NDA : Bien bien bien... Une NDA un peu sérieuse pour vous informer que ce chapitre mais surtout le suivant ne seront pas tout à fait de la même teneur que les précédents. Comme je l'avais mentionné en note de premier chapitre, vous lisez du Mandy, c'est un fait. Donc, que vous dire d'autre que : bienvenu dans mon monde mais attention, certains passages peuvent être un peu perturbants pour les plus sensibles.
Chapitre 20
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Souvenirs de Snape – Partie 1
Quand il arriva dans le salon de Sirius, ce dernier fut surpris de voir la pâleur du jeune homme.
« Harry ? Que se passe-t-il ? »
Il ne put en dire davantage que Harry lui tombait dans les bras, racontant à son parrain ses derniers malheurs.
La journée fut longue, pour l'un comme pour l'autre. Sirius avait immédiatement contacté Severus par cheminée afin de lui expliquer la dispute entre les deux fiancés. Le maître des Potions avait grogné des paroles inintelligibles avant de leur assurer qu'il irait voir Lucius.
Harry se demandait s'il ne devrait pas rentrer au manoir quand un hibou arriva, un courrier de Severus lui intimant l'ordre de rester avec son chaperon.
Après dîner et alors que le soir s'installait, la cheminée s'illumina, révélant Severus.
« Alors ? » bondit aussitôt Harry.
« Alors quoi ? »
« Comment va Lucius ? Il va mieux ? Il m'en veut ? Est-ce qu'il veut que je rentre ou non ? » s'énerva Harry, à la fois angoissé et exaspéré.
« On se calme, jeune homme. Sirius, serait-il possible d'avoir une tasse de thé ? »
Harry haussa un sourcil, surpris par la demande plus que polie de son tuteur envers son parrain. Et plus encore de voir ce dernier obtempérer prestement. Il dut donc prendre son mal en patience et attendre que les deux hommes soient installés côte à côte dans le canapé du salon, lui dans le fauteuil, avant que Severus daigne, enfin, prendre la parole.
« Bien. J'ai donc passé la journée avec Lucius. On peut dire que vous avez bien choisi votre jour, tous les deux. Une chance que l'on soit samedi et que je n'ai pas de classe. »
« Comment va-t-il ? » l'interrompit Harry, les lamentations de son père ne l'intéressant guère.
Un regard noir lui répondit tout d'abord.
« Il va aussi bien qu'il est possible d'aller. D'ailleurs, vous avez un autre point commun : il n'a eu de cesse de me poser la même question à ton sujet tout le long de cette fichue journée ! » maugréa-t-il.
« C'est vrai ? »
« Évidemment ! Que crois-tu donc ? Que la dispute que vous avez eue ce matin le laisserait de marbre ? Eh bien, il n'en est rien. »
Harry se sentit à la fois réconforté mais également triste.
« On ne s'en sortira pas... » soupira-t-il avec lassitude.
« Et pourquoi donc ? » s'écria Severus. « Baisserais-tu déjà les bras ? Lucius aurait-il donc raison quand il pense que tu ne voudras plus de lui en raison de son passé ou des médisances ? Tu abandonnerais déjà ? Tu préfères abdiquer, laisser des sorciers obtus gagner plutôt que de te battre pour celui, qu'hier encore, tu me soutenais être l'homme de ta vie ? »
« Non ! » s'exclama à son tour le garçon, piqué au vif.
Il jeta néanmoins un regard en coin à Sirius. Il était vrai qu'il avait lâché cette phrase à Snape quelque temps avant mais il ignorait si Sirius était au courant de cette dernière, ni surtout, comment il la prendrait. Cependant, l'Auror ne dit rien et il ne sembla pas surpris de la déclaration.
« Non, pas du tout. Je ne veux pas rompre, ni quoi que ce soit d'autre. Je disais ça parce que je vois bien que l'on se fait du mal, sans le vouloir. Moi parce que j'ai besoin de savoir certaines choses, lui parce qu'il ne veut pas évoquer son passé. » Harry sourit tristement. « Si on continue ainsi, on ira de malentendus en désillusions, de peines en blessures. Et ça, je ne le souhaite pour rien au monde. »
Severus lui sourit en retour.
« Je suis fier de toi, mon fils. »
Harry écarquilla les yeux, sans comprendre.
« Oui, je suis fier de toi, parce que ce que tu dis montre ta volonté de construire quelque chose de solide. Lui aussi. Vous êtes sur la bonne voie, rassure-toi.
« Est-ce à dire... qu'il veut bien que l'on discute ensemble de son passé ? De ce qui s'est passé pendant la guerre ou avec Narcissa ? »
« Le sujet Narcissa ne sera pas vraiment abordé ce soir, Harry. Pas dans le détail. Là-dessus, je suis assez d'avis de Lucius. Certains faits concernant leur relation ou leur rupture sont encore trop frais, trop douloureux pour Lucius et n'ont rien à voir avec vous deux. Malgré tout, tu en sauras plus, sur eux, leur mariage et les circonstances de ce dernier d'ici à la fin de la soirée. »
Harry hocha la tête, satisfait mais anxieux.
« Quand Lucius doit-il venir ? »
« Il ne viendra pas. »
« Quoi ? »
« Non. Il... il pense, et je partage son point de vue, qu'il serait préférable que tu vois par toi-même de quoi il s'agit. Il a néanmoins souhaité que je sois présent, pour des raisons évidentes que tu comprendras. Je n'envisageais pas une seule seconde qu'il en soit autrement de toutes manières.
« De quoi parles-tu ?, » marmonna Harry.
Severus se tourna vers Sirius.
« Siri', as-tu récupéré auprès d'Albus ce que je t'avais demandé ? »
« Oui, bien sûr, » répondit l'homme en se levant avant de sortir de la pièce.
Harry le regarda partir, ébaubi.
« Attends... Quand lui as-tu demandé quoi que se soit ? Et depuis quand tu l'appelles Siri' ?! »
« Grmpf, » bougonna Severus. « On n'a cessé de communiquer tous les deux, cette après-midi, pendant que vous pleurnichiez sur votre triste sort, Lucius et toi. Et pour le reste, ça ne te regarde pas. »
Harry ouvrit la bouche, prêt à protester mais ce fut ce moment précis que choisit Sirius pour revenir, une pensine flottant devant lui dans les airs. Il la posa sur une solide desserte, à quelques pas d'eux avant de retourner s'asseoir dans le canapé à côté de Severus.
Une fois encore, Harry fronça les sourcils, sentant que quelque chose lui échappait.
« Harry, » le sortit Severus de ses pensées. « Es-tu sûr de vouloir avoir les réponses à tes questions ? Te sens-tu prêt à les voir et les entendre ?»
« Oui, sûr et certain. »
« Alors, viens avec moi. Je vais te dévoiler mes souvenirs. Ils seront sombres mais je resterai à tes côtés et répondrai à tes questions. »
Severus se leva et se tourna vers le jeune homme.
