Chapitre V

Le Coeur du Dragon

« Altesse, ils sont là » dit Faramir en saluant courtoisement Aragorn.

Le roi se leva de son trône, et délaissa le message de Thranduil, qu'il trouvait fortement fâcheux. Il rejoignit l'immense terrasse qui faisait front au château, et il se retrouva devant une dizaine de nains, dont l'émissaire du Roi Dáin II. Il avait une barbe rousse broussailleuse, de la même couleur que ses cheveux, et des yeux noirs comme de l'hématite. L'émissaire le salua et se présenta :

« Fundin, pour vous servir Roi du Gondor. Mon roi, Dáin II, m'envoie en personne pour vous faire part de la situation dans le Nord. »

Aragorn les salua en retour, puis en signe d'invite il tendit le bras vers l'intérieur et dit d'une voix aimable :

« Je vous en prie, venez au chaud, vous avez fait une longue route dans le froid et la neige pour venir jusqu'ici. »

Les nains eurent une exclamation de joie en entendant cela, heureux de pouvoir faire un bon repas, après des jours de disette. Ils investirent le palais, et après s'être débarrassés de leurs affaires et pris un bon bain, ils furent convié à la table du Roi Elessar. Arwen était à ses côtés, superbe comme à son habitude. Nombre de nains tombèrent sous son charme, et cela dû contribuer à leur effort de conduite à table.

« Nous avons subi de lourdes pertes il y a un mois à Ered Engrin. Un dragon a attaqué la mine et la cité des monts de fer.

- Combien sont morts ? Demanda Arwen d'une voix triste.

- Des milliers. Il y avait une grande colonie là-bas. Nous allons donc devoir ralentir nos productions cher roi, et nous ne savons pas quand nous pourrons vous approvisionner pour vos armes et tout le reste.

- Nous ne sommes pas en guerre, rassura Aragorn. Il n'est pas nécessaire d'être livré pour le moment. Je m'inquiète bien plus pour votre peuple.

- Les survivants ont trouvé refuge à Erebor. Mais c'est l'hiver, et nous ne savons pas si nous pourrons subvenir aux besoins de tout ce monde.

- Alors j'accepte de vous aider. » dit Aragorn plein de clémence.

Fundin hocha la tête avec un large sourire, rassuré pour les siens. Puis il continua :

« Nous attendrons les jours meilleurs, et nous traquerons cette bête. Même si la guerre nous a privé de grands guerriers, la relève est là. Et nous défendrons nos terres. Mais je dois vous faire part d'une chose plus fâcheuse que le dragon …. »

Et Fundin raconta l'histoire que Gimli avait conté à Legolas et Haldir. Là Aragorn devint plus sombre, car il ne prévoyait pas de guerre avant très longtemps. Tout avait l'air si calme et paisible. Sauron avait disparu, il pensait les jours à venir heureux au moins aussi longtemps que ses enfants, et petits-enfants par la suite, n'aient pas à vivre cette expérience effroyable. Puis il pensa à une chose :

« Le Roi Thranduil m'a fait parvenir un message, la vallée du Rhovanion a elle aussi été attaqué en début d'automne.

- Si loin au Sud ?! S'étonna un des nains. Que pouvait-il bien faire là-bas ?

- Nous ne le savons pas. Le roi elfique défendra son royaume, je le connais de réputation, et il sera un farouche ennemi à abattre si cette bête piétine ses frontières. Toutefois, il en faudra beaucoup pour qu'il daigne prendre part à un quelconque conflit.

- Roi Elessar, mon souverain m'a dit de vous confier quelque chose. Dans les archives du Gondor, se trouve un texte. Très ancien parlant d'une arme puissante. Il est écrit dans notre langue, et nous seuls pouvons le déchiffrer. Mais il est aussi dit, que les Sindars auraient aussi leur secret concernant cette arme et que seule une alliance pourra la révéler.

- Pourquoi Minas Tirith ? Et ... la plupart des Sindars ont quitté la Terre du Milieu … fit Aragorn saisissant l'importance de cette révélation.

- Pour le choix de la cité, c'était le seul endroit neutre que nous connaissions, avec assez de défenses pour le protéger. De plus, qui s'intéresserait à un parchemin provenant de mon peuple ? Quant aux elfes nous le savons. A part Thranduil, personne ne pourra y accéder. »

Aragorn retint sa respiration, tant il savait l'inimité qui existait entre les nains et ce roi. Il ne pouvait rien y faire néanmoins. Si les choses s'envenimaient, il ferait usage de son autorité, mais en plein hiver de surcroît, que pouvait-il faire ? Les mines de fer étant aux arrêts, il ne pouvait même pas équiper plus d'hommes ou fabriquer les armes nécessaire pour battre cet animal monstrueux. Il soupira, et voulant garder espoir, il fit en souriant :

« Nous verrons tout cela le moment venu. Pour l'instant, mangeons et profitons de la chaleur de cette rencontre. »

Les nains ne se le firent pas dire deux fois, et Aragorn ne put s'empêcher de sourire face à leur entrain naturel. Il sentit la main d'Arwen sur la sienne, et la regardant il vit l'inquiétude envahir son beau visage.

