Chapitre IV
Longs Mois d'Hiver
Ils étaient à peine arrivés que quelque chose les troubla. Tout en descendant de leurs montures, ils virent au loin le roi avec quelqu'un d'autre, qu'ils n'arrivèrent pas à reconnaître. Et ce quelqu'un, courir vers eux en criant leurs noms. Gilthoniel ne fit pas cas de sa taille, de son âge, elle filait comme la brise, transportée par un bonheur sans nom. Et tout aussi naturellement elle se jeta dans les bras d'Haldir, qui pour le coup se raidit fortement. Il ne la prit pas dans ses bras comme à l'accoutumée, ni ne lui parla, elle eut l'impression d'étreindre un rocher. Pire, elle sentit ses mains lui prendre les bras et la détacher de lui sans tendresse. Confuse elle le fixa, interdite, la douleur de se rejet se lisant sur son visage. Haldir fronça les sourcils, et même si il reconnaissait son regard, il resta interdit de longues secondes. Ce fût la voix de Duilwen qui perça le silence, en un mot qui posa tant de question.
« Gilthoniel ? »
La jeune-femme se recula, soudain prise de panique face aux regards interrogateurs de ses amis. Elle hocha vivement la tête, sentant son cœur se soulever peu à peu. Legolas s'avança, et avec un étrange sourire, il questionna :
« Mais … comment tout cela est-il possible ? »
Elle entendit la voix de Thranduil s'élever derrière elle, et dire simplement :
« Heureux de vous revois saints, et saufs. Nous avons à parler. Maintenant. »
Il la gratifia d'un regard bien froid après les instants qu'elle avait vécu avec lui, et la suite lui poignarda le cœur.
« Regagnez vos appartements, nous vous ferons demander plus tard. »
Vous ? Un vous si froid, si détaché, qu'il était aussi violent qu'un coup. Seule Duilwen, en passant à côté lui prit les épaules, et venant l'embrasser elle dit simplement :
« Je suis si heureuse de te voir en pleine forme »
Puis elle suivit son roi et les autres dans le cœur de la cité. Seul Gimli lui accorda un regard en arrière, et il lui sourit chaleureusement. Adulte ou petite fille, qu'importait pour lui. Gilthoniel vit deux gardes venir la chercher, et ce n'est pas les appartements de Legolas qu'elle aperçut au fond du couloir. On lui ouvrit la porte, et elle se trouva dans une pièce un peu moins fastueuse, mais tout aussi belle, qui était à présent, sa chambre. Quand la porte se referma, avec un claquement aussi glacial que le froid qui lui emplissait le cœur, elle se dirigea vers son lit et resta de longues minutes sans bouger. Réfléchissant à la situation. La réaction des autres l'avait déstabilisé, et elle ne savait que faire à présent. Après ces jours et jours d'attente, elle semblait n'être guère plus qu'une étrangère à leurs yeux.
Ils mangeaient paisiblement à une table emplie de mets succulents. Ils n'étaient pas dans la grande salle de réception, mais dans une plus petite, qui donnait une atmosphère plus intimiste et chaleureuse. Thranduil restait silencieux, son esprit était absorbé par trop de questionnements. Quoi qu'il fasse, Gilthoniel demeurait dans ses pensées. Depuis sa « naissance » auprès du cerf, jusqu'à cette folle chevauchée, tout faisait remonter en lui des choses oubliées depuis longtemps. Elle semblait être le témoin de tout ce qu'il avait pu laisser filer dans son éternité. Legolas vit l'air taciturne de son père, et il osa demander :
« Quelques inquiétudes Père ? »
Thranduil arqua un sourcil comme si de rien n'était, puis il s'avisa de jouer plus finement.
« Le cas de Gilthoniel me pose tout un tas de questionnements stériles. »
Tous le fixèrent un instant, délaissant par la même leurs assiettes et leur verres. Haldir eut une drôle d'expression et avec un faible rire, il avoua :
« Je crois qu'il nous en pose à tous ! »
Il s'en voulait à présent d'avoir été aussi froid, avec le recul, il se dit qu'il avait du lui faire du mal sans le vouloir. Mais comment aurait-il pu agir autrement, alors qu'une inconnue se jetait sur lui éhontément ? Il eut un sourire mystérieux quand il se dit « Et quelle inconnue ! ». D'une beauté rare, qui avait ravi sa parole quelques instant. Il regarda Legolas qui semblait absorbé lui aussi dans ses pensées et Haldir se douta qu'il avait dû en arriver aux mêmes conclusions que lui. Duilwen observait la tablée, un sourire d'amusement non feint dessiné sur ses lèvres parfaites. Gimli cassa l'ambiance en déclarant assez abruptement :
« Cela tombe bien chez roi, car nous en avons tout autant à votre encontre, des questions ! »
Tous retinrent leur respiration face à cette attaque à peine dissimulée.
« Attention à vos manières, maître nains, ou vous pourriez passer une nuit loin d'un lit confortable cette nuit.
- Alors ce ne sera ni la première, ni la dernière ! J'aimerai savoir si vous connaissez ceci ! »
Thranduil le vit attraper quelque chose à ses pieds, et ce ne fût qu'en cet instant qu'il y fit attention. Gimli prit un paquet de linges crasseux, puis enlevant ce qu'il transportait de son couvert de toile, il le jeta avec force sur la table. Quelques assiettes tombèrent à la renverse, ainsi que des verres, tandis que quelques nourritures se trouvaient écrasées par le morceau de fer qui gisait à présent sur elles. Thranduil se leva d'un bond, puis il recula de deux pas en voyant ce qui trônait si brutalement devant lui, et sur son visage tous purent y lire l'effroi.
« Où .. où avez-vous trouvé ceci ? »
Legolas n'avait jamais vu son père ainsi. Il se leva et pointant le torse en plaque avec les armoiries étranges dessus, il expliqua :
« A Ered Engrin ! Le dragon a attaqué la mine, tué les habitants. Nous avons surpris des gobelins qui fouillaient les ruines. Et ils portaient ceci. Se fut un véritable massacre. Nous avons pris du retard pour enterrer dignement les morts.
