient apparaître des têtes de serpent alors que des sorciers masqués riaient en le pointant du doigt. Quand les rires se transformèrent en injures et que tous lui hurlaient qu'il était un monstre, qu'il fallait le punir en raison de sa désobéissance, Harry se mit à gémir dans son sommeil. Les sorciers finirent par enlever leur masque et Harry se réveilla d'un coup, le cœur battant : voir monsieur Croupton, Diggory et Weasley sous ces masques était effrayant, voir Severus Snape lui avait donné envie de hurler, d'autant plus que l'homme s'avançait vers lui en tenant entre ses mains une ceinture qui ressemblait beaucoup trop à celle de son oncle Vernon. Son oncle ne s'en était pas servi souvent, néanmoins, elle avait marqué la mémoire de Harry de façon indélébile.
Après un rapide petit-déjeuner, Ron, Hermione, Ginny, les jumeaux et Arthur se dirigèrent vers les Portoloins. Mais la pagaille était impressionnante. Alors que monsieur Weasley était en train de parlementer avec Basil, le responsable des transports, ils entendirent les voix des trois autres Weasley qui pourtant étaient déjà partis le matin au Terrier en transplanant.
« Bill, Charlie, Percy ? Que faites-vous là ? » demanda Arthur, étonné.
« Papa, il nous a été demandé de... » Bill jeta un rapide coup d'œil vers Harry « ... de revenir le plus vite possible. Maman se fait beaucoup de souci, mais ce n'est pas pour cette raison que nous sommes là. Disons que Harry est attendu. Maintenant. »
Arthur hocha la tête avant de se tourner vers le seul brun présent.
« Harry, tu vas venir avec moi, d'accord ? Je vais te faire transplaner à la maison. Ginny, tu me donnes l'autre main. Fred, tu iras avec Percy, Ron et George avec Bill, Hermione avec Charlie, » organisa-t-il.
Harry avait brusquement pâli tandis que les cinq autres adolescents le dévisageaient avec curiosité. Ron réussit toutefois à s'approcher de lui pour lui chuchoter :
« Harry, tu penses que c'est les Dursley ? Comment ils auraient pu savoir ? »
« Je ne sais pas, Ron, » mentit une nouvelle fois le garçon.
Il savait pertinemment que ce ne pouvait pas être les Dursley, ces derniers ne faisant définitivement plus partie de sa vie. Par contre, un certain maître des Potions en faisait partie désormais. Un maître des Potions particulièrement acariâtre et à qui il avait promis d'être sage, d'obéir à monsieur Weasley et de ne pas faire de bêtises.
Allait-il, tout comme dans son rêve, l'accuser d'avoir désobéi ? D'être responsable de ce qui s'était passé ?
Pourtant, ce n'était pas de sa faute si Hermione et lui avaient perdu de vu les jumeaux et Ginny pendant leur fuite ! Et ce n'était pas de sa faute non plus si l'elfe de monsieur Croupton avait trouvé sa baguette pour faire ensuite apparaître la terrible marque !
Néanmoins, Harry déglutit plus que péniblement. Snape étant Severus (et vice versa) le garçon n'était pas sans ignorer qu'il pouvait être de parfaite mauvaise foi. Sans compter qu'il n'avait pas bien digéré le fait que Harry lui force la main, et ce n'était pas peu dire, pour obtenir quelques jours supplémentaires de vacances chez les Weasley.
Alors que la sensation familière du transplange se faisait ressentir, Harry retint un haut le cœur. Est-ce que Snape allait être vraiment furieux ? Est-ce qu'il allait le punir ?
... ... ...
Ils atterrirent à quelques secondes d'intervalle devant le Terrier, où les attendaient une Molly Weasley inquiète et un Severus Snape furibond. Du moins, ce fut de suite ce que pensa Harry en voyant le regard noir de l'homme sur son auguste petite personne. Il entendit aussi très nettement le glapissement fort peu masculin de Ron qui apercevait son professeur honni.