...

Elle regardait paresseusement le ciel, le soleil brillait, et accoudée à la balustre, elle avait le visage tendu vers celui-ci. Profitant de sa chaleur, de ses bienfaits. Elle ouvrit ses yeux argentés, et elle sourit face aux nuages qui défilaient devant elle. Elle avait l'air rêveur depuis quelque temps, et aussi tellement serein. Tous se demandaient bien pourquoi elle avait changé à ce point. Il ne restait que peu de chose de la petite fille qu'ils avaient connu, cela fusait quelque fois, mais s'éteignait peu à peu. Ils avaient bien capté des regards mystérieux entre elle et Legolas, mais nul ne pouvait se les expliquer. Gimli s'approcha d'elle lentement, ému par ce qu'elle dégageait. Elle n'avait rien à envier aux elfes se dit le nain en s'arrêtant à ses côtés.

« Regardes Gimli ! …. On dirait un ….. cheval ….. celui-ci ! » elle pointait un index vers le ciel en direction d'un des nombreux nuage, et Gimli s'avisa qu'elle avait raison.

« Et là ! ….Un dragon .. » à peine eut-elle dit cela qu'elle se raidit.

Elle riva son attention sur le nain qui vit son air contri, il lui sourit avec chaleur en disant :

« Si tous les dragons pouvaient sortir de vos lèvres, ils ne seraient pas des créatures répugnantes et redoutées. Ils ne seraient que magie, Gilthoniel ».

Elle fut émue par ses paroles. Elle lui posa une main chaude sur l'épaule, et se baissant elle lui fit une bise sur la joue. Gimli rougit et embarrassé il déclara :

« Je me souviens d'un temps où c'est moi qui me baissait pour faire telle chose ! »

Elle eut un petit rire qui fusa comme la vrille d'un oiseau, et les yeux espiègles elle reporta son attention vers le ciel. Legolas les regardait tous deux, discutant tranquillement. Gilthoniel avait revêtue une robe d'un bleu sombre aujourd'hui, ses cheveux se fondaient presque avec dans les ombres de son dos. La nuit qu'ils avaient partagé lui revint, comme à chaque fois qu'il la croisait. Elle ne l'avait plus approché de la sorte, ni sollicité non plus. Ce qui en un sens, le froissait, même si il avait clairement compris la situation et le pourquoi de ces partages. Il s'approcha, et Gimli en le voyant se racla la gorge et déclara :

« Bon, je dois aller heu … faire quelque chose ! »

Gilthoniel le regarda, plus que surprise par sa réaction, puis ce n'est que quand il partit qu'elle vit le prince elfique s'avancer. Elle l'accueillit avec un sourire tendre, et il le lui rendit. Il se posta à côté d'elle, et posa ses mains sur le parapet.

« Tu t'amuses à trouver des animaux dans les nuages ? »

Elle hocha la tête vivement, se souvenant qu'ils avaient fait cela ensemble, lors de leur périple quand il la mena à son père. Lui et elle, n'aurait jamais pensé, à ces moments-là, qu'ils auraient eu cette expérience incroyable ensemble. Legolas osa toucher sa main de la sienne, glissant ses doigts au-dessus des siens. Elle serra le parapet sous cette attention. Elle rougit légèrement, et elle se sentait misérable tant elle ne pouvait lui dire tout ce qu'elle avait sur le cœur. Elle faillit se retirer, mais il lui serra la main avec force.

« Non, ne t'en vas pas. J'ai quelque chose à te dire. »

Il se tourna vers elle, lui enserrant toujours les doigts, et le plus sincèrement du monde il avoua :

« Thoniel … je sais ce qui t'a poussé à venir cette nuit. Et je veux que tu saches, que je ne t'en voudrais jamais tu entends ?! »

Elle lui offrit un regard de gratitude éblouissant. Elle daigna s'accorder le droit d'entremêler ses phalanges avec les siennes en retour. Et cette étreinte, lui combla le cœur. Il posa son front contre le sien, et il murmura :

« Je n'aurais aimé plus douce amie à mes côtés... Et si ….. »

Il ne put terminer sa phrase, les doigts de Gilthoniel scellant ses lèvres. Elle ne pouvait se l'expliquer, mais elle savait que si elle prenait cette voie, elle le ferait souffrir, d'une façon ou d'une autre. Elle eut un petit sourire et espiègle elle ajouta néanmoins :

« Si l'occasion …. se représente …. je sais ... »

Il lui sourit, ses yeux bleus furent animés par un feu joyeux, fugace et éclatant. Ils savaient tous deux à quoi s'en tenir. Ils étaient liés par une union plus forte qu'une amitié commune. Un lien magique et indélébile. Il lui déposa un baiser caressant sur le dos de la main, puis il déclara :

