NDA : Ahah, vous vous attendiez pas à celle-là, pas vrai ? Eh oui, de retour vers le passé ! Bonne lecture ^^
Chapitre 18
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1995
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Le choix d'un père
La jambe toujours prise au piège dans la marche, Harry vit avec horreur Severus tendre le bras pour se saisir de la carte des Maraudeurs. Celle-ci fila rapidement dans la main de Maugrey d'un simple Accio. Harry se maudit intérieurement. Quel idiot ! Pourquoi n'avait-il pas pensé à jeter ce sort pour récupérer œuf et parchemin !
« Excusez-moi, je me suis trompé, » dit alors Maugrey d'une voix tranquille. « En fait, ce parchemin est à moi. J'ai dû le laisser tomber tout à l'heure. »
Harry déglutit péniblement, avisant les yeux sombre de son tuteur qui passait de la carte à l'œuf que Rusard tenait toujours entre les mains. Il voyait bien que Severus était en train de comprendre la relation qui existait entre les deux, puisqu'ils appartenaient à un seul et même champion : lui.
« Harry... » murmura-t-il, corroborant les sinistres pensées du garçon.
« Qu'est-ce que vous racontez ? » fit Maugrey.
« Harry ! » gronda Snape. « Ce parchemin n'est pas à vous, Fol Œil, mais à Potter ! Et cet œuf également ! Harry est ici, caché sous sa cape d'invisibilité ! »
Harry lança un regard désespéré à son professeur de défense contre les forces du Mal.
« Ne soyez pas stupide, Snape ! » aboya Maugrey.
« Stupide ? » susurra dangereusement Severus. « Oh, je ne suis pas stupide, Maugrey. Mon pupille est ici, au lieu d'être dans son dortoir, et ça, ça va lui coûter cher ! »
« Vous êtes totalement obsédé par ce garçon, Snape ! Je pense en parler avec Dumbledore, un tel acharnement est... »
« Est mon problème, pas le vôtre ! » s'exclama Severus, décidant d'ignorer purement et simplement son collègue. « Harry ! Tu as exactement dix secondes pour enlever cette fichue cape et te montrer ! Sinon je te promets que ça va très mal se finir ! »
Harry serra les dents. Malheur, que pouvait-il bien faire ? Il jeta de nouveau un regard implorant à Maugrey, mais ce dernier avait beau essayer par tous les moyens de convaincre Severus, rien n'y faisait.
« Accio cape d'invisibilité ! » cria Severus.
Harry sentit avec épouvante le fin tissu s'envoler, le laissant atrocement à nu, visible pour les trois hommes.
« Tiens, tiens, tiens, qu'avons-nous donc là ? » chantonna lugubrement Severus en s'approchant du garçon.
« Severus, je suis désolé... » tenta de s'expliquer Harry.
« Silence ! » tonna l'homme, effrayant même dans sa chemise de nuit grisâtre.
Il leva sa baguette, libérant la jambe de Harry en le tirant vers le haut, faisant pousser un petit cri de surprise et de douleur à l'adolescent.
« Tu vas avoir de gros ennuis, mon garçon, » commença Severus, faisant s'agrandir les yeux de Harry de peur.
« Snape, ce n'est qu'un gamin, un champion de l'école, il devait certainement avoir une bonne raison pour être ici, » intervint Maugrey.
« Oui, oui ! » s'empressa d'ajouter Harry. « C'était pour l'épreuve ! J'ai découvert l'énigme de l'œuf, c'est pour cela ! Je voulais pas le faire devant tout le monde, j'ai attendu la nuit pour cela ! Je te promets, Severus ! »
Devant le regard intimidant de son professeur, Harry rougit et rectifia le tir, conscient de sa terrible erreur.
« Je veux dire, professeur Snape. C'était pour l'épreuve, » termina-t-il, les yeux baissés.
Son tuteur ne répondit pas, mais le garçon sentit sa main s'abattre sur son épaule, sans aucune douceur.
« Rusard, l'œuf. Maugrey, la carte, » dit Snape, froidement.
Les autres adultes ne dirent rien de plus, tendant au professeur de potions les deux objets qui appartenaient à Harry.
Sans ajouter un mot, Harry se fit entraîner dans les cachots par son professeur en colère. Une fois dans les appartements, le garçon garda la tête prudemment baissée tout le temps que dura son mémorable savon, la peur au ventre, ses yeux surveillant par en-dessous son tuteur qui gesticulait dans la pièce en fulminant.
« Quant à ta cape, elle est confisquée jusqu'à un temps indéterminé ! » termina Snape après plus de cinq bonnes minutes de réprimandes féroce.
« C'était celle de mon père ! » protesta Harry, plus touché par cette punition que par toutes les précédentes vociférations de Snape.
« Et alors ?! »
« T'as pas le droit de me prendre ce qui appartenait à mon père ! »
« Je vais me gêner ! Tu traînes dans les couloirs, tu désobéis aux règles ! »
« J'ai trouvé la réponse à l'énigme ! »
« Tu fouines dans mon bureau ! » explosa Severus.
« Quoi ? Non ce n'est pas moi ! C'est... » Harry se tut brusquement.
« C'est ? » demanda Severus.
« Tu ne vas jamais me croire, de toute façon, » bougonna Harry.
Severus entendit néanmoins la notion de tristesse dans la voix et tenta de se calmer. Hors de question de refaire la même erreur que la dernière fois. Il remua rapidement ses doigts, se rappelant ainsi d'éviter tout mouvement intempestif de sa main.
« Dis toujours. »
Harry releva ses yeux d'un vert hors du commun vers l'homme.
« Monsieur Croupton, » chuchota-t-il.
« Pardon ? »
« Sur la carte, il y avait le nom de monsieur Croupton, » répéta Harry d'une voix un peu plus ferme.
« Monsieur Croupton. Comme monsieur Croupton, le directeur du département de la coopération magique internationale, rien que cela ? » se moqua Severus.
Harry serra les poings, ses yeux se mirent à briller de colère.
