NDA : Chapitre qui aurait pu être nommé, ''Tu t'es vu quand tu as bu ? - tome 2''... eh oui, une fois encore, vous allez pouvoir constater les ravages de l'alcool ^^' Bonne lecture.
Chapitre 8
.
Draco – partie 1
.
« Draco, il est l'heure, tu dois te lever. Maintenant, » répéta Harry pour au moins la troisième fois lui semblait-il.
Il était déjà venu dans la chambre de l'enfant afin de le réveiller comme chaque matin depuis maintenant trois semaines qu'il était au manoir. Mais le petit garçon s'était caché sous les couvertures en grognant.
« Draco ! »
« Nan ! Je veux pas, j'ai encore sommeil ! »
« Draco Lucius Malfoy, il est huit heures, nous sommes déjà en retard pour le petit-déjeuner, donc tu te lèves, tu files dans ta salle de bains pour faire un brin de toilette et tu descends. Si tu as sommeil, tu feras une sieste cette après-midi. »
Les draps se retirèrent pour laisser place à une frimousse entourée de cheveux pâles ébouriffés et aux yeux écarquillés d'horreur.
« Une sieste ? Comme les bébés ? Ça va pas la tête ? »
Harry retint un petit sourire victorieux. Tiens donc, le fait de se faire traiter de bébé avait quelques effets sur ''La Teigne''. C'était bon à savoir, même s'il ne fallait pas en abuser.
« Si tu ne veux pas que je te considère comme un bébé, montre-moi que tu n'en es pas un et lève-toi. »
Les yeux bleutés de l'enfant se plissèrent sous la contrariété. Néanmoins, il consentit à descendre du matelas pour se diriger à pas lents à la salle de bains.
« Dracoooo, » râla Harry en voyant la vitesse digne d'un escargot asthmatique du garçon.
« Quoi ? J'obéis, je te ferais dire, » rétorqua le gosse, sa brosse à dents désormais coincée dans sa bouche.
Harry s'exhorta au calme. Il le fallait. Mais il était clair que ce sale marmot prenait de plus en plus de liberté avec lui et surtout, devenait encore plus insolent dans sa façon de lui parler.
Enfin, après encore plus d'un quart d'heure, le bambin, un peu trop humide pour une simple toilette matinale, décida de quitter la salle d'eau pour enlever son pyjama. Au moment d'enlever son pantalon, il prit un air impérieux qui rappelait énormément son père et pointa un petit index volontaire sur Harry.
« Tourne-toi, t'as pas le droit de voir mes fesses, d'abord, et encore moins ma bistouquette. »
Harry, surpris tant par le ton autoritaire que par la demande, finit pas exploser d'un rire bref.
« Tu plaisantes ? Je te rappelle que c'est moi qui t'aide presque tous les soirs à prendre ta douche ! Ce ne sera pas la première fois que je te vois tout nu. »
« C'est pas pareil, là, tu es en train de me regarder et j'aime pas ! C'est mon corps alors tu te tournes ! » exigea le garçonnet.
L'ancien Gryffondor s'empêcha, au prix d'une énorme volonté, de grincer des dents tout en décidant de se retourner. Après tout, l'enfant n'avait pas tort, c'était son corps et s'il ne voulait pas le dévoiler devant son professeur, c'était donc son droit. Harry entendit vaguement le bruit des vêtements, puis plus rien.
« Draco ? C'est bon ? »
Il se permit un bref coup d'œil en arrière, juste le temps pour lui de voir la tête blonde du garçon... sur le pas de la porte de sa chambre, qu'il referma.
« DRACO ! » hurla-t-il.
Il se précipita sur la poignée mais bien sûr, cet espèce de gredin l'avait fermée à clé. Harry sortit prestement sa baguette, faisant s'ouvrir la porte à la volée. Il était dans une colère noire et s'enfuit à la poursuite du gamin qu'il entendait galoper dans les couloirs.
« Draco ! Reviens ici ! »
Peine perdue ! Il le voyait continuer à courir, au détour d'un chemin ou d'un hall, les fesses carrément à l'air.
« Merlin, tu me le payeras tiens, toi et ta fausse pudeur ! » grinça Harry entre ses dents tout en se décidant à accélérer le pas pour se mettre réellement à courir alors que Draco ouvrait une porte.
Il s'engouffra à sa suite tout en criant, sans aucune retenue.
« Draco ! Je te jure que là, tu vas la prendre ! Viens ici, espèce de petite... »
Sa voix mourut d'un coup alors qu'un regard de glace, emplit d'une lueur meurtrière le transperçait sur place. Lucius Malfoy portait contre son cœur son enfant nu qui pleurnichait dans son cou.
« Espèce de quoi ? » murmura-t-il d'un ton si assassin que Harry se recula en déglutissant.
« Euh, votre fils a... »
« Mon fils est nu, avec vous qui lui courrez après ! » s'écria l'homme en reposant le bambin à terre.
Avant même que Harry puisse comprendre ce qui lui arrivait, il se retrouva violemment plaqué contre un mur, une baguette sous la gorge qui pénétrait sa peau.
« Donnez-moi une seule raison, une seule, pour que je ne vous dépèce pas dans les deux prochaines secondes, » murmura froidement l'homme en enserrant sa main autour du cou du brun.
« Je n'ai rien fait ! » s'écria Harry en s'étouffant, comprenant subitement ce que Lucius s'imaginait. « Monsieur Malfoy, je vous promets, je n'ai pas touché à votre fils ! »
Tout en se défendant verbalement, il tentait discrètement de saisir lui aussi sa baguette. Il ne savait pas pourquoi Lucius, sans même tenter de comprendre la situation, réagissait aussi violemment mais son instinct lui disait clairement qu'il était en danger.
Ce fut à la surprise générale que son salut provint de celui-là même qui l'avait plongé dans cette horrible situation.
« Papa ! Non ! C'était une blague ! Juste une blague ! Il ne m'a pas touché, promis ! » s'écria Draco en se faufilant comme il pouvait entre son père et son précepteur.
La voix de l'enfant sembla faire doucement son chemin vers le père, qui peu à peu relâcha sa prise sur la gorge du jeune homme.
Harry retomba sur ses pieds en crachotant alors que son larynx lui brûlait atrocement. Lucius l'avait véritablement à moitié étranglé. Un long silence gêné s'ensuivit que le lord s'obligea à combler.
« Monsieur Potter, Harry, je suis sincèrement désolé. »
Le jeune brun s'obligea à retrouver son calme. Là, en cet instant, il n'avait pourtant qu'une envie, celle de hurler au visage du grand blond qu'il pouvait se mettre ses excuses au... et qu'il pouvait aussi aller se chercher un autre pauvre crétin pour s'occuper de son dégénéré de fils ! Mais il ne le fit pas. D'abord parce que sa gorge n'aurait jamais supporté qu'il se mette à crier, ensuite... Ensuite parce que son regard accrocha celui, gris, de l'homme.