« Un peu d'exercice nous ferait du bien je pense, vas te changer ! »

Elle sautilla sur place une fraction de seconde, tant elle savait où il voulait en venir. Elle fila dans sa chambre en courant, faillit percuter Thranduil au passage. Elle ralentit, le salua courtoisement, inclinant la tête tout en disant :

« Excusez-moi …. seigneur ... »

Puis elle disparut tout aussi vite. Il resta figé sur place, et fut tout aussi désappointé en la voyant quelques minutes plus tard passer dans l'autre sens, habillée de ses vêtements de rôdeuse. Il fronça les sourcils à cette vision. Il n'aimait guère la voir dans cet accoutrement, elle était tellement plus à son goût dans les riches atours elfiques. Elle croisa Haldir au passage, et tout essoufflée elle le héla :

« Haldir ! …. Venez ! »

Vu ses habits, il sut ce qu'elle voulait lui dire. Un sourire lumineux fendit son visage austère, et il la retrouva avec Legolas dans les écuries. Tenant sa monture en l'attendant. A peine en selle, ils sortirent en trombe de la cité et Haldir objecta tout de même un peu sérieux :

« Est-ce réellement un comportement raisonnable, et digne de princes Legolas ?! »

Il entendit Gilthoniel rire, et lui balancer sans vergogne :

« Je .. ne suis pas … un prince ! »

Legolas ne put refréner un petit rire à sa réplique, puis ils continuèrent la route dans les bois. Retrouvant un lieu d'entraînement bien connu de l'elfe sylvestre.

Thranduil croisa Gimli qui était resté seul, et voyant l'air taciturne du roi, il osa lui dire :

« Il faut bien que jeunesse se passe !

- Legolas n'est plus un enfant depuis longtemps maître Nain. Et le seigneur Haldir non plus. Ils ont d'autres priorités que de courir les bois ! Répondit Thranduil sévèrement.

- Majesté … nous avons traversé tant. Ne pourrions-nous pas nous accorder le droit de jouir de ce que la vie nous offre … de temps en temps … ? »

Gimli tira sur sa pipe, puis sans un mot de plus il continua son chemin, laissant un nuage de fumée odorante dans son sillage. Il ne s'aperçut pas de la portée de ses paroles en cet instant. Thranduil soupira, et il l'entendit.

« Tu peux sortir Duilwen, je sais que tu es là, à veiller sur chacun de mes pas.

- Il est de mon devoir de le faire mon roi. » répondit-elle simplement en sortant de l'ombre.

Il la dévisagea un instant, son plus farouche et redoutable sujet. Lui vint une pensée étrange, et sans forme il demanda :

« N'as-tu jamais eu envie d'autres choses Duilwen ? Un compagnon? Des enfants ? »

Les questions fusèrent comme le bruit d'une flèche aux oreilles de la rôdeuse. Et elle ne répondit rien. Elle avait eu à une époque un secret espoir, un désir fou, qui s'était éteint au fur et à mesure des années passant. Thranduil, encore une fois, ne put déceler quoi que ce soi. Il soupira et pensa, au mal indirect qu'il avait pu lui faire « Le plus farouche et le plus redoutable de mes sujets. »Il ne pourrait, ni lui, ni elle, ni personne, remonter le cours du temps. Et s'était peut-être mieux ainsi. Il soupira à nouveau et lui faisant signe de le suivre, il l'emmena dans son bureau personnel. Duilwen, savait que quand ils venaient ici, une mission particulière allait lui être donnée. Thranduil alla s'asseoir, et il enleva sa couronne d'un geste las, sous le regard surpris de l'elfe.

« Je dois te demander quelque chose de très particulier. Et je ne peux envoyer que toi, je m'en excuse par avance. »

Duilwen eut une appréhension sans nom qui vint l'étreindre. Elle n'aimait pas le ton de Thranduil.

« Vas au Gondor, à la cité blanche. Tu dois trouver un parchemin très anciens, dans leurs archives. Je doute qu'ils soient à la portée de tous, je compte sur tes dons innés. C'est un parchemin en khuzdul que tu dois trouver.

- Du khuzdul ?! Répéta Duilwen réellement surprise. Mais …

- sais, tu ne sais pas le lire, moi non plus, mais il y a un nain qui séjourne ici non ? Autant qu'il serve.

- A quoi ressemble ce parchemin ?

- Je pense que tu trouveras dessiné dessus, de quelque manière que ce soit, un dragon. » finit de dire Thranduil, qui expira comme si cette révélation lui coûtait.

Duilwen hocha la tête, puis s'inclinant, elle tourna les talons et se figea quand il lui dit :

« Fais attention à toi. »

Il se passa quelques secondes avant qu'elle réalise que ces mots avaient bien été dit de la bouche de son souverain. Elle répondit juste :

« Oui Monseigneur. » puis elle disparut.

Elle partit dans la journée même, et tous furent surpris de ne pas la voir en rentrant.

...

