NDA : Idem que la précédente. Rappel : le rating de cette fiction est M


Chapitre 21

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Souvenirs de Snape – Partie 2


Harry hocha la tête. Il voyait parfaitement de quoi voulait parler Severus. Celui-ci claqua dans ses mains, le souvenir prenant peu à peu vie devant eux.

Le Severus du passé était installé dans son canapé, en train de lire une revue, quand les flammes de la cheminée en face de lui prirent vie. Elles n'étaient pas vertes mais d'un joli violet, signe qu'un appel venait de l'extérieur du château et qu'il provenait d'une cheminée non reliée à celle du professeur. Une voix dure résonna dans l'âtre :

« Abraxas Malfoy demande la permission de parler à Severus Snape, professeur de Poudlard. »

Snape se leva de son canapé, défroissa sa robe et lança dans un murmure : « Accordé »

Les flammes devinrent alors vertes, laissant entrevoir le visage d'un homme.

« Severus, il faudrait que tu viennes au Manoir. Immédiatement. »

« Et que me vaut l'honneur ? »

« L'état de mon fils réclame ta présence. Je te rappelle que tu t'es engagé à surveiller sa santé ainsi que sa pureté. Le Lord veut que cela soit fait aujourd'hui, » expliqua de façon laconique le patriarche.

Severus fronça les sourcils, comprenant le sous-entendu. Il devait vérifier l'état de pureté du jeune Malfoy, tous les quinze jours et ce devant la présence du Lord. Cependant, il avait compris que cela ne devait se faire qu'une fois Lucius à Poudlard. Or là, la rentrée des classes n'était que le sur-lendemain. Il devait sans doute il y a avoir autre chose, à moins que le Lord n'ait voulu que l'adolescent soit examiné avant cette dernière.

« J'arrive. »

« Viens, Harry, » rajouta le Severus du présent.

Ils pénétrèrent eux aussi dans la cheminée pour arriver de suite au Manoir Malfoy. Harry apprécia le fait de ne pas avoir eu les sensations d'un voyage par Cheminette.

En silence, les quatre personnes gravirent les escaliers. Ils arrivèrent devant la chambre de ce que Harry savait être aujourd'hui celle de Draco. La porte était différente cependant, en bois sombre et vernis.

Abraxas ne s'embarrassa pas plus, ouvrant la porte sans prendre la peine de frapper. Harry le suivit toujours sans dire un mot. Ce qui était désormais la salle de jeu claire et lumineuse de Draco était à cette époque un immense bureau. Les murs, peints en vert foncé et gris souris étaient recouverts d'étagères emplies de livres. Ils ne s'arrêtèrent pas dans cette pièce mais continuèrent en direction de la chambre à coucher.

Harry sentit de nouveau son cœur se serrer. Les murs étaient identiques au bureau, sans les livres. Il n'y avait pas de décoration, à part un immense emblème de la maison Serpentard. Un grand lit à baldaquin, du même bois foncé que la porte et les autres meubles présents dans les appartements de Lucius adolescent, trônait au milieux. Et là, assis sur le lit, Lucius. Il avait la tête basse et était simplement vêtu d'une robe blanche à manches courtes en coton grossier. Cette dernière laissait voir des marques bleutées sur ses bras. Les cheveux blonds pendaient devant son visage et Harry eut soudain peur de ce qu'il allait découvrir.

Abraxas s'avança vers son fils, le faisait se redresser rudement.

« Salut notre noble invité, vaurien ! » martela-t-il durement en projetant le garçon au sol.

Lucius se tint prosterné à genoux, les deux bras croisés sur sa poitrine.

« Bonjour, maître, » murmura-t-il dans un souffle sans relever le nez.

Cependant, Harry avait déjà pu noter l'hématome qui lui mangeait une partie du visage.

« Je ne suis pas ton maître, Lucius, mais comme je serai bientôt ton professeur et ton responsable de maison à Poudlard, je pense que tu peux m'appeler professeur ou monsieur, » fit Severus doucement.

« Oui, professeur, » répondit Lucius du même ton.

Severus s'approcha de lui, le prenant par le bras pour le relever. Lucius se redressa, sans lever les yeux sur le professeur de potions.

« Pourquoi ne me regarde-tu pas, Lucius ? »

« Je n'ai pas le droit, professeur, je suis puni... » répondit l'enfant.

Severus se retourna vers Abraxas, posant une question muette.

« Ce petit ingrat a essayé de s'enfuir ! L'insolent ! Le traître ! » explosa le vieil homme.

À ses cris, Lucius ferma les yeux et entra sa tête dans ses épaules.

« Mais il a été sévèrement corrigé ! Gredin ! Sois heureux que le Maître t'ait choisi, sinon tu serais encore au fond de mes cachots ! Déshérité ! Ou mieux, enterré six pieds sous terre ! Que cela te plaise ou non, tu honoreras le nom des Malfoy ! »

Lucius se mit à trembler, puis relevant des yeux pleins de larmes, défia encore son père d'une voix tremblante.

« Alors faites-le, père ! Bannissez-moi ! Déshéritez-moi ! Tuez-moi si cela est votre bon plaisir ! Mais par pitié, pitié, ne me donnez pas à cet homme ! »

Il se jeta aux pieds de son père.

« Je vous en supplie ! Je préfère mourir sous votre main que de devenir l'esclave du Seigneur des Ténèbres ! Tout plutôt que de devoir partager sa couche ! Père, je vous en supplie, épargnez votre enfant ! »

« Tais-toi donc, misérable ! » cria Abraxas en le frappant de sa canne. « Tu feras honneur à notre nom et notre famille ! Tu n'es plus un enfant, tu serviras notre Maître et assouviras ses désirs ! »

La canne en bois allait de nouveau s'abattre sur les épaules à moitié dénudées du garçon quand une main ferme retint le bras d'Abraxas.

« As-tu oublié ce qu'a dit notre Maître ? Lucius lui appartient. De quel droit lèves-tu la main sur lui ? »

« Il reste mon fils ! » s'offusqua le patriarche.

