Le Week-end de 1000 ans

Bonjour et bonsoir à tous et à toutes! Me voilà à nouveau parmi vous pour une nouveau chapitre. Merci pour les précédentes reviews qui m'ont fait plaisir. J'espère vous garder toujours en haleine avec ce chapitre-ci. Je dirais qu'il représente le calme avant la tempête, bien que vous allez sentir très certainement qu'li y a de fortes probabilité qu'il y ait une éventuelle possible merde. Mais ça, je vous laisse le découvrir.

;D

Alors bonne lecture, et n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez. Biz'!

Chapitre II :

Une paire d'yeux verdoyants s'entrouvrit doucement, puis papillonna afin de chasser les dernières brides de sommeil qui s'y était incrustées. Après un long bâillement silencieux, Arthur tourna son visage encore endormi vers le réveil sur le coin de la table de nuit. Il était tout juste 10h30 du matin et Francis n'était pas dans le lit.

Ce fut la première constatation qu'Arthur se fit et il fronça les sourcils, intrigué par cette cruelle absence. Il n'aurait pas été contre une petite séance de câlins au lit. Surtout après avoir fait Londres-Paris en Eurostar, Paris-Perpignan en TGV et Perpignan-petit bourg paumé quelque part en pays Catalan en taxi, le tout après des mois de travail intensif loin d'une quelconque vie sociale.

Il commençait à se demander avec intérêt – et ce n'était pas trop tôt – comment il était arrivé là. Vraisemblablement, un certain français s'était occupé de lui la veille car Arthur se sentait emmitouflé dans un pyjama doux et qui sentait encore le propre. Il félicitait intérieurement le courage de son compagnon pour avoir porté deux valises et un poids mort sur le dos à une heure pas possible. Les rideaux étaient tirés, les valises sagement posées dans un coin de la chambre et une fine odeur de viennoiseries commençait à envahir la maison.

Au moment où l'anglais commença à saliver et à se dire qu'il fallait mieux qu'il descende pour manger, le parquet craquela sous les pas lents et calmes de Francis. Celui-ci ouvrit la porte doucement, d'une légère pression d'épaule contre le bois peint car ses mains étaient occupées à tenir un plateau qui sentait bon la cuisine bien faite – salaud de français cuisiniers qui se la pète. Il semblait surpris de constater que son cher Arthur était déjà réveillé, s'attendant peut-être à ce qu'il hiberne toute la sainte journée comme un ours en hiver. Aussitôt, un sourire tendre s'empara de ses lèvres et il posa le plateau qu'il tenait dans les mains sur la table basse pour s'asseoir contre son amour et l'embrasser.

« Bonjour, Arthur. Bien dormi ?

_ Humoui..., marmonna-t-il. Merci pour hier soir, tu aurais dû me réveiller plutôt que de porter les valises et moi jusqu'ici.

_ T'enlever à ton doux songes ? Oh non, je n'aurais jamais osé ! Tu étais si mignon comme ça… Si inoffensif que j'aurais pu te faire subir n'importe quoi sans que tu ne te débattes… Le fantasme de toute une vie.

_ Gardes tes idées sales pour toi, bastard.

_ Content de voir que tu es toujours aussi ronchon le matin.

_ La faute à qui ? »

Francis ricana et déposa ses lèvres contre son front avant d'attraper le plateau pour l'amener sur le lit. Il y avait des petits pains au chocolat, des croissants, des tartines, des confitures, deux verres de jus d'orange et des fruits.

« Petit-déjeuner au lit ? Thanks, Francis. Tu peux vraiment être utile quand tu veux.

_ Et préparé avec amour, s'il-te-plait ! répliqua l'autre en ignorant la remarque sarcastique ».

Avec amour. Amour.

Le mot emporta l'anglais dans une sorte de demi-rêve éveillé. Il n'allait pas l'avouer ouvertement mais, lorsque Francis s'exprimait ainsi, il pouvait tout obtenir de lui. Tout pourvu qu'il ne brise pas ce doux cocon de bonheur.

Francis attrapa soigneusement une belle tranche de brioche moelleuse et un couteau argenté si brillant qu'on se reflétait dedans. Toujours ce petit luxe qu'affectionnait le français et qui, parfois, exaspérait l'anglais. Non, en fait, ça l'exaspérait toujours mais il avait des efforts pour se contenir.

« Quelle confiture veux-tu ? demanda le plus vieux d'une voix mielleuse tandis qu'Arthur sortait doucement de sa rêverie.

_ Hein ? Quoi ? Heu… De la confiture ? Heu… Je… Quel choix ai-je ? »

Francis choisit de laisser passer ce moment d'inattention, sachant pertinemment que ce petit rageux allait encore s'énerver s'il faisait une quelconque remarque sur les capacités d'Arthur à se déconcentrer rapidement. Et puis, il était adorable quand il bafouillait.

Il attrapa une cuillère, la mit dans un des pots de confitures qui trainaient sur le plateau et apporta le met près des lèvres de son amant, qui clignota mécaniquement des yeux, le temps de comprendre qu'il était censé avalé la mixture pour émettre une opinion sur son goût.

Sa langue passa sous l'objet pour éviter toute chute peu classe alors que ses deux lèvres s'ouvraient sur la mixture. Il aspira doucement la gelée et laissa sa langue passer sur la cuillère pour y recueillir l'ensemble du mélange sucré qui envahissait sa bouche. Il ferma les yeux, dégustant le produit frais qu'on lui offrait, cherchant précisément le fruit porteur d'un tel goût.

« Mangue ? »

Francis sourit et lui montra le pot où était écrit « Mangue fraiche » en lettres stylisées.

« Est-ce que c'est bon ? demanda innocemment le français en s'extasiant sur l'apparence offerte et désirable d'un Arthur transporté par les saveurs qu'il goutait ».

Pour seule réponse, son homologue l'entraina dans un profond baiser amoureux, combattant sa langue avec la sienne. Francis goutait le fruit exotique en même temps que ces lèvres douces qui s'étiraient subtilement en un sourire odieux. Puis Arthur rompit le baiser, sans se débarrasser de cet air ironique qui, associé à ses joues rouges, son souffle haché et le haut de son torse mis à nu, le rendait plus désirable que Vénus.

Ô comme Francis se mit à adorer ce pyjama qu'il avait mis à Arthur la veille et dont les deux premiers boutons se détachaient toujours à chaque mouvement qui tirait trop sur le tissus. Arthur avait l'air de sortir d'une séance de sexe et d'en attendre une autre.

« Je prends ça pour un ''oui'', dans ce cas ».

S'envoyant des regards suggestifs, les deux hommes s'amusèrent pendant une demi-heure à manger sensuellement, dans le seul but de chauffer l'autre. C'était un jeu qu'ils avaient l'habitude de faire ensemble et qu'ils commençaient à maitriser à la perfection. Par exemple, Francis venait de mordre délicatement dans un quartier d'orange, faisant couler le jus le long de sa mâchoire. Arthur se fit un plaisir de passer sa langue pour y récolter le coulis acide. Etrangement, ils étaient soudainement incapables de manger proprement. Il y avait toujours un peu de confiture ou de jus qui leur coulait sur les doigts ou le visage, les obligeant à lécher leur peau salies. Comme par hasard.