- Et risquer, de ce fait, de te faire piéger par la neige et l'hiver … reprocha Thranduil
- Il y a plus que la bravoure comme vertu pour un souverain ….. Seigneur ! » Lâcha alors Legolas sans détour, en appuyant bien le titre honorifique dont il usa pour s'adresser à son père. Un courant glacial envahit la pièce, et le prince continua :
« Vu votre réaction, j'estime que vous savez des choses. Gimli nous a parlé d'une vieille légende, et je pense que vous devez la connaître. »
Thranduil se passa une main machinalement au visage, et il se figea. Les horreurs d'anciens combats revinrent le hanter. Au souvenir des cicatrices que Gilthoniel avait effacé, il fut perdu un instant. Presque fébrilement, il dit en s'éloignant :
« C'est une histoire ancienne, dont je ne veut parler maintenant. Nous en discuterons demain. »
Puis il disparut. Il fallait qu'il prenne l'air, qu'il respire, qu'il chasse ces démons au plus vite. Une fois dehors il se retrouva dans les écuries, où la neige recouvrait tout peu à peu. Il frissonna, ce qui était rare pour un elfe. Et attrapant le parapet de bois tressé qui surplombait le vide, sur le flanc de sa cité souterraine, il se laissa aller à ses doutes et ses peines. Il croisa ses bras et posa son front dessus, son visage touchant la neige quelques instants. Anesthésiant quelque peu ce qui le rongeait. C'est là qu'il l'entendit, le doux murmure, le fredonnement si connu. Il porta ses yeux sur les écuries, et au fond du couloir à peine éclairé, elle était là, dans sa robe de neige, flattant le cerf en douceur. Il se figea, et dans un geste presque brusque il détourna les yeux et rejoignit ses appartements royaux.
…...
Elle entendit un léger grattement à la porte, ce qui la força à abandonner la brosse qu'elle tenait. Le soleil se levait à peine, mais elle dormait peu. Ses rêves et nuits étaient des moments pas des plus agréables, vu qu'elle avait l'impression d'apprendre plus pendant ses périodes, que dans la journée, quand sa partie consciente était active. Elle ouvrit et se trouva face à Duilwen qui lui décocha un sourire merveilleux. Ses yeux verts animés par un étrange feu. Gilthoniel ouvrit alors et la laissa entrer. Elle fut déçue de trouver la femme elfe devant sa porte, elle aurait préféré voir Haldir, Legolas, ou même Gimli. Duilwen regarda les lieux d'un air satisfait et lança :
« Ils ont bien choisi. J'aurai été me plaindre si la chambre que l'on t'a accordé était médiocre. »
Gilthoniel referma la porte. Elle étudia les vêtements de Duilwen, elle portait ses bottes de cuirs, ses pantalons et pourpoint en cuir, dans les tons marrons et vert. Seule sa cape faisait défaut à sa panoplie ce matin. Comme toutes les femmes de sa race, elle était belle, et rayonnante, même si elle était loin d'avoir la réserve commune aux dames elfiques. Gilthoniel aurait aimé avoir les même vêtements. Elle montra une chaise à Duilwen pour qu'elle s'assoie. L'elfe la regarda avec de grands yeux ronds, puis sans forme, elle sortit :
« Je croyais que tu savais parler à présent ! »
Gilthoniel grimaça sous cette attaque matinale, puis, faisant d'énormes efforts, elle réussit à articuler :
« Prends … place …. je t'en prie ... »
Elle ne savait pas pourquoi, l'action de parler lui demeurait difficile. Elle avait juste réussi à crier si naturellement la veille, parce que l'élan qui l'avait possédé n'avait trouvé que ce passage pour s'exprimer. Duilwen resta debout, avec un air vainqueur affiché sur le visage, ce qui vexa la jeune-femme, voyant son petit manège.
« Je ne reste pas, je viens juste t'expliquer deux trois choses. Elle s'approcha d'elle, et la détaillant des pieds à la tête, elle eut un sourire magnifique. Je comprends pourquoi ces messieurs sont si perturbés. »
Gilthoniel resserra la robe d'intérieur qu'elle portait, voulant se camoufler au mieux. Duilwen eut un petit rire, et s'éloignant elle lui fit face et déclara :
« Tu auras beau faire ce que tu veux, même te cacher, tu ne changeras pas les faits ! Tu es juste magnifique ! Et tu es adulte … c'est là où je voulais en venir. Vu que je ne vois pas Legolas, ou ce cher prince de la Lórien te dire ceci, je viens le faire. Les relations que tu as eu avec eux sont à oublier. Tu ne pourras plus les partager, ni même en être aussi proches ! »
Voyant l'air mortifié de Gilthoniel, elle eut un éclat de malice dans le regard. Revenant à sa hauteur elle lui dit d'une voix chaleureuse :
« Les choses changent en grandissant. Il y a une foule de protocoles à respecter, et des gestes qui deviennent tabous. Tu t'en apercevras, car ils réagiront tout naturellement face à cela. Tu as vu la réaction d'Haldir hier non ? Et bien en voilà un exemple. Je ne peux pas tout t'expliquer, il y a des choses que tu découvriras toi-même. Certaines sont agréables, d'autres beaucoup moins. Je veux juste te mettre en garde le cœur des elfes est différent des hommes. Même si l'on ne peut te considérait comme une fille d'Homme non plus. Quoi qu'il en soit, ce cœur est là le seul danger que tu peux rencontrer. Sois sur tes gardes, je ne voudrais pas que tu souffres inutilement. »
Duilwen vint vers elle, à quelques centimètres, et venant l'embrasser sur les lèvres de façon calculée, saisissant la jeune-femme de surprise, elle lui sourit et continua :
« Tu vois, ça par exemple, sera une des première chose auxquelles tu devras te méfier ! Sache que cela n'est jamais donné gratuitement. Sauf à présent bien naturellement. Tiens-toi prête, il y aura conseil toute à l'heure ! Je viendrai te chercher. »
Duilwen sortit alors, comme la tornade qu'elle savait être, et Gilthoniel émit un bruit pour la retenir. L'elfe se retourna, et vit Gilthoniel s'approcher en articulant difficilement :
« Est-ce ça …. devenir adulte ? …... Se séparer des gens .. que l'on aime … ?