« Snape ! » s'écrièrent en cœur les jumeaux.
« Professeur Snape, » les rabroua immédiatement l'intéressé alors qu'il s'avançait à grand pas vers le jeune brun.
Harry devint livide, tandis que son rêve revenait en force. Pas de doute, Snape était furieux. Il allait lui dire que tout était de sa faute, qu'il n'était qu'un voyou arrogant et prétentieux, qu'il avait sans doute fait exprès de perdre sa baguette, qu'il l'avait couvert de honte puisqu'à cause de lui, un membre du ministère s'était retrouvé dans une situation embarrassante.
Instinctivement, Harry leva un bras en défense devant son visage pendant que dans le même temps, la main de Severus s'approchait de lui.
« Le touchez pas, sale type ! » hurla Ron.
« Ron ! » s'offusqua sa mère.
Harry ferma les yeux, attendant le coup qui n'allait pas tarder, le cœur étrangement douloureux. Pourtant, la main qui se posa sur son bras nu ne fut pas violente, simplement un peu fraîche. Elle repoussa avec fermeté le bras de Harry, laissant le visage du garçon apparaître.
Severus vit les yeux remplis de crainte derrière les lunettes. De crainte et de... déception ? Il ne s'attarda pas trop longtemps là-dessus, s'attachant à palper le gamin dans tous les sens, vérifiant de sa vue et de son toucher qu'il n'était pas blessé.
Dans le même temps, Molly s'était rapprochée de sa propre progéniture et de Hermione pour faire pareil. Avant que Harry ait pu comprendre ce qui se passait, la femme se jeta ensuite sur les jumeaux en pleurant, les entraînant avec elle dans la maison en leur demandant pardon.
« Comment vas-tu ? Tu as été blessé ? » interrogea Snape sourdement tout en tournant Harry pour passer sa main sur son dos.
Le brun ne répondit pas, trop choqué de se voir ainsi papouiller, devant témoins qui plus est, par la chauve-souris des cachots.
« Harry ! Réponds, nom d'un dragon. Tu as été blessé ? Tu as mal quelque part ? Est-ce que ces imbéciles du ministère ont fait quoi que ce soit ? Des Mangemorts t'ont-ils approché ? » continua Severus d'une voix dure.
« Non... Non, monsieur, tout va bien, je n'ai rien, » balbutia Harry, le rouge aux joues alors que les Weasley regardaient la scène.
Si Molly, qui était revenue, Arthur et les trois aînés ne disaient rien et affichaient une expression au mieux amusée, au pire neutre, ce n'était pas le cas pour les cinq plus jeunes qui écarquillaient des yeux et se tenaient bouche bée.
Severus finit son inspection. Il pinça alors ses lèvres, prit son air des plus mauvais jours et explosa enfin :
« Bon sang, Potter ! Mais on ne peut décidément pas te faire confiance plus de cinq minutes ! Et après on me demande pourquoi je ne voulais pas que tu ailles à cette fichu coupe de crétins sur balais ? J'avais prévenu Albus que les Mangemorts semblaient bien trop joyeux ces derniers temps ! Mais non ! Pourquoi t'es-tu retrouvé mêlé à tout ça, hein ? Tu ne pouvais pas tout simplement obéir et rester dans un coin tranquille ? »
« Mais... »
« Mais non, monsieur Potter n'en fait qu'à sa tête ! Tu pensais quoi ? Que tu pouvais sans doute aller tâter du Mangemort, baguette à la main ? »
« Non ! »
« Ne me coupe pas la parole, espèce de voyou ! Tu devais te mettre à l'abri, à l'abri, mille chaudrons ! Pas te retrouver encore une fois sur le devant de la scène, à quelques mètres à peine d'un fou furieux qui pense que lancer dans le ciel la Marque des Ténèbres est le comble de l'amusement ! »
« Mais j'ai rien fait ! » cria Harry.
