Elle s'éveilla en sursaut, hurlant tant qu'elle le pouvait. Elle regarda autours d'elle, perdue. Elle était seule, définitivement seule. Une angoisse irrépressible l'envahit alors que les images de son cauchemar la hantaient encore. Le dragon noir était là, et il lui parlait. Duilwen entra comme une tornade, et Gilthoniel crut qu'elle allait encore se faire vertement disputer, mais rien ne vint. L'elfe se pencha au-dessus d'elle et demanda l'air réellement inquiet :
« Tout va bien ? »
La petite fille essuya ses larmes en hochant la tête lentement. Duilwen eut un franc sourire, qui la transfigura totalement, et lui caressant le front elle la recoucha.
« Je vais rester un peu, comme ça tes cauchemars ne viendront plus t'ennuyer, d'accord ? »
Gilthoniel hocha gravement la tête, puis, venant se coller instinctivement à l'elfe, elle se rendormit sans mal. Duilwen eut la respiration en suspens quelques secondes, ne s'attendant pas à cela de sa part. Elle osa lui caresser les cheveux, pour au final, la serrer un peu contre elle. Elle voulait lutter contre cet attachement naturel qui poussait les elfes vers elle apparemment, mais elle n'y arrivait pas. Après quelques minutes, elle se releva, et laissant la porte entrouverte, elle se retourna pour se retrouver nez-à-nez avec Thranduil. Le roi la dévisageait comme si il cherchait à savoir quelque chose, mais son bon seigneur devait savoir, après toutes ces années, qu'il ne pourrait jamais rien lire en elle.
« Alors ? A-t-elle dit quelque chose ? » demanda Thranduil abruptement.
Duilwen lui fit signe de la suivre, une fois à bonne distance elle expliqua :
« Son handicap n'est pas feint Seigneur. Même lors des ses rêves ou cauchemar, rien d'intelligible ne sort de sa bouche. Je ne sais pas d'où ce blocage peut provenir. Peut-être que l'attaque du dragon l'a traumatisée au point de la rendre muette. »
Thranduil étudia cette perspective, mais une autre idée lui frôla l'esprit :
« Ou c'est lui qui lui a jeté un sort pour lui éviter de dire quelque chose. »
Duilwen le fixa, surprise d'entendre cela. Elle aimait son souverain mais là, elle trouvait qu'il allait un peu loin dans sa paranoïa.
« Tu resteras à la surveiller quelques temps, si nous n'arrivons à rien, inutile de nous encombrer avec ce fardeau. Je l'enverrai à Celeborn, il fera ce qu'il veut d'elle ! »
Puis sans un mot il tourna les talons et disparut dans la nuit. Duilwen regarda son ombre s'effacer peu à peu, totalement secouée par les paroles de Thranduil. Eliminer, se débarrasser ou accuser un ennemi, passe encore, mais là, il s'agissait d'une enfant. Elle secoua la tête sous les pensées contraires qui l'assaillirent. Elle savait néanmoins que quoi qu'il lui ordonne, elle ne pourrait jamais lui faire du mal, même par ordre de son Roi.
…...
« Je n'ai jamais vu pareil nuage avant. Ce n'est pas de la fumée ou un ciel d'orage. Dit Haldir en regardant vers le nord-est.
- Cela provient de l'Ered Engrin ! S'exclama Gimli prit d'effroi.
- Il y a encore des nains là-bas ? Demanda Legolas inquiets .
- Bien évidemment ! D'où croyez-vous que le fer qui sert à fabriquer les armes des hommes, des nains, et parfois même des elfes, provient ? Répondit Gimli vexé par cette question.
- Devons-nous aller là-bas ? » Demanda Hadlir en regardant ses compagnons, perplexe.
Legolas regarda Gimli, et l'inquiétude déformait son visage barbu. Il prit une rapide décision. Regardant la même direction que les deux autres, il décida :
« Oui. Mon père veut des informations, donc, on va lui en apporter ! »
Gimli lui offrit un large sourire de reconnaissance, et rangeant leurs affaires, ils se remirent en route de suite. Ils avaient passé Esgaroth deux jours auparavant, et ils remontaient vers le nord actuellement. Un crochet vers l'est ne devrait pas être trop long. Ils chevauchèrent longuement, prenant des pauses juste pour que leur chevaux reprenne des forces. Puis quand ils arrivèrent aux mines des monts de fer, Gimli eut les larmes aux yeux.
Le flanc de la montagne était totalement éventrée, et il ne restait que peu de vestiges de la cité. Un immense cratère noir tâchait les pentes boisées. L'air était saturé d'odeurs de souffre, de cendres, de charognes. Ils progressèrent lentement, louvoyant entre les roches immenses qui avaient été arrachées, et les piliers et autres embrasures brisées. Certaines pierres s'étaient transformées en verre sous la force du souffle. Haldir arrêta son cheval et toucha l'une des surfaces polies, très perplexe, puis un bruit attira son attention.