- Oui. Répondit Duilwen alors sombrement changeant totalement de comportement. Tu comprendras, avec le temps, qu'il n'y a rien de pire que les relations entre adultes.
- Alors …. je n'aime pas. .. cela ... » fit Gilthoniel l'air triste.
Duilwen afficha pour le coup, un pâle sourire, et jouant son rôle jusqu'au bout, elle répondit :
« Tu n'auras pas le choix …. Gilthoniel …. »
Dire que ça lui faisait mal d'agir ainsi, fut peu dire. Elle la laissa refermer la porte, et avança dans les couloirs. L'ombre de Thranduil se découpas dans l'un d'eux, et sa voix s'éleva, trop douce au goût de l'elfe.
« Alors ? Cela c'est-il bien passé ?
- J'ai fait selon vos ordres mon Roi. Répondit Duilwen en s'inclinant.
- Parfait. » ce fut le seul mot qu'il formula avant de disparaître.
Duilwen se mordit la lèvre inférieure. Elle s'empêcha d'aller vers lui et de lui dire tout ce qu'elle pensait de ses agissements, mais comme toujours, elle se garda le silence.
« Une gifle en plein visage aurait été plus facile à donner »se dit-elle en pensant à ce qu'elle venait de faire.
Puis inspirant un bon coup, elle prit conscience que même avec les machinations étranges de Thranduil, si les choses devaient se faire elles se feraient. Quelles qu'elles soient.
Elle revenait lentement des écuries. Tout comme la bibliothèque pouvait l'être, cet endroit était devenu un refuge. Elle avait salué le cerf, mais aussi la monture d'Haldir qu'elle connaissait bien. Avec un sourire angélique elle regarda les flocons danser dans les airs. Tournoyant comme des danseuses ivres. Elle approcha du précipice qui bordait le chemin des écuries, et regardant par-dessus le parapet, ses longs cheveux furent balayer par les courants ascendants. Elle se hâta de les coincer entre ses doigts, car elle ne voulait pas devoir les peigner à nouveau. Puis ayant regardé quelques secondes les étendues de neige à perte de vues, elle délaissa le paysage et se tourna vers l'espèce de grotte qui enfermait le couloir pour entrer dans la cité. Là ses pas se figèrent d'étonnement. Haldir était là, et il l'observait en silence.
La neige offrait un diadème à sa chevelure cendrée, et ses yeux clairs le dévisageaient dans une moue stupéfaite, qui le fit sourire. Gilthoniel se sentit comme prise au piège. Les recommandations de Duilwen le matin-même la tourmentaient. Elle voulait tellement lui montrer sa joie, mais elle savait qu'à présent elle ne pouvait plus le faire comme avant. Alors comment procéder, vu qu'elle ne connaissait que cette façon de s'exprimer ? Il s'approcha d'elle lentement et presque dans un murmure il prononça :
« Bonjour Gilthoniel. Tu ne devrais pas rester sous la neige ainsi, tu vas attraper mal. »
Elle regarda le ciel blanc et les flocons qui maculaient sa cape, puis elle haussa les épaules sans un mot. Elle avança juste pour se mettre à l'abri, ce qui la conduisit jusqu'aux côtés du Galadhrim. Tout comme lui avait dit l'elfe, il n'eut pas de geste à son encontre, fracturant bel et bien les habitudes qu'ils avaient pu avoir l'un envers l'autre. Elle baissa la tête et regarda le sol, essayant de contenir la tristesse qui la minait. Puis il continua sur le même ton, presque intime :
« Je suis désolée pour hier Gilthoniel. Je pense t'avoir fait du mal, et ce n'était pas mon intention. »
Elle riva son attention à nouveau sur lui, et il se sentit un instant fébrile face à ses iris vif-argent. Il ne put freiner la main qui arriva jusqu'au visage de la jeune femme pour lui caresser la joue. Perdu dans ses pensées. Elle ferma les yeux à ce contact, mais elle ne dit rien. Comme il l'avait entendu parler la veille, il pensa à tort qu'elle ne voulait ne pas avoir de discussion avec lui, vu le silence qu'elle lui donnait. Alors il referma ses doigt dans un poing impuissant, et il la salua sans un mot, prêt à partir. Gilthoniel paniqua, comprenant la vile confusion, et sans réfléchir elle lui attrapa le bras fermement. Il se tourna vers elle, perdu, puis il la vit faire des efforts pour lui dire simplement :
« Merci … excuse .. acceptée. »
Il comprit de suite la situation. Lui prenant la main, il vint y déposer un baiser tendre, puis dans un sourire il fit :
« Je suis désolé pour tout ceci. Tant de choses bouleversantes te concernant nous assaillent. Et malgré notre longue existence, nos expériences, rien n'aurait pu nous préparer à cela. Tu es devenue si belle ... »
Elle s'empourpra à ces mots, et Haldir comprit que ses dernières paroles n'étaient pas que dans ses pensées. Il la lâcha de suite, et réellement gêné il essaya de se rattraper, et de façon for peu habile :
« Je pense que la neige va perdurer cet hiver ».
Gilthoniel le dévisagea, puis, réellement amusée par son changement de ton et de conversation, elle se mit à rire. Et Haldir ne pourrait lui dire à quel point il la trouvait plus belle encore dans ce moment-là. Duilwen apparut sur cet entre-fait, et sans douceur elle déclara :
« Le roi vous attend. Le conseil peut se tenir, hâtez-vous ! »
Haldir hocha la tête avec raideur, quant à Gilthoniel, elle lui offrit un charmant sourire, ce qui inquiéta fortement la rôdeuse.
