CHAPITRE II : Une surprise inattendue

Allongée dans l'un des lits du dortoir des filles de Sixièmes années, Hermione ne parvenait pas à trouver le sommeil. Tous les derniers événements l'empêchaient de fermer l'oeil et elle gardait le regard fixé sur les édredons de soie bleu azur. Tout se chamboulait avec fracas dans sa tête, au point de lui donner mal au crâne.

Les images de la bataille de Poudlard hantaient son esprit. Elle revoyait les corps sans vie des gens qu'elle appelait amis, et ceux des personnes qu'elle avait juste croisé dans les couloirs de l'école. Elle entendait les cris paniqués autour d'elle et les pleurs. Elle ressentait encore la peur et la panique qui l'avaient animé pendant toute la bataille, et l'anxiété qu'elle avait éprouvé juste avant qu'elle ne débute. Ron lui manquait. Ginny lui manquait, ainsi que Harry. Même si elle était consciente qu'être revenue à cette période pouvait être une bénédiction, elle aurait aimé qu'ils soient présent avec elle. Elle se sentait affreusement seule, et la peur de ne pas pouvoir retourner à son époque la rongeait à chaque secondes. Elle ne serait pas tranquille tant que McGonagall ne l'aurait pas rassuré sur l'existence du même Retourneur de Temps que celui qu'elle avait utilisé.

Son seul réconfort venait de sa rencontre avec Pandora McBlod ou, comme elle en était presque certaine, celle qui allait devenir Pandora Lovegood. Les ressemblances avec Luna, tant au niveau du physique que de sa personnalité étaient flagrantes. Et bien que sa mère fut une personne remarquable et d'une grande bonté, Hermione ne pouvait s'empêcher d'être triste pour Luna. Elle l'avait perdu à neuf ans, lors d'une expérience qui avait mal tourné, et elle aurait sûrement donné n'importe quoi pour la revoir à sa place.

Mais ce qui la travaillait plus que tout autre chose était sans contexte les Horcruxes. Être remontée aussi loin dans le temps lui laissait une occasion unique de les chasser et de les détruire. Certes, elle ignorait si cela aurait une quelconque conséquence. Après tout, Voldemort pourrait très bien en créer des nouveaux. Mais elle se devait d'essayer au moins. Et les précieuses informations de Pandora étaient gravées dans un coin de son esprit. Elle devait à tout prix rassembler un maximum d'informations sur les horcruxes. Connaître leurs origines, leurs pouvoirs et leur importance. Quelle était leur histoire et pourquoi Tom Jedusor avait-il choisit précisément ces objets-là.

Hermione se retourna dans son lit en soupirant. Au moins, elle connaissait l'histoire du diadème à présent. Impatiente de s'endormir, de reposer son corps souffrant et son esprit agité, elle ferma les yeux.

Lorsque le soleil la réveilla, la sorcière eut l'impression qu'elle venait tout juste de s'assoupir. Épuisée, elle se tira hors du lit à baldaquin et resta quelques minutes assise sur le rebord du matelas, le regard perdu dans la superbe vue qu'offraient les grandes fenêtres. À ses côtés, sur le dossier de la chaise, reposait un uniforme de Serdaigle. Et sur la petite table de chevet trônait une lettre à son attention qu'elle s'empressa d'ouvrir.

Miss Granger,

Suite à notre conversation de la veille, je vous fais parvenir la liste des manuels dont vous aurez essentiellement besoin cette année, le reste étant fourni par l'école.

Miss McBlod vous accompagnera aujourd'hui pour effectuer vos achats.

Lors de votre retour à l'école, vous viendrez directement me voir dans mon bureau, dans lequel j'ai également convié le Professeur McGonagall, afin que nous puissions discuter de votre affaire.

Albus Dumbledore.

Hermione eut un sourire. Cela lui rappelait la première lettre qu'elle avait reçut, l'année de ses onze ans. Quelle joie et quelle fierté elle avait ressenti en la lisant. Elle était surexcitée à l'idée d'aller acheter ses fournitures scolaires, et aujourd'hui encore, malgré tout, elle ressentait la même excitation.

