NDA : pardon pour les réponses plutôt brèves à vos reviews, mais le temps me manque déjà, malheureusement. Bonne lecture, surtout aux amateurs de Sirius/Severus, j'espère que ce chapitre vous plaira.


Chapitre 26

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La noble et très ancienne Maison des Black

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Harry attendit un moment, sans rien dire. Visiblement, ni Lucius ni Severus n'avaient envie d'aborder le sujet.

Enfin, l'aristocrate se décida à bouger un peu sur le canapé, puis à parler.

« Bien, je suppose qu'il est légitime que tu saches certaines choses me concernant et concernant Draco. Severus, si j'oublie un fait important que tu n'aurais pas déjà expliqué à Harry, dis-le moi. »

Severus hocha la tête tandis que Harry, regardant son fiancé qui ne l'avait pas lâché et le tenait toujours fermement contre lui, ne put s'empêcher de faire remarquer :

« Je ne sais rien ou presque, sur Narcissa et toi. »

« Rien ? » se moqua Lucius. « Crois-moi Harry, tu en sais sans doute déjà bien assez sur nous deux, si on peut parler d'un ''nous deux'' quand il s'agit de Narcissa et moi. »

Harry fronça les sourcils mais attendit sagement la suite.

« Tu sais très bien pourquoi nous nous sommes mariés, elle et moi. Ce n'était certainement pas un mariage d'amour. Je me savais déjà homosexuel et n'avait en plus strictement aucune envie de me marier, crois-moi. Après... » Lucius ferma brièvement les yeux. « Après la mort du Seigneur des Ténèbres et mon procès, ma garde a été confiée à Dumbledore. Il en avait fait la demande antérieurement au procès et cela m'a évité d'être en famille d'accueil, dans un centre ou pire, confié à mes plus proches parents encore vivants qui avaient réussi l'exploit à ne pas comparaître devant le Magenmagot : Les Rosier et les Black, même si j'ai dû néanmoins les voir avant mon émancipation. J'ai pu finir mes études. Dumbledore m'a, en vérité, de suite remis aux bons soins de celui qui s'était déjà occupé de moi depuis le début de l'année, celui qui m'avait sauvé, de bien des façons : Severus. »

Le-dit Severus émit un grognement, peu ravi d'être ainsi mis en avant. Pourtant Harry se tourna vers lui et lui adressa un grand sourire qui réchauffa délicieusement le cœur de l'homme.

« Je te passerai sous silence les batailles juridiques qui ont suivi. Elles furent nombreuses, longues et aucune n'a aboutit. Les Black et Rosier n'ont jamais pu me récupérer, à leur plus grande frustration. Ne te leurre pas, ils ne le faisaient pas par bonté d'âme, notamment Rosier qui ne voyait en moi qu'un excellent moyen d'accéder à ma fortune et voulait en plus me coller son rejeton dans les pattes pour que je l'éduque à sa place. Les Black étaient différents. Ils ne le faisaient pas par appât du gain mais pour continuer mon éducation dans la lignée de celle de mon père. Pollux avait de nombreuses relations, néanmoins la famille n'était pas en odeur de sainteté, il n'a rien pu faire contre Dumbledore. Malgré tout, j'ai été obligé de passer du temps avec eux, voyant ainsi mes cousins. »

« Cousins ? » l'interrogea Harry.

« Oui. Ma mère, Sulpicia, était une Rosier, la sœur de Druella Black et d'Evan. »

« Tu es le cousin germain de Sirius et d'Ethan ? C'est une blague ? Mais... Mais tu es le cousin germain de Narcissa aussi ? » s'écria Harry, subitement dégoûté.

« Eh oui... Les sang-pur... » fit Snape, pour le moins méprisant.

Cependant cette réflexion lui valut un œil noir de la part de Lucius.

« Oui, les sangs-purs se marient parfois entre cousins, et alors ? Au moins comme cela on sait où on met les pieds ! »

« Oui : pile dans la consanguinité ! » ricana Severus.

« Je la préfère encore à un sang de bourbe ! »

« Ma mère était une née-moldue, Lucius ! » s'insurgea Harry en frappant de sa main le bras qui le retenait toujours.

Lucius leur lança un regard meurtrier avant d'abdiquer.

« Je vois, tel père tel fils, nous ne serons donc jamais d'accord sur certains sujets, à l'évidence. De toute façon, là n'est pas la question. Je continue ou vous voulez débattre du statut du sang ? »

« Continue, » bougonna Harry.

« Bien. J'ai donc été émancipé rapidement. J'ai regagné mon manoir, hérité de mon père, décédé à Azkaban. Et j'ai continué ma vie. »

« De façon tout à fait admirable soi-dit en passant. »

« Merci, Severus. Toutefois, j'ai finalement été contacté par Pollux quand Narcissa a eu dix-sept ans. J'en avais dix-huit. »

« Tu es né quand ? » le coupa une nouvelle fois Harry. « Je sais que quand Severus m'a montré ses souvenirs il me l'a dit, mais avec tout le reste, j'ai oublié. »

Lucius le regarda, un peu surpris.

« Je suis né en 1967, le 23 février. »

« Mais c'est passé ! Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? Oh non, j'ai raté ton anniversaire ! » se désola le jeune homme, dépité.

Cela fit naître un petit sourire à son père et son fiancé.

« Ce n'est pas grave, Harry. Je n'aime pas que l'on me souhaite mon anniversaire de toute manière. Je ne le fête jamais. »

« Pourquoi ? »

« Pour la même raison que tu n'aimes pas fêter Halloween, » répondit doucement Lucius.

Harry le dévisagea, comprenant ce que voulait dire l'homme sans savoir de qui il s'agissait. Il imaginait mal Lucius être désespéré par la mort de son père, donc...

« Ta maman ? »

« Oui... » souffla Lucius. « Puisque l'on est dans les confidences, autant tout te dire. Je ne le saurai sans doute jamais avec exactitude, mais ma mère est décédée le jour de mes neuf ans. Elle... D'après mon père, elle aurait chuté dans les escaliers, mais... » Lucius déglutit avec difficulté. « Elle et mon père n'étaient pas d'accord sur la manière de m'élever. Ma mère était douce, elle... C'était une femme adorable et aimante. »

« Et les chutes dans les escaliers sont de si bons prétextes... » termina lugubrement Severus.

Harry acquiesça en silence. Les deux sorciers plus âgés avaient décidément bien des choses en communs, entre leurs pères violents et leurs mères décédées trop tôt, très certainement sous les coups de leur époux et très certainement pour défendre l'avenir de leurs enfants qui les avaient perdues.