« La carte enchantée ne ment jamais ! Alors, je sais, tu vas dire que moi, si ! Parce que je suis un menteur, pas vrai ? »
« Calme-toi. »
« Je mens pas ! C'était bien son nom ! Tu me crois jamais, de toute façon, même quand je suis innocent... »
« Innocent ? Comme quand je pense que tu es dans ton dortoir, tranquillement en train de dormir ? »
« Oui, je suis sorti après le couvre-feu, » s'énerva Harry. « Cédric m'avait dit d'aller prendre un bain dans la salle de bains des préfets avec mon œuf, pour trouver la solution de l'énigme ! Et il avait raison ! Mais je me disais que c'était peut-être une blague, j'avais pas envie qu'on se fiche encore de moi, comme avec l'article de Skeeter, si c'était pas vrai ! Tu me vois, tomber sur une troupe de Poufsouffle ou de Serpentard, appareil photo à la main pendant que je me balade avec mon œuf, tout nu dans la salle de bains ? Et ben pas moi ! On me pourrit suffisamment la vie comme ça sans que j'en rajoute encore volontairement une couche ! »
« Tu as fini, c'est bon ? » demanda froidement Severus.
« Oui, » répondit Harry, amer comme jamais, tournant ses yeux vers le sol.
L'homme étudia attentivement son pupille. Peu à peu, une ride d'inquiétude se forma sur son front. Devant le silence pesant, Harry redressa la tête. Severus avait brusquement pâli. Il se pencha vers lui, posa ses mains sur ses épaules.
« Harry, c'est très important, je ne te punirai pas, je te le promets, mais il faut me dire la vérité, il en va de notre sécurité, à tous. Tu es bien sûr d'avoir vu le nom de Monsieur Croupton sur une carte ? Quelle carte ? »
« Oui, » affirma Harry avec conviction, plantant ses billes vertes dans les onyx noirs de son tuteur. « Je retournais vers la Tour de Gryffondor quand j'ai vu un point qui bougeait dans ton bureau, sur la carte enchantée que j'ai de Poudlard. C'était celui de Bartemius Croupton, c'est pour ça que j'ai bifurqué, pour aller voir. Je comprends pas comment monsieur Croupton peut être là, on dit qu'il est malade, il ne va plus au ministère, alors comment et pourquoi il était dans ton bureau ? Je voulais voir ce qu'il fabriquait, c'est tout. »
« C'est tout ? » Les yeux de Severus lancèrent des éclairs furieux. « Quand donc vas-tu apprendre à te servir de ton cerveau ou, au moins, à écouter ton instinct de survie ! C'était stupide et dangereux ! » tonna-t-il.
Ses doigts se crispèrent sur la chair tendre de Harry, mais le garçon s'en rendit à peine compte. Ses yeux s'éclairèrent tandis qu'un fin sourire étirait ses lèvres.
« Tu... tu me crois, alors ? »
« Harry, c'est très sérieux. Oui, je suis prêt à te croire, cependant il faut que tu sois conscient que les conséquences peuvent être très graves. Tu comprends, mon grand ? » dit Severus d'une voix bien différente que précédemment.
« Oui, » fit Harry en fronçant ses sourcils.
Severus avait l'air angoissé et aussi stressé. C'était rare. Cela ajouta également une boule d'angoisse dans le ventre du gamin. Malgré tout, le ton étonnamment doux de Severus glissait sur lui comme du miel.
« Harry, dis-moi si j'ai bien tout compris. Tu as une carte enchantée qui te montre les personnes qui sont à Poudlard. Sur cette carte, tu as vu le nom de Bartemius Croupton, dans mon bureau. Alors, au lieu d'aller prudemment te mettre au lit, lit que tu n'aurais jamais dû quitter nous sommes bien d'accord, tu as préféré aller faire ta petite enquête. Et là, parvenu au milieu de l'escalier, tu t'es coincé la jambe. C'est ça ? »
« Oui, » répéta Harry, sans détacher son regard de celui du professeur. « J'ai perdu mon œuf et la carte. Rusard est arrivé, à cause du bruit, puis toi et ensuite Maugrey. »
Severus s'éloigna brusquement de Harry, il prit la carte des Maraudeurs qu'il avait posée sur la table et l'ouvrit.
« Harry, je ne vois rien sur cette carte. »
« Oui, c'est parce que tout à l'heure, pendant qu'on marchait, je l'ai refermée. »
« Comment fonctionne-t-elle ? »
Harry se renfrogna mais la voix sévère de Snape le fit sursauter.
« Harry ! Ce n'est pas un jeu ! Qui est au courant pour cette carte ? D'où vient-elle, même si j'ai ma petite idée sur la question. » Il s'approcha de nouveau vers Harry, le secouant par les épaules. « Je veux tout savoir, tu comprends ? Ce n'est pas une plaisanterie ! »
« Arrête, tu commences à me faire peur ! » s'écria Harry.
Severus tiqua à ses paroles, surpris également que Harry lui fasse cet aveu.
« Ce n'est pas de moi que tu dois avoir peur, mon garçon. Réponds, Harry, » répéta Severus plus gentiment bien que tout aussi fermement.
Harry se mordit les lèvres, hésitant. Severus lui laissa un peu de temps, alors que le gamin se triturait les méninges afin de savoir ce qu'il pouvait et devait dire à son tuteur. Après avoir pris une grande inspiration, il se lança, ses yeux verts toujours dans les noirs.
« C'est la carte des maraudeurs. Mon père, Sirius, Remus et Peter l'ont fait. Elle ne ment jamais. Elle montre tous ceux qui sont à Poudlard et à quel endroit ils se trouvent exactement. Des points avec le nom de chacun bougent si la personne bouge. C'est comme cela que l'année dernière, j'ai vu que Peter Pettigrow était toujours vivant. J'en avais parlé à Remus. Tu te souviens ? »
« Comment pourrais-je oublier que Lupin t'avais couvert, une fois encore, » rétorqua Severus, faisant grimacer Harry.
« Bref, il suffit d'une incantation pour qu'elle se révèle et d'une autre, pour qu'elle s'efface, redevenant un simple parchemin vierge. »
« Qui est au courant ? »
« Sirius, Remus, Ron et Hermione. Oh, et les jumeaux aussi, c'est eux qui l'avaient trouvée dans les vieilles affaires de Rusard et qui me l'ont donnée l'année dernière. »
« Pourquoi cela ne me surprend pas, » marmonna pour lui-même Snape. « Harry, je veux que tu ne dises à personne, personne, tu m'entends ?! ce qui s'est passé cette nuit. C'est très, très important. »
« Pourquoi ? »
« Je t'expliquerai plus tard, pour l'instant promets-le moi. Ni à Ron, ni à Hermione ni à personne ! »
« D'accord, » maugréa Harry.