« Legolas !Idhor na forn !*» déclara soudain Haldir à voix basse. (Attention à droite*)
L'elfe riva son attention à l'endroit que lui indiquait Haldir, puis voyant le danger il glissa à bas de son cheval, suivit de Gimli et du prince de la Lórien.
Dans les ruines des formes noires bougeaient. Ils laissèrent leur chevaux en arrière, et ils avancèrent en silence. Ce qui était plus qu'évident pour les elfes, par contre Gimli, n'avait pas cette aptitude, même si il savait se faire discret. Il leva les yeux aux ciels en voyant ses deux compagnons disparaître de son champs de vision, sachant pertinemment ce qu'ils faisaient. Ils se servaient de lui comme appât. Et bien que le nain ne soit pas dépourvu de courage et de force, cela ne le rassurait jamais. Il suivit un corridor anarchique d'éboulements grisâtre et sentant le fer à plein nez. Après quelques longues secondes il déboucha sur une place plus découverte, pour se trouver face à une vingtaine de gobelins en train de fouiller les décombres. Il visa l'un d'entre eux poser les mains sur un corps sans vie pour le dépouiller du métal qu'il avait sur lui. Là son sang ne fit qu'un tour. Oubliant le surnombre et l'espace jonché d'obstacles en tous genres, il se mit à courir dans sa direction en hurlant. Les gobelins, surpris, ne virent qu'un agresseur en armure débouler à toute vitesse sur eux, et venir percuter de plein fouet celui qui dépouillait le cadavre. La hache de Gimli se planta dans son torse, aussi aisément que dans une courge trop mûre, maculant son visage du sang noir de la vile créature. Il retira la lame d'un coup sec, laissant voir la plaie béante, dévoilant côtes et coeur à l'air libre. Il cracha par terre en voyant les dix neuf autres converger vers lui, et il hurla :
« Venez bêtes puantes ! Amenez vos jolies petites gueules ! J'vais vous arranger moi !»
Les gobelins émirent un cri de guerre, et comme un seul homme ils sautèrent sur lui. Seuls dix d'entre eux se retrouvèrent à sa portée. Les autres ayant été fauchés par les flèches elfiques qui se mirent à pleuvoir du ciel. Haldir et Legolas apparurent alors, et c'est au corps à corps que le combat se finit. Le nain ne pourrait jamais critiquer l'agilité des elfes et leur force. Ils vinrent à bout de ce groupe un peu trop rapidement au goût du nain. Vérifiant que les gobelins étaient bien morts, Haldir fit en se penchant sur un des corps:
« Etrange, je n'ai jamais vu ces armoiries. »
Sur le torse du gobelin en armure siégeait fièrement un blason, noir de fond avec un dragon bleu sur le dessus.
« Moi si ... » soupira Gimli soudain très sombre.
Voyant le regard perplexe de ses amis elfiques il expliqua :
« Je croyais que c'était des histoires anciennes, comme des légendes pour effrayer les enfants. Mon père me la contait pour vous dire ! Cela remonte à si loin. Il m'avait montré un bout de tissu avec ce dessin. Mais nous avions convenu, en grandissant avec mes cousins, que les anciens avaient confectionné tout ceci pour alimenter le mythe.
- De quoi parle cette histoire ?
- D'un roi. Un roi qui n'avait qu'une chose en tête, s'approprier la puissance des Valars. Il a étudié les magies, les techniques, c'était un érudit, mais un érudit violent et cruel, qui n'était fasciné que par le pouvoir. Il paraît que c'est lui qui est à l'origine du Désert Glacé qui s'étend au Nord …
- Impossible ! Lança Legolas. Aucun mortel ne peut arriver à tel prodige.
- Je n'ai jamais dit qu'il était mortel Legolas. Ou alors, il a trouvé un moyen de tromper la mort. Quoi qu'il en soit, quand la pression qu'il exerçait est devenue trop forte sur les autres peuples, il y a eu une guerre. Ô pas aussi importante que celles du Gondor, d'Ereboror, ou même de Dargolad, mais elle a marqué l'histoire des Nains. Mes cousins et aïeux ont repoussé vertement ce monstre, et détruit son armée. Malheureusement, nous n'avons jamais retrouvé son corps. Certains disent qu'il s'est réfugié dans sa Forteresse de Glaces, en plein cœur du désert. Et qu'il serait mort. Mais … ceci nous prouverait le contraire. » dit Gimli bougeant du pied la dépouille de gobelin qui gisait à ses pied.
Haldir et Legolas regardèrent les alentours, pour s'assurer qu'il n'y avait pas d'autres ennemis proches. Puis Haldir demanda :
« Et combien de chance y a-t-il pour que ce dragon et ce « roi » aient un rapport entre eux ?
- Je n'en sais rien. Mais ce n'est certes pas un hasard si ils sont ici. Ce qui serait logique, quelle armée pourrait tenir tête à un dragon ? Ils ne sont que les charognards qui passent après le massacre ! » cracha presque Gimli en serrant le manche de sa hache.
