NDA : Pour des raisons toutes personnelles et indépendantes de ma volonté, je me vois dans l'obligation de poster en ce samedi soir (sur la terre... hum...) Bref je suis sûr que vous ne m'en voudrez pas, n'est-il pas ? Bonne lecture.


Chapitre 19

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La découverte de l'autre


Harry s'arrêta devant la porte du petit salon, résolument fermée. Il eut un instant d'hésitation, main sur la poignée, qu'il trouva totalement ridicule. Il allait ouvrir cette fichue porte avec détermination quand une voix derrière lui lui fit pousser un petit cri de souris, encore plus ridicule.

« Tu avais peur de rentrer ? »

Il se retourna pour tomber directement dans les bras de Lucius.

« Je ne vais pas te manger, tu sais ? Enfin, pas tout de suite... » chuchota ce dernier sensuellement en se penchant vers le jeune homme.

Harry se maudit intérieurement alors qu'il frémissait dans ses bras, en attente d'un baiser qui ne viendrait pas, il le savait. De fait, Lucius se contenta de lui adresser un sourire ravageur avant d'ouvrir la porte et de le laisser passer. Chacun s'assit à sa nouvelle place, c'est à dire Harry dans le canapé, comme à l'accoutumé, et Lucius à côté de lui, délaissant le fauteuil d'autrefois.

Deux tasses de thé fumantes les attendaient déjà, posées sur la table basse. Harry se saisit de la sienne, dans laquelle il rajouta deux sucres avant de touiller.

Le silence entre eux n'était pas gênant, au contraire. Ils burent quelques gorgées, se regardant de temps à autre, tout en se souriant.

« Lucius, » finit par demander Harry. « Je ne veux pas revenir sur un sujet désagréable pour toi, je voudrais juste savoir si, un jour, tu penses que l'on pourra en discuter, tous les deux ? »

Lucius se tendit imperceptiblement, sachant pertinemment de quoi voulait parler Harry.

« Sincèrement, je l'ignore. Je pense que oui... Comme je te le disais, ce n'est pas par manque de confiance en toi, uniquement par manque d'envie et parce que c'est inutile. »

« Et Draco ? Il ne te pose jamais de questions ? Il ne veut pas... »

« Pas maintenant, Harry, s'il te plaît. »

Harry hocha la tête, sans rien ajouter de plus, ne voulant pas fâcher l'homme une nouvelle fois. Malgré tout, il fourmillait de questions et savait qu'un jour ou l'autre, il reviendrait à la charge.

« Assez parler de choses futiles. Si tu me racontais comment s'est passée ton entrevue avec Sirius ? Demain, ce sera le tour de Severus de faire sa première visite officielle, il risque de nous harceler de questions, tant sur nous que sur son cher ''cabot''. »

« Cher cabot ? Je doute que l'un comme l'autre apprécieraient que l'on parle d'eux ainsi, » répondit Harry en souriant. « Pour répondre à ta question, très bien. Il m'a confirmé que le premier mois était uniquement consacré à la découverte intellectuelle de l'autre, non physique, » fit-il, un brin provocateur.

Lucius lui rendit son sourire.

« Eh oui. Il nous faudra prendre notre mal en patience et en profiter pour discuter, se poser des questions. Tu savais que les chaperons peuvent nous interroger là-dessus, pendant nos fiançailles ? »

« Nous interroger ? » Harry explosa de rire. « Non ? »

« Si. Pour vérifier que nous passons bien suffisamment de temps ensemble, que l'on discute convenablement, bref que nos fiançailles et notre rapprochement progressent. Nous devons apprendre à nous connaître. »

Une fois encore, Harry se mit à rire, les yeux vissés dans ceux de l'aristocrate.

« Cela fait maintenant presque cinq mois que l'on se fréquente, que l'on vit ensemble. Ce n'est pas comme si nous étions deux étrangers. »

« C'est vrai. Mais ce n'est pas le cas de beaucoup de fiancés en Amoris Promissio. Et quand bien même. Nous nous connaissons, certes, mais pas d'un point de vue intime. »

Harry fronça les sourcil, alors que ses joues se teintaient un peu.

« Tu vois, Harry. Ces jolies petites rougeurs sur tes joues, au simple mot ''intime'', par exemple. C'est tout à fait charmant, je n'en disconviens pas, toutefois, c'est aussi la preuve que l'on ne se connaît pas suffisamment. Nous sommes fiancés, il n'y a pas à rougir parce que nous parlons d'intimité, de plaisir, de désir, ni même de sexe. D'autant que ce n'était pas du tout l'objet de mes propos quand je parlais d'intimité, » finit Lucius, visiblement ravi de constater que les joues de Harry étaient dorénavant grenats.

« Ce n'est pas très sympa de me faire remarquer que je rougis. Je me sens bien assez stupide à cause de cela. Un mec qui rougit, c'est débile, » bougonna-t-il.

Ce fut Lucius qui se mit à rire, cette fois-ci devant l'air penaud de son fiancé.

« Moi, je te trouve véritablement adorable ainsi. »

Harry haussa les épaules, dubitatif.

« Et sinon, quel genre de questions on doit se poser ? » demanda-t-il, histoire de changer de sujet.

« Aucun en particulier. Je pense même que se poser des questions n'est peut-être pas la meilleure façon de faire. Autant simplement discuter. Regarde, en le faisant, j'ai appris que tu es d'une timidité maladive en ce qui concerne le sexe, que tu détestes rougir et toi, tu sais que je n'éprouve absolument aucune gêne à parler librement de sexe avec toi, et que je te trouve à croquer quand tu rougis. N'est-ce pas mieux ainsi plutôt que de platement se demander quelle est notre couleur ou notre plat préféré ? »

« Arrête avec mon rougissement ! » s'écria Harry en plaquant ses mains sur ses joues brûlantes.

« Pourquoi ? J'adore ça, au contraire. Je me demande même si je pourrais te faire prendre une teinte de plus. »

« Argh, mais ça suffit, oui ! »

Lucius émit un petit rire tout en prenant le jeune homme contre lui. Ce dernier se cacha dans le cou de l'aristocrate, à la fois heureux et confus.

« Tu es si prude... » constata Lucius en lui caressant les cheveux. « C'est tellement rafraîchissant, bien qu'étonnant. »

« Je sais, je sais. Je suis ridicule. On dirait une gamine de treize ans. Le problème c'est que plus j'essaye de me remuer par rapport à ça, moins j'y arrive. Je rougis comme un idiot. Et c'est pas que je suis prude. Timide, mal à l'aise, ça oui. C'est sans doute parce que... eh bien, tu sais bien... Je sais d'ailleurs que ce n'est pas normal d'être encore vierge à mon âge. »

Cette fois Lucius le recula de son torse, les mains sur ses épaules.