« Tes souvenirs ? » s'étonna Harry. « Je ne comprends pas... »
« Viens avec moi, mon fils, tu comprendras. »
Harry se releva, une boule d'angoisse inexplicable dans l'estomac. Il avait hâte et craignait à la fois de découvrir ce qui allait suivre. En plus de cela, il sentait le moment solennel.
« Tu es prêt, Harry ? » demanda une nouvelle fois le maître des Potions au jeune homme.
« Oui, » répondit celui-ci d'une voix malgré tout un peu étranglée.
Après un petit hochement de tête, Severus pointa sa baguette sur sa tempe. Fermant les yeux, il se concentra et aussitôt un, puis deux, puis plusieurs filaments argentés sortirent de sa tête pour venir s'enrouler avec grâce sur la baguette. Snape éloigna la tige de bois et déposa les filaments dans la pensine, sous l'œil ébahi mais néanmoins admiratif de Harry.
Il avait toujours trouvé le principe même de la pensine plutôt complexe à comprendre. Cependant, il était clair que le fait de pouvoir sortir ses propres souvenirs de son crâne pour les regarder ensuite tranquillement était un avantage certain pour les sorciers.
Harry sentit soudain le regard sombre de son tuteur sur lui, il se reprit et lui adressa un sourire timide qui fit dresser l'un des sourcils de l'homme.
« Encore perdu dans tes pensées, Potter ? » soupira-t-il. « Ce n'est pourtant pas vraiment le bon moment. »
« Pardon, Sev'. On peut y aller, » fit l'ancien Gryffondor.
Mais Severus s'avança vers lui, posant les mains sur ses épaules.
« Harry, tu dois avoir bien conscience que ce que je vais te montrer est parfois... difficile. Tu vas également être de nouveau confronté au Seigneur des Ténèbres. Ou plus exactement, tu vas le voir. La première fois tu n'étais qu'un bébé, tu n'as donc pas de souvenir conscient. La seconde, c'était dans la chambre des secrets. Mais l'image que tu avais vu à ce moment-là ne ressemble en rien à ce que tu vas découvrir. »
Cette-fois, ce fut à Harry de redresser ses sourcils en une interrogation silencieuse.
« Le Tom Riddle du journal intime que tu as détruit était une sorte de souvenir. C'était surtout un artefact de magie noire terriblement puissante, nous sommes bien d'accord, qui a permis que le souvenir de Riddle puisse reprendre peu à peu forme. Mais cette image était celle du Tom Riddle adolescent. Il était jeune, très beau, très charismatique. L'homme que tu vas voir n'a rien à voir avec lui. C'est le Seigneur Sombre, Harry. Lord Voldemort en personne, » finit Severus en chuchotant le nom du mage.
Néanmoins, Harry se contenta de sourire.
« Ne t'inquiète pas, je sais que ce ne sont que des souvenirs, tes souvenirs. Il n'y a pas de magie noire ici qui leur permettrait de reprendre vie. Je n'ai pas peur. »
« Certes, mais cela pourrait quand même te choquer ou te perturber. Si tu le souhaites, j'aurais la possibilité d'arrêter le souvenir ou de nous faire sortir de la pensine. À tout moment. Harry, si ça ne va pas, dis-le, d'accord ? »
« Sev'...ça va aller, je t'assure, » persista Harry, bien qu'un peu inquiet.
Il jeta un rapide coup d'œil à Sirius qui les regardait depuis le canapé.
« Prongs, si Sev' te dit tout cela, c'est qu'il doit avoir certaines raisons de le faire. Écoute-le, » ajouta son parrain.
« Okay, » conclut Harry dans un souffle.
Il se saisit de la main que Snape lui tendait, bien plus anxieux qu'il ne voulait le laisser paraître. Après un dernier regard à son tuteur, il se pencha dans le même mouvement que lui au-dessus du récipient en pierre. À peine son front effleura-t-il les filaments mouvants qu'il se sentit aspirer à l'intérieur.
Il atterrit quasiment dans les bras de Severus et regarda aussitôt tout autour de lui. Il ne reconnaissait pas du tout cet endroit. C'était un couloir sombre, faiblement éclairé par des torches tremblotantes.
« Où sommes-nous ? »
« Nous sommes dans le manoir qui servait de résidence au Seigneurs des Ténèbres, » répondit Severus. Harry ne put cependant s'empêcher de sursauter alors qu'un deuxième Severus, beaucoup plus jeune que son père à ses côtés, surgissait sur sa droite. Il avançait à grandes enjambées jusqu'à une immense porte.
« Viens, » ordonna Snape à Harry.
Ce dernier trotta donc derrière lui. Ils arrivèrent dans une grande salle qui était, quant à elle, très éclairée, bien que restant sinistre en raison des murs sombres sans aucune fenêtre. De nombreuses personnes se tenaient debout, en deux groupes, l'un très fourni sur la droite, un autre bien plus restreint et hétéroclite sur la gauche.
Cependant, ce qui retint l'attention de Harry ne fut ni l'un ni l'autre groupe. Bien malgré lui, le jeune brun sentit son sang se glacer dans ses veines. Au fond de la salle, sur un immense fauteuil lui servant de trône, siégeait un homme grand, vêtu de noir. Il avait les cheveux noirs, le teint cireux et les joues creuses. Harry ne reconnut nullement le jeune homme charmant et charismatique qu'il avait eu l'occasion de rencontrer lors de sa deuxième année, grâce à son journal intime.
« C'est lui ? » chuchota Harry.
« Oui, » répondit Severus sur le même ton.
L'homme se redressa, révélant sa haute taille et écarta les bras en un geste de bienvenue.
« Ah, Severus... Nous n'attendions plus que toi, mon ami, » susurra Voldemort.
De nouveau, Harry se sentit frémir. La voix était douce mais elle reflétait tant de malveillance qu'elle lui envoyait des frissons partout. Ce fut avec un certain dégoût qu'il constata que son père d'adoption s'était agenouillé devant l'être malfaisant.
« Pardon, Maître, mais l'affaire que vous m'aviez commandée a été malheureusement plus longue que prévu. »
« Bien, bien. L'important c'est qu'elle soit couronnée de succès. Mais je t'en prie, Severus, rejoins donc nos compagnons, » continua Voldemort en désignant d'un grand geste de la main le groupe qui se tenait à droite de la salle.
Harry le détailla rapidement. Il s'agissait exclusivement d'adultes vêtus de longue robe noire. Quelques uns, bien que peu nombreux, avaient même gardé un masque blanc, hideux et effrayant sur le visage.
« Les Mangemorts, » souffla Harry entre ses dents.
« Oui, » répondit de nouveau Severus.
