Chapitre 9
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Draco – partie 2
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Lucius ne les rejoignit pas de la soirée, ce qui étonna beaucoup Severus et inquiéta Harry. Ils couchèrent donc le jeune Malfoy qui tenta de persuader son parrain de revenir sur ce qu'il considérait comme une punition, à savoir le priver de feu d'artifice. En vain. Harry laissa son tuteur finir de mettre le bambin au lit, décidant pour sa part de se caler dans un fauteuil à côté de la cheminé du grand salon, une tasse de thé bien chaude préparée par Jekyll dans la main.
Severus l'y rejoignit peu de temps plus tard, surprenant au passage le regard soucieux que Harry fixait dans l'âtre.
« Il va revenir, ne t'inquiète pas, » fit-il de sa voix suave en prenant place dans le fauteuil voisin.
« De quoi ? »
Snape leva les yeux aux ciel.
« Lucius. Il va revenir. »
Soudain, la portée des mots de Severus s'éclaira dans l'esprit de Harry.
« Oh ! Euh, non, pas du tout, je m'inquiétais absolument pas ! » protesta le plus jeune.
Le maître des Potions eut un sourire sarcastique mais se garda toutefois de tout commentaire.
« Alors, le bilan de ces deux mois ? Ça donne quoi ? »
« Bof. »
« Quelle élocution ! Vraiment, tu te surpasses mon garçon. Bien, laisse donc ton côté Potter de côté et rassemble tes neurones, histoire de pouvoir faire une phrase correcte. »
« Ah ah ah. Hilarant. Non, sincèrement, je ne sais pas, Sev', je veux dire, il y a des moments où j'ai envie de partir en claquant la porte tant il est insupportable et énervant, et d'autres, comme tout à l'heure, où je le trouve tellement attachant, vraiment mignon, limite j'aimerais pouvoir lui faire un p'tit câlin, tu vois ? »
« Attends, on parle de qui là ? Lucius ou Draco ? » se moqua Severus, faisant piquer un terrible fard au Survivant.
« Quoi ? » s'étranglant ce dernier.
« Je plaisantais, Harry, respire. Je te comprends, tu sais, vraiment. »
Un petit silence s'ensuivit.
« Severus, » finit par dire Harry, d'une voix douce. « Est-ce que toi aussi tu avais ressenti ce genre de choses ? Avec moi ? »
Severus regarda celui qu'il considérait comme son fils, un petit sourire apparaissant peu à peu sur ses lèvres.
« Oui, » avoua-t-il, confirmant ainsi ce que pensait Harry. « Bien que la situation était totalement différente, malgré tout. Et puis, tu n'avais pas huit ans. Je dois aussi reconnaître que tu étais nettement moins peste que Draco. Mais je comprends la dualité de tes sentiments. Ce n'est pas toujours évident de faire le tri parmi tout ce que nous ressentons. Dis-moi, qu'est-ce qui t'empêche de claquer la porte, justement ? »
« Les moments où il est mignon, sans doute. Et puis, je ne veux pas abandonner, ce n'est pas dans ma nature, » sourit Harry.
L'image de Lucius apparut soudainement dans son esprit, faisant faner son sourire. Pourquoi penser à Lucius, d'un coup ? Troublé, il porta la tasse de porcelaine à ses lèvres afin de boire une grosse gorgée de Earl Grey.
« Je n'en attendais pas moins de toi, » fit Severus, le sortant de ses pensées. « Tu sais, c'est en partie pour cette raison qu'Albus et moi t'avons demandé d'accepter ce poste. »
« En partie seulement ? Comme c'est étonnant. Moi qui pensais que ce n'était qu'à cause de mes extraordinaires compétences. »
Severus ricana avant de reprendre :
« Oh, tes compétences, bien que modestes, ont joué aussi. Pour être franc, je pensais, Albus aussi, que ce poste ne pouvait qu'être bénéfique pour toi. Sur plusieurs plans différents. Et je vois que nous ne nous sommes, a priori, pas trompés. »
La voix douce, feutrée de son tuteur, fit froncer les sourcils à Harry. Il connaissait suffisamment Severus pour savoir qu'à ce moment quelque chose lui échappait et cela ne lui plaisait pas le moins du monde. D'autant que l'illustre sorcier Albus Dumbledore, Ordre de Merlin 1ère classe, membre du Magenmagot, directeur de Poudlard, détenteur d'une carte de Chocogrenouille et surtout plus grand manipulateur de tous les temps était mêlé à tout ça.
« Je suis fier de toi, fils. Essaye de tenir encore comme cela, » termina Severus.
« Père... » chuchota Harry au bout d'un petit instant de silence.
« Oui ? »
« Je voulais savoir... En fait, je me pose des questions, par rapport à Draco. La dernière fois, nous avons évoqué Siri' devant lui, avec Lucius. En parlant de Black. Il a semblé avoir peur. J'ai cru que c'était, tu sais, à cause du passé de Sirius alors qu'en fait, pas du tout. Et Lucius a parlé de la mère de Draco, Narcissa. C'était une Black. Est-ce que... Est-ce que Draco a peur de sa mère ? Et où est-elle ? Draco n'en parle jamais, il n'y a aucune photo d'elle, nul part. Au départ, je me disais que c'était peut-être à cause de Lucius, qu'il ne voulait pas de photo de son ex-femme dans son manoir. Après tout, tu n'avais pas franchement apprécié la photo de mon père dans ma chambre. Mais justement, même toi tu avais quand même supporté ça. »
« Je te remercie de le reconnaître, » grinça Snape, vexé.
Cependant, le jeune homme ne sembla pas remarquer son commentaire acide et parlait toujours.
« Donc, je me suis demandé si ce n'était pas en fait parce que lui ne voulait pas avoir de photos de sa mère... Sev', il s'est passé quoi avec Narcissa Malfoy ? »
« Black, Narcissa Black. Elle ne porte plus le nom Malfoy. Ne t'avise pas de l'oublier où Lucius risque de perdre son sang-froid. »
Instinctivement, l'ancien Gryffondor porta sa main à sa gorge, faisant dresser un sourcil suspicieux à Severus.