Il tourna les talons, et partit seul dans les ruines. Legolas voulut le suivre mais Haldir le retint. Lui faisant comprendre qu'il valait mieux qu'il soit seul. Ils tombèrent sporadiquement sur quelques gobelins éparpillés, leur donnant la mort sans état d'âme. Gimli trouva quelques survivants, beaucoup de blessés. Il leur indiqua de prendre la route d'Erebor, et de quérir refuge là-bas auprès du roi Dáin II.
« Devons-nous pousser plus au Nord Legolas? Où votre père se satisfera de ceci ? »
L'elfe sylvain hocha la tête en regardant la désolation alentours, et en soupirant il répondit :
« A part aller dans cette forteresse et trouver les réponses là-bas, que pouvons-nous faire de plus ? Nous ne sommes pas assez, et nous ne sommes pas équipés pour affronter les éléments. Sans oublier que l'hiver approche à grands pas. Se serait du suicide de s'aventurer dans les montagnes et ce désert par telle saison. Il faudra un long moment avant que je puisse mettre les forces nécessaires en route vers là-bas, pour un quelconque affrontement.
- Surtout que nous ne pouvons déclarer une guerre ainsi. Sans preuve. Fit Haldir pensif.
- Je me demande si mon père est au fait de toute cette histoire. Si il a connu cette époque. Et si il l'est, cela veut dire qu'il est courant de choses que j'ignore, et cela ne m'étonnerait pas. » lâcha Legolas presque avec dégoût, tant il soupçonnait son suzerain de paternel bien capable de cela.
Il vint près de Gimli, le pauvre nain ne cessait de pleurer en silence, et il lui murmura :
« Nous allons les enterrer Gimli. Même si cela doit nous prendre plusieurs jours ».
Le nain lui lança un regard empli de reconnaissance, et ne pouvant parler, il hocha simplement la tête.
…...
Elle regardait l'enfant avec beaucoup de tendresse. Elle s'occupait d'elle tous les jours, et son cœur d'elfe n'avait pas pu résister bien longtemps. Elle n'avait jamais eu de frère ou de sœurs. Seul Legolas avait pu à un moment prétendre à cette place, mais leur rang respectif, et son obédience presque aveugle envers Thranduil, les avaient séparés peu à peu. Si elle avait eu une petite soeur, Gilthoniel aurait pu lui ressembler. Malgré sa race, malgré sa différence et son handicap. Thranduil l'observait en train d'observer l'enfant. Duilwen était assise sur un rocher, au soleil, ses cheveux jouant de reflets dorés dans leur masse châtain. Elles étaient près des grandes portes du royaume, Gilthoniel étudiait avec intérêt les oiseaux qui préparaient l'hiver naissant. Devait-il s'avouer que le miracle dont elle avait usé pour lui l'avait déstabilisé ? L'avait touché en plein cœur ? Qu'il ne voulait en aucun cas faire preuve de faiblesse. Pour cela qu'il s'était retranché dans une attitude aussi sévère avec elle. Les paroles de Galadriel lui revinrent, et il en souffrit. Il grimaça légèrement, puis voyant Duilwen rire face à Gilthoniel qui lui tendait des fleurs presque sur le déclin, se fut trop. Il avança d'un pas sûr, trop bruyamment pour que ce soit naturel, et s'approcha d'elles. Quand il fut à leurs côtés Duilwen se leva d'un bond et le salua avec respect. Gilthoniel se plaqua instinctivement à l'elfe, et cela énerva encore plus profondément le souverain. Il savait qu'il faisait tout pour qu'elle le craigne, mais, tout en contradiction qu'il était il ne supportait pas de la voir avoir peur de lui ainsi. Il était le seul que l'enfant n'approchait pas naturellement, et comment le pourrait-elle après l'acte de violence qu'il avait eu envers elle, alors qu'elle l'avait soigné ? Il fixa presque durement Duilwen, et cette dernière sentit instinctivement que ce qui allait suivre n'allait pas lui plaire.
« Duilwen. Ça fait plusieurs jours qu'ils sont partis, et je n'ai pas de nouvelles. Pars à leur recherche. »
Duilwen tendit machinalement la main vers l'enfant pour lui toucher l'épaule, comme voulant l'agripper et la garder. Cela n'échappa pas à Thranduil.
« Tu partiras dès aujourd'hui ! C'est un ordre !
- Bien Seigneur. » réussit-elle à articuler en serrant les dents.