Ils arrivèrent dans la salle, où Gimli, Legolas et Thranduil les attendaient patiemment, assis à une table où une grand carte était déroulée. Gimli et Legolas se levèrent à leur entrée pour les saluer courtoisement. Et faisant fi des protocoles Gilthoniel vint vers Gimli, lui déposa un rapide baiser sur la joue, et elle fit de même avec Legolas, qui se figea et rosit même légèrement. Puis ils reprirent leur place. Elle fit une révérence plus que bien exécutée au roi, qui ne fut pas dupe, et vit tout de suite son acte effronté. Puis elle le transperça d'un seul de ses regards avec un superbe sourire, et il serra le poing sur son accoudoir. Elle commençait à comprendre les pouvoirs inhérents à sa taille d'adulte, et vu sous cet angle, c'était bien plus amusant. Elle s'installa en bout de table, aux côtés d'Haldir. Legolas et ce dernier étaient face à face, Gimli et elle l'étaient tout autant. Duilwen sourit face à tout ceci, et elle vint se placer à côté de la chaise magnifiquement ouvragée où était installé Thranduil. Légèrement en recul. Cette place qu'elle avait toujours connu, dans l'ombre de son roi.
« Bien. Commença Thranduil. Suite à l'incident d'hier je suis ouvert à vos questionnements. Et le premier il me semble, est, est-ce que je connais les armoiries que vous m'avez apporté ? »
Il se raidit dans son siège, et serrant les poings sous l'effort que cela lui demandait il expliqua :
« Oui je les ai déjà vu. Mais cela remonte à des siècles et des siècles. Si loin à présent, que je préférerai ne pas me rappeler de ces jours. Il porta instinctivement la main à sa joue. Je pense que Gimli a dû vous en parler, donc inutile que je vous fasse l'histoire en général. Je vous dirai juste ceci, les stigmates de cette guerre, je les ai porté durant de longues, si longues décennies, que je ne retournerai pas dans le Nord. J'ai combattu auprès des nains, si sauvagement, si âprement, que les miens et moi-même avons dû avoir autant de perte qu'eux ! Mais ça, personne ne s'en soucie. Nous avons combattu les dragons et les monstres de glace ! Repoussé l'envahisseur, jusqu'à ce que ruine s'en suive. Si vous me dites que ce tyran est revenu, je ne peux vous croire. Comment pourrait-il être en vie après TOUT ce temps !
- Je ne le sais Seigneur, mais nous savons ce que nous avons vu. Et les miens ont été massacré à Ered Engrin ! Lança Gimli affecté par cette histoire.
- Ce tyran, avait-il des liens avec les dragons ? Demanda Legolas
- Bien évidemment ! Ces bêtes pullulaient avant. Nous en avons tué une bonne partie. Mais la vermine revient toujours ! » disant cela il lança un regard au nain sans détour, ce qui heurta l'assemblée.
Legolas allait intervenir, mais Gimli lui posa une main sage sur l'avant-bras.
« Il faut aller plus au Nord, Père. Nous devons voir ce qu'il y a là-bas être certains …
- Certains de quoi ? De notre impuissance ? Thranduil eut un rictus. Nous n'avons pas une armée suffisante pour combattre un dragon Legolas, réfléchis !
- Mais nous avons des hommes à la Lórien. Intervint Haldir. Si vous marchez contre ce monstre, nous vous accompagnerons. »
Thranduil eut un sourire tiré, mais il répondit sans même réfléchir à la proposition :
« Toute tentative sera vaine, ne le comprenez-vous pas Seigneur Haldir !
- Alors demandons aux Hommes … finit par suggérer celui-ci.
- Le Roi Elessar a d'autres choses à faire que de s'occuper d'un dragon.
- Pas si le roi Dáin II, ainsi que vous-même, demandez de l'aide. Roi Thranduil. Exposa Gimli logiquement.
- Et ainsi envoyer à la boucherie mon peuple pour sauver le vôtre, maître nain ?
- Nous avons tous payé notre tribu à la guerre Thranduil ! » Trancha alors Haldir affirmant ainsi sa présence.
Gilthoniel les écoutait parler, et elle regarda la carte lentement. Vu la saison, et les monts à franchir, une action militaire, quelle qu'elle soit, était menée à l'échec. Elle profita de l'accalmie pour dire péniblement :
« Trop … tôt... »
Thranduil ouvrit de grands yeux devant son intervention. Et tous semblaient saisis à chaque fois qu'une chose sortait de sa bouche. Il se renfrogna, et soupirant il déclara de façon mauvaise :
« Une femme à la table de commandement, c'est une première ! Combien de guerre avez-vous mené au cours de votre courte existence Gilthoniel ? Êtes-vous douée d'une quelconque maîtrise en ce domaine … ou d'un autre d'ailleurs ? »
La jeune-femme devint rouge de colère, et serrant les dents, sachant pertinemment qu'elle n'avait pas encore l'élocution parfaite pour lui répondre, elle ne dit rien et détourna le regard.
« Au fait, Gilthoniel. Pourriez-vous nous dire pour quelle raison exactement vous êtes toujours en vie ? »
Elle le fixa, horrifiée par cette question, tant elle comprit le sous-entendu. Elle se leva d'un bond, en cherchant quelque chose du regard. Elle vit la plume et l'encrier posés sur la table, elle s'en saisit, et lui lança dessus sans avertissement. L'encre alla s'écraser sur les riches habits du roi dont le sang ne fit qu'un tour.
« Duilwen ! » lança-t-il vivement.
L'elfe réagit de suite, et prenant les devants avant qu'il n'appelle les gardes, elle l'attrapa par le poignet et la tira avec force à sa suite. Elle la mena à sa chambre et lui ordonna :
« Je te conseille de rester là jusqu'à nouvel ordre ! Fais-toi oublier ! »
Gilthoniel ne répondit rien, elle garda la tête haute, et même si son envie de hurler rongeait son larynx, elle ne laissa rien filer.
Thranduil avait filé pour se changer, il était dans une rage monstre. Gimli craignit pour la sécurité de Gilthoniel, et il resta perplexe face aux visages amusés de Legolas et Haldir.
« Ne craignez-vous donc pas que Thranduil s'en prenne à elle ? »
Legolas regarda Gimli, et avec un air très espiègle il lui confia :
« Si il avait dû le faire, il l'aurait déjà fait. Quand elle n'était encore qu'une enfant. A présent il est totalement impuissant face aux événements qui se déroulent. Et c'est cela qui le met le plus en colère. Bien plus encore que le caractère de notre Gilthoniel.