Il faisait froid, et malgré ses précautions, Duilwen frissonna dans la neige. Son cheval avait de la peine à évoluer dans les congères et autres plaines ensevelies par la poudreuse immaculée. Les nuages étaient encore présents dans les plaines du Pelennor. Plusieurs fois il trébucha, et elle détestait le pousser dans ses limites. Arrivée en vue de Minas Tirith, elle trouva la grand route dégagée. Elle était boueuse et givrée par endroit. Elle descendit, jugeant qu'elle pourrait marcher jusque là-bas pour soulager son cheval. Elle mit une bonne heure, mais l'air satisfait d'Ertuilë, son fidèle destrier, valait bien cela. Arrivée aux grandes portes elle se fondit dans la masse. Même en hiver la route commerciale était très fréquentée. Minas Tirith était la plaque tournante de la Terre du Milieu, tous les peuples, ou presque, venait marchander ici. Cette ville était un colosse, avec ses trois cent mètres de haut sur un kilomètre de large. Quand on rentrait à l'intérieur, on semblait être englouti par un monstre gigantesque. Rien que les grandes portes à chaque niveau, donnaient cette impression. Et il fallait en passer sept. Duilwen vit avec émerveillement les fortifications architecturales, et même si la cité avait beaucoup souffert lors de la grande guerre, elle n'en demeurait pas moins magnifique. Elle trouva une auberge, et laissant son cheval à l'écurie, elle alla s'asseoir à une table et réserver une chambre. Obligée de prendre dans le moyen de gamme pour avoir un maximum d'informations, elle pria les Valars que tout cela se termine rapidement. Elle préférait encore dormir à la belle étoile en hiver, que de devoir partager son temps avec une majorité d'ivrognes. Elle resta de longues heures à écouter tout ce qui se disait, puis quand la nuit s'invita, elle sortit. Les gardes étaient vigilants à l'extérieur des remparts quand l'obscurité tombait, ces heures étaient parfaites pour fureter. Elle trouva un plan de la ville sur une des innombrables places, et s'aperçut que les Archives du Gondor étaient accolées au palais. Voire, carrément implantées dedans. Elle fronça les sourcils, comprenant dès-à-présent la mise en garde de Thranduil. Elle devait pour l'instant rebrousser chemin. Elle savait que le roi ou l'intendant Faramir, recevait tous les jours pour les doléances du peuple, certaines heures de la journée. Qu'elle ne connaissait pas, mais qu'importe, cette information elle l'aurait plus tard. Elle alla se coucher, puis dormit d'un profond sommeil, son voyage l'avait exténuée. Le lendemain elle évolua dans les rues de la ville, capuche de sa cape relevée, car elle ne voulait pas forcément montrer son appartenance elfique. Elle alla jusqu'au palais et visita tout ce qu'elle put visiter. Les archives étaient une immense bibliothèque accolée au palais, deux gardes étaient à l'entrée. Mais contre toutes attentes, le bâtiment était ouvert à tous la journée. Le roi Elessar trouvait cela normal de laisser le savoir libre d'être lu. Même si certaines pièces et ouvrages, demeuraient interdits au public. Elle profita donc de cette opportunité, elle passa les battants en chêne ouvragé, grands ouverts, et pénétra à l'intérieur, avec de rares lecteurs. Elle fit une rapide visite des lieux, et s'aperçut que certaines salles, étaient fermées. Chacune d'elle portait une plaque sur le mur de droite, donnant la classification des documents à l'intérieur. Cela allait des cartes anciennes, aux ouvrages linguistiques communs à chaque race. D'autres traitaient des guerres et autres événements for anciens. Et là elle s'arrêta nette, pensant à une chose.

« Il ne m'a pas dit où chercher .. »

Elle soupira longuement en se disant qu'elle allait avoir besoin d'une bonne dose de chance … ou alors … Elle vit l'archiviste du coin de l'œil, qui surveillait tout de près. Un sourire malicieux étira les lèvres de l'elfe un instant, puis tout en faisant éclater au grand jour sa beauté des belles gens, elle s'avança vers lui.