« Donc, » continua Lucius. « Pollux m'a expliqué qu'il avait fait vérifier la pureté et la disponibilité de Narcissa, pour sa majorité. Et là, stupéfaction : elle était magiquement liée. Tu sais pourquoi et comment. »

« Oui, Vold... Tom, » se reprit Harry tandis que Severus et Lucius avaient brusquement sursauté au nom maudit.

« Oui. J'ai d'abord refusé, mais avec le temps, j'ai compris que j'étais lié, moi aussi. Après de nombreuses discussions, peu agréables tu peux me croire, entre Severus, Albus, Pollux et moi, j'ai accepté. Je connaissais Narcissa depuis l'enfance. C'était une enfant plutôt joyeuse. Je me suis dit que nous pourrions faire en sorte d'essayer. Après tout, nous espérions tous que le simple fait de nous marier nous délivrerait du sort. Et qu'ensuite, après un divorce rapide, chacun reprendrait le cour de sa vie. Malheureusement... »

« Cela n'a pas marché, » fit Harry en serrant la main de son fiancé dans la sienne.

« Non, » soupira Lucius. « Avec le temps, Severus nous a apporté la solution : l'héritier. Le lien était l'héritier, pas le mariage. Il a fallut alors convaincre Narcissa, qui ne voulait rien entendre. Sans compter qu'elle me méprisait. »

« Pourquoi ? Pourquoi t'en voulait-elle ainsi ? Tu étais une victime, toi aussi ! »

« Victime ? Je n'aime pas du tout que tu me considères ainsi, » rétorqua Lucius, blessé dans son orgueil.

« Lucius... » grogna Snape.

Le blond pinça les lèvres mais reprit.

« Je vois ce que tu veux dire mais Narcissa n'était plus capable d'un tel raisonnement. Tu dois comprendre... Harry, Cygnus, le père de Narcissa était fou, sa fille Bellatrix était elle aussi mentalement déséquilibrée et... Après ce qui c'est passé avec le Lord Noir, Narcissa a aussi perdu la raison. Elle haïssait la terre entière et avait parfois le comportement d'une enfant de dix ans. J'ai essayé de l'aider, de la faire soigner. Loin de le comprendre, elle m'en a voulu pour ça, m'accusant de vouloir l'interner. En plus de cela, elle ne voulait pas d'enfant. Je crois que, finalement, sa condition d'épouse Malfoy lui convenait. Elle enchaînait les amants, dilapidait ma fortune, n'avait aucune contrainte. Et la maternité l'effrayait. J'ai réussi à la faire changer d'avis en la menaçant. »

« Comment cela ? »

« Elle allait finir par me ridiculiser ! Et le nom des Malfoy avec, en raison de son comportement outrancier ! C'était une femme mariée, par Salazar ! » explosa subitement Lucius, faisant sursauter Harry qui ne s'attendait pas à cet excès de courroux.

Le jeune homme se recula, légèrement étonné. Lucius était impressionnant lorsqu'il était en colère.

« Je lui ai ordonné de rompre avec ses amants, lui ai annoncé que je lui coupais les vivres ! Pour qui m'avait-elle pris ? Un imbécile ? Elle a vite découvert qu'on ne plaisantait pas avec Lucius Malfoy ! J'avais fait rédiger les papiers du mariage pour me laisser toutes libertés financières, elle n'avait droit à rien ! J'aurais pu la briser, si je le voulais ! » ragea Lucius en fermant son poing comme pour mettre ses anciennes menaces à exécution.

« Lucius, » fit de nouveau Snape, en avertissement cette-fois ci.

L'aristocrate s'arrêta dans sa lancée, bien que ses yeux jetaient toujours des éclairs de rage.

« Elle a parfaitement compris qu'il valait mieux ne pas me contrarier. Je voulais un hériter, elle devait me le donner ! Je voulais un enfant, elle voulait de l'argent, elle a donc aussi parfaitement compris où était son intérêt et ce qu'elle devait faire ! »

Harry sentit un long frisson parcourir son dos. Il était assez évident, pour ceux qui en doutait, qu'il était plus sage de ne pas contredire le lord quand il était dans cet état. Le sorcier se demanda comment s'était passé les essais de conception, mais garda prudemment la bouche close. Il n'avait, d'une part, pas du tout envie d'imaginer Lucius en train de batifoler avec un ou une autre, d'autre part, il n'avait pas non plus envie de le contrarier en posant des questions délicates. Un rapide coup d'œil discret vers son père lui apprit que ce dernier l'incitait également à se taire.

« Draco est né. Ce fut le plus beau jour de toute ma vie, » déclara soudain Lucius qui, dans le même temps, reprit fermement Harry par la taille pour le plaquer de nouveau contre lui avec force.

« Il était si beau, si adorable... »

« Si fripé... » se gaussa Snape.

« C'était le plus beau bébé que la terre n'ait jamais porté ! » s'offusqua Lucius, assassinant de ses yeux gris le professeur de potions qui ricanait toujours.

« Narcissa n'a pas voulu le voir. Elle a uniquement demandé à voir un sorcier de cérémonie pour vérifier que le sort avait disparu. Ce qu'à notre grand soulagement, nous avons constaté. Elle n'a jamais voulu s'occuper de Draco, ni le voir par la suite. Elle a préparé son départ avec l'argent qu'elle m'avait demandé pour la conception de Draco et a disparu de notre vie quinze jours après la naissance de mon fils. C'était ce qu'elle avait exigé : de l'argent et n'avoir plus aucune contrainte familiale. Moi j'avais mon fils et elle ne portait plus le nom Malfoy, c'était tout ce que j'espérais sur le moment. Notre mariage a été annulé trois mois plus tard, nous redonnant notre ultime liberté. Nous avons pu bénéficier de l'annulation en mettant en avant les sorts qui avaient été posés sur nous alors que nous étions mineurs. »

« Oui, ça je le savais, » dit Harry avec un petit sourire. « Papa m'a dit que c'est comme si tu ne t'étais jamais marié. »

Lucius comme Severus furent surpris du terme ''papa'' dans la bouche du garçon. L'un sourit avec bonheur, l'autre avec indulgence. Harry était véritablement à l'aise avec eux et inversement. À l'aise, touché, ému... et effectivement très fatigué par l'épreuve de la veille.

Comme pour confirmer leurs pensées, Harry cala sa tête contre la clavicule de Lucius tout en fermant les yeux. Il avait les traits tirés et ses gros cernes ne s'étaient pas estompés.

« C'est vrai, » confirma Lucius en caressant la tête brune, ressentant la vague de bonheur du garçon face à ses propos et son toucher.

« Pourquoi est-elle revenue, alors, depuis tout ce temps ? » murmura Harry en gardant les yeux clos.

« Elle était déjà revenue, » fit Severus, rompant la minute de silence qui s'était installée après la question de son fils.