Le Severus du passé rejoignit les autres Mangemorts, alors que celui du présent gardait les yeux fixés sur le petit groupe qui se tenait à gauche. Harry se décida lui aussi à accorder à ce dernier son attention. Il lui avait semblé différent du premier de prime abord, ne se serait-ce qu'en raison des couleurs que les personnes arboraient. Pourtant ce ne fut pas cela qui le choqua cette fois-ci.
Le groupe était beaucoup plus restreint, mais surtout, il réalisa pour la première fois qu'il n'était constitué que de jeune hommes et femmes ainsi que d'enfants. Le plus jeune était même porté par son père. Harry faillit s'étrangler en reconnaissant ce dernier.
« Rosier ? »
« Oui, » grinça Snape. « Cette ordure avait présenté Ethan, alors qu'il n'avait que seize mois. »
Harry le regarda, clairement éberlué.
« Le présenter ? À qui ? Voldemort ? Mais pourquoi ? Ces enfants ne sont pas là pour être marqués quand même ? »
Severus se tourna vers lui, un sourire sinistre sur les lèvres.
« Non, pas pour être marqués, bien que cela aurait sans doute été préférable. »
Harry déglutit nerveusement. Préférable ? Qu'est-ce que Voldemort avait prévu qui soit pire que la marque ? Il plissa ses yeux et retint avec peine une exclamation de surprise. Il venait de le voir, de les voir plus exactement. Les cheveux d'un blond presque blanc. Ils étaient un peu plus courts que maintenant, leur propriétaire beaucoup plus jeune mais il n'y avait aucun doute.
« Lucius... » murmura de nouveau Harry. « Severus, pourquoi sommes-nous là ? Qu'est-ce qui se passe ? »
« Écoute Harry, tu vas comprendre, » répondit Snape en dévisageant toujours le jeune blond.
Harry regarda avec encore plus d'attention le petit groupe.
Il y avait donc une quinzaine de jeunes hommes et femmes, dont une poignée d'enfants et un bébé, Ethan Rosier. Tous étaient élégamment habillés de robes sorcières, brodées et visiblement de haute qualité. Des robes conçues pour de grandes occasions. Ils étaient également coiffés avec soin et maquillées pour les filles. Bref, Harry avaient l'impression, en les regardant, qu'ils étaient parés pour une cérémonie de grande importance. Par contre, la grosse majorité avait l'air terrorisé, voire proche de la panique ou des larmes pour les plus jeunes. Harry vit que Lucius osait à peine redresser son visage, ce qui était à la limite du choquant quand on connaissait le lord actuel. Il était très pâle, presque translucide.
Derrière ce groupe, se tenait des sorciers en robes noires de Mangemort. Harry comprit de suite qu'il devait s'agir des pères de ces enfants. Ils semblaient, pour la plupart en tout cas, fiers et vaniteux, contrairement à leurs enfants qui tremblaient.
Harry ne pouvaient que les comprendre. Ce n'était pourtant qu'un souvenir mais la tension restait palpable, l'angoisse également. Le Lord Noir était véritablement effrayant alors qu'il s'approchait à pas lents des jeunes, comme un prédateur face à ses proies.
« Eh bien, eh bien, que de beaux présents que voilà... » lança-t-il d'une voix douce bien que clairement dangereuse. « Vraiment mes amis, je suis enchanté d'avoir été si bien écouté. Voici donc la jeune progéniture de mes fidèles serviteurs. De futurs Mangemorts loyaux et combatifs, à n'en pas douter... »
Il susurrait toujours, tout en passant précautionneusement devant les jeunes garçons et filles qui gardaient leurs yeux fixés vers le sol. Une petite fille brune ne put s'empêcher de se mettre bruyamment à pleurer alors que le Lord s'arrêtait devant elle.
« Voyons mon enfant, pourquoi ces larmes, » fit Voldemort, un sourire méprisant sur ses lèvres minces, presque inexistantes.
Maintenant qu'il était plus près d'eux, Harry constata que ses yeux, noirs, étaient injectés de sang. Il avança une main à la pâleur mortelle vers l'enfant, l'obligeant en la tenant par le menton à redresser la tête. La petite fille qui devait être âgée d'une dizaine d'années tout au plus, évitait pourtant toujours obstinément de croiser son regard avec celui du mage. Voldemort se pencha alors vers elle et se mit à chuchoter :
« Dois-je comprendre que tu ne souhaites pas avoir l'immense honneur de devenir la future princesse de mon nouveau Royaume ? N'aimerais-tu pas être la femme la plus admirée et crainte de tout le pays ? Ne rêves-tu pas d'avoir l'incroyable privilège de partager ma couche et porter ma descendance ? »
Le petite fille ne répondit pas, se retenant comme elle pouvait de ne pas fondre encore plus en larmes. Voldemort la dévisagea, ses traits se durcissant de plus en plus, jusqu'à ne montrer que pure mépris. Avec un grognement sourd, il la jeta à terre d'un seul geste de la main.
« Que l'on m'enlève cette misérable de ma vue ! »
Aussitôt, l'un des pères qui se tenaient en retrait accourut vers son enfant. Il la redressa vivement et s'enfuit littéralement avec elle en direction d'une femme brune qui attendait de l'autre côté, avec les Mangemorts, et qui la prit immédiatement dans ses bras. Les deux parents avaient plus l'air soulagé qu'autre chose malgré le regard emplit de dédain que leur lancèrent quelques Mangemorts.
De son côté, Harry était stupéfait. Il avait vaguement conscience d'avoir la bouche grande ouverte quand il se retourna vers Severus.
« Qu.. Quoi ? Voldemort veut... Quoi ?! »
« Tu as parfaitement compris, Harry, » grinça Snape entre ses dents. « Une semaine avant cette cérémonie abjecte, le Lord avait convoqué ou informé tous ses partisans qu'il souhaitait choisir parmi leur progéniture, pour reprendre ses termes, un ou une épouse afin de porter sa propre descendance. Il exigeait évidemment un sang des plus purs, en remontant sur cinq générations. Bien sûr, cela ne laissait que peu de choix, d'autant que toutes les familles de sang-pur, heureusement, ne lui étaient pas favorables. Certains n'ont présenté leurs enfants au Lord uniquement par peur de représailles. D'autres, comme tu peux le constater, se sont empressés de le faire, y compris s'il s'agissait de simple bébé, » continua Snape en montrant d'un geste rageur Evan Rosier et son fils.
« Mais... Mais c'est ridicule ! Il n'avait qu'un an ! »
« Je sais, » répondit lugubrement Severus. « De toutes façons, tout ceci n'était qu'une mascarade. Le Lord Noir savait depuis bien longtemps qui il voulait dans son lit. Il le savait déjà quand il a provoqué cette réunion, il le savait depuis le jour où le destin a fait croiser son chemin avec celui d'un pauvre innocent... »
Harry déglutit péniblement tout en se retournant de nouveau vers Voldemort. Ce dernier souriait en continuant ses allées et venues devant le petit groupe. Rapidement, le jeune homme constata que son regard avide revenait sans arrêt vers la même tête blonde. Un frisson le parcourut.