Harry ne savait pas ce qu'il y voyait, cependant, la lueur de folie s'était éteinte. La curiosité remplaça rapidement la colère dans l'esprit chauffé à blanc de Harry. Pourquoi Lucius avait-il réagi aussi brutalement ? Lui qui semblait toujours garder son flegme avait clairement pété les plombs. Cela ne lui ressemblait absolument pas. Il se pencha vers l'autre blond dans la pièce alors que ce dernier se pendait à ses robes. Draco semblait avoir quant à lui réalisé que sa plaisanterie avait failli dégénérer en drame.
« Harry, je suis désolé, pardon. Je vais aller m'habiller tout de suite. »
Sans attendre de réponse, il détala comme un lapin.
« Est-ce que vous allez bien ? Tenez, un verre d'eau, » proposa aimablement Lucius en entraînant Harry vers la table.
En le regardant, le jeune homme compris que cette peste de Draco l'avait emmené dans la salle du petit-déjeuner. Il accepta le verre d'eau qu'il but lentement, permettant au liquide froid d'apaiser sa gorge.
« Encore une fois, je m'excuse, monsieur Potter. J'ai perdu mon sang froid. Quand j'ai vu Draco entrer comme un fou, nu, et vous derrière, j'ai cru... Je suis sincèrement navré, j'aurai dû me contrôler et me rappeler à qui j'avais affaire... Pour vous comme pour lui, d'ailleurs... »
Harry, qui avait repris le contrôle de lui-même, soupira avant de répondre d'une voix un peu croassante.
« C'est du passé. L'essentiel, c'est que Draco se soit rendu compte de sa bêtise. Je ne suis pas père, je ne peux donc pas juger votre réaction, ni selon votre point de vue. Peut-être aurais-je fait de même si j'avais cru qu'un homme avait profité de sa situation pour agresser mon enfant. Très certainement, même. »
Le regard de Lucius s'adoucit. Harry ne put s'empêcher de trouver l'homme émouvant (non, il ne voulait pas penser ''beau'') en cet instant.
« Merci pour votre compréhension. Merci beaucoup, Harry. »
Ils s'assirent tous les deux à table afin de déjeuner, vite rejoints par un Draco parfaitement habillé.
Harry ne comprenait pas pourquoi le fait que Lucius l'ait appelé « Harry » deux fois lui donnait de telles bouffées de chaleur. Draco l'appelait ainsi depuis une semaine, à la demande du professeur. Il avait fini par ressentir une gêne à force d'être appelé monsieur ou professeur par un enfant que l'on lave et que l'on aide à s'essuyer le nez. C'était donc bien différent avec Lucius puisque ni l'un ni l'autre ne partageaient ce genre d'activité. Alors qu'il mangeait un croissant, le jeune homme se sentit rougir d'une façon à la fois stupide et incongrue. Il s'obligea à chasser l'image mentale responsable de son état, à savoir Lucius et lui partageant un bain. Heureusement, aucun des deux Malfoy n'avaient remarqué son trouble.
Une fois la dernière goutte de thé ou chocolat avalée, Harry se tourna vers son élève, la mine sévère.
« Bien, monsieur. Il me semble que nous allons devoir mettre certaines choses au clair. Au vu de ton comportement de ce matin, tu vas commencer ta journée de classe par une punition. Si tu prends trop de temps pour la faire, et au regard de notre incroyable retard de ce matin je te le déconseille, tu finiras tout ce que l'on n'aura pas eu le temps de faire ce matin cette après-midi, sur ton temps de repos. »
Draco commença à ouvrir la bouche pour protester avant de le refermer subitement. Tant pis pour sa séance de vol prévu aujourd'hui, même lui admettait qu'il avait dépassé les bornes.
Ce fut au final une bonne journée pour Harry. Le gamin lui avait fichu une paix royale et Lucius avait été aux petits soins pour lui. Malheureusement, cela ne dura pas et ''La Peste'' redevint ''Le Cancrelat'' dès le lendemain. Pourtant, à la fin de cette semaine, Harry n'arrivait pas à considérer cette dernière comme un fiasco complet. Et ce pour une raison qu'il n'arrivait pas, sans trop savoir pourquoi, à juger stupide.
Depuis l'accident du lundi, Lucius l'appelait toujours ''Harry''.
... ... ...
Il était plus de vingt-trois heures, en ce dimanche soir, quand Harry pénétra en titubant dans le hall de l'entrée du Manoir.
Effectivement, il était plus que tard, mais le jeune homme s'en fichait comme de son premier balai. Non, à la réflexion, il tenait beaucoup à son premier balai, il s'en fichait donc comme de son dernier cadeau de Noël des Dursley, à savoir un coton-tige si ses souvenirs étaient bons. Et s'ils ne l'étaient pas, il s'en moquait encore plus !
Harry ricana alors qu'il s'approchait des escaliers. La fête pour l'anniversaire de Hermione avait été grandiose ! Vingt-quatre heures non-stop de folies, danses, nourritures et boissons. Sa meilleure amie avait fêté ses vingt-et-un ans avec une grosse semaine de retard, en raison de l'absence de Neville le week-end suivant le 19 septembre.
Mais bon sang, quelle fête !
Qu'est-ce que cela lui avait fait du bien de pouvoir se lâcher, entouré de ses amis, abandonnant son rôle de professeur pour l'occasion. Il en venait à comprendre Severus et surtout, à le plaindre.
La main sur la rambarde, l'ancien Gryffondor commença à gravir les marches, un sourire niais étalé sur son visage. Il ne supportait toujours pas l'alcool et avait fait attention, selon lui, à ne pas trop en abuser. L'important résidant dans les mots ''trop'' et surtout ''selon lui''.
Tout en fredonnant le dernier air qu'il avait entendu avant de partir, il finit de monter les escaliers quand il tomba, littéralement, ses pieds décidant de rater la dernière marche.
« Oh, merde ! » s'exclama-t-il en mettant ses deux mains en avant.
À sa surprise, il ne s'effondra pas sur le sol dur mais s'étala dans les bras de son employeur. Il releva la tête, surpris, le nez dans les cheveux blonds et fins.
« Oh, b'soir, m'sieur Malfoy. Z'ettes pas couché ? » bredouilla-t-il.
« Bonsoir, Harry. Vous rentrez bien tard... » fit le lord en fronçant ses sourcils.
« Ouuiiiii, c'était une super fête ! 'Me suis é.cla.té ! »
« Je vois... » murmura Lucius en le remettant sur ses pieds. « Vous êtes alcoolisé, monsieur Potter ? »
« Mouâ ? Boooâaa... Nannn. J'ai juste bu un tout petit, petit, peu, » répondit Harry en montrant ses doigts. « Pas plus que ça... Ze supporte pas l'alcool. Si z'bois trop, après, Severus, il est pas content. »
Là-dessus, il se mit à rire, trouvant sans doute à sa réflexion un effet comique qui échappa complètement à Lucius.
D'un coup, Harry cligna des yeux et sembla se reprendre.