« Non, il a cessé de l'être lorsque tu as accepté les conditions du Seigneur des Ténèbres. Et comme il nous l'a dit, je suis celui chargé de sa santé. Si tu as marqué ton fils et que le Seigneur me demande des comptes, je saurai lui dire qui a osé détériorer son bien. »

Les yeux clairs d'Abraxas s'écarquillèrent, réalisant ce que Severus lui disait.

« Je... J'éviterai à l'avenir de le frapper, » concéda-t-il, amer.

« Bien, maintenant, laisse-nous, » ordonna Snape.

« Comment ? Pourquoi veux-tu rester seul avec lui ? »

« Parce que je suis chargé de sa santé, c'est bien pour cette raison que tu m'as fait appelé, non ? Veux-tu discuter avec le Maître des conditions dans lesquelles j'entends exercer la mission qu'il m'a confiée ? » susurra dangereusement Severus en se rapprochant de l'autre Mangemort.

Ce dernier pinça des lèvres, puis après avoir hoché la tête, quitta la pièce avec dignité. Resté seul, Severus s'agenouilla au pied de l'enfant qui pleurait.

« Redresse-toi, Lucius, »

« Ou...oui, maître, » bredouilla le garçon.

« Comme je te l'ai dit, je ne suis pas ton maître. »

« Pardon, pardon, monsieur... »

« Ce n'est rien, » le rassura doucement Severus alors que le jeune adolescent se relevait.

« Enlève ta robe et allonge-toi sur ton lit, » ordonna d'une voix douce le professeur de potions.

Lucius essuya ses larmes, retira la robe qui tenait par un fil de corde et, totalement nu, s'allongea sur son lit, les joues roses de se découvrir ainsi devant un inconnu, Mangemort et favori du Lord de surcroît.

Harry ne put retenir un cri. Le corps pâle et amaigri du garçon était couvert de marques de coups, allant du bleu, au vert et à l'aubergine, ainsi que de traces de fouet.

« Sev' ! » s'exclama-t-il.

« Oui, je sais, Harry... Mais tu étais en guère meilleur état quand je t'ai enlevé aux Dursley, » fit sombrement son tuteur.

Le Severus du passé s'assit à côté du jeune blond, dévisageant en silence les marques. Il soupira avant de prendre plusieurs fioles de potions dans sa poche intérieure. Comme il l'avait fait avec moi, se souvint Harry. Malgré tout, il se rappelait ne pas être aussi marqué que son fiancé, n'en déplaise à Severus.

« Bois, mon garçon. Et je donnerai des indications à tes elfes de maison afin qu'ils te passent de la crème cicatrisante sur tes bleus et tes blessures »

« Mais... Je n'ai pas le droit de me soigner, monsieur... » contesta faiblement Lucius.

« Maintenant tu as le droit. Je suis celui chargé de ta sécurité, de ta santé et de ta pureté. L'aurais-tu oublié ? »

« Non... »

« Alors tu prendras toutes les potions que je t'ordonnerai. »

Il leva sa baguette, jetant plusieurs sorts de diagnostics sur le jeune homme, ses sourcils se fronçant de plus en plus.

« Lucius, quelle a été la punition de ton père ? »

Le garçon se mordit les lèvres, pâle, sans oser regarder son professeur.

« Lucius, je veux que tu me regardes et que tu me dises quelle a été la punition de ton père. Je sais, donc, que tu as stupidement essayé de t'enfuir pour échapper à ton union avec le Lord. Je ne te punirai pas plus et te promets de ne rien dire. À qui que ce soit. »

Lucius releva alors ses yeux gris, effrayés mais aussi emplis d'espoir, vers lui.

« Promis ? »

« Oui. »

« Je... Mon père a été furieux. J'ai essayé de m'enfuir, pendant la nuit. Il m'a frappé de sa canne, soumis au Doloris. J'ai été enchaîné nu par le cou, les poignets et les chevilles aux cachots pendant trois jours. Fouetté avec un chat à neuf queues. Ensuite, père m'a autorisé à me vêtir de l'habit des esclaves. J'ai eu le droit de manger du pain et de l'eau. Le cinquième jour, j'ai eu le droit de revenir dans ma chambre. Mais je n'ai pas le droit de parler, sauf si on me pose une question, pas le droit de regarder les sorciers respectables dans les yeux. Je peux manger une fois par jour, du pain et de l'eau. J'ai le droit de dormir pendant six heures. Le reste du temps, je dois écrire ma punition. »

« Que dois-tu écrire ? »

« Que je dois servir le Seigneur des Ténèbres, me soumettre à ses désirs et assurer sa descendance, » chuchota le garçon. Il regarda Severus et continua. « Une fois par jour, père vient me rendre visite pour contrôler mon travail. Je ne dois pas me plaindre, je ne dois pas pleurer. Un Malfoy n'est pas un pleurnicheur. Je dois supporter ma peine en silence. Mon père vérifie que je suis digne des Malfoy afin que l'héritier que je lui donnerai soit à la hauteur de notre nom. Après, il me corrige avec sa canne ou un fouet. Ou alors je dois supporter le Doloris. »

« Combien de temps ? »

« Cela dépend du bon vouloir de mon père. Je n'ai pas le droit de demander combien de temps, ni de me plaindre, ni de me débattre, ni lui demander d'arrêter. »

« Non, depuis combien de temps dure ta punition ? »

« Depuis treize jours, » souffla Lucius. « Père a dit que je serais puni jusqu'à la rentrée des classes. »

Severus se pencha sur le corps du garçon qui frémit de façon instinctive.

« Écoute-moi bien, Lucius. À partir d'aujourd'hui, je serai le seul à pouvoir décider d'une quelconque punition. Tu auras le droit de manger tout ce que je vais ordonner aux elfes de te préparer. Tu dormiras au moins huit heures par nuit, plus si tu le souhaites. Tu ne quitteras pas cette chambre. Cependant, je vais ordonner aussi à ce que tu sortes dans l'après-midi, sous bonne garde, afin que tu fasses une promenade ou du sport. Tu vas arrêter d'écrire cette phrase car le reste de ton temps libre sera consacré à tes études. Tu es de ma maison et j'attends de toi que tu sois l'un des meilleurs. »

« Oui, monsieur, » fit très respectueusement l'enfant.