« Bien, » dit d'un ton faussement joyeux le Seigneur des Ténèbres en retournant s'asseoir sur son trône. « Que commencent les présentations officielles ! Que les chefs de familles s'avancent et annoncent leurs biens ! »
Aussitôt, les pères se placèrent à côté de leurs enfants. Comme l'avait dit Severus, certains étaient aussi pâles que ces derniers et leur tenaient fermement la main. Il était clair qu'ils n'avaient aucunement envie d'être là et qu'ils redoutaient désormais que leurs enfants soient choisis. Ce n'était pas le cas d'au moins trois d'entre eux.
À tour de rôle, par ordre alphabétique, les chefs de famille se tinrent devant le Lord, annonçant le prénom, l'âge et le sexe du ou des enfants qu'ils proposaient, forçant ces derniers à se mettre également à genoux devant leur Maître. Puis ils se relevaient. Voldemort les regardait, avant de les renvoyer sur le côté d'un geste négligent de la main. Cependant, il se leva pour le deuxième chef de famille : Pollux Black.
« Moi, Pollux Black, chef de la noble et très ancienne maison des Black vous propose ses deux derniers descendants encore vierges, Maître. Voici Regulus, vingt ans, homme, » commença-t-il en désignant un jeune homme aux cheveux bruns.
Harry tendit le cou, s'avançant même pour étudier le visage du frère de son parrain. Il ressemblait beaucoup à Sirius. Harry savait que Regulus allait mourir peu de temps après, celui-ci ayant finalement décidé de rejoindre l'Ordre du Phénix et son frère aîné. Il serait tué dans une embuscade, celle qui signerait également la fin des frères Prewett.
« Et voici la plus jeune des Black de ma lignée : Narcissa, treize ans, femme. Regardez, Seigneur, comme elle est belle ! »
Pollux Black s'était relevé et montrait le visage de Narcissa au Lord, redressant ce dernier d'une main sur sa gorge. Harry en eut la nausée, on aurait dit un fermier vantant les mérites d'un de ses bestiaux.
« Effectivement, mon cher Pollux, » fit Voldemort en s'approchant de la petite fille. « Quelle heureuse découverte. Et ses cheveux... une pure merveille... » s'extasia-t-il en passant ses doigts fins, cadavériques, entre les épaisses mèches blondes.
Narcissa était livide mais ne bronchait pas, bien qu'elle semblait proche de l'évanouissement.
Puis la cérémonie de présentation continua.
Quand ce fut le tour d'Abraxas Malfoy, Harry remarqua que les yeux du Lord s'étaient mis à briller. Son sourire se fit plus franc. À peine Abraxas finit-il de présenter son fils, Lucius, quatorze ans, que Voldemort se positionnait devant l'enfant, un sourire aux lèvres.
« Ah, Lucius... Le noble et beau Lucius Malfoy... »
« Oui, Seigneur, mon fils est un très bon parti, il saura vous faire honneur en tout point, votre Seigneurie... » haletait Abraxas, tant il était fier que le Lord admire sa progéniture. « Regardez, Maître, regardez, il est parfait. Et n'ayez crainte, il est incomparablement éduqué ! Je me chargerai moi-même de finir de l'élever et le ferai quitter Poudlard, si vous le souhaitez comme promis ! Il gardera sa pureté pour vous, soyez-en sûr ! »
Une nouvelle fois, Harry sentit un profond dégoût l'envahir. Le Mage Noir avait passé ses doigts sous le menton du jeune Malfoy afin de lui relever la tête comme il l'avait fait avec les deux autres enfants qu'il avait touchés. Contrairement à Narcissa ou la petite fille brune, Lucius planta ses iris clairs dans ceux noirs de Celui-Dont-On-ne-Prononce-Pas-Le-Nom. Harry reconnut là une grande volonté de sa part, un certain courage. Mais Lucius n'avait que quatorze ans, ce qu'il vit dans les ténèbres en face de lui lui fit rapidement détourner les yeux et trembler les lèvres.
« Il est magnifique, Abraxas, véritablement magnifique... » murmura le Lord en faisant courir ses doigts pâles sur les joues de l'enfant.
Ceux-ci caressèrent ensuite les cheveux, comme il l'avait fait avec Narcissa.
« Il est aussi en très bonne santé, Maître ! Je l'ai fait voir à un Médicomage, en vue de la cérémonie. Il est vierge, sans aucune maladie et saura porter votre descendance. Mon fils vous fera des enfants aussi magnifiques que lui et aussi puissants que vous, mon Seigneur, » continua le vieux Malfoy en s'inclinant encore plus devant son maître.
« Dois-je comprendre que tu ne me trouves pas magnifique également, Abraxas ? » demanda alors d'une voix beaucoup trop douce Voldemort.
« ... Si... Bien sûr que si, Maître, » répondit en tremblant le patriarche.
Voldemort fit entendre un rire cristallin, tout en continuant son inspection. Il soulevait les cheveux blonds, tournait le visage à droite, puis à gauche. Enfin, il se plaça bien en face du jeun homme et entreprit de lui ouvrir sa robe.
« Severus... ? » demanda Harry estomaqué alors que des larmes commençaient à faire leur apparition dans les yeux de Lucius. « Mais... Je suis écœuré... Nous sommes où, là ? Dans un marché aux esclaves ? » s'offusqua enfin Harry, plein de colère alors que Voldemort faisait tomber la robe aux pieds de l'enfant dont les joues étaient maintenant devenues humides.
Lucius était désormais nu devant le Maître de son père et l'assemblée de Mangemorts, simplement vêtu d'un sous-vêtement blanc. Il révélait un corps encore imberbe, à peine sortit de l'enfance bien qu'emplit de promesses. Les mains du Lord passèrent sur le corps blanc, provoquant des sanglots de la part du garçon. La réaction ne se fit pas attendre. Abraxas lui lança une gifle qui résonna dans la pièce, projetant son fils unique au sol.
« Cesse donc de te comporter comme un bébé ! Réjouis-toi de plaire à notre maître ! Tu me fais honte, Lucius, relève-toi et tiens-toi comme un homme ou tu craindras mon courroux ! »
Lucius se redressa péniblement, séchant rapidement ses larmes, la joue grenat. Un autre coup de la part de son père allait le toucher quand le bras d'Abraxas fut retenu par le Lord lui-même.
« Voyons, voyons, » le gronda-t-il, comme il l'aurait fait avec un petit enfant. « Je ne te permets pas de détériorer ce qui m'appartient, humble serviteur. »
À ces mots, des exclamations s'élèvent de la foule alors que Lucius devenait pâle comme la mort.