« Pourquoi... pourquoi vous m'avez appelé ''m'sieur Potter'' ? Moi z'aime mieux quand vous dîtes ''Harry''... » se plaignit-il.
Lucius eut un petit sourire un coin.
« Oh ? Vraiment ? »
« Ouiiii. Ze suis pas saoul, vous savez ? Et pis c'est mon jour de congé... Z'ai bien le droit de faire la fête pendant mon week-end, hein, Lucius ? »
Il se pencha vers le lord et lui dit sur le ton de la confidence.
« Vous savez, z'ai toujours rêvé de vous z'appeler Lucius. Enfin, pas toujours, mais, là, depuis que vous avez failli me tuer, z'en ai envie. Z'êtes effrayant quand vous voulez, vous le savez ? »
« On a déjà évoqué cet aspect de ma personnalité, effectivement, » confirma Lucius sans cesser de sourire.
Il passa son bras sur la taille de Harry et le guida vers ses appartements, mine de rien.
« Alors qu'en fait, quand vous voulez aussi, hein, vous pouvez... Enfin, z'êtes différent, quoi. »
« Tiens donc ? »
« Oui ! » s'exclama Harry. « Et puis... On vous a dézà dit que vous avez de beaux yeux ? »
Lucius retint difficilement un rire de s'échapper de sa bouche alors qu'il pénétrait dans la chambre de son employé.
« Eh bien, il s'avère que oui. Les gens semblent aussi fascinés par mes cheveux. Vous en pensez quoi, vous, Harry ? » dit-il en insistant lourdement sur le prénom.
Le Gryffondor le regarda, un brin étonné. Il papillonna de nouveau des yeux, réfléchissant un temps.
« Ben... Je les trouve très, très, beaux aussi... »
Il hésita, semblant reprendre un peu ses esprits.
« Je... Oula... je crois que je suis très fatigué, en fait. »
« Il semblerait qu'une bonne nuit de sommeil soit une option à envisager, en effet. »
« Je... Je suis désolé... »
Harry semblait un peu perdu. Il enleva ses lunettes et se frotta les yeux.
« Je vous laisse vous reposer. Demain, je demanderai à Hyde de vous apporter une potion pour éviter tout problème, » proposa Lucius.
Harry le regarda tout en acquiesçant.
« Bonne nuit, Harry. »
« Bonne nuit... »
Le lord sourit et baissa son visage tout en chuchotant à son oreille.
« Confidence pour confidence, je trouve moi aussi que vous avez des yeux magnifiques. »
Il se recula et sans rien ajouter, referma la porte.
Harry resta un instant les bras ballants. Au bout de deux minutes, il se secoua et sans plus de cérémonie, s'écroula sur son lit tout habillé où il se mit à ronfler.
Le lendemain matin, ce fut un Harry avec encore les cheveux humides de sa douche qui se présenta à la table du petit-déjeuner en compagnie de Draco. Lucius était déjà attablé, La Gazette du Sorcier étalée devant lui. Après un bonjour respectif poli de la part des trois personnes, Harry et l'enfant se mirent à table également.
Le jeune précepteur se servit immédiatement une tasse de café, noir. Il n'aimait pas le café, mais au vu de la fanfare qui jouait dans son crâne, il lui en fallait un bon mug, voire même un seau entier. Il jeta en grimaçant trois sucres dans le récipient en porcelaine et entreprit de touiller le tout, une main sur le front.
« Eh bien, eh bien, » fit la voix nettement moqueuse de Lucius.
Harry redressa le nez pour tomber dans les iris clairs qui étaient aussi narquois que la voix. Il se ressaisit immédiatement. Flûte, son maintien n'était pas du tout adapté à son statut, il en convenait. Par contre, le geste un peu vif causa un regain de trompettes et de timbales dans son cerveau douloureux. Il ne put retenir un sourd gémissement. Ce dernier fit s'étirer les lèvres de Lucius en un petit sourire.
Harry regarda son employeur, un peu perplexe. Un certain malaise fondit sur lui alors qu'il admirait, euh, non, regardait les yeux gris focalisés sur lui. Pourquoi cela le mettait-il aussi mal à l'aise, subitement ?
« Dois-je conclure de cette charmante grimace et de ce non moins charmant petit cri que Hyde ne vous a pas donné votre potion... Harry ? » susurra l'homme en faisant chanter le prénom sur sa langue.
Pour le coup, l'intéressé piqua un véritable fard qu'il ne s'expliqua pas mais qu'il mit sur le compte de sa brutale prise de conscience : Lucius l'avait-il vu la veille légèrement éméché ? Il lui sembla d'un coup que oui. Pour une obscure raison, cela ne lui plut pas beaucoup.
Ce n'était pas parce que son patron l'avait vu dans cet état d'ébriété qu'il était contrarié, alors qu'il l'aurait dû, en vérité. Non, il avait le sentiment étrange que quelque chose d'important lui échappait. D'important et de... compromettant ? Il déglutit péniblement, ses joues reprenant une teinte moins voyante tandis que le sourire de Lucius s'élargissait davantage.
« Hyde ! » appela l'aristocrate.
L'elfe grincheux apparut aussitôt, son nez crochu touchant le sol comme à chaque fois qu'il s'inclinait devant le sorcier.
« Maître ? » bêla-t-il de sa voix de crécelle rouillée.
« La potion de Harry, maintenant ! » ordonna Lucius.
Cette fois, le jeune sorcier se sentit vraiment mal. Il était inquiet en raison de la lueur étrange qui éclairait les incroyables perles grises en face de lui... enfin, les yeux de Lucius, se reprit-il une nouvelle fois mentalement.
Une potion posée devant lui avec violence le fit sursauter. Il eut à peine le temps de surprendre le regard agacé de Hyde que ce dernier avait déjà disparu. Son mal de crâne le relançant de nouveau violemment, il saisit la fiole.
« Merci beaucoup, lord Malfoy, » murmura-t-il en l'avalant d'un seul coup.
Lucius haussa l'un de ses sourcils d'or, ses yeux se mirent à briller.
« Oh ? Lord Malfoy ? Vraiment, Harry, je suis si désappointé. Vous ne voulez plus m'appeler Lucius ? Moi qui pensais que mon prénom vous plaisait au moins autant que mes yeux, quelle cruelle déception... » roucoula le sorcier.
Draco écarquilla ses yeux bleutés alors que Harry s'étranglait avec sa propre salive, sa potion étant déjà avalée avant la fin de la phrase de Lucius. Il se figea de pure horreur tandis que, d'accord, les idiots qui jouaient de la musique dans sa tête remballaient enfin leurs instruments de tortures, mais que les souvenirs de sa soirée devenaient aussi limpides que de l'eau de source. Tous ses souvenirs.
« Oh, Merlin, » couina le jeune homme aux cheveux noirs. « Pitié, je n'ai pas réellement dit tout ce que je pense vous avoir dit, si ? »
Devant les yeux ébahis de son fils, lord Lucius Malfoy éclata de rire.