« Narcissa et Lucius sont restés mariés peu de temps. Tout ce que je peux te dire c'est que, comme tu t'en doutes, Draco n'a plus de contact avec sa mère. Du tout. »
« Pourquoi ? C'est sa maman et... »
« Et je doute que Lucius, Draco ou Narcissa elle-même ne considèrent ce terme comme tu l'entends, s'agissant des relations qu'elle entretient avec Draco, » le coupa sèchement Severus. « Harry, ne me demande pas de te parler des relations de Draco avec sa mère, déjà parce que ce n'est pas à moi de le faire. Ensuite, parce qu'il n'y a tout bonnement pas de relation entre eux. D'ailleurs, c'est une excellente chose. »
« Comment peux-tu dire ça ? C'est sa mère ! » s'exclama Harry, choqué.
« Harry, tu vois Narcissa avec tes yeux d'orphelin privé de l'amour maternel. Mais toutes les femmes ne sont pas capables d'un tel amour. Ne commets pas l'erreur de confondre Narcissa et Lily, sois certain que ce serait insulter la mémoire de ta maman. »
À ces mots, Harry baissa la tête avant de prendre une nouvelle gorgée de son thé. Sa mère, sa maman comme disait souvent Severus, toujours d'une voix emplie de tendresse. Comme elle lui avait manqué. Aujourd'hui, jour de sa mort, encore plus.
« Harry... » chuchota Severus. Il se pencha en avant lui aussi, sa main caressant les mèches sombres du jeune homme en face de lui. « Allez, mon grand... »
« Je comprends pas trop tout ce que tu viens de me dire. Je crois que je ne peux pas comprendre comment on peut avoir une mère et ne pas la connaître, » souffla Harry d'un ton peiné.
« Je me doute, pourtant c'est le cas. Peut-être devrais-tu poser ces questions à Lucius, un jour. Plus tard, cependant. Bien que c'est avec plaisir que j'ai constaté que vos relations aient évolué, je ne pense pas que Lucius soit disposé à t'en parler. Le sujet Narcissa est toujours très douloureux pour lui. »
Harry redressa vivement la tête, piqué au vif. Sans trop savoir pourquoi, ce que venait de dire Severus lui avait envoyé comme une désagréable piqûre dans sa poitrine. Une très désagréable piqûre.
« Pourquoi ? Il était très amoureux ? C'est elle qui l'a quitté ? » demanda-t-il d'une voix cette fois plus que tendue.
Severus lui offrit un sourire en coin clairement moqueur.
« C'est elle qui est partie, oui. Mais ce sujet n'est pas douloureux pour Lucius pour cette raison, loin de là. Au contraire même. Cela a plus trait à leur passé et c'est surtout lié à Draco. Lucius n'a jamais été amoureux de sa femme et aujourd'hui, son mépris pour elle n'a d'égal que l'amour qu'il porte à son fils, »
Severus avala lui aussi un peu de thé, ses yeux noirs incrustés dans les verts.
« Rassuré ? » se gaussa-t-il.
« Pas du tout ! » répondit Harry, les joues roses, ce qui l'énerva au plus haut point. « Enfin, je veux dire, je n'ai pas à être rassuré ou non. Je me moque de la vie amoureuse de Lucius, c'était par simple curiosité, vis à vis de Draco. »
Merlin, pourquoi donc avait-il l'air aussi agressif ? Le garçon se renfrogna, ne comprenant décidément pas du tout ses propres réactions.
« Bien sûr, bien sûr, cela est tellement évident, » susurra Severus, goguenard.
Ils dégustèrent en silence leur thé avant que Harry ne se décide à se lever. Après un dernier rapide regard en coin à la cheminée, désespérément vide, il se tourna vers son tuteur.
« Bon, je vais me coucher. Demain la Teigne va se lever de bonne heure. Je te revois ce week-end ? »
« Non, je suis d'astreinte à Poudlard. Tu pourras donc voir ton cher parrain Cabot Premier. »
« Non, il n'est pas là. Il est en stage pour quinze jours en Amérique du Sud, » marmonna Harry.
Severus posa sa tasse de thé sur la table basse et redressa sa haute taille.
« Oh, c'est pour cela qu'il n'était pas là aujourd'hui ? Cet abruti m'a juste dit qu'il ne pouvait pas, sans plus. J'aurais dû demander à Lupin pourquoi, quand on a inversé notre garde. »
Harry le dévisagea, un brin surpris.
« Oui, j'aurais dû être d'astreinte aujourd'hui, mais Remus a accepté d'inverser avec moi. Il savait que Black n'était pas là, lui aussi. »
« C'est pas ça, » fit Harry en secouant la tête. « Tu as échangé un hibou avec Siri' ? Toi ? »
« Lui aussi, en l'occurrence, » soupira Snape.
« Ça alors... Pourquoi ? »
« À l'origine, on avait convenu d'être présents tous les deux aujourd'hui, avec toi. J'ai cru que ce crétin s'était juste défilé... Je devrais peut-être lui envoyer un hibou pour m'excuser de ma beuglante de ce matin, du coup... » sembla réfléchir le maître des Potions. « Bah, tant pis, cela lui fera une occasion de râler, une bonne pour une fois. »
Harry eut un grand sourire. Il enlaça son tuteur, posant sa tête sur son épaule.
« Vous aviez décidé que l'on passe cette journée tous les trois ? » murmura-t-il, ému.
« Oui. On veut vraiment faire des efforts, tu sais, » lui confirma Severus, une main dans les cheveux noirs. « Je pensais... peut-être, si tu es d'accord et Black aussi... Cette année, tu devais passer Noël avec moi, mais, enfin, est-ce que tu aimerais qu'on le passe tous ensemble, la veille et le jour même ? » en bafouilla presque la Terreur des Cachots en personne, tant il était étonné de ce qui sortait de sa propre bouche.
Il fut cependant récompensé de son incroyable preuve de courage, totalement indécente pour un Serpentard soi-dit en passant, par le regard bouleversé mais lumineux de Harry.
Le jeune homme hocha la tête en déglutissant.
« Oui... Merci... Merci, Severus. »
« De rien, » répondit l'homme en lui embrassant le front.
« Bonne nuit, père, » finit par chuchoter Harry avant de se reculer.
« Bonne nuit, mon garçon. »
... ... ...
Le lendemain matin, Harry se leva à son accoutumé, se prépara et partit s'occuper de Draco. Ce dernier fut égal à lui-même : râleur, bougon et désagréable.
« Draco, finis tes œufs, il est presque 8h30, la classe va commencer. »
« Pfff, j'ai pas envie. Hier on a pas travaillé, pourquoi on devrait le faire aujourd'hui ? »
« Parce que hier était un jour férié, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Donc, je travaille et par conséquent, toi aussi. »
« Même pas drôle, » grommela l'enfant.
Il porta une fourchette débordante d'œuf à sa bouche qu'il mâcha consciencieusement.