« Je ne plaisante pas, bon sang ! » cria soudainement Severus, faisant de nouveau sursauter l'adolescent qui ne s'y attendait pas. « C'est d'une importance primordiale ! »
« Oui, okay, » fit Harry, conciliant.
« Et je t'interdis formellement de te balader tout seul la nuit, c'est bien compris ? Les temps sont troubles, Harry, je ne veux pas que tu te mettes dans le moindre danger. Je suis clair ? »
« Très clair. Je serai prudent, je te le promets. »
Harry était sincère en disant ces mots. Sincère et curieusement heureux. C'était bien la première fois qu'on lui interdisait quelque chose pour sa sécurité, du moins, c'était ainsi qu'il voyait les choses. Severus s'inquiétait, c'était évident. Il s'inquiétait pour lui, Harry, juste pour lui. Malgré la situation un peu angoissante, Harry ne pouvait pas s'empêcher d'en être content.
Severus devait sincèrement l'aimer, au moins un petit peu, pour agir de cette façon. Bien sûr, Harry le savait. Les paroles, les gestes, les actes de Severus lui avaient plusieurs fois démontré l'affection que l'homme lui portait, depuis l'été. Pourtant, à chaque fois qu'il en avait une nouvelle preuve, il avait délicieusement chaud au cœur. Comme pour confirmer ses dernières pensées, son professeur de potions le serra un instant contre lui avant de le reculer.
« Bien, file dans ta chambre. Je dois discuter avec Albus et Remus. Toi, tu vas dormir et tu ne bouges pas d'ici, compris ? »
« Je dors là ? » s'étonna le garçon.
« Oui, hors de question que tu te promènes tout seul la nuit. Ni le jour désormais. Je veux que tu sois toujours accompagné par un ou deux de tes amis. C'est un ordre, Harry. »
« D'accord, si tu y tiens » fit Harry en haussant une épaule. « Mais je fais comment pour demain ? J'ai pas mes affaires de classe ni d'uniforme propre. »
« Dobby ! » lança alors Severus.
Aussitôt, il y eut un crac sonore et l'elfe libre apparut devant eux.
« Vous m'avez appelé, maître Snape ? »
« Oui. Dobby, je veux que tu ailles dans la Tour de Gryffondor, récupérer les affaires de classe de mon... pupille. Et aussi une tenue complète pour demain. »
« Bien, monsieur, » fit l'elfe avant de disparaître.
« Maintenant, au lit. Et n'oublie pas de te laver les dents ! »
« Je n'oublie jamais. Bonne nuit, Severus. »
« Bonne nuit, gamin, » répondit Severus en le prenant de nouveau contre lui.
À l'étonnement de Harry, il le serra puissamment tout en lui déposant un baiser sur le front.
« On rediscutera de tout ça demain, calmement. Sois prudent, n'en parle à personne et j'essayerai d'oublier ta punition. »
L'adolescent redressa son visage, rayonnant, les bras autour de la taille de son tuteur. Il lui offrit un immense sourire avant de se mettre sur la pointe des pieds pour embrasser la joue râpeuse avec un brin de timidité.
« Merci, Sev'. Bonne nuit ! »
Puis il détala comme un lapin dans sa chambre.
Resté seul, l'homme porta sa main à sa joue, là où l'enfant l'avait embrassé.
« Bonne nuit, mon grand, » chuchota-t-il.
Il soupira, perdu dans ses pensées, avant de se reprendre et de se diriger dans la cheminée, carte à la main. Il devait parler de toute urgence avec Albus et Lupin. Tout ce qu'il espérait, c'était que ce sale cabot de Black garderait ses puces loin de lui et par extension, de Harry.
Harry, quant à lui, se dépêcha de se glisser sous ses draps. Il se demanda ce qu'allaient penser Ron et ses camarades en voyant son lit vide demain matin. Peut-être qu'ils verraient Dobby et que ce dernier leur expliquerait. Alors qu'il enfouissait sa tête avec ravissement dans l'oreiller, il sourit en repensant au câlin qu'ils venaient d'échanger avec son tuteur. Car c'était bien un câlin, un câlin pour rien. Que du bonheur. Certes, il avait eu droit à une engueulade en règle, mais Severus ne l'avait même pas puni ! C'était à peine croyable.
Il s'interrogeait pourtant sur le temps d'arrêt qu'avait eu Severus en parlant avec Dobby. Il avait dit ''mon pupille'' mais le garçon avait parfaitement noté le léger blanc qu'avait eu l'homme. Peut-être qu'il avait hésité à parler de Harry en tant que son pupille ? C'était étonnant, il le disait sans problème depuis que la vérité avait éclaté. Décidant qu'il était bien trop tard pour y réfléchir plus avant, il s'endormit.
Un peu moins de deux heures plus tard, il fut pourtant tiré de son sommeil par une main douce qui lui caressait les cheveux et par une voix basse.
« Harry, Harry, je sais que tu as sommeil, mais réveille-toi, mon garçon. Allez, mon grand. Le professeur Dumbledore et Lupin veulent te parler. Harry... »
« Severus ? » balbutia le garçon, les yeux vaseux.
« Oui. Debout, Harry. »
« C'est déjà l'heure ? »
« Non, je viens de te le dire, Albus et Remus sont là, viens, lève-toi. »
La curiosité de Harry, piquée au vif, finit de le réveiller complètement. Il se leva prestement et allait se diriger vers la porte laissée ouverte de sa chambre quand il fut arrêté dans son élan par Severus.
« Mets ta robe de chambre et tes pantoufles, tu vas attraper froid sinon. »
Harry eut à peine le temps d'ouvrir la bouche afin de protester qu'il n'était plus un bébé et qu'il n'avait pas froid quand un joyeux petit raclement de gorge les firent se tourner l'un comme l'autre vers l'embrasure de la porte. Le professeur Dumbledore se tenait sur le palier de sa chambre avec derrière lui, Lupin.