- Et puis Gimli, que nous soyons Elfe, Nain ou Homme. La beauté nous atteint toujours, d'une façon ou d'une autre ... » renchérit Haldir avec un sourire amusé sur les lèvres.
Gimli se racla la gorge, se rappelant son expérience avec la Dame de la Lórien, puis il fit :
« Ho, je vois ».
Haldir et Legolas n'étaient pas dupes, ils avaient bien vu que Thranduil avait été touché d'une étrange manière depuis que la petite fille était entrée dans leur vie. Là qu'elle était adulte, c'était encore plus flagrant, et compliqué. Et ils ne savaient pas pourquoi, ils se doutaient qu'à présent, elle n'avait plus vraiment à craindre le Seigneur de la Forêt Noire. Quand il revint, il ne s'expliqua pas l'atmosphère un peu légère qui planait dans la pièce. Ayant recouvré sa dignité il reprit, essayant de chasser l'affront de sa pensée. Il mettrait tout cela au clair plus tard. Pour l'instant il se pencha sur la carte et fit :
« Nous attendrons le printemps . Vous partirez vers le Nord, déjà pour voir les nouvelles. Ensuite, vous essaierez de poursuivre jusqu'au désert glacé, et de trouver cette forteresse, ensuite nous aviserons. Faire un mouvement de troupe est trop tôt. Et à bien y réfléchir, vous avez tous raison. Donc il faut trouver un compromis. Je vais envoyer un message au roi Elessar. Au moins pour l'avertir de ce qui se passe.
- Et Gilthoniel? Demanda Legolas.
- Quoi Gilthoniel ?! Répondit Thranduil qui s'irrita à l'évocation de ce prénom.
- Je crois, père, qu'il faudra, tôt ou tard, faire la lumière sur son histoire. Je ne pense pas qu'une simple bénédiction, soit-elle de dame Galadriel, puisse accomplir tels miracles. » exposa Legolas soudain plus sombre.
Thranduil se rassit lourdement dans son fauteuil, puis tout aussi sombre que son héritier il énonça :
« Je pense héla... qu'elle soit la seule à pouvoir nous donner des réponses. Et actuellement, elle ne peut le faire. »
Ils se quittèrent, conscients qu'ils allaient devoir cohabiter pendant encore de longues, très longues semaines, et cela les terrifia plus que l'éventualité d'aller combattre un dragon. Haldir fut convié à ses appartements, qui étaient non loin de ceux de Legolas, ce dont il se félicita. On lui offrit une suite digne de son rang, et c'est avec plaisir qu'il s'installa, heureux de pouvoir retrouver un peu de confort. Quant à Thranduil il fila à la chambre de Gilthoniel et c'est de façon peu aimable qu'il cogna à la porte. Elle trembla en sachant qui pouvait bien s'énerver contre la surface close ainsi. Elle prit son courage à deux mains, et en retenant son souffle, elle lui ouvrit. Il fut surpris de son geste, presque persuadé qu'elle allait l'ignorer. Apparemment elle connaissait la bravoure, ce qui au final, ne l'étonna guère. Il entra d'un pas rageur et claqua presque la porte derrière lui. Elle le suivit du regard, un peu apeurée par son comportement, et son dos prit appui sur le bois derrière elle. Thranduil la fixa, et malgré tout le courroux qui le rongeait il resta quelques secondes silencieux face à elle. Par les Valars ! Que cette fébrilité, cette impuissance que sa beauté lui assénait, étaient insupportables ! Luttant contre ce qu'il considérait comme une véritable faiblesse, il vint juste en face d'elle, et il la vit s'écraser spontanément contre la porte, essayant de reculer le plus possible. Il plaqua ses deux mains de chaque côté et il siffla d'une voix sèche :
« Personne ne me défie en mon royaume ! Comprends-tu cela ?! Si ma façon de te traiter ne te convient pas, tu peux toujours partir ! Avec l'hiver comme seul compagnon ! »
Elle dévia son regard du sien, et des larmes vinrent tapisser ses cils noirs. De la voir ainsi souleva quelque chose en lui, quelque chose de douloureux. Il serra le poing droit, et s'apercevant que la respiration de la jeune-femme était anarchique tant elle avait peur, le figea. Il baissa la tête quelques secondes, résigné. Sa main droite passa sous le menton de Gilthoniel, et la forçant à le regarder, il avoua presque dans un murmure :
« Si tu savais quels tourments tu éveilles en moi. Ces fantômes qui resurgissent, ses cicatrices qui s'ouvrent à nouveau. Tu es un poison …. »
Elle déglutit avec effort face à cet aveu, et une larme roula sur sa joue, comprenant la situation. Elle ne voulait faire souffrir personne, jamais elle ne le voudrait.
« Un poison si délectable … » finit-il par continuer.
Ce qui coupa la respiration de la jeune-femme aux cheveux de cendres. Elle plongea son regard dans le gris-bleu du roi, et il eut une étrange grimace, comme souffrant d'un mal qu'elle ne comprenait pas.
« Tu as effacé mes plus terribles stigmates, pour ouvrir des plaies plus grandes encore… pourquoi … pourquoi Gilthoniel ? Si tu savais ce que je …. » mais il ne termina pas sa phrase.
Comprenant plus que clairement les mots qu'il étrangla sous son esprit inflexible, elle articula faiblement :
« Alors … pourquoi … me faire autant … de mal ? »
Thranduil sentit son cœur s'ouvrir en deux face à cette question. Il se redressa, rompant tout contact avec elle. Puis sans un mot, il quitta les lieux. La laissant seule, bouleversée, perdue entre ses instincts d'enfants, et ceux de son côté adulte, qui se battaient âprement en elle. Déchirant sa raison. Il lui fallut près d'une heure pour s'en remettre.
Gilthoniel ouvrit sa porte lentement, et elle se mit en quête de Duilwen. Quand elle la trouva enfin, faisant une ronde dans la cité, elle capta son attention, et avant que l'elfe lui dise quoi que ce soit, elle pointa ses vêtements du doigt et déclara :
« Les mêmes … je veux les mêmes ….