Le roi regarda Gilthoniel un instant, et celle-ci soutint son regard aussi durement. Ce qui le surprit plus que tout. Il arqua un sourcil, puis ayant un rictus dédaigneux il repartit dans la cité. Duilwen sentit son coeur se tordre, elle s'accroupit devant Gilthoniel et lui dit :
« Ne t'en fais pas, je serai de retour rapidement. Je suis plus que douée pour pister les gens. »
Voyant le regard inquiet de la petite elle se sentit obligée d'ajouter :
« Promis, je reviendrai vite …. nín melda .. »
Puis l'elfe la raccompagna à sa chambre, et après un « au revoir » plus dur qu'elle n'aurait jamais pu le soupçonner, elle partit sans un regard en arrière. La petite fille regarda la porte se refermer lentement, et elle se retint de pleurer. Car elle avait compris que pleurer, ne ramenait pas ceux qui lui étaient chers. Après ce jour, ses rires se turent, et sa vitalité si coutumière retombèrent comme autant de feuilles en automne. Elle regardait la saison d'hiver arriver, et elle n'aimait pas voir les arbres devenir nus. Cela signifiait pour elle de devoir rester enfermer presque tout le temps. Personne ne faisait attention à elle, et les seules fois où Thranduil daignait lui accorder de l'importance, étaient pour lui poser des questions sur le drame qui lui avait enlevé sa famille. Elle aurait voulu pouvoir parler, pour lui hurler haut et fort ce qu'elle pensait de lui, mais seul ses silences et ses regards répondaient au roi. Ce qui avait le don de l'irriter. Des semaines à présent que Legolas et les autres étaient partis, et la petite fille regardait tous les jours, avec inquiétude, si la neige tombait. Malgré tout cela, elle s'avoua que de n'avoir personne sur le dos, lui donnait quelques libertés. Elle se terra dans la bibliothèque, qui était vaste et bien éclairée. Tout sentait en ces lieux, le bois, les pages, le cuir des reliures, et elle aimait ça. Elle était assez habile pour se hisser sur les chaises et lire des livres parfois presque aussi gros qu'elle. Elle regardait les images, et essayait de retrouver certains mots que Legolas et Duilwen lui avait appris. Thranduil l'aperçut un jour sur la pointe des pieds, en équilibre sur une chaise, pour essayer d'atteindre un ouvrage en hauteur. Il eut peur qu'elle ne tombe. Il s'avança et lui tendit l'objet sans un mot, et repartit de suite, sous le regard rond de surprise de l'enfant qu'il laissait derrière lui, regrettant sûrement quelques secondes après, son geste. Elle trouva les chemins des écuries, et elle passa de longues heures à brosser les chevaux, qui aimaient sa présence. Puis, un jour, lorgnant du coin de l'œil la seule stalle qui lui était interdite, elle prit le tabouret de palefrenier qu'elle avait juste avant sous les pieds, et le tirant derrière elle, elle le plaça à côté de la porte close qui lui faisait face. Elle monta dessus et s'immobilisa de suite face au museau humide de l'immense cerf blanc qui la dévisageait, curieux de cette intrusion. Il plongea ses yeux sombres dans ceux de la petite, et il inclina légèrement la tête pour la saluer. Elle vint de suite lui grattouiller le chanfrein ,et lui caresser la tête. L'animal semblait apprécier cela. Elle s'enhardit un peu plus en ouvrant la porte, en chipant au passage les brosses pour l'étrier, puis referma derrière elle. Elle commença alors à le brosser longuement, tout en fredonnant un air que lui avait chanté Legolas une nuit, ainsi qu'Haldir lors d'une de ses visites.
Thranduil était à sa recherche. Comment une si petite chose pouvait à ce point l'incommoder ? Il l'avait cherché dans toute la cité, demandant à ses gardes de l'aider, mais rien. C'est alors qu'une idée lui traversa l'esprit, il prit le chemin extérieur qui menait aux écurie. Il entendit un étrange bruit, comme le pépiement d'un oiseau, mais qui donnait des notes longues qu'il connaissait bien. C'est ce qu'il chantait à son fils quand il était jeune, il y avait … tellement longtemps à présent. Ce souvenir lui froissa le cœur, et il fixa le ciel, se disant que les frimas de l'hiver arrivaient, et qu'ils risquaient de se retrouver coincés dans la neige. Ses pas se figèrent quand il vit le spectacle. Nul n'avait le droit de s'approcher de SA monture ! Et surtout pas cette gamine écervelée qui pourrait se faire piétiner sans difficulté. Il entra en hurlant :
« Que fais-tu donc ici enfant stupide ?! »
Gilthoniel faillit tomber à la renverse, réellement surprise. Elle descendit de suite, terrorisée par l'air farouche que lui offrait le roi. Celui-ci ouvrit brutalement la stalle de son cerf, qui eut un mouvement de recul face au courroux de son propriétaire, qu'il ne s'expliquait pas. La petite recula encore et encore, serrant la brosse à la main de toutes ses forces. Elle se trouva dos au mur, et Thranduil leva la main pour l'abattre violemment. Gilthoniel leva les bras au dessus de son visage, attendant la sentence en serrant les dents. Les yeux fermés, elle fut surprise de ne rien sentir venir. Elle les rouvrit, et elle vit le visage de Thranduil figé de stupeur, alors que son cerf avait arrêté son geste en inclinant la tête, faisant barrage avec ses immenses bois.
« Comment oses-tu ?! » siffla Thranduil la mâchoire serrée.
Le cerf fit un son qui ressembla à un éternuement, et repoussa le bras tendu avec délicatesse. Il fixa calmement le roi de toute sa taille, et Thranduil comprit.