« Dis, Harry, » fit-il une fois son assiette vide. « Pourquoi on changerait pas notre programme pour une fois ? »
« C'est à dire, » demanda Harry avec suspicion en avisant le pétillement suspect dans les yeux bleutés.
« Je veux bien finir cette ennuyeuse leçon de grammaire que tu avais prévue, mais... »
« Mais quoi ? » aboya Harry alors que le gamin le regardait en souriant.
« D'abord on fait la gym ! » s'écria le petit lord en sautant en bas de sa chaise pour se mettre à courir comme un fou. « Pas cap' de m'attraper ! » Là dessus il disparut en riant dans les couloirs.
« Draco ! Reviens ici nom d'un... ! »
Harry ne termina pas sa phrase. Le gosse était déjà loin de toute façon. À la place, il préféra frapper son front plusieurs fois contre la table en murmurant pour lui-même moult « pourquoi ? » désespérés.
Il se décida pourtant à se lever pour rechercher le fichu garnement dans le manoir. Ce ne fut que plus d'une demi-heure plus tard qu'il le découvrit, au détour d'un couloir. Le petit blond lui tira malicieusement la langue avant de détaler de nouveau comme un lapin.
« Draco ! Cette fois, tu restes là ! »
Harry se jeta à sa poursuite, baguette à la main. Lord ou pas, il allait lui jeter un sort de glu aux fesses !
Il trouva le petit, image même de la sagesse, devant la porte du bureau de son père.
« Dracooo, puis-je savoir ce que tu fais ? »
« Moi ? Rien ! » répondit l'effronté.
Une fois que Harry fut à ses côtés, il frappa violemment sur la porte et déguerpit de nouveau, au moment où une voix colérique, très, très, proche de ladite-porte se faisait entendre.
« Cette fois, c'est assez ! »
Harry n'eut pas le temps de se lancer à la poursuite du petit blond que le bureau s'ouvrait violemment, faisant trembler les murs et révélant un Lucius Malfoy qui semblait pour le moins énervé.
« Monsieur Potter ? C'est donc vous qui vous amusez à frapper sur cette porte depuis tout à l'heure ? »
« Moi ? »
« Je peux savoir à quel jeu vous jouez ? Trois fois que je me lève pour rien ! Et là, je vous prends la main dans le sac ! Vous avez quel âge ? C'est tout à fait le genre de tour que pourrait... » il s'arrêta net, semblant aviser pour la première fois l'air déconfit et surpris de son interlocuteur. « ... que pourrait faire Draco, » termina-t-il lugubrement.
« Il semblerait, » attesta Harry.
Lucius lui jeta toutefois un regard noir qui n'augurait rien de bon.
« Cela n'empêche, pourquoi mon fils se promène ainsi dans les couloirs à cette heure ? »
« Eh bien... »
« C'est inconcevable ! Je vous paye pour le faire travailler, pas pour des parties de cache-cache ! Au moins, faites l'effort de le surveiller correctement si vous n'êtes pas capable de le retenir plus de cinq minutes en classe ! »
« Oui, bien sûr, je... »
« Cela paraît quand même incroyable que cet enfant me dérange de si bon matin ! Vous pensez sans doute que je n'ai pas assez de travail ou de soucis comme cela !? » ne cessa de fulminer le grand blond.
Harry soupira, de façon discrète. Il n'arriverait pas à en placer une, autant laisser le lord passer ses nerfs, il pourrait ensuite aviser de la punition qu'il donnerait à son fils plus tard.
« C'est tout ce que vous avez à dire ? » gronda Lucius devant le manque de réaction du jeune homme.
« Je suis sincèrement désolé, monsieur. »
Lucius le toisa, de son regard froid. Cependant, au bout de quelques secondes, il se recula, tenant la porte ouverte et fit un signe à Harry.
« Entrez, Harry, je dois vous parler. »
Harry sentit son cœur s'emballer. Allons bon, qu'est ce qui se passait donc ? Il avança dans la pièce, qu'il découvrait pour la première fois. La salle était vaste et lumineuse, avec des étagères emplies de livres ou d'objets étranges. En face de lui se tenait le bureau du lord, immense, fait dans un bois particulièrement sombre.
« Prenez un siège, » lui proposa Lucius tandis qu'il s'installait de son côté dans son grand fauteuil en cuir.
« Que se passe-t-il ? » demanda Harry.
« Tout d'abord, je vous prie de m'excuser, pour hier soir. »
Harry écarquilla un peu les yeux, ne comprenant pas du tout de quoi voulait bien lui parler Lucius. Ce dernier passa une main dans ses longs cheveux, il lui sourit avant de placer l'une des mèches souples derrière son oreille. Le cœur de Harry s'emballa de nouveau mais pas du tout pour les mêmes raisons que précédemment.
« Severus m'a informé que vous m'attendiez, hier. Apparemment, vous étiez soucieux de ne pas me voir rentrer, » continua le lord, faisant mine d'ignorer les yeux verts qui s'étaient fixés sur ses longueurs blondes avec une évidente délectation. « Je suis rentré très tard. Ce dont on m'a informé lors de ma visite au Ministère, et à Gringotts par la même occasion, est aussi la raison de mon énervement inconsidéré de ce matin. »
« Rien de grave ? » s'enquit Harry par automatisme et gêné que Severus ait raconté une telle ineptie sur son compte.
Le sourire de Lucius s'agrandit dangereusement, ses délicieux yeux gris ne quittèrent pas le visage de Harry qui semblait de plus en plus mal à l'aise face à cette inspection.
« Non, ne vous inquiétez pas, » souffla l'aristocrate. « Vraiment Harry, je suis touché que vous vous fassiez tant de souci pour moi. »
Cette fois, les joues du garçon prirent une teinte de rose en plus.
« Je... enfin, je ne m'inquiète pas, » bafouilla Harry.
Le sourire de Lucius s'étira d'un côté, le faisant paraître taquin. Harry baissa son regard, des étranges étincelles dans le ventre.
« Toujours est-il que je vais avoir besoin de vous. Je ne peux compter sur personne d'autre et, en toute sincérité, je ne veux me confier à personne d'autre que vous. »
Le ton doux autant que le contenu de cette phrase fit redresser la tête à Harry qui plongea directement dans les yeux d'argent qui ne l'avaient pas quitté.