« Non, bien sûr que non. Harry, je ne me moque pas de toi, du tout. C'est vrai que c'est plutôt rare un homme qui rougit parce que l'on parle de sexe, mais je t'aime ainsi. C'est vraiment attachant. Ne combats pas cette particularité. De toute façon, avec le temps, cela passera tout seul. Et puis, être vierge à vingt ans pour un homme, c'est loin d'être rare, crois-moi. »

« Je pense au contraire que je suis presque une exception ! J'en ai parlé avec Sirius. »

« Ah. Black. Enfin, on ne peut pas dire que ton parrain soit une référence dans ce domaine. »

« Oui, c'est ce que j'ai cru comprendre, même si je me serais bien passé de certains détails concernant sa vie privée ! Pourtant, il n'a pas tort. En y réfléchissant, c'est vrai que tous les garçons que j'ai connus, à la fac, étaient avec des copines ou parlaient de leurs aventures. Sauf moi. En fait, ça ne m'intéressait pas beaucoup à l'époque. Avec mes copines, j'éprouvais pas grand chose, physiquement parlant. Bon, c'est sûr que vu mes préférences, ça n'avait rien d'étonnant en fin de compte. »

« Et d'un autre côté, ce n'est pas parce que quelqu'un parle du dragon qu'il l'a attrapé, » rétorqua Lucius avec un clin d'œil.

Harry rit franchement devant l'expression employée, avant de s'étrangler brusquement.

« Ça va ? »

« Attends... Tu... tu as dis... que tu m'aimais ainsi ? »

Lucius sourit de nouveau, sans répondre. À la surprise de Harry, il changea de position et sans plus de cérémonie, s'allongea sur le canapé, la tête sur les genoux du plus jeune. Ce dernier écarquilla les yeux, stupéfait.

« Oui, c'est ce que j'ai dit, » répondit enfin Lucius ses yeux gris plongés dans les verts qui le surplombaient. « Si je n'éprouvais pas des sentiments amoureux envers toi, sois sûr que je ne t'aurais jamais proposé de fiançailles. »

Il ferma les yeux tout en remuant de façon à être plus confortablement installé, le nez plaqué contre le ventre du jeune homme un brin tendu.

« Harry, tu vois, c'est plus de cette intimité là dont je parlais tout à l'heure, » murmura-t-il, sa bouche effleurant la robe noire du précepteur. « Jamais je ne me comporterais ainsi avec une simple connaissance. Tu es mon fiancé, la personne que je souhaite la plus proche de moi. » Il soupira d'aise. « Tu peux me toucher, si tu veux. »

Sans trop savoir ce qu'il faisait, Harry tendit sa main vers la chevelure d'or blanc. Elle se posa délicatement dessus, faisant apprécier au jeune sorcier la douceur des cheveux de Lucius qui soupira de nouveau, satisfait. Les doigts se perdirent dans le flot soyeux, d'abord un peu timidement, puis bien plus franchement. Harry sourit, admirant l'homme étendu et confiant devant lui et sur lui. Bientôt, il massa avec tendresse le cuir chevelu tout en alternant avec des caresses plus aériennes jusqu'à la pointe des mèches qui reposaient sur la joue et la nuque de son fiancé. Il savait déjà que les cheveux de Lucius étaient fins et doux, mais il savoura pleinement de pouvoir faire voyager ses mains aussi librement entre eux. Il en profita également pour laisser de temps en temps ses doigts s'égarer dans le cou ou sur les épaules de Lucius.

Il comprit alors ce que Lucius voulait dire par intimité. Non, ce n'était pas de sexe dont parlait l'aristocrate. C'était bien plus. Lucius se dévoilait à lui, lui montrait ce qu'il était, ce qu'il pouvait être, dans son entièreté, oubliant sa froideur et son maintien, devenant un homme, son homme, celui avec qui il partagerait ses chagrins, ses joies, ses confidences. L'homme qu'il serait avec lui, rien qu'avec lui, dans l'intimité de leur foyer.

Est-ce que Lucius avait déjà fait cela avec Narcissa ? Harry, du peu qu'il avait compris de leur relation, en doutait fortement. De même en ce qui concernait ses anciens amants. Non, il se permettait cet abandon uniquement aujourd'hui, en sa seule compagnie. Peut-être le faisait-il avec Severus ? Sans doute, mais pas de la même façon, car à cela s'ajoutait un caractère sensuel, amoureux, que l'aristocrate n'éprouvait certainement pas à l'égard du père de Harry.

« Tu es bien ? » chuchota l'ancien Gryffondor.

Les gestes tendres qu'il prodiguait, la sérénité affichée de Lucius, le tout combiné au ronronnement des flammes dans la cheminée le rendaient étrangement indolent.

« Oh oui, tu n'as pas idée à quel point, » répondit l'homme d'une voix douce.

Harry sourit tout en continuant ses caresses.

« C'est la première fois que je te vois ainsi. »

« Je sais. Tu aimes ? »

« Oui, énormément. »

Un silence s'installa, seulement perturbé par le bruit des bûches qui flambaient.

« Lucius ? »

« Oui ? »

« Tu sais, ce matin, quand je suis passé dans le couloir, je t'ai entendu parler avec Argiope. Du moins, la fin de votre discussion. »

« Et ? » demanda Lucius sous rouvrir les yeux pour autant.

« Je voulais que tu saches : je ne suis pas en sucre. S'il y a des choses que je dois savoir, si des gens nous attaquent, je suis capable de me défendre. »

Lucius sourit, toujours le nez contre Harry.

« Je n'en doute pas une seule seconde. »

Harry fit courir ses doigts de façon plus lente, lissant les mèches tout en dégageant le front pâle. Délicatement, il caressa la peau de Lucius, retraçant les sourcils aux poils si blonds qu'ils en semblaient transparents. Il hésita à parler du fait qu'Argiope avait évoqué son passé de Mangemort, et le fait que les attaques qu'elle mentionnait portaient sur les fiançailles du Survivant avec l'un d'eux. Mais au même instant, Lucius poussa un nouveau petit soupir de bien être tandis qu'il se lovait plus encore contre lui, son bras venant s'enrouler autour de sa taille. Harry renonça. Lucius semblait si bien, si détendu. Ils avaient déjà abordé un sujet qui l'avait contrarié, inutile d'en rajouter une couche.

« Non seulement je peux me défendre, mais j'aimerais que tu me laisses prendre soin de toi. Je m'aperçois que tu es assez seul, dans ta vie. Quand Argiope a dit que tu pouvais compter sur elle, tu as répondu que tu pouvais te protéger seul et que Severus serait là en cas de besoin. Ne m'oublie pas, Lucius. Tu peux aussi compter sur moi, tu n'es plus seul, » murmura-t-il au bout d'un long moment, sans jamais cesser ses attouchements.

