NDA : Comme promis, voici le présent avec notre cher Lucius. Bonne lecture.
Chapitre 15
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Mise au point
La journée se passa bien trop vite au goût de Harry et également au goût de Draco, visiblement, au vu de sa petite mine déçue quand Harry lui annonça qu'ils devaient rentrer au manoir.
Le petit garçon avait les joues toutes rouges d'avoir trop joué dehors, tant avec les jumeaux Weasley qu'avec son cousin Sirius, que ce soit aussi bien sous sa forme humaine que canine d'ailleurs.
Sirius et le jeune sorcier aux cheveux noirs avaient discuté tous les deux de ce qui s'était passé la veille. Sirius avait surtout semblé surpris d'apprendre que Harry soit toujours vierge, à la plus grande horreur du jeune homme qui avait dû, de son point de vue, se justifier devant un Sirius éberlué.
Pourtant, une fois sa surprise initiale passée, Sirius avait tenté de ne pas juger son filleul, que ce soit sur sa virginité (cela le regardait lui, après tout) que sur ses sentiments envers son patron. Un Malfoy. Il le laissa parler, tentant de comprendre.
Il était évident pour l'Auror que Harry était tombé amoureux de Lucius pendant ces quelques mois passés auprès de lui et, à la vérité, il ne savait pas trop quoi lui dire. Il regretta amèrement que Remus ou même Severus ne soient pas présents en cet instant. Eux auraient été plus en mesure de rassurer ou consoler Harry. Néanmoins, comme il semblait que Harry ait plus besoin, dans l'immédiat, de parler que d'écouter des conseils, il le laissa faire, ne cherchant pas à l'interrompre.
La seule chose qu'il avait trouvée à lui dire était de ne pas se fermer, de laisser passer un peu de temps et de tenter de s'expliquer avec Lucius. Sur le coup, il s'étonna lui-même des paroles plutôt sensées qu'il avait lancées... avant de foncer envoyer un hibou en douce à Severus, histoire de lui expliquer dans les grandes lignes ce qui s'était déroulé la veille entre son fils et Lucius.
Il ne voulait pas envenimer les choses entre Harry et Lucius, d'une part, et d'autre part, il avait bien vu que Harry souffrait, pour de bon. Alors, aussi étrange que soit pour lui l'idée que son filleul puisse éprouver des sentiments envers l'aristocrate, (un Malfoy, nom d'un chaudron, un Malfoy !) il avait, une fois n'est pas coutume, préféré jouer la prudence, afin de ne pas faire souffrir encore plus Harry à cause de propos trop hâtifs.
Harry et Draco dirent une dernière fois au revoir aux Weasley, avant de transplaner devant le portail du manoir. Ils marchèrent en silence, jusqu'à ce que Harry ne le rompt, reprenant son rôle de précepteur et en se tournant vers l'enfant.
« Draco, quand on sera à la maison, tu iras tout de suite prendre ta douche. Tu n'oublieras pas de te laver les dents, compris ? »
« Oui. »
« Ensuite, c'est pyjama, pipi, et au lit. Je pense que ton papa viendra te lire ton histoire, ce sera l'heure du coucher de toute façon. »
« Et si papa ne vient pas ? Tu iras le chercher ? »
« Pourquoi tu veux que ton papa ne vienne pas ? Il savait que l'on allait rentrer tard, non ? »
« Ben... »
Harry stoppa net à quelques mètres à peine de la porte d'entrée.
« Draco ? » fit Harry sèchement.
« Ben en fait, tu ne m'avais pas dis à quelle heure on allait rentrer. Et il se pourrait que papa ne soit pas exactement au courant du fait que je n'étais pas au manoir. »
« Quoi ?! » s'écria Harry. « Tu m'a dit que tu l'avais informé que tu étais avec moi ! »
« C'est exact, il m'a dit qu'il était avec toi. Cependant, il semblerait que Draco, tout comme toi, ait légèrement omis de me préciser que vous ne seriez pas au manoir de la journée... » fit une voix polaire du pas de la porte.
Harry ferma brièvement les yeux, sentant toute la colère contenue dans les propos de Lucius. Il se retourna pour faire face à l'homme qui se tenait devant eux.
« Draco, fais ce que Harry t'a demandé. Nous allons avoir ensuite une petite discussion, tous les deux. »
Le gamin lâcha la main de Harry mais ne bougea pas, son visage faisant des allers-retours entre son père et son tout nouveau tonton.
« Papa, si tu dois te fâcher, c'est contre moi. C'est vrai que je ne t'ai pas dis qu'on était pas à la maison, mais tu étais dans ton bureau, t'as pas voulu m'écouter et tu m'as fait comprendre de filer. J'ai pas pu te dire ! » tenta de se justifier le garçon.
Harry sourit un peu, heureux malgré tout que le petit essaye de le protéger et surtout qu'il reconnaisse en partie sa faute. Même si bien sûr, il ne pouvait pas s'empêcher d'accuser également son père d'être le responsable de la situation actuelle.
« Draco, tu rentres ! » s'énerva Lucius, faisant perdre son mince sourire à Harry.
Draco jeta un regard désolé à son professeur avant d'obéir à son père, comprenant sans doute qu'il valait mieux pour tout le monde qu'il file doux. Une fois seul, Harry s'avança à son tour, décidant de ne pas se laisser impressionner par l'homme. Il passa devant lui mais ne put faire trois pas de plus avant que Lucius ne se mette à parler.