« Je dois m'absenter, jusqu'à dimanche, pour affaires. Je sais que le dimanche est votre jour de congé, et qu'il n'est pas prévu non plus dans votre contrat que vous vous occupiez de Draco seul au manoir, mais... » son regard se fit à la fois tendre et persuasif, « puis-je vous confier mon enfant, Harry ? » dit-il en faisant rouler le prénom sur sa langue.
Le jeune homme, plus concentré sur Lucius que ses paroles, sursauta à l'entente de son prénom prononcé de façon aussi... indécente ?
« Je... Oui, bien sûr, Lucius, vous pouvez compter sur moi. »
Lucius se leva, faisant faire de même à Harry. Il s'approcha de lui jusqu'à ce que sa main se pose sur son épaule.
« Merci, Harry. Infiniment. Vous êtes vraiment... si précieux pour moi. » Il se pencha vers lui, son souffle chaud caressant son oreille. « Vous n'avez pas idée, Harry, à quel point vous êtes devenu important à mes yeux. »
Harry ferma un bref instant les siens tandis que les cheveux fins frôlaient sa joue. Sa respiration se coupa une demi-seconde. Non, les lèvres de Lucius ne venaient pas de lui effleurer le lobe de son oreille ? Impossible.
Son regard était clairement troublé quand Lucius se redressa. L'air plus que satisfait qu'il affichait finit de rendre mal à l'aise Harry.
« Je vais prévenir Draco et lui dire de vous rejoindre en classe. À bientôt, Harry. Enfin, à dimanche. »
Sans rien ajouter de plus, il sortit de la pièce, laissant un Harry hébété planté en plein milieu. Le jeune précepteur porta l'une de ses mains à son oreille, la trouvant chaude.
« De rien... » murmura-t-il dans la pièce vide.
... ... ...
« Non et non ! C'est dégueulasse ! »
« Draco, langage ! C'est très bon, goûte au moins avant de dire que tu n'aimes pas, » protesta Harry d'une voix lasse.
Cela ne faisait qu'une seule journée que Lucius était parti pourtant il n'en pouvait déjà plus. Il envisageait même sérieusement de prendre le mouflet sous le bras et de partir trouver refuge chez Severus ou les Weasley... et oublier son précieux fardeau chez eux au moment de partir ! Mais non, impossible. D'une part, c'était son rôle de s'occuper de son éducation et en plus, il avait eu la brillante idée d'accepter de s'en occuper totalement auprès de Lucius.
« Hors de question que j'avale ce truc immonde ! »
« Draco... »
« Non ! Jamais papa ne me forcerait, alors toi non plus ! » scanda le garçonnet en croisant ses bras sur sa poitrine.
Harry soupira lourdement en se massant l'arrête du nez. Que Merlin lui vienne en aide. ''Papa ceci, et papa ne ferait pas, mon papa dirait ci, et mon papa cela...'' Ras-le-chaudron. Le prochain ''papa'' qui sortirait en chouinant de cette jolie bouche rose, il le lui ferait avaler !
« Bon sang, Draco, ce ne sont que des asperges ! »
« Non ! »
« Très bien, j'abandonne, tant pis pour toi, tu rates un très bon dîner. »
« Je veux mon dessert. »
« Tu n'as pas dis le mot magique et en plus, je te ferai remarquer que je n'ai pas fini de manger ! »
« Je veux mon dessert ! »
« J'ai dit non. »
« JE VEUX MON DESSERT ! » hurla l'enfant, les joues rouges. « PAPPAAAAAAA ! »
« Ton père est parti ce matin ! Alors tu te tais, tu me laisses finir de manger et on verra après ! » s'énerva Harry tandis que l'horrible monstre blond continuait de crier d'une voix stridente.
Peine perdue, l'enfant ne cessa pas ses hurlements.
« Tenez, jeune maître, » croassa Hyde qui apparut soudain.
Son nez crochu baignait presque dans la chantilly d'une énorme coupe de banana split qu'il déposa devant le petit lord qui se transforma en un quart de seconde et comme par miracle, en un délicieux petit ange silencieux. Avant que Harry n'ait pu dire quoi que ce soit, le bambin avait déjà une énorme cuillère de glace, de fruit et de chocolat chaud recouvert de crème dans la bouche.
« Mais ?! Hyde ! De quel droit tu lui as donné son dessert ?! » s'offusqua Harry en se tournant vers l'elfe grimaçant.
« Le maître demandait toujours aux elfes de s'occuper du petit maître, avant, » grinça en réponse la hideuse créature, son regard torve planté dans celui de Harry. « Et les elfes obéissent à leur jeune maître. Il voulait son dessert, alors il a son dessert. »
« Hyde, en l'absence de Lucius, c'est moi qui donne les ordres ! Ne te mêle pas de mes décisions qui concernent Draco, c'est clair ? En plus, je n'avais pas fini de manger ! » déclara Harry en montrant son assiette... vide. « Où sont passées mes asperges ?! » s'écria-t-il, plus en colère que jamais.
« Oh, vous voulez dire que vous n'aviez pas terminé ? » demanda l'elfe dont le sourire sadique contredisait l'innocence rhétorique de la question.
« Non ! Espèce de sale petit elfe... »
« Harry, tu as dit qu'il ne fallait pas dire de grossièretés à table et qu'il fallait être gentil avec les elfes de maison, » l'interrompit Draco, la voix très sérieuse malgré sa frimousse barbouillée de chocolat et de glace fondue.
Harry regarda les deux personnes en face de lui, sentant ses nerfs le lâcher.
« Argh ! »
« Tu as dit aussi qu'il ne fallait pas crier, » chantonna le petit garçon, les lèvres recouvertes de chantilly, s'attirant un regard noir par la même occasion.
« Draco ! Mange ton dessert en silence, je me passerai de tes commentaires ! Hyde, puis-je au moins espérer avoir mon propre dessert ? »
« Mais bien sûr, maître. »
L'elfe claqua des doigts, faisant apparaître une coupe devant le brun, avant de disparaître lui-même.
Harry regarda d'un air dépité l'intérieur de sa coupe où une demi-boule de glace verdâtre à moitié fondue reposait. Il renifla la chose, une mine dégoûtée se plaquant sur son visage.
« Beurck, c'est à la menthe ! »
« Goûte au moins avant de dire que tu n'aimes pas, » sourit Draco, avant d'enfourner une grosse cuillère de glace à la fraise.
... ... ...
Douze heures, vingt-neuf minutes, trente-six secondes, trente-sept, trente-huit...