« Severus, » intervint alors Arthur, « Je t'assure que Harry ne m'a pas désobéi. »
« Oh, et alors pourquoi était-il tout seul dans ce bois ? Pourquoi sa baguette était entre les mains de cet elfe ? »
« Il n'était pas seul, nous étions avec lui, » le contra alors Hermione, bien qu'un peu tremblante.
« Mais quelle merveilleuse nouvelle, voilà qui change tout ! En effet, pourquoi s'inquiéter alors que le valeureux Harry Potter était en l'admirable compagnie de mademoiselle Je-Sais-Tout Granger et de monsieur Je-Suis-Une-Catastrophe Weasley. Rien ne pouvait donc leur arriver ! »
« Severus, s'il vous plaît, vous ne pensez pas que ces enfants ont eu suffisamment peur ainsi ? Cessez donc de les terroriser avec vos grands airs, » fit Molly, les mains sur les hanches.
« Molly, avec tout le respect que je vous dois, si vous pensez normal que trois enfants se soient retrouvés dans cette situation, ce n'est pas mon cas ! »
« Non, Severus, ce n'est pas que cela soit normal ou non, mais admets que ce n'est pas la faute de Harry. Ils n'ont commis aucune erreur, » rajouta Arthur.
« Si cela doit être la faute de quelqu'un, c'est la mienne, » continua courageusement Hermione. « Je suis tombée. Ron et Harry m'ont simplement attendu. Ensuite, Ethan Rosier nous a insulté et... »
« Et au lieu de l'ignorer, vous avez préféré bavasser ? » la coupa Severus.
« Non, monsieur, on l'a ignoré, et on est allé vers le bois, comme monsieur Weasley nous l'avait demandé. J'avais déjà perdu ma baguette, » précisa Harry.
Le professeur se retourna vers lui.
« Nous en discuterons à la maison. J'ai récupéré tes affaires. On rentre, maintenant. Et tu vas devoir aussi m'expliquer où est ta chouette, puisqu'apparemment elle n'est pas ici. »
Harry devint translucide alors que Ron, Hermione et les jumeaux protestaient dans un joyeux brouhaha.
« Vous avez pas le droit ! » finit pas s'écrier Ron. « Papa, maman ! Il n'a pas le droit de prendre Harry ! »
« Silence ! » tonna Snape. « Harry est mon pupille, je n'ai que trop écouté les avis et conseils des autres. J'ai dit que l'on rentrait, de suite. Harry, dis au revoir. »
Le brun avala avec difficulté sa salive dans le silence désormais pesant.
« Au revoir, monsieur et madame Weasley. Merci beaucoup de votre accueil, » articula-t-il avec difficulté.
Les deux adultes le prirent contre eux pour l'embrasser tout en profitant de l'occasion pour lui murmurer des paroles réconfortantes. Le garçon se dirigea ensuite vers ses amis, s'arrêtant à quelques pas d'eux.
« Je... à bientôt, les gars... »
« Son pupille ? » explosa Ron. « Tu es son... son pupille ? À lui ? »
« Je... »
« Et tu pensais nous le dire quand, hein ? Depuis quand tu vis avec Snape ? » rajouta Ron, les yeux flamboyants de colère.
« Ron, Harry allait nous le dire, j'en suis persuadée, » essaya de tempérer Hermione.
« Ron, je te promets, je voulais vous le dire, après la Coupe du Monde. »
« Harry, j'ai dit, maintenant. Tu t'expliqueras avec tes amis à Poudlard, » décida Severus abruptement.
« Mais... »
« Il suffit ! »
Severus se rapprocha de lui, l'empoigna par le bras et transplana.
Ils arrivèrent directement dans le salon du cottage. Harry se dégagea rapidement de la main de fer de l'homme.