Alors, tu es prête ? lui demanda une voix guillerette.

Hermione releva la tête de la lettre et croisa le regard de Pandora, déjà habillée.

Dépêche-toi de te préparer. Nous ferons un arrêt à la Grande Salle pour déjeuner avant d'aller au Chemin-de-Traverse !

La dernière fois que Hermione fut présente dans la Grande Salle, elle était jonchée de cadavres et de débris du château. Le ciel était gris et morne, en deuil avec les événements qui s'y déroulaient. À présent, il scintillait sous le soleil levant, baignant les quatre longues tables d'une douce lumière. Les centaines d'élèves se pressaient pour déjeuner et parlaient vivement entre eux, provoquant des éclats de rire.

Une fois de plus, Hermione se sentit seule, malgré Pandora à ses côtés.

La Serdaigle prit la direction de la table de sa maison et s'installa devant un bol de pudding, aussitôt imitée par son amie.

J'adore le pudding, expliqua Pandora en souriant.

Tout comme Luna, pensa Hermione. Elle profita de cette accalmie pour sortir la liste des fournitures. Mis à part quelques ouvrages, aucun ne correspondaient à ceux qu'elle avait été prié d'acheter lors de sa propre sixième année et la sorcière se réjouit. Grâce à ça, elle pourrait sûrement apprendre de nouvelles choses.

Ce furent les battements d'ailes qui la tirèrent hors de sa lecture et Hermione leva la tête, comme tous les élèves présents, pour admirer le spectacle du courrier. Les hiboux entraient et sortaient en s'évitant de justesse, effleurant les tables afin de remettre lettres et colis à leur propriétaire. Une chouette effraie laissa tomber un journal devant l'assiette de Pandora qui s'en empara pour le lire aussitôt.

À sa grande surprise, un hibou donna une lettre à Hermione. À l'écriture, elle reconnut le professeur Dumbledore.

Miss Granger,

Lorsque vous serez prête pour le Chemin-de-Traverse, attendez près de la statue des Fondateurs avec Miss McBlod.

Il y a encore eu des disparitions mystérieuses, annonça la jeune fille en soupirant. J'ignore ce qui se passe, mais quelque chose est en train de s'amorcer.

Hermione se figea. C'était comme ça que tout avait commencé. Des disparitions de sorciers, des meurtres de moldus, et l'enrôlement des mangemorts. Elle jeta un coup d'oeil autour d'elle et en particulier à la table des Serpentards. Parmi ces élèves attablés se cachaient ceux qui deviendraient d'horribles meurtriers.

Est-ce que ça va Hermione ?

La jeune fille se força à sourire à Pandora.

Je vais t'avouer un secret, poursuivit la Serdaigle après une gorgée de jus de citrouille. Quand je serais plus âgée, je créerais mon propre journal. La Gazette du Sorcier est corrompue et on ne peut pas vraiment faire confiance aux informations qu'ils nous donnent. Mais mon Chicaneur révélera la vérité.

Si seulement elle savait que son mari, Xenophilus Lovegood, poursuivrait son journal, elle en serait tellement fière. Hermione avait plus d'une fois, en deux jours, eut l'envie de dévoiler la vérité à Pandora, ne serait-ce que pour l'avertir de ne pas faire d'expériences dangereuses. Peut-être qu'elle pourrait lui faire comprendre que la vie de sa fille était plus importante que la connaissance. Il lui suffisait de tout avouer et Hermione pourrait l'empêcher de se tuer.

J'ignore ce qui te tracasse, mais tu ne devrais pas autant lutter contre toi-même.

– Tu as raison Pandora, avoua la sorcière. Nous ferions mieux d'y aller si nous voulons profiter de cette journée au Chemin-de-Traverse.

Les deux jeunes filles finirent rapidement leur petit-déjeuner avant de se lever et de s'éloigner de la Grande Salle.

Est-ce que Dumbledore t'a dit comment on y allait ? On ne peut pas transplaner et prendre le train juste pour une journée est impensable.

– Tout ce qu'il m'a écrit c'est d'attendre près de la statue.