Harry se rassit sur son lit, soudain timide que son directeur et son ancien professeur le voit ainsi, en pyjama dans l'intimité de la pièce.
« Nous n'allons pas te déranger très longtemps, rassure-toi, » fit le vieux sorcier en s'avançant jusqu'à lui.
Remus fit de même, prenant le garçon dans ses bras.
« Comment vas-tu, Harry ? »
« Bien. Et toi ? »
« Bien aussi. Je dois te passer le bonjour de la part de ton parrain, il a hâte de pouvoir te revoir. »
« Lupin, c'est à moi de décider quand, comment et surtout si Black peut voir Harry, » coupa sèchement Severus.
« Je le sais bien, » fit Lupin de son éternelle voix calme et sereine.
Pourtant Harry nota la lueur de malice qui éclairaient les magnifiques yeux ambre de l'ancien maraudeur.
« Est-ce qu'il va bien ? » ne put s'empêcher de questionner Harry, faisant fi du reniflement agacé de Severus.
« Très bien, rassure-toi. »
« Harry, Severus nous a montré la carte que les maraudeurs avaient élaborée, à leur grande époque, » dit alors Dumbledore, coupant court le début de nouvelle protestation de Snape. « Remus nous en a expliqué l'origine et aussi le fonctionnement. »
« Je ne mens pas, » fit alors Harry précipitamment.
« Harry, ne coupe pas ainsi la parole ! » le gronda son tuteur.
« Pardon, » murmura aussitôt le gamin, ne voulant pas s'attirer les foudres de Severus.
Il n'avait pas oublié qu'il avait une punition au dessus de la tête, telle l'épée de Damoclès. Mais du coin de l'œil, il surprit Dumbledore et Lupin en train d'échanger un regard complice empli d'indulgence.
« Nous te croyons, rassure-toi. Tout le monde ici dans cette pièce sait sans l'ombre d'un doute que tu dis la vérité, » ajouta Remus.
Harry eut un grand sourire. Il regarda immédiatement Severus, délaissant les deux autres, heureux de voir que son tuteur acquiesçait. Une fois encore, Albus et Remus ne perdirent rien de l'échange entre eux, constatant combien Harry cherchait inconsciemment l'approbation de son tuteur.
« Par contre, si nous sommes là, c'est pour souligner l'importance des propos que t'a déjà dit Severus tout à l'heure. » Le ton solennel de Dumbledore força Harry à être attentif. « Il est de la plus grande importance que tu ne parles à personne de ce que tu as vu sur la carte. C'est bien clair, Harry ? Personne. Il en va de ta sécurité mais aussi de celle de tes camarades. »
« À ce point ? »
« Oui. D'autre part, nous voulons, nous tous ici présents, que si tu vois ou entends quelque chose qui te paraît étrange, tu viennes immédiatement nous en informer. Écoute-moi bien Harry, n'en parle à personne d'autre que nous trois, le professeur McGonagall ou Sirius. À aucune autre personne, y compris le personnel enseignant. »
« Albus ! » tonna alors Severus. « Je refuse que Harry contacte Sirius à ce sujet ! »
« Bon, oublions donc Sirius... pour le moment, » concéda avec mauvaise grâce Dumbledore. « Il faut que tu sois très prudent, Harry. Si quelqu'un, n'importe qui, même un autre professeur, te donne des conseils, des directives ou quoi que ce soit, parles-en de suite à Severus. D'autre part, ne reste jamais seul, fais en sorte d'être toujours avec Ron, Hermione ou un autre de tes camarades. Et bien sûr, les petites escapades nocturnes te sont formellement déconseillées. »
« Oui, professeur, » admit Harry en baissant la tête.
« Bien, on va te laisser, » fit alors Remus en ébouriffant la tignasse noire.
Il se pencha vers le garçon en se dépêchant de lui murmurer à l'oreille.
« Patmol t'embrasse très fort, tu lui manques beaucoup mais ne t'inquiètes pas, tu le reverras très bientôt. Ne contrarie pas la chauve-souris et tout ira bien. »
Harry sourit de nouveau au lycanthrope alors que Severus lui intimait l'ordre de se remettre au lit. Le garçon obéit, ne sachant pas vraiment pourquoi on l'avait réveillé pour si peu. Sans doute que Dumbledore jugeait important de lui faire comprendre que les ordres de Severus suite à sa découverte ne souffriraient absolument pas la moindre désobéissance de sa part. Il n'allait cependant pas se plaindre de cette visite nocturne, ravi d'avoir pu voir Remus et d'avoir pu obtenir ainsi des nouvelles de Sirius.
Severus lui rabattait consciencieusement la couverture sur les épaules quand Remus se mit à rire.
« Quoi, Lupin, un problème ? » aboya Severus.
« Non, absolument aucun. Bonne nuit, Harry. »
« Bonne nuit, Remus, bonne nuit, professeur, » dit poliment Harry.
Il se tourna ensuite vers Severus.
« Bonne nuit, Sev' »
« Bonne nuit, gamin, encore une fois, » répondit l'homme avec un mince sourire.
Harry le lui rendit, visiblement en attente de quelque chose. Severus eut un petit coup au cœur en comprenant ce que cela pouvait être. Il se pencha, déposant ses lèvres sur le front frais du garçon. Ce dernier passa ses bras autour de son cou tout en lui rendant son baiser, sur la joue. Severus caressa un instant les cheveux noirs, sans cesser de sourire, avant de sortir de la chambre.
Il tomba directement sur les deux autres sorciers qui le regardaient bien trop joyeusement à son goût.
« Je peux savoir ce qui vous fait rire ? La situation est pourtant grave ! Croupton junior est ici, à Poudlard ! » râla-t-il sourdement.
« Oh, ce n'est pas cela qui nous rend de si bonne humeur, » gloussa Dumbledore.
L'œil meurtrier que leur adressa Severus convainquit pourtant Remus et Albus de ne rien ajouter avant de disparaître dans la cheminée.