- Je ne suis pas certaine que le seigneur Thranduil soit ravi de cela Gilthoniel, surtout après ce que tu as fait. »
Devant l'attitude fermée de la jeune-femme Duilwen soupira, et lui indiquant de la suivre, elle lui offrit ce qu'elle souhaitait. Une fois vêtue Duilwen lui brossa les cheveux, et lui fit quelques tresses caractéristiques de leur peuple. Quand elle vit la jeune-femme une fois prête, elle ne trouva pas ses mots. Même ainsi, elle était magnifique. Pire même, car cet ensemble faisait exploser son côté revêche. Gilthoniel pointa l'arc de Duilwen et fit :
« Apprends-moi ! »
Duilwen resta interdite. Elle réfléchit un court instant, mais la détermination qu'elle lut dans son regard, en disait long. Quoi qu'elle fasse, elle ne gagnerait pas. Elle soupira longuement, puis avec un petit sourire elle déclara :
« Soit, mais si tu dois apprendre, ce sera des meilleurs que je connaisse ! »
Alors elle la conduisit devant les appartements de Legolas, et frappant à la porte, elles attendirent que l'elfe leur ouvre. Ce qu'il fit quelques secondes après. Il resta confondu devant l'apparition que Gilthoniel lui offrait, et il se raidit quand elle lui sauta au cou. Elle en avait assez de devoir freiner le bonheur qu'elle avait de les revoir. Legolas sourit, bien plus habitué aux hommes que les siens, il referma doucement les siens, Et il la sentit frémir contre lui. Ce qui le troubla quelque peu. Elle s'écarta de lui, lui offrant un sourire magnifique d'insouciance, puis entrant elle alla vers Gimli et fit de même avec lui. Legolas entendit les protestations bourrues du nain, entrecoupées de petits rires gênés. Il regarda Duilwen et demanda :
« Que se passe-t-il ? »
Duilwen lui montra l'arc et fit très directement :
« Cette demoiselle veut apprendre. Et je ne vois que toi pour lui instruire correctement cet art. »
Puis elle partit sans un mot de plus. Laissant un Legolas des plus surpris sur le seuil de ses appartements.
C'est ainsi que débuta son apprentissage aux combats. Bien évidemment il lui fallut bien des jours et des semaines pour arriver à faire quelques gestes avec une technique parfaite, mais elle était une élève assidue. Le tir à l'arc lui plaisait, car elle adorait mettre sa vue et sa concentration à l'épreuve. Et il lui fallait tout le courage du monde pour ne pas abandonner quand elle voyait Haldir, Duilwen, et Legolas se mesurer en franche camaraderie. Ils arrivaient à des prodiges, et avec une telle facilité, que parfois ça la dégoûtait presque. Une fois elle avait regardé son arc longuement, et Haldir était venu vers elle en lui disant :
« Ne t'inquiète pas, tu t'en sors bien. Ne demandes pas de savoir ce que nous avons mis des siècles à maîtriser. »
Elle avait fait une mine pitoyable à cette annonce, puis n'avait pas répondu. D'ailleurs, elle répondait rarement. Ils avaient dû se faire à ses silences, car malgré le temps qui passait inexorablement, la parole lui était un don pénible à fournir. Son corps évoluait peu à peu, et chaque jour, des douleurs sourdes témoignaient encore de sa croissance. Elle avait pris en force, en agilité, en endurance, et paraissait moins frêle que lorsque Thanduil l'avait trouvé auprès de son cerf.
Une nuit, un songe étrange vint envahir son esprit. Elle se promenait dans un lieu désertique, où le sable orange baignait tout. Au loin elle vit des montagnes s'élever telles des gardiennes millénaires, et le soleil brillait haut, dans un ciel saupoudré d'un nuage de poussière ocre. C'est là qu'elle l'entendit. Le souffle fort derrière sa nuque était presque brûlant, elle se retourna et se retrouva devant des yeux dorés qu'elle avait déjà vu. Le dragon était là, et il semblait aussi surpris qu'elle de la trouver en ces lieux. L'animal avait grandit également, et son immense stature la faisait se découvrir bien minuscule à côté de lui.
« Je te connais ... » fit la voix grave du dragon.
Gilthoniel le contemplait, muette, mais elle n'avait pas peur.
« Je t'ai déjà rencontré il y a quelques temps, mais tu n'étais alors qu'une enfant... quel est ton nom dis-moi ?
- Pourquoi vous le dirai-je ? Répondit-elle facilement, à son plus grand étonnement.
- Je vois que tu sais parler maintenant.
- Ici oui.
- Ici nous sommes dans le domaine des rêves, tout est possible. D'ailleurs la parole n'est d'aucune utilité. Mais passons …. . Il plongea son regard d'ambre dans l'argent de son interlocutrice, puis faisant une étrange grimace il continua. J'ai l'impression de te connaître, cela me déplaît.
- Je n'ai pas dit que je trouvais cela confortable non plus. Répondit-elle aussi sombrement.
- Pourquoi ? Pourquoi dis-moi je n'ai pas réussi te manger ? » Fit-il alors en redressant ses épines dorsales dans un geste furieux.
Elle se recula d'un pas, et alors qu'il allait fondre sur elle, elle disparut de son champs de vision. Il hurla de frustration avant de s'éveiller dans le froid de son antre. Réellement troublé.
L'esprit de Gilthoniel fusa comme une étoile, et elle se retrouva face à une situation qu'elle eut du mal à comprendre au début. On la serrait, tendrement, voluptueusement même. Une voix douce murmurait des choses en elfique qu'elle eut du mal à comprendre. Tout son corps ressentait un plaisir qui lui était inconnu. Elle se laissa submerger par ce bonheur qu'elle ressentait, succombant petit à petit à l'éveil de ses sens. Elle sut qu'en cette nuit, on lui avait appris, l'amour. Elle s'éveilla, mal à l'aise d'avoir ressenti telles sensations. Troublée jusqu'au plus profond de son être. Quelque chose venait de changer en elle.