Francis passa son bras dans le dos d'Arthur, l'attirant dans un baiser chauffé pendant que l'autre caressait amoureusement ses cheveux et sa joue. Leurs langues se débattaient avec empressement, allaient et venaient dans ces deux bouches haletantes, s'étirant et se rétractant comme les pas d'une danse. Arthur brisa l'étreinte pour aller parsemer la joue de son amant de léger smacks qui pouvaient descendre sur toute la mâchoire et monter jusqu'à la tempe.

« Mmmh… Alors dis-moi, mon lapin… Que veux-tu faire aujourd'hui ? ».

Arthur mordit fiévreusement son lobe d'oreille, s'attirant une plainte que Francis n'avait pas réussi à dissimuler. Ça, c'était une vengeance où il ne s'y connaissait pas.

« Je t'ai déjà dit d'arrêter avec ce surnom, crétin de français.

_ Honhonhon… De quoi te plains-tu ? Je crois me souvenir que tu aimes que je t'appelle comme ça lorsque je te prends, Arthur. Par exemple, la fois où nous étions dans la salle de repos après le meeting du…

_ Raaaah ! Tais-toi donc ! Je ne veux pas me souvenir de ça !

_ Tu as raison. Le vivre est beaucoup plus excitant. On recommencera à la prochaine réunion ! C'est dans trois mois !

_ Mais ferme-là cinq minutes, stupid pervert ! »

Francis rigola et attrapa un autre quartier d'orange qu'il poussa calmement dans sa bouche, par des gestes maitrisés et enjôleurs. Arthur rougit et détourna le regard avant d'aller lécher les doigts de son amant, sur lesquelles s'étaient rependus un petit filet de jus. Francis faillit avaler de travers et s'étouffer mais il se maitrisa.

« Tu n'as toujours pas répondu à ma question, au fait. Que veux-tu qu'on fasse, aujourd'hui ? »

Arthur poussa le plateau et monta sur les genoux de Francis, enroulant ses bras autour de son cou avec un air d'enfant qui réfléchissait à une question difficile.

Francis sentait une délicieuse chaleur monter dans tout son corps et mit ses mains sur les hanches de l'autre, humant son odeur et caressant sa peau en passant doucement sous son haut de pyjama. Arthur se tendit de plaisir et le laissa aller lécher sa gorge en attendant une réponse.

« Une balade. Je veux qu'on aille se promener ensembles dans un petit coin tranquille que tu choisiras.

_ Une balade en amoureux ? Comme tu es mignon, my cute little rabbit~ !

_ I'll kill you.

_ Oh oui. Tu me tues d'amour, Arthur. Je meurs de désir pour toi chaque jour qui passe ».

Gêné, Arthur lui tira les cheveux en arrière et mordit son cou, s'attirant un « aie, espèce de brute » avant de ricaner comme un diable.

C'est ainsi que le programme de la journée fut décidé. Francis savait déjà où il amènerait son cher Arthur pour l'après-midi. Peut-être même pourraient-ils pique-niquer ensembles d'ailleurs. Dans ce cas-là, Francis allait devoir se mettre à la cuisine de suite. Heureusement, le frigo était bien rempli grâce à la charmante petite Languedoc-Roussillon, que Francis avait appelé la veille du départ pour lui demander de faire quelques achats (qu'il lui rembourserait bien sûr ! Il était un gentilhomme bien éduqué et courtois !) afin que lui et Arthur soient tranquilles. Ils avaient réellement la possibilité de vivre en ermite pendant trois jours, sans qu'aucun trouble-fête quelconque ne se décide à envahir leur intimité.

Arthur se redressa après un ultime baiser et se dirigea vers la salle de bain en déboutonnant les derniers boutons de son haut qu'il fit coulisser à demi sur ses épaules, cherchant volontairement à séduire l'autre.

« Il va vraiment falloir que tu te débarrasse de ce vieux pyjama, Francis. Les premiers boutons ont la fâcheuse tendance à partir et je me retrouve presque torse-nu. C'est embêtant.

_ Juste pour le plaisir de te voir le porter, je vais le garder, mon amour ».

Sur ces bonnes paroles pleines de sous-entendu et après qu'Arthur lui ait tiré la langue, le français s'en alla à la cuisine d'où il était précédemment venu et entama la préparation d'un déjeuner irréprochable. Il devait absolument faire des plats anglais ou, du moins, qui plaisaient à Arthur. Cela lui ferait tellement plaisir et puis, entre les mains de Francis, n'importe quel plat anglais pouvait devenir bon (car lui ne brulerait pas la cuisine). Il allait faire des sandwichs, c'était certain pleins de petits sandwichs avec des goûts différents. Au thon, aux crudités, au jambon, au fromage, au saumon, au tarama… Il allait aussi essayer la fameuse recette de Curried football pies, qu'Arthur lui avait montré le trimestre précédent et qui, selon toute vraisemblance, plaisait au jeune anglais, ainsi que les Crumpets au beurre, les brownies et une petite tarte aux abricots !

En réfléchissant plus profondément à son menu du jour, Francis commençait à s'exciter tout seul alors qu'il commençait à sortir les ingrédients des placards et du frigidaire. Il adorait vraiment cuisiner pour les autres, que ce soit sa famille, ses amis, ou ses invités professionnels. Et il savait qu'il s'apprêtait à faire des plats qu'Arthur adorait. En plus, ils allaient passer un moment seuls ensembles pour s'empiffrer de bonnes choses, que demander de plus ?

Pendant que Francis s'émerveillait narcissiquement sur son don pour la cuisine et sur ce qu'il avait prévu de préparer en un temps record, Arthur était encore dans la salle de bain, se débarrassant de ses lambeaux de fatigue. Une fois sorti de la douche, il s'enroula dans une immense serviette cotonneuse. Pendant qu'il frottait ses cheveux afin d'y retirer le surplus d'eau, il attrapa son propre regard dans le miroir un peu embué au-dessus du lavabo.

Il voyait que son teint était plus passable que le reste du temps. Sans nul doute que ce début de weekend avait un bon impact sur lui et que passer par les bras de Francis lui avait fait le plus grand bien. Ses lèvres étaient un peu plus rougies qu'à l'accoutumé, ses joues rosés de bonheur, alors que ses yeux pétillaient de plaisir. Il se sentait divinement bien, enroulé dans cette serviette chaude et douce comme une plume géante.

Arthur laissa son cocon protecteur glisser de ses épaules jusqu'à s'écraser parterre. Il accepta sans honte de voir son reflet nu, car il désirait trouver la présence de son amant sur sa peau. Francis n'avait pas encore eu le temps de bien le marquer mais il voyait quelques bleus sur ses hanches qui témoignaient de leurs activités indécentes.