Ce dernier rouvrit des yeux étonnés avant de les refermer sous les caresses.

« Elle est revenue, » reprit Lucius. « Quand Draco avait plus de trois ans. Elle voulait le voir. Nous avons discuté, tous les deux, devant le magistrat délégué au département de l'enfance. Je ne voulais pas lui confier Draco, je n'avais aucune confiance en elle. Elle disait qu'elle avait changé, qu'elle voulait finalement voir son fils. De mon côté, j'avais entamé des démarches pour la faire officiellement déchoir de tous ses droits vis à vis de Draco. Le magistrat, au bout de plusieurs mois, a décidé qu'elle aurait le droit de le voir, un jour par quinzaine. D'abord sous ma surveillance, puis seule si tout se passait bien. Elle l'a vu quand Draco a eu quatre ans. Mais je voyais bien qu'elle était toujours aussi déséquilibrée. J'ai alerté le magistrat, sans effet. Il a décidé que Draco pouvait passer une journée seul avec sa mère... »

« Ils ne sont jamais rentrés, » finit Severus en voyant que Lucius n'y arrivait pas.

Il savait que Lucius serait certainement incapable de terminer sa phrase car les souvenirs étaient encore trop vifs dans son esprit. Probablement même qu'ils ne cicatriseraient jamais.

Harry rouvrit ses yeux tout en se détachant à contrecœur de l'étreinte de son fiancé, suffisamment du moins pour relever la tête vers lui.

« Elle l'a enlevé ? »

« Oui, » confirma Lucius.

« Ça c'est passé l'été entre ta cinquième et ta sixième année, » précisa Severus.

Harry se tourna vers lui et rosit un peu.

« Oh... Quand je suis allé chez Sirius fin août ? »

Severus acquiesça sombrement.

« Cela... cela explique beaucoup de choses. »

Harry fixa le maître des Potions tout en continuant.

« C'était pour cela alors, que tu t'absentais si souvent à cette époque ? »

« Oui, » lui confirma Severus. « Crois-moi, je n'avais pas du tout envie à ce moment-là de te laisser à la surveillance de Sirius, d'autant que je savais qu'il allait engager une procédure juridique pour avoir ta garde. De mon côté, je venais juste de déposer ma demande d'adoption plénière au département de l'enfance. Je sais que tu as mal pris mes absences et mon manque de patience, durant les premiers mois de ta sixième année. Merlin, ce que tu as pu m'en faire baver ! » reconnut Severus.

Harry lui offrit un petit sourire contrit.

« Je suis désolé, je sais que j'ai été vraiment infect. Mais c'est de ta faute, pourquoi tu ne m'as pas dit, à ce moment-là, que Draco était ton filleul et qu'il avait disparu ? »

« Mais bien sûr ! » se moqua franchement Snape. « Avec un adolescent révolté à la maison, qui doutait de tout, de moi, qui m'en faisait voir de toutes les couleurs, j'imagine bien que c'était pile le bon moment pour t'annoncer tout ça ! Franchement, Harry, tu ne l'aurais pas du tout accepté... »

Le jeune homme pinça ses lèvres, penaud. Severus avait raison. Jusqu'à Noël, jusqu'à ce que son père lui avoue sa demande d'adoption et qu'il l'appelle ''papa'' pour la première fois, il avait été plus qu'odieux avec lui. Révolté, c'était effectivement le bon terme. Et si Snape lui avait dit tout cela alors qu'il était en pleine crise d'adolescence et existentielle, il l'aurait très, très mal pris.

« Pardon... » souffla-t-il.

« De quoi donc ? D'avoir été un adolescent en souffrance ? Tu n'as rien à te faire pardonner, mon garçon. »

Le père et le fils se sourirent, chacun pansant les plaies de l'autre par ce geste.

« Et pour Draco ? » demandant Harry en levant son nez vers Lucius.

« Nous l'avons cherché sans relâche, pendant trois mois. Le bureau des Aurors avait été alerté. J'ai réussi à faire en sorte que cela ne se sache pas dans les médias, contre l'avis de Shacklebolt. Je ne voulais pas. J'ai cherché mon fils, jour et nuit, avec l'aide de Severus, de Hyde et Jekyll. Et nous l'avons retrouvé. »

Lucius ferma les yeux, serrant Harry dans une étreinte de fer. Severus continua à sa place, comprenant que la suite était une nouvelle fois trop difficile pour son ami.

« C'est Hyde, qui a fini par le débusquer. Il était en Irlande du Nord, enfermé dans un taudis perdu dans les landes. Narcissa n'était pas là. »

« Pardon ? »

« Tu as parfaitement compris. Cette catin avait laissé mon enfant, seul, depuis des jours ! Elle était folle, je leur avais dit, à tous ! Elle l'a enlevé, l'a entraîné de taudis en cachettes sordides, ne lui donnant à manger que lorsqu'elle y pensait, ne le lavant jamais, le soignant à peine. C'était un jouet pour elle, alors parfois elle jouait à la poupée avec lui et le reste du temps, vaquait à ses propres occupations, trouvant refuge dans les bras d'hommes différents chaque nuit ! Des Moldus ! Et mon fils était là, jeté dans des armoires en attendant que sa mère se rappelle de son existence ! » lança Lucius avec hargne.

« Draco était dans un état pitoyable quand on l'a retrouvé, » renchérit Severus. « Il était malade, dans un état de crasse effrayant et n'avait pas mangé depuis plusieurs jours. Quand nous l'avons ramené à Ste Mangouste, les Médicomages nous ont affirmé qu'un jour ou deux de plus et s'en était fini de lui. »

Harry garda le silence, laissant les deux autres sorciers plongés dans leurs souvenirs alors qu'il intégrait toutes ces informations. Voilà en tout cas qui expliquait beaucoup de choses concernant Draco, Lucius et la relation qu'ils entretenaient.

« Et Narcissa ? » demanda-t-il enfin.

« Les Aurors l'ont retrouvée, dans un bar moldu miteux. Elle a été condamnée mais au vu de son état mental, sa peine de prison a été commuée en peine d'internement à Ste Mangouste. Elle a été relâchée beaucoup trop tôt. Je le sais car je n'ai jamais cessé, contrairement à elle, de la surveiller depuis. Elle a bien sûr perdu tous ses droits parentaux. Légalement, Draco n'est plus son fils. »

« Alors pourquoi est-elle revenue ? »

Lucius soupira. Il embrassa les cheveux noirs, comme pour chercher du réconfort et reprit.