Et voilà ! Quelques verres et s'en était fini. Salle linguistique, troisième allée à gauche, septième rangée. Autant dire, la plus haute, qui culminait au moins à dix mètres du sol. Elle usa de tous ses charmes auprès des gardes, et les assomma sans mal. Ensuite elle déroba la clé de l'entrée principale et se faufila à l'intérieur, aussi discrète et souple qu'un chat. Elle trouva la porte, et sortant la plus fine de ses dagues, elle força la serrure. Avec ces yeux d'elfe, la simple lumière de la lune filtrant par les vitraux, lui suffisait à tout voir. Elle s'agrippa agilement aux montants en bois, puis avec sa grâce naturelle, progressa jusqu'au livre énorme qu'elle cherchait. Elle le prit, mais la poussière qu'elle déplaça la fit éternuer. L'ouvrage alla s'écraser sur le sol dans un grand bruit sourd. Elle sauta au sol sans bruit, aux aguets pour voir si quelque chose bougeait à l'intérieur. Rien. Elle prit l'objet rectangulaire qui pesait énormément lourd et le posa sur un pupitre en bois, qui craqua un peu sous le poids qui l'écrasait. Elle l'ouvrit, et balayant la poussière qui envahissait l'atmosphère d'un geste de la main, elle feuilleta l'ouvrage. Ses doigts agiles se déplaçaient avec rapidité sur les parchemins qui sentaient le moisi. Il devait y en avoir des milliers, pensa-t-elle après des minutes de recherches infructueuses. Elle devait se presser si elle ne voulait pas que les gardes se réveillent avant qu'elle puisse partir. Elle faillit passer dessus sans le voir. Elle placarda sa main dessus dans un geste vif, grimaçant sous l'écriture qu'elle n'arrivait pas à lire. L'objet était usé par le temps, deux grands dragons se faisaient face, encadrant le texte. Liés par la queue en bas de l'ouvrage, ils semblaient pourtant se battre aux niveaux de leur tête. Puis, avec un grand étonnement elle put lire tout en bas du parchemins, en elfique.

« Puisse ces jours ne jamais arriver. Thranduil. »

Elle eut un hoquet de stupeur en lisant cela. Puis elle vit un autre dessin, plus petit, juste au-dessus des deux têtes se faisant front. Un objet étrange était dessiné. Un cercle plein avec en haut et en bas, accolées à celui-ci à l'extérieur, deux griffes recourbées dans le même sens. Diamétralement opposées. Et juste au-dessous elle put voir l'écriture Khuzdul, et du Sindarin , l'une sur l'autre. Qui devait être la même phrase. « La clé en Pierre de Lune ». Elle entendit un bruit dans le couloir, elle prit le document, le roula en vitesse et le glissa dans son pourpoint en cuir. Elle ne prit pas la peine de fermer le livre, et fila comme le vent. Refermant juste les portes derrière elle. Elle réussit à passer les seuils sans se faire voir. Comme une ombre dans la nuit, elle réussit à disparaître sans laisser de trace. Elle prit Ertuilë en passant, puis bride en main, elle sortit lentement, ne voulant éveiller les soupçons. Une fois à près d'un kilomètre de Minas Tirith, elle se mit à rire ouvertement, presque déçue que cette mission ait été si facile à exécuter. Elle se mit en selle et partit au grand galop, lançant Ertuilë à travers les chemins moins dégagés pour rentrer plus vite. Là elle lui murmura qu'elle allait lui demander de puiser dans ses ressources de monture elfique. Le cheval lui répondit en hennissant, tout en accélérant la cadence. Elle prit la direction de Dol Guldur, ensuite elle rejoindrait la route commerçante qui suivait l'Anduin. Elle aperçut de loin la Lórien sur sa gauche. Longeant enfin la route elle fut grisée par la vue de Mirkwood et elle délaissa toutes précautions. Tournant bride, elle voulut passer par la forêt directement. Elle en connaissait tous les recoins. Des jours qu'elle chevauchait dans le froid, elle n'avait qu'une envie, c'était de retourner vers les sien. Elle pensa à Gilthoniel, et elle sourit. Soudain son cheval caracola en avant, butant sur quelque chose qu'elle n'avait pas vu. A une centaines de mètres de la forêt, elle s'étala de tout son long, son cheval sur le flanc. Celui-ci se remit vite sur pieds, mais Duilwen était sonnée. Elle se releva fébrilement, et elle vit des ombres bouger non loin. Une chose tendue au sol se dévoila, et elle vit le piège. Le cheval s'était prit les pieds sur une simple corde, un satané piège aussi primitif que ceux qui l'avaient posé. Elle prit rapidement le parchemin Elle tituba jusqu'à sa monture, et s'affalant sur le flanc de l'animal, elle cala le document dans une de ses sacoches, elle fit à l'oreille d' Ertuilë voyant très bien qu'elle ne pourrait pas tenir en selle vu ses vertiges.

« Vas ! Retourne à la Cité ! Amène-leur le parchemin. »

L'animal renâcla un instant, mais elle lui claqua la croupe en hurlant :

« Vas tu entends ! »

Puis avant qu'elle puisse extirper ses dagues pour se défendre, elle sombra dans le noir.

...