Lucius ouvrit soudainement ses yeux, plongeant Harry dans une mer de ciel gris. Un fin sourire étira ses lèvres.

« Merci, Harry. C'est réconfortant que tu me dises cela. Normalement, ce serait plus au courtisan de dire de telles choses, mais c'est agréable de l'entendre, je l'admets. Très agréable. »

Les yeux clairs se teintèrent d'une lueur chaude, emplie de confiance et de tendresse, réchauffant le cœur du jeune sorcier. Lucius se pelotonna un peu plus contre lui, ses lèvres se pressèrent un instant sur la robe noire pour déposer un baiser sur le ventre de Harry.

« Plus agréable que de savoir quelle est ma couleur préférée ? » le taquina Harry, ses doigts toujours dans les cheveux blonds.

« Je sais déjà quelle est ta couleur préférée. »

« Voyez-vous cela, » ricana le garçon.

« Bien sûr. En fait, tu n'as pas de couleur préférée, tu les aimes toutes. Tu aimes le vert, comme tes yeux, comme la forêt. Le bleu d'un ciel d'été et de l'océan. Le rouge qui se marie si bien avec le noir de tes cheveux, le rouge encore quand il est mêlé au jaune, à l'or et au rose d'un soleil qui se couche. Tu aimes le noir, si sobre, si discret, si paternel. Et tu aimes le gris qui te fais penser à mes yeux. Tu les aimes, toutes, selon ton humeur et tes envies. »

Harry resta ébaudi un instant, ne pouvant se détacher de ces prunelles envoûtantes et à la fois malicieuses qui le dévisageaient. Lucius se redressa alors, dominant de nouveau Harry de sa taille tout en restant assis sur le canapé, le visage à quelques centimètres du sien.

« Étonné, cher promis ? »

Harry acquiesça.

« Oui, sans l'ombre d'un doute. Et toi, quelle est ta couleur préférée ? Je l'ignore, à ma grande honte. »

Lucius lui caressa la joue tout en murmurant :

« Brillante étoile ! Que ne suis-je comme toi immuable,
Non seul dans la splendeur tout en haut de la nuit,
Observant d'un regard éternel,
De la nature, patient ermite sans sommeil,
Les eaux mouvantes dans leur tâche rituelle,
Purifier les rivages de l'homme sur la terre,
Ou, contemplant le nouveau manteau déposé
De la neige sur les montagnes et les landes -
Non- mais à jamais éternel, à jamais immuable,
Reposant sur le beau sein mûri de mon amour,
Sentir toujours son lent soulèvement,
Toujours en éveil dans un trouble exquis,
Encore son souffle entendre, tendrement repris,
Et vivre ainsi toujours - ou défaillir dans la mort. »

« Keats ? » s'étonna Harry.

Lucius sourit en réponse.

« Je ne comprends pas... »

« Je n'aime pas les couleurs en tant que tel, » susurra Lucius en dégrafant les premiers boutons de la robe de Harry, juste dans son cou, révélant le collier d'or. « Mais j'aime la beauté qu'elles peuvent nous offrir. L'éclat d'une étoile qui veille sur la terre, la blancheur d'un paysage enneigé. En fait, je suis comme toi, je n'ai pas de couleur préférée. »

Il se pencha dans le cou maintenant découvert pour embrasser la peau fine et remonter ensuite le long de la gorge, redessinant la mâchoire pour enfin finir sa course à quelques millimètres des lèvres entrouvertes.

« Lucius, » gémit Harry. « Tu es sûr que l'on ne peut pas s'embrasser ? »

« Certain, » répondit le lord en reprenant sa course en sens inverse.

« Et si on essayait quand même ? »

L'homme rit, faisant vibrer la poitrine de Harry collée à lui.

« Oh non, hors de question de jouer avec les sorts et enchantements de nos fiançailles. »

« Qu'est-ce qu'on risque ? »

« Aucune idée et j'ai bien l'intention que cela reste ainsi. »

Lucius se redressa, posant deux doigts sur la bouche du garçon.

« Pas de protestation, jeune promis. On ne joue pas avec la vieille magie, jamais, les conséquences peuvent en être désastreuses, sois-en certain. Et imagine la réaction de nos chaperons s'ils venaient à l'apprendre. Black rêve déjà de me botter les fesses, je n'ai aucune envie que Severus se mette d'accord avec lui pour le faire. »

Le regard de Lucius se fit cependant plus profond, emprunt d'un désir si violent qu'il fit frissonner Harry.

« Toutefois, je pense que ceci est permis. »

Il se pencha plus avant, embrassant ses propres doigts toujours sur les lèvres pleines du plus jeune, qui ferma les yeux.

« Bonne nuit, Harry, » déclara-t-il enfin en se relevant du canapé. « Je te raccompagne à ta chambre. »

Le jeune homme accepta la main tendue devant lui, ne la quittant que devant sa porte, quelques instants plus tard.

... ... ...

Un nouveau rythme s'établit pour Harry, qui s'en habitua fort rapidement.

Le matin était certes toujours consacré aux études de Draco. Le jeune garçon s'était d'ailleurs étonné que son précepteur ne s'occupe de lui que le matin pour ses classes. Cependant, quand son père lui avait déclaré qu'ils avaient convenu d'un nouveau rythme scolaire, Harry et lui, il ne posa pas plus de questions, sans doute bien trop heureux de gagner des heures de liberté et de jeu.

Avant l'étude de Draco, Harry prenait un petit-déjeuner plaisant en compagnie de Lucius, beaucoup plus détendu qu'autrefois. Il découvrait également chaque matin, sous sa serviette ou sur la table, un petit présent.

Il s'en était étonné et avait protesté. Mais Lucius, tout comme Severus, avaient été intraitable. C'était la coutume que le courtisan offre des présents à son promis. Comme le lui avait dit Severus, c'était le principe même du fait de ''courtiser''.

Ce n'était pas, en général, des cadeaux clinquants hors de prix, heureusement. Harry n'aurait pas apprécié et Lucius semblait décidément bien le connaître car il ne commit pas cet impair. C'était le plus souvent une simple fleur, un livre, une plume, un petit accessoire vestimentaire comme un foulard ou une cravate, de la cire pour balai ou encore, ce qui fit rire Harry, un paquet de bonbons de chez ''Weasley farces pour sorciers facétieux''.

Toutefois, d'autres de ces présents étaient parfois plus exceptionnels : le livre d'une édition rare, un bijou ancien. Bien que plus onéreux, ces présents étaient toujours en rapport avec une discussion qu'ils avaient eue, un souvenir, ou avaient une consonance particulière qui les rendaient plus précieux que leur prix aux yeux de Harry.