Elle désigna la statue des quatre fondateurs de Poudlard. Tout en bronze, elle représentait un mage debout, tenant dans sa main le château, et dans l'autre un parchemin, connaissance et savoir. À ses pieds se dressaient lion, serpent, aigle et blaireau, les blasons des quatre maisons.

Qu'est-ce que...

Hermione plissa les yeux. À demi-caché, une créature de petite taille, avec des oreilles de chauves-souris, d'énormes yeux et pour seuls vêtements un torchon, les observait.

Miss Granger ? couina l'elfe de maison. Miss McBlod ?

Elles s'approchèrent de lui et il s'inclina largement devant elle. Il était plus petit que Dobby, plus jeune aussi. Ses yeux bleus, grands ouverts sur le monde, passaient de l'une à l'autre et il ne cessait de tortiller un bout de son vêtement, comme Winky le faisait parfois.

Riktus est là pour vous emmener sur le Chemin-de-Traverse. Riktus va vous y conduire et attendre que vous ayez fait vos achats avant de vous ramener à Poudlard.

– Mais bien sûr, s'exclama Hermione. Seuls les elfes de maison ont le pouvoir de transplaner à l'intérieur de l'enceinte du château.

L'elfe s'inclina devant elle, comme pour lui donner raison.

Monsieur Dumbledore souhaite que vous suiviez Riktus à l'extérieur des murs afin de ne pas attirer l'attention.

La petite créature s'éloigna de la statue et sautilla en direction de la cour, vide à cette heure de la journée. La plupart des élèves se pressaient dans la Grande Salle pour le petit-déjeuner et seuls quelques courageux se dirigeaient déjà vers le terrain d'entraînement de Quidditch. À leurs uniformes jaunes et noirs, c'étaient des Poufsouffles.

Allons-y, ordonna Riktus en tendant sa petite main décharnée. Monsieur Dumbledore voudrait vous voir rentrer avant la fin de l'après-midi.

Depuis le début de la chasse aux Horcruxes, Hermione avait passé les six derniers mois à transplaner. Aussi ne ressentit-elle rien lorsque Riktus les emmena loin du château et les transporta jusque devant la Banque Gringotts. Mais vu la pâleur de Pandora, cela devait être la première fois.

Le Chemin-de-Traverse était comme dans ses souvenirs. Ses vrais souvenirs, pas ceux qui lui remémoraient le Chemin vide, sans vie, et dont les boutiques avaient été pillé et brûlé.

Il grouillait de monde. Des sorciers et des sorcières de tout âge et de tout type qui flânaient de magasins en magasins. Les enfants restaient collé devant la vitrine de Florian Fortarôme, tandis que les autres, un peu plus âgés, se pressaient devant Pirouette et Badin ou encore devant la boutique d'accessoires de Quidditch. La joie et les rires s'élevaient de chaque coins de rue. Des parents passaient devant Madame Guipure sans s'arrêter, sûrement pour se précipiter chez Fleury et Bott ou encore Obscurus Books. Des hiboux hululaient à la Ménagerie, et l'on pouvait entendre le miaulement intempestifs des chats.

Combien cette ambiance avait manqué à Hermione. Plus que ce qu'elle ne le pensait. Pas de Mage Noir, pas de mort. Pas de larmes. Elle n'en pouvait plus de perdre des amis, de voir des gens qu'elle considérait comme sa famille prendre des risques à chaque secondes. Elle ne supportait plus l'atmosphère lourde de peur et de panique qui régnait à présent dans son époque.

Il y a un problème, Riktus, souligna néanmoins la sorcière.

Monsieur Dumbledore a expliqué le problème à Riktus, interrompit aussitôt le petit elfe d'une voix couinante.

Il semblait d'ailleurs plus petit que la moyenne pour quelqu'un de son espèce.

Riktus à ce qu'il vous faut pour faire vos achats.

D'un claquement de doigts, il fit apparaître une petite bourse d'or, qu'il déposa délicatement dans la main d'Hermione.

Merci, Riktus.