« Un an à peine après avoir kidnappé Draco, elle a été relâché avec une obligation de soin et interdiction de s'approcher de Draco ou de moi. Je sais qu'ensuite, elle est partie au Mexique. Pourquoi, ça je l'ignore. Sans doute parce qu'elle avait trouvé un riche Moldu qui était originaire de là-bas. »

« Moldu ? »

« Oui, après notre divorce, elle n'a fréquenté que des Moldus, ou presque. Mais plus maintenant. »

« Soyons clair, Harry. Après la naissance de Draco, Narcissa a rejeté tout ce qui avait trait à la magie. Elle est devenue une marginale, non seulement par rapport à notre monde, mais aussi chez les Moldus. C'était une junkie. Sa visite forcée à Ste Mangouste l'a désintoxiquée des drogues qu'elle prenait. »

« Toujours est-il, » continua Lucius, « qu'elle a refait sa vie au Mexique. Elle s'est remariée, en octobre dernier, avec un richissime sorcier de loi Mexicain. J'ai appris qu'elle était revenue au Royaume-Uni début février. »

« C'est pour cela alors ! » s'exclama Harry, faisant hausser un sourcil interrogatif à Lucius. « C'est pour cela que tu étais tendu ! Je savais que quelque chose te contrariait, avant la Saint Valentin. J'ai cru au départ que c'était lié à moi, mais tu m'as affirmé que non et j'ai bien vu, qu'effectivement, tu semblais toujours me vouloir comme promis... » Harry réfléchit tandis que Severus et Lucius sourirent tous deux lentement face aux propos de Harry. « Et c'est aussi pour cela que Draco ne restait jamais très longtemps au même endroit, c'est ça ? »

« Oui. Narcissa est une excellente sorcière, elle connaît aussi beaucoup de sorts de magie noire. C'est une Black. Je sais qu'elle avait sans doute la capacité de pouvoir retrouver Draco, grâce à son sang. Peut-être même celle de le reprendre de nouveau. »

« Mais, légalement, c'est impossible, non ? »

« Narcissa a déposé une demande en ce sens, au département de l'enfance, en urgence. La réponse a été rendue hier matin : elle a été déboutée, » expliqua Severus froidement.

Harry poussa un petit soupir de compréhension.

« Ce qui explique ton absence, » dit-il en montrant Lucius, « et sa tentative d'enlèvement. »

« Tu as tout compris, » en convint Lucius.

Harry resta songeur un instant puis attaqua.

« Vous êtes des idiots ! »

« Pardon ? » s'étonnèrent les deux hommes.

« Oui, des idiots ! » s'énerva Harry. « Pourquoi ne m'avoir rien dit ? Rien expliqué avant cela ? J'avais le droit de savoir ! Vous me dites tout ça maintenant, mais vous auriez pu le dire bien avant, dès que nous nous sommes fiancés ! »

Harry se recula des bras de Lucius, s'asseyant bien droit dans le canapé.

« Je ne comprends pas vos motivations, à tous les deux ! Quand donc cesserez-vous de me traiter comme une poupée en sucre ou faire des cachotteries ? Je vais devenir sans doute le beau-père de Draco, c'est important pour moi de savoir tout ça ! Que ce soit vis à vis de lui ou de toi ! » termina-t-il en pointa son doigt sur le torse de Lucius. « Tout s'explique maintenant ! À cause de vous, j'ai passé des jours et des nuits à m'interroger, à douter, à me morfondre même ! Ça vous aurez tué de me dire tout ça bien avant ? »

« Calme-toi, Harry. Je ne voulais pas t'en parler avant car je jugeais cela trop prématuré. »

« Trop prématuré ? Eh bien, merci, la confiance règne ! » ronchonna Harry en croisant les bras sur son ventre.

« Personne n'est au courant de tout ça ! » s'écria à son tour Lucius. « Je sais que Narcissa est furieuse de nos fiançailles ! Elle a mis en avant le fait que nous étions des hommes et que Draco avait besoin d'une présence féminine, chose que nous ne pouvons lui apporter puisque personne dans nos connaissances proches n'est de ce sexe. Elle voulait revenir dans la vie de mon fils, qui la méprise autant qu'il en a peur ! Je ne voulais pas te mêler à tout ça, c'est mon droit ! »

« Mais tu veux que je fasse partie de ta vie, oui ou non ?! » cria Harry, les joues rouges de colère. « Parce que là, la question se pose ! Tu m'exclus de tout ! Tu me donnes les informations au compte-gouttes ! D'abord ton passé, et maintenant ça ! Je suis quoi, moi ? Dis-moi parce que là, j'hésite : une poupée en sucre ? Ou gonflable ? »

« Harry, Lucius a raison, calme-toi, » fit la voix sévère de Snape.

Le jeune homme se retourna vivement, prêt à en découdre avec lui aussi.

« Lucius a raison, » poursuivit pourtant Severus. « C'était à lui de décider de quand et comment t'informer de certaines choses. Surtout aussi importantes et intimes. Il vient de le faire, alors pourquoi cette colère ? »

Harry regarda de nouveau Lucius dont les yeux clairs étaient froids comme la glace.

« Parce que je veux faire partie de ta vie, bon sang ! Pleinement ! »

« Tu fais partie de ma vie ! »

« Pourquoi tu ne m'as rien dit, alors ? Pourquoi attendre qu'elle se pointe à la porte ? »

« Parce que ce n'est pas facile pour moi, figure-toi ! Et surtout parce que je ne voulais pas te mêler à tout ça tant que tu n'étais pas plus sûr de toi, » expliqua Lucius, un peu sèchement.

Les deux hommes se défièrent un instant du regard. Lucius finit par soupirer et à secouer la tête.

« Écoute, j'admets que j'ai sans doute eu tort, j'aurai dû t'en parler quand Severus t'a montré ses souvenirs. Mais c'était déjà... difficile et je n'ai pas eu envie sur le moment d'en rajouter. Et ensuite... ensuite, j'ai voulu attendre que ce problème soit réglé. Je ne pensais pas que cela te toucherait autant. »

Harry acquiesça en silence.

« Je ne sais pas comment te dire... » murmura-t-il, toute colère envolée, remplacée par une profonde lassitude et un abominable mal de tête. « J'ai l'impression... je ne sais pas... que tu ne me fais pas assez confiance. Je sais plus... »

« Je viens de tout te dire. N'est-ce pas cette marque de confiance que tu souhaitais ? »

« Si, » admit Harry.

Il se sentait subitement très las, épuisé, tout comme il l'avait été la veille. Son éclat de colère, tout à fait justifié à ses yeux, avait vidé ses dernières forces. Il n'avait qu'une envie, celle de retourner se lover contre le corps de son fiancé. Lentement, il se rapprocha donc de l'homme qui le reprit dans ses bras. Le jeune sorcier ferma les yeux, se laissant complètement aller.