Satisfait de son observation, Arthur s'habilla avec des vêtements décontractés, la première fois depuis longtemps d'ailleurs. Il se sentait tellement plus humain maintenant, comme libéré du poids de sa condition grâce à Francis, même si cela ne durerait que trois jours, tout au plus. Il allait profiter pleinement de ce temps qu'il leur était accordé.

Arthur descendit calmement les escaliers en bois ciré, appréciant les tableaux moyenâgeux sur les murs tapissés et les bougeoirs de style ancien qui luttaient contre la modernité des lustres électriques. Cet endroit avait gardé un certain charme d'époque très appréciable, bien que le Moyen-Age ne soit pas la période qu'il préférait pour quelques raisons qu'il est inutile de rappeler. Depuis le rez-de-chaussée, un délicat arôme de pate cuite s'envolait jusqu'à lui, escortée de puissantes épices ragoutantes. Francis devait assurément être en train de cuisiner en fredonnant quelques chansons mélancoliques qu'il estimait.

Lorsqu'il eut fini de descendre l'escalier, l'anglais suivit naturellement la senteur pour trouver son chemin. Il traversa le couloir qui connectait l'entrée et l'escalier, passant dans le salon en appréciant la charmante cheminée d'époque, et arriva finalement dans une cuisine moderne qui contrastait avec le reste de la maison. On eut dit que Francis était étiré entre deux parties de lui, l'ancien et le nouveau. C'était assez facétieux à constater.

S'engageant dans l'antre à petit pas feutrés, l'invité attrapa son hôte par la taille alors que ce dernier remuait une sauce dans un petit saladier transparent. Francis laissa échapper un souffle court lorsque cette paire de bras s'enroula autour de lui et qu'une masse chaude se colla en ronronnant presque.

« Arthur… »

L'appelé embrassa son dos en remontant sa colonne vertébrale à chaque baiser, arrivant dans sa nuque où il passa sa langue avant que le français ne se retourne pour attaquer sa bouche avec empressement.

Arthur soupira d'aise et décrocha sa bouche pour permettre à son amoureux d'aller baiser sa gorge. Sa tête bascula en arrière alors que Francis suçotait cette peau offerte, le maintenant bien par derrière afin qu'il ne tombe pas.

« Huuum… Je peux t'aider pour la cuisine, Francis ?

_ Pour ça, je m'en occupe. Par contre, j'ai d'autres tâches pour toi, mon amour, susurra-t-il entre plusieurs baisers. Tu vois la salle de bain du premier étage ? Dans le grand placard blanc, il doit y avoir tout plein de sortes d'étoffes et de serviettes. J'aurais besoin que tu nous trouve un grand drap pour que l'on puisse s'asseoir dessus et pique-niquer. Je te laisse choisir cette que tu préfères.

_ J'y vais de suite, my love ».

Arthur embrassa une dernière fois ses lèvres avant de quitter son charmant hôte pour faire ce qu'il attendait de lui.

Il ouvrit le placard et sortit les innombrables bouts de tissus, jusqu'à en choisir un de couleur bleu comme les yeux de Francis, qu'il déplia pour une inspection minutieuse (afin de voir s'il n'était pas troué). Lorsqu'il fut sûr que la nappe était bien uniforme et propre, il la replia soigneusement avant de l'apporter dans le salon. De là où il était, il entendit Francis l'interpeller :

« Arthur ! Est-ce que tu peux trouver un panier pour mettre les plats ? Je crois qu'il y en a dans le placard, au fond du couloir !

_ Okay… Hold a second »

Après s'être pris une splendide collection de panier en osier sur la tête en ouvrant ledit placard, Arthur eut tout le loisir d'en sélectionner un parmi tous ceux qui étaient étalés par terre (après avoir fait une rencontre tout à fait charmante avec le sommet de son crâne). Connaissant la fâcheuse tendance qu'avait Francis de préparer assez de nourriture pour quatre alors qu'ils n'étaient que deux, il en choisit un relativement vaste, par mesure de précaution.

La tâche achevée, il revint dans le salon où il posa son butin avant d'attendre de nouvelles instructions pour se rendre utile. Francis le vit attendre à ses côtés, très concentré sur ce qu'il faisait.

« Tu pourrais faire chauffer de l'eau et le mettre dans un thermos ? Je crois qu'il y en a dans le tiroir du bas, à droite du frigo. Enfin… si Languedoc-Roussillon ne s'est pas décidée à refaire le système de rangement entre temps.

_ J'y vais. Mais qu'est-ce que tu vas en faire ?

_ Du thé, gros malin. Je t'ai acheté de l'Earl Grey avant de partir ».

Arthur lui assena une légère tape sur la tête afin de lui passer l'envie de se moquer de lui mais le remercia tout de même pour cette énième attention à son encontre.

Lorsque tout fut enfin préparé, ils remplirent le panier avec les innombrables plats que Francis s'était amusé à préparer.

« Bon, et où on va, au final ? demanda curieusement Arthur en enfilant un manteau et ses chaussures de marche.

_ Dans la forêt derrière la maison. Une partie d'elle appartient à mon domaine, bien que je l'aie ouvert au public il y a trente ans. Le problème, c'est que les gens n'osent pas trop y aller, ou alors, juste en bordure de la route qui se trouve à l'autre bout, près de la rivière. Mais ici, il n'y a absolument personne qui vient, donc on sera tranquille. Et puis, comme on n'est pas en période de vacances scolaire, y a encore moins de chances de voir quelqu'un débouler.

_ Et qu'a-t-elle de bien à voir, cette forêt ?

_ Un lac clair et brillant, surtout avec les reflets du soleil, pleins de châtaigniers dont les fruits sont à point et qu'on pourra ramasser, et une constante odeur de magnolia dans l'air. Et puis il y a moi, bien sûr.

_ Je me disais que ça ne pouvait pas être complètement parfait…

_ Eh ! »

Lui tirant puérilement la langue, Arthur attrapa le panier et s'élança hors de la maison, suivit par Francis qui ferma hâtivement la porte pour ne pas se faire distancer. Il le rattrapa et parvint, par un tour de charme, à lui reprendre le panier (parce que l'invité ne doit pas porter les fardeaux ! C'est à l'hôte de s'en occuper !) et il embrassa sa tempe avant de s'engager sur un petit chemin terreux.

Comme Francis l'avait dit, une délicate senteur se rependait dans la forêt fleurs, magnolias et arbres confondus. Les châtaigniers étaient immenses et brunâtres, lâchant sommairement quelques marrons à terre, que Francis ramassait de temps à autre pour les poser au fond du panier à pique-nique.

« Mais qu'est-ce que tu fais ? interrogea Arthur dont les sourcils se fronçaient d'incompréhension.