... ... ...
Mortifié. Il était mortifié.
Son petit-déjeuner lui était resté sur l'estomac, comme c'était curieux. Il n'avait rien pu avaler non plus au déjeuner. Pire ou mieux, au choix, les pitreries de Draco le laissaient totalement de marbre. Ce dernier avait d'ailleurs bien du mal à s'en remettre.
Certes, Lucius avait eu pitié de lui, du moins c'était comme cela que Harry voyait les choses. Il lui avait assuré, tout en mangeant avec grâce un muffin aux myrtilles, que cela ne le dérangeait pas le moins du monde que Harry le nomme par son prénom. Harry était, après tout, le fils de son meilleur ami et parrain de son propre fils. Quand bien même ils entretenaient des rapports purement professionnels pour le moment, ils pouvaient donc se permettre cette familiarité. Et puis, avait conclu Lucius avant de mettre une bouchée de pâte dorée dans sa bouche, leurs liens ne pouvaient qu'évoluer maintenant qu'ils se connaissaient. Même le jour où Harry cesserait d'être le précepteur de Draco, ils continueraient de se fréquenter.
Harry avait eu une subite montée de combustion interne face à ces mots. D'autant que Lucius semblait littéralement se délecter de certains termes particulièrement bien choisis. À moins que ce ne soit mal choisis ? Harry ne savait plus, il était perdu. Mais entendre Lucius Malfoy prononcer rapport, liens, évoluer ou fréquenter comme si les mots étaient enrobés de miel était plus que perturbant.
La journée de travail de Draco était finie depuis longtemps, Harry avait surveillé toute la soirée d'un œil distrait le garçonnet qui jouait avec des figurines d'animaux. Lui aussi avait été perturbé par les propos de son père. Toutefois, pas pour les mêmes raisons. Il semblait furieux de la soudaine familiarité qui s'instauraient entre les deux adultes. Ajouté à cela le fait qu'il ne supportait toujours pas de devoir partager son parrain avec un soi-disant fils et le tableau était complet.
Le soir, ce fut Lucius qui s'occupa seul du coucher de son enfant, seul. Ceci n'avait rien d'extraordinaire, songea Harry tout en enlevant sa robe avant de se mettre au lit. L'aristocrate était de toute façon toujours présent pour ce moment, au moins pour un bisous et un câlin avant l'extinction des feux. Même si souvent, il laissait à Harry la lourde tâche de veiller à la toilette du soir et à la mise en pyjama du bambin.
Il soupira, ses lunettes posées à côté de lui sur sa table de chevet, la tête bien calée dans ses oreillers.
« Bon, ça aurait pu être pire, il aurait pu te renvoyer. Et là, amuse-toi pour en expliquer les raisons à ton cher et tendre paternel... » chuchota Harry pour lui-même.
... ... ...
Comme Harry l'avait prédit, Draco fut aussi infâme qu'à l'accoutumée les deux semaines suivantes. Il n'arrivait visiblement pas à digérer que son père s'entende aussi bien avec son précepteur. C'était à l'évidence une grande première dans la jeune vie du petit lord qui le prenait comme un camouflet personnel. Étrangement et a contrario, le fait de voir et sentir Lucius le soutenir allégeait considérablement la charge de Harry qui arriva donc à supporter le pourtant insupportable petit blond durant cette période.
Néanmoins, cet état de grâce subit un cruel revers lors de la troisième semaine qui suivit l'autorisation de Lucius pour que Harry l'appelle par son prénom.
Le matin, ce dernier avait félicité Harry qui était au manoir Malfoy depuis presque deux mois, battant ainsi le ''record'' de deux des huit précédents professeurs de son fils. Si Harry en sourit avec Lucius, non sans oublier de remarquer au passage que le lord était vraiment mignon lorsqu'il était ainsi, ce ne fut pas du tout le cas de Draco qui en renversa son chocolat par terre.
Harry fronça ses sourcils mais ne dit rien, tandis que Lucius, d'un geste souple de sa baguette, réparait les dégâts. L'ancien Gryffondor était persuadé que cette chute soi-disant accidentelle d'après l'enfant ne l'était absolument pas. Le regard sombre que lui jeta le garnement finit par le convaincre qu'il avait raison.
« Draco, ouvre ton livre de lecture, page 38, » ordonna gentiment Harry alors qu'ils entraient dans la salle de classe.
« Non, » chantonna le petit garçon en se dirigeant non pas vers son pupitre, mais vers le chevalet installé au fond de la classe. « Je n'ai pas fini ma peinture hier, je veux la terminer maintenant. La lecture attendra. »
Harry le regarda marcher d'un pas décidé vers sa peinture et enfiler la blouse qu'il mettait toujours avant de faire une activité aussi salissante.
« Je ne crois pas, jeune homme. Ta peinture attendra cette après-midi. Tu reviens à ta place et tu ouvres ton livre, page 38, » dit-il un peu moins gentiment.
« J'ai dit : non. Je n'ai pas du tout envie de lire ce livre idiot. En plus, j'ai déjà lu la page 38 vendredi dernier. Et l'histoire était complètement idiote. Peut-être que si mon idiot de professeur ne passait pas tout son petit-déjeuner à boire les paroles de mon père plutôt que son thé et arrêtait aussi de le regarder comme un idiot qu'il est, il s'en souviendrait. »
Harry encaissa les propos de l'enfant comme s'ils étaient des coups. Il en resta coi pendant quelques secondes, à la satisfaction visible de Draco qui afficha un petit sourire narquois, le faisant ainsi terriblement ressembler à Malfoy senior.
À cette vision, Harry se secoua les puces. D'accord, visiblement Draco n'acceptait pas du tout le rapprochement purement amicale entre les deux adultes. Mais là, tout de suite, Harry s'en moquait éperdument. Il était atrocement vexé. Il ne buvait pas les paroles de Lucius et l'admirait encore moins ! Il sentit la colère l'envahir.
« Draco Malfoy, j'exige des excuses, immédiatement ! De quel droit me parles-tu sur ce ton ? Et je veux que tu reviennes à ta place. »
« Non, » s'entêta le garçonnet en croisant ses bras.
« Très bien. Sache, jeune homme, qu'il est hors de question que je tolère ce genre d'insultes ! Il est inacceptable que tu me traites d'idiot, moi ou un autre adulte qui s'occupe de toi. Tu as huit ans et tu dois le respect à ton père et à ton professeur. D'autre part, bien que je n'ai absolument pas à me justifier, laisse-moi te dire que l'enfant que tu es doit s'occuper de son propre breuvage le matin, pas de la discussion que ces deux mêmes adultes peuvent avoir et qui ne le regarde en rien. J'exige que tu reviennes de suite et que tu me présentes des excuses, dernier avertissement. »
« L'enfant de huit ans vous dit merde, professeur, » lança l'effronté, les yeux brillants de colère.