« Je veux encore une histouâre ! » pleurnichait le garçon, en larmes sur son lit. « Je veux mon pôpa, lui, il me la lirait ! Papaaaaa ! »
Douze heures, vingt-neuf minutes, trente-neuf secondes que Lucius était parti et Harry était déjà prêt à pleurer en cœur avec Draco, réclamant lui aussi le blond pour qu'il vienne à son secours.
« Draco, papa revient dans quatre dodos, il te l'a expliqué. Je t'ai lu quatre histoires, c'est trois de plus que d'habitude. Alors maintenant, il faut dormir, sinon demain tu seras tout fatigué, tu ne pourras pas travailler, ni jouer. »
« M'en fiche, t'es méchant, je veux l'histoire de la Licorne Bleue ! Et puis je veux mon papa ! Il me fait toujours un bisou avant de dormir, et un câlin, » hoqueta l'enfant.
« Je peux le faire si tu veux, » proposa gentiment Harry.
Draco le regarda, ses yeux rouges éberlués.
« Tu sais même pas faire ! Y'a que papa et parrain qui savent faire le bisous-câlin spécial du soir ! »
Harry eut l'impression que son cerveau émettait un énorme « Tilt ! », comme dans les dessins animés qu'il avait vu enfant, caché dans les escaliers chez les Dursley.
« Draco, j'ai une excellente idée, » s'enthousiasma-t-il, faisait fi du regard plus que dubitatif du blondinet. « Et si je demandais à Severus de venir me montrer comment on fait ce fameux bisous-câlin du soir ? »
« Oui ! » s'écria Draco, bondissant d'abord sur son lit à pieds joints pour finir dans les bras du brun.
Ils se sourirent comme deux idiots avant de réaliser l'un comme l'autre qui ils serraient dans leur bras respectifs.
« Va le chercher ! » ordonna le petit, relâchant rapidement son tuteur et en tendant son index impérieux vers la porte de sa chambre.
« Avec bonheur, » soupira Harry, fuyant, euh, sortant, de la pièce.
Il se précipita en bas, dans le premier salon doté d'une cheminée qu'il rencontra, à savoir le petit salon ''Saphir'', nommé ainsi en raison de la couleur des meubles mais aussi des nombreuses décorations et objets faits avec cette pierre. La salle en aurait fait pâlir de jalousie plus d'un Serdaigle.
Loin de cette pensée qu'il avait eue la première fois qu'il était rentré dans ce salon, Harry jeta une grosse poignée de poudre de cheminette avant de s'accroupir devant l'âtre. Il plongea sa tête dans les flammes vertes, demandant l'accès aux appartements de Severus Snape, à Poudlard.
« Severus ? Severus ! SEVERUS ! »
« Par Salazar, je peux savoir ce que signifie ces hurlements à cette heure, Potter ? » demanda le sombre professeur de potions en robe de chambre et les cheveux en bataille.
« Il faut que tu viennes, » expliqua sans plus attendre son pupille. « L'autre démon ne veut pas s'endormir sans son bisous-câlin spécial du soir et apparemment toi seul peut m'apprendre en quoi il consiste ! »
Snape ricana sans pitié.
« Laisse-moi passer, j'arrive. »
Harry se recula prestement, laissant la place à Severus qui sortit de la cheminé en époussetant son peignoir.
« Bon, je dois dire que je suis impressionné. Tu as tenu bien plus longtemps que Lucius et moi l'avions parié. »
« Qu... Quoi ? » s'étouffa le plus jeune sorcier qui marchait à côté de son tuteur. « Vous aviez parié sur moi et mes pauvres nerfs ? »
« Eh bien... Oui, » se moqua Snape.
« Espèce de... »
« Pas de compliments passés vingt-deux heures, mon cher enfant. Bon, alors, où est mon adorable petite terreur ? »
« Parrain ! » cria la terreur en question en se jetant dans ses bras.
« Draco, je peux savoir pourquoi tu n'es pas dans ton lit ? » l'interrogea Harry, ne récoltant en réponse qu'un tirement de langue du galopin. « Draco ! On ne me tire pas la langue ! »
« Draco, sois gentil s'il te plaît, » ronronna presque Severus.
Harry s'arrêta net, les bras ballants, tandis que la chauve-souris des cachots tenait la réincarnation de Satan en pyjama dans ses bras. Il resta ainsi, totalement dépité, laissant les deux autres retourner dans la chambre de l'enfant.
« Alors celle-là c'est la meilleure ! » s'exclama enfin Harry en reprenant ses esprits. « Si moi j'avais osé faire ça, je me serais pris une paire de mains sur les fesses ! »
Râlant toujours dans sa barbe, il se remit en marche pour les rejoindre.
Le petit garçon était de nouveau allongé dans son lit, les yeux émerveillés alors que Severus était assis sur le matelas, à côté de lui. L'une des mains aux longs doigts fins de l'homme caressait tendrement la joue ronde. Harry s'avança jusqu'à se retrouver lui aussi à côté d'eux.
« Bonne nuit, joli petit cœur, » susurrait Severus. « Tu passes une bonne nuit, remplis de beaux rêves. »
« Sans cauchemars, » dit l'enfant d'une voix douce.
« Sans cauchemars, » répéta Severus sans cesser ses caresses. « Demain je serai là, enfin, Harry sera là et moi, je serai à mon travail, mais Harry sait comment faire pour me joindre si besoin. Nous serons là et tout se passera bien. »
« Pour toujours ? »
« Pour toujours. »
Là-dessus, Severus se pencha, serra l'enfant contre lui tout en embrassant d'abord le front, les deux joues et enfin les cheveux blonds.
« Maintenant, dors, mon bel ange. »
« Bonne nuit, parrain, » bâilla Draco en serrant son Hippogriffe en peluche contre lui.
Il se tourna vers Harry et à sa surprise, lui tendit les bras.
« Bisous ! »
Harry se pencha lui aussi afin de prendre l'enfant dans ses bras. Hésitant un peu, il se décida à l'embrasser de la même façon que son père adoptif avant lui. Draco le regarda, ses yeux papillonnèrent, pourtant, il réussi à marmonner.
« Faut dire : bonne nuit, mon bel ange. »
« Bonne nuit, mon bel ange, » répéta Harry après une demi-seconde de réflexion.
Le petit fit une moue des lèvres.
« Bon, ça ira pour ce soir mais tu devras t'améliorer d'ici à demain. Bonne nuit, Harry. »
Sans attendre de réponse, Draco se tourna sur le côté et ferma ses yeux. Harry le regarda un bref instant. Il lui caressa les cheveux, s'étonnant comme à chaque fois de leur incroyable douceur. Enfin, il sortit de la pièce en éteignant les lumières.