_ Ce soir, on se fait des marrons chauds, c'est super bon. En plus, si je trouve le temps, j'aimerais faire de la crème de marron parce que c'est vraiment délicieux ! Et je connais quelques personnes qui adoreraient en manger. Je n'aurais qu'à violer la cuisine de l'Elysée au lieu de travailler, comme tous les lundis après-midi… Ouais, je vais faire ça ! »

Arthur assista impuissant à la naissance d'une idée farfelue et venait d'apprendre certaines choses qu'il n'aurait pas dû savoir. Au moins, le français savait occuper ses journées de manière plaisante autre qu'en draguant un branleur quelconque. Arthur se demandait si la cuisine empêchait Francis de voir ailleurs lorsqu'ils n'étaient pas ensembles. Après tout, il aurait pu se détourner de lui, vu le temps qu'ils ont passés loin l'un de de l'autre. Seulement, il y avait quelque chose dans le regard de Francis qui témoignait de sa fidélité.

Et puis, tout le monde savait que cet andouille de français était trop gentil et exécrait le simple fait de faire du mal aux autres. Il y avait été contraint par le passé, il avait eu d'atroces périodes de folie meurtrière, il s'était maintes et maintes fois défendu violemment contre les assaillants, mais il le faisait toujours avec des haut-le-cœur et un sentiment d'étouffement. C'était ce que Francis lui avait témoigné, il y a de cela quelques années, et Arthur avait avoué que les guerres ne l'enchantait plus comme elles enchantaient l'enfant qu'il avait été, assoiffé de pouvoir et de gloire. Même les autres Nations avaient gagnées en maturité. Enfin, dans l'Europe surtout.

Arthur regarda le soleil se découper à travers les feuilles brunes. Il se rappelait avoir passé 1000 ans à se battre pour son pays, à se battre contre la Terre entière pour des terres, de la fierté et de la reconnaissance. Il n'était pas déçu de ce qu'il était aujourd'hui et de la place qu'il occupait désormais dans ce monde variable, mais il avait évidemment une vague de regret qui le frappait régulièrement, cruelle mais réelle. Et il savait de source sure qu'absolument toutes les Nations ressentaient la même chose lorsqu'elles pensaient à leur passé.

Arthur se sentait amère en y repensant.

Il avait fait 100 ans de guerre dans le simple but de mettre France à sa botte (et si encore il avait réussi, il n'aurait pas regretté mais là, c'était un échec total !), il avait laissé la jeune pucelle d'Orléans bruler alors qu'il savait qu'elle n'était pas une sorcière mais bien une simple adolescente très courageuse et fidèle à Dieu, il avait insisté pour que le Canada leur soit donné après le défaite de Louis XIV, il avait assassiné de sang-froid les marins français et espagnols pendant leurs années de piraterie, il avait forcé ses frères à s'allier à lui sous le même drapeau (ça, ils le méritaient, ces enfoirés !) et il avait lâchement abandonné Francis lors de la Seconde Guerre Mondiale alors que les Allemands envahissaient la France.

Il faudrait qu'il dresse une liste sur papier un jour, ça l'aiderait à mieux faire le deuil de ses erreurs.

Arthur s'attristait du fait que la plupart de ses regrets étaient liés à Francis, qu'il avait fait durement souffrir. Que de temps gâché pour de puérils enfantillages…

« Arthur. Tu veux qu'on s'arrête ici ? Ce serait bien de déjeuner près du lac, il vaut le coup d'œil ».

L'anglais jeta un regard critique sur l'endroit et reconnu immédiatement qu'il était idyllique. Comme l'avait prédit le français, il n'y avait absolument personne aux alentours et le lac brillait sous les rayons doux du soleil. Les feuilles des arbres, soit dorés, soit écarlates, soit brunettes, volaient de temps à autre autour d'eau pour se poser sur la surface presque lisse du lac, à quelques petits mètres d'eux. C'était un bel automne qui commençait.

Francis sortit la nappe et l'installa sur l'herbe hérissée avant d'inviter son amant à s'y asseoir avec lui. Le panier fut ouvert et les plats sortis jusqu'à se poser autour d'eux dans une ronde agréable. La faim les prenant, ils commencèrent à manger et à discuter comme si ils n'avaient jamais eu d'idées noires.

Ce constant rappel de son passé étouffait Francis. Il avait la cruelle impression que la moindre action qu'il faisait le ramenait plusieurs siècles en arrière, et ce de plus en plus souvent. Il peinait à en découvrir l'origine et le but. Il savait pourtant bien que ressasser tout ça n'était pas bon pour sa santé mentale.

Arthur, quant à lui, se perdit quelques instants dans la contemplation du lac, attiré par les reflets nacrés que le soleil produisait sur l'eau.

« J'emmènerais les enfants ici, si je le pouvais…, marmonna-t-il ».

Il faisait bien évidemment référence à Canada, Amérique, Seychelles et Seeland. Ils avaient tant grandis qu'Arthur prenait un coup de vieux à chaque fois qu'il les voyait ou parlait d'eux.

« Tu crois qu'ils accepterais de passer du temps avec de vieux personnages comme nous ? rigola Francis avec légèreté.

_ Matthieu et Mahéli en seraient heureux. Alfred et Peter, par contre…

_ Ouais. Le premier s'ennuierait vite et le deuxième te boude. Quel famille compliquée…

_ Ils étaient si mignons quand ils étaient tous petits…

_ Si au XIème siècle on m'avait dit qu'on serait un jour parent, j'aurais ri à gorge déployée ».

Arthur sourit. Ils en avaient fait du chemin depuis leur rencontre.

Pour quelques obscures raisons, Arthur se trouvait bien mélancolique ces derniers temps, il se demandait pourquoi. S'il savait que Francis était dans le même état… Il sentait que le passé s'incrustait dans sa vie quotidienne, mais pourquoi maintenant ? Attendait-il quelque chose de Francis ? Se sentait-il délaissé et vieux au point de retourner le passé à la surface ?

Ses pensées s'interrompirent lorsqu'il bascula en arrière, calme mais intrigué par ce poids délicieux qui s'appuyait sur lui. Francis s'était allongé de tout son long sur son corps et suçotait sa bouche avec une expression indéchiffrable, peut-être blessée. Arthur avait l'impression qu'il cherchait du réconfort.

Le français se mit à l'embrasser sur tout le long de la mâchoire, puis sur le cou, avec l'impression de découvrir un nouveau corps.

« Qu'est-ce qui t'arrive, frog ? soupira ironiquement l'anglais qui ne l'arrêtait pas dans sa douce action. Pour un peu, je te croirais en manque d'affection. Le train ne t'a pas suffi ?

_ Tu m'as manqué…, marmonna-t-il en calant son visage dans ce cou tendu sous ses caresses.

_ Tu semblais plus détendu ce matin, tout de même. J'ai fait quelque chose qui t'a stressé ?

_ Non.

_ Tu as l'air triste et tes baisers sont plus tremblants que ce que tu me fais d'habitude.