L'après-midi, Harry travaillait à son roman. Il passait aussi beaucoup de temps à la bibliothèque, ou encore avec Draco. Il avait également investi la salle de sport et la piscine, ne souhaitant pas perdre les muscles qu'il avait si durement gagnés en jouant au Quidditch.

En fin d'après-midi, Severus ou Sirius, quand ce n'était pas les deux, venaient lui rendre visite.

Mais ce que Harry n'aurait échangé pour rien au monde et qu'il attendait dès qu'il se levait le matin était sans conteste sa soirée. À peine Draco au lit, il la passait toute entière avec Lucius.

Soit l'un, soit l'autre, s'allongeait sur le canapé, la tête sur les genoux de son fiancé. Ils discutaient alors, de tout et de rien, du cadeau du matin, de la journée de chacun.

Harry était, ce soir-là, en train d'admirer les flammes de la cheminée, les doigts fins de Lucius dans sa tignasse. Il aimait autant être celui qui recevait les caresses que celui qui les donnait. Lucius, quant à lui, préférait visiblement être celui qui restait assis, préférant câliner sans discontinuité les cheveux en bataille. Du moins, c'était ce à quoi pensait Harry alors qu'il se retenait de ronronner.

« Lucius, » soupira-t-il, « c'est bien souvent moi qui suis dans cette position quand on est ensemble. Tu n'aimes pas quand tu es sur mes genoux ? »

« Si, beaucoup. Mais je préfère quand même comme cela. »

« Pourquoi ? »

Lucius réfléchit un instant, tout en prenant l'une des mains de Harry dans la sienne.

« Je suppose que c'est parce que je suis quelqu'un qui garde souvent le contrôle. La maîtrise de soi. J'ai du mal à me laisser complètement aller, à m'autoriser à me relâcher. C'est aussi pour cela que ça me fait beaucoup de bien de pouvoir le faire avec toi, de temps en temps. Et puis, en fait, j'aime le contrôle, être celui qui domine. C'est dans mon caractère. »

Harry tourna la tête vers l'homme au dessus de lui, s'arrachant à sa contemplation des flammes.

« Domination. C'est comme cela que tu vois la chose ? »

« Je ne sais pas de quelle chose tu parles exactement, mais dans tous les cas, ce serait te mentir que d'affirmer que je n'aime pas cela. Tu le savais déjà, non ? »

« Oui, je ne peux pas dire l'inverse. Mais domination à quel point ? Tu penses que le fait que tu me surplombes, comme actuellement, c'est me dominer ? »

« En quelque sorte. Mais dominer ne veut pas dire écraser. Pas avec toi en tout cas, » rajouta-t-il après un dernier instant de réflexion.

« Je suis heureux de l'apprendre, » se moqua Harry. « Je ne pense pas que j'aurais aimé être ''écrasé'' par mon fiancé. »

« Je suis un dominant, quoi qu'il en soit, » conclut Lucius.

Harry fronça les sourcils, perdu dans ses réflexions. Il posa leurs mains enlacées sur son ventre, avant de murmurer :

« Et... je veux dire... comment tu vois la suite ? Enfin, d'un point de vue domination, tu vois ? Quand on... enfin... »

« Respire et détends-toi, tu es en train de me chauffer les cuisses tant tu paniques à la simple idée de dire le mot ''sexe'', » ricana Lucius, s'attirant une légère tape sur le bras. « Néanmoins, je suis ravi que tu me poses la question, cela veut dire que tu n'es plus opposé à l'idée qu'un jour nous franchissions le pas. Je t'avoue que je n'aime pas vraiment être en dessous. Je te l'ai dit, je suis un dominant. Et toi ? Tu te places comment vis à vis de ça ? »

Harry sentit ses joues chauffer un peu plus tandis que les orbes grises le scrutaient.

« Eh bien, en fait... Moi aussi je ne veux pas te mentir, surtout là-dessus, ce serait ridicule. J'ai... mon dieu que c'est gênant de parler de ça ! » bloqua Harry en détournant le regard.

S'il l'avait pu, il se serait transformé en souris pour aller se cacher. Il ne se comprenait pas lui-même. Les autres gars parlaient librement de sexualité, Severus et Sirius avaient essayé eux-aussi d'aborder le sujet avec lui, mais à chaque fois, il bloquait.

Il sentit alors les mains de Lucius se poser sur ses joues échauffées, l'obligeant à le regarder de nouveau.

« Harry, n'aie pas honte de parler librement avec moi. Je t'assure qu'en plus de cela, il n'y a rien de honteux ou de gênant, à parler de sexe ou de désir avec son fiancé. »

« Je sais, Severus me l'a déjà dit, » le coupa Harry, nerveux.

« Severus ? »

« Oui, il m'a demandé, cet après-midi, si on avait discuté de choses ''sérieuses'' tous les deux, » expliqua Harry en mimant des guillemets avec ses doigts.

« Oh, je comprends. »

« Tu comprends quoi ? »

« Eh bien, en ce qui nous concerne nous en avons discuté hier. Mais bon, parler de ça avec son père, je peux comprendre que ce soit gênant, pour le coup. Je suis ton fiancé et peut-être, si à terme tu le désires, ton mari. Il n'y a donc rien de honteux, » poursuivit Lucius, imperturbable, tout en caressant le visage de son promis.

« Peut-être pour toi... » marmonna Harry.

« Avec certitude, pour moi. Oui, je te désire, tu le sais parfaitement puisque c'est d'ailleurs la raison de notre première dispute de couple. Je pense à toi, chaque nuit, et tous les soirs je me touche en t'imaginant dans mon lit, nu, à gémir sous moi et mes coup de reins, » fit Lucius, la voix chaude alors qu'il terminait sa phrase.

Harry déglutit péniblement, le corps subitement incendié sous le regard de braise de Lucius.

Il inspira lentement, comprenant alors que le silence s'éternisait, que Lucius ne lâcherait pas ainsi la question et qu'il le tannerait jusqu'à ce que lui, se décide à parler.

« Je... Je pense, moi aussi, très souvent à toi. D'une manière assez... érotique, » avoua-t-il avec difficulté. « Et quand je m'imagine avec toi... je suis... tu es... »

« Je suis ? »

« Comme maintenant. Au-dessus de moi, » lâcha-t-il enfin.

Le sourire de Lucius illumina son visage.

« Quand je disais à Severus que nous étions faits pour nous entendre, » ronronna-t-il, plus que comblé par ce qu'il venait d'entendre.