Cette fois, Harry vit rouge. Avant même de pouvoir réellement savoir ce qu'il faisait, il lança un sort au garçon qui hurla en se retrouvant à flotter à quelques centimètres du sol et vola jusqu'à Harry. Malgré les hurlements, le brun empoigna à bras le corps l'enfant toujours gigotant en l'air pour l'entraîner de l'autre côté, vers le lavabo.
« Tu connais bien ton parrain, Draco ? Parce que tu vois, j'ai appris une chose très intéressante de sa part que je pense que tu ignores. Mon cher papa m'a appris la politesse, le respect et aussi qu'il ne fallait jamais, jamais dire de grossièreté à son professeur. Il est temps que tu apprennes toi aussi cette leçon. »
D'un geste de baguette, il fit apparaître une brosse, plus grosse qu'une simple brosse à dents mais suffisamment petite pour pouvoir rentrer dans une bouche mal polie de huit ans. Un énorme savon apparut également qui se trempa de lui-même sous le robinet ouvert par Harry. La brosse s'empressa alors de le frotter avec énergie. Une fois bien recouverte de substance gluante et mousseuse, Harry s'en empara et la fourra sans ménagement entre les lèvres roses de Draco qui hurlait toujours, inconscient du danger qu'il y avait à laisser ainsi sa bouche ouverte.
Le petit garçon se mit à se débattre furieusement, ses cris montèrent d'un ton mais Harry ne cessa pas de le maintenir tout en lui lavant la bouche avec le savon amer.
« Sache que tant que tu te débats, tant que tu hurles ce que je considérerais comme des insanités, cette brosse restera dans ta bouche. Est-ce que c'est clair ! » cria Harry.
L'enfant ne se calma pourtant pas avant de longues secondes. Finalement, il s'avoua vaincu et cessa tous mouvements et paroles. Harry cessa donc son récurage en règle en le remettant enfin sur ses pieds.
« Rince-toi la bouche ! »
Draco s'empressa de prendre un grand verre d'eau pour cracher l'eau mousseuse dans l'évier. Il eut aussi un petit haut-le-cœur alors qu'il remplissait son deuxième verre.
Lorsque Draco se retourna, Harry se sentit légèrement coupable. Il n'était visiblement pas aussi sévère que Snape. La vision des joues humides et des yeux larmoyants lui fit regretter son geste. Pourtant, la lueur de colère brute dans les yeux bleus lui redonna le courage nécessaire pour ne pas prendre l'enfant dans ses bras et pour continuer sa leçon de discipline.
« J'attends des excuses. »
« Je m'excuse, professeur, » fit Draco.
« Retourne à ta table, page 38. Je veux que tu relises à voix haute le texte. Ensuite, tu copieras sur ton cahier du jour toutes les phrases interrogatives. Tu souligneras en rouge les verbes et en bleu les sujets. Exécution. »
Ils retournèrent s'asseoir en silence. Alors qu'il se tournait vers son élève, Harry aperçut de nouveau l'éclat de colère dans les yeux enfantins.
« Et, Draco... Tu pourras remercier ton parrain pour la leçon que je t'ai donnée. Après tout, c'est lui qui a inventé cette punition, il est logique que les éloges lui reviennent. Ne te trompe pas, ce n'est pas une simple suggestion, mais bien un ordre. Je demanderai à mon père si tu m'as obéi, n'en doute pas une seule seconde. »
Il vit distinctement les jointures des doigts de l'enfant blanchir alors qu'il serrait avec force sa plume. Harry prit lui-même un livre, histoire de faire semblant de lire pendant que la voix claire de Draco se mettait à résonner dans la salle.
Il avait un peu honte de sa réaction. Sans doute le fait de fréquenter des Serpentard n'était pas bon pour son courage. Ni son humilité. Il avait été vexé par ce que Draco avait dit. Alors d'accord, l'enfant méritait une punition et c'était tout à fait exact que Snape lui avait fait subir la même chose. Mais pourquoi avoir enfoncé le couteau dans la plaie en lui rappelant que Severus était légalement son père ? Il savait pertinemment que cela était difficile à accepter pour Draco. Non, quand bien même l'enfant l'avait blessé en insinuant qu'il regardait Lucius de façon inappropriée, il n'avait pas à se venger ainsi. Il était l'adulte. Mal à l'aise, Harry regarda son élève qui avait fini sa lecture. Il travaillait désormais sagement, la plume crissant légèrement sur le parchemin.
Harry soupira doucement. En vérité, les propos de Draco l'avaient blessé plus que de raison. Avec honnêteté, Harry se demanda si c'était normal. Peut-être... peut-être qu'ils l'avaient heurté parce qu'ils contenaient une certaine forme de vérité ? Son malaise augmenta mais il n'avait plus rien à voir avec le petit blond en face de lui.
Après cet épisode, Draco trouva plus sûr de ne pas faire d'autres esclandres. Mais il n'adressa plus la parole à son précepteur sauf pour le strict nécessaire, répondant par monosyllabe la plupart du temps. Ce nouveau Draco, bien que reposant au début, finit par saper le moral du jeune homme. Il fallait dire que l'arrivée de la date fatidique du 31 octobre n'y était pas non plus étrangère.
Il voyait arriver ce jour avec l'habituel sentiment de tristesse et d'angoisse qui l'habitait. C'était un jour douloureux, pour lui, Sirius et Severus. Pourtant, là encore, il n'avait jamais réussi à faire en sorte qu'ils le passent tous les trois ensemble. Peut-être que cette année serait différente ? Il n'avait pas informé Lucius qu'il serait absent ce jour-là. Après tout, c'était désormais un jour férié pour le monde sorcier.
Harry devint donc morose. Lucius tout comme Draco s'en rendirent compte. Si l'un en fut enchanté, persuadé que c'était à cause de son comportement détestable, l'autre en revanche s'interrogea, voire même, s'inquiéta.
L'arrivée d'un hibou aux plumes noires comme la nuit en cette matinée du 30 octobre permit toutefois à Lucius de comprendre le pourquoi du mal-être de son employé, bien qu'il s'en doutait. Le jeune homme avait tiqué en voyant le volatil puis s'était empressé de récupérer la missive accrochée à sa patte. Alors qu'il la lisait, il se rembrunit encore plus avant de la plier et de la glisser dans l'une de ses poches.
« De mauvaises nouvelles, Harry ? » s'enquit Lucius, faisant redresser l'adorable nez pointu de son fils qui était plongé dans ses œufs brouillés.
« En quelque sorte, » murmura le brun.
« Pas trop grave, j'espère ? » demanda Lucius après une demi-minute de silence.
« Non... C'est de mon parrain. Il ne pourra pas être avec moi, demain. Remus non plus. Il est de surveillance à Poudlard pour le bal, » répondit sombrement Harry avant de retourner à la contemplation de son thé.
Là encore, une petite minute silencieuse s'écoula.