« Alors même toi tu me trahis …. » son chuchotement plein de rancœur toucha la fillette, car la tristesse qui passa une brève seconde sur le visage du souverain, se dévoila à elle.
Elle avança vaillamment, et rangeant le tabouret elle tendit la brosse en Thranduil en signe d'excuse. Le roi la fixa durement, et d'un revers de la main, balaya la brosse tendue.
« Tu ne m'auras pas ! Tu as compris ?! »
Les yeux de la petite se bordèrent de larmes, et avant qu'il ne puisse faire quoi que ce soit, elle se faufila entre lui et la porte et partit en courant.
« Gilthoniel ! » se surprit-il à l'appeler, mais elle était déjà loin.
Elle courut et courut encore, jusqu'à ce que ces petites jambes la mènent dans la forêt. Elle aurait voulu hurler, crier exprimer tout ce qu'elle ressentait, mais tout restait bloqué dans sa gorge de façon brutale. Son regard fou de rage exprimait sa cruelle frustration. Elle attrapa une branche au sol et frappa tout ce qui passait à sa portée. Essoufflée, épuisée, elle se laissa tomber au sol après quelques minutes d'un furieux combat perdu d'avance. Et elle se permit de pleurer au calme, à l'abri des regard. Quand elle revint, bien plus tard, sentant que la nuit allait tomber derrière les épais nuages qui menaçaient, elle n'adressa pas un regard à ceux qui croisèrent sa route.
Elle ne mangea pas ce soir là et Thranduil sut qu'il avait peut-être été trop loin. Il alla vers sa chambre, alors que la lune, haute dans le ciel, montrait le milieu de la nuit. Tout de même un peu inquiet. Il la vit sortir en silence, et il la suivit. Elle passa les portes, se camouflant dans la pénombres, déjouant la vigilance des gardes. Puis elle fila comme le vent dans les écuries, à la consternation du roi, qui se dit que cette gamine effrontée ne comprenait rien à rien. Il n'eut pas besoin de chercher pour savoir où elle s'était réfugiée. Mais alors qu'il allait la gronder sévèrement, dans l'idée de la tirer par le col dans sa chambre si il le fallait, il l'entendit pleurer. Son pas ralentit. Ses pleurs n'étaient pas comme ceux des autres enfants, ce n'est qu'à cet instant qu'il s'en aperçut. Ce n'étaient que des hoquets presque inaudibles, une souffrance quasi muette qui ne pouvait s'exprimer. Thranduil comprit seulement maintenant, que oui, son handicap n'était pas joué, et cela lui pinça le coeur. Les pleurs cessèrent après de longues minutes, où il se retint d'aller la chercher pour la réconforter. Quand le calme fut à nouveaux dans les écuries, il finit par arriver à la porte entrouverte qui fermait normalement la stalle de son cerf. Il trouva Gilthoniel couchée à côté du seigneur de la forêt. Recroquevillée sur son flanc, les mains et le visage à moitié enfoui dans son pelage argenté. Le cerf veillait sur son sommeil, il regarda le roi un bref instant, cherchant une attitude agressive venant de lui. Mais rien. Thranduil était juste figé. Cette image lui en rappela tellement d'autres, des souvenirs enfouis par des années d'épreuves, qui resurgirent comme une lame. Soudain, une lumière aveuglante se fit voir au côté de l'animal, une lumière aussi puissante que la Dame de la Lórien pouvait user. Il regarda, dans un hoquet de stupeur, le spectacle qui se déroula sous ses yeux émerveillés.
« Gilthoniel … Gilthoniel ? » l'appela une voix douce qu'elle connaissait, sans se rappeler où elle l'avait déjà entendu.
Elle marchait dans un endroit clair, c'était une forêt, mais une forêt faite de lumière, d'or et d'argent. Elle avançait lentement, suivant la voix qui semblait la guider. Elle se retrouva devant deux arbres millénaires, l'un rouge et d'or, et l'autre, blanc et d'argent. Galadriel se tenait à leur pied, lui tendant les bras. La petite fille accourut de suite vers elle, et la Dame Blanche la serra doucement contre elle.
Qu'il était bon de sentir cette chaleur, cet amour si universel. Elle ne voulait plus bouger, elle voulait rester là, avec elle. Galadriel lui baisa le front tendrement et lui chuchota :
« Tu es devenue si belle et forte Gilthoniel. Tes parents ont su tenir leur promesse. »
A ces mots, la petite fille se fit triste, et Galadriel comprit.