Severus resta un instant dans son salon, pensif et soucieux. Harry courait un grand danger. Maugrey n'était pas qui il semblait être. La carte, comme leur avait expliqué Remus, montrait toujours le véritable nom de la personne, peut importait les déguisements qu'elle prenait. Maintenant, ils savaient qui avait mis le nom de Harry dans la coupe, bien qu'ils en ignoraient encore la véritable raison.
L'homme se leva, vérifia brièvement par la porte entrebâillée que Harry dormait avant de la refermer avec soin. Albus avait pu profiter de cette visite pour lui poser le sort, sans éveiller de soupçon, plaçant ainsi l'enfant un peu plus en sécurité.
« Bonne nuit, fils, je te promets de veiller sur toi. »
... ... ...
« Avada Kedavra ! »
Avant même de pouvoir faire quoi que ce soit ni même de vraiment réaliser ce qui leur arrivait, Harry vit un jet de lumière verte foncer vers Cédric, le touchant en pleine poitrine. Une terreur sans nom l'engloba tout entier. Par instinct, il se jeta derrière une ombre sombre dont il réalisa à cet instant qu'il s'agissait d'une pierre tombale.
« Sors donc de ta cachette, Harry ! Je n'ai ni le temps ni la patience de jouer à cache-cache ! » fit une voix pleine de colère et de haine.
Le garçon trembla lui-même de colère en la reconnaissant. Queudver ! Il bondit hors de sa cachette, baguette pointée vers la forme qui se détachait entre les arbres et les tombes.
« Expelliarmus ! » cria-t-il.
« Endoloris ! » lança une voix derrière lui.
Le monde de Harry devint un océan de douleur, de la pointe de ses cheveux jusqu'au dernier de ses orteils. Il s'effondra sur le sol en hurlant.
Il n'entendit pas des rires s'élever à différents endroits du cimetière ni ne vit les silhouettes vêtues de noir qui se rapprochaient de lui.
Pourtant, quand le sort s'évanouit, le laissant sans force et grelottant sur le sol, Harry les vit. Comme il vit le masque blanc, pour lui mortuaire, d'un Mangemort s'abaisser vers lui pour lui prendre sa baguette qu'il lui arracha des doigts.
« Bonjour, jeune Potter, »
Cette voix aussi, Harry la reconnut sans peine.
« Rosier... » souffla-t-il.
« Pour toi ce sera lord Rosier, misérable ver de terre ! » réagit l'homme en lui envoyant un solide coup de pied dans les côtes.
Harry hurla, sentant l'une d'elle, voire plusieurs, se casser net.
Tout, autour de lui, était teinté de rouge et de noir. Il n'avait plus de force. Malgré tout, Harry, réussit à se relever, découvrant la dizaine de Mangemorts qui l'entouraient.
« Attachez-le ! » ordonna Rosier qui enleva son masque.
« Lâchez-moi ! » se débattit furieusement Harry, malgré la douleur atroce qui le vrillait de toute part alors que deux silhouettes massives lui capturaient chacun un bras.
Le jeune homme ne pouvait rien faire contre ses assaillants et avant d'avoir pu le réaliser, il se retrouva ligoté à un arbre, devant lequel se trouvait une forme allongée, recouvert d'un drap. Un linceul, comprit Harry tandis qu'un frisson glacé lui parcourait le dos.
« Mes amis ! » déclara alors Rosier. « Nous nous sommes réunis ce soir, pour un événement qui marquera à jamais notre monde ! Ce soir, l'un de nos plus fidèles compagnons a réussi sa mission ! Faire venir à nous le jeune Harry Potter, le responsable de la mort de notre Maître et de notre déchéance à tous ! Mais l'heure de la revanche a sonnée ! »
Rosier, de sa baguette, enleva le drap qui recouvrait la forme au sol, dévoilant à Harry le corps à moitié momifié d'un homme. Ce dernier avait encore des cheveux noirs qui lui cachaient en partie le visage. Ses mains reposaient le long de son corps émacié, blanchâtres, les doigts aux ongles indécemment longs et noirâtres les terminant, telles des griffes morbides.
Harry gémit, comprenant que ce corps, décédé depuis des années mais étrangement conservé, était celui de l'assassin de ses parents, Lord Voldemort. Il ne voyait pas son visage, heureusement, et détourna rapidement les yeux du cadavre, la nausée au bord des lèvres. Il avait appris en seconde année, après sa rencontre avec l'esprit de Tom enfermé dans le journal, que le corps de Voldemort avait disparu après les événements de Godric's Hollow. Maintenant, il découvrait que les Mangemorts les plus fanatiques l'avaient conservé, telle une relique précieuse, pendant treize longues années.
« Cette nuit, » reprit Rosier doucement. « Grâce à notre dévotion, à la force de la magie noire et au sang du responsable de la mort de notre Maître, nous allons le faire revenir parmi nous, l'arrachant du royaume des morts ! »
« Non ! » s'écria Harry, horrifié.
C'était pire que ce qu'il n'avait jamais entendu.
Un maléfice s'abattit sur lui en réponse, le faisant de nouveau se tordre et hurler de douleur. Entre deux hurlements, il cracha du sang, tandis qu'il avait l'impression que son cœur défonçait ses côtes brisées. Enfin, sa torture cessa, sous les rires goguenards de ses bourreaux.
Rosier s'approcha de lui, son visage tordu par la haine.
« Silence. N'insulte pas nos oreilles avec tes paroles. Queudver ! Que la cérémonie commence ! »
Aussitôt, les Mangemorts, hormis Queudver, formèrent un cercle autour du cadavre de leur Maître en se tenant la main tout en psalmodiant des incantations en latin. L'ancien ami de James Potter, quant à lui, sortit un couteau en argent de sa poche.
« Que les ossements de l'homme, confiés en toute ignorance à ses disciples, fassent renaître celui qui les possédait, » lança Rosier d'une voix forte, couvrant celles, étrangement chantantes, de ses compagnons.
Il lança un sort sur le corps à terre, l'enveloppant d'une lumière d'or.
« Quel la chair du serviteur, donnée volontairement, fasse revivre son maître. »
Queudver s'approcha en tremblant, passant sous le cercle des bras tendu des Mangemorts afin de s'agenouiller devant Voldemort. Il hésitait, véritablement, mais après un regard furieux de Rosier et sous les yeux horrifiés de Harry, il se trancha la main d'un coup sec au dessus du cadavre. Le hurlement qu'il poussa déchira l'air ainsi que les tympans de Harry qui gémit.