Le silence revint mais il n'était plus synonyme d'attente, juste de confort. Lucius retourna à ses caresses, Harry à la contemplation non plus de la cheminée, mais du visage de son, peut-être, futur amant et mari. Il se demanda d'ailleurs, s'il acceptait d'épouser Lucius, dans quel ordre exactement cela se ferait. Alors qu'il pensait à cela, il réalisa que Lucius avait parlé sexualité avec son père, ce que lui-même n'avait jamais véritablement réussi à faire.

« Tu es vraiment très proche de Severus, » constata-t-il à voix haute.

Le regard gris se baissa vers lui.

« Oui, c'est vrai. Nous avons un assez long passé commun. Il m'a beaucoup aidé, à une époque. Je le considère comme mon mentor et mon sauveur. »

« À ce point-là ? »

« Oui, sans l'ombre d'un doute. Quand il m'a dit qu'il allait devenir ton tuteur, cela ne m'a pas réellement surpris. »

« Tu le savais ? »

« Oui, bien sûr. Il me l'avait dit. Mais il a ensuite été plutôt discret sur votre relation, même si je te connaissais à travers lui. J'ai vu ses sentiments évoluer, grandir. Son amour pour toi. Et sa méfiance envers Black. Je suis agréablement surpris, à ce sujet, qu'ils viennent désormais ensemble nous chaperonner. J'aurais pensé qu'ils s'étriperaient au bout de deux jours, mais non, ils ne viennent plus qu'ensemble en ce moment. Tu avais remarqué ? »

« Crois-moi, je ne peux que le remarquer. Après des années à se détester, ils finissent enfin par s'entendre. »

Lucius dégagea le front de son fiancé avec tendresse, récoltant un sourire en récompense.

« Parle-moi un peu de ton enfance avec Snape. Et avant lui, » demanda Lucius.

Les yeux verts se teintèrent de mélancolie ainsi que de douleur.

« Mon enfance... je n'ai pas grand chose à en dire. Elle fut misérable, au sein d'une famille moldue qui me détestait. Severus m'a sauvé, moi aussi. Comme toi. »

Les doigts pâles se crispèrent imperceptiblement dans ses cheveux.

« Je ne pense pas, je n'espère pas... » souffla Lucius, si bas que Harry ne fut pas certain de ce qu'il avait entendu.

« Pardon ? »

« Severus m'en avait un peu parlé, pour m'expliquer sa décision, » éluda Lucius. « C'est pour cela qu'elle ne m'avait pas étonné plus que cela. Et avec Black ? Ils se détestaient cordialement, n'est-ce pas ? La quantité de fois qu'il m'a assommé à son propos... »

Harry le regarda. Il n'avait jamais beaucoup parlé de sa relation avec Severus. Avec personne. Ceux qui étaient le plus proche de lui avaient vécu les choses en direct, de toute façon.

« En fait, quand il a pris la décision de devenir mon tuteur, au début je n'ai pas compris. Il me détestait et moi aussi. »

« Et quand il a voulu être ton père ? »

« C'était différent. Je l'aimais à ce moment-là. Après le tournoi des Trois Sorciers, j'allais plutôt mal. Il a été génial avec moi. Sirius et lui étaient des ennemis, depuis leurs années à Poudlard. Pourtant, il m'a permis de lui écrire et de le voir, chose qu'il avait refusé auparavant. Mais là, il a vu que j'en avais besoin. C'est vrai que je lui ai fait passer une année horrible, je l'avoue. J'étais aussi en pleine crise d'adolescence. »

« En cinquième année ? »

« J'ai commencé l'été après la cinquième année. Ma cinquième année a été plutôt calme en fait. Enfin, façon de parler, bien sûr. Ça a été l'année des procès des Mangemorts et celui en réhabilitation de Sirius. Severus a toujours été présent pour moi. Toujours. J'ai assez peu de souvenirs liés à à ma scolarité, cette année-là. De souvenirs tout court. En dehors de mes révisions et des témoignages que l'on me demandait sans arrêt de faire, au Magenmagot. En fait, j'étais épuisé. Je crois que c'est quand même cette année où j'ai appris le goût du travail, l'envie d'écrire, de lire. Ça s'est transformé, au fil des mois, en besoin d'évasion, pour tout. J'étais tout le temps sollicité. Severus a tenté de me protéger comme il a pu. »

Harry s'interrompit. Son récit était décidément bien brouillon mais Lucius ne lui fit aucune remarque, se contentant de passer et de repasser ses doigts dans ses cheveux.

« La fin des BUSEs a coïncidé avec la fin du procès de Sirius. Il avait pris un an. Le monde sorcier voulait d'abord punir les Mangemorts, pouvoir hurler sa haine, avant de rendre à un homme innocent sa dignité. Severus m'avait autorisé à le voir, à Noël. Sur le coup, j'étais content. Il ne voulait même pas que je prononce son nom, l'année d'avant. Et puis, Remus avait repris son poste d'enseignant, qu'il occupe encore aujourd'hui. Alors j'allais souvent le voir, pour parler de Siri'. Severus a aussi témoigné en sa faveur. Tout ça a fait que je ne voyais pas à quel point Sirius était malheureux et qu'il en voulait à Severus. Il me voulait, moi. J'étais son filleul, le fils de James et c'était Severus, l'homme qu'il haïssait le plus, qui m'élevait. Severus de son côté... Ne me disait rien, ne me montrait rien. Je sais aujourd'hui qu'il aurait pu me permettre de voir bien plus Sirius. Il savait qu'il était innocent des crimes dont on l'avait accusé. Mais il craignait de me perdre. »

Harry soupira en fermant les yeux. Ce n'était pas vraiment des bons souvenirs qui allaient suivre.

« Après les BUSEs, j'ai voulu passé quelques jours avec Sirius, pendant les vacances. Severus a, très difficilement, accepté que j'aille avec lui les quinze derniers jours d'août. Je ne l'avais vu qu'à mon anniversaire, et encore. Je savais qu'ils se méprisaient mutuellement, mais ce jour-là, Remus m'a entraîné loin d'eux tant ils se disputaient violemment. »

Il regarda de nouveau Lucius qui le dévisageait avec tendresse.

« Pendant ces quinze jours... Sirius m'a vidé tout son sac. J'ai compris à la fois qu'il avait souffert de notre éloignement, à la fois que Severus y était pour beaucoup. J'ai... j'ai été très en colère. Du coup, je l'ai fait payer à Severus. J'étais un ado en pleine crise, je le sais bien. Et c'est Severus qui a tout encaissé. Il en a voulu à Sirius. Il avait un adolescent révolté à gérer et Siri' en rajoutait régulièrement une couche. »

Harry se tut un instant, avant de reprendre.