« Personne ne doit te frapper et j'interdirai à ton père de te toucher ou de te lancer le moindre sort. »

Une fois encore, les yeux gris s'écarquillèrent.

« Mais... c'est mon père, il m'a toujours corrigé. »

« Plus maintenant, » fit durement Severus.

Lucius tenta un timide sourire avant que ce dernier ne s'efface.

« Oui... parce que j'appartiens au Seigneur des Ténèbres... »

« Oui... » avoua Severus. « Je vais lancer des sorts sur toi qui me permettront de savoir si on te fait du mal ou si ta vie est en danger. Alors, ne tente rien, suis-je clair ? »

« Oui, professeur. »

Severus lança effectivement plusieurs sorts, puis, il pointa sa baguette vers le sexe du garçon qui chercha à mettre sa main sur son intimité. Cependant, d'un geste de sa baguette, Severus l'obligea à la découvrir, faisant se couvrir de rouge les joues de l'adolescent. Après un autre sort, Snape se leva, satisfait.

« Bien, tu es encore pur. Rhabille-toi. Je te reverrai à Poudlard. »

« Monsieur, » demanda d'une voix hésitante le garçon. « Est-ce que... Est-ce que vous pensez que le Seigneur des Ténèbres serait d'accord pour ne pas m'épouser tout de suite ? Ou que je ne sois pas obligé d'aller le voir ? Vous pouvez vous assurer de ma virginité vous-même, non ? »

Severus le regarda attentivement, avisant, tout comme Harry, l'éclat désespéré dans les yeux clairs.

« Non... Ce que le Lord a décidé devra se faire... Mais tu as encore le temps, Lucius... »

« Non, je n'ai plus le temps. J'aurais quinze ans bientôt. Dans six mois. »

« Il peut se passer beaucoup de chose en six mois. »

« Monsieur... Est-ce que... Est-ce que vous pensez que le Seigneur des Ténèbres... » Lucius déglutit, plus pâle que jamais. « Est-ce qu'il sera... doux avec moi ? »

Une fois encore, le visage de Severus ne montra rien d'autre que son masque d'impassibilité. Sa voix ne trembla pas quand il mentit à l'enfant frissonnant devant lui.

« Je ne sais pas, jeune Malfoy. Seul l'avenir nous le dira. Mais il t'a choisi, il n'y a donc aucune raison pour qu'il ne prenne pas soin de ce qui lui appartient »

Le Severus du présent se tourna vers Harry qui avait étrangement le même teint que le garçon en face de lui. Il leva sa baguette, faisant changer le décors et les plongeant dans un autre souvenir. Là encore, Harry reconnut l'endroit : le bureau de Dumbledore.

Son tuteur n'attendit pas avant de lancer le souvenir. Bientôt, Harry put contempler un Severus blême de rage qui arpentait le bureau directorial devant un Albus dans son fauteuil, le visage soucieux.

« Il l'avait roué de coups ! Soumis au Doloris ! Par Merlin, je ne sais comment je me suis retenu de massacrer cette ordure ! »

« Calmez-vous, Severus. »

« Que je me calme ? Directeur, vous ne comprenez donc pas ? Cet enfant va devenir dans quelques mois l'esclave du Mage Noir ! Son jouet sexuel ! Ne pouvons-nous rien faire ? »

« Severus, pour l'instant il est trop tôt pour agir. La bonne nouvelle, c'est que cette dernière folie de Tom lui a coûté d'autres partisans. Le jeune Regulus, pour ne citer que lui, est avec nous désormais. » Le vieux mage soupira. « Abraxas Malfoy m'a informé hier que son fils devrait quitter Poudlard le vendredi soir, en raison d'un problème de santé. Je ne peux m'y opposer. »

« Par Salazar, vous savez ce que ces visites signifient ? Vous allez mettre ce garçon entre les mains du Lord ! » cria Snape.

« Severus, je ne peux rien y faire ! » fit durement Albus. Cependant il se radoucit en voyant Severus prêt à s'arracher les cheveux. « Mon garçon, je vous promets de tout tenter pour protéger cet enfant. Je ne peux ni ne veux vous en dire davantage, pas par manque de confiance en vous, mais pour des raisons de sécurité. Ne dites rien au jeune Malfoy non plus. Néanmoins, je vous garantie, Severus, que Tom ne s'unira pas avec lui. »

Severus se tourna vers Dumbledore, les yeux éclatants.

« Le promettez-vous réellement, professeur ? »

« Oui, j'en fais le serment. Sur ma magie si vous le souhaitez. L'Ordre protégera Lucius s'il le faut. »

De nouveau, le Severus du présent bougea sa baguette. Le souvenir se figea devant les yeux de Harry.

« Je pense qu'il est bon que tu saches que ces deux derniers souvenirs, ainsi que celui de la cérémonie, ont été montrés lors du procès de Lucius au Magenmagot. Enfin, à trois de ses membres. »

« Oh... Je vois... »

« Oh non, Harry, non, pas encore... Mais tu verras, » rétorqua amèrement Severus, créant la surprise chez le garçon.

Il leva sa baguette et avant que Harry ne puisse l'interroger, le décor changea de nouveau. Ils retrouvaient l'appartement de Snape. Il n'y avait aucune lumière, Harry supposa donc que ce souvenir devait se dérouler pendant une nuit. Il n'eut pas le temps de poser la question que des coups puissants furent frappés sur la porte, puis des appels leur parvinrent.

« Professeur Snape ! Professeur, venez vite ! »

Harry découvrit un Severus ronchon, mal réveillé et d'humeur massacrante surgir de sa chambre pour se diriger vers sa porte qu'il ouvrit à la volée.

« Par Merlin et Salazar ! Selwyn, que vous arrive-t-il ? » s'exclama-t-il en découvrant le préfet de sa maison, pour le moins échevelé et avec encore la marque de l'oreiller sur le visage.

« C'est Malfoy ! Les garçons de son dortoir m'ont appelé. Ils se sont réveillés car il gémissait et pleurait. »

« Vous osez me réveiller pour un simple cauchemar, Selwyn ?! »

« Non, professeur, je suis allé vérifier par moi-même. Ce n'est pas un cauchemar, Malfoy souffre réellement, il se tord dans son lit mais a refusé de voir madame Pomfresh. Il ne cesse de vous réclamer, professeur, » fit Selwyn.