Quand elle se leva le lendemain matin, elle avait l'air plus torturée que d'habitude, son corps et son coeur tiraillés par des pulsions qu'elle avait du mal à contrôler. C'était for désagréable. Elle comprit peut-être seulement les paroles de Duilwen, et sa mise en garde. Un instant elle se demanda comment les autres pouvaient gérer autant d'informations, et passer outre. Etait-ce cela la différence dont lui avait parlé l'elfe, sur le cœur de ceux de sa race ? Quoi qu'il en soit, il neigeait dehors, et malgré cela, l'envie de sortir se faisait plus pressante que jamais. Elle vit Gimli qui la salua chaleureusement, mais le nain perçut son trouble quand elle lui répondit à peine. Elle d'habitude si ouverte et enthousiaste. Pire, il la vit filer dans les couloirs pour prendre les chemins des écuries. Inquiet vu qu'il se doutait de ce qu'elle allait entreprendre, il alla chercher son ami. Elle sella le cheval gris que Thranduil lui avait prêté, il s'appelait Lithion, du à sa couleur de robe qui s'apparentait à sa couleur de cheveux. Elle soupçonna Thranduil de l'avoir fait exprès. L'animal resta docile et se laissa mener sans résistance. Les gardes la laissèrent sortir, curieux de la voir seule néanmoins. Une fois au-dehors, elle inspira l'air glacial, et tout en elle exultait l'envie de liberté. Elle ne prit même pas la peine de partir au trot, elle lança de suite son cheval au galop sur les sentiers enneigés. Elle connaissait la forêt, ou du moins les alentours de la cité à présent. Elle s'arrêta, les joues rouges, essoufflée au bord d'une rive glacée. Elle mena son cheval sur les hauteurs, et une fois en haut, elle descendit pour se positionner juste au sommet d'une colline, où les arbres étaient moins nombreux. Dégageant la vue vers le lointain. Une envie soudaine de partir la prit, elle aurait voulu s'envoler au loin et filer comme le vent. La tension qu'elle ressentait dans sa poitrine lui faisait mal, et elle ne savait comment la faire disparaître. Alors elle ouvrit la bouche et hurla. Ce ne fut pas un cri rauque démentiel qui sortit de sa gorge, mais un appel qui aurait pu se comparer à celui d'un loup appelant sa meute. Bien que la syllabe soit différente. Sa voix était chaude, et si parlante même sans un mot. Elle pointa le nez au-dessus du petit vide qu'offrait la cime de la colline où elle était, et elle ouvrit les bras comme si ils pouvaient se transformer en aile. La froidure dans ses poumons qui reprenaient peu à peu leur rythme, l'émoustilla un instant. Et sentant une envie incompréhensible de pleurer, elle sursauta quand elle entendit la voix de Legolas derrière elle.
« Gilthoniel, tout va bien ? »
Elle se retourna vivement. Trop vivement, et elle bascula en arrière. Legolas tendit le bras pour la rattraper, et ils chutèrent tous deux dans la poudreuse. Après une petite dégringolade amortie de quelques mètres, ils se retrouvèrent côtes à côtes, et Gilthoniel se mit à rire. Un rire habillé de larmes qu'elle ne pouvait plus contenir. Perplexe l'elfe se redressa légèrement, et dévisageant la femme à présent, à ses côtés, il reposa sa question. Elle se redressa à son tour, et plongeant ses yeux argentés dans les bleus du prince, elle le poussa dans la neige avec un chaleureux sourire. Puis, prise d'une impulsion elle se coucha à ses côtés, se collant à lui dans le manteau immaculé de l'hiver. Elle passa un bras par dessus sa poitrine pour le serrer fort contre elle, fourrant son nez frais dans le cou du prince. Legolas était décontenancé, il ne la reconnaissait plus. L'image de la petite fille se disputait celle de cette femme magnifique qui se pressait contre lui. Il sentit ses doigts étreindre sa nuque tout en la caressant, et un frisson le mordit. Tendu il exprima d'une voix fébrile :
« Gilthoniel s'il te plaît arrêtes, tu ne sais pas ce que tu fais. »
Elle releva la tête et le fixa intensément. En effet elle ne savait pas, elle n'en avait qu'une vague idée, mais il fallait qu'elle trouve un moyen de sortir ce qui la dévorait de l'intérieur. Sans avertir elle colla ses lèvres aux siennes, ce qui pétrifia l'elfe sur place. Quelques secondes en dehors de tout, Legolas perdit pied un instant, sentant son cœur tambouriner dans sa poitrine comme rarement il l'avait fait. Il la repoussa néanmoins, triste de la voir avoir aussi mal. Il lui caressa le visage et s'excusa :
« Gilthoniel, je t'en prie. Je ne sais ce qu'il t'arrive, mais ce n'est pas la solution. »
Ses yeux d'argent se bordèrent de larmes, et avec chaleur il la serra contre lui, dans une étreinte fraternelle ambiguë.
Les jours passèrent, Gilthoniel avait de plus en plus de mal à supporter les messages que son fichu corps lui envoyait sans cesse. Tous s'aperçurent de ses changements d'humeur, et tous se doutèrent plus ou moins d'où ils pouvaient provenir. Et bien évidemment, en toute sagesse, ils la laissèrent qu'au contact de Duilwen. Car ils savaient par expérience, où tout cela pouvait conduire. Ses rires et sa joie une fois de plus se ternirent, et la solitude dans laquelle ils la laissaient, n'arrangeait pas les choses. Elle éprouvait un tel attachement face à Legolas, Haldir et même Thranduil, qu'elle ne savait plus la teneur de ses sentiments, de ce qui était bien ou mal. Tout ce qu'elle savait, c'est que pour en finir, il faudrait qu'elle prenne une décision. Elle sut instinctivement, que comme pour toute chose, une fois le cap passé, tout rentrerait dans l'ordre. Elle attendit un soir, très tard, vu qu'elle savait le sommeil des elfes quasi inexistant, pour sortir de sa chambre et aller vers les appartements de Legolas. Elle s'arrêta quelques secondes devant la porte d'Haldir, mais après une brève réflexion, elle continua sa route. Elle vit de la lumière sous la surface close, et son cœur manqua un battement. Elle prit le loquet, mais au dernier moment, elle le laissa glisser, comme si toutes ses forces l'abandonnaient. Elle crut devenir exsangue quand elle vit la porte s'ouvrir devant elle.