« Harry, tu es sûr que ça va ? » s'inquiéta Severus au bout d'un instant.

Le jeune brun rouvrit les yeux pour contempler son père dont le front était barré par une ride soucieuse.

« Oui, juste très fatigué. »

Severus se releva de son fauteuil afin de s'agenouiller devant son fils. Il posa sa main sur le front marqué par la cicatrice en forme d'éclair, le trouvant brûlant.

« Tu as de la fièvre, » constata-t-il, avisant cette fois le teint pâle malgré les joues qui arboraient deux tâches roses et les cernes noirs.

Harry avait les yeux brillants et les lèvres sèches remarqua aussi le Potionniste.

« Je vais te chercher une potion et tu devrais aller te mettre au lit, » décida Severus. « Lucius, il serait sans doute préférable que Harry rentre avec moi, à Poudlard. »

« Non, pourquoi ? » gémit le jeune sorcier.

« Oui, pourquoi ? » renchérit Lucius.

« Je te rappelle que Draco revient ici tout à l'heure. Il aura pleinement besoin de toi. Sans doute même voudra-t-il dormir avec toi. Or je connais Harry, quand il est malade et qu'il fait de la fièvre, il faut rester près de lui. »

« Papa ! » protesta Harry. « Arrête, tu me fais passer pour quoi, là ? Je suis pas une petite chose fragile, bon sang ! »

Les deux autres sorciers ne dirent rien, continuant de se dévisager comme si le brun n'avait rien dit. Lucius attrapa sa baguette qu'il pointa vers Harry.

« 39,3 °C » déclara-t-il ensuite.

« Bien, il vient avec moi, » décida Severus.

« Mais ! Lucius ! » protesta faiblement l'intéressé.

« Tu vas avec ton père, » répondit l'aristocrate.

Le regard empli de peine de Harry le fit lentement soupirer une nouvelle fois. Il le reprit dans ses bras, le serrant le plus possible contre lui.

« Harry, » souffla-t-il. « Je ne t'éloigne pas de moi de gaieté de cœur, loin de là. Cependant, Severus a raison : Draco va vraiment avoir besoin de moi, alors je me sentirai mieux si pendant ce temps je te sais en sécurité avec nos chaperons. Et puis je pense que ton père sera plus rassuré aussi, de son côté. Ce n'est pas un rejet de ma part, du tout. »

« Je suis pas malade, » pleurnicha Harry.

« Tu vois ? Il commence, » fit Severus en désignant son pupille qui se cramponnait à Lucius. « Depuis sa dragoncelle, dès qu'il fait de la fièvre il monte très haut en température, fait des cauchemars et pleurniche sans arrêt. »

« C'est même pas vrai ! »

En souriant, Lucius attrapa le visage de son promis avec délicatesse. Il l'embrassa tendrement, d'abord de fins baisers sur la bouche boudeuse, puis avec plus d'insistance. Vaincu, Harry passa ses bras autour du cou de l'homme, approfondissant le baiser, leurs langues se caressant l'une l'autre. Le jeune sorcier gémit, perdu dans le plaisir autant que dans la fièvre.

Lucius se recula lentement, leur laissant les lèvres humides. Harry posa sa tête sur le torse de son fiancé en soupirant longuement, les yeux clos.

« Je t'aime, Harry. Je t'aime. Severus, tu me tiens informé ? »

« Oui, rassure-toi. Viens, fils. »

Harry ouvrit avec difficulté ses paupières, plus lourdes encore.

« Oui, » dit-il en tendant les bras vers son père.

Severus et Lucius échangèrent un regard clairement moqueur bien que Harry ne le vit pas. Il avait de nouveau fermé les yeux et attendait les bras tendus, la fatigue marquant chacun de ses traits.

« Allez, viens-là, fiston, » murmura Severus en se baissant.

D'un mouvement de baguette, Lucius allégea le poids du sorcier afin que le maître des Potions puisse le porter sans difficulté. Celui-ci souleva son fils, un bras sous les jambes, l'autre sous le dos. Harry se pelotonna contre lui, un bras par dessus les épaules de son père.

Il n'entendit pas Lucius et Severus discuter, ne prit pas conscience qu'ils entraient dans la cheminée. Il ne réalisa pas plus que Severus le couchait dans son lit, le bordant avec amour pendant que Lucius et Sirius se saluaient, puis que Draco sautait dans les bras de son père, en silence, puisque tonton Ry' était malade.

... ... ...

« Alors ? »

« J'ai pu lui faire avaler la potion antipyrétique, bien qu'il dorme. »

« Viens donc t'asseoir à côté de moi, tu as l'air épuisé. »

Severus pinça ses lèvres fines, peu heureux que son amant trouve à redire sur sa mine. Néanmoins, il s'installa dans le canapé aux côtés de Sirius qui passa son bras autour de ses épaules.

« Tu te fais trop de souci, » déclara ce dernier en remettant une longue mèche de cheveux noirs derrière l'oreille du professeur.

Ils commençaient déjà à regraisser, alors que Sirius savait que Snape les avait méticuleusement lavés la veille au soir. C'était un vrai désespoir pour le maître des Potions qui pourtant ne cessait de tester différentes lotions. Sirius sourit d'un air indulgent. Ce défaut physique, il avait appris à l'oublier, ne s'attachant qu'à la douceur des cheveux sombres, à leur brillance d'un ébène profond, à la façon dont ils retombaient sur le visage de Severus lorsqu'ils faisaient l'amour. Le reste n'avait pas d'importance.

L'Auror se pencha vers lui, l'embrassa sur le cou, juste en dessous le l'oreille, faisant pousser un petit soupir à Severus.

« Je ne me fais pas trop de souci, Siri', il peut vraiment monter très haut en température, ça le rend malade, il fait ensuite des cauchemars, il délire. La température, ça peut être dangereux pour le cerveau... »

« Je sais, ne t'inquiète pas, on va bien le surveiller, » tenta de le rassurer Sirius.

Severus laissa sa tête reposer contre l'épaule musclée de l'autre homme, se permettant une petite minute de répit. Sirius devait penser de même car bientôt sa voix s'éleva alors qu'il lui caressait les cheveux.

« On peut dire que depuis deux jours, on les accumule... D'abord Draco, maintenant Harry... C'est pas encore ce soir que je vais pouvoir profiter honteusement de ton corps... » finit-il, taquin.

Severus sourit, les yeux clos.

« Sirius, sale cabot, tu ne penses qu'à ça... »

« Non, pas du tout. Je constate juste que ça fait quatre jours que l'on n'a pas fait l'amour, ce qui est donc trois jours et demi de trop, c'est tout. »

« Et ce n'est effectivement pas pour ce soir non plus, » décréta Severus en se redressant.