La créature se figea, les yeux grands écarquillés, embués de larmes. La jeune fille avait oublié comme les elfes de maison pouvaient être touchés par la moindre politesse, et cela lui serra le cœur de penser à leurs conditions de vie.

Nous devrions y aller, suggéra Pandora en tirant doucement Hermione par la manche.

La jeune fille allait lui répondre lorsque quelque chose attira son attention, dissimulée parmi les boutiques. Un éclat de vert et d'argent, une nuance de bruns. Est-ce que cela pouvait être... ?

Non. Bien sûr que non ! Hermione secoua la tête. Elle avait sûrement dû rêver. Elle jeta malgré tout un autre regard entre les magasins puis, après un signe de tête à Riktus, suivit Pandora.

Elles ne mirent pas très longtemps à rassembler les affaires inscrites sur la liste de fournitures. La Serdaigle l'entraînait à droite et à gauche, la plupart du temps pour lui montrer les choses qu'elle aurait aimé acheté, celles qu'elle avait obtenue ou encore ce qu'elle détestait. Sans oublier complètement ses problèmes, Hermione parvenait à se laisser bercer par ses paroles, de se laisser emporter dans ces histoires. Elle voulait mettre de côté, pour un instant seulement, tous les soucis qui tournoyaient dans sa tête et l'avaient empêché de fermer l'œil cette nuit.

Assises à une table de la terrasse de Florien Fortarôme, elles bavardaient tranquillement en dégustant une glace au poivre. Si Hermione peinait à chaque bouchée, Pandora engloutissait la sienne avec un grand sourire.

Toute ma famille est allée à Serdaigle, d'aussi loin qu'on remonte, expliqua-t-elle, la bouche pleine. Mon père dit que ça fait de nous des sorciers particuliers mais je n'ai pas retenu pourquoi.

– Ils sont tous des sangs-purs ?

– Oui. Je crois qu'une cousine à ma mère s'est mariée avec un Moldu mais je ne l'ai pas vu depuis très longtemps. Et toi ?

Hermione hésita. Pouvait-elle sans risque se confier à Pandora ? Après tout, elle ne la connaissait que depuis la veille. Rien ne lui confirmait de lui accorder sa confiance.

Sauf Luna, pensa-t-elle.

Je viens d'une famille de Moldu, répondit-elle. Personne n'est sorcier là d'où je viens.

– Ils ont dû être fière lorsque tu as reçu ta lettre ! S'exclama la jeune fille, apparemment ravie d'apprendre que sa nouvelle amie était d'origine Moldu.

Elle prit une grosse cuillerée de glace.

A vrai dire, ils n'ont pas vraiment compris lorsque c'est arrivé, ria Hermione. Ils pensaient que quelqu'un nous faisait une blague et ils n'ont pas vraiment voulu me laisser y aller. Mais c'était avant que je n'arrive à les convaincre de venir avec moi ici.

– Et comment un non-sorcier fait-il pour découvrir le Chemin-de-Traverse si aucun membre de sa famille n'en ait un ?

– Oh et bien, pour ma part, j'ai juste eu à réfléchir. Le parchemin indiquait une école de Magie, je cherchais donc un endroit en rapport avec. En cherchant bien dans les rues de Londres, je suis tombée sur le Chaudron Baveur. J'ai su tout de suite, évidement, que ce n'était pas qu'un simple bar. Et quand je suis entrée dedans, un sorcier m'a gentiment aidé à traverser le mur de brique. C'était relativement simple en fait.

Hermione agrémenta ses paroles d'un sourire radieux, fière d'avoir trouvé la solution de cette énigme à seulement onze ans.

Tu étais faite pour Serdaigle, souria Pandora. Dommage que tu ne sois pas venue à Poudlard dès la première année.

L'ancienne Gryffondor se figea. Elle en avait presque oublié que tout le monde devait penser qu'elle était une élève étrangère, et son discours n'était pas pour l'aider. Elle n'aurait jamais dû se livrer autant. Elle prenait des risques et ne prêtait pas assez attention à la couverture que Dumbledore lui avait confié.

Ne t'en fais pas, reprit Pandora avec un sourire rassurant. Je ne te forcerais pas à révéler ton secret.