« Je m'en veux énormément, parce que je l'ai fait souffrir. J'ignorais que pendant ce temps, l'un comme l'autre se battait en justice, pour moi. Severus avait entamé pendant l'été une procédure pour m'adopter pleinement. Sirius, lui, une pour me récupérer en tant que parrain légal. »

« Et toi, tu t'es retrouvé au milieu de tout ça, » fit Lucius.

« Oui. J'ai vraiment été odieux avec Severus. Mais pas qu'à cause de Sirius... »

« À cause de quoi d'autre ? » finit par demander Lucius alors que le jeune homme gardait le silence.

« À cause... » il referma les yeux, se replongeant dans ses souvenirs.

Comment oublier ce moment ? Ce moment où il avait réalisé qu'il tenait à Severus d'une façon totale et inconditionnelle ?

« On était dans la salle commune de Gryffondor. Je rentrais d'une punition, avec Sev'. Elle s'était plutôt mal passée. »

« Il t'avait mis une paire de gifle ? »

« Non. Severus ne m'a pas beaucoup mis de taloche. J'avais eu droit à une fessée... »

« Une fessée ? » Lucius explosa de rire. « Non, il a osé te faire ça, à 16 ans ? »

« J'avais vraiment été odieux, je t'assure. Il m'avait dit que puisque je me comportais en sale gosse, il allait me traiter en sale gosse. J'étais furieux et j'avais mal au popotin. Je suis rentré comme une furie dans la salle. Et Ron... »

« Oui ? »

« Il m'a dit que de toute façon, je n'en avais plus que pour quelques mois. Sur le coup, je n'ai pas compris. Ensuite, il m'a expliqué que l'été suivant je serais majeur et que Snape ne serait plus qu'un mauvais souvenir... »

Harry avala sa salive avec difficulté. Lucius étudia son promis qui avait de nouveau fermé les yeux, le trouvant ému. Bien trop ému.

« Harry ? Que se passe-t-il ? Tu es triste ? »

« Oui, » fit Harry, la voix étranglée. « Je n'aime pas parler de ça parce qu'à chaque fois, ça me fait mal. Là, » expliqua-t-il en montrant l'emplacement de son cœur. « Ron pensait m'aider mais en fait, il avait mis le doigt exactement là où ça faisait mal. Je ne voulais pas que Snape m'oublie, qu'il me laisse tomber une fois ma majorité atteinte. Comme je ne savais pas le lui dire, j'ai réagi comme l'enfant idiot que j'étais. J'ai enchaîné encore plus de bêtises, j'ai eu des notes désastreuses, je faisais le mur... Tout pour qu'il me remarque. J'ai compris ça il n'y a pas si longtemps. »

« Et ça a marché ? »

« Je... Je lui ai fais du mal, alors qu'il ne méritait vraiment pas ça. Finalement, je suis allé passé Noël avec Sirius, encore une fois. Remus en a profité pour me prendre à part, histoire de me remonter les bretelles. Quand je suis rentré pour finir les vacances avec Severus, je l'ai trouvé dans le salon, avec une bouteille de whisky à côté de lui. Il avait bu. J'ai pris peur. »

« Pourquoi ? »

« Quand mon oncle buvait, il devenait méchant. Vraiment méchant. Je ne savais pas que Sev' n'avait pas bu au point d'être totalement saoul. J'ai mal réagi quand il a voulu me prendre contre lui pour m'embrasser et me dire bonjour. J'ai cru qu'il allait m'engueuler ou me frapper. J'ai voulu m'enfuir. Il m'a rattrapé, je me suis débattu et... »

« Et ? »

« Et c'est là que j'ai réalisé qu'il avait pleuré, » avoua Harry. « J'ai pas compris, une fois encore. J'ai réussi à partir, je me suis planqué toute la nuit, comme une mini-fugue. Il a fini par me retrouver, le lendemain. Il m'a passé un savon mémorable, j'ai piqué encore une crise. Et j'ai craqué. »

Harry se souvint de ce moment. Il avait hurlé à un maître des Potions dépité que de toute façon, Severus n'avait plus que quelques mois à devoir encore le supporter, qu'ensuite il pourrait faire comme il l'entendait, l'oublier, le laisser tomber, ne plus avoir de sale gamin dans les pattes.

« En plus, » continua Harry, « il s'était absenté plusieurs fois pendant les premiers mois d'école. Je ne savais pas pourquoi. J'ai bêtement cru que c'était parce que ça commençait, tu vois, qu'il se lassait déjà de moi. »

Lucius passa sa main avec lenteur sur les yeux clos, les sentant, comme il s'en doutait, humides.

« Non, ce n'était pas à cause de toi. Au même moment, j'ai eu des soucis et il m'a aidé. »

« Oh ! » Harry ouvrit ses perles vertes, brillantes. « Je l'ignorais. »

Lucius sourit en continuant ses caresses.

« Et donc, » poursuivit Harry tout en regardant l'aristocrate, « là il a compris. Il m'a pris dans ses bras, avec une telle force, une telle possessivité ! » Harry sourit. « Il m'a dit qu'il me voulait, comme son fils. Légalement. Que j'étais déjà son fils dans son cœur et que même quand j'aurais quatre-vingt-dix ans, il serait toujours là pour moi, que je serais toujours son fils. Il m'a montré les papiers, pour l'adoption. C'est ce jour-là que je l'ai appelé papa pour la première fois. »

Il referma ses yeux, se laissant le temps de se reprendre, appréciant le toucher délicat dans ses cheveux.

« Dans la semaine suivante, je suis tombé très malade. Dragoncelle aiguë. Elle a duré presque un mois. Severus n'a pas quitté mon chevet durant tout ce temps, veillant sur moi jour et nuit puisqu'il avait renoncé à assurer ses cours. Il a pris soin de moi, comme un père ou une mère le ferait. »

C'était vrai. Snape l'avait même lavé, alors qu'épuisé et transpirant, il pouvait à peine se tenir assis tout seul. Il l'avait bercé quand il délirait à cause de la fièvre, l'avais aidé à vomir en lui tenant le front et les cheveux alors que Harry avait la tête au-dessus d'une bassine. Severus lui avait fait la lecture parce que ses yeux ne supportaient plus la lumière d'une simple bougie. Il s'était comporté comme le père aimant qu'il était déjà pour lui.