_ Parce que ça fait longtemps que je n'ai pas goûté à ce bonheur… »

Etrangement, ce fut cette réplique qui cloua le bec d'Arthur. Francis était à prendre avec des pincettes dans ce genre de situation. Il ne se ressemblait plus et paraissait sur le point de craquer d'un instant à l'autre. En soit, c'était compréhensible, au vu de leurs responsabilités, mais il demeurait ce petit détail obscur qui inquiétait Arthur. Il était quasiment certain que Francis lui cachait quelque chose mais, d'un autre côté, lui-même n'avait pas l'air au courant de ce qui n'allait pas. Et plus le temps passait, plus ce détail grossissait.

La seule volonté d'Arthur était de lui changer les idées en comprenant ce qui n'allait pas. Il aurait aimé se montrer suffisamment observateur pour déceler l'épine qui s'enfonçait progressivement dans le cœur de son amant.

Sentant une main se balader le long de son estomac, l'anglais retourna un instant dans la réalité de la scène, avec un Francis particulièrement câlin qui commençait à échauffer leurs deux bas-ventres.

« Non. Attends…

_ Pas envie…

_ Please, Francis. Pas ici.

_ Pourquoi pas ? Ce paysage n'est-il pas beau ? J'ai choisis cet endroit rien que pour toi. Je pensais que ça te ferait plaisir que je te fasse l'amour ici.

_ Et j'en suis conscient, et je te remercie pour tes efforts mais… J'ai peur qu'on nous surprenne… Si des gens passent par hasard et nous voient…

_ Mais enfin, il n'y a personne, je te l'ai dit.

_ Tu as dit que certains se baladaient autour du lac ! Allez, écarte-toi ! »

Francis se fit repousser sans grande force, pesant intérieurement le pour et le contre. Il comprenait très bien l'embarras de son compagnon à l'idée d'être surpris à faire l'amour en pleine nature mais, d'un autre côté, il était quasiment certain que personne ne viendrait les ennuyer à cette période de l'année.

En bon paranoïaque qu'il était, ancien psychopathe fou furieux lors des Années de Napoléon et Louis XIV, et rancunier à toute épreuve, il voyait des signes partout et extrapolait le moindre élément, quand bien même il n'y avait rien. C'était quelque chose qu'il avait malheureusement développé. En même temps que ses soudaines idées noires, d'ailleurs. Cela devait avoir un lien. Ainsi, il commençait à se persuader que ce refus était un signe de séparation imminente entre eux. Et ça, il le refusait. Que faire sans l'amour explosif d'Arthur ?

Ce dernier lui attrapa la main pour le relever brusquement, lui demandant une balade digestive.

« Et on laisse nos affaires ici ? s'enquit le français.

_ Oui, on revient tout à l'heure. Allez, suis-moi ! »

Arthur ne lâcha pas sa main, même alors qu'ils marchaient dans l'immense forêt verdoyante, comme s'ils évitaient de penser à leurs problèmes. Les feuilles mortes craquaient sous leurs pas réguliers, produisant des sons secs et minimes. Evidemment, Arthur n'avait aucune idée d'où ils allaient et était complètement perdu (mais ça, hors de question de le dire !), alors il continuait à se murer dans un silence gêné, réfléchissant à ce qui se passait entre eux deux. Il devait pourtant vivifié leur conversation afin de comprendre si Francis était effectivement dans une période de stress.

« Désolé pour ma réaction. J'avais juste un peu peur… même si tous tes gestes depuis hier me font très plaisir et me font me sentir mieux. Ce week-end ensemble est une très bonne idée… Je… tenais à te le dire ».

Bien sûr, il ne se risqua pas à le regarder dans les yeux. Voir un ancien pirate rougir n'était pas donné à tout le monde, et surtout pas à un de ces mangeurs d'escargots. Quoique, au lit, il devait eu déjà des centaines et des centaines d'occasion de le voir rouge comme une rose fraiche.

Francis ne retint pas son sourire et porta cette main qui le tenait jusqu'à ses lèvres pour l'embrasser délicatement. Arthur la retira brusquement, gêné et nerveux, faisant la morale à son amant, comme d'habitude, dans l'espoir qu'il en ait quelque chose à foutre de son avis. Bien sûr, Francis s'en moquait et vit, à nouveau, son compagnon rougir. Il avait gagné cette manche et en rigolait de bon cœur.

La discussion repartit sur des sujets plus calmes et moins prise-de-tête, malgré le sourire parfois carnassier que Francis lui envoyait pour se moquer. Cependant, ils étaient loin d'imaginer que ce ne serait que de courte durée. En effet, Arthur prit un air mélancolique en fixant la chute de feuilles rouges, noyée sous les rayons du soleil, et annonça sans arrière-pensée :

_ Je dois tout de même reconnaitre que ton pays à des charmes non-négligeables.

Il ne le sut pas, mais ce fut la bascule qui amena Francis dans un autre monde composé de lui, sa rancœur et sa folie, en huit clos comme dans une prison. Il avait mal à la poitrine, comme si une violente brulure grimpait dans ses membres pour agacer son système nerveux.

Arthur ventait les charmes de la France. Avec un air si intéressé, presque amoureux… Comme si le sort de ce pays l'intriguait et qu'il réfléchissait au meilleur moyen d'améliorer le territoire, comme s'il souhaitait contempler ces paysages plus souvent, comme si ce lieu lui appartenait déjà. Arthur aimait cet endroit, ça se voyait dans ces yeux que l'alchimie avait eus lieu. Et cela constituait la pire chose aux yeux de Francis, maintenant redevenu la Nation combattante et belliqueuse qu'il s'était promis de ne plus être.

L'équation était simple… Si Arthur s'intéresse à un endroit, c'est qu'il y portera toujours une attention toute particulière, quoi qu'on en fasse. Et ce fait, Francis avait eu environ 1000 ans pour l'observer, jour après jour, année après année, décennie après décennie, siècle après siècle.

Si Arthur aimait un endroit, cela signifiait qu'il le voulait. C'était dans sa nature, il voulait toujours tout posséder égoïstement. Depuis le début jusqu'à aujourd'hui.

Donc… Angleterre convoitait encore une fois les terres de France.

Pour en faire son territoire.

Hors de question.

Jamais.

« C'est chez moi, c'est à moi ».

Arthur se retourna vers lui, intrigué de cette soudaine prise de paroles.

« Pardon ? Tu m'as dit quelque chose, Francis ? »

L'interpellé avait les yeux dans le vague, fixé sur un point invisible devant lui avec une expression remplie d'horreur, car il se remémorait toutes les guerres que leur égoïsme avait provoqué. Il revoyait le sang et la mort sous ses pieds, l'épée et le pistolet dans ses mains, les cris dans sa tête. Tout se rabattait sur lui comme un éclair sur Terre.

C'était Angleterre la cause du problème. C'était à cause de lui, ces souffrances qui lui revenaient en tête depuis quelques temps. Sa rancune n'était toujours pas enterrée et une constante haine voguait entre eux, sauf qu'ils n'en avaient pas eu conscience, trop occupés à batifoler comme des adolescents. Mais cette récente séparation due à leur travail leur avait prendre du recul, surtout à Francis, et la réalité le rattrapait enfin.