« Maître, » fit Abraxas, les yeux écarquillés sous l'émerveillement. « Est-ce à dire que vous choisissez mon fils ? »
Nul doute, en le regardant et au son de sa voix, que rien au monde n'aurait pu d'avantage lui plaire.
« Eh bien, il me reste encore quelques promis à voir, mais ton fils est en tête, cela est certain, » ricana le Seigneur des Ténèbres.
Il alla se rasseoir avec dignité sur son trône pendant qu'Abraxas remettait vivement la robe de son fils sur ses épaules avant de l'entraîner durement sur le côté. Il lui parla furieusement à l'oreille, le secouant par le bras, alors qu'un nouveau père prenait place.
« Là, Il est en train de lui dire que si le Lord ne le choisit pas à cause de ses larmes, il est promis au Doloris et au cachot du manoir, » expliqua Severus en se penchant vers Harry.
« Je... Severus, je suis plus que dégoûté... » marmonna Harry entre ses dents.
La cérémonie de présentation prit rapidement fin. Malgré les louages de Rosier père, le bébé ne sembla guère intéresser le Lord. Il lui fit toutefois l'honneur d'aller le voir de plus près, à la plus grande fierté d'Evan Rosier. Cependant le bambin se mit à hurler de toute la force de ses poumons alors que Voldemort caressait la petite tête blonde.
Voldemort laissa un long silence s'installer, seuls les derniers pleurs du petit Ethan se faisant entendre. L'atmosphère était lourde. Harry se sentait plus que mal à l'aise, sachant sans trop savoir comment ce que cela impliquait : le Lord devait annoncer son choix. Mais Harry n'avait aucun doute. Voldemort voulait Lucius. Ce dernier semblait le savoir aussi. Il s'était rhabillé, néanmoins, et contrairement au début de la cérémonie, il semblait hypnotisé par ses chaussures.
Enfin, Voldemort se leva.
« Mes amis. Nous sommes réunis ici pour un événement de la plus haute importance. Ma future union avec l'un des nôtres. Je sais que je vais faire aujourd'hui un immense honneur à une famille en choisissant l'un des siens. Celui ou celle que je choisirai deviendra mon conjoint, votre prince ou princesse des Ténèbres. Il aura pour mission de me servir et de me procurer une descendance. Je ne vous ferai pas plus attendre et vous délivre donc... mon choix... » Il sourit, balayant du regard l'ensemble de la salle.
« Lucius... viens à mes côtés, mon enfant. »
Des applaudissements se firent bruyamment entendre, ainsi que des cris de joie. Lucius, quant à lui, s'avançait vers son futur bourreau sans redresser la tête. Car c'était exactement ce que Harry avait l'impression de voir : un condamné qui s'avançait vers celui qui devait exécuter la sentence.
Quand il fut devant le Lord, celui-ci lui prit la main et l'obligea à se retourner vers son public. Une fois qu'il eut estimé que les bravos et les applaudissements avaient suffisamment duré, il leva de nouveau les mains, faisant taire l'assemblée par ce seul geste.
« Bien. Néanmoins, j'ai décidé que Lucius ne serait pas mon seul promis. »
Cette fois, ce fut des exclamations étonnés, pour ne pas dire offusqués, qui s'élevèrent dans la salle.
« Mais, Maître ! » protesta Abraxas. « Cela ne s'est encore jamais vu ! Les sorciers ne peuvent avoir qu'un compagnon ! »
« Silence ! » ordonna Voldemort.
Il s'approcha du patriarche Malfoy qui sembla se ratatiner sur place.
« Oserais-tu dire, Malfoy, que je suis un sorcier comme un autre ? »
« N... Non, votre Seigneurie... » bredouilla le vieil homme.
« J'estime, et ordonne, que mon statut mérite d'être supérieur ! » clama alors le Seigneur des Ténèbres d'une voix forte. « Qui ose ici le contester ?! »
Personne bien sûr ne sembla vouloir prendre la parole. Les derniers murmures disparurent, les visages regardèrent le sol.
Après une longue minute de silence, Voldemort repris la parole.
« En conséquence, j'appelle à moi Narcissa Black ! » annonça-t-il.
Un hurlement de joie se fit entendre. Sans surprise, Harry constata qu'il provenait de la Folle en Chef, c'est à dire Bellatrix Lestrange, née Black. La jeune Narcissa, quant à elle, semblait de nouveau sur le point de s'évanouir. Pourtant, poussée par son père, elle s'avança elle aussi et prit place à côté de Lucius.
Voldemort les montra de la main. « Regardez... Regardez-les comme ils sont beaux et dignes d'être mes compagnons ! »
Les deux enfants blonds, qui étaient, il est vrai, d'une grande beauté, donnaient surtout l'impression d'être terrorisés. De nouveau des applaudissements, cette fois simplement polis, se firent entendre.
« Que la cérémonie d'union commence ! » ordonna alors le Lord.
Des exclamations encore plus fortes, un véritable brouhaha, s'élevèrent.
« Maître, » fit alors un grand homme que Harry reconnu pour être l'un des Mangemorts de la première heure, Augustus Rookwood, qui travaillait au ministère. « Je suis véritablement navré, soyez-en sûr. Mais, les unions sorcières ne peuvent être faites avec de simples... enfants, » dit-il, tête basse, tout en jetant de fréquents regards aux deux jeunes adolescents blonds qui avaient l'air d'être sur le point de vouloir vomir. « Les relations entre adultes et enfants ne sont pas tolérés dans notre monde, Seigneur. »
Harry dût admettre que cette intervention nécessitait un grand courage. Mais Voldemort se contenta de rire.
« Me prendriez-vous pour un trousseur d'enfants, mes amis ? Allons, allons, bien sûr que non. Il s'avère juste que le sort que je veux lancer sur ces deux... enfants, ne fera que me les destiner. En aucun cas nous ne seront mariés à l'issu de celle-ci. »
La foule sembla toutefois garder un certain malaise. Il était évident que les Mangemorts n'appréciaient nullement ce qui était en train de se dérouler sous leurs yeux.
« Vois-tu, Harry, le Seigneur des Ténèbres a, ce jour-là, commis une effroyable erreur, » chuchota Severus.
« Laquelle ? »
« Il a mésestimée l'amour que ses disciples portaient à leurs enfants. C'est un sentiment qu'il ignorait totalement. Il a sous-estimé aussi le fait que cette salle était remplie, pour la plupart, de sang-pur ou de de vielles familles sorcières férocement attachées à leurs traditions. Or, pour les sorciers, les enfants sont sacrés et la pédophilie sévèrement punie. Dans sa soif absolue de pouvoir, dans son aveuglement lié à sa soi-disant supériorité, Tom a bafoué de très anciennes règles. Beaucoup dans cette salle sont repartis profondément choqués. Certains se sont même détournés de lui après ce jour. »
Harry regarda son tuteur, clairement étonné.