Il se leva du canapé, laissant un Sirius pour le moins déconfit.

« Bon, je dois faire acte de présence au repas. Ensuite j'irai à mon bureau, j'ai des torchons à corriger. Sans compter que je suis de surveillance cette nuit. Ne m'attends pas. Je reviens vers minuit, pas avant. »

« Okay, » soupira Sirius, vaincu. « Je vais demander à Dobby de m'apporter de quoi manger. Je prends quoi pour Harry ? »

« De la soupe, du thé, un ou deux toasts au cheddar fondu, il adore ça quand il ne se sent pas bien. Si vraiment il a faim, une petite part de tourte au jambon et champignons. Oh, et en dessert, un éclair au chocolat. Il adore le chocolat et quand il est malade, je lui prépare toujours un éclair au chocolat. C'est notre petit rituel, il y tient beaucoup, ça le... Je peux savoir pourquoi tu te marres, Black !? » s'énerva Snape, avisant soudain que son petit ami se moquait de lui dans son dos.

« Moi ? Pour rien, pour rien... » rigola Sirius, peu impressionné par le regard noir de Severus qui le toisait.

Ce dernier renifla avec mépris et se tourna dans un claquement de robe noire, en direction de la porte.

« Bon, dans ce cas, je te laisse. Essaye de ne pas faire de catastrophe pendant mon absence, et au lieu de ricaner comme une baleine, surveille donc notre fils ! »

Sa main se crispa sur la poignée de la porte en réalisant ce qu'il venait de dire. Le rire de Sirius s'était bloqué dans la gorge de l'animagus, lui faisant comprendre que lui aussi avait parfaitement entendu.

Avec dignité, faisant celui qui n'avait rien remarqué, il allait pour ouvrir la porte quand il se sentit plaqué contre le torse viril de son amant. Une paire de lèvres se posa sur sa joue, sa tempe, son cou. Sirius le maintenait fermement de ses mains, ne lui permettant pas de s'échapper.

S'abandonnant face à cette puissance, Severus rejeta sa tête en arrière, la posant sur l'épaule derrière lui, permettant ainsi à Sirius de dévorer pleinement son cou et enfin ses lèvres.

Severus se retourna peu à peu, venant lui aussi embrasser son amant. Merlin, ce damné Black était diabolique quand il embrassait ! Severus avait dû reconnaître, contraint et forcé, que la réputation de l'Auror n'était pas usurpée. Sirius embrassait divinement et faisait l'amour comme un dieu.

« Pas de problème, » souffla Sirius en mettant fin au baiser, sa bouche frôlant celle de Severus alors qu'il parlait. « Va jouer ton rôle de tyran, je m'occupe de notre enfant. »

Il lui accorda un dernier bécot, sourit et ouvrit la porte à la place de Severus, le poussant gentiment dehors.

« Si jamais ça ne va pas, envoie-moi un elfe ou un message. Et par pitié Black, mange à table, pas sur le canapé, cette fois ! » lança toutefois Severus.

« Mais oui, mais oui. Allez file, papa poule ! » plaisanta Sirius en refermant la porte au nez d'un Severus outré qui s'apprêtait à protester.

Sirius venait tout juste de finir son repas, les pieds sur la table basse et les fesses calées dans le canapé, quand il entendit un appel provenant de la chambre de Harry. Il tendit l'oreille et se décida à se redresser quand un faible « papa » s'éleva de nouveau de la pièce.

« Ça va, Harry ? » demanda-t-il en s'asseyant sur le lit.

« Non... Siri', j'ai mal à la tête... » gémit Harry.

L'Auror se rapprocha, posant sa main sur le front de son filleul.

« La fièvre est là mais moins forte que tout à l'heure. Sev' t'a déjà donné une potion, mais je peux t'en donner une pour la douleur si tu veux. »

Le jeune homme, très pâle sur ses oreillers blancs, hocha péniblement la tête. Sirius attrapa la potion qui attendait sagement sur la table de chevet, heureuse attention d'un Severus prudent.

« Tiens, mon grand, ça ira mieux. »

Il laissa Harry se redresser et avaler la fiole avant de lui demander s'il avait faim. Devant le nouvel acquiescement de Harry, Sirius se chargea de lui apporter son plateau repas préparé par Dobby et maintenu au chaud.

Ils restèrent ainsi, Sirius aidant son filleul à manger quand ce dernier en avait besoin. Une fois le salé avalé, Harry regarda son plateau, tristounet.

« Eh bien, qu'est-ce qui se passe ? Tu as toujours mal ? »

« Non, ça va mieux. »

« Tu cherches quelque chose peut-être ? » se moqua Sirius.

« Non, » ronchonna Harry. « Mais j'aurais bien aimé un dessert. »

Sirius se leva, sortit de la pièce et revint avec un autre plateau. Le visage de Harry s'éclaira en apercevant sa pâtisserie sur la petite assiette.

« Un éclair ! C'est Sev' qui y a pensé, hein ? »

« Oui, sale gosse. Il se faisait un sang d'encre de te laisser tout seul avec moi. Comme si j'allais provoquer un accident ! Moi ! »

« Justement, toi ! » se gaussa Harry en dévorant à belles dents la pâte à choux dorée remplie de crème.

« Je suis outré, » fit Sirius en posant une main sur son cœur, bien que son sourire contredise ses paroles. « Tu te sens mieux ? »

« Oui. J'avais faim et soif et la potion a fait effet, j'ai plus mal. C'est papa qui m'a mis en pyjama ? »

« Il t'a laissé ton caleçon et t'a mis un tee-shirt, oui. Tu appelles toujours autant Severus ''papa'', quand tu es malade ? »

Harry rosit un peu tout en baissant la tête. C'était vrai qu'il n'avais pas vraiment l'habitude de parler ainsi de Severus et encore moins devant Sirius. Il disait bien ''père'' de temps en temps mais le terme ''papa'' n'était en général réservé qu'à l'homme lui-même et dans le cadre de leur intimité.

« Harry... ça ne me dérange pas du tout tu sais. J'ai changé, je ne suis plus... »

« Jaloux ? »

« Oui, jaloux. Ni triste. »

Harry lui fit un timide sourire tout en tripotant son drap, vert tendre, entre ses doigts.

« Triste à cause de mon autre papa... »

« Oui. J'espère que James, là où il est, peut te voir, Harry. Il doit être fier de toi, de ce que tu es. Et j'espère, non, je sais, qu'il est heureux que Severus se soit occupé de toi pendant toutes ces années. Après tout, ton père et Remus ont toujours été plus raisonnables que moi. Je suis certain qu'il est heureux que tu puisses appeler un homme ''papa''. »

Le sourire de Harry se tordit alors que l'émotion le submergeait. Il était tellement rare que Sirius lui parle ainsi ! En général, l'Auror plaisantait, lui racontait des histoires marrantes sur son passé ou sur son père. Il fuyait tout ce qui pouvait apporter du chagrin ou de la mélancolie.