Les incantations se firent plus fortes et un vent de magie sembla souffler autour d'eux. Harry rouvrit ses yeux, qu'il n'avait pas eu conscience d'avoir fermés, pour voir que les Mangemorts s'étaient lâchés la main et que le corps de Voldemort flottait désormais à une cinquantaine de centimètres du sol. Des étincelles et filaments d'un rouge sombre le parcouraient et, au grand désespoir de Harry, il semblait plus épais, moins livide. Le garçon gémit de nouveau tandis que Queudver, haletant de douleur, retournait vers lui.
« Non... Non, » fit Harry en se débattant entre ses liens.
« Que le sang de l'ennemi, pris par la force, ressuscite celui qui l'a combattu ! » finit d'une voix puissante Evan Rosier.
« Non ! » cria de nouveau Harry, la bouche pleine de sang, alors que la lame s'enfonçait dans son bras.
Il hurla quand le couteau l'entailla profondément, déchirant ses chairs, raclant l'os.
Son sang dégoulina de son bras, tandis que Queudver, invoquant un récipient, le recueillait.
« Vite, Queudver ! » ordonna Rosier pendant que Harry sanglotait, le bras en feu. « Apporte-le ! »
L'homme se tourna vers ses collègues et commença à s'avancer en flageolant maladroitement sur ses pieds.
Malgré la douleur, Harry comprit que sa courte vie allait se terminer ici s'il ne faisait rien. La volonté de vivre parcourut ses veines d'un regain d'énergie brûlante, lui donnant le courage de se révolter. Se débattant de nouveau furieusement, il retint de crier une nouvelle fois sa douleur quand il sentit son bras blessé glisser, grâce à son sang qui coulait toujours, entre les liens qui le retenaient.
Profitant du fait que tous les Mangemorts étaient concentrés sur leur tâche contre-nature ainsi que sur Queudver qui s'approchait d'eux, il se libéra et, à l'aide de sa main ensanglantée, détacha les derniers liens qui le maintenaient prisonniers. Il tituba un peu, l'esprit alerte malgré la peur et la douleur. Enfin, avisant sa baguette qui avait été jetée non lui de lui à même le sol, il s'en saisit. Il se recula prudemment, voulant retourner vers le Portoloin et le corps de Cédric, quand plusieurs cracs sonores résonnèrent de partout.
Effaré, il se jeta au sol, derrière une tombe alors que des cris de rage s'élevaient dans le cimetière.
Nul doute qu'une bataille acharnée était livrée, des sorts et de jets de couleurs différentes fusant de toute part. Harry jeta un œil, constatant avec soulagement que d'autres personnes avaient effectivement investi le cimetière et se battaient avec férocité contre les Mangemorts. Il reconnut sans peine Dumbledore, ainsi que Remus, Sirius et Severus. Ce dernier était aux prises avec Rosier qui l'insultait.
« Sale traître ! » hurla Rosier tout en jetant un sort vers son tuteur.
Severus se jeta sur le côté, évitant la lumière verte qui s'écrasa contre un arbre, le brisant net. Harry aperçut alors l'un des Mangemorts se faufiler derrière Severus, la baguette levée. L'homme, concentré sur son combat avec Rosier, ne le voyait pas. Harry n'hésita pas un instant, il se redressa et, brandissant sa baguette, lança un sort vers l'assaillant.
« Impedimenta ! »
Il y eut un cri étouffé venant du Mangemort, tandis que Severus hurlait son prénom. Moins d'une seconde après, Harry était planqué contre le sol, Severus sur lui.
« Ne bouge pas d'ici ! » ordonna l'homme. « Tu m'entends, pauvre imbécile ? Reste à l'abri ! »
« Mais il voulait te tuer ! » cria Harry.
« L'important c'est toi ! » hurla à son tour Severus en le poussant avec force contre une pierre tombale. « Reste là et n'en ressors pas tant qu'il y a des combats ! »
De fait, la bataille cessa rapidement, les Mangemorts étant rapidement submergés par l'équipe de secours qu'avait déployée Dumbledore. Les cris de protestations, d'insultes, remplacèrent bientôt les sorts et maléfices.
Harry était toujours collé à sa pierre froide, de plus en plus étourdi. Il regarda d'un œil torve son bras dont le sang s'écoulait encore. Il voulut appeler Severus ou Sirius mais ce ne fut qu'un murmure qui s'échappa de ses lèvres maculées de sang.
Pourtant, il se retrouva dans les bras de son tuteur, sans qu'il ne comprenne comment l'homme avait fait pour arriver près de lui.
« Harry ? Harry, par Merlin, réponds-moi ! »
« Severus ? Mon bras... » toussota le garçon, au bord de l'évanouissement en raison de la quantité de sang perdu.
« Ça va aller, ne t'inquiète pas. Je te ramène à Poudlard. »
« Sev'... Cédric... » gémit Harry.
« Je sais, mon grand. Je sais. Je suis désolé, Harry. »
« Harry ! » cria à ce moment une autre voix alors qu'un homme s'agenouillait devant eux.
« Sirius... » murmura l'enfant. « Tu es venu... Sirius... »
L'homme, malgré les protestations de Snape, le bouscula et prit Harry contre lui. Le garçon l'encercla de ses bras.
« Sirius, » pleurnicha Harry tout en s'étouffant à moitié.
« Black ! Il a besoin de soins, lâche-le ! » gronda Severus, cherchant à arracher son pupille des bras de l'animagus.
« Ne t'en mêle pas ! Je m'en occupe ! » aboya Sirius en réaffirmant sa prise sur l'adolescent.
« Jamais ! Lâche mon enfant ou je t'arrache les tripes ! » riposta Severus en pointa sa baguette vers Sirius.
« Sev'... Siri... » souffla Harry. « Non... »
Puis son monde devint noir.
... ... ...
Le jeune homme ferma les yeux, laissant le soleil réchauffer sa peau gelée. Il soupira brièvement alors qu'il finissait d'étendre ses jambes sur la chaise longue. Au loin, il pouvait entendre le bruit paisible de l'océan. C'était calme, reposant. Si loin de ses nuits de cauchemars.