« C'est mon père. Mon véritable père. Je l'aime. »

« Et Sirius ? »

« Ils ont fini par s'entendre, si on peut dire ça comme ça et surtout grâce à Remus, pour avoir chacun la moitié des vacances scolaires. Je suis devenu Harry James Potter Snape le 29 janvier. Pour ma plus grande fierté. Pourtant, quand je pense à tout ça, je m'en veux encore pour le mal que je leur ai fait, à tous les deux. »

« Tu n'y es pour rien. »

« Je sais. Mais je culpabilise quand même. Sirius avait mal pris l'adoption, bien sûr. Remus m'a aidé, là encore. Parce que s'agissant de Sirius, je ne pouvais pas demander à Sev'. Il n'aurait jamais voulu et Siri' non plus. Mais depuis l'été dernier, ils ont fait de gros efforts tous les deux. Les voir ensemble sans se battre, je ne l'aurais jamais cru. »

« Si tu veux mon avis, ils se battent encore un peu. Mais plus pour les mêmes raisons. »

« Qu'est-ce que tu veux dire ? »

« Je crois que nos chaperons se sont trouvés beaucoup d'affinités. Le fait d'être obligés de se côtoyer et de parler amour pendant des heures les ont sans doute aidés, » se gaussa Lucius.

Harry se mit à rire lui aussi.

« Je ne veux rien savoir ! »

Lucius le prit dans ses bras, le redressa afin qu'il se cale contre son torse.

« Tu es très sensible, cher promis. Tu es fort et tendre, tout à la fois. »

Le garçon aux cheveux noirs se laissa câliner, ne relevant pas la tête vers celui de son fiancé. Il était de plus en plus dur pour eux de résister à l'envie de s'embrasser alors le fait d'avoir ses lèvres à quelques centimètres de celles de Lucius serait une torture.

Au final, il se laissa aller, son corps se faisant de plus en plus lourd sur celui de Lucius. Il réalisa qu'il s'était endormi dans ses bras quand le lord le posa dans son lit.

« Lucius... » marmonna-t-il.

« Oui ? » répondit ce dernier alors qu'il lui enlevait ses chaussures.

« Tu es dans ma chambre ? »

Le sorcier ne répondit pas mais s'allongea à côté du jeune homme.

« Il semblerait, oui. »

« Je croyais que tu ne pouvais pas... »

« Je n'aurais pas pu si tu ne le voulais pas. »

« Je dormais. »

« La magie se moque bien du fait que tu dormes ou non. Elle sait. »

Il bougea de façon à recouvrir le corps de son fiancé qui écarquilla les yeux en sentant le poids de Lucius sur lui. Ce dernier se pencha pour lui embrasser le cou.

« Tu vois, » murmura-t-il, faisant bouger ses lèvres sur la peau mate. « Je ne pourrais le faire si tu ne le désirais pas. Je ne peux faire que ce que tu désires. Et je sais, désormais, ce que tu souhaites, à quoi tu penses et ce que tu aimerais que je te fasse, un jour. »

Il embrassa de nouveau la peau tendre avant de se redresser et de sortir de la pièce sur un dernier au-revoir.

... ... ...

Cela faisait un mois qu'ils étaient fiancés. Un mois et pourtant, Harry n'y pensait pas. Il était en colère, une colère qui enflait de plus en plus dans ses veines.

« Je ne te comprends pas, Lucius ! »

« Je vois cela. Pour autant je ne changerai pas d'avis. »

« Je te raconte des tas de choses, sur ma vie, plus que ce je n'ai jamais fait avec quiconque ! Et toi, tu te butes dès que l'on aborde certains sujets ! J'ai besoin de comprendre, nom d'un dragon ! »

« Je ne t'ai jamais obligé à me dire quoi que ce soit, moi ! »

« Est-ce que tu réalises que tu t'entêtes ? »

« Oui, et je m'en moque. »

Harry se retint de hurler de frustration, qui pour une fois n'avait rien de sexuelle, remerciant au passage les années d'éducation snapienne qui l'avaient aidé à contrôler quelque peu son caractère enflammé.

Hyde leur avait apporté le matin même une missive approuvée par leur chaperon. C'était une invitation officielle pour un bal de la Saint Valentin. En soi, Harry n'aurait pas insisté pour y aller. Cependant, quand il avait appris que la plupart de ses amis seraient présents, de même que Sirius et Severus, il avait proposé à Lucius de s'y rendre. Et s'était vu accordé un refus franc et massif.

La raison invoquée n'était toutefois pas pour lui plaire. Ce n'était pas parce que l'aristocrate refusait que son promis soit dévoilé, Harry avait parfaitement compris que certains courtisans étaient très à cheval sur ce point, et honnêtement, il aurait préféré que ce soit le cas présentement. Mais non, à force de questions et malgré l'attitude de plus en plus maussade du blond, il avait fini par savoir la vérité. Lucius refusait parce qu'il ne voulait pas que Harry se retrouve confronté à des réflexions sur leurs fiançailles.

« Mais pourquoi ? » tempêta une nouvelle fois le jeune homme. « Pourquoi es-tu persuadé à ce point que les gens vont me sauter dessus pour me reprocher nos fiançailles ? »

« Tu sais très bien pourquoi ! Parce que tu es le Survivant ! »

« Et alors ?! Bon sang mais j'ai vraiment l'impression que tu as honte de moi quand tu dis ça ! »

C'était vrai. L'attitude de Lucius, depuis deux ou trois jours, le blessait. Il le sentait distant. Sans dire d'être forcément perturbé mais avec l'esprit ailleurs. Harry avait tenté d'en savoir plus, sans succès. Alors il doutait de nouveau. Est-ce que Lucius regrettait leurs fiançailles ? Voulait-il rompre ? Harry avait posé la question à Sirius, innocemment, du moins l'espérait-il. Il avait eu confirmation de ce qu'il avait cru comprendre, à savoir que le courtisan ne pouvait rompre. Seul le promis le pouvait, à la fin des trois mois.

Lucius passa une main dans ses cheveux qui retombèrent avec grâce derrière son oreille, caressant son cou.

« Non, je n'ai pas honte de toi. Ce n'est pas toi le problème. »

« Mais alors quel est-il ? J'ai envie de voir mes amis à cette fête ! »

« Ce n'est pas une fête ! » s'écria Lucius. « C'est encore un de ces bals ridicules organisés par quelques pseudo-pontes du ministère, qui ont eu l'idée perfide d'inviter tes amis afin de t'attirer au milieu d'eux. Si tes amis sont assez idiots pour vouloir y aller, ce n'est pas mon cas ! »

« Je suis d'accord que ce genre de mondanité n'est pas, en général, très intéressant, mais je n'ai pas assisté à un seul gala ou soirée de ce type depuis des lustres ! Je dis juste que c'est une occasion de sortir et de voir des amis. Severus et Sirius sont d'accord ! Ça ne doit donc pas être si stupide, ridicule et perfide que cela ! »

« Si ! Je ne veux pas y aller. Ni que tu y assistes. Beaucoup de personnes ne seront là que pour t'affaiblir ! »

« M'affaiblir ? »

« Oui, t'éloigner de moi, chercher à ce que tu rompes nos fiançailles ! »

Harry cligna des yeux, comprenant d'un coup ce qui inquiétait tant Lucius. Bizarrement, cela ne le rassura pas pour autant.