« Eh bien, tu changes, c'est vrai... » murmura Harry. « J'espère, de mon côté, que tu n'auras jamais plus besoin de me parler comme tu l'as fait au manoir. »

Sirius soupira avant de passer sa main dans l'épaisse chevelure noire.

« Je n'en avais aucune envie. Si je l'ai fait, c'est en raison de ces pu...rées de fiançailles. C'est une raison de plus pour moi de ne pas les apprécier. Normalement, un jeune homme de ton âge n'aurait pas dû se faire enguirlander par ses parents comme nous l'avons fait, Severus et moi. Mais bon, c'est du passé. »

« J'avoue que ces fiançailles me laissent désormais un peu perplexe. Je crois que j'en aurais préférée des plus simples en fin de compte... » sourit doucement Harry. « C'est à cause de la magie si je suis malade ? »

« Certainement. Elle t'a véritablement affaibli. Demain tu iras mieux, j'en suis certain. »

« Cela était arrivé aux autres promis qui ont défié la magie ? »

« De ce que j'en sais, les réactions sont diverses, à l'image des punitions et des courtisans. » répondit évasivement Sirius.

« Pour Marius ? »

Sirius frictionna de nouveau la tête brune.

« Harry, tu n'as rien à voir avec Marius. Ta situation est très différente. »

« Je sais, » marmonna le plus jeune.

L'autre sorcier le regarda avant de se remettre à parler.

« Ce que je sais de Marius, je le détiens d'un livre sur la famille Black, dans lequel les deux versions s'affrontent concernant son reniement : cracmol ou son refus d'honorer ses fiançailles. J'ai découvert ensuite son propre journal qui m'a donné une nouvelle vision de l'affaire. Puis, j'ai également eu en ma possession le journal de son chaperon, son futur beau-frère : Charlus Potter. »

Le regard de Harry brilla à l'entente de son nom.

« Oui, Potter. C'est ton père qui les avait dénichés dans son grenier, quand j'avais fugué chez lui. Alors il me les a donnés. Je sais donc que oui, Marius a plusieurs fois défié la magie, qu'il a été sévèrement puni par son courtisan et la magie elle-même. Sur les derniers jours, il est tombé très malade. Le fait d'être enfermé dans sa chambre et d'être nourri par intermittence ne devait pas beaucoup aider non plus... »

Face au petit hoquet offusqué de Harry, Sirius arrêta son discours.

« Bon, de toute façon, comme je te le disais, tu n'as rien à voir avec Marius. Son courtisan était un malade, Harry, totalement obsédé par Marius. S'il ne lui avait pas offert ces fiançailles, avec les conséquences que tu connais, il l'aurait agressé un jour ou l'autre, j'en suis persuadé. Allez, dors, comme cela demain tu iras bien et Lucius pourra venir te chercher. Je suis sûr qu'il doit te manquer, ce sale type, pas vrai ? »

« Oui, » avoua Harry en se rallongeant et en remontant le drap sur son nez.

« J'en étais sûr ! Allez, dodo ! » fit Sirius en se redressant.

Il tapota la tête de son filleul et sortit en emmenant avec lui les plateaux vides.

... ... ...

Sirius dormait du sommeil du juste et ce pour plusieurs raisons. La première, c'était la nuit noire et tout homme normalement constitué dormait à cette heure-là. La deuxième, il était en parfaite conscience avec lui-même, n'ayant commis aucun impair que l'on pourrait venir lui reprocher. La troisième, il tenait dans ses bras son maître des Potions particulier et élu de son cœur, qui l'avait rejoint délicatement entre leurs draps il y avait de ça une heure ou deux.

Ce fut donc avec un réel désappointement qu'il sentit son doudou personnel tenter de lui échapper.

« Hummm, arrête de gigoter et dors, » râla-t-il en resserrant sa prise, le nez dans le dos de son amant.

« Mais lâche-moi, sac à puces ! Tu n'entends pas que Harry pleure ? »

« Mais non, il pleure pas... Ah si... » constata Sirius en se réveillant totalement.

Il écarta ses bras, permettant à un Severus ronchon, inquiet et mal réveillé de se précipiter au chevet du malade.

Sirius soupira, maudissant le caractère angoissé insoupçonné de Severus dès qu'il s'agissait de son poussin, le poussin lui-même qui avait eu l'idée saugrenue de tomber malade et surtout, Lucius-je-suis-un-emmerdeur Malfoy qui avait offert ces abominables fiançailles responsables de l'état du poussinet à son Sev' de papa poule.

Pestant, grognant et marmonnant dans son oreiller, il se décida à se lever afin de rejoindre la chambre de Harry. Une fois arrivée à la porte grande ouverte, Sirius s'adossa contre la chambranle, un sourire niais aux lèvres.

Oui, Harry était malade, fiévreux à en juger ses joues rouges, son front transpirant et ses yeux larmoyants. Il avait pleuré, des traces de larmes en témoignaient encore, mais ce n'était pas cela qui faisait sourire l'homme.

C'était le tableau que son amant et son filleul lui offraient. Severus était assis sur le matelas, le dos contre la tête de lit. Il tenait dans ses bras Harry, qui reniflait doucement. L'homme lui parlait gentiment à l'oreille, des paroles douces, aimantes, pleines de réconfort. Il lui caressait ses mèches moites, les lui relevant de son front. De temps en temps, un petit bisou était déposé sur ce dernier ou sur une joue.

Sirius sentit son cœur se gonfler d'amour. Lui qui hier encore, il en était conscient, avait refusé avec ténacité d'admettre l'amour qui unissait le fils de James et leur ennemi, était aujourd'hui le premier à s'en émouvoir.

« Allez, mon chéri, c'est fini, c'est fini. Ce n'était qu'un cauchemar, » répétait en boucle Severus face aux propos incompréhensibles de Harry. « Bois encore un peu de potion. Allez, s'il te plaît, pour faire plaisir à papa... »

Ces derniers mots réveillèrent Sirius, l'inquiétant à son tour. Ce n'était pas normal que Snape parle ainsi, comme s'il s'adressait à un petit enfant !

« Est-ce que ça va ? »

« Il frôle les 41°C, il délire complètement. Aide-moi, va chercher une serviette humide pendant que je lui fait prendre la potion. »

L'animagus s'empressa de faire ce que lui demandait Severus. Puis une longue attente s'installa, lui au pied du lit de Harry, Severus toujours avec le jeune homme dans ses bras. Quand enfin la température consentit enfin à baisser et qu'ils s'assurèrent que Harry dormait de nouveau paisiblement, ils regagnèrent péniblement leur propre lit.