« Vous ne m'avez même pas laissé le temps de m'expliquer ! »
« C'est avec moi que tu dois t'expliquer, jeune homme ! Pourquoi étais-tu seul ? Pourquoi cet elfe avait ta baguette ? »
« Je vous l'ai dit, Hermione et Arthur aussi ! Hermione est tombée et on a perdu de vue Ginny, Fred et George, mais on a obéi à monsieur Weasley et on est allé à l'abri vers le bois. J'avais perdu ma baguette je sais pas quand, j'ai pas fait exprès ! Et on ne savait pas que quelqu'un se cachait à côté de nous pour faire apparaître la marque ! Vous... Vous me croyez jamais de toute façon ! » cria Harry, les larmes perlant à ses yeux. « Et maintenant, Ron me déteste ! »
« Si ton ami te déteste pour si peu, alors c'est qu'il n'en vaut pas la peine, » fit Severus en faisait un geste négligent de sa main.
Harry le dévisagea, dépité.
« Pourquoi vous voulez pas me croire. Pourquoi vous êtes si en colère après moi ? J'ai rien fait de mal, je le jure. Je croyais... pourtant je croyais que nous deux, on avait un peu changé... » murmura-t-il, incroyablement malheureux.
« Harry, je ne suis pas en colère après toi, pas là-dessus en tout cas. Je me suis inquiété pour toi. »
Le gamin eut un léger froncement de sourcil et frémissement des lèvres. Severus comprit pourquoi. Aujourd'hui qu'il savait avec certitude ce qu'avait été le passé du fils de Lily, il se doutait bien que c'était la première fois pour Harry qu'un adulte responsable de lui s'inquiétait de son sort. Il poursuivit toutefois, malgré les grands yeux verts remplis d'une douce reconnaissance qui lui réchauffait assez bizarrement la poitrine.
« Je voudrais bien te croire. Mais je te connais aussi. Non, ne m'interromps pas ! Si, je te connais : tu as le don de toujours te mettre dans des situations désastreuses, la preuve en est faite une nouvelle fois. Je sais aussi que tu es une véritable tête brûlée. Je discuterai tout à l'heure avec Arthur, quand tout le monde sera un peu plus calme. Et pour te croire, Harry, il faudrait aussi que tu sois un peu plus honnête avec moi. Ta chouette n'était pas chez les Weasley. Où est Hedwige ? »
Le jeune Gryffondor détourna ses perles vertes du regard de son tuteur. L'homme était en colère, bien qu'il lui ait dit s'être aussi inquiété pour lui. Harry se mordit les lèvres en prévision de l'avalanche de reproches qui allait fondre sur sa pauvre tête.
« Je... J'ai écrit une lettre de remerciement à Sirius. Il m'avait envoyé une carte pour mon anniversaire. »
Les yeux de nuit se durcirent encore plus si cela était possible.
« Tu as écrit à Sirius ? » susurra Snape d'une vois dangereusement doucereuse.
« Oui... » confirma Harry, un nœud dans le ventre.
« Es-tu inconscient à ce point ? Je t'interdis de correspondre avec Black ! »
« C'est mon parrain ! Il m'aime ! »
« C'est homme est dangereux ! Il ne t'aime pas, il peut te faire du mal ! »
« C'est faux ! C'est vous qui voulez pas me croire, encore une fois ! Si Sirius avait voulu me faire du mal, il aurait pu me tuer dans la cabane hurlante. Alors pourquoi il l'a pas fait, hein ? Je dis la vérité. Pour Sirius et pour hier ! Mais vous, vous voulez jamais me faire confiance ! »
« Tu n'es qu'un enfant ! »
« Et alors ? Je mens pas ! Et puis... Et puis de toute manière, c'est juste parce que vous le détestez ! »
Le garçon se tut, se donnant d'un coup le sentiment d'agir véritablement comme un petit enfant.