« Harry, Lucius ne t'a pas informé de jeter le sort de surveillance ? »
« Euh... non, je ne m'en souviens pas en tout cas. »
« Sans doute étais-tu trop occupé à admirer ses yeux ? »
« Père ! » s'étrangla Harry. « Pourquoi tu fais tout le temps ce genre d'allusions en ce moment ? C'est très gênant ! »
Bien évidemment, Severus se contenta de se gausser pendant que Harry jetait le sort en question qui l'avertirait si le petit faisait un cauchemar ou l'appellerait dans la nuit.
« Bon, pour demain il te faudra te débrouiller seul, je suis d'astreinte. Bonne nuit, fils. »
Sur ces bonnes paroles, il disparut dans la cheminée.
... ... ...
La deuxième journée sans Lucius fut une véritable torture pour Harry. Pour ses nerfs et pour ses oreilles. Draco n'eut de cesse de hurler et pleurer, pour un oui ou un non, le rendant véritablement fou.
Le matin, lors de son travail scolaire, il refusa tout en bloc. Ce ne fut que lorsque que Harry lui jeta un sort de glu pour le faire tenir sur sa chaise qu'il consentit, après dix minutes de braillements ininterrompus à faire enfin sa lecture. En silence !
En désespoir de cause, avant manger, Harry lui proposa plutôt d'aller se baigner dans la piscine magiquement réchauffée, histoire de se détendre. Alors que ce maudit gosse avait fait caprice sur caprice pour ne pas travailler jusque-là, il rejeta sa proposition d'un air dédaigneux, préférant faire le problème d'arithmétique qu'il avait violemment refusé de faire une heure avant. Harry en aurait volontiers mangé sa baguette de rage, s'il n'y tenait pas tant.
Il voyait arriver le soir, et donc le coucher, avec une angoisse grandissante. Le repas se passa pourtant dans le calme, d'autant qu'il fut servi pas Jekyll.
« Draco, tu veux que l'on fasse un jeu avant que tu ailles au lit ? » proposa Harry une fois que le petit garçon fut sortit de sa douche.
« Oui, je veux bien, on pourrait faire un tour avec Rikiki, ce serait bien ! » répondit l'enfant en sautillant vers ses cubes de construction magiques qui ressemblaient comme deux gouttes d'eau aux célèbres Kapla. « Rikiki ! » appela-t-il.
Harry regarda autour de lui, étonné. Qui était ce Rikiki ? Il n'y avait pourtant que deux elfes au manoir. Lucius n'aurait pas manqué de le tenir informé s'il s'en était procuré un troisième tout de même !
Voyant Draco continuer à chercher cet inconnu au nom ridicule, il se décida d'intervenir.
« Draco, qui est-ce que tu appelles ? »
Le blond se retourna vers lui, les sourcils froncés et avec l'air hautain digne de son père.
« Voilà, c'est pour ça qu'il se cache ! Tu fais toujours comme s'il existait pas ! »
« Draco, je ne sais réellement pas qui est ce, euh, Rikiki. »
« C'est mon dragon ! » s'écria Draco, cette fois à moitié désespéré.
« Ton... Dragon ? Draco, tu n'as pas de dragon. »
« Si, j'en ai un. Forcément, si tu continus à l'ignorer, comment tu veux que je le retrouve ! Déjà hier, il était pas là ! Si j'ai pas mon dragon, je vais pas au lit, tu es prévenu ! » s'exclama le gamin en tapant du pied par terre.
Harry sentit une sueur froide couler dans son dos. Pitié, Godric, non pas ça. Il se jeta à moitié au sol à côté du gosse qui regardait sous une petite table basse encombrée de jouet.
« Bon, comment il est ce fameux dragon ? »
« Harryyyyy, » soupira le blondinet en secouant ses mèches soyeuses. « Tu es désespérant, vraiment. Tu le connais, voyons ! C'est mon dragon, mon dragon violet, avec les ailes bleues sur le dessous. »
Harry réfléchit avant qu'une fois encore, la lumière de la compréhension ne l'éclaire.
« Attends, tu parles de la figurine que je t'avais confisquée hier matin en classe ? »
« Oui ! Ah ben quand même ! Mais arrête de lui parler comme cela, sinon il va encore se vexer et me faire la tête. C'est très têtu, tu sais, un dragon. »
« Les dragons, je ne sais pas, mais les dragonniers, ça, ne m'en parle pas... » bougonna Harry en pensant à Charlie Weasley.
S'attirant un regard bleuté sévère, il se reprit.
« Bon, alors, comment veux-tu que je le dénomme ton dragon ? »
« Par son nom, » répliqua Draco comme si c'était l'évidence même. « Rikiki. S'il se cache c'est de ta faute, j'en suis sûr ! Appelle-le ! »
« Pardon ? Hors de question. »
L'enfant pinça ses lèvres avant de prendre une position boudeuse, bras croisés sur sa poitrine.
« Je veux mon dragon. »
Harry maudit les quatre fondateurs en pensée avant de se redresser et d'appeler dans la salle de jeu de Draco, se sentant totalement crétin.
« Rikiki. »
« Plus fort ! »
« Rikiki ! »
« Encore plus fort ! Et puis, viens avec moi, on va le chercher, toi tu l'appelles et moi je regarde dans mes coffres à jouets ! » fit Draco, ravi.
« Oh, Merlin, pourquoi, mais pourquoi moi ? » marmonna Harry.
« Allez, Harry ! »
« Oui, oui, c'est bon... Rikiki ! »
Au bout d'un moment, Draco recommença à bouder.
« Tu le fais pas bien ! Appelle vraiment ! Il est vivant, tu sais ! »
« Draco, c'est un jouet. »
« Ohhhhh ! Non, dis pas ça ! C'est un vrai dragon ! Là, c'est sûr qu'il ne viendra plus à cause de toi. Mon Rikikiiiii » commença à pleurnicher le gamin.
« C'est bon, c'est bon, je retire ce que j'ai dit. Regarde, je le cherche. Rikiki, allez, Rikiki, viens petit, allez, viens, montre-moi ton joli petit museau... »
Il continua ses simagrées, se sentant de plus en plus ridicule alors que le gosse l'entraînait à sa suite, à quatre pattes sous son lit ou allongé sous une armoire.
Au bout d'une demi-heure, l'heure du coucher était arrivé et toujours pas de Rikiki en vu.
« Bon, Draco, tant pis, il faut aller au lit, » décida Harry.