Gimli, Legolas, Haldir et Thranduil buvaient un verre de vin, près d'un grand feu crépitant dans un des salons privés du roi. Gilthoniel était là, elle avait pris un livre, et le feuilletait tranquillement, lisant ça et là les morceaux qui lui plaisait. Elle ne faisait vraiment pas attention aux regards que tous lui portaient. Gimli, se souvint de la Dame Blanche, et un sourire béat déforma sa barbe fournie. Gilthoniel la lui rappelait parfois, mais, il savait au fond de lui, que jamais il ne pourrait jamais plus ressentir ce qu'il avait ressenti au moment où Galadriel avait posé les yeux sur lui. Il aspira une grande bouffée de sa pipe, et resta longuement rêveur, perdu dans ses souvenirs. Gilthoniel leva les yeux un instant, et tous détournèrent le leur, plus ou moins habilement. Elle riva son attention sur un objet au fond de la pièce. Ils étaient dans une sorte de boudoir, et apparemment, de la musique devait être jouée de temps à autre. Elle se leva doucement, intriguée parce qu'elle venait de lire, puis elle se dirigea par l'objet convoité par sa curiosité. Elle s'approcha d'une harpe en argent, finement ouvragée. Elle laissa glisser ses doigts sur les cordes de façon légère, et les notes brèves habillèrent l'espace un instant. Elle eut un immense sourire, et recommençant elle sut qu'elle adorait cet instrument. Elle ne pouvait par contre savoir, ce que ça évoquait pour les elfes présents. Surtout pour Thranduil. Haldir se leva et venant vers elle il fit :

« C'est un très bel instrument, il dévoile plus par ses notes que n'importe quel autres. Car son écho a quelque chose de particulier. Thranduil ?

- Oui ? Répondit seulement celui-ci qui fixait le feu étrangement.

- Avez-vous parmi les vôtres quelqu'un qui puisse en jouer ?

- Oui ... » affirma-t-il encore une fois, la voix monocorde.

Il se leva sans un bruit, et disparaissant quelques minutes, il revint accompagné d'une de ses servantes, qui comprit de suite ce qu'il voulait d'elle. Elle sourit aimablement à Gilthoniel, et s'installant, elle laissa ses doigts virtuoses caresser les cordes avec grâce. Gilthoniel s'assit directement par terre, juste à côté de la harpe, et elle se laissa bercer par les notes cristallines qui chantaient pour eux. Legolas et Gimli s'enfoncèrent un plus confortablement dans leur luxueux fauteuils, mais Haldir resta debout, derrière la jeune femme, dont la robe blanche lui donnait un éclat singulier aux lueurs du feu. Seul Thranduil était figé. Il semblait pétrifié même. Les notes traîtresses lui agressèrent le cœur alors que les souvenirs de sa femme disparue, revinrent le hanter. Elle était une musicienne et une artiste inégalable, c'est ce qui l'avait tant charmé chez elle. Les notes prirent le timbre d'une ballade que tous les elfes connaissaient. Et à la grande surprise de Gilthoniel, la voix douce d'Haldir séleva.

« A Elbereth Gilthoniel
Silivren penna miriel
O menel aglar elenath !
Na-chaered palan-díriel
O galadhremmin ennorath,
Fanuilos le linnathon
Nef aear, sí nef aearon. »

Ce chant signifiait dans les grandes lignes : « Ô Elbereth, Enflammeuse d'étoiles, scintillante, étincelante comme des joyaux, l'éclat de la foule étoilée décline ! Ayant regardé au loin depuis les régions émaillées d'arbres de la Terre du Milieu, c'est pour toi, Toujours blanche, que je chanterai, de ce côté de la mer, ici de ce côté de l'océan. »

Tous rivèrent leur attention sur la jeune-femme assise, transportée par cet émerveillement qui la berçait. Elle avait fermé les yeux, puis traduisant enfin ce qu'il avait dit, elle réalisa peut-être seulement, le sens de son nom. Mais au-delà de ça, ce fut la voix d'Haldir qui la toucha. Elle savait à présent l'art du chant chez les elfes, et ce qu'il pouvait véhiculer. Elle croisa son regard clair, et rosit légèrement. Puis elle posa ses yeux d'argent sur Legolas, qui lui souriait chaleureusement. Thranduil lui ne lui accorda que quelques secondes, il serra l'accoudoir de ses doigts, réellement interdit. Fallait-il qu'Haldir choisisse cette chanson aussi ?! Il leva le visage vers le plafond, fermant les yeux, sous le regard inquiet de son fils. Il les rouvrit, et des larmes muettes tapissaient ses cils. Il eut un accès de colère face à cela, se levant vivement, déstabilisant la musicienne au point de lui faire faire une fausse note, il fit sèchement :

« Il se fait tard. Je vous souhaite une bonne nuit. »

Puis il sortit sans un attention de plus. Gimli eut un rictus et s'exclama :

« Ton père est vraiment étrange Legolas !

- Oui .. je sais .. » murmura Legolas, qui pour la première fois de sa vie, appréhenda peut-être toute la souffrance de son père.

Thranduil marcha longuement dans la cité, il prit des couloirs de plus en plus sombres, de plus en plus étriqués. Il passa les derniers gardes, et s'enfonça dans les ténèbres de la terre. Au bout d'un immense couloir à peine éclairé, il s'avança vers une porte close. Des enchevêtrement de racines et de ronces la recouvraient. Il dit alors d'une voix claire qui résonna dans le long couloir lugubre.