– Quel secret ? nia Hermione.

Celui que tu veux protéger. Il se voit dans tes yeux.

Et sans plus lui accorder d'attention, elle goba une énième bouchée de sa glace, laissant sa compagne tourmentée de milles questions. Était-elle vraiment au courant de quelque chose ?

Pour se changer les idées, elle attrapa l'un de ses nouveaux manuels. Au moins, cela lui ferait penser à autre chose. Elle dévora les premières lignes, intriguée d'apprendre un savoir d'un autre-temps, mais ne parvint pas à rester concentré bien longtemps. Quelque chose l'en empêchait. Une sensation qui la faisait frissonner et qui l'empêchait de se détendre pleinement.

Elle avait l'impression d'être épiée depuis qu'ils étaient arrivés sur le Chemin-de-Traverse. Hermione avait beau se convaincre que tout allait bien et que son unique préoccupation était de trouver un moyen de vaincre Tom Jedusor avant qu'il ne devienne Voldemort, elle ne parvenait pas à chasser les frissons qui remontaient le long de sa nuque.

Bien décidée à en découvrir la source, elle fouilla des yeux la rue entière. Tant de monde grouillait sur le Chemin qu'il lui était impossible de discerner les amis des ennemis. Cela aurait aussi bien pu être cette petite sorcière replète à l'allure joviale, que cet homme grand et sec à la mine sombre. Chacun d'eux pouvait être un Mangemort fraîchement recruté par le Mage Noir. Ils pouvaient se dissimuler partout, à la lumière du soleil ou cachés dans l'ombre. Et ils étaient sûrement bien plus nombreux qu'à sa propre époque.

Elle frissonna.

Est-ce que tout ceci allait un jour prendre fin ? Toute cette peur ? Cette inquiétude ? Allait-elle pouvoir arrêter de soupçonner chaque personne comme étant un serviteur de Voldemort ?

Pandora était plongée dans un livre « Expériences magiques à réaliser soi-même à la maison » et ne semblait pas porter attention à Hermione. Un instant, la jeune fille l'envia. Elle ignorait tout du mal qui était en train de ronger le monde des sorciers. Elle n'avait pas à se soucier de lequel de ses amis mourrait en essayant de la protéger. Tout ce qu'elle avait à penser était de ses examens.

L'angoisse commençait à se répandre dans ses veines et lui étreindre la gorge. Il fallait qu'elle se change les idées.

Après s'être excusée auprès de Pandora, Hermione se leva de sa chaise et s'éloigna à grands pas, le souffle de plus en plus court. Tellement de choses reposaient sur elle que cela lui tournait la tête. Si elle échouait, tout l'avenir serait chamboulé. Si Voldemort n'était pas anéanti, alors tout ce qu'avait accompli Harry, toutes les épreuves que le Trio avaient traversé, ne serviraient à rien. Ils auraient perdu. Tout s'arrêterait là.

Comment une seule personne pouvait avoir la force de supporter une telle idée ? Savoir que la vie de centaines de personnes, proches et inconnus, dépendait de sa capacité à anéantir le plus grand Mage Noir ?

Hermione était au bords des larmes. Dans le passé, elle avait toujours pu compter sur le soutien de Ron et de Harry, ou sur celui de Ginny, Neville et Luna. Ils lui manquaient affreusement. Elle se sentait perdue.

Sans vraiment faire attention où elle allait, la jeune fille déambula entre les étalages et les boutiques. Elle allait tourner dans l'une des rues principales lorsqu'elle fut agrippée par sa robe et entraîner brusquement dans une ruelle. Plaquée sans douceur contre le mur, elle laissa échappé un petit cri de douleur au moment où sa tête percuta la pierre froide.

Salut, Granger !

Hermione écarquilla les yeux.

Le visage noirci et ensanglanté, baguette levée et prête à jeter un sort, Pansy Parkinson lui faisait face.

Comment as-tu... ?

– La ferme ! la coupa Parkinson en resserrant sa poigne. Qu'est-ce que tu m'as jeté comme sortilège ?

– Pansy, je...