« Non, on a pas encore cherché partout. »
Harry lui prit la main d'autorité pour le mener jusque dans son lit. L'enfant grimpa dedans, mais à peine fut-il dans les draps qu'il recommença à geindre.
« Je veux mes amis ! Ils sont pas là. »
« Tu as ton hippogriffe, ça suffit bien. »
« Non je veux les autres ! Ma licorne et mon serpent ! »
Harry se mit donc à la recherche des peluches en question, tout en râlant. Il finit par les dénicher au fin fond d'une malle.
« Voilà, elles sont là tes fichues peluches, » dit-il en les donnant à l'enfant.
« Arrête de les insulter ! » s'exclama Draco en prenant lesdites peluches dans ses bras. « Demande-leur pardon ! »
« Pardon ? Et je pourrais savoir de quoi ? »
« Tu ne les appelles jamais par leur nom ! Ils vont finir par partir eux aussi, comme Rikiki. »
Harry regarda les peluches, perplexe.
« Parce qu'elles sont vivantes, elles aussi ? »
« Oui ! Bien sûr ! Dis pardon et fais-leur un bisous ! »
« Oh, Merlin, mais Merlin, mais pourquoi ? » bougonna de nouveau Harry.
« Allez ! »
« Pardon... Comment ils s'appellent ? »
« Ronchon et Idiot, » répondit Draco en ne montrant que la licorne et le serpent, son doudou en forme d'hippogriffe précieusement caché sous son oreiller.
« C'est une blague ? »
« Non. »
« Pardon, Ronchon, pardon, Idiot, » souffla Harry en embrassant les peluches.
Il les positionna ensuite de chaque côté de la tête de Draco.
« Non, pas là, c'est pas leur place. Ils vont au pied du lit. »
Harry se leva pour les installer.
« Non, Idiot ici et Ronchon là. »
« Comme cela ? »
« Hum... Non, finalement, fais l'inverse ! »
« Draco... »
Au bout de dix longues minutes, les peluches furent placées là où le petit lord le voulait.
« Maintenant, au lit. »
« Non, je veux mon histoire. »
Se retenant, il ne sut trop comment, d'aller étrangler l'infernal infant, Harry lut une, puis deux histoires.
« Et là, au lit. »
« Mon bisous-câlin, » exigea le petit.
Harry s'exécuta de nouveau. Étrangement, il se sentit tout chose alors qu'il embrassait le garçon en lui souhaitant une bonne nuit. Il s'appliqua à faire les bisous dans le bon ordre, sans oublier un dernier « mon bel ange ». Il allait sortir de la chambre quand Draco brandit de sous ses draps... le dragon.
« Oh, tu as retrouvé Rikiki ! »
Draco lui jeta un regard dédaigneux avant de lui tendre la figurine.
« J'en veux pas. Prends-le. Et prend aussi la peluche licorne et serpent, ils sont vieux et tout moches. »
Harry prit les objets en question, étonné et énervé tout à la fois.
« Après le cirque que tu m'as fait tout à l'heure ? Et là, tu n'as pas peur de les vexer tous tes précieux amis ? »
Draco le dévisagea du haut de son lit, comme s'il était le dernier des abrutis.
« Ce ne sont que des jouets, Harry, grandis un peu. Comme s'ils pouvaient ressentir quoi que ce soit ! Faut être débile pour croire à ces jeux de bébé ! »
Le jeune homme serra les dents, réalisant que ce sale gosse s'était moqué de lui depuis le début, riant dans son dos à ses dépends et que là, il buvait du petit lait devant sa mine dépitée.
Il éteignit les lumières et allait enfin sortir quand la voix fluette de Draco s'éleva dans les air.
« Bonne nuit mon cher Rikiki, Ronchon et Idiot, Harry. »
Le sorcier brun se mordit la langue, évitant ainsi de jeter un sort au monstre déguisé en enfant qui pouffait dans son lit.
... ... ...
Harry n'avait pas décoléré depuis la veille. Ce sale gosse l'avait vraiment pris pour un crétin. D'accord, le fait que son père soit absent devait sans doute le perturber un peu, ou du moins c'était ce que lui, Lucius et Severus avaient naïvement cru lors du départ de l'aristocrate. La vérité, c'était qu'au contraire, il en profitait.
L'enfant, loin des humeurs noirs de son professeur, continua à le pousser à bout. Durant le petit-déjeuner, tout d'abord, en n'en faisant qu'à sa tête, renversant les affaires par terre, changeant d'idée de menus plusieurs fois de suite et répondant de plus en plus effrontément aux remarques de son maître.
Une fois en classe, cela ne s'arrangea pas. Comme la veille, il refusa de travailler, jouant avec ses plumes, coloriant les lettres de sa lecture et dessinant des personnages avec les chiffres de ses additions.
« Draco, je te préviens que ma patience a atteint ses limites. Alors maintenant tu arrêtes et tu te mets sérieusement au travail. »
« Pff, cause toujours, » rétorqua le petit en gribouillant sur son parchemin.
« Draco ! Là, j'en ai marre, tu entends ? Ras-le-chaudron ! »
« M'en fiche. Si ça te convient pas, t'as qu'à partir, je te retiens pas. Mon père est pas là en plus, alors je t'en prie, c'est pas moi qui vais te retenir. Oublie pas Idiot et Ronchon en partant, vous allez si bien ensemble. »
« SILENCE ! » cria Harry, perdant le contrôle de ses nerfs durement mis à l'épreuve.
« Blablabla, m'en fiche, je te dis ! »
Là-dessus, il lui tira une nouvelle fois la langue.
« Alors là, c'est clair, tu as une punition ! »
« Je la ferai pas ta punition débile. T'es qu'un crétin ! »
« Tu veux de nouveau que je te passe la bouche au savon ? »
« Non ! » s'écria alors le gamin, rouge de colère, les poings serrés le long du corps. « Ce que je veux, c'est que tu dégages de ma vie ! T'as rien à faire dans mon manoir ! Ici c'est chez moi et c'est mon papa ! Et c'est mon parrain aussi, toi t'es rien du tout et je veux que tu partes, comme les autres ! De toute façon, ils partent tous, à un moment ou un autre, alors va-t'en, stupide connard de sang-mêlé ! »
Harry reçut la violence de la rage de l'enfant en pleine figure, ainsi que ses insultes. Il se leva, tendit sa baguette. Avant que Draco n'ait put dire quoi que ce soit, il se retrouva à plat ventre sur ses cuisses, les fesses en l'air.