Il se pencha un peu plus en avant, pour finir par murmurer.

« Il dit que vous êtes celui qui doit veiller à sa santé, par rapport à... Vous savez qui... »

Le sixième année baissa des yeux, comme estomaqué par sa propre audace.

Severus tiqua, bien qu'il n'en montra rien. Bien sûr, Sylvanus Selwyn était le fils d'un des favoris du Lord. Nul doute que son père avait dû le tenir informé de la cérémonie... bien que son propre fils n'ait pas été présenté, nota Snape.

Sans plus de commentaires, il s'élança hors de ses quartiers en direction de la salle commune et des dortoirs des Serpentard. Dans le même temps, le Severus du présent expliquait son état d'esprit de l'époque à un Harry attentif.

Quand ils arrivèrent dans le dortoir des quatrième année, le ténébreux professeur fit sortir tous les élèves qui s'étaient agglutinés autour d'un lit à baldaquin dont les rideaux étaient tirés. Des plaintes et des sanglots se faisaient entendre. Les enfants sortirent, visiblement inquiets du sort de leur camarade. Là encore, Severus nota que certains parmi eux devaient parfaitement savoir quelle était la funeste destinée de l'héritier Malfoy.

Une fois seul, Severus tira les rideaux d'un coup sec, révélant un Lucius qui visiblement était pétri de souffrance. Il était en boule dans son lit, avec un simple drap qui le recouvrait jusqu'aux épaules, ses bras et ses mains cachés par celui-ci. Alors qu'il levait ses yeux humides de larmes difficilement contenues, Severus retira le drap. Le garçon, en pyjama, était recroquevillé sur lui-même, ses mains sur son entre-jambe.

« Lucius... montre-moi où tu souffres. »

Mais le garçon se contenta de secouer la tête, dans la négative.

« Lucius... » gronda Snape.

Le gamin fondit en larmes, montrant ses mains dont l'intérieur était brûlé. Snape sursauta, se demanda comment l'enfant, alors qu'il était censé dormir paisiblement dans son lit, avait pu se meurtrir de la sorte. Il se saisit des membres blessés, faisant attention de ne pas toucher la paume.

« C'est... C'est ma faute, professeur... Je vous en supplie, ne dites rien au Maître... » balbutia Lucius, provoquant un haussement de sourcil de la part de son professeur.

« Pourquoi penses-tu que le Seigneur Noir est lié à tout ceci ? »

« Parce que... Mon père... Le Seigneur des Ténèbres... »

« Oui... »

« Je lui appartiens, » fit enfin Lucius, des larmes noyant ses yeux clairs.

« Oui, nous le savons... Mais quel est le rapport ? » continua Severus qui commençait à se demander si le gamin n'avait pas finalement perdu la raison.

« Personne, pas même moi ne peut... ne peut... Je suis à lui, bon sang ! Je dois rester pur ! » pleura le garçon.

Alors Severus comprit. Il comprit aussi pourquoi le gosse se tenait en boule et pourquoi il n'avait pas voulu que madame Pomfresh le voit.

« Lucius, enlève ton pantalon. »

Devant l'inaction du garçon, Severus le lui retira lui-même, ne cherchant pas à savoir si le jeune Malfoy refusait de le faire parce qu'il ne le pouvait pas à cause de ses paumes à vif ou par gêne. Severus ferma les yeux devant ce qu'il avait deviné. La verge du jeune adolescent était elle-aussi brûlée.

« S'il vous plaît, monsieur... Ne dites rien au Lord... »

« Comment voulez-vous que je me taise ?! Jeune imbécile ! Avez-vous oublié qui est votre préfet ?! » le réprimanda Severus. « Je vais vous soigner, Lucius, mais pour le reste, je ne peux rien pour vous. »

L'enfant pleura plus fort, affolé. Severus se pinça l'arrête du nez avant de s'asseoir sur le lit.

« Lucius... Je vais te soigner mon garçon. Je me doute que tu dois souffrir le martyr. Allez, calme-toi. D'abord je te soigne et ensuite, on avisera pour le Seigneur Noir. Je vais t'aider, Lucius... » se reprit-il d'une voix douce et réconfortante.

Le Severus actuel bougea une nouvelle fois sa baguette. Harry et lui se trouvèrent cette fois dans son bureau. Mais le souvenir ne défila pas de suite. Snape préféra se retourner et prendre un Harry verdâtre contre lui.

« Est-ce que ça va, Harry ? Si tu veux, on peut arrêter, on reprendra plus tard. Tu as vu beaucoup de choses et je me doute que cela doit être perturbant ou douloureux pour toi. Veux-tu que l'on retourne voir Sirius un instant ? »

Le brun se serra contre son père, enfouissant son visage dans ses robes, comme il le faisait étant plus jeune. Lui qui pensait avoir eu une enfance misérable réalisa d'un coup qu'il n'avait rien à envier à son fiancé. Du tout. Il prit également durement conscience que Lucius, à quelques mois près, avait l'âge qu'il avait eu lui-même quand Severus l'avait pris sous son aile.

« Non, Père. Je voudrais en finir. » Il releva son visage vers son tuteur. « Il en reste encore beaucoup ? »

« Cinq, mon grand, » répondit Severus en réaffirmant son étreinte.

Il était rare qu'il affuble Harry de surnom de la sorte depuis qu'il était majeur et indépendant, mais l'un comme l'autre avaient besoin d'un peu de tendresse après tant de violence.

Le jeune sorcier hocha finalement la tête en signe d'accord. Après un court instant, le souvenir prit vie. Severus était à son bureau en train de corriger des copies qui, pour ce que Harry en voyait, étaient toutes raturées de rouge, lorsque l'on frappa alors à la porte.

« Entrez ! »

Elle s'ouvrit, révélant un jeune élève aux cheveux blonds qui se tint bien droit devant son directeur de maison.