« Votre parrain est bien Sirius Black, l'Auror ? Par contre, qui est ce Remus ? »
Au nom de Black, Draco fit tomber sa fourchette qui tinta dans son assiette. Harry le dévisagea, surpris de voir comme de la peur dans les yeux clairs. Cette constatation le mit curieusement en colère.
« Oui, Black. Sirius Black. De la grande et noble famille Black. Sauf qu'il a été renié par cette famille de dégénérés quand il est devenu trop ami avec mon père. C'était un Gryffondor, le seul parmi les Black. Remus était aussi un ami de mon père. J'aime les avoir près de moi pour Halloween. Inutile que je vous précise pourquoi ? » rétorqua-t-il vertement, au plus grand étonnement de Lucius.
« Je sais qui est Sirius Black, » répondit-il néanmoins d'une voix douce. « Et je connaissais aussi la famille Black. Mon ex-épouse, la mère de Draco, est une Black. »
Soudain, l'enfant se précipita dans les bras de son père, les lèvres tremblantes. Ce dernier le posa sur ses genoux, tout en lui caressant les cheveux. Cette fois-ci, ce fut Harry qui resta médusé. Il n'avait pas du tout pensé à cela. Il avait juste cru que la peur dans les yeux de Draco était lié au nom de Sirius. Après tout, il avait été accusé à tort du meurtre de son ami, Peter Petiggrow, ainsi que d'être un Mangemort de la première heure. Se pourrait-il que Draco ait en réalité peur de sa propre mère ? Cette information le laissa pour le moins perplexe.
« Excusez-moi, » fit-il, sans trop savoir de quoi il s'excusait exactement. « Je n'aime pas cette période de l'année. »
« Ne vous excusez pas, Harry, je comprends parfaitement. Et Severus ? Ne peut-il venir passer cette triste journée en votre compagnie ? »
« Pourquoi triste, papa ? » les interrompit alors l'enfant, toujours sur les genoux de son père. « C'est bien Halloween ! En plus, on va toujours voir les feux d'artifice le soir ! »
Harry les étudia, une boule dans l'estomac.
« Je ne sais pas pour Severus. Sans doute sera-t-il aussi de permanence à Poudlard. Si cela ne vous dérange pas, je crois que je vais me retirer dans ma salle de classe. J'ai encore des préparations à faire. »
Sans attendre de réponse, le jeune homme se leva afin de quitter la pièce.
Le lendemain matin, ce fut un Harry à la mine défaite qui se présenta à la table du petit-déjeuner. Il s'était levé à la même heure que d'habitude, après une nuit de sommeil particulièrement courte et agitée. Ses yeux était encore un peu rougis, malgré la douche qu'il avait prise afin de tenter d'effacer les traces de larmes. Il n'aimait pas pleurer. C'était stupide et inutile. Mais depuis plusieurs années, cette journée était dure, vraiment dure. Plus que lors de ces premières années à Poudlard. Avant, il ne savait même pas quand exactement ses parents étaient décédés, soi-disant dans leur accident de voiture, les Dursley ayant toujours refusé de lui en parler.
Il pénétra donc dans la pièce, la tête basse. En plus de cela, pour la première fois depuis que Snape et Sirius avaient fait irruption dans sa vie, il passerait cette journée totalement seul, Severus n'ayant même pas pris la peine de répondre à son hibou de la veille. Il traîna des pieds jusque vers la table, se décidant enfin à ce moment-là à relever la tête afin de saluer les personnes potentiellement présentes.
« Bonjour, mon garçon, » fit alors la voix feutrée de son père d'adoption.
« Père ! » s'exclama Harry.
Il ne se retint pas plus et s'élança dans les bras de l'homme. Il ne l'avait pas vu depuis un mois mais aujourd'hui il était là, pour le soutenir. Son cœur s'allégea de plusieurs kilos. Une fois encore, Severus ne le laissait pas. Ce dernier le pressa contre lui, en une étreinte franche et paternelle.
« Comment vas-tu ? » souffla-t-il dans son oreille.
Snape ne l'aurait sans doute jamais avoué de son plein gré mais le fait que Harry l'appelle ''père'' lui réchauffait toujours délicieusement le cœur. Plus que cela, il n'ignorait pas que quand le garçon le faisait, c'était qu'il était dans une réelle détresse émotionnelle et qu'il avait besoin de lui, plus que jamais.
« Tellement mieux maintenant que tu es là, » répondit Harry du même ton.
Il se recula un peu et pour la première fois depuis longtemps, offrit un grand sourire à Severus.
« Pourquoi tu n'as pas répondu à mon hibou ? »
« Parce qu'avant de recevoir le tien, j'en avais reçu un de Lucius, m'invitant à passer cette journée avec vous tous. Je lui ai répondu, hier soir. »
Harry se retourna alors vers la troisième personne présente dans la pièce, qui finissait avec distinction une gorgée de thé.
« Merci. Merci beaucoup, Lucius, » murmura Harry, ému, en le dévisageant.
Le lord reposa sa tasse et hocha la tête tout en faisant un petit sourire en coin. Harry, concentré sur l'homme, ne remarqua pas que Severus haussait un sourcil derrière son dos.
« Lucius ? » s'étonna-t-il. « Tu l'appelles ainsi ? Que signifie cette familiarité, jeune homme ? »
Harry se sentit d'un coup stupidement rougir sous le regard noir et inquisiteur du maître des Potions.
Le fait de rougir le fit se sentir encore plus idiot si cela était possible ! Pourquoi donc piquait-il ainsi un fard ? Il n'était pas une jouvencelle enamourée, bon sang ! Alors même qu'il pensait cela, une brutale chaleur envahit son ventre et ses reins, accentuant encore le feu de ses joues. Oh. Merlin.
« Laisse, Severus. C'est moi-même qui ai demandé à Harry de le faire. Figure-toi que j'ai appris, par le plus délicieux des hasards, que ton fils apprécie beaucoup mon prénom. »
Il reprit une gorgée de thé, ses iris se teintant d'amusement tandis que Harry s'asseyait en face de lui, tout en tentant de respirer calmement.
« En fait, il semblerait qu'il apprécie aussi beaucoup une autre chose de mon humble personne. »
La respiration de Harry redevint brusquement chaotique. D'une main tremblante, il s'empressa de se servir lui aussi une tasse de thé, dans l'espoir infantile de se cacher derrière. Il n'osa pas regarder ni l'un ni l'autre des deux hommes. Non, Lucius n'allait pas oser quand même ?
« Oh... Et quoi donc ? » demanda suspicieusement Severus tout en continuant son inspection appliquée sur son fils rougeoyant.
« Mes yeux, » répondit obligeamment le lord.
Harry s'étrangla avec son thé. Si, il avait osé. Il jeta un rapide coup d'œil à Severus qui le regardait toujours. Le sourcil en l'air finit par redescendre et un sourire moqueur s'élargit sur les lèvres de Severus. Enfin, les perles noires cessèrent de passer au crible le pauvre Survivant et se fixèrent sur Lucius qui semblait trouver la situation très distrayante.