« Bon, » soupira Severus. « Maintenant que je sais que tu vas bien, je pense qu'il est préférable que tu ailles dans ta chambre. »
« Je suis puni ? » grimaça Harry. « C'est pas juste, je n'ai rien fait et vous me punissez ! »
« Rien fait ? Tu as écrit une lettre à un criminel en fuite alors que je t'avais interdit d'avoir quelque rapport que ce soit avec lui ! Donc, tu vas dans ta chambre pendant que je réfléchis à tête reposée à ce que je vais bien pouvoir faire de toi. »
Harry ravala les larmes qui menaçaient de s'échapper de ses paupières. Il se dirigea à pas lents vers sa chambre, sans toutefois pouvoir s'empêcher de demander :
« Je pourrais me doucher, avant ? Je n'ai pas pu depuis les événements de cette nuit. »
« Oui, » répondit Severus. « Je viendrai te chercher pour le déjeuner. »
Le garçon ne se donna pas la peine de répondre. Il prit des affaires propres dans son armoire et se laissa aller à libérer sa colère et quelques larmes sous l'eau brûlante. Non, ce n'était pas juste. Même si Snape ne l'avait pas frappé, contrairement à ce qu'il avait cauchemardé, il n'en restait pas moins que le garçon ne pouvait s'enlever ces images de la tête. Snape lui avait dit qu'il était puni en raison du courrier mais il doutait. L'homme s'était peut-être réellement inquiété, toutefois, il était surtout très en colère et comme d'habitude, il se déchargeait sur son dos.
La voix de sa conscience lui disait qu'il reprochait au professeur de potions de ne pas lui faire confiance mais que lui faisait de même. Harry la rejeta avec force. Il ne voulait pas couper les ponts avec Sirius, hors de question. Si pour cela il devait être de mauvaise foi, mentir et désobéir, tant pis, il le ferait.
Severus décolla son oreille de la porte de la salle de bains. Certes, ce n'était pas très correct, mais la fin justifiait les moyens. Il avait parfaitement entendu les cris étouffés de rage du sale gosse, ainsi que des sanglots. Bon. Il profita du fait que Harry était sous le coup de sa punition et qu'il ne penserait pas maintenant à lui désobéir pour pénétrer dans la cheminée. Il devait aller s'expliquer avec les Weasley qui n'avaient pas été fichus d'assurer la protection de son pupille. Après cela, une visite rapide dans le bureau d'Albus s'imposait.
Leurs informations étaient bonnes. Les Mangemorts s'énervaient depuis l'affaire Quirrell et l'évasion de Black. Mais que l'un d'eux soit assez fou pour lancer la Marque des Ténèbres était très inquiétant. Même les Mangemorts n'étaient pas suffisamment inconscients pour faire cela à la légère. Et de ce que Severus en savait, ceux qui faisaient mumuse avec les pauvres Moldus avaient de suite décampé. Non, ce n'était vraiment pas bon signe.
Il revint plusieurs heures plus tard, complètement épuisé, du moins moralement et intellectuellement. Il grogna en avisant l'heure, qui n'avait pas changé depuis son départ du bureau de Dumbledore. 14h00... Et dire que le gamin et lui n'avaient rien avalé depuis bien avant l'aube. Severus s'avança dans la cuisine et cassa rapidement des œufs afin de leur faire une énorme omelette, dans le silence de la maison. Dans le silence vraiment très, silencieux, de la maison.
Severus laissa la fourchette continuer de battre les œufs, programma rapidement la poêle pour qu'elle cuise juste comme il aimait l'omelette (pas trop baveuse mais bien moelleuse) et fila en direction de la chambre du gamin, un horrible pressentiment en tête.
Il ouvrit la porte brutalement, sans même penser à frapper d'abord, un creux dans l'estomac qui n'avait rien à voir avec son appétit mais tout avec sa certitude de trouver la pièce vide. Il rentra comme un fou, les yeux étincelants, faisant pousser un petit cri au garçon qui renversa son encrier sur sa feuille.