Comment pouvait-il être amoureux de son pire ennemi ? Même revivre une romance avec Russie lui semblait plus sensé.

Après tout…

Angleterre n'était rien d'autre qu'un sal enfoiré égocentré. Par puérilité, il s'était attaqué à la France pour asseoir sa suprématie sur le monde, lui qui n'était qu'un enfant mal élevé et esseulé. Sans lui, il ne serait rien de tout ce qu'il avait été, empire britannique et colonial. Ce môme, par jalousie, avait tué la Grande Jeanne d'Arc, sauveuse de la France et âme plus pure que tout ce qui existait en ce monde. Il lui avait arraché Matthieu comme un tyran, alors que Francis s'était rabaissé à lui offrir tout ce qu'il voulait, autre que son fils. Quelle humiliation ! Et comme si cela ne suffisait pas, il lui avait aussi pris sa fille, Seychelles. Il retournait sa veste tout le temps, pire que le prince de Talleyrand, et lui plantait des couteaux dans le dos dès que ses intérêts n'étaient plus assurés. Il devait s'être régalé de le voir aux portes de la mort lors de sa Révolution de 1789 où il avait failli sauter. Et il serait regrettable d'oublier qu'Arthur l'avait lâché pendant la Seconde Guerre Mondiale, retournant se dissimuler sur son île paumée lorsque le danger était devenu trop fort ! Ah oui ! Que c'était facile d'annoncer la défaite française face à l'Allemagne nazie ! Mais que dire des soldats anglais présents sur le terrain n'ayant rien vu venir non plus ! Et les innocents ! Qu'en faire ?! Les enterrer ! Les oublier ! Qu'était-il, lui, Francis Bonnefoy ?! Un objet ?! Son objet ?!

Une rage sourde commençait à brouiller ses sens. Il mettait tous ses maux sur les épaules de son compagnon, souhaitant se décharger de ce poids, de cette frustration grandissante qu'il supportait depuis des siècles. Il allait tuer Angleterre. Le tuer. Le dépecer. Par vengeance pour les morts et les injustices !

« Francis ? Open your eyes ! Hey ! Are you sleeping, my love ? Look at me !

Il cligna des yeux, incertain quant à la réalité. Arthur était là, devant lui, clairement intrigué par ce manque de réaction de sa part. Ils s'étaient arrêtés de marcher, perdus entres des arbres magnifiques et un soleil timide. Devant lui, Arthur était penché, un sourire ironique plaqué sur les lèvres, attendant que Francis ne revienne à lui. Il lui souriait et se moquait gentiment de son manque de concentration, lui conseillant de dormir la nuit plutôt que de lui courir après pour alimenter sa vie sexuelle.

Cet excès de bonne humeur toucha Francis en son cœur.

Le sourire d'Arthur… son point faible.

Il l'embrassa aussitôt.

Comment pouvait-il oser penser ça de son plus grand amour ? De celui avec qui il avait partagé ses journées entières en étant jeunes, jouant les grands frères amicaux, le taquinant, prenant soin de lui ? De celui qu'il aimait plus que quiconque en ce monde ?

Arthur, l'ange démoniaque. Oh oui, il était rageur et dédaigneux, mauvais et revanchard mais tellement adorable et courageux quand on le connaissait mieux. Fin stratège et ambitieux, le tout arrosé d'une audace qui ne le laissait pas indifférent. Il avait ce petit quelque chose de motivant, de réfléchi dans son attitude. Il savait gérer une situation déplorable, il savait garder son calme là où certains hurleraient à la Mort, il savait manipuler pour servir ses intérêts et, accessoirement, ceux de ses proches, il savait aimer sans retenu.

Arthur n'avait attrapé ses défauts qu'à cause de lui, car Francis l'avait clairement abandonné dans le passé, pour se préoccuper de ses affaires d'Etat, ignorant les appels à l'aide qu'Arthur, jeune enfant isolé, lui envoyait désespérément. S'il n'avait pas laissé son voisin d'outre-manche seul et livré à lui-même, Arthur n'aurait pas été comme ça pendant toutes ses années, et ils auraient pu gagner du temps sur leur relation. Francis ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même. Tout était de sa faute, alors pourquoi blâmer cette exquise créature, capable de lui changer les idées et de le rendre meilleur ? Et l'Angleterre était objectivement un beau pays, une belle île, bien trop isolée mais pourtant si proche. Et il l'avait clairement aidé pendant les Guerres Mondiales. Il n'était plus son ennemi mais son allié, son amant. Et il l'aimait. Et il l'aimerait toujours.

Il lui mordillait la lèvre, la tirant, l'embrassant, la suçant jusqu'à finalement laissé sa langue tracer un chemin dans cette cavité buccale gémissante. Arthur lui rendit son baiser en participant activement, mais se détacha au bout de plusieurs minutes avec un sourire mesquin.

Ce dernier hypnotisa Francis qui, le regard rivé sur cet ange, le suivit même alors qu'Arthur se reculait vers d'autres arbres pour jouer avec ses nerfs.

Comme un jeu de chat, Francis était aux trousses de son amant qui naviguait d'arbre en arbre comme un félin, agile et rapide, subtil et discret. Francis étouffait lorsqu'il s'éloignait trop, son visage était figé d'une expression de tendresse mélancolique. Il tomba sur le manteau d'Arthur, accroché par le col sur une petite branche coupée et amena le tissu sur son visage, afin d'en humer l'odeur. C'était bien Arthur, ce parfum sauvage de forêt printanière.

Ce dernier s'amusait à le tenter, car il avait bien remarqué que Francis était en train de le désirer ardemment, et il souhaitait continuer à faire monter la tension érotique qui s'émanait d'eux. Il n'avait jamais ressenti à ce point son pouvoir sur son amant. Il se savait, à cet instant, comme le pilier de sa vie, car c'était très clairement ce que ses yeux océans lui disaient lorsqu'ils se voyaient entre deux arbres.

Finalement, Francis prit Arthur à revers d'un même arbre, le surprenant positivement, lui qui ne s'attendait pas à être retrouvé aussi vite. Leurs bouches s'attirèrent d'elles-mêmes pour entrainer un nouveau baiser bouillant. Francis avait les mains en feu lorsqu'il les fit naviguer dans cette nuque fraiche et il prit plaisir à caresser le peu de peau auquel il avait accès. Arthur enroula ses bras autour de lui et fit onduler ses hanches pour se faire rencontrer leurs deux érections. Une paire de gémissements se perdit dans le baiser.

Francis perdit temporairement le contrôle de ses sens et, avant de pouvoir faire quoique ce soit, Arthur s'était déjà arrangé pour le pousser contre l'arbre, et ce fut à son tour de se faire embrasser. Angleterre se détacha de ses lèvres et alla explorer sa gorge, les yeux clos dans la recherche de sensations subtiles et folles. Même sa langue passa sur cette peau mi- dorée, mi- nacrée, allant ensuite sur la gorge pour embrasser sa Pomme d'Adam, puis sur l'extrémité du cou et de l'épaule où il se surprit à mordiller quelques instants. Pendant ce temps, les mains baladeuses, Francis longeait la ligne de la colonne vertébrale d'Arthur, frôlant ses fesses pour le faire sursauter, puis remontant agacer la sensibilité de ses flancs.