« C'est par rapport à ce que disait Argiope, n'est-ce pas ? » souffla-t-il.

Lucius garda le silence tout en fronçant ses sourcils, cherchant visiblement à savoir ce dont parlait Harry.

« Quand elle disait que des sorciers n'accepteraient pas que le Survivant se marie avec un Mangemort, » lança froidement Harry.

Le mot avait été dit, comme une barrière invisible entre eux. Lucius se redressa, le toisant de sa taille et de son regard.

« Il faut que l'on parle de cela, Lucius. »

« Il n'y a rien à dire. »

« Si ! Si, il y aurait à dire, au contraire ! Me crois-tu idiot, par Merlin !? Je vois bien que quelque chose te contrarie depuis deux jours. Tu refuses d'évoquer ton passé avec moi, qu'il s'agisse de ton père, de Narcissa ou de ce que tu as fait pendant la guerre. Mais j'ai le droit de savoir ! J'ai le droit de connaître l'homme qui dit vouloir m'épouser ! Comment veux-tu que cela fonctionne autrement ! » explosa Harry.

« Tu pourrais aussi me faire confiance, tout simplement, » rétorqua à son tour Lucius.

« Comment pourrais-je faire aveuglement confiance à un ancien Mangemort ! » cria Harry.

La lueur de douleur dans les yeux clairs transperça le cœur du jeune sorcier à l'instant même où les mots sortirent de sa bouche. Harry se fustigea intérieurement, lui et son caractère colérique.

« Lucius... Écoute, je suis désolé si je t'ai blessé, mais c'est aussi la preuve qu'il faut que l'on discute de ton passé ! » fit-il, plus calmement.

Malgré son éternel emportement, les années à se faire sermonner par Severus était indubitablement un avantage pour tenter de contrôler ses nerfs afin de rattraper ses débordements vocaux. Ça et le fait de constater qu'il avait réellement affecté Lucius par ses propos. Tout dans son langage corporel démontrait que le lord souffrait, bien qu'il essayait de le cacher derrière un masque froid et impénétrable.

« Mon passé ? Ainsi donc, tu es si sûr de mon passé pour dire que je suis un Mangemort, Harry ? » demanda l'aristocrate d'une voix de glace.

« Non, je ne suis sûr de rien. C'est bien pour cela que l'on doit en parler, » répéta une nouvelle fois Harry.

Il s'approcha de son fiancé qui était aussi raide qu'une statue. Et aussi bavard.

« Lucius, je cherche simplement à mieux te comprendre, à mieux te connaître. J'ai besoin de savoir. C'est vrai que c'est une question qui me hante depuis que j'ai accepté le poste de précepteur de ton fils, et plus encore depuis que j'ai accepté nos fiançailles. Je... J'apprécie l'homme que tu es aujourd'hui. Je... je... je commence vraiment à l'aimer. Mais je dois savoir. Et puis, je vois bien que tu souffres de ce passé. J'ai envie de le connaître, pas pour te juger mais pour t'aider. Lucius... » fit Harry, d'une voix un peu trop étranglée à son goût tandis que l'homme ne le regardait même plus.

Il semblait si lointain, si distant, perdu il ne savait où dans ses pensées, ses souvenirs... ses douleurs ? Harry ne supportait pas d'être à la fois à côté de lui et à des années lumières.

« Lucius... Je te sais fort, ambitieux, solide. Ce que tu me diras ne changera pas ça ! Ni ce que pourraient me dire les sorciers du monde entier. Pourtant, pour nous défendre, et je dis bien ''nous", si certaines personnes nous attaquent, ou t'attaque en tant qu'ancien Mangemort, je dois savoir. Je ne pourrai pas le faire si j'ignore de quoi il s'agit, » supplia Harry. « Ce n'est pas par curiosité malsaine que je te demande de t'ouvrir à moi, c'est pour que l'on soit plus forts, tous les deux. Montre-moi... Montre-moi qui tu es... »

Harry s'agrippa au bras de Lucius qui était toujours rigide. Cependant, le lord baissa ses yeux, enfin, vers ceux de son promis. Harry y lut une réelle détermination mais aussi tellement d'un quelque chose qui ressemblait à du chagrin qu'il en frémit. Il avait le sentiment de perdre Lucius. Malgré ses doutes, ses angoisses, cela lui brisait le cœur. Il se cramponna plus encore, cherchant à le faire revenir vers lui.

« Parle-moi. Parle-moi de nous, de toi. Ton silence... il nous fait du mal, à tous les deux. Si on ne se parle pas, le passé peut se mettre entre nous, il peut renaître et nous blesser, plus qu'il ne devrait. J'aimerais que tu me dises tes blessures, comme je t'ai dit les miennes. Rassure-moi. »

« Te rassurer ? » murmura Lucius. « Je ne fais que cela. Pourquoi t'aurais-je offert de telles fiançailles, sinon ? »

Il se détacha du jeune homme, mortifié.

« J'ai besoin... d'y réfléchir... » finit-il par lui dire, moins durement, sa main nerveuse passant une nouvelle fois dans ses cheveux. « On en reparlera ce soir. »

« Bien... d'accord... » croassa Harry, la gorge nouée.

Il regarda Lucius quitter le salon, avec un terrible sentiment d'abandon, de perte et d'échec.

« Lucius ! » s'écria-t-il soudain.

L'homme s'arrêta sans se retourner.

« Puisque... puisque Draco est chez les Zabini pour le week-end, puis-je, avec l'accord de mon courtisan, me rendre chez mon chaperon ? » demanda-t-il d'une voix sourde, cherchant à respecter le protocole et surtout montrer ainsi à Lucius qu'il le considérait toujours comme son fiancé.

« Oui. De mon côté, je t'avoue avoir besoin de voir le mien. On se revoit ce soir... mon cher promis. »

Puis, sans un mot de plus, il disparut, laissant Harry affreusement seul.

... ... …

À suivre

… … …


NDA : hum, ceux qui me suivent le savent (ou non ^^'), j'aime beaucoup mettre un peu de chanson dans mes fictions, en fait, toutes ont des paroles glissées dans le texte à un moment ou un autre, que ce soit clairement dit (Send Me an Angel, Un autre) ou non (Identités déclarées, Charlie...) alors là, petit challenge, allez-vous reconnaître la chanson qui m'a inspirée ici ? Les bêtas et la Bichette ont interdiction de jouer, elles connaissent déjà la réponse !