Encore une fois, Severus avait passé la nuit avec lui. Il se sentait stupide mais n'y pouvait rien. Chaque nuit, il se retrouvait devant la porte de la chambre de son tuteur, son oreiller à la main et un air misérable sur le visage. Et chaque fois, l'homme à moitié endormi le laissait entrer dans la pièce et s'allonger dans son lit. Il s'installait à son tour tandis que Harry se collait contre lui pour se rendormir rapidement, laissant les images noires et terrifiantes derrière lui.
Le bruit des pas feutrés de Severus lui fit ouvrir les yeux, encore cernés, alors que Severus passait sa main dans la tignasse ébouriffée.
« Tu as bu ton jus de fruit ? »
« Oui, merci. »
« Comment tu te sens ce matin ? »
Le garçon haussa les épaules.
« Mieux. »
Snape le regarda, pas vraiment convaincu.
« Ce soir, tu prendras une potion de sommeil. Tu es bien trop fatigué et cela n'aide pas ta guérison. »
Harry baissa la tête, penaud.
« Je suis désolé. Je sais bien que je t'empêche de dormir toutes les nuits. Je me sens totalement stupide. Je vais avoir quinze ans et... je suis là, à dormir dans le même lit que toi. Je suis vraiment qu'un idiot, » dit-il, triste et amer.
Après l'événement au cimetière, Harry avait passé deux jours à l'infirmerie. Severus avait ensuite exigé que son pupille réintègre non pas son dortoir mais sa chambre des cachots, pendant une semaine. Harry ne gardait étrangement que peu de souvenirs de cette période. Le plus éprouvant avait été quand monsieur et madame Diggory étaient venus, le lendemain.
La cérémonie de fin d'année avait aussi été un moment particulièrement difficile. La maison Poufsouffle, plus que les autres, était en deuil.
À l'inverse, dans chaque maison, et en particulier celle de Salazar Serpentard, on comptait des étudiants en colère. Tous les Mangemorts présents cette nuit-là avaient été capturés ou tués par les membres de l'Ordre du Phénix. Certains, parmi eux, étaient des pères de familles dont les enfants étaient scolarisés à Poudlard.
Harry avait su que des Aurors, également membres de l'Ordre, avaient été présents au cimetière. Severus lui avait entre autre parlé de Nymphadora Tonks et de Kingsley Shakelbot. Ils avaient fait prisonniers les Mangemorts encore sur pieds et les avaient livrés à la justice. Ils étaient désormais enfermés à Azkaban, en attendant leur jugement. Harry savait qu'il allait devoir témoigner à leurs procès. Cette simple idée lui donnait envie de vomir.
Leurs enfants, notamment Ethan Rosier, Vincent Crabbe et Gregory Goyle étaient les plus hargneux et vengeurs. Ils avaient tenté de faire tomber Harry dans un guet-apens, après sa sortie de l'infirmerie, mais avaient lamentablement échoué. Ils avaient été exclus de l'école jusqu'à la fin de l'année. Harry ne savait pas s'ils reviendraient l'année suivante. Parmi ses camarades de promotion, seul Théodore Nott semblait totalement étranger à tout ce qui se passait autour de lui alors que son père risquait le baiser du Détraqueur.
La communauté sorcière était encore tout en émois, plusieurs semaines après cette histoire sinistre.
Pourtant, les premiers cauchemars de Harry avaient commencé ici, chez Snape. Il s'était réveillé les joues humides, les bras de son tuteur passés autour de lui, sans même qu'il ne se souvienne d'avoir crié ou appelé. Severus lui avait toutefois confirmé qu'il l'avait fait, criant le prénom de Cédric. Severus s'était allongé contre le corps tremblant afin qu'il se rendorme. Depuis, chaque nuit, Harry se réveillait et allait finir sa nuit dans la chambre de son tuteur.
Harry sentit une main sur sa joue, qui lui demandait ainsi gentiment de relever le nez. Il dévisagea les yeux noirs de Severus qui le regardait avec indulgence.
« Tu n'as pas à être désolé. Ce n'est pas ta faute. »
Cette phrase, qu'il disait jour après jour, nuit après nuit, comme un leitmotiv. Harry sentit l'habituelle boule dans sa gorge grossir.
Cela faisait un an qu'il vivait avec Severus. Il n'osa pas imaginer ce qui se serait passé s'il n'était pas venu le sauver de chez les Dursley l'été précèdent. Si son oncle, sa tante et son cousin l'entendaient pleurer dans son sommeil en criant un prénom masculin inconnu. Que se serait-il passé si Voldemort était revenu à la vie ? Harry ne voulait pas le savoir.
« Sev'... »
« Harry, arrête de retenir toutes tes émotions, ce n'est pas bon pour toi. Écoute, je ne te dis pas de prendre cette potion parce que tu me déranges, mais parce que tu en as besoin. Tu comprends ? »
Le garçon acquiesça.
« Qu'est-ce qu'il y a ? Je vois bien qu'une chose te tracasse énormément. Dis-moi ce que c'est. »
Mais Harry se contenta de détourner le regard.
« Harry, s'il te plaît. Il y a autre chose que le décès de Cédric ou ce que t'ont fait subir ces hommes. Parle-moi, mon grand. »
Les paroles, autant que la douceur dans la voix grave, finirent par avoir raison de Harry.
« Voldemort... Est-ce qu'il va revenir ? Ils étaient en train de finir le rituel, alors, est-ce qu'il va revenir ? Où est son corps ? Et si ça ne marche pas cette fois-là, ils vont recommencer, pas vrai ? »
Severus soupira tout en s'asseyant sur un fauteuil en osier à côté de la chaise longue de son pupille.
« Il ne reviendra pas. Pour plusieurs raisons. Nous avons pu savoir quel était le rituel qu'ils voulaient employer, cela n'aurait pas fonctionné. Au mieux, ils aurait créé un Inféri particulièrement robuste et doté d'un peu plus de raisonnement que les autres, mais c'est tout. L'âme du Seigneur des Ténèbres a été détruite cette nuit-là, la nuit où tes parents sont morts. Il ne peut pas revenir. En plus de cela, ton sang n'est pas le bon. »
« Comment cela ? » s'étonna Harry.