Le manteau de Francis atterrit sur la terre sèche et les feuilles mortes dans un bruissement étouffé. Quelques boutons de sa chemise se dégrafèrent également jusqu'à ce qu'elle s'ouvrit entièrement sur le tracé des muscles du français.

L'anglais attrapa les mains de Francis pour les amener sur ses lèvres, y déposant un fin baiser, avant de lui-même se baisser pour se mettre à genoux devant son amant. Anticipant la suite, Francis attrapa nerveusement le visage d'Arthur pour le tourner vers lui, plantant ses yeux dans ceux de son compagnon.

« Attend, Arthur… Tu m'as dit que tu ne voulais pas alors ne te force pas…

_ Je ne me force pas. Au contraire, j'en ai autant envie que toi. Laisse-moi donc te changer les idées, tu es tellement dans la lune que ça m'inquiète… Sauf si tu souhaites que j'accélère les choses, bien sûr.

_ Non, non… C'est juste que…

_ Chut… Détend-toi et laisse-moi te montrer mes compétences ».

Francis aurait été fou de refuser. De toute façon, Arthur avait tous les droits sur lui alors, dans ce genre de cas, résister était inutile.

De ses doigts tremblotants, Arthur glissa sur la ceinture de son amant, la dégrafant sans empressement pour la laisser glisser au sol. Ensuite, il défie le bouton et descendit sa braguette. Francis attendait avec l'appréhension craintive de sa première fois. Il avait l'impression que tout recommençait entre eux. C'était perturbant. Et vu les mains tremblantes d'Arthur, il s'agissait certainement d'un sentiment partagé.

Arthur baissa entièrement le pantalon de Francis, qui ne ressenti pas le froid grâce à la chaleur de son désir intérieur. Passant un délicat baiser sur le flanc dévoilé, puis passant érotiquement sa langue sur les cuisses d'un Francis incertain, Arthur fit glisser le boxer vers le bas, dans un geste méticuleux. La bosse fut mise à nue, dévoilant ce sexe érigé à moitié, pointant dans sa direction.

Avec mille précautions, Arthur passa son index sur toute la longueur, le frôlant du bout du doigt dans un geste tendancieux. Il déposa ses lèvres sur le bout, dans un court baiser railleur. Ce n'était qu'un jeu où il faisait lentement monter la pression. De toute manière, il voyait bien que Francis acceptait de le laisser faire ce qu'il voulait. Et ça leur plaisait à tous les deux. En écoutant la respiration saccadée de son amant, Arthur continua de déposer des légers baisers sur son sexe, caressant de ses mains moites sa base et ses hanches.

Graduellement, il ouvrit sa bouche pour laisser la tête du pénis entrer. A partir de là, il laissa sa langue glisser en cercles rythmés autour du gland, suçotant à l'occasion comme il commençait à en avoir l'habitude, se nourrissant de soupirs et du liquide pré-éjaculatoire qui s'échappait. Francis était durement collé à l'arbre, les poings clos à se rentrer les ongles dans la paume.

Arthur retira le pénis de sa bouche et se mit à passer sa langue sur la longueur. Parfois, il se surprenait à l'embrasser et à le suçoter rythmiquement. Il voulait attendre encore un peu avant de le prendre entièrement dans sa bouche, pour faire durer ce plaisir qui les agressait.

Usant de toutes les techniques qu'il connaissait et de toute son expérience sexuelle, Arthur continua inlassablement à procurer du plaisir à son amant, qui soupirait et grognait sans s'en rendre compte. Il lâcha même une plainte d'étonnement lorsqu'il sentit ses bourses se faire aspirer sans honte. L'autre jouait clairement avec ses nerfs, cherchant uniquement à le faire craquer.

Francis retenait parfois sa respiration, et encore plus lorsque l'autre se sentit prêt à entrer l'intégralité de son pénis dans sa bouche pour entamer d'érotiques va-et-vient.

A genoux devant lui, Arthur était tout ce qu'il y avait de plus provoquant en ce monde et Francis le regardait tantôt avec un air amoureux, tantôt avec un air dominant. Ce que lui faisait Arthur témoignait de son amour et c'était incroyablement touchant, mais il ne pouvait pas retirer de sa tête l'idée simple de le dominer de toute sa hauteur, lui, l'Angleterre. Il sentait qu'il le possédait pour lui seul, qu'Arthur dépendait lui et tenait à cet amour.

Son égo pulsa violemment dans ses tempes, dans son cœur, dans ses poumons et il releva Arthur d'un coup pour le coller à l'arbre où lui-même avait été jusqu'à maintenant. Surpris de ce brusque retournement de situation, Arthur laissa deux mains bouillantes déboutonner son pantalon et le baisser avec son sous-vêtement, le laissant à demi-nu, les avant-bras plaqué contre la surface dure et rugueuse du châtaignier mourant. Il sentait la chaleur de Francis sans même le toucher, il bouillonnait littéralement et ne rêvait surement que de le faire sien. Arthur avait réussi son objectif. Il l'avait rendu dingue de lui et se faisait alors ardemment désirer.

Néanmoins, le toucher de Francis sur sa peau semblait encore plus empressé qu'il ne le devrait, comme s'il était impatient de le soumettre à ses pulsions. Il avait retiré le haut d'Arthur tel un bout de chiffon qui trainait et ses lèvres étaient en train de suçoter son dos en longeant sa colonne vertébrale. Les soupirs que Francis émettaient en marquant sa peau de ses baisers excitaient le sexe à demi-érigé d'Arthur qui ne pouvait qu'attendre le moment où son amant accepterait enfin de le posséder.

Ce fut alors qu'il s'y attendait le moins que cette douce paire de lèvres se décida à arrêter leur activité sensuelle.

L'appréhension de l'inconnu envahit Arthur. Il avait l'impression de faire l'amour avec quelqu'un de complètement différent, qui n'utilisait pas les mêmes méthodes.

Francis amena son sexe à l'entrée d'Arthur et enfonça calmement la tête. Il s'arrêta lorsque le plus jeune avança d'un pas pour coller son visage à l'arbre dans le but de masquer sa souffrance. L'intégralité de ses muscles semblait tendue de douleur et il agrippait le tronc comme si sa vie en dépendait. Cela devait faire une éternité qu'il ne l'avait pas pris à sec car, en temps normal, Francis prenait toujours le temps de le préparer, et c'était d'ailleurs à ce moment-là qu'il s'efforçait de le mettre le plus en confiance possible pour le détendre. Arthur adorait ce moment pendant leurs ébats.

Mais aujourd'hui, il allait devoir faire sans. Mais pourquoi Francis réagissait-il comme ça ? Il avait le même empressement que les jours où il était énervé. Arthur en venait à se demander s'il n'avait pas fait quelque chose de mal qui l'aurait perturbé. Mais cette grenouille parisienne agissait très bizarrement depuis peu, Arthur en avait dès lors pleinement conscience.