« Pourtant ces mêmes personnes assassinaient des enfants moldus. »
« Tous les Mangemorts n'étaient pas des meurtriers assoiffés de sang, Harry. Et dans ceux qui ne l'étaient pas, beaucoup s'étaient ralliés à Celui-Dont-On-ne-Prononce-Pas-Le-Nom pour préserver les traditions sorcières, contre les Moldus. Pas pour qu'un fou les piétine à son tour, » expliqua alors le maître des Potions.
« Je vais donc procéder au sortilège Curabitur catenam et obsequium, » les interrompit la voix de Voldemort.
Cette fois, la foule sembla pour une partie frappé de stupeur, pour une autre de colère. Regulus Black sortit lui aussi des rangs.
« Maître, certains ici ignorent peut-être de quoi il s'agit. C'est un sort de magie noire très ancien et ... Enfin, c'est l'un des sorts qui a permis d'asservir certaines créatures, comme les elfes de maison. Il était destiné aux esclaves, pas aux conjoints ! »
Dans l'assemblée, d'autres voix se firent entendre au milieux d'un immense tumulte.
« Silence ! » tonna de nouveau Voldemort. « Je ne tolérai pas que des Mangemorts remettent en cause mes décisions ! Ces enfants étant sous la responsabilité de leur chef de famille, eux seuls seraient en mesure de protester. Me suis-je bien fait comprendre, jeune Black ? Endoloris ! » hurla le Lord.
Regulus se tordit bientôt de douleur dans le silence retrouvé de la salle. La torture dura de longues minutes, sous le regard atterré de Harry. Mais aussi, comme il le remarqua, sous celui furieux de nombreux Mangemorts.
« Pollux, Abraxas ! » appela le Lord dès qu'il arrêta le sort sur Regulus. « Avez-vous des remarques à faire ? »
« Non, mon Seigneur, » répondirent d'une même voix les deux hommes.
« Bien. Ainsi sera fait. Abraxas, ton fils aura bientôt quinze ans, n'est-ce pas ? »
« Oui, Maître. Le 23 février. »
« À cette date, nous célébrerons alors notre mariage officiel. »
De nouveau un grand brouhaha saisit la foule tandis que Lucius ne put retenir un petit cri d'horreur.
« La majorité sexuelle des sorciers étant fixée à cet âge, je souhaite prendre pour époux ton fils le jour de son quinzième anniversaire. Es-tu d'accord avec cette proposition ? » répéta Voldemort, doucereux.
« Je vous accorde la main de mon fils à cette date, Maître, » répondit le vieux Malfoy en se prosternant.
« D'ici à cette date, j'exige que ton fils poursuive ses études. Néanmoins, il devra me rejoindre le vendredi soir, ici, afin que je puisse contrôler son état de pureté. »
« C'est tout naturel, Maître. »
« En récompense à ta compréhension, mon bon Abraxas, je lierai Lucius et Narcissa afin que cette dernière puisse porter un héritier pour la famille Malfoy. L'enfant te sera tout naturellement remis dès sa naissance, en compensation de l'héritier que je te prélève. »
« C'est trop d'honneur, Maître... » s'exclama Abraxas, au bord de l'extase.
« Pollux ? Seras-tu également d'accord de me confier Narcissa dès son quinzième anniversaire ? »
Pollux Black s'avança, la tête haute. Avec ses cheveux noirs et ses yeux gris bleuté, il ressemblait énormément à Sirius, mais avec beaucoup plus d'années.
« Moi, Pollux Black, responsable de la noble et très ancienne famille Black, consens à vous céder notre fille, Narcissa... le jour de son dix-septième anniversaire, comme la tradition l'exige. »
Un silence de mort régna en maître. Pollux Black venait de défier le Seigneur des Ténèbres. Chacun retint son souffle, dans l'attente de la réaction de ce dernier. Pollux allait-il lui aussi en payer le prix, comme son petit-fils avant lui ?
« Vois, Harry, c'est l'illustration parfaite de ce que je t'expliquais à l'instant, » fit Severus, faisant sursauter Harry par sa voix claire qui sembla résonner dans la salle silencieuse. « Alors que la famille Black était l'une des familles les plus attachées au Lord, ils étaient avant tout des sorciers traditionalistes et exiger le mariage d'un de ses enfants avant sa majorité n'est pas toléré dans notre monde. La majorité sexuelle, comme a essayé de le justifier Tom, n'a jamais eu pur but d'imposer des mariages à des mineurs, loin de là ! Elle avait été créée à la fin du 18ème siècle pour protéger ces mêmes mineurs et leur permettre de vivre leur sexualité sans risquer que leurs amants soient poursuivis par leurs parents. En fait, beaucoup ont profité de cette ''majorité sexuelle''pour échapper ainsi à des mariages arrangés. Ces derniers sont rapidement tombés en désuétude par la suite. Black a simplement eu le cran de tenir tête au Seigneur des Ténèbres, chose que n'a pas pu, ou plutôt n'a pas voulu faire Malfoy. »
Harry hocha la tête dans le silence toujours pesant.
« Bien... » finit par céder Voldemort. « J'attendrai. Mon premier héritier naîtra donc du sein de la famille Malfoy, grâce à Lucius. J'espère donc, Abraxas, que ton enfant saura me satisfaire en attendant notre compagne et qu'il me donnera un fils avant son seizième anniversaire. »
Harry retourna à regarder le blond. Ce fut avec un énorme serrement au cœur qu'il vit que ce dernier avait recommencé à pleurer en silence.
« Oui, Maître, je vous le garantie, »
« Non, Severus va me le garantir. Severus, je veux que la santé de Lucius soit sous ta responsabilité. Veille à ce qu'il soit fécond pour notre nuit de noces. Puisque le vieux fou t'a recruté comme professeur au sein même de son école, tu seras également responsable des fréquentions de mon promis. »
Le Severus du passé, aussi pâle que le jeune Malfoy, hocha simplement la tête.
Harry se demanda si le souvenir allait cesser, mais non, il vit que Voldemort se saisissait des mains de Lucius et Narcissa. Il enroula autour d'elles une lanière de tissus blanc tout en commençant à murmurer toute une litanie de sorts. Les deux enfants devinrent encore plus pâle, si cela semblait possible, avant de s'effondrer en criant de douleur, leurs mains maintenues jointes. Des filaments rouges et noirs tournaient tout autour d'eux alors que leurs cris résonnaient dans la pièce et que Voldemort ne cessait de prononcer les sorts tout en bougeant sa baguette, un rictus déformant ses traits. Enfin, le Seigneur Noir arrêta ses imprécations, laissant les deux enfants au sol, haletants et gémissants.
Pollux Black vint s'agenouiller auprès de sa petite-fille qu'il souleva dans ses bras, le visage dur. Quant à Lucius, il dut se relever seul. Son père ne le rejoignit que pour, une nouvelle fois, l'entraîner par le bras un peu plus loin.