« Vous m'avez demandé, professeur ? »

« Oui, Lucius. »

Le visage du garçon se ferma instantanément. Après un peu plus de quinze jours à Poudlard, il avait compris que quand son professeur de potions l'appelait Lucius, c'était qu'il endossait le rôle que lui avait confié le Seigneur des Ténèbres. Le garçon s'avança lentement vers le bureau de son professeur, dans l'attente. Severus le regardait, impassible. Enfin, il posa sur son bureau deux potions.

« J'ai eu de nouvelles directives de la part de notre Maître. Il souhaite te rencontrer vendredi prochain. » Le jeune Malfoy pâlit brusquement. « Il exige que tu prennes cette potion pousstiff, afin que ta chevelure, je le cite, atteigne le bas de tes reins. »

Les yeux clairs de Lucius s'écarquillèrent. « Au bas des reins ? Mais... Vendredi c'est dans cinq jours ! »

« D'où l'intérêt de cette potion, Lucius. Tu viendras tous les soirs dans mon bureau, afin de la prendre. D'ici à vendredi soir, j'ose espérer que tes cheveux auront la longueur désirée par notre Seigneur. Autre chose, tu devras te présenter à lui vêtu uniquement d'une robe claire. Rien d'autre. Tu viendras donc ici, dans mon bureau à vingt heures précises afin que je contrôle ta tenue. Il est hors de question que ta première visite commence par un impair. D'autre part, en ce qui concerne tes cheveux, ils devront être libres de toute attache devant Lui. À l'inverse, tu es tenu de les tresser le reste du temps. »

« Les tresser ! » s'exclama le garçon qui était devenu de plus en plus livide au fur et à mesure que son professeur parlait. « Mais, c'est les filles qui se tressent les cheveux ! Pas les garçons ! Toute l'école va se moquer de moi ! »

Severus se redressa, toisant son élève avec froideur.

« Écoute-moi bien, Lucius... Peut m'importe que toute l'école, voire même tout le Royaume-Uni se moque de toi et de ta tresse. Si tu n'obéis pas au Seigneur des Ténèbres, ces moqueries seront le cadet de tes soucis. N'essaye pas même un seul instant espérer le tromper. Il y a d'autres enfants de Mangemorts, ici, qui partagent ta salle commune. Ils n'hésiteront pas à dire à leur père ce que tu fais, le moindre de tes gestes ou de tes paroles. Est-ce que tu comprends bien ce que je suis en train de t'expliquer ? »

« Ou-oui, monsieur. »

« Bien, car sache que le Maître sait déjà pour ton... expérience nocturne... »

Cette fois, le garçons sembla sur le point de s'évanouir de terreur.

« Je vois que tu as saisi... Il est impératif, Lucius, pour toi comme pour moi, que d'ici à vendredi, tu respectes la moindre de ses exigences et que cette soirée le satisfasse. »

Severus attendit un court instant avant de reprendre tout en poussant l'une des potions devant l'enfant pâle.

« Bois. »

Le garçon ne songea pas plus à protester et avala d'un trait la boisson, grimaçant de dégoût lorsqu'il la reposa sur le bureau.

« Bien, nous verrons demain les premiers résultats. Si tu ne peux les tresser de suite, garde les au minimum en catogan. Compris ? »

« Oui, professeur. »

« Parfait. Maintenant, bois cette potion, » ordonna-t-il en poussant la deuxième.

Cette fois, Lucius haussa un sourcil, bien qu'il se saisisse de la fiole.

« Qu'est-ce, monsieur ? »

Severus planta ses yeux noirs dans les siens. Il n'avait pas envie de le dire au garçon, sachant comment il risquerait de réagir et vu que Dumbledore lui avait fait une certaine promesse. Néanmoins, il finit par obtempérer devant le regard soucieux et persistant de l'enfant.

« C'est une potion conceptrice masculine, Lucius. Normalement, il convient de commencer à la boire deux mois avant que l'on désire concevoir un enfant. Mais le Maître... espère beaucoup de votre nuit de noces. Il sera furieusement déçu si vous ne concevez pas cette nuit-là son héritier. Alors tu viendras boire cette potion chaque dimanche soir sans faute. À compter de janvier, je t'en donnerai une autre, qui boostera encore plus tes... capacités reproductives. C'est un traitement normalement réservé aux personnes qui ont des difficultés à concevoir, mais je préfère mettre toutes les chances de ton côté. »

Lucius avait le teint qui oscillait entre le blanc et le vert tout en écoutant son directeur de maison. Il déglutit avec peine, avant de murmurer d'une voix tremblante.

« Je... Je croyais que le Maître voulait attendre mes quinze ans, avant de... Je pensais qu'il me voulait vierge, pour le jour de notre mariage. »

« Il le veut toujours. Il ne va pas prendre ton pucelage vendredi, Lucius. Mais il compte s'occuper néanmoins de ton éducation sexuelle d'ici à ce jour... » termina lugubrement Severus. « Bois, » ordonna-t-il une nouvelle fois.

Ce fut d'une main tremblante que l'adolescent prit la deuxième fiole qu'il but devant le regard perçant de Severus.

« Bien... tu peux retourner dans ton dortoir... »

Harry regarda la scène devant lui devenir floue, puis un nouveau souvenir surgit. Ils étaient encore dans le bureau de Severus et cela le perturba un peu car les lieux et les personnes en étaient les mêmes que l'instant d'avant. Cependant, il réalisa rapidement que le Lucius qu'il avait en face de lui n'avait pas grand chose à voir avec celui de la minute précédente.

Certes, il était toujours aussi pâle, tremblant, mais il avait les cheveux qui tombaient désormais sur ses hanches. Il n'avait plus non plus sa tenue d'écolier mais une robe blanche que Harry reconnut pour être celle de la cérémonie. Severus, quant à lui, était comme toujours égal à lui-même. Il scrutait avec application le jeune homme en face de lui.

« Bien, enlève tes chaussures et tes chaussettes. »

Le blond le regarda, éberlué.

« Le Lord a dit : sans rien d'autre que sa robe. Si tu as un sous-vêtement, retire-le également. »

Les joues du garçon rosirent un peu. Pourtant, il enleva ses chaussures, ses chaussettes, ainsi qu'un caleçon blanc. Il plia les vêtements et les déposa avec précaution sur la chaise à ses côtés.