Qu'est-ce qui le perturbait à ce point ?

Le corps fort et échauffé de Francis se pencha vers l'avant, jusqu'à se superposer à celui de son amant, plaçant un contact physique sur l'ensemble de leur peau. Il enroula un bras autour du ventre d'Arthur pour le maintenir contre lui tandis que son autre main alla se poser contre la sienne, qui resserrait toujours l'arbre à s'en faire blanchir les jointures.

Puis il s'enfonça graduellement dans sa chaleur intime, et Arthur cria son mal en tremblant contre lui, appréciant le souffle sur sa nuque qui faisait voleter quelque uns de ses cheveux.

« F-Fra… »

Sa plainte mourut dans sa gorge.

Le regard vitreux, Francis serrait fortement leurs deux mains enlacées et alla déposer un baiser doux sur sa tête, tout en continuant à s'enfoncer. L'autre faisait en sorte de détendre ses muscles au maximum afin de se concentrer sur le plaisir qu'il était capable de ressentir. Il culbuta sa tête contre leurs mains unies et embrassa celle de Francis dans un geste d'abandon.

Dans un dernier effort, Francis poussa son sexe en Arthur et ils s'immobilisèrent immédiatement pour reprendre leur souffle envolé. Francis se voyait puissant, tout comme un roi, en regardant le dos vivement courbé de son amant dont il se décala légèrement afin de parvenir à l'observer. Il se sentait plus important que jamais, dominant et revanchard. Arthur, quant à lui, dissimulait son mal en soufflant grossièrement l'air qui s'accumulait gauchement dans ses poumons. Il inspirait répétitivement, la joue posée contre l'écorce aux griffes acérées.

Francis caressait le ventre du jeune anglais dans des mouvements languissants et délicats, apposant parfois ses lèvres contre son épaule pour y laisser courir sa langue chaude. Bientôt, Arthur en eut marre d'attendre et lui demanda de commencer à bouger.

Sans se faire prier, Francis se décala en arrière, ne laissant plus que le bout de son sexe en creux de cet antre accueillant, et revint brusquement à l'intérieur, choisissant volontairement cette précipitation pour faire crier l'autre sous ses hanches.

Arthur s'écorcha la pommette contre l'arbre hirsute pendant que les va-et-vient commencèrent à faire bouger son corps dans les deux sens. Il vint à la rencontre de son compagnon en mouvant également ses hanches, acceptant de s'enfoncer malgré sa douleur. Son souffle n'était plus que de vulgaires cris étouffés dans sa gorge et ses fesses commençaient à lui donner une sensation de chaleur à la limite du supportable. Francis gémissait aussi en se recollant à lui, l'enserrant de ses deux bras pour ne pas le perdre, les lèvres irréversiblement collées à sa nuque. Arthur laissa sa même main toujours plaquée sur l'écorce mais amena l'autre à rechercher les bras de Francis, enlacés sur son ventre, suivant le muscle jusqu'à trouver une main où il s'accrocha vaguement. L'autre l'attrapa entre ses doigts, le souffle court et irrégulier, donnant des coups sur la prostate de plus en plus vigoureux, sentant une fin imminente.

Il descendit une main jusqu'au sexe érigé de son compagnon et commença à l'empoigner pour le masturber au même rythme que lui allait entre ses cuisses.

Respirer devenait un calvaire mais la machine était déjà lancée sans possibilité de retour en arrière. Ils le sentaient, ils s'apprêtaient à atteindre l'orgasme, le summum de leur jouissance.

Francis ne ralentit pas le rythme, au contraire. Il était prêt à finir en beauté pour leur plaisir, à crier ou à mordre – qu'en savait-il ? – avec toute sa hauteur. Mais il lui semblait qu'Arthur tentait de lui dire quelque chose, quelques humidités perlant au coin des yeux. Ce ne fut qu'après quelques instants qu'il distingua un fragile « Love you » auquel il répondit immédiatement par un « Je t'aime ».

Mais sans raisons particulière, une voix désagréable dans sa tête peintura son esprit de noir afin d'y écrire en immenses lettres de sang, la sordide expression : « Je te déteste, Angleterre ».

O.0~.*.~0.O

Arthur reprit conscience. Il devait s'être un peu endormi après l'orgasme et venait à peine de se motiver à rouvrir les yeux. Vu l'inclinaison du soleil, il venait surement de passer deux heures à végéter contre cet arbre. Le soleil rougissait avec le ciel et les volatiles ne chantaient plus leur concert bienheureux.

Il s'appuya sur ses bras pour se redresser mais une douleur bien connue dans ses hanches lui fit perdre l'équilibre et il demeura couché sur les feuilles mortes.

Allongé sur le dos, le regard planté dans le ciel, il s'enveloppa hasardement dans ses vêtements froissés qu'il n'avait pas encore réussi à remettre.

A sa gauche, Francis dormait encore, sur le flanc, face à lui, calme et reposé.

Arthur entendait son souffle lent et parfaitement rythmé, marque d'un sommeil profond et réparateur. Il tourna sa tête vers lui, le détaillant de son regard critique et vert, à la recherche de ce petit quelque chose qui avait récemment changé chez lui. Il ne trouvait pas de réponse à ses questions, pourtant il était sûr que Francis n'était pas entièrement lui-même en ce moment. Que ce soit dans ses gestes, ses paroles ou même sa façon de faire l'amour, il y avait un nouvel élément qui tranchait avec ce qu'il était habituellement.

Arthur roula vers lui jusqu'à se mettre dans la même position, face à lui. Ils étaient encore plus proches qu'avant et Arthur sentait maintenant son souffle sur ses lèvres.

« Qu'est-ce qui ne va pas dans ta vie, dis… ? Qu'est-ce qui a changé entre nous, ces derniers temps, Francis ? J'aimerais bien que tu m'explique… »

Un léger ronflement lui répondit, suivit d'une vague mimique comique où Francis semblait repoussé par quelque chose face à lui. Il avait l'air de réfléchir à la question malgré le sommeil où il était plongé.

Arthur, le visage impassible, arrangea une mèche de cheveux blonde qui tombait afin de la replacer derrière son oreille, sans le réveiller. Désormais, il allait devoir réfléchir davantage à ce problème qui commençait à empiéter sur leur vie de couple.

Il pressentait les ennuis.


Bon, oui... C'est encore un lemon mais je voulais mettre en avant leur côté "couple", et je suppose que c'est ce que ferais un couple qui n'a pas profité l'un de l'autre pendant des mois. Parfois, ils me font penser à un vieux couple, et parfois un jeune. C'est étrange mais les deux figures me semblent possibles. Donc j'ai tenu à les représenter dans ma fiction.

Oh mais qu'ils sont choupis aussi, mes deux couillons préférés!

Enfin, bref! A la prochaine pour la suite!

Kurea-chan