« Je sais, tu pleures leur perte, mais ne t'inquiète pas pour eux. Elle s'accroupit pour se mettre à sa hauteur, et figeant ses yeux dans les siens, elle fit appel à son pouvoir en continuant. Gilthoniel, je suis désolée de procéder ainsi, mais ils ne nous laissent pas le choix. Ils ont accéléré le processus, et nous ne pouvons attendre. Cela va être très, très douloureux, mais tout ira bien par la suite, quand ta croissance sera terminée, tu sauras où aller. »
La petite fille ne comprit pas, inquiétée par le ton que Galadriel employait. Cette dernière lui prit le bras droit, et plaçant son pouce sur la marque qu'elle lui avait faite, elle dit des mots en elfique avec forte conviction, éveillant des pouvoirs remontant çà l'aube des temps. Elle sentit une vive brûlure au niveau du poignet, qui s'offrir tout son bras, puis son corps entier. Il lui sembla qu'elle allait brûler sur place. Elle tira pour se dégager mais Galadriel la tenait trop fermement. Une lumière aveuglante se fit, oblitérant totalement l'elfe. Prise de panique et de douleurs elle hurla. Et son hurlement accompagna son réveil. Sous les yeux écarquillés du Roi, qui découvrit, une fois la lumière disparue, non plus une fillette, mais une femme.
Elle s'étira légèrement, gémissant à chaque geste. Tout la faisait souffrir, et elle ne comprenait pas pourquoi elle avait autant mal. Elle enfouit son visage un peu plus dans la fourrure tiède de l'animal, qui à cet instant se leva. La laissant seule sur la paille et dans le froid. Elle ouvrit les yeux, et sa vision était floue. Elle se redressa, un peu hébétée, cherchant à taton ses habits, car elle était dans le plus simple appareil, et la froidure de la nuit hivernale la mordait avec avidité. Elle se mit à claquer violemment des dents, tout en essayant de se relever, sans pourtant y arriver. Ses yeux ne voulaient décidément pas faire la lumière sur ce qui l'entourait, et elle eut peur. Elle gémit une nouvelle fois tandis qu'elle faisait un autre geste. Son corps semblait percé d'un millier d'aiguilles, et elle pleura sous la torture. Perdue et désorientée elle essaya de parler pour appeler de l'aide, et un son sortit de sa gorge. Surprise par ce qu'elle venait d'entendre, elle se porta la main à la bouche, choquée. C'est alors qu'elle vit une ombre claire bouger dans son champs de vision, et elle eut pour tout réflexe de s'aplatir au sol en s'écartant de ce qu'elle n'arrivait pas à bien distinguer. Elle sentit quelque chose de doux la recouvrir, et d'incroyablement chaud. Elle se pelotonna dedans par simple réflexe, tandis que les tremblements qui la secouaient, se calmaient peu à peu.
« Viens Gilthoniel, on va s'occuper de toi. »
Elle reconnut la voix de Thranduil et elle voulut s'échapper alors qu'il l'aidait à se relever. Prise de panique, elle ne voulait pas encore se faire disputer pour avoir enfreint l'interdit. Il la serra plus intensément, et elle n'avait pas la force de se défendre, son ascendant sur elle était joué d'avance. Il la redressa doucement, l'aidant à marcher, car ses muscles, ses os, ses tendons, refusaient de se coordonner aux nouvelles données pour son organisme. Ils sortirent en pleine nuit, et la première chose qu'elle vit, fut la lune. Elle fixa la tâche floue dans l'océan noir qui l'entourait, et elle eut une expression magnifique lorsque sa vision se fit plus claire. Thranduil la dévisageait, encore sous le choc de ce qu'il avait vu. Elle tendit le bras devant elle, regarda sa main, puis ses jambes. Le visage du roi aussi près du sien alors qu'elle était debout et lui aussi, la déstabilisait. Ce n'était pas normal. Il la conduisit lentement jusqu'aux appartements de Legolas, là où elle dormait d'habitude, puis il appela des serviteurs pour lui faire couler un bain chaud. Gilthoniel était terrorisée, ça se voyait à ses grands yeux argentés, dont les pupilles étaient totalement dilatées. Alors que les serviteurs s'activaient dans la pièce d'à côté, elle étreignait la cape que le roi lui avait offert comme couverture. La jointure blanchie de ses doigts, prouvait à quel point elle forçait dessus, comme si cette simple chose la ramenait à la réalité. Thranduil était assis sur une chaise, et il la dévisageait sans retenue, la tête emplie de questions. Tout ceci changeait la donne. Car il ne pourrait jamais plus la voir comme une enfant. Ses longs cheveux gris foncé cascadaient le long de son visage et de son corps. Si longs qu'ils touchaient presque le sol. Et ses yeux, ses magnifiques yeux, étaient encore plus saisissant dans ce visage presque parfait. Elle avait les traits fins et délicats d'une elfe, et Thranduil fut troublé par la non appartenance à sa race. De plus, la lumière commune aux Eldars, était encore plus vive chez elle à présent. Que signifiaient ces prodiges ? Il soupçonna Galadriel d'être derrière tout ceci, mais pour quelle raison ?
Gilthoniel le regarda un instant,et fit un geste qui signifiait son incompréhension.
« Oui pour moi aussi c'est inhabituel. Te sens-tu bien ? »
Elle fit mine de se concentrer, et elle hocha la tête en silence, apparemment toujours muette. Même si le son qui était sorti de sa gorge prouvait à Thranduil, que tout ceci serait passager à présent. Il se leva et s'approcha d'elle, encore sous le choc de la transformation il prit une mèche de ses cheveux, et la laissa glisser entre ses doigts. Ils étaient aussi doux que le duvet d'un oiseau. Il vit qu'elle le fixait, interdite, inquiète, et il lâcha ce qu'il avait entre les doigts. Un de ses serviteurs fit son apparition et déclara :
« Le bain est prêt Monseigneur.