Il tremblait. Harry supposa que c'était plus de peur que de froid, même si effectivement, il ne devait pas avoir bien chaud, pieds nus avec uniquement cette mince robe sur les épaules dans les cachots humides. Snape jeta de la poudre de Cheminette, il prit le garçon par le bras et s'engouffra à l'intérieur. Harry et l'autre Severus firent de même. Ils arrivèrent dans l'ancienne demeure de Severus, à savoir la maison des Snape, impasse du Tisseur. Mais Harry n'eut pas vraiment le temps de regarder autour de lui que le Severus du passé transplana, les emmenant avec lui dans un autre endroit.

Harry sentit son dos se couvrir de frissons. Ils étaient, il le savait, dans la demeure de Voldemort. La pièce était une sorte de salle d'attente avec un canapé et un fauteuil. Les murs étaient sombres, tout avait une allure sinistre. Une des deux portes de la salle était ouverte et donnait vraisemblablement dans un couloir. L'autre était close.

L'ancien Gryffondor jeta un œil inquiet à son tuteur alors que dans le même temps, le jeune Lucius faisait de même. Un nœud de stress lui tordait le ventre.

Non, plus que cela. Il avait peur. Peur pour celui qui faisait battre son cœur. Les souvenirs de Severus n'étaient pas encore tous passés, pourtant, Harry savait déjà qu'il n'accuserait plus jamais, jamais, Lucius d'être un Mangemort. Mieux, il se promit de rabrouer vertement quiconque le dirait devant lui.

Le bruit d'une porte qui s'ouvrait le sortit de ses pensées. Devant la deuxième porte, désormais ouverte, se tenait Tom Riddle, vêtu d'une élégante robe pourpre. Un sourire satisfait fleurit sur ses lèvres en voyant le jeune garçon qui se mit aussitôt à genoux devant lui en tremblant de plus belle. Severus posa également un genou à terre tout en saluant son maître. Mais ce dernier ne lui accorda pas le moindre regard. Il se dirigea à pas feutrés vers le jeune blond, lui tournant autour, comme un chat ferait avec une souris. Il passa ses doigts dans les cheveux raides, du crâne jusqu'à leur pointe, un petit soupir satisfait s'échappant de ses lèvres minces.

« Parfait, absolument parfait... Voilà de quoi te faire presque pardonner ton stupide incident de l'autre nuit, mon jeune prince. »

« Me... Merci, Maître, » balbutia Lucius.

« Redresse-toi, jeune vierge, que je puisse t'admirer comme tu le mérites, » susurra l'homme.

Harry sentit son ventre se tordre de nouveau. La voix de Tom était emplie d'une luxure écœurante.

L'héritier Malfoy obéit, se tenant le plus droit et le plus noblement possible. Comme lors de la cérémonie, le Lord passa ses mains sous le tissus de la robe et la dégrafa peu à peu, jusqu'à ce qu'elle tombe aux pieds du garçon qui rosit.

« Tu es magnifique, incroyablement magnifique... » haleta Tom. « Severus, le sort, vite ! »

Snape se releva à son tour. En évitant de regarder le garçon à la peau blanche devant lui, il leva sa baguette et lança un sort qui l'enveloppa de doré.

« Il est complètement pur, Maître. Personne ne l'a jamais approché de cette façon. »

« Merveilleux, » fit le Lord alors que ses mains parcouraient le corps de l'adolescent. « Severus, attends-nous ici, tu raccompagneras mon jeune prince au château quand j'en aurai terminé avec lui. »

Il prit le visage du garçon et se pencha vers lui pour lui dévorer goulûment la bouche. Le garçon leva ses mains, comme pour le repousser, quand, se rappelant sans doute qu'il ne le pouvait pas, il laissa retomber ses bras, les poings serrés contre ses flancs. Tom mit fin au baiser, lui prit le bras et l'entraîna dans ce que Harry aperçut être une chambre à coucher. La porte se referma derrière eux.

Le jeune Severus s'assit lourdement sur le fauteuil, la tête dans ses mains. Harry déglutit en le voyant faire, puis se tourna vers son tuteur.

« Severus... Il... il ne va pas le violer, n'est-ce pas ? »

« Si par violer tu entends le pénétrer de sa verge, non, il ne va pas le violer, » répondit lugubrement Severus.

Harry ouvrit la bouche pour demander des précisions quand des cris se firent entendre de l'autre côté de la porte close. Il pâlit et se cramponna au bras de Snape.

« Il le torture... parce que cet enfant de quatorze ans avait voulu connaître un instant de plaisir dans sa vie de douleur, une nuit, dans le secret de son lit... »

Harry déglutit péniblement et ses yeux se mouillèrent. Entendre Lucius crier, pleurer, c'était... insoutenable. Les cris cessèrent, pas les pleurs. Harry sentit ses propres larmes couler sur ses joues alors que des plaintes et des suppliques se faisaient maintenant entendre.

« Sev'... Sev', s'il te plaît... » supplia Harry.

Le maître des Potions se tourna vers son pupille et le prit dans ses bras.

« Papa, arrête, arrête, je veux plus entendre ça. »

A peine Harry eut-il fini sa phrase que le silence se fit. Il redressa sa tête du torse de son père pour regarder autour de lui. Il n'était plus dans l'anti-chambre, mais dans la chambre elle-même.

Harry s'arracha de l'étreinte de Severus et son cœur se fendit en deux. Il voyait l'autre Severus, plus jeune, se pencher vers le lit du Lord qui n'était présent nulle part dans la pièce. Lucius était recroquevillé sur le matelas, des marques rouges partout sur son corps dénudé. Il pleurait, ses lèvres pâles et sèches tremblantes sous les sanglots. Severus jeta un sort sur lui, qui l'enveloppa cette fois d'une lumière argenté. Lucius se redressa, suppliant visiblement l'homme qui d'un geste de baguette fit apparaître un récipient devant eux. Il soutint le front de l'enfant, maintenant ses cheveux en arrière, alors que le blond vomissait.

Harry, au bord de la crise de nerf lui-aussi, regarda Severus.