Harry eut une brutale décharge d'adrénaline en voyant Snape surgir dans sa chambre, visiblement en proie à une colère noire. Il se redressa de sur sa chaise, la faisant tomber. Qu'est-ce qu'il avait fait ? Il était simplement en train de terminer son devoir de métamorphose, faisant ce que son tuteur lui avait demandé, à savoir finir tous ses devoirs avant la rentrée scolaire, bien sagement, en attendant que Snape vienne le chercher pour déjeuner et lever sa punition. En fait, Harry se trouvait véritablement un modèle d'obéissance depuis qu'il était enfermé là. Depuis donc plusieurs heures, soi-dit en passant.
Pourtant, en cet instant, Harry était à des années lumières de vouloir le faire remarquer à l'homme furibond. Il ne comprenait pas du tout ce qu'il avait bien pu faire pour mériter toute cette colère. Et il avait peur. Peur des derniers mots que son tuteur avait prononcés. Snape lui avait dit qu'il allait réfléchir à ce qu'il allait faire de lui et bien qu'il lui ait garanti plusieurs fois ne pas vouloir le rendre à ses anciens tuteurs, Harry avait toujours cette crainte au fond de son cœur.
D'un coup, alors qu'il se demandait si Severus n'allait pas lui mettre une paire de claques (non méritée) il vit les épaules se décrisper et le visage de l'homme se détendre.
« Tu es là, » souffla Severus.
« Ben... oui, » répondit Harry.
L'homme essaya de reprendre contenance en s'approchant du bureau du garçon, où l'encrier se déversait toujours. Il agita sa baguette, histoire de réparer les dégâts. Harry le regarda, visiblement perplexe, avant qu'il ne comprenne de quoi il s'agissait.
« Vous ! En fait, vous aviez cru que j'étais pas là, pas vrai ? Vous avez cru que je m'étais enfui ou que j'étais tranquillement en train de me baigner peut-être ? » s'écria-t-il, de nouveau en colère.
« Harry... »
« Vous me faites vraiment pas confiance ! »
« Tu désobéis toujours aux ordres ! » éructa Severus.
« C'est faux ! » hurla à son tour le garçon. « Je vous ai obéi ! Hier ! Et aujourd'hui ! Et tous les jours depuis que je suis là ! Mais vous le voyez même pas ! »
Harry croisa ses bras et afficha une moue dégoûtée.
Severus, quant à lui, prit une grande inspiration en se pinçant l'arrête du nez. Bon, il sentait son cœur battre encore durement dans sa poitrine, alors que le stress qu'il avait connu en imaginant la chambre vide s'éloignait. Il avait eu peur, il devait le reconnaître, tout comme il était juste de constater que le gamin lui avait parfaitement obéi.
En fait, ce que disait Harry était vrai. Excepté sa lettre pour Black, il ne l'avait pas défié une seule fois, n'avait jamais réellement contesté son autorité ou ses décisions, si on considérait le fait qu'écrire aux Weasley pour se plaindre n'était pas vraiment un acte d'insoumission. Tout cela en presque deux mois. Un miracle en somme quand on connaissait les Potter.
« Tu as raison, » souffla-t-il enfin, à la grande stupeur du garçon. « C'est vrai, tu m'as obéi lors de la Coupe du Monde, et là encore ce matin. La vérité, c'est que j'ai eu peur pour toi, Harry. »
Cette fois, l'élève fixa son professeur comme si une deuxième tête lui avait poussé.
« Peur ? Vous ? Pour moi ? » ne put-il s'empêcher de s'exclamer.
« Oui, pour toi, stupide Gryffondor. Qu'imagines-tu donc ? Que je ne ressens rien pour toi ? Cela fait presque deux mois que tu vis sous mon toit ! Je suis ton tuteur, Harry ! Quand comprendras-tu enfin ce que cela peut signifier pour un adulte normal, pas comme tes brutes d'oncle et tante ? »
Harry se dandina d'un pied sur l'autre, mal à l'aise et s'ébouriffa les cheveux d'une main maladroite. Severus ne put s'empêcher de sourire en le voyant faire. Maintenant, comme il voyait les différences entre James et lui ! James Potter passait sa main dans les cheveux pour faire son intéressant, d'une façon sûre, arrogante et vaniteuse, là où Harry, lui, ne cherchait qu'à se rassurer et se réconforter par ce même geste.