« Harry, j'aimerais te parler, dans mon bureau. »
La voix toujours glaciale de Lucius ne présageait rien de bon, aussi Harry se contenta de hocher la tête et de s'effacer pour le laisser passer devant lui et le suivre. Une fois dans le bureau, Harry se tint debout alors que Lucius s'installait dans son fauteuil. Le sorcier aux cheveux noirs regarda la pièce avec un peu de curiosité. Après tout, il n'avait pas eu réellement l'occasion de la voir jusqu'à ce jour. Et cela ne lui manquait absolument pas, songea-t-il rapidement.
« Prends un siège. »
« Je ne préfère pas. »
Le haussement de sourcil blond ne dura qu'une demi-seconde puis Lucius attaqua.
« Harry, je désapprouve totalement ton comportement de ce jour. De quel droit es-tu parti avec Draco, sans même me prévenir et encore moins me demander la permission ? Il s'agit de mon fils, je te rappelle, alors même si tu as pris des libertés avec lui et que je te laisse faire bien plus de choses que ce que tous les autres précepteurs réunis n'ont pu faire, ce n'est pas une raison ! » gronda Lucius.
« Je ne me suis pas enfuis avec lui, » rétorqua Harry, vexé. « Il a absolument tenu à m'accompagner chez les Weasley pour la journée. Et il est venu te demander la permission. »
« Bien sûr, et dis-moi, tu es venu vérifier par toi-même qu'il l'avait fait ? Comme si tu ne connaissais pas Draco et ce qu'il est capable de faire quand il veut obtenir quelque chose ! Tu lui avais dit que vous ne reviendrez qu'après souper ? Tu pensais vraiment que ce n'était pas à toi de t'assurer que je sois au courant d'où était mon fils ? Je suis son père ! Tu n'avais pas à le prendre sans me le dire, et tu n'avais pas à le laisser agir à sa guise. Tu aurais dû me le dire ! » s'écria Lucius, le ton étant monté de plus en plus alors qu'il parlait.
« Très bien, pardon, je suis désolé, voilà ! » s'exclama Harry, lui aussi en colère. « C'est vrai, je n'aurais pas dû, mais bon sang, il t'a dit qu'il était avec moi, il n'y a pas non plus mort d'homme ! Je n'allais pas le séquestrer ou je ne sais quoi. Si tu ne me fais pas confiance, il ne tenait qu'à toi de lui dire non ! Et puisque tu es son père et qu'il te fallait plus de détails pour donner une réponse, eh bien tu n'avais qu'à venir me les demander dans ce cas ! »
« Quand il s'agit de Draco, c'est à toi de venir me tenir au courant et c'est à moi que revient de prendre les décisions ! Comment pouvais-je deviner, quand Draco m'a demandé s'il pouvait rester avec toi, qu'il s'agissait de quitter le manoir pendant des heures et non pas d'une simple balade dans le parc ou d'un jeu dans sa chambre !? Tu peux m'expliquer ? Non, tu ne peux pas, parce que tu ne sais même pas ce que cela fait d'être père, tu ne peux tout simplement pas imaginer une seule seconde l'angoisse que j'ai pu ressentir en me rendant compte que vous n'étiez pas là ! Tu n'es que son précepteur, rien d'autre ! »
« Oh bien sûr, dès que cela t'arrange, tu joues au père modèle et moi de toute façon, je ne sais rien à rien, pas vrai ? C'est bien ce que tu me reprochais déjà hier soir, si je ne m'abuse, de n'être qu'un pauvre ignare ! Et bizarrement, aujourd'hui, je passe du statut de confident, d'oncle de Draco, à simple employé et précepteur, rien de plus, comme c'est facile ! » rétorqua Harry, blessé au possible. « Alors quoi, on en est là, c'est ça ? Comme tu n'as pas pu avoir ce que tu voulais hier soir, je suis rétrogradé, plus bon à rien, incapable de te satisfaire et du coup, incapable aussi de m'occuper correctement de Draco ? »
« Arrêtes, tu mélanges tout ! Je ne suis pas en train de te parler de hier soir, mais d'aujourd'hui, du fait que mon fils et toi aviez disparu ! »
« Disparu ? Non mais tu t'entends ? On n'avait pas disparu, on était juste parti en balade pour la journée ! »
« Nom d'une mandragore, mais pourquoi tu n'es pas venu me le dire toi-même ! Que cela te plaise ou non, ce n'était pas à toi de décider ! »
« Mais Draco était venu ! »
« IL A HUIT ANS, MERDE ! » cria Lucius, perdant toute contenue. « Tu aurais dû venir toi-même ! »
« JE N'AVAIS PAS ENVIE DE TE REVOIR ! » hurla Harry en retour. « Pas envie que tu me balances dans la figure ce qui s'était passé hier soir, voilà, tu es content ? Alors oui, je suis en tort, oui je suis désolé pour tout ça. Mais ne me dis pas que je m'occupe mal de Draco parce que c'est faux ! »
« Tu vois, tu confonds tout. Et malgré ce qui s'est passé entre nous, tu aurais dû prendre tes responsabilités et venir me trouver au lieu de te comporter comme un gamin ! » scanda Lucius.