« Amlug ! »

Les barrières végétales se rétractèrent, rétrécirent, pour enfin disparaître, laissant la porte vierge. Thanduil prit le loquet et l'ouvrit. Une lumière aveuglante filtra par l'ouverture. Une fois que ses pupilles se firent à la clarté, il s'approcha d'une alcôve creusé à même la roche. Dedans, sur un coussin de soie verte, se tenait un coffre ouvert, fait de chêne et de mithril. Trônant sur un support en argent, la Clé en Pierre de Lune, éclatait de milles feux. Il la prit entre ses doigts, et l'objet chanta en des sons cristallins magnifiques.

« Ainsi … après tant d'années, tant de souffrances … ils te rappellent à toi. Une fois le parchemin ici, une fois réunis, nous comprendrons peut-être ... »

Sachant pertinemment que la pierre ne lui répondrait pas, il soupira lourdement, et délaissa l'objet qui cessa de chanter. Le coeur lourd, il repartit, laissant le secret de sa cité, bien au chaud dans les entrailles de sa montagne.

Ils marchaient en silence dans les couloirs, Gilthoniel raccompagna ses amis devant leurs chambres. Elle embrassa Gimli sur la joue, et, un peu émoustillée par l'alcool et la douceur de la soirée, elle faillit prendre Legolas dans ses bras pour le serrer fort contre elle. Il le vit, et un simple regard l'arrêta. Elle lui offrit un sourire de reconnaissance, et déposa un chaste baiser sur la commissure de ses lèvres. De loin, personne ne verrait rien, il le savait. Ha qu'il aurait voulu qu'elle le suive pour cette nuit ! Cette étoile blanche comme compagne jusqu'aux lueurs du jour, cette idée le fit sourire tendrement. Mais non, cela était une autre voie, que lui et elle ne semblait pas vouloir prendre … mais … il soupira et entra dans ses appartements. Elle avança jusqu'à Haldir, et plongeant son regard de mercure dans le bleu du Galadhrim, elle baissa la tête humblement, en disant dans un murmure.

« Merci ... »

Haldir répondit simplement :

« De rien. C'était avec un réel plaisir. Tu sais, j'aurais aimé te faire visiter la Lórien. La Forêt Noire est belle, mais la Lórien … tu verrais et comprendrais toute la grandeur des Eldars !

- Je la vois …. en vous voyant …. Haldir ... » murmura Gilthoniel sincère.

Il ne sut comment réagir face à sa franchise. Un silence un peu trop longs s'installa, et avant qu'il devienne gênant, elle continua :

« Qui sait … nous avons tout … notre temps ... »

Haldir lui fit un sourire heureux, et se flattant de cette perspective, il la salua courtoisement et se retira. Gilthoniel resta quelques secondes devant la porte close. Oui, leurs échanges si chaleureux, lui manquaient. Elle traîna le pas jusque sa chambre, puis voyant que la lune éclairait bien, elle prit sa cape et sortit vers les écuries. Elle ne s'y arrêta pas, elle continua. Suivant un chemin peu fréquenté à travers la montagne. Elle avait trouvé, quand elle était encore petite fille, un lieu étrange. Cela ressemblait à un sanctuaire, il y avait un bassin d'eau, avec des plantes magnifiques où poussaient des fleurs blanches inhabituelles. Et une statue, d'une elfe si belle, qu'elle était restée des heures à la contempler. Ecoutant le chant de la brise et des oiseaux de passage. Par la suite, en grandissant, quand la nuit l'appelait un peu plus, elle s'aperçut qu'à certaines heures, l'astre d'argent éclairait ce lieu singulier. Elle marchait assez vite, car elle voulait juste passer un peu de temps là-bas avant d'aller dormir. Elle y allait rarement, seulement quand un trop plein de questions la submergeait. Si les écuries et la bibliothèque étaient des refuges, celui-ci était un havre de paix. Elle arriva si vite qu'elle sursauta quand elle vit quelqu'un assit sur le banc en face du bassin. Thranduil la fixait avec de grands yeux surpris, puis il demanda de façon peu amène :

« Que fais-tu ici. ! »

Elle se raidit, comprenant l'erreur qu'elle avait faite en se dirigeant en ces lieux, tout droit face à la sourde rancœur du roi. Elle chuchota juste un « Désolée » sincère avant de tourner les talons. Alors qu'elle repartait dans l'autre sens elle l'entendit dire.

« Comment es-tu arrivé ici ? Trouvé cet endroit ?

- Par hasard …. quand j'étais … petite fille... »

Thranduil eut un rictus sombre face à cette déclaration. Regardant sa silhouette longiligne, on ne croirait personne si l'on disait qu'elle n'était adulte que depuis quelques semaines. Un corps si incroyablement adulte et attirant, que même lui, après ces siècles de solitude, ne pouvait ignorer. Il eut une grimace étrange alors qu'il inspirait à fond. Il la fixa intensément quand elle continua :

« J'aime ici … c'est … tranquille …

- La plupart du temps oui, ça l'est. » Répliqua-t-il en faisant allusion à son intrusion.