« Vraiment ? Que voilà une intéressante nouvelle, en effet, » susurra Severus. « Harry, mon garçon, tu prendras un toast avec ton thé ? »
Harry n'avait jamais été aussi heureux de la présence de Draco. Jamais ! L'enfant était apparu comme par miracle quelques minutes après ce désastreux début de petit-déjeuner. Il avait lui aussi bondi sur son parrain et n'avait eu de cesse de monopoliser l'attention sur lui, babillant sans arrêt. Heureux enfant !
Il avait ensuite exigé que Severus vienne admirer ses différents ouvrages avant de sortir s'amuser dehors, malgré le temps grisâtre.
L'après-midi s'annonçait. Harry se surprit à apprécier vraiment cette journée. Lucius était resté avec eux tout le matin et lors du repas. Il ne s'était plus moqué de lui et n'avait pas avoué à Severus comment il avait appris que Harry aimait ses yeux. À chaque fois qu'il pensait à cela, Harry se sentait rosir un peu, de honte mais aussi d'autre chose. Il avait d'ailleurs un peu peur de savoir de quoi exactement.
Pourtant... pourtant, comme il aimait quand Lucius le regardait, comme il se sentait mieux quand il lui souriait. C'était ridicule. Lucius était un homme accompli, un père, son employeur. Harry lui jeta de nouveau un rapide coup d'œil. Certes il était aussi à tomber, d'une beauté à couper le souffle et... Mais non, que diable ! Couché les hormones ! se fustigea le garçon.
Néanmoins, quand Lucius leur annonça qu'il devait se rendre au ministère d'urgence, suite à un hibou décoiffé qui était arrivé en trombe, Harry ne put s'empêcher de se sentir déçu.
« On va quand même aller au feu d'artifice, ce soir, » décida Draco alors que son père venait juste de disparaître dans les flammes vertes. « Papa nous rejoindra quand il pourra. Harry, tu m'emmèneras. »
« Je ne sais pas, Draco. »
L'enfant pinça les lèvres, son regard se durcit. Pas besoin de s'appeler Trelawney pour deviner que cette réponse ne lui convenait absolument pas.
« Moi, je sais. Je veux aller au feu d'artifice ! » répéta-t-il en tapant du pied.
« Draco, arrête de suite ce caprice. Je n'ai pas du tout envie d'y aller. Tu verras avec Severus s'il veut t'accompagner. De toute manière, pourquoi tiens-tu tant à aller voir un feu d'artifice pour Halloween ? Et où, d'abord ? »
L'enfant le regarda avec des yeux ronds puis il secoua sa tête blonde avec commisération. Harry put lire dans les iris bleus à quel point le garnement le prenait, pour changer un peu, pour un parfait crétin.
« Pour Halloween ? C'est pas pour Halloween ! Et on va à Godric's Hallow, comme chaque année ! Décidément, tu connais pas grand-chose de la vie des vrais sorciers ! »
Le gamin redressa fièrement son menton. Ses yeux se teintèrent cette fois de mépris et de sournoiserie.
« Voyons, professeur, ce n'est pas une vulgaire fête aux bonbons que nous fêtons avec mon père chaque année, et ce n'est pour cela que nous assistons au feu d'artifice de cette ville. » Un sourire mauvais s'étira sur ses lèvres. « Nous fêtons la mort des Potter. »
Sans attendre de réponse, il sautilla à travers le pas de la porte et courut ensuite vers les escaliers.
« Draco ! » rugit Severus.
Harry, quant à lui, resta proprement abasourdi. Draco avait-il vraiment dit ça ? Est-ce que lui et son père fêtaient la mort de ses parents en ce jour maudit ?
Il n'était pas sans ignorer que ce jour était un jour de fête pour le commun des mortels sorciers. C'était pour cette raison qu'il était férié et qu'effectivement, un peu partout dans le Royaume-Uni, il y avait des feux d'artifice et des bals. C'était bien aussi pour cette raison qu'il se rendait sur la tombe de ses parents soit avec Severus, soit avec Sirius, dans l'après-midi et non en soirée, afin d'éviter toute cette débauche de ballons, de chants, de rire. Il déglutit, la bouche soudain pâteuse.
Comment avait-il pu être à ce point stupide pour oublier à qui il avait affaire ? Il était au service des Malfoy, une famille de Mangemorts.
« Harry, ne pense pas que ce qu'a dit Draco soit exact. Je sais que ce n'est pas le cas, » affirma alors Severus comme s'il avait suivi le cours des pensées du jeune homme.
De grands yeux verts emplis de peine et brillants lui firent face.
« Il a voulu te blesser, c'est tout. Crois-moi, je vais lui faire passer le goût de ce genre de plaisanteries douteuses, mais je reste persuadé qu'il ne se rend pas vraiment compte de la portée de ses mots, ni à quel point il a pu te faire mal. Reste là, prends ton manteau. Je vais chercher Draco et nous irons ensemble fleurir la tombe de tes parents. »
« Je n'ai pas la moindre envie que cet avorton vienne avec nous, » fit Harry d'une voix étranglée.
« Je m'en doute, mais tu n'as pas le choix. Je reviens. »
Sur ces paroles, Severus posa sa main sur la nuque du garçon et s'en fut à la recherche de Draco.
Harry se dirigea quant à lui dans le hall d'entrée pour prendre son manteau. Le temps s'était refroidi depuis le matin, devenant triste et pluvieux. Après un petit quart d'heure, Severus le rejoignit, accompagné d'un Draco ronchon bien que parfaitement habillé. Son duffle-coat bleu marine était fermement boutonné jusqu'en haut de son cou.
Sans un mot, les deux hommes aux cheveux noirs échangèrent un regard avant de transplaner, Severus tenant l'enfant par la main. Ils atterrirent derrière une maison sombre, sur un trottoir boueux. Toujours sans mot dire, leurs yeux se croisèrent de nouveau avant qu'ils ne commencent à marcher.
Alors que Harry allait tourner à gauche en direction du cimetière, Severus, lui, s'engagea sur la droite.
« Où vas-tu, Severus ? » demanda le jeune homme.
« J'ai promis à Draco de lui montrer plusieurs choses aujourd'hui. Dont aucune qui n'ait le moindre rapport avec un feu d'artifice, cela va sans dire. N'est-ce pas, Draco ? »
L'enfant grommela des paroles incompréhensibles tout en donnant un coup de pied dans un papier sale sur le sol.
Harry comprit très rapidement où est-ce que Severus désirait aller. Il sentit une nouvelle boule d'émotions envahir sa gorge. Ils arrivèrent bientôt devant un monuments aux morts. Le jeune Malfoy lui jeta tout d'abord un regard dédaigneux avant que ses yeux clairs s'élargissent sous la surprise. Devant eux, la statue de culture purement moldue se modifia pour devenir un couple portant un bébé dans leurs bras. Derrière la statue, les ruines d'une maison se dressaient.