« Je t'ai déjà dit et répéter que j'étais désolé, tu veux quoi de plus ? Que je me traîne à tes pieds ? Ou tu préférerais sans doute que j'avale une bouteille de champagne pour que tu puisses me sauter en paix ? » Harry se passa une main nerveuse dans ses cheveux. « Et merde, j'aurais jamais dû accepter de venir bosser ici, jamais. Et encore moins attendre quoi que ce soit de ta part. Tout ce qui t'intéresse, c'est d'avoir un pauvre con qui s'occupe de ton fils et que tu puisses baiser de temps en temps. C'est pour cela qu'ils se sont barrés, en réalité, ceux avant moi ? Tu les as culbutés un soir et ensuite, tu leur as fait comprendre qu'ils devaient rester à leur place de précepteur, rien d'autre ? S'occuper de Draco mais pas trop ? Et puis, quand tu les as suffisamment utilisés, tu les jettes comme des vulgaires chaussettes usagées ? »
Lucius se releva de son fauteuil pour se diriger vers Harry qui recula d'un pas.
« Harry, tu mélanges vraiment tout... »
« Oui, je sais, tu te répètes. Mais qu'est-ce que tu veux, je suis qu'un pauvre idiot inexpérimenté, c'est bien là le fond de ton problème, pas vrai. »
« Mais arrêtes ton spectacle, je t'assure que tu te trompes ! »
«Hum, » souffla Harry. « Je ne crois pas, non. De toute façon, j'aurais dû écouter Sirius et tous les autres. Ils m'avaient prévenu que je ne pourrais pas te faire confiance, que tu serais comme ton père, que tu chercherais juste le meilleur moyen pour obtenir de moi ce que tu voudrais et, qu'ensuite, tu me poignarderais dans le dos. Je ne pensais seulement pas que ce que tu voudrais, en plus d'être la bonniche de ton fils, c'est que je sois aussi ta catin ! Un Mangemort sera toujours un Mangemort, un être fourbe et malsain ! » lança Harry d'une voix étranglée.
Le visage blessé de Lucius lui fit mal, autant que ses mots dont Harry réalisa seulement au moment où ils sortaient de sa bouche la portée et qui le firent saigner, tout comme ils le faisaient avec l'autre homme. Pourtant, ce fut le sanglot derrière lui qui l'acheva. Il se retourna pour tomber sur Draco qui se tenait près de la porte, raide, les bras le long du corps.
« Oh non, Draco, je voulais pas dire ça, » se dépêcha de se rattraper Harry.
« Mon papa, c'est pas un Mangemort ! » cria l'enfant dont les larmes commencèrent à couler. « C'est pas un méchant ! Tu as dit qu'il fallait pas juger quelqu'un par rapport à son papa en plus ! Et tu as dis que les Weasley et Sirius, ils étaient gentils, qu'ils pensaient pas du mal des Malfoy ! T'as menti ! »
« Non ! Non, Draco, je te promets que non. Je suis désolé, j'étais en colère, je pensais pas ce que j'ai dit. Et puis, avant, j'étais stupide, d'accord ? Je vous connaissais pas, mais maintenant, je sais bien que vous n'êtes pas méchants. Draco, je t'en prie... » fit Harry en se mettant à genoux devant le petit.
Le gamin le regarda, avant de se tourner vers son père dont le visage était très pâle.
« Pourquoi vous vous disputez comme ça ? C'est ma faute, pas vrai ? Moi aussi je suis désolé, je veux pas que vous vous disiez de vilaines choses, je veux pas que tu partes, Harry. Papa, c'est pas vrai qu'il s'occupe pas bien de moi. Et c'est pas ma bonniche ! Je sais pas ce que c'est qu'un ''capin'' mais je suis sûr que Harry n'en est pas un non plus, » pleurnicha-t-il avant de se lancer dans les bras de Harry. « Vous battez plus, moi je veux que vous soyez comme avant, quand vous faisiez des sourires. »
Harry serra le petit contre lui, jetant un coup d'œil à Lucius, toujours défait, debout à côté de lui.
« Je crois que nous ferions mieux d'aller tous nous reposer. Viens Draco, je vais te mettre au lit, » murmura enfin Lucius.
Le petit garçon quitta les bras de son professeur pour tendre la main à son père.
« Vous allez vous réconcilier ? »
« On discutera tous les deux demain, ce soir, tout le monde est bien trop fatigué et énervé, » éluda Lucius sans regarder Harry.
« Bonne nuit, Harry, » fit Draco en se retournant.
« Bonne nuit, Draco, » répondit Harry, une grosse boule dans la gorge.
Lucius ne dit rien et sortit de la pièce, tenant son fils par la main.
Après un instant, Harry se décida à sortir lui aussi. Il se dirigea dans sa chambre pour prendre une bonne douche et se mettre en pyjama. Il resta une éternité sous l'eau chaude, perdu dans ses pensées. Nul doute que ce soir, il n'y aurait pas de discussion autour d'une tasse d'Earl Grey dans le petit salon Saphir. Cette idée lui faisait mal, tout comme la dispute qu'il avait eue avec Lucius. D'autant plus que Harry savait, au fond de lui, qu'il avait été injuste avec Lucius. C'était vrai qu'il aurait dû venir lui-même le prévenir et ne pas laisser cette responsabilité à l'enfant.
Mais il s'était excusé, nom d'un dragon. Lucius n'était pas obligé d'insister ainsi... si ?
Harry était malheureux, perdu. Malgré son âge, il avait une grosse envie de pleurer. Il n'était pas en couple avec Lucius et cette dispute sonnait pour lui le glas de tous ses espoirs. Enfin, de tous ceux qui avaient survécu à la soirée de la veille. Il était triste, incommensurablement triste, bien plus qu'il ne l'avait été pour toutes ses précédentes amourettes, bien plus qu'il n'aurait dû l'être étant donné que Lucius et lui n'avaient, au final, rien fait et n'étaient rien l'un pour l'autre.
Il allait se glisser dans son lit, pour passer une nuit qui s'annonçait aussi mauvaise que la précédente, quand on toqua à sa porte.