– Qu'est-ce que tu m'as jeté comme sortilège ? Répéta la Serpentard en haussant la voix, défigurée par la colère. Un instant on était à Poudlard, en pleine bataille, et voilà que l'instant d'après je me réveille sur le Chemin-de-Traverse. Tu n'imagines pas ma surprise quand j'ai constaté que tout semblait normal. Personne n'a entendu parler des événements qui se passe à Poudlard. J'ai cru que je devenais cinglée.

La poigne de la jeune fille se resserra sur l'épaule d'Hermione qui grimaça de douleur. Son cœur battait la chamade contre sa poitrine et la peur commençait à la faire étouffer. Jamais elle n'avait vu Parkinson dans un tel état. Elle l'avait toujours imaginé trop lâche pour se laisser envahir par la colère.

Elle se trompait.

Jusqu'à ce que je t'aperçoive, reprit la Serpentard, les dents serrées. Avec ce maudit elfe près de Gringotts. Et ensuite, tranquillement assise à la terrasse de ce stupide marchant de glace !

– C'était toi ! L'interrompit Hermione. La fille que j'ai vu. Je pensais avoir rêvé.

– J'ai eu brusquement envie de te lancer un sortilège. Mais il n'y a que toi qui pourra briser le maléfice qui m'a entraîné ici. Ramène-moi près des miens ou je te jure Granger, je te jure que je te ferais tant souffrir que tu finiras comme les parents de cet idiot de Londubat.

Elle ne plaisantait pas. Les promesses de torture virevoltaient dans ses yeux verts.

Hermione respira un grand coups, tentant de calmer les battements affolés de son cœur. La vérité n'allait pas plaire à son ennemie. Mais elle n'avait pas le choix.

Je n'ai lancé aucun maléfice, avoua-t-elle.

Tu mens !

La pointe de sa baguette appuyait furieusement contre sa gorge, prête à libérer un sortilège impardonnable.

Non ! Pansy écoute-moi, tenta de la convaincre Hermione. Ce n'est pas un maléfice. Nous avons été projeté dans le temps à l'instant où ton sort m'a atteint lorsque je tentais de m'emparer de mon médaillon.

– Quel est le rapport ? cracha Pansy.

C'était un Retourneur de Temps. Nous sommes revenues dans le passé, bien avant que tout ceci ne se produise !

Pendant quelques secondes, la sorcière lut le doute dans l'esprit de son adversaire. Mais la Serpentard n'était pas stupide. Ses souvenirs assemblaient les pièces du puzzle afin de le compléter, et lorsqu'il fut enfin achevé, elle comprit que tout ceci était vrai.

J'ignore comment tu as fais pour te retrouver sur le Chemin-de-Traverse, poursuivit Hermione, soulagée de sentir son emprise se desserrée, mais je ne savais pas que tu avais été projeté avec moi. Même si, en y réfléchissant, j'aurais dû le deviner. J'y ai été envoyé à cause du Retourneur de Temps, mais tu as toi-aussi été attiré dans cette époque car c'est toi qui a lancé ce sort.

Manifestement épuisée, Pansy s'écarta de la sorcière et passa une main sur son visage. Les traces de la guerre étaient encore vivaces et s'étalaient en coupure et en bleus.

Un instant, Hermione eut de la pitié pour elle. Mais la haine qu'elle lui vouait remplaça bien vite ce sentiment. À la moindre occasion, elle tâcherait de mettre le plus de distance possibles entre elles.

Comment fait-on pour retourner dans notre époque ?

– Tu es tant pressé de redevenir le toutou de Tu-sais-qui ? Répliqua Hermione d'une voix glaciale.

Le regard de Pansy se fit haineux.

Attention Granger, siffla-t-elle.

Allez, tu as toujours été le bon chien de quelqu'un. D'abord ça a été de Malefoy, et après de Voldemort. À croire que tu n'as jamais su être indépendante.

– La ferme !