Sirius reprit Severus dans ses bras, comme il l'avait fait deux heures auparavant. La seule différence était que le maître des Potions n'était plus de dos, mais avait collé son torse contre son flanc. Caressant distraitement le bras de son amant, Sirius chuchota :

« Tu avais raison... »

« Merlin, enfin tu dis une parole sensée et je n'ai même pas de caméscope pour l'immortaliser ! »

« Camé quoi ? »

« Rien, laisse tomber, un truc moldu. Et pourquoi notre plus grand Auror de l'année reconnaît que j'ai raison ? »

« Au sujet de Harry. Il a eu beaucoup de fièvre... c'était... impressionnant. »

Severus redressa la tête, admirant le profil de son homme. C'était l'une des premières choses qui lui avait déclenché des petits frissons, l'été dernier. Il se souvenait même exactement de la première fois : quand ils étaient sur la balancelle. Le profil de Sirius, grave, son regard anthracite perdu au loin. Sans pouvoir s'en empêcher, il prit appui sur son coude afin de pouvoir embrasser délicatement Sirius.

« Je te l'avais dit. Depuis sa dragoncelle, il faut le surveiller à ce sujet. »

Sirius acquiesça en silence. Severus le dévisageait encore quand brusquement l'homme se retourna et s'allongea de tout son long sur le maître des Potions.

« Tu es un formidable papa. Merci, Severus. Merci de t'être si bien occupé de lui. »

« Euh... de rien... Black, cesse de me regarder comme si j'étais la huitième merveille du monde, ça m'angoisse... »

Sirius eut un bref éclat de rire, qu'une fois encore Severus compara à un aboiement de chien.

« En tout cas, entre Draco et Harry, on peut dire que nos nuits ne sont pas reposantes. Quelle bande de sale gamins ! » s'esclaffa-t-il.

« D'un autre côté, ce n'est pas de leur faute... »

« Ça y est, papa poule défend ses petits ! »

« Arrête de te foutre de moi, Sirius ! »

« C'est tellement attendrissant... » continua l'Auror, toujours allongé sur l'autre sorcier qui gigotait sous lui.

« Par Salazar, Black, arrête de suite ou je jure que je te fais coucher dans une niche la prochaine fois que tu viens ! »

« Tu serais le premier malheureux, » ricana Sirius en embrassant Severus dans le cou, vers l'oreille.

Il descendit plus bas et entreprit de lécher la peau fine à l'odeur d'épice.

« Sirius... arrête... » souffla Severus.

« Non, pas envie... »

« Harry est dans la pièce à côté. »

« Oui, et il dort comme un bébé. »

« Le bébé est malade et a des poils aux pattes. »

« Certes, mais pour ce dernier point, c'est désormais le problème de Lucius, pas le mien. Moi, j'ai un autre problème dont je souhaiterais m'occuper sérieusement... » ronronna Sirius en donnant un coup de bassin contre celui de Severus.

Ce dernier expira sourdement alors que l'érection de Sirius frottait son bas-ventre.

« J'ai envie de toi, Sev'... »

« On ne peut pas... » gémit Severus, déjà perdu dans les sensations que lui procurait la langue de Sirius dans son cou.

L'Auror se redressa, assis sur les cuisses de Severus. D'un geste sûr, il retira son tee-shirt, puis prit sa baguette qu'il agita en l'air.

« Sort du silence. Maintenant bébé ne peux plus nous entendre et toi, tu es tout à moi, » dit-il, le regard gourmand.

Severus frémit, sachant ce qui l'attendait. Sirius allait le prendre, ici, tout de suite. En effet, l'homme lui écarta sa chemise de nuit, arrachant tous les boutons au passage.

« Merlin, Siri', tu es une brute ! »

« Tu ne t'en plaindras pas dans moins de cinq minutes.

Severus ne put qu'en convenir quand, effectivement cinq minutes plus tard, il gémissait sous les coups de reins énergiques de son amant. Sirius le prenait avec une fougue plus que délectable. Ses cheveux longs se mêlaient aux siens, lui effleurant le visage alors qu'il lui dévorait le cou et le torse de sa bouche. Severus se cambra plus encore, ramenant son bassin qui reposait sur les cuisses de Sirius, vers le sexe qui s'empalait avec force en lui.

Se sentant proche de la délivrance, il passa son bras autour du cou humide de Sirius afin de pouvoir à la fois l'embrasser de façon plus passionnée, voire lui mordiller l'épaule, à la fois se raccrocher à quelque chose de tangible face à l'orgasme dévastateur qui s'annonçait. De son autre main, il se masturba plus fortement, accentuant la luxure qui l'enveloppait.

Sirius comprit de suite que son amant était proche, très proche. Il fourragea donc avec un regain d'énergie au plus profond des entrailles brûlantes, poussa des gémissements de plaisir à chaque coup de hanches.

Enfin ils explosèrent tout deux, se déversant sur ou dans le ventre frémissant de spasmes du maître des potions.

Sirius s'effondra sur l'autre sorcier, haletant. Après quelques instants, il se retira avec délicatesse, regrettant déjà la douceur et la chaleur du fourreau de chair qui le retenait.

Allongé contre Severus qui reprenait avec difficulté sa respiration, il déposa des petits baisers sur l'épaule à côté de lui.

« Ça va ? » murmura-t-il.

« Oui... divinement bien... Je crois que je vais m'endormir sans problème, » sourit Severus en se retournant vers lui.

Les deux hommes se dévisagèrent en silence, sans cesser leurs attouchements mutuels.

« Je crois en effet qu'une bonne nuit de sommeil sera la bienvenue, » confirma Sirius en bâillant. « On en aura bien besoin pour la suite. »

« Pourquoi ? » demanda Severus tandis que l'animagus se pelotonnait contre lui.

Il passa son bras sur les épaules musclées tandis que Sirius posait sa tête dans le creux de sa clavicule.

« Parce que nous n'en avons pas fini avec Narcissa. »

Severus cessa les caresses qu'il accordait au bras en travers de son ventre.

« C'est à dire ? »

« Je connais ma cousine. Si elle a échoué à récupérer Draco, elle tentera autre chose. »

« Comment en es-tu si sûr ? »

Sirius embrassa le torse de l'autre sorcier qui reprit ses caresses avant de répondre.

« C'est une Black. De la noble et très ancienne Maison des Black. Elle cherche vengeance et a encore très certainement une carte à jouer. Reste à savoir laquelle. »

… … …

À suivre

… … …