« Le sort que tu as vu est le même que celui que j'avais lancé deux heures avant. Lucius était toujours vierge, mais plus aussi pur qu'avant de rentrer dans cette chambre maudite. Il me suppliait de le sauver. Il m'a accusé de lui avoir menti, parce que le Lord ne prenait pas soin de ce qui lui appartenait. Je le savais, c'est vrai. Ses reproches étaient justifiés. Il voulait mourir. Je lui ai fait boire une potion calmante, je l'ai pris dans mes bras et nous sommes retournés à Poudlard. Après cela, il a pris une potion de sommeil sans rêve et je l'ai couché dans mon propre lit. Puis j'ai laissé explosé ma colère dans le bureau de Dumbledore. Je pensais te montrer tout cela mais... »

« Non, s'il te plaît non, je ne veux plus voir ça, papa. Je n'en peux plus, » gémit Harry.

Voir l'homme qu'il aimait souffrir était pire que de souffrir lui-même.

« Très bien... Si tu ne veux plus voir, alors je vais t'expliquer. Sache toutefois que ce que tu viens de voir à été également montré au Magenmagot. »

Harry vit que le décor changeait. Ils étaient de nouveau de retour à Poudlard, dans le bureau de Snape.

« Je vais malgré tout te montrer ceci, Harry, » dit gentiment Severus.

Le garçon vit alors Severus debout en train de remonter les brettelles à un Lucius plus pâle que jamais. Le garçon avait grandi mais il avait surtout maigri. Harry avait l'impression de voir une branche sèche d'un arbre, prête à se casser au moindre souffle d'air. Ses longs cheveux étaient retenus en une tresse serrée qui lui tombait au milieu du dos. Il portait ses habits d'écolier et Harry comprit de suite que du temps s'était écoulé puisqu'il portait aussi un pull d'hiver.

« Cela suffit, Lucius ! » s'exclamait Severus. « Madame Pomfresh m'a informé de votre évanouissement en cour de défense contre les forces du mal ! Et si vous me croyez aveugle au point de ne pas avoir remarqué que vous vous nourrissez à peine, vous vous trompez lourdement ! Ressaisissez-vous ! »

« Non, » murmura le garçon. « Non, monsieur... Je ne peux plus... »

« Si, il s'agit juste d'un effort de volonté ! »

« NON ! Non, je ne veux plus ! Je veux mourir, mourir ! » se mit à crier le jeune adolescent.

Severus le saisit par les épaules.

« Je vous interdis de dire ça ! »

« Et pourquoi ? » se moqua Lucius malgré ses yeux humides. « Parce que sinon, vous allez vous faire punir par le Maître ? Mais moi, je veux plus de cette vie... je veux plus... » il éclata en larmes. « Je ne veux plus devoir le voir le vendredi soir et je ne veux pas me marier. Non, plutôt mourir ! »

« Non, stupide enfant, non, je refuse de te laisser mourir, » fit Severus en le serrant contre lui, ses bras se nouant dans le dos frêle du garçon. « Écoute-moi, Lucius. Tout espoir n'est pas perdu, » murmura-t-il. « Bats-toi. Montre-leur, à tous, que tu vaux mieux que ton père. Tu es un Malfoy, un vrai Malfoy, comme tes ancêtres, pas comme lui ! Les Malfoy ne baissent pas les bras, ils ne se laissent pas abattre comme cela. Je ne te laisserai pas, Lucius, je ne t'abandonnerai pas. »

Lucius se recula un peu du torse de son professeur, visiblement surpris.

« Et si tu penses que je le fais par peur des représailles, tu te trompes. Je refuse de te laisser mourir tout comme je refuse de te laisser entre les mains de ce monstre. »

« Monsieur ? » chuchota Lucius.

Ses yeux se mirent à briller d'une lueur que Harry reconnut de suite : l'espoir.

« Est-ce à dire... » sa voix devint encore plus faible, comme s'il craignait les propres mots qu'il allait prononcer. « Que vous allez essayer de me sauver de ce qui m'attend ? »

« Oui, mon garçon. Tu n'es pas seul... Nous allons t'aider... Je te fais la promesse que ton calvaire va bientôt cesser. Mais il faut que tu sois fort, Lucius. Tu es un Serpentard, un aristocrate, tu as un honneur, tu entends ? Que diraient tes ancêtres s'ils te voyaient ainsi ? Tu es l'héritier d'une grande famille, tu n'as pas le droit de laisser tomber, » continua de susurrer Severus dans son oreille, l'une de ses mains maintenant fermement la tête aux cheveux blonds près de son cou en le faisant.

Alors Harry vit ce qu'il n'avait encore pas vu jusqu'alors, depuis qu'ils avaient plongé dans la pensine. Malgré ses yeux humides, Lucius se redressa, les iris gris reflétant une détermination nouvelle. Harry eut le souffle coupé. Devant lui se tenait le Lucius qu'il connaissait. Jeune, pâle et amaigrit, mais c'était indéniablement lui.

« Oui, monsieur... Vous ne me laisserez pas ? Promis ? »

Une fois encore, le cœur de Harry fit un bond dans sa poitrine. Ces mots ressemblaient tant à ce que lui-même avait dit à Snape, à l'âge de Lucius.

« Je te le promets. Jamais, » assura Severus.

Le souvenir se figea. Snape se tourna vers Harry afin de poser une main sur son épaule.

« Harry, tu dois savoir que nous avons eu cette conversation quelques jours seulement avant le décès de Tom... et ceux de tes parents. L'Ordre était en train d'organiser le sauvetage de Lucius. Sans savoir qu'il s'agissait de lui, d'ailleurs, juste qu'un enfant allait devoir être caché. Personne ne savait de qui il s'agissait, à part Albus et moi. Beaucoup pensaient d'ailleurs qu'il s'agissait de toi. Bref, réalises-tu pleinement maintenant que Lucius Malfoy ne t'a jamais, je dis bien jamais, considéré comme le sang-mêlé infâme qui avait vaincu son maître ? Cette nuit-là, vous, les Potter, vous l'avez au contraire délivré. »

« Oui, » bredouilla Harry. « Je comprends vraiment. Severus, je m'en veux tellement. Peut-on rentrer ? J'ai tant de choses à dire à Lucius. Je voudrais le voir, lui demander pardon. »

« Pas encore. Je sais que tu en as assez, que tu penses en avoir assez vu et que tu n'as qu'une envie, retrouver Lucius. Mais il m'a demandé de te montrer quelque chose. C'est important, pour lui. Ce souvenir là, il faut que je te le montre. »

De nouveau le décor changea. Harry comprit de suite où ils étaient, pour l'avoir déjà vu dans nombres de souvenirs et dans son propre passé : dans la salle de jugement du Magenmagot. Il fut surpris de ne voir que peu de personnes dans le tribunal et constata qu'il était aux côtés de Dumbledore et d'un Severus très pâle.