« Mes cher amis. À partir de ce jour, Narcissa Black et Lucius Malfoy me sont promis. Ils m'appartiennent. Ils me seront unis tout comme ils seront unis l'un à l'autre. La cérémonie... est terminée. Severus, je souhaite que tu restes. »
Chacun comprit qu'il devait prendre congé le plus rapidement possible du Lord. Les Black, formant un bloc soudé, s'en furent les premiers, Narcissa véritablement évanouie dans les bras de son grand-père en tête du clan. Harry voulut s'avancer vers Lucius, dont les larmes s'étaient remises à couler en silence et qui était tiré sans douceur par son père. Il semblait à peine capable de marcher, de lourds cernes commençant à faire leur apparition sur sa peau translucide. L'ancien Gryffondor voulait le voir, le prendre dans ses bras, le consoler et sans aucun doute l'embrasser tout en le serrant contre son cœur. Mais la main de Severus le retint dans son élan.
« Harry, tu ne peux rien faire pour lui et ce qui va suivre avec son père et lui ne fait pas partie de mon souvenir. Il est temps d'ailleurs d'en changer. »
Le Maître des Potions fit un mouvement de baguette et la scène devant leurs yeux se mouva, tout en restant dans un brouillard inconfortable.
« Attends ! » s'exclama Harry. « Que te voulait Tom ? Que signifiaient tous ses sorts ? »
Alors que la pièce devant lui prenait forme, Harry la reconnut de suite : c'était le salon des appartements de Severus dans les cachots. L'homme fit un grand geste de la main et la scène sembla se figer.
« Tu as arrêté le souvenir ? » demanda Harry.
« Oui, puisque tes questions demandent réponses de ma part. Le Lord voulait justement m'expliquer les conséquences de ses sorts, mais je préfère te les expliquer à mon tour moi-même. Lucius et Narcissa étaient enchaînés au Lord. Ils ne pouvaient consentir une union sorcière autre qu'avec lui. Ce que nous ignorions, à l'époque, c'était que les sorts les enchaîneraient aussi l'un à l'autre. Nous pensons que cela est dû au fait que le Seigneur Noir avait promis un héritier Malfoy qui devait être conçu entre Lucius et Narcissa. »
« Attends, je ne comprends pas. Si Lucius, Narcissa et Voldemort ne pouvaient magiquement parlant, être uni à un tiers, pourquoi... enfin... comment Lucius compte m'épouser ? » fit Harry en rougissant un peu.
Snape sourit légèrement. Les mots de Harry et son visage montraient de façon tellement plus évidente que ses paroles les sentiments qu'il portait pour le sorcier blond.
« En fait, la seule façon d'annuler le sort était la mort des personnes concernées par le sort lui-même. Ainsi le décès du Seigneur Noir a libéré Lucius et Narcissa de leur soumission et enchaînements vis-à-vis de lui. Mais ni Lucius, ni Narcissa ne sont morts. La magie agissait donc toujours entre eux. » Devant les sourcils encore froncés de Harry, il continua. « Ils ne sont pas morts mais ont accomplis le sort : Narcissa et Lucius ont eu un héritier, Draco. À partir de cet instant, ils se sont libérés du sort qui les liait. »
« Alors c'est pour cette raison qu'ils se sont mariés ? »
« En grande partie. C'est aussi parce que les Black ont pensé que l'union de Narcissa et Lucius leur serait favorable. Au vu du sort, ils n'avaient de toutes façons pas vraiment le choix. C'est pour cela que j'ai incité Lucius à l'accepter à l'époque. Mais comme tu ne le sais sans doute pas, Narcissa n'a jamais voulu de ce mariage, ni de... ni de l'enfant. »
Harry acquiesça sombrement.
« En vérité, à ce moment-là, nous ignorions tous ce qui unissait exactement Lucius et Narcissa. Quand ils se sont mariés, Lucius avait le cœur plein d'espoir. Lui et Narcissa se connaissaient depuis l'enfance. Abraxas avait été condamné à finir ses jours à Azkaban dès la chute du Seigneur des Ténèbres. Lucius était encore mineur et il a été placé dans un premier temps sous la tutelle de Dumbledore. Mais ses parents les plus proches, à savoir les Black et les Rosier, ont demandé sa garde, tout comme ils avaient fait avec Narcissa. Lucius a été un peu brinquebalé entre toutes ces personnes puis le ministère s'en est mêlé. Au final, Dumbledore et moi avons fait en sorte que Lucius ne passe que le moins de temps possible avec ses ''parents''. Il a pu obtenir son émancipation à seize ans et demi, s'évitant ainsi d'être sous leur coupe. Il a pu faire valoir ses droits d'héritage et bien que cela ait fait grincer plusieurs dents, son innocence ayant été démontrée, il a récupéré le manoir et tous les biens financiers de la famille Malfoy. »
Severus regardait intensément le jeune homme en face de lui.
« Pourtant, alors que nous pensions tous que sa liberté était acquise, les Black nous ont recontactés. Il voulait promettre Narcissa à une famille qui l'accepterait. »
« Un mariage arrangé ? » demanda Harry.
« Oui. Bien que cela ne se fasse plus vraiment, comme je te le disais tout à l'heure et malgré ce que l'on pourrait croire des vieilles familles sorcières. Cependant, au vu des événements, les Black pensaient qu'ils valaient mieux contracter un mariage arrangé pour leur dernière héritière. D'autant que Narcissa... Elle ne s'est jamais vraiment remise de tout cela. Entre la folie du Lord, celle de ses parents, la pauvre enfant... Nous n'avons rien pu faire pour la sauver, contrairement à Lucius qui, en plus, était plus âgé. Bref, à dix-sept ans, quand ils ont vérifier par des sorts, comme cela est de coutume dans ces cas-là, sa virginité et sa disponibilité magique pour une union sorcière, ils se sont aperçus qu'elle était déjà liée. Alors ils nous ont contactés, Dumbledore, Lucius et moi. Nous avons eu peur qu'il s'agisse encore du sort du Lord et c'était effectivement le cas. J'ai regardé, avec Dumbledore, ce même souvenir que tu viens de voir. Et là nous avons compris que seuls Lucius et Narcissa étaient encore liés entre eux. Donc, malgré tout après plusieurs années, ils se sont mariés. Je pense qu'ils voulaient voir si en s'unissant le sort disparaîtrait, leur permettant par la suite de divorcer. »
« Et c'est ce qu'ils ont fait ? » questionna Harry.
« Potter, réfléchis. S'ils l'avaient fait, est-ce que Draco serait de ce monde ? » le rabroua immédiatement Snape.
« Ils auraient pu être obligé de consommer l'union et ainsi permettre la naissance de Draco, » ronchonna l'ancien Gryffondor.