Il se leva afin de l'ouvrir, le cœur battant. Pourtant, ça ne pouvait pas être lui, impossible ! Vu l'heure, il devait être en train de se coucher, lui aussi.
Ce n'était effectivement pas le lord blond qui se tenait devant sa porte mais son sombre tuteur, qui lui fit un petit sourire.
« Tu me laisses entrer, mon garçon ? »
Harry sortit de sa torpeur pour permettre à Severus d'entrer avant de refermer la porte.
« Sev' ? Qu'est-ce que tu fais là ? Je ne t'ai pas appelé ! Il y a un souci ? » demanda Harry.
« Tu ne m'as pas appelé, c'est exact, mais j'aurais préféré. J'ai reçu un hibou de Sirius, tout à l'heure, qui m'a raconté des choses pour le moins étranges. Cela m'a toutefois permis de rassurer Lucius qui me harcelait via la cheminée. Il était paniqué car tu avais disparu avec Draco. »
Harry se sentit rougir. C'était une chose de se mettre en colère devant Lucius, une autre d'affronter Severus. Car il savait qu'il allait devoir tout raconter, là encore. Or, il ne s'en sentait pas du tout le courage. Devant Severus, il se sentait faible, redevenant l'enfant qui avait besoin d'être rassuré. Un besoin viscéral en cet instant.
« Harry... Je viens de parler avec Lucius, il m'a appelé après que vous soyez rentrés de chez les Weasley, Draco et toi. Il n'avait pas l'air d'aller très bien et vu ce qu'il a commencé à me raconter, je me suis dis que le mieux serait encore que je vienne te voir. Qu'est-ce qui s'est passé ? »
« Franchement, c'est ridicule, tu ne vas pas venir me moucher le nez à chaque fois qu'un truc ne va pas, » tenta de se reprendre Harry. « Je suis un adulte bon sang, et là, tu viens sur mon lieu de travail ? C'est n'importe quoi. »
« Je te signale que ton travail est terminé depuis plusieurs heures, d'autant qu'aujourd'hui était un jour de congé. Et là, dans cette pièce, à cette heure, je ne suis pas sur ton lieu de travail mais dans ton logement de fonction, c'est à dire ton domicile. Ensuite, si j'ai envie de venir moucher le nez de mon fils quand il va mal, c'est mon problème, personne n'a à me dire quoi que ce soit. »
Harry leva les yeux vers lui, le cœur malheureux.
« Papa... je crois que j'ai fait que des conneries... Et je suis... triste... et aussi... »
« Amoureux ? » finit Severus en le prenant contre lui.
Harry fondit dans l'étreinte paternelle, fourrant son nez dans la robe de Severus qui commença à lui caresser les cheveux.
« J'ai vraiment fait n'importe quoi, je me sens tellement nul, » murmura le plus jeune.
« Je suis sûr que ce n'est pas si grave que cela. Allez, viens, on va s'asseoir et tu vas tout me raconter, calmement. J'ose espérer que le sac à puces ne t'a pas trop donné de mauvais conseils. Sinon je l'ai prévenu, je le castre. »
Harry pouffa un peu tout en s'installant dans son canapé.
« Non, en fait, j'ai bien vu qu'il n'osait pas me dire grand-chose, de peur de faire ce qu'il ne fallait pas. Par contre, je suis très surpris qu'il t'ait envoyé un hibou, il ne devait vraiment pas savoir quoi faire pour en venir à te solliciter ! »
« Sirius est et restera à jamais un gosse. Dès qu'il s'agit de faire autre chose que des blagues idiotes ou des pirouettes pour faire rire, il n'y a plus personne. C'est à se demander comment il fait pour être un aussi bon Auror. »
« Attends, je rêve ou tu viens de faire un compliment à Siri' ? »
« Ma langue a fourché. Ne lui répète jamais sinon je te jure... »
« Que tu me castres ? »
« Non, hors de question, je n'ai pas envie que Lucius m'en veuille pour le restant de mes jours et j'ai, par contre, très envie de pouvoir être grand-père. Et puis, ce serait dommage de te priver d'un plaisir que tu n'as encore jamais connu. »
Harry rougit et baissa rapidement les yeux. Faites confiance à Severus Snape pour savoir revenir au fond d'un problème et mettre les choses au clair en deux phrases.
« C'est Sirius qui te l'a dit ? »
« Non, mais je m'en doutais et c'est ce que j'en ai déduis du peu de ce que j'ai compris sur ce qui s'est passé entre Lucius et toi. Alors, je t'écoute, raconte-moi tout. »
Harry prit une grande inspiration et se lança, racontant tout ce qui lui empoisonnait le cœur depuis la veille.
... ... ...
Lucius se tenait dans le petit salon Saphir, une tasse de thé à la main. Il ne buvait pourtant pas le liquide fumant, bien trop concentré à se morfondre à la place. Il savait qu'être dans ce petit salon n'était pas anodin.
C'était ici que Harry et lui avait vraiment appris à se connaître, ici qu'ils avaient échangé leur premier baiser, la veille.
Le lord soupira tout en se décidant à reposer sa tasse sur la table basse. Il n'y aurait pas de soirée tendre à deux ce soir et c'était entièrement de sa faute. Il avait agi comme un imbécile la veille, il en avait conscience.
Néanmoins, il savait tout autant que Harry était responsable de la dispute de la soirée. Lui n'avait rien à se reprocher pour le coup. Pourquoi l'ancien Gryffondor avait réagi aussi lâchement ? Il ne le comprenait pas. Quand bien même il avait des griefs contre lui en raison de son comportement déplorable de la veille, Harry aurait dû venir lui parler puisqu'il s'agissait d'un sujet qui concernait Draco.