« Là, tu as une nouvelle fois dépassé les limites et une nouvelle fois, tu vas connaître les punitions de ton cher parrain. »
Il avait parlé d'un ton froid, détaché, qui fit frémir le garçon sur lui. Puis les cris de Draco remplirent la pièce alors que la main de Harry s'abattait sur les fesses présentées. Une fois la fessée donnée, il remit l'enfant hurlant au meurtre sur ses pieds. Sans mot dire, il le plaça au piquet avant de se baisser vers lui.
« Inutile d'essayer de partir du coin, tu as un sort de collage. Et puisque tu aimes tant hurler que cela, je t'en prie, ne te prive pas, je vais retourner à mon bureau avec un sort du silence. Alors vas-y, hurle, mon tout beau, hurle. Quand tu auras mal à la gorge, tu arrêteras, crois-moi. »
Il planta avec fermeté ses yeux verts dans les iris bleus et trempés de larmes de colère.
« Et non, je ne partirai pas ! Tu peux être aussi odieux que tu veux, j'ai fait des promesses, à ton père, à Severus, à moi-même et, d'une certaine façon, à toi aussi ! Or, je tiens mes promesses, jeune homme ! »
Sur ces paroles, il jeta effectivement un sort du silence avant de retourner à son pupitre.
Bénie soit la magie ! Enfin, enfin, il pouvait travailler sereinement. Oubliant pour une fois ses préparations de leçons ou ses corrections, il prit dans sa mallette le brouillon de son roman afin de le poursuivre un peu.
Il était dessus depuis une bonne demi-heure quand il revint subitement à la situation présente et réalisa qu'il avait totalement oublié le gamin au piquet. Il redressa rapidement la tête tout en enlevant son sort. Ce qu'il vit et entendit le perturba pour le moins.
Le garçon était toujours tel qu'il l'avait laissé, entre les deux pans de murs. Ses épaules se soulevaient et tremblaient, au rythme de ses sanglots. Harry s'approcha lentement afin d'être sûr de ce qu'il entendait.
Les pleurs de l'enfant étaient bien différents de ce qu'il avait entendus jusqu'à présent. Ils étaient poignants, désespérés et surtout, totalement vrais, contrairement aux larmes de crocodile que Draco avait versées jusque-là.
« Je... veux... mon... pa... pa... Papa... » sanglotait Draco en boucle, les yeux clos et les larmes dévalant ses joues.
« Draco ? » appela doucement Harry, un genou au sol.
L'enfant se tourna vers lui. Harry lut une telle détresse dans les yeux enfantins qu'il eut l'impression de se prendre un énorme claque. Les paroles du garçon, avant sa punition, se rappelèrent à lui, ainsi que certains propos de Severus sur la fragilité du petit garçon. Puis il se souvint des paroles qui devaient être dites le soir au coucher...
Son père, qu'il adorait, était absent, il se retrouvait seul avec lui pour la toute première fois. Peut-être était-ce même la première fois que Lucius le laissait seul ? Draco avait-il peur qu'il s'en aille, qu'il soit abandonné, par lui ou par les autres adultes de son entourage ?
Soudain, beaucoup d'autres choses se rappelèrent douloureusement aux souvenirs de Harry. Sa propre peur de l'abandon, son désespoir quand Snape le punissait au début de leur relation, sa terreur qu'il le rejette, le rende aux Dursley. Alors qu'il l'aimait, qu'il apprenait enfin à aimer un adulte...
Il ouvrit ses bras, Draco se réfugia dedans en pleurant à chaudes larmes, ses petites mains se refermèrent sur son cou.
« Je ne t'abandonnerai pas, Draco. Je ne te laisserai pas, n'aie pas peur. Ton papa non plus ne t'a pas abandonné. Il avait juste des affaires importantes à faire, pour son travail. Mais ton papa, Severus et moi, on est là, on te laisse pas. On t'aime, mon bel ange, » murmura-t-il à l'enfant dont les bras se resserrèrent davantage autour de lui.
« Je... te... demande pardon, Harry, » pleurnicha le petit garçon. « Je veux pas être méchant. »
« Tu n'es pas méchant. »
« Tu pars pas, hein ? C'est vrai ? »
« Je te le promets. »
Harry passa ses bras sous les fesses de l'enfant et le souleva pour le porter. Il sortit de la salle de classe, le garçon toujours dans ses bras. Ils se dirigèrent dans le grand salon, où Harry demanda à Jekyll (hors de question pour lui d'appeler Hyde, d'autant que ce dernier ne lui répondait jamais) afin de commander un lait chaud pour l'enfant.
« On travaille plus ? » demanda finalement Draco, de belles moustaches blanches sur le-dessus de ses lèvres.
« Non, c'est fini pour aujourd'hui. En fait, on va dire que l'on est déjà en week-end. D'accord, mon grand ? »
Le blondinet lui adressa un sourire lumineux puis se recala confortablement contre lui, tous deux dans le canapé. Ils restèrent ainsi, Harry câlinant l'enfant en regardant les flammes qui s'élevaient dans la cheminée.
« Harry ? »
« Oui ? »
« C'est vrai que tu m'aimes ? »
« Oui. »
« Tu sais, t'es le premier de mes professeurs que j'aime aussi. En fait... Puisque tu es le fils de parrain, t'es un peu comme mon tonton, non ? Ou mon cousin ? »
Harry rit doucement tandis que l'enfant le regardait de ses yeux délavés. D'un coup, il réalisa à quel point ils ressemblaient à ceux de Sirius. Black, comme sa mère.
« Tu aimerais un jour que je te présente mon parrain ? Lui, c'est un cousin à toi, pour de vrai. »
« Sirius Black ? »
Draco cligna un peu des yeux.
« Oui, il est très gentil tu sais. »
« Pourtant, c'est un Black. »
La phrase à peine murmurée choqua Harry.
« Oui, mais tous les Black ne se ressemblent pas. »
Draco sembla réfléchir, il se colla plus près encore de son professeur, posa sa tête contre son épaule.
« Si Severus et toi vous êtes là, je veux bien le rencontrer. »
Sans devenir un modèle de sagesse, Draco ne fut plus jamais le même à partir de ce jour-là avec Harry.
… … …
À suivre
… … …
NDA : Après un chapitre qui a vu un rapprochement plus que certain entre Harry et Draco, la semaine prochaine ce sera entre un certain Lucius et ce même Harry qu'un rapprochement devrait se faire. Enfin, ça, c'est si je suis de bonne humeur, bien sûr ^^' En attendant, je vous souhaite à tous de joyeuses fêtes de Noël.