« C'est pas faux. Mais non. En réalité, ils ont dû effectivement consommer leur union, mais Draco n'est pas issu de cette nuit-là. En fait, voyant que le sort du Lord était toujours actif, Lucius est venu me trouver. Il était désespéré. Vraiment. Son mariage était une catastrophe, sa femme à moitié folle, sans compter qu'il n'était pas de ce bord-là et souhaitait pouvoir se remarier par la suite avec un homme. » Harry rougit devant le regard perçant de son père qui poursuivit. « Son seul salut venait de sa fortune et de sa volonté à retrouver de la grandeur et du pouvoir dans le monde sorcier. »
« Mouais, ça, ça ressemble beaucoup à un certain Voldy, » bougonna Harry.
« Je te prierais de ne pas tenir ce genre d'imbécillités ! » aboya Severus. « Ne confonds pas soif aveugle de pouvoir et ambition ! Toi, tu es le Sauveur, toutes les portes te sont grandes ouvertes. Lucius ? Rappelle-toi donc ta propre réaction quand tu as appris que ton poste de précepteur était chez les Malfoy ! Ou celle du cabot ! Lucius devait se battre pour se faire respecter ! Il a grimpé les marches du ministère, certes grâce à sa fortune, mais aussi en raison de son intelligence et de sa volonté ! Penses-tu que tout lui soit tombé dans le bec comme cela ? Sans effort ? Il n'a pas eu le choix ! » scanda Severus.
Harry baissa la tête, penaud. Comme toujours quand Severus lui parlait ainsi, il se sentait retomber en enfance. Sans compter qu'il ne pouvait qu'admettre la véracité de ces propos. Il se sentit subitement honteux. La vie de Lucius ne lui semblait que peu enviable, au final. Severus le regarda encore sévèrement pendant quelques instants avant de reprendre.
« Bref, il voulait savoir ce qu'il pouvait faire. Il était vraiment... à court de solutions. Alors j'ai de nouveau étudié ce souvenir. Et j'ai compris : ce n'était pas le mariage la solution, il fallait un héritier. Il a ensuite fallu convaincre Narcissa, qui refusait tout contact intime avec son époux depuis la nuit de noces. Finalement, elle est tombée enceinte. De Draco. »
Harry sentit ses joues se mettre à chauffer. Il était plus que mal à l'aise en imaginant Lucius et Narcissa ayant des relations intimes. Pourtant, il se doutait bien que Draco n'était pas né dans un chaudron.
Snape soupira lourdement avant de reprendre.
« Une fois l'enfant né, Narcissa a refusé de le voir. Nous avons vérifié les sorts et constaté qu'elle et Lucius n'étaient plus liés. Enfin. Elle s'est remise de son accouchement, a fait ses valises, dévalisé un coffre des Malfoy à Gringotts, demandé l'annulation du mariage et a quitté l'Angleterre quinze jours après avoir mis Draco au monde. »
« Tout cela en quinze jours ? » ne put s'empêcher de s'exclamer Harry.
« Oui. L'annulation de leur mariage a été prononcé trois mois plus tard. Oui, annulation, Harry, pas divorce. En fait, à cause du sort qui avait été à l'origine de leur union, ils ont pu obtenir l'annulation. Ainsi, d'un point de vue légale et magique, c'est comme si Lucius n'avait jamais été marié, » sourit Severus en plongeant ses onyx dans les yeux verts en face de lui.
Une nouvelle fois, Harry se sentit rougir. Néanmoins, cette fois ce n'était plus du malaise qu'il ressentait. Non, il était stupidement ému.
« Alors... alors si j'accepte... ? »
« Oui, tu seras légalement et magiquement le seul conjoint que Lucius n'ait jamais eu, » lui confirma Severus d'une voix douce.
Harry ne retint pas un grand sourire de s'étaler sur ses lèvres. Puis il fronça ses sourcils.
« Et Draco ? »
« Comment cela, Draco ? »
« Eh bien, vis-à-vis de Draco ! Elle n'a donc jamais voulu le revoir ? »
Severus garda le silence.
« Harry, je sais que ce n'est pas la première fois que tu t'interroges au sujet des relations entre Draco et Narcissa. Mais Lucius m'a demandé de te montrer que les souvenirs liés à son passé de ce que tu considères comme Mangemort. Tu devras parler avec lui de ce qu'il en est de Draco et Narcissa. »
« Mais, » protesta Harry. « J'ai essayé ! Il m'a gentiment renvoyé sur les roses ! J'ai le droit de m'inquiéter quand même ! »
Severus l'étudia un moment.
« Oui, en tant que promis tu as sans doute le droit de savoir. Mais c'est, je le répète, Lucius qui devra t'en parler. Pas moi. Sache juste, si cela peut te rassurer, que Narcissa n'a plus aucun droit parental sur Draco. »
Harry acquiesça en silence. Certes, de cela il s'en doutait mais au moins maintenant, il en était sûr.
« Bien, je pense que nous pouvons retourner au souvenir maintenant, » conclut Severus. « Comme tu le vois, nous sommes à Poudlard. J'avais déjà trahi le Seigneur des Ténèbres, bien qu'il l'ignorait et pensait que j'espionnais l'Ordre pour son compte. Albus m'avait proposé le poste de professeur de potions, Horace ayant décidé de prendre sa retraite. Cette dernière était aussi stratégique, n'en doute pas. Horace est un poltron. Il craignait qu'en tant que professeur ici, à Poudlard, où Dumbledore était directeur tout en étant connu et reconnu pour être le défenseur de la lumière, les partisans du Seigneur Noir s'en prennent à lui. D'autant qu'il était directeur de Serpentard et que de nombreux Mangemorts étaient issus de cette maison. Bref, il a préféré quitté les lieux et le Royaume-Uni. Cela nous arrangeait, de toutes façons. Avec le recul, je me doute que Dumbledore avait aussi préparé mon futur d'après espion Mangemoresque. » Il sourit à Harry. « Mais n'oublie pas que Lucius, qui entrait donc en quatrième année, ne me connaissait pour ainsi dire pas à l'époque. Sauf en tant que Mangemort redoutable, l'un de ceux du premier cercle et favori du Maître. Le souvenir que tu vas voir se passe environ quinze jours après la cérémonie. »
… … …
À suivre
… … …
NDA 1 : Je fais référence plusieurs fois au MPREG dans cette histoire, c'est une chose qui existe dans le monde de cette fiction, mais que ceux qui n'aiment pas cela se rassure : il n'y en aura pas.
NDA 2 : pour la chanson du chapitre précédent, il s'agissait bien du moment où Harry demande à Lucius de se confier à lui (bravo à Redkunst et Jelyel) et c'est la chanson « Tes blessures » de la comédie musicale ''Robin des bois'', chantée par Stéphanie Bédard et M. Pokora, l'idole de mes fils ^^'