D'ailleurs, déjà la veille il s'était enfui plutôt que tenter de s'expliquer, et là, ce matin, il n'avait même pas osé venir le voir.
C'était ridicule. Incompréhensible.
Il n'allait pas le manger ou lui jeter un mauvais sort ! À l'instant où il pensait cela, les paroles du jeune homme revinrent à son esprit. Il le croyait Mangemort et aussi mauvais que son père. Lucius ferma les yeux alors qu'un rire sans joie s'échappait d'entre ses lèvres.
Oh combien Harry se trompait, il était loin d'être comme son père.
Il rouvrit ses yeux alors que la porte du salon s'ouvrait sur Severus. Ce dernier s'assit dans le canapé, sans se douter que c'était là où s'était tenu son pupille les soirs précédents.
« Comment va-t-il ? » demanda Lucius.
« Pas très bien, » répondit Snape.
Il leva son regard noir pour dévisager son ami.
« Lucius, sais-tu pourquoi je ne t'avais pas présenté Harry avant cet été ? »
« J'ai bien quelques suppositions. Je préférerais toutefois que tu me le dises toi-même plutôt que de me faire attendre inutilement. »
« Je préfère également. L'une des premières raisons, c'est, comme tu t'en doutes, ton nom. Je n'avais aucune envie de dire à Harry, alors que notre relation était encore si fragile, que tu étais mon... disons... »
« Ton élève préféré et toi, mon mentor ? »
« C'est cela. Il ne te connaissait sans doute pas, je ne savais pas s'il était au courant du rôle que ton père avait pu jouer pendant la guerre, mais je préférais ne pas prendre de risques. Les Weasley, eux, le savaient, de même que d'autres élèves sorciers à Poudlard. Je ne voulais pas qu'il l'apprenne ainsi. Trop de conséquences, tu es d'accord avec moi. »
« Sans conteste. »
« Ensuite, j'aurais pu, bien sûr, lui expliquer. Comme au sujet de Draco par exemple car il s'était étonné de mes absences à l'époque. Mais il était dans sa période de pleine crise d'adolescence alors, pour les mêmes raisons, j'ai préféré attendre. Quand il a quitté Poudlard, il savait pour les Malfoy. J'aurais pu, là encore, malgré tout lui expliquer. On aurait pu l'inviter, un jour, ici au Manoir. Je ne l'ai pas fait pour une toute autre raison. »
« Qui est ? »
« Toi, Lucius. »
Le lord fronça les sourcils, contrarié.
« Oui, toi. Harry était un jeune homme séduisant, ce qu'il est toujours soi-dit en passant. Je savais le risque que je prenais en te le présentant. Surtout si je te le présentais simplement en tant que mon fils. Je n'étais pas sûr du tout que ce simple fait le protège de tes ardeurs. J'espérais qu'étant ici en tant que précepteur de Draco, je ne verrais pas mon garçon dans l'état dans lequel il était ce soir... C'est à dire baignant dans ses larmes et le cœur brisé. »
Cette fois, le visage de Lucius se ferma. Il passa une main dans ses mèches blondes, sans regarder Severus.
« Severus... je ne veux pas lui faire du mal. Ce n'était pas mon intention. Je me rends compte de la piètre opinion que tu dois avoir de moi... »
« Je t'arrête de suite, Lucius. Si j'ai demandé à Harry, avec l'aide de Dumbledore, de venir dans ton manoir pour devenir le précepteur de Draco, ce n'était pas pour rien non plus. Je savais que dans ce cas-là, tu serais obligé de te contrôler, que tu ne pourrais pas simplement lui sauter dessus. »
Lucius ne put cacher un petit sourire.
« Attends, est-ce que, par le plus grand des hasards, tu serais en train de me dire que, autant tu avais volontairement éloigné Harry de moi jusqu'à ce jour parce que tu ne voulais pas que je lui ''saute dessus'' comme tu dis, autant tu as fais exprès de me le mettre dans les pattes en septembre pour que je le fasse ? » s'exclama-t-il.
Il n'en revenait pas que Severus lui confirme aussi sobrement ce qu'il soupçonnait depuis quelque temps.
« Exactement. Tu oublies à qui tu t'adresses, Lucius. Je suis encore le Directeur de la Maison Serpentard, ce n'est pas pour rien. Harry était trop jeune jusqu'à présent, trop immature. Et puis, j'avais encore des doutes quant à sa sexualité. Toi, tu n'étais certes pas aussi jeune, mais niveau immaturité affective, tu le suivais de près. »
« Hé ! » s'offusqua Lucius.
« Silence. Tu sais que j'ai raison alors économise ta salive. Vous n'étiez pas prêts, ni l'un ni l'autre, à vous rencontrer. Cela aurait été un fiasco et du coup un véritable gâchis pour nous tous. Je ne pouvais pas le permettre. Le seul couac à notre magnifique plan, à Albus et moi, c'était que j'ignorais que Harry serait aussi effrayé à l'idée d'une relation intime avec toi et que toi, pauvre obsédé du zizi sexuel, tu veuilles le dépuceler à peine le premier baiser échangé ! »
Lucius baissa la tête en gémissant, les joues roses.