« Je venais d'être acquitté. Je devais être présent, ce jour là, mais crois-moi, si j'avais pu faire autrement, je l'aurais fait. »

« Pourquoi il y a aussi peu de membres ? » questionna Harry.

« Parce que Dumbledore avait demandé une commission restreinte en raison de la particularité de l'accusé, » répondit son tuteur.

Ils se turent car les portes s'ouvrirent d'un coup. Harry ne put retenir un cri d'horreur en voyant qui entrait et était enchaîné sur la chaise de l'accusé.

« Merlin ! Lucius ! »

Le jeune adolescent était habillé en lambeau, il avait des traces de coups sur le visage et les bras. Alors que Harry n'aurait pas imaginé la chose possible, il avait encore maigri. Mais tout cela n'était pas ce qui choquait le plus Harry, lui donnait envie de hurler et de frapper ceux qui avaient osé faire ça : Lucius avait le crâne rasé.

« Pourquoi ? Mais pourquoi ils ont fait ça ! » cria Harry, une atroce nausée lui enserrant l'estomac.

« Pourquoi ? Parce que certains nés-moldu se sont vengés... C'était un Malfoy. Les autres Mangemorts les plus dangereux avaient déjà été condamnés, dont son père. Lucius attendait d'être jugé non pas à Azkaban, mais dans une autre prison, enfin dans d'autres cachots que le ministère possède. Néanmoins, il n'a pas été totalement à l'abri de mauvais traitements. Tu ne comprends pas pourquoi on lui a rasé la tête ? Les nés-moldu ont fait le parallèle entre le Seigneur des Ténèbres et un autre puissant dictateur de leur monde, un certain Adolf Hitler. Ces deux sinistres individus, qui ne méritent pas le titre d'être humain, avaient des philosophies très proches concernant la pureté de la race et le sort qu'il fallait réserver aux impurs. Il y avait eu plus que des rumeurs sur Lucius, sur le sort que lui réservait le Lord. Sauf que bien sûr, les biens-pensants étaient persuadés que Lucius, fils de Mangemort et certainement Mangemort lui-même, était parfaitement consentant, voire ravi, de devenir à quatorze ans le jouet de son maître. Alors ils lui ont fait ce que d'autres avant eux avaient fait aux femmes qui avaient pris du plaisir dans les bras de l'ennemi : la tonte de la honte. Surtout que des élèves, à Poudlard, avaient rapporté que Lucius était très fier de sa chevelure. Ce qui était un atroce mensonge soi-dit en passant, et que c'était en partie en raison de celle-ci qu'il avait été choisi par le Lord. Encore un parallèle avec Hitler d'ailleurs, puisque la race supérieure aryenne était caractérisée par la blondeur et les yeux clairs. »

« C'est révoltant ! » cria de nouveau Harry, fou de rage. « Bande de salauds ! »

« Harry... c'était la fin de la guerre... ce n'est jamais très beau... » essaya de tempérer Severus.

Mais Harry ne l'écoutait ni le regardait plus. Il avait les poings et la mâchoire serrés tout en dévisageant Lucius.

Cependant, un autre fait le frappa de plein fouet. Lucius n'était pas paniqué, ni même larmoyant contrairement à d'autres Mangemorts dont Harry avait vu le procès. Non, il se tenait droit sur sa chaise avec autant de dignité que lui permettait les chaînes qui l'entravaient. Il était Lucius Malfoy.

Harry nota aussi des exclamations outrées qui provinrent de quelques personnes dans l'assemblée, dont Dumbledore qui tonna au scandale en voyant ainsi son élève.

Les discussions s'enchaînèrent, certains membres réclamant le baiser du Détraqueur pour l'enfant. Puis Albus demanda à ce que trois magistrats visionnent des souvenirs, en huit clôt. Harry savait de quoi il s'agissait puisque Severus le lui avait expliqué. Quand ils revinrent de la petite salle où ils les avaient visionnés, les membres regardaient Lucius avec une nouvelle compassion. En raison de l'âge de l'accusé et du fait que des magistrats avaient été désignés par leurs paires pour voir les souvenirs, eux seuls prononcèrent le délibéré : l'acquittement.

Cette décision provoqua un tumulte sans nom, surtout quand il fut décidé que ce procès ne devait pas être enregistré. Il fut également proclamé que Lucius serait confié à la tutelle d'Albus Dumbledore.

Tout le temps que dura la sentence, Lucius ne dit pas un mot ni ne bougea de sa chaise, comme il l'avait fait auparavant durant tout le procès. Puis les chaînes tombèrent au sol dans un bruit de ferraille. Aussitôt, Lucius se redressa, regardant d'un air hautain les rares personnes qui le huaient. Il se tint, droit, fier, presque méprisant alors que peu à peu la salle se vidait.

Quand il ne resta plus qu'Albus et Severus, il se tourna vers eux. Le maître des Potions se précipita vers lui au moment même où le garçon s'évanouissait dans ses bras, livide.

« Papa... je veux rentrer, s'il te plaît, » gémit Harry.

C'était trop, il n'en pouvait plus, il voulait absolument sortir de ces souvenirs. Il n'eut pas besoin de le répéter qu'enfin, enfin ! Il était de retour chez Sirius. Ce dernier, tout comme Snape l'avait fait des années plus tôt avec un jeune garçon au crâne rasé, se précipita vers lui. Et Harry, comme son fiancé avec Severus, s'effondra dans les bras de son parrain.

… … …

À suivre

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