« Je... Je sais pas. Il me faudra beaucoup de temps, sans doute. J'ai vécu pendant dix ans avec les Dursley et, enfin, je suppose que cela laisse forcément des traces. Et puis, entre toi et moi, c'est récent et... parfois, moi aussi j'ai peur. Peur que tu me laisses, que tu me renvoies chez eux. Je ne veux plus jamais retourner chez eux. » Il leva des yeux suppliants vers son tuteur. « C'est la première fois qu'on s'occupe de moi comme ça. »
Snape sourit et le plaqua contre son torse.
« C'est la première fois que je m'occupe de quelqu'un comme ça aussi. Je ne t'abandonnerai pas, Harry. Allez, viens, allons déjeuner. Ensuite, on pourra aller se baigner si tu veux. »
Le garçon sourit, comprenant que sa punition était levée et que Severus Snape venait de lui faire un petit compliment tout en le rassurant.
... ... ...
Harry dormait mais d'un sommeil agité. Les images de violence de la nuit précédente venant perturber une nouvelle fois son sommeil. De nouveaux, des sorciers masqués le huaient, voulaient le frapper. Avec horreur, non seulement Severus était avec eux, mais aussi tous les Weasley ainsi que Remus, le tout avec la Marque des Ténèbres flottante derrière eux.
L'adolescent se débattait entre ses draps en gémissant, la sueur couvrant peu à peu son corps. Il aperçut dans son rêve Sirius qui se précipitait vers lui, pour l'aider. Mais alors qu'ils s'enlaçaient, des ombres noires, terrifiantes, se mirent à leur tourner autour. Harry vit de loin les sorciers qui riaient désormais, en compagnie de Queudver, des Rosier et de Quirrell. Puis un râle s'éleva dans les airs, une des formes se penchait vers lui, lui tenait la tête d'une main putride alors que Harry voyait une bouche sans lèvres, trou noir sans fin, s'approcher de la sienne, et des yeux vides, recouverts de croûtes, qui le fixaient.
Il hurla.
Dans les secondes suivantes, la lumière de sa chambre s'éclaira et Severus Snape le prit contre lui. Harry tremblait de tous ses membres, pleurant comme un désespéré en se raccrochant à lui.
« Chut, calme-toi, c'est un cauchemar, c'est fini, Harry, c'est fini, » chuchotait son tuteur en lui caressant gentiment les cheveux.
« Non, non, c'est pas fini, ce sera jamais fini, » sanglota le garçon en se blottissant contre lui. « Severus, me laisse pas, s'il te plaît, me laisse pas. »
Severus continua ses caresses et ses paroles douces. Enfin, il finit par s'allonger sur le lit, tenant toujours le fils de son ancien ennemi contre lui. Les larmes de Harry se tarirent, mais Snape ne desserra pas pour autant sa prise. Ils finirent la nuit ainsi, Severus protégeant et rassurant l'enfant de Lily qui dormait dans ses bras.
... ... ...
À suivre
... ... ...
NDA : Dimanche (oui parce que ce chapitre étant un cadeau je posterai AUSSI dimanche, cela mérite bien un petit encouragement pour que je tienne les délais, n'est-ce pas ^^) vous retrouverez la famille Blondie au grand complet et ce pour plusieurs chapitres d'affilés. Attention, ça va bouger ! ;)
En attendant, merci à vous tous pour vos reviews (je rappelle que je réponds à toutes les reviews, y compris celles des anonymes sur le forum), vos mises en alerte ou en favorites, ça me va droit au cœur :)