« Je n'arrive pas à croire à ce que mes pauvres oreilles entendent. »
« Arrêtes tes simagrées, Lucius, pas avec moi, je te prie. Bref, maintenant il s'agit de réparer les pots cassés. Heureusement, dans notre malheur nous avons de la chance. Harry a tout raconté à Black et pour une fois le clébard a retenu sa langue. Il va d'ailleurs falloir que je m'occupe de découvrir les raisons de ce petit miracle. Je vais demander à Albus de prendre contact avec lui, ce sera plus simple. Je le ferai dès mon retour ce soir à Poudlard, » marmonna le professeur de potions plus pour lui-même qu'autre chose, devant le regard pour le moins éberlué de Lucius.
« Harry est au courant de toutes vos manigances, à Albus et toi ? »
Severus lui jeta un regard perplexe.
« Harry ? On parle d'un Gryffondor, Lucius. Plus encore, de mon fils qui est aussi naïf qu'il peut être tête brûlée, c'est dire ! Évidemment qu'il n'est au courant de rien. Où en étais-je ? Ah oui, il va falloir que tu lui sortes le grand jeu, j'en ai peur. Parfois, je me demande si ce gosse n'aurait pas de terribles ascendances Poufsouffle, je te préviens. Il a peur de n'être qu'un coup d'un soir pour toi. Son petit cœur tendre ne le supporte pas. Il veut plus, bien sûr, d'autant qu'il s'est, comme je le comptais, très attaché à Draco. Il ne veut pas vous perdre, tous les deux, » continua Severus avec un petit sourire.
Lucius se renfonça dans son fauteuil, un large sourire sur le visage. Maintenant qu'il savait pouvoir compter sur Severus pour attirer Harry dans ses filets, il ne craignait plus rien.
« Il était évident que Harry était tombé amoureux de moi, il ne sait vraiment pas cacher ses sentiments ou émotions. » Devant le toussotement de Severus, Lucius s'empressa d'ajouter. « Je ne le vois pas comme une simple relation de plaisir d'un soir, si cela peut te rassurer à ton tour. »
« Je n'en doutais pas une seule seconde, » répondit Severus. « Que compte-tu faire ? »
Lucius continua de sourire. Il se saisit de sa tasse de thé qu'il but enfin avec une manifeste satisfaction.
« J'ai bien réfléchi à la situation, aujourd'hui, et je pense avoir trouvé la parfaite solution à nos petits... désagréments. Il est vrai que son rejet d'hier m'a interpellé et que je dois légèrement modifier mes plans d'origine, je l'avoue. Mais à la réflexion, c'est une excellente chose. Harry a eu une merveilleuse idée de me repousser. Quant au fait qu'il soit encore vierge, je ne peux que m'en délecter à présent. Ce que je vais lui proposer sera... à la hauteur de ce que je souhaite pour nous deux et tellement plus aristocratique. Ce sera, disons, du pur Malfoy. »
Severus le regarda, dubitatif.
« Du pur Malfoy, rien que cela ? Rassure-moi, du Malfoy Lucius ou Septimus, pas du Malfoy Abraxas ou Nicholas ? »
Lucius émit un petit rire de gorge, profond et chantant.
« Oh, du Malfoy Lucius, très cher, ce que la haute société sorcière de sang-pur peut rêver de mieux. »
Severus prit sa propre tasse de thé en soupirant.
« Parfois je me demande si je n'ai pas fait une erreur. Je suppose que tu ne me diras pas de quoi il s'agit ? »
« Tu supposes juste, » affirma Lucius.
... ... ...
Harry était pelotonné dans son lit, quatre mouchoirs pleins et humides à côté de lui. Malgré cela, il était dans un bien meilleur état que la veille. Le fait d'avoir discuté avec Severus lui avait fait, comme à l'accoutumé, un bien fou.
Au diable ses vingt ans bien sonnés, presque vingt et un. Quand il était dans cet état, il avait besoin de son père. Car alors Severus était réellement son père. Il savait lui remonter le moral, le consoler, tout en lui mettant de légers coups de pieds aux fesses, histoire de le faire réagir.
Les paroles de l'homme l'avaient rassuré. D'après lui, Lucius n'avait jamais eu la moindre relation avec les anciens précepteurs de Draco. Il n'avait pas eu énormément de relations tout court depuis sa séparation d'avec Narcissa. Bon, bien sûr Harry se demandait à présent ce que Severus avait voulu dire par « pas énormément » mais il verrait cela plus tard. Severus lui avait affirmé que Lucius voulait une relation sérieuse et que, vu la façon dont il lui parlait de Harry, il éprouvait des sentiments certains à son égard.
Presque malgré lui, le jeune sorcier avait repris espoir. Espoir que Lucius veuille toujours de lui, malgré tout ce qu'il lui avait reproché au sujet de Draco, malgré sa réaction quand il avait voulu aller plus loin, malgré son inexpérience. Il finit par s'endormir, la tête pleine de baisers et de caresses tendres.
Alors qu'il dormait du sommeil du juste, une main froide qui se posait sur sa joue le fit violemment sursauter.
« Quoi ?! »
« Tonton Ry, c'est moi. J'ai fait un cauchemar, je peux rester avec toi ? »
« Draco ? Pourquoi tu es dans mon lit ? Ton père va te chercher partout, il doit déjà être en train de te chercher partout, il va s'inquiéter et... »
« Non, il peut pas savoir que je suis debout, » rétorqua le gamin en se collant contre son précepteur, sous la couette.