Une gerbe d'étincelles rouges sortit de sa baguette comme elle resserrait sa prise. Mais Hermione n'avait plus peur. Tout ça c'était à cause de cette garce ! La vengeance rongeait son cœur et lui faisait tourner la tête. Devant elle se dressait la source de ses ennuis, celle sans qui la sorcière serait toujours auprès de Ginny et de Ron. Celle sans qui elle aurait pu sauver Harry sans se retrouver projetée toutes ces années en arrière. Et elle mourrait d'envie de lui faire payer.

Hermione ?

Les deux filles sursautèrent lorsque Pandora surgit de la ruelle. Son air innocent dissimulait une foule de questions qu'elle allait sans doute garder pour elle. Et malgré son large sourire, Hermione aperçut ses doigts tapoter sa baguette magique.

Est-ce que tout va bien ? demanda-t-elle.

Pansy lui jeta un regard dégoûtée.

Anxieuse à l'idée qu'elle puisse lui jeter un maléfice, par pure vengeance, Hermione prit les devants. Elle ne voulait lui faire courir aucun risque.

Oui ne t'en fais pas, répondit-elle en souriant à son tour. C'est une amie à moi.

– Elle n'en a pas l'air, fit remarquer la Serdaigle. Elle te regarde comme si elle allait te changer en troll d'un instant à l'autre.

Pansy se figea brusquement et son regard devint si noire que Hermione posa les doigts sur sa baguette, prête à agir au moindre incident.

Pandora est-ce que...commença la jeune fille en cherchant soigneusement ses mots. Est-ce que tu pourrais nous laisser ? Juste quelques minutes.

Après un instant de silence où la tension déjà palpable menaçait d'exploser, la sorcière hocha la tête et s'éloigna de la ruelle, non sans un dernier coup d'œil à la Serpentard. Une seconde, Hermione crut y lire un avertissement.

Lorsque sa silhouette eut complètement disparu, les deux ennemies se retournèrent l'une vers l'autre.

Écoute Parkinson, nous ne sommes plus dans notre époque. Les choses ont changées. Tu n'es plus obligée d'obéir à Tu-sais-qui. Il n'a pas d'emprise sur toi, il n'est pas encore devenu le terrible Mage Noir mais tout est en train de se préparer. Des sorciers disparaissent, des moldus se font assassinés. Et nous allons être prises en plein milieu de ce combat. Il serait plus terrible que la propre guerre que nous sommes en train de vivre. Et tu sais pourquoi ? Parce qu'on sera toutes seules.

Pansy ne dit rien, se contentant d'écouter ce qu'elle avait à dire.

On n'est pas à notre place ici, poursuivit Hermione. Plus personne n'est là pour nous protéger, ni toi ni moi.

– Et qu'est-ce que tu proposes alors, Miss Je-sais-tout ?

La sorcière avait vu juste et, contrairement à ce qu'elle avait toujours pensé, Pansy Parkinson n'était pas qu'une imbécile vicieuse et idiote, foncièrement mauvaise, de Serpentard. Ses yeux verts luisaient d'une intelligence profonde. Ses décisions ne devaient sans doute jamais être prise à la légère. Comment une personne comme elle acceptait d'être manipulée par tous ces gens ?

Viens avec moi à Poudlard, lâcha brusquement Hermione, ce qui eut pour effet de faire rire Pansy.

Tu me crois assez idiote pour te faire confiance ? ricana-t-elle froidement.

Ce n'est pas une question de confiance. C'est en partie à cause de toi que nous sommes arrivées là. Il est donc normal que tu doives faire partie du plan pour nous ramener à notre époque.

Pansy fit mine de réfléchir un instant mais la sorcière savait qu'elle se rangerait de son côté. Elle venait de passer des heures difficiles.

Nous irons voir Dumbledore. Je lui expliquerais la situation et je suis certaine qu'il acceptera que toi aussi tu ailles dans une Maison le temps qu'on trouve une solution.

– Je ne t'aime pas Granger, cracha la Serpentard. Mais j'accepte ta proposition.

Hermione sourit intérieurement.

Avec Pansy dans son champ de vision, la sorcière contrôlait son ennemie sans qu'elle s'en rende compte.

- Mais si jamais tu m'as menti, l'avertit la jeune fille d'une voix chargée de menace, tu le regretteras amèrement.