Elle braqua son attention argenté sur lui de façon qu'il connaissait bien, et plus le temps passait, et moins la peur se lisait en elle. Elle devenait de plus en plus forte au fil des jours. Il lui sourit, ce qui la déstabilisa quelque peu. Il se leva, et venant devant la magnifique statue blanche, il lui demanda :

« Sais-tu qui est cette femme ?

Elle fit un lent signe négatif de la tête.

« Approche » ordonna-t-il subitement.

Gilthoniel regarda un court instant derrière elle, comme réfléchissant à une décision à prendre. Puis elle s'avança lentement, sur ses gardes. Elle resta à bonne distance du roi, mais c'est lui qui vint à elle, et la prenant vivement par le bras il la plaça juste devant l'œuvre d'art.

« C'était ma femme. Un être plus pur et plus fort que n'importe quel Silmaril ! D'une beauté rare, même chez les elfes. Regarde son visage parfait. Elle était aussi douée pour le chant, la musique, bref, tout un tas de savoirs qui ont déserté ces lieux peu à peu. »

Il vint toucher le visage froid et inanimé, caressant sa joue, lentement.

« Penses-tu devenir ainsi un jour Gilthoniel ?Aussi forte ? Belle ? Souveraine ? »

La femme eut une pointe glacée qui lui chatouilla le cœur. Et tout comme les enfants de son village le faisaient, Thranduil ne ratait jamais une occasion de la diminuer. De la mettre face à de cruelles vérités. Encore une fois, son problème d'élocution fit barrage à sa verve. Seuls ses yeux s'humidifièrent. Il n'avait pas tort. Jamais elle ne serait ainsi. Jamais elle ne pourrait faire honneur à un quelconque souverain, prince ou héritier. Tout ce qu'elle était, sa vie, sa tare, même sa beauté. Parfois, elle en arrivait à se détester. Seuls les instants partagés avec Legolas. Ces instants si purs et envoûtants, pouvaient la sortir de ces sombres tergiversations. Elle recula de quelques pas, pour finalement lui tourner le dos et partir. Elle n'avait pas à supporter cela, aussi Roi soit-il ! Elle sentit un main lui saisir l'épaule au point de lui faire mal, et la retourner avec force. Lui faisant presque faire un tour complet sur elle même. Sa cape vola en arrière et se décrocha. Faisant briller sa robe blanche à la lune. L'astre était juste au-dessus d'eux, faisant presque briller les fleurs pâles autours d'eux. Ses cheveux de cendres balayèrent l'espace avec la légèreté d'une aile d'oiseau, et elle se sentit plaquée avec force contre la paroi rocheuse. Là elle eut vraiment peur. Ses jours d'entraînement désertèrent son esprit sous la vivacité de ce qui se passait. Elle pensa manquer d'air quand elle sentit les bras de Thranduil la serrer si fort contre lui. Le roi plongea son visage dans sa chevelure cendrée, et il lui chuchota en l'étreignant comme si il avait peur qu'elle disparaisse.

« Non .. je prophétise que tu seras plus encore … Gilthoniel. »

Puis il dégagea son visage de la douceur de ses cheveux pour venir l'embrasser. Elle eut l'impression qu'un lâché de papillons obscurcissait sa vision et ses pensées. Désorientée, elle ne sut que faire. Puis la panique prit le relais. Elle le repoussa violemment, ce qui le surprit. Cherchant le chemin par lequel elle était arrivée, elle se mit à courir pour se sortir de là. Elle traversa les couloirs, arriva aux portes de la cité, closes à cette heure. Et quand elle le vit la suivre en l'appelant, elle prit sur elle et décida de lui faire front. Il arriva à sa hauteur, et réellement inquiet il dit :

« Je suis désolé Gilthoniel. Vraiment désolé. »

Et ses yeux, ne mentaient pas. Il essaya de faire un geste vers elle, mais elle bougea pour se soustraire à son contact. Alors il comprit. Elle passa à côté de lui, avec plusieurs mètres de distance, et finit par partir d'un pas leste dans les couloirs. Elle traversa les grandes salles, se retrouva devant la chambre de Legolas. Là elle frappa franchement, et quand celui-ci lui ouvrit, une ombre traversa son visage. Elle entra sans attendre d'invite, et une fois qu'il eut fermé, elle se jeta dans ses bras en disant d'une voix brisée :

« Serre-moi … serre-moi fort … s'il te plaît... »

Elle était glacée. Il sentait qu'elle était bouleversée, mais pourquoi. Après quelques minutes, s'avisant qu'elle ne dirait rien, il abandonna l'idée de la questionner. Il l'invita à dormir dans son lit, persuadé qu'elle se cachait de quelque chose. Une fois allongée, elle lui fit signe de la rejoindre, et prenant ses bras elle se lova dedans, tremblante. Il posa son menton sur le sommet de la tête de sa douce amie, et il lui fredonna un air elfique d'une extrême douceur. Tant et si bien qu'elle finit par s'endormir, et lui, veilla sur son sommeil.

Le lendemain, le cheval de Duilwen réapparu aux portes de la cité. Seul.