- Bien, tu peux disposer. »
L'elfe regarda Gilthoniel un instant, méfiant, et Thranduil répéta :
« J'ai dit, tu peux disposer. » sa voix était un avertissement que l'elfe ne se fit pas répéter .
Il sortit en laissant la porte entrouverte derrière lui. Thranduil n'arrivait pas à détacher son regard de Gilthoniel, et il vit le malaise qu'il installa chez elle. Il se redressa et dit :
« Prends un bon bain, réchauffe-toi, et repose-toi. Je me doute que ce qu'il s'est produit a dû t'épuiser. Quand tu te sentiras prête, rejoins-moi. »
Elle hocha lentement la tête, surprise qu'il fasse si attention à elle d'un seul coup. Il sortit alors sans bruit, refermant doucement la porte au passage.
Il marcha longuement dans la cité, puis sans réel but il regagna son trône. S'asseyant lourdement dessus, il cala sa tête sur le dossier, et regardant le plafond ouvragé dans les racines d'un chêne, il soupira.
« Que me réservez-vous encore Galadriel ? Qui est-elle réellement ? Que va dire Legolas en la voyant ? ... La trouvera-t-il aussi belle ? »
Il déglutit avec effort, puis fermant les paupières il essaya de trouver un peu de repos également.
Elle ne le rejoignit que quelques jours après. Son regard triste s'était porté vers le monde extérieur, et la neige tombait. Elle eut un tressaillement au cœur en pensant à ceux qu'elle considérait comme ses amis. Elle décida donc d'aller voir Thranduil pour essayer de glaner quelques informations. Elle avait passé trois à quatre jour dans un étrange sommeil, entre rêves et réalité. Et pendant ces troubles instants, son esprit avait été assailli par des informations en tous genres. Il s'était éveillé, comme si avec la croissance de son corps, le savoir suivait également. Elle connaissait la géographie de la Terre du Milieu par exemple, ainsi que les peuples qui la parcouraient. Elle en sut l'histoire depuis sa création, de même que les langues qui la composaient. Elle avait eu du mal à se reconnaître, elle mit de longues heures à recouvrer ses moyens physiques, et à accepter ce qu'elle était devenue, bien que l'espièglerie due à son jeune âge, était toujours là, enfoui quelque part. Elle n'avait été que rarement en face de quelqu'un d'autre depuis, et elle se demandait comment se comporter à présent. Elle n'était plus une enfant, mais son expérience de la vie, restreinte au possible, ne pouvait pas laisser croire qu'elle était totalement adulte. Elle s'avança, toute de blanc vêtue, ayant enfilé avec hésitation une des robe qu'on lui avait amené, et quand elle entra Thranduil eut du mal à en croire ses yeux. Déjà, qu'elle lui fasse grâce de sa présence, le surprit, car ce n'était pas gagné malgré les efforts qu'il avait fait. Puis, la vision pleine de majesté qu'il eut, le saisit un instant. Elle apparut comme une étoile en clair obscur. Ses longs cheveux avaient été légèrement coupé, mais il aurait répugné à rétrécir plus leur longueur. Sa silhouette était fine, presque aérienne, et ses yeux, un argenté plus pur encore que le mithril qu'ils extrayaient du sol. Qui pourrait croire en la voyant, qu'une semaine plutôt, elle n'était encore qu'une enfant. Elle s'avança vers lui, et le fixant elle le salua. Un peu raidement certes, mais Thranduil s'en contenta. Il savait plus ou moins pour quelle raison elle se présentait à lui, et il lui dit du haut de son trône :
« Je n'ai pas plus de nouvelles, Gilthoniel. Puissent-ils se hâter avant d'être coincés par la neige. »
Elle porta une main sur sa poitrine en entendant cela, profondément inquiète. Elle attrapa un pan de tissu de sa robe, comme si ce geste allait lui apporter un quelconque réconfort. Puis saluant le roi à nouveau, elle se recula et s'apprêta à partir quand elle l'entendit demander.
« Tu te sauves déjà ? »
Elle tourna la tête vers lui, crédule. Il descendit de son promontoire, et elle ne sut expliquer pour quoi son cœur s'emballa dans sa poitrine. Elle mit ça sur le compte de la crainte qu'il lui inspirait toujours. Il vint à sa hauteur, et pour la première fois depuis qu'elle était ici près de trois mois à présent c'était la première fois qu'elle le vit sourire. Ce qui le transformait littéralement.