« D'après le rituel, c'est le sang de celui qui a vaincu qu'il faut utiliser. Or, ce n'est pas réellement toi qui a détruit Tom, c'est la protection de ta mère. Nul ne sait exactement ce qui s'est passé chez tes parents quand Tom a voulu te tuer. Pourquoi tu as hérité de son don pour le Fourchelang, par exemple, ni pourquoi la protection de ta mère, en mourant pour toi, a détruit le Lord. Mais ce que nous savons, c'est que le rituel invoqué par les Mangemorts n'aurait jamais pu fonctionner. Peut-être avec le sang de ta mère, ou le tien et le sien combinés, et encore, rien n'est moins sûr. »
Severus laissa un peu de temps à ses paroles d'être assimilées par l'adolescent.
« En ce qui concerne son corps, il a été détruit par le bureau des Aurors et ses cendres ont été jetées à plusieurs endroits différents, dans des lieux secrets dont seul le Langue-de-Plomb chargé de son urne en a connaissance. Personne ne pourra donc les retrouver. Quant aux Mangemorts, ils sont tous en prison. Tous ceux qui avaient réussi à échapper à Azakan la première fois et qui étaient assez fous pour continuer cette guerre sont hors d'état de nuire »
Harry acquiesça de nouveau, soulagé.
« Comment vous m'avez retrouvé ? »
« Nous savions que Maugrey était en réalité Barty Croupton junior. Cela ne pouvait être que lui, la disparition soudaine du père ne pouvait s'expliquer qu'ainsi. Nous le savions grâce à la carte et aussi parce que Dumbledore a ensuite réussi à faire parler l'elfe de maison des Croupton. Après cela... Dumbledore a placé un sort de localisation, sur toi et Croupton, nous permettant de vous retrouver en cas de besoin. Nous avons ainsi découvert que le faux Maugrey était en contact avec plusieurs Mangemorts et qu'ils tramaient quelque chose. Mais nous ne savions ni où, ni quand, ni quoi. C'est moi qui suis désolé, Harry. J'aurai dû être plus vigilent. Nous avons failli te perdre, cette nuit-là. Nous avons averti toutes les personnes concernées quand nous nous sommes aperçus qu'il se passait quelque chose de louche dans le labyrinthe. Croupton a voulu s'enfuir pour rejoindre les autres. Il avait lui aussi un Portoloin qui a permis à plusieurs d'entre nous de se déplacer. Le sort d'Albus, sur toi, n'avait pas été renouvelé depuis un moment, hors c'est impératif de le faire. Tu étais aussi très loin, géographiquement parlant. Cela a considérablement compliqué les choses et explique notre retard. Nous avons eu de la chance, beaucoup de chance. Albus nous a fait transplaner, pendant que d'autres utilisaient le Portoloin. S'il t'était arrivé quelque chose cette nuit-là, je ne me le serais jamais pardonné. »
Harry et lui gardèrent un instant le silence, chacun perdu dans ses pensées.
« Et Sirius ? » demanda enfin le garçon.
« Ce crétin a absolument voulu venir et Albus lui avait promis de le faire participer si ta vie était en danger. Ne t'inquiète pas pour lui. Je sais qu'il est retenu en détention, mais pas à Azkaban. Albus m'a dit, hier soir, qu'il allait être assigné à résidence chez lui tout le temps que durera son procès en réhabilitation. Cela va prendre du temps mais d'après lui, pas plus d'une année. »
« Un an ! » s'exclama Harry.
« Un an chez lui, à mon avis, il a connu pire, » fit lugubrement Severus, redoutant ce que le gamin allait dire.
« Est-ce que... Est-ce que je pourrais lui écrire ou le voir ? » demanda effectivement Harry, confirmant ses craintes.
Le visage de Severus se ferma alors que l'homme réfléchissait. Il en avait déjà parlé avec Albus, bien sûr, sans compter Lupin qui le harcelait à ce sujet. Il n'avait plus de raison valable pour interdire à Harry et Sirius de reprendre officiellement contact. Mais Severus en avait d'autres, bien plus personnelles et de ce fait, moins avouables selon lui. Il ne voulait pas perdre l'enfant au profit de Black. À chaque fois qu'il y pensait, un obscur mais puissant sentiment de possessivité et de jalousie lui vrillait le ventre.
« Severus ? » fit Harry d'une petite voix.
« Je suis d'accord pour que tu lui écrives, » concéda de mauvaise grâce le maître des Potions. « Pour ce qui est de le voir, on va attendre encore un peu, que tu sois bien remis et que son procès débute. Il ne faudrait pas que le fait que tu le voies joue contre lui, » poursuivit l'homme en toute mauvaise foi. « Ensuite, tu pourras le voir, une heure ou deux de temps en temps et en ma présence uniquement. »
Il tourna son visage vers son pupille qui arborait un immense sourire. Ce dernier lui fit mal. Pourtant, son cœur se gonfla de nouveau quand le garçon lui demanda, avec timidité.
« Ce soir, je pourrais prendre ma potion avec toi ? Je veux dire... dans ton lit ? »
Il vit toute la gène, pour ne pas dire la honte qui transpirait de Harry alors qu'il lui faisait cette demande. Quinze ans à la fin du mois, mais par certains aspects, si fragile et enfantin.
« Bien sûr, mon grand. »
Cette fois, le sourire que lui adressa le garçon lui fit du bien.
Harry était à lui. C'était sans doute mal de penser ainsi mais c'était ce qu'il ressentait. À ses yeux, Harry n'était plus le fils de Lily et celui de James. Il était devenu, en l'espace d'une année à peine, son enfant et il ne voulait pas que ce trésor que la vie avait mis sur son chemin depuis si peu de temps, lui soit dérobé.
Encore moins par Sirius Black.
… … …
À suivre
… … …
NDA : Ce chapitre était le dernier en tant que « Flash-Back » sur l'enfance de Harry. Un an s'est écoulé depuis que Snape est venu le chercher, les chapitres ''passé'' n'étaient écris que pour cette année-là, la première entre eux. Ce qui se passe ensuite, vous le découvrirez lors des prochains chapitres et à l'occasion de discussions entre les différents sorciers concernés.