« Ah ! Tu as les pieds gelés, par Merlin ! Bien sûr que ton père va le savoir, il pose un sort de surveillance tous les soirs quand tu te couches, je te rappelle. »
« Non, » répondit Draco en glissant ses pieds entre les jambes de Harry qui couina. « Pendant les vacances, Blaise et moi, on a dormi dans la même chambre. Il s'est moqué de papa quand il a voulu jeter le sort, il a dit que c'était pour les bébés et que nous on était plus des bébés depuis longtemps. Alors depuis, il ne le fait plus. Je veux pas que Blaise pense que je suis qu'un bébé. Et puis, pourquoi tu portes qu'un caleçon pour dormir ? Si tu avais un pantalon tu aurais moins froid, » termina-t-il d'un ton sévère alors que les petits glaçons essayaient de se réchauffer sur la peau chaude du jeune homme.
« Je ne porte pas qu'un caleçon, j'ai aussi un tee-shirt je te signale, et si tu ne mettais pas tes pieds glacés sur mes cuisses, je n'aurais pas froid ! » protesta Harry.
Un silence se fit, dont profita Draco pour entourer d'un bras le corps de l'ancien Gryffondor afin de se plaquer le plus possible contre lui. Au bout de cinq petites minutes, Harry recommença à parler.
« Bon, Draco, tu retournes dans ton lit maintenant ? »
« Non. »
« Et pourquoi donc ? »
« Parce que je dors, alors tais-toi parce que sinon tu vas finir par me réveiller et demain je serai de très mauvaise humeur. »
Harry baissa les yeux vers la petite tête blonde nichée dans son cou. Il soupira, vaincu.
Le lendemain, il se leva en compagnie de Draco qui bâilla en s'étirant tel un chaton dans le grand lit. Ils firent un rapide brin de toilette, Harry s'habilla puis ils partirent dans la chambre de Draco afin qu'il puisse s'habiller à son tour. Ce furent encore ensemble qu'ils descendirent prendre leur petit-déjeuner dans la salle à manger où Lucius finissait le sien. Après une légère tension, les deux hommes se saluèrent, avec courtoisie.
« Harry, je serai absent aujourd'hui. Des affaires urgentes. Je ne reviendrai qu'en fin d'après-midi. Pourrais-je espérer que nous discutions, tous les deux, à mon retour ? »
« Oui, bien sûr, » répondit le jeune homme d'une voix toutefois moins affirmée qu'il ne le voulait.
« Parfait, » fit Lucius avec un grand sourire, dévoilant ses impeccables dents blanches. « Draco, parrain est venu hier soir, il t'a apporté les cadeaux de Noël de sa part et de celle de Harry. Tu as le droit de les ouvrir après manger. J'ai eu aussi un hibou d'Argiope. Tu dors chez Blaise ce soir, il t'attend vers 17h00. »
« Youpi ! » cria l'enfant, ivre de joie.
Lucius se tourna vers Harry, arborant toujours son sourire resplendissant.
« Ainsi, nous auront toute notre soirée pour nous, très cher. Seuls. Je viendrais te chercher pour le dîner, si cela te convient. »
Harry acquiesça, avala rapidement son morceau de pain aux raisins et plongea son nez dans son chocolat chaud. Oh Merlin, il serait seul avec Lucius toute la soirée. Un petit frisson parcourut son dos tandis que des papillons volaient dans son ventre. Lucius se leva, embrassa son fils et sortit de la pièce sur un dernier « à ce soir » prononcé d'une voix chaude en direction de Harry. Celui-ci le regarda partir, le nœud d'angoisse et d'excitation toujours très présent dans son estomac.
Il retourna à son déjeuner, l'esprit très loin de la journée studieuse qui l'attendait tandis que Draco babillait joyeusement à ses côtés. Il ne pensait qu'à une seule chose : Lucius.
De fait, la journée passa à une vitesse folle. Ni lui, ni Draco n'avaient la tête au travail, ils ne pensaient, l'un comme l'autre, qu'à la soirée qui s'annonçait.
Harry aida l'enfant surexcité à faire sa petite valise pour sa nuit chez Blaise et l'accompagna par cheminée jusqu'au domicile des Zabini. Argiope roucoula comme à son habitude tout en laissant traîner des mains plus que baladeuses sur le jeune brun qui se retint avec peine de leur mettre une tape dessus, comme sur un vulgaire insecte indésirable.
Enfin, il retourna au manoir étrangement calme et vide. Fébrile malgré lui, Harry décida de se prendre une rapide douche, d'enlever sa robe noire et austère pour revêtir une tenue plus classique bien qu'à consonance un peu plus moldue. Pantalon noir et chemise bordeaux. Il tenta tant bien que mal de se coiffer, se maudissant une nouvelle fois d'avoir coupé ses cheveux. Mais quelle idée idiote ! Quand ils étaient plus longs, au moins ils ne rebiquaient pas en tous sens ! Là, des épis se battaient entre eux, lui donnant l'air d'être sorti du lit après une nuit de débauche.
Il soupira tout en se sentant du plus haut ridicule. Lucius lui avait simplement proposé de discuter. Autant qu'il pouvait le savoir, cela pouvait être simplement pour lui en remettre une couche suite à ce qui s'était passé la veille avec Draco.
Il refusait de le croire. Il préférait penser que ce que Severus lui avait confié était à l'origine de la demande de l'homme. Regardant toujours son reflet dans le miroir, il se mordit les lèvres. Il voulait que cette soirée se finisse bien, il aurait aimé que Lucius l'embrasse encore, qu'il lui dise qu'il comptait, qu'il aimerait essayer quelque chose avec lui.
Un léger coup à sa porte le décolla de sa contemplation. Il sortit précipitamment de sa salle de bains pour aller ouvrir, terriblement nerveux, sans cesser de se répéter qu'il était le dernier des crétins. Ce n'était pas un rendez-vous galant, nom d'un Sombral, uniquement son patron qui voulait lui parler d'un sujet très certainement rébarbatif à mourir.