« Veux-tu m'accompagner ? »
Elle hocha la tête, et quand il avança elle le suivit. Elle reconnut les couloirs, et son cœur s'emplit de joie quand elle le vit prendre les chemins des écuries. Arrivé avant elle, elle le vit donner des ordres, et il exposa :
« Ces longs jours sans sortir ne sont pas bon. Tu n'as pas encore vu Mirkwood sous son manteau de neige, cela devrait te plaire ! »
Elle fronça les sourcils, ne voyant pas du tout où il voulait en venir, puis elle aperçut deux elfes amener leur monture. Le seigneur avait son cerf, bien naturellement, mais on lui fit grâce d'un cheval gris magnifique. Elle secoua la tête néanmoins de gauche à droite, signifiant qu'elle refusait, vu qu'elle n'avait monté que rarement les chevaux de labours de paysans. Elle était certaine de se rompre le cou sur une telle bête. Il prit les rênes et lui jetant dans les mains, il fit avec un sourire entre l'espiègle et l'arrogant :
« C'est un ordre Gilthoniel ! »
Les joues de la jeune-femme s'empourprèrent de colère à cette phrase, et Thranduil se mit à rire. Ce qui surprit tout le monde alentours. Un elfe lui porta une cape richement brodée avec un col de fourrure blanche, puis il l'aida à monter. Elle s'accrocha vivement à la crinière, par peur de tomber.
« Ne t'inquiète pas, nous allons juste nous promener un peu. »
Elle n'était pas, mais alors pas du tout, rassurée. Thranduil passa devant, et elle le suivit docilement. Deux gardes les accompagnaient à bonne distance. Thranduil était roi, il ne pouvait se permettre de prendre le risque de sortir seul, même si il craignait peu de personnes au combat.
La forêt était magnifique, on n'entendait que discrètement le pas des chevaux, qui sonnaient en des crissements ouatés. L'air était pur et vivifiant, et elle frissonna, car bien évidemment, elle n'était pas assez vêtue pour faire telle escapade. Au bout d'une demi-heure de marche, elle s'aperçut que monter était facile, et qu'elle en comprenait tous les mécanismes. C'est elle qui accéléra le pas en premier, mettant sa monture au petit trot. Puis, l'étrange frénésie que cela lui inspira, la grisa. L'air vivifiant dans ses poumons, les espaces boisés, le ciel au-dessus d'elle, tout lui soufflait la liberté. Sa monture dut sentir une réaction infime de sa part, ou autre chose d'un peu plus indescriptible, et elle partit dans un petit galop, qu'elle accentua au fur et à mesure que Gilthoniel laissait glisser ses rênes entre ses doigts. Elle redressa le visage, ses longs cheveux furent balayés par la brise glaciale, et sentant à nouveau la vie la réanimer après ces jours sombres, elle se mit à rire. Elle entendit au loin les appels de Thranduil, qu'elle ignora superbement. Et si elle partait ? L'idée farfelue lui chatouilla l'esprit. Mais c'était sans compter la rapidité et l'agilité d'un cerf en sous-bois. Il prit un chemin parallèle au sien, et quelques mètres plus haut, il lui barra le passage. Il n'avait pas du tout l'air d'apprécier son comportement.
« Es-tu folle de lâcher bride ainsi ?! Tu pourrais avoir un grave accident !»
Qu'importe les accidents ! Que sont-ils face à cette adrénaline, cette sensation de se sentir en vie. Toute excitée par cette expérience au combien plaisante, elle caressa l'encolure se son cheval essoufflé, et contre toute attente, elle se mit à rire. Un rire clair, plein de vie, qui résonna dans les bois comme pour guider les voyageurs. Thranduil ne sut que dire ou que faire face à sa réaction, il ne put que contempler son visage rayonnant de bonheur en cet instant. Elle le défia du regard, et lançant sa monture à toute allure, elle reprit le chemin de la cité. Quand elle arriva, elle fut à peine surprise de le voir juste derrière elle. Elle descendit souplement de son cheval, et se retournant elle se retrouva face au visage fermé du roi. Elle ne comprenait pas pourquoi un tel courroux émanait de lui. Elle jouait, rien de plus. Sauf que ce qui était si innocent pour elle, revêtait bien d'autres aspects pour des êtres vivants depuis des siècles. Il descendit lui aussi de son cerf, et il la vit s'approcher de lui, avec un timide sourire. Elle voulait le remercier pour cette attention., mais comment le lui dire ? Elle lui prit la main, ce qui fit réagir les gardes de suite. Surprise par ces gestes hostiles, elle la relâcha. Elle ne comprenait pas, et Thranduil le vit. L'innocence qu'il lut en elle le blessa autant qu'elle l'attendrit. Il eut un soupir en caressant sa joue, et d'un seul coup, la tristesse envahit son visage. Il baissa la tête, et prenant le chemin de la cité il murmura :
« Laisse-moi s'il te plaît ».
D'abord fortement vexée par son attitude si changeante, elle ouvrit bientôt de grands yeux face à la vision qui se présenta à elle. Thranduil s'arrêta en l'entendant retraverser le pont dans l'autre sens en courant. Et quelque chose lui fit mal quand il l'entendit crier, débordante de joie :
« HALDIR ! LEGOLAS ! »
Se fut les premiers mots de sa vie qu'elle prononça.