« Il me semblait bien avoir entendu du bruit. Que fais-tu là Gilthoniel ? » demanda Legolas plus que perplexe.
Elle trembla, ne sachant pas du tout comment lui exposer les faits. Il vit sa fébrilité, et jugeant qu'il faisait froid dans le couloir il la fit entrer. Il lui passa de suite un habit chaud, et alors qu'il enlevait ses mains de ses épaules, elle le retint. Legolas plongea ses yeux dans l'argent baigné de larmes qu'elle lui offrait. Elle visa que Gimli n'était pas là, et avant que Legolas put dire quoi que ce soit, elle attrapa ses lèvres des siennes. Calant ses mains de chaque côté du visage de l'elfe. Laissant glisser au sol la cape qu'il lui avait offert pour se couvrir. Il essaya de le repousser, mais en vain. Il n'avait qu'à croiser ses yeux, pour abdiquer. Elle était si belle, ses cheveux de cendres cascadant le long de son visage fin. Ses longs cils noirs habillant les joyaux de son regard. Il savait ce qu'elle voulait. Il l'avait compris dès-lors qu'il l'avait vue à sa porte. Elle passa une main tremblante dans ses cheveux d'or, et elle le conduisit à son lit. Legolas ne savait plus que faire, dans un dernier effort il prit son visage dans ses mains et lui dit :
« Thoniel sais-tu ce que tu me demandes ? Comprends-tu ? »
Sa façon de l'appeler, avec ce soupçon de tendresse qu'il avait su lui prodiguer avant, fit fondre le peu de raison qu'il lui restait. Une larme silencieuse roula le long de sa joue, et aussi clairement que sa voix enrouée le lui permit, elle chuchota :
« Tu es le seul à qui je peux le demander … Legolas, je t'en prie ... »
Alors c'est lui qui vint l'embrasser, et avec toute la délicatesse commune aux elfes, il la fit sienne pour cette nuit. S'émerveillant de sa beauté et de sa délicatesse. De toute la joie qui émana de son corps tandis qu'il lui offrait sans retenue, tout le devouement qu'il avait pour elle. Une nuit merveilleuse comme l'univers en offre rarement. Avant le matin, elle s'éveilla, et elle le vit l'observant en train de dormir. Elle ressentit une paix immense, une libération comme rarement elle avait connu. Elle lui dit simplement :
« Merci. » et ce mot transperça le coeur de l'elfe tant il en comprit toute la reconnaissance.
Elle se leva alors, dignement elle se rhabilla et fila en silence. Il sut qu'elle ne lui demanderait plus jamais un tel sacrifice, qui n'en n'avait pas été un pour l'elfe, bien au contraire. Il s'allongea de nouveau, somnolent entre rêves et réalité, et tous ses songes prenaient la couleur argentée de son regard.
…...
Carach était pensif. La rêverie qu'il avait fait quelques nuits auparavant le troublait. Qu'elle était donc cette personne qui venait perturber son sommeil ? Et qu'il semblait reconnaître. Aucun dragon digne de ce nom ne pourrait supporter cela. Il entendit la porte s'ouvrir, et vit son maître approcher.
« Tu es devenu si beau mon enfant ! Rien ne pourra te résister à présent. Viens j'ai quelque chose à te montrer. Attends-moi à l'extérieur là où tu sais. »
Le dragon hocha la tête et pointant son nez au dehors, il fut soulagé de voir que la neige ne tombait pas. Il se laissa basculer en avant, et heureux de pouvoir voler sans trop forcer, il émit un rugissement qui claqua comme un coup de tonnerre. Puis venant se poser au devant de la tour principale de la forteresse, il vit l'homme apparaître devant lui. Il s'était habitué à ce genre de petits tours venant de sa part, apparemment ça lui plaisait de les exécuter. Il lui fit signe de le suivre, et ils passèrent une paroi de montagne creusée, pour atterrir sur une place exiguë, bordée de falaises immenses qui s'érigeaient vers le ciel. Au centre, la neige et la glace supportait une chose étrange, faites de métal, d'engrenages, de câbles en cuivre. Une tour toute en ossature métallique, qui abritait à son centre une drôle de choses. Trois cercles en fer reliés à leur sommet et leur base, trônaient fièrement, accrochés eux aussi à des câbles.
« Qu'est-ce ? Demanda Carach ébahit devant cette construction encore plus imposante que lui.
- Une machine. Répondit simplement son maître.
- Machine ? Répéta le dragon émerveillé.
- Oui. Un outil puissant qui va me servir pour accomplir mon rêve et par la même, assouvir les envies de Melkor ... »
Même le dragon frissonna à l'entente de ce nom. Il ne pouvait oublier le lieu de sa naissance, ni qui l'avait fait naître.
« J'ai un travail à te faire faire. Tu vois ces roches là-bas ? Il lui montra tout un tas de pierres disposées les unes à côté des autres. Transforme-les en verre. J'ai besoin de verre, tu sais comment procéder.
- Qu'allez-vous en faire ?
- Je te demande pas comment tu craches le feu Carach, obéis point ! grogna l'homme d'un ton impatient.
- Ce travail est épuisant seigneur, il me faudra recouvrer mes forces par la suite... avertit l'animal.
- Je sais cela. Ne t'inquiète pas, j'ai le temps. Je n'ai pas encore tout ce dont j'ai besoin pour mener à bien mon projet. Il me faudra à la fin de mon ouvrage, le Coeur du Dragon ! »
Carach tressaillit, pensant qu'il allait laisser sa vie au profit de ce projet démentiel. L'homme le regarda de travers, et avec un rire mauvais il précisa :
« Ne t'inquiète donc pas ! Je ne parle pas d'un vrai cœur, mais d'une gemme, très rare, renfermant un pouvoir ancien. Melkor m'a dit qu'elle a été enfermée il y a peu ,au cœur d'une montagne, et l'on dit que seul un dragon pourra la trouver ! »
Carach comprit alors sa véritable utilité, bien plus que le vol de ressources ou la destruction, l'alimentation des fourneaux ou la transformation du silicium. Il devait trouver l'objet tant convoité par son maître, et dont il ne savait rien.