« Regarde, Draco, regarde bien. Sais-tu qui sont ces personnes ? » demanda Severus en se baissant vers le garçon.
L'enfant dévisagea son parrain, sans que plus aucune trace de moquerie, d'ennui ou de dédain ne soit présente dans les iris bleutés.
« Oui, ce sont les Potter, pas vrai ? Et là derrière, c'est les restes de leur maison ? »
« C'est exact. Vois-tu, Draco, cet homme, là, s'appelait James Potter. Nous étions en classe ensemble. Enfin, lui était à Gryffondor et moi à Serpentard. Nous n'étions pas ce que l'on peut appeler des amis, loin de là. Ses amis s'appelaient Remus Lupin, Sirius Black et Peter Pettigrow. »
Le petit sembla curieusement excité, il se dandina d'un pied sur l'autre tout en jetant de brefs regards à Harry.
« Sirius Black, c'est le parrain de Harry ! » s'exclama-t-il. « Et Pettigrow, je connais ! Papa dit que c'était le traître ! »
Harry dévisagea le bambin, pour le moins surpris. Traître ? Mais Pettigrow était le traître de la lumière, pas des ténèbres.
« Et ton papa et toi avez parfaitement raison, » approuva Severus.
À ces mots, Draco gonfla sa fine poitrine de fierté.
« Par contre, cette dame, l'épouse de James... Elle était mon amie. Ma meilleure amie. Ma seule amie. On se connaissait depuis que l'on était enfant. Elle a été répartie à Gryffondor, elle aussi. En grandissant, nous nous sommes éloignés, elle et moi. J'ai fait de mauvais choix et je l'ai perdue. »
La voix de Severus s'était teintée d'une réelle tristesse, pour ne pas dire de douleur. Le petit Draco s'en rendit compte. Il posa sa main sur celle de son parrain.
« Tu es triste, parrain ? »
« Oui, très triste. Elle s'appelait Lily. C'était une personne merveilleuse, l'une des plus belles que cette terre ait portée. Pour te dire la vérité, j'aimais Lily. Je voulais l'épouser, moi, et lui faire de beaux enfants. Mais elle a épousé James. »
« Tu lui en as voulu ? » interrogea Draco avec avidité.
« À lui ? Oui, beaucoup. Mais pas à elle. Et puis j'ai fini par comprendre que c'était purement de ma faute, si elle s'était éloignée de moi. James était son véritable amour. Ils ont eu un enfant ensemble, ce bébé que tu vois, là. »
De nouveau, l'enfant se renfrogna.
« Oui, je sais, » Il désigna son précepteur d'un geste du menton. « C'est Harry. »
« Oui, c'est Harry. Draco... regarde bien cette statue. Mon amie est morte, cette nuit-là. Le papa et la maman de Harry ont été assassinés. Regarde comme ils tiennent leur bébé, regarde comme ils ont l'air heureux. Regarde comme même le bébé a l'air heureux. Harry était aimé par son papa et sa maman, et du jour au lendemain, il a tout perdu. Ce petit bébé que tu vois, là, était seul, Draco, tout seul, il a été abandonné, sans parents, sans amour, et il l'a été pendant de longues années » chuchota Severus, agenouillé devant l'enfant blond.
Ce dernier avait obéi à son parrain et étudiait les statues, ses fins sourcils froncés, avant de retourner son regard sur Harry qui avalait avec difficulté sa salive. Le jeune brun ne regardait pas la stèle, il ne le pouvait pas. C'était trop dur. Alors que chacun gardait le silence, Snape le rompit en reprenant la main de Draco dans la sienne.
« Allons-y, Harry et moi avons rendez-vous avec des personnes importantes dans nos cœurs. »
Ils avancèrent de nouveau à travers les rues jusqu'à arriver devant les lourdes portes en fer du portail du cimetière. Draco ne disait toujours rien, mais Severus sentit la petite main enserrer plus fortement la sienne. Enfin, ils stoppèrent devant la pierre tombale des Potter.
« Bonjour, Lily, James, » murmura Severus.
Il leva sa baguette, faisant apparaître un énorme bouquet composé de différentes espèces de lys, en majorité blancs, certains simplement rosés, d'autres parsemés de jaunes et pour quelques uns, rose vif. Ils étaient accompagnés de plusieurs roses d'un rouge éclatant. Le parfum entêtant des fleurs embauma l'air alors que Severus les posait sur la pierre. Il se redressa non sans une dernière caresse à la tombe.
Snape passa ensuite son bras autour des épaules de Harry qui, comme chaque année, ne put retenir des larmes traîtresses de rouler sur ses joues.
« Bonjour, maman, bonjour, papa, » s'étrangla-t-il.
Lui aussi agita sa baguette et rapidement, un deuxième bouquet se posa à côté de celui de son tuteur. Il était plus coloré, avec davantage de feuillages, et composé de plusieurs variétés de fleurs.
« Allez, fils, » chuchota Severus en lui embrassant la tempe.
Harry posa sa tête sur l'épaule de Snape. Ses visites accompagnées d'un de ses parents étaient à la fois une douleur et un réconfort.
Quand il venait avec Sirius, bien souvent aussi soutenu par Remus, elles étaient certes solennelles mais un peu plus gaies, les deux derniers Maraudeurs essayant tant bien que mal de détendre l'atmosphère et d'éviter les larmes du garçon. Ils parlaient plus avec les deux disparus, tentaient des petites blagues tout en racontant les anecdotes des derniers mois écoulés.
Avec Snape, c'était très différent. Le professeur de potions ne pouvait pas faire de bons mots, il en était incapable dans sa vie de tous les jours alors n'aurait certainement pas pu en faire un à un moment si difficile pour lui.
Les deux sorciers bruns se serrèrent l'un contre l'autre, brièvement. Harry essuya rapidement ses joues et sans plus de cérémonie, il s'éloigna de la tombe. Il marchait d'un bon pas, perdu dans ses pensés quand il sentit quelque chose de chaud et de doux se glisser entre ses doigts. Il baissa la tête pour tomber directement dans les yeux gris-bleu de Draco qui finit de passer ses doigts dans les siens.
« Je suis désolé, Harry, pour ce que j'ai dit tout à l'heure. C'était bête et c'était méchant. Tu sais, mon papa m'avait dit que le grand Seigneur Noir avait tué tes parents et avait voulu te tuer, toi. Mais c'est lui qui est mort. Tu nous as sauvés, alors merci, Harry. »
L'enfant dirigea ensuite son joli minois droit devant lui tout en continuant de trottiner à côté de son professeur qui ralentit un peu le pas, ému par les propos du petit lord. C'était la deuxième fois que Draco s'excusait pour une bêtise ou des paroles blessantes de son propre chef. Harry appréciait donc le geste à sa juste valeur. D'autre part, il avait parfaitement noté le terme ''sauvé'' qui l'étonnait tout en le réconfortant à la fois. Il donna une petite pression à la main dans la sienne avant de transplaner de nouveau au manoir Malfoy.
… … …
À suivre
… … …