Il ouvrit, révélant l'homme dans toute sa splendeur.
Lui aussi avait dû faire un passage dans sa salle de bains car il n'était pas du tout habillé de la même façon que le matin. Étrangement, il avait, tout comme Harry, un pantalon noir mais au lieu de la chemise bordeaux du jeune homme, le lord portait une chemise d'un joli gris perlé qui faisait ressortir ses yeux. Ses cheveux d'un blond argenté étaient libres, retombant avec grâce dans son cou et sur ses clavicules. Harry se sentit ouvrir des yeux exorbités alors que Lucius lui offrait un petit sourire. Il ne l'avait encore jamais vu ainsi, aussi décontracté, une main dans la poche de son pantalon, les premiers boutons de sa chemise ouverts, laissant entrevoir la naissance de son torse. Il était beau, semblant plus jeune que son âge, à peine plus que Harry alors que ce dernier savait, et pour cause, que Lucius avait déjà un enfant de huit ans.
Harry réalisa soudain qu'il ne savait pas exactement l'âge de Lucius. Cela ne lui avait jamais posé problème, mais soudainement, il avait envie de savoir, envie de connaître la date de naissance de cet homme qui le regardait toujours en silence, avec son sourire taquin en coin.
« Bonsoir, Harry, » finit-il par dire de sa voix grave et chaude. « Très jolie chemise, elle va parfaitement bien avec tes cheveux. »
Comme pour souligner ses propos, Lucius se rapprocha du jeune sorcier et tendit sa main pour passer ses doigts dans les cheveux noirs. Harry ferma les yeux une nano-seconde, sous la caresse. Les doigts de Lucius se refermèrent sur la tignasse, Harry sentit son crâne se faire pousser en avant, vers l'aristocrate. Il ne résista pas, de nouveau hypnotisé par les yeux gris qui le fixaient toujours.
Avant même de comprendre réellement ce qui se passait, il se trouva plaqué contre le torse ferme du sorcier, les cheveux blonds caressant ses joues. Il ne réfléchit pas plus, entre-ouvrit la bouche et ferma les yeux alors que les lèvres douces se posaient avec une tendre fermeté sur les siennes.
Ce ne fut qu'un simple bécot, un baiser chaste. Lucius se recula un peu, mais il ne put aller très loin car cette fois, ce fut Harry qui s'agrippa à sa nuque et s'empressa de l'embrasser à son tour. Ce ne fut plus chaste du tout, la langue du lord décidant de passer la barrière des lèvres purpurines afin de pénétrer la bouche chaude, accueillante et demandeuse et enfin venir à la rencontre de la propre langue du garçon.
Ils se collèrent l'un contre l'autre, leurs lèvres scellées, leurs langues jouant tendrement ensemble, les mains de Harry toujours dans les cheveux doux, celles de Lucius dans le bas du dos du plus jeune. Enfin, au bout d'un petit moment, ils cessèrent le baiser, chacun reprenant sa respiration et ses esprits.
Le front de Lucius vint se placer sur celui de Harry, alors qu'un sourire étirait ses lèvres. Tout se passait à merveille. Harry ne l'avait pas repoussé, bien au contraire. Le reste de son plan pouvait commencer.
« Bonsoir, Lucius, » répondit enfin Harry, son souffle venant s'échouer sur les lèvres humides de l'autre homme.
Ils se séparèrent, se souriant, certainement un peu niaisement. Pourtant sur le moment, ils s'en moquaient, cela n'avait aucune espèce d'importance. Lucius fit glisser l'une de ses mains des reins de Harry à son bras, pour venir ensuite enrouler ses doigts autour des siens.
Harry apprécia ce simple contact, alors qu'ils marchaient côte à côte sans rien dire de plus. Ils n'avaient pas besoin de parler, pas maintenant. L'essentiel avait été dit avec le baiser et par ce geste. Les explications viendraient, bien sûr, mais pas maintenant. Là, c'était l'instant béni de la félicité, l'instant latent où chacun goûte encore la chaleur de l'autre sur sa bouche, sans vouloir savoir de quoi sera fait l'instant suivant.
Ils arrivèrent à la salle à manger, où Jekyll leur servit le repas. Ils ne parlèrent d'abord que de simples banalités, Harry interrogeant Lucius sur sa journée et ce dernier sur les progrès de Draco. Une fois le dessert avalé, Lucius se releva, prit de nouveau la main de Harry dans la sienne et le conduisit dans le petit salon Saphir.
L'estomac de Harry se noua. Il s'assit sur le canapé, Lucius toujours à ses côtés, comme l'avant-veille lors de leur première soirée avec échange salivaire. Mais cette dernière ne s'était pas bien terminée, c'était le moins que l'on pouvait dire.
Alors que Lucius se penchait vers lui pour l'embrasser de nouveau, Harry se reposa les questions qu'il s'était déjà posé plusieurs fois depuis des semaines. Bien qu'elles puissent se résumer en une seule : Que voulait Lucius ?
Lui désirait des réponses, il les voulait.
La langue de Lucius se fraya de nouveau un chemin jusqu'à la sienne où elles commencèrent leurs danses langoureuses.
Oui, il voulait des réponses. Plus tard.
... ... ...
À suivre
... ... ...
NDA : vous aussi vous voulez des réponses ? Eh bien il faudra attendre le prochain chapitre ^^ J'espère que ce chapitre vous aura plu et à la semaine prochaine.
