Elle s'éveilla, légèrement secouée, par un Legolas inquiet qui l'appelait doucement. Elle ouvrit les yeux lentement, s'apercevant de l'heure tardive, elle se redressa d'un coup. Et Legolas esquiva juste à temps sa tête en se reculant agilement. Elle regarda son ami, et voyant son visage elle vit que quelque chose n'allait pas.

« Ertuilë est rentré seul, les guetteurs l'ont vu sur les chemins en aval. Il vient juste d'arriver aux portes. Ils sont allé cherché mon père. »

A l'évocation de Thranduil, Gilthoniel frissonna, et Legolas perçut son trouble. Il passa outre néanmoins.

« Duilwen n'était pas avec lui …. »

A cette phrase Gilthoniel se leva d'un bond, fila dans la salle d'eau de la chambre princière, se rafraîchit, et fila aussi rapidement que le vent, Legolas sur ses talons. Elle arriva essoufflée jusqu'aux portes grandes ouvertes, et elle vit Gimli, Haldir et Thranduil qui regardaient un écuyer mener la monture par la bride. Le cheval avait l'air éreinté, il avait dû courir sans discontinuer. Il était trempé de sueur et son souffle court montrait sa fatigue. Thranduil croisa le regard de Gilthoniel, et contre toute attente, c'est lui qui détourna les yeux en premier, pétri de honte. Laissant une Gilthoniel des plus surprise. Il se précipita vers le cheval, et ils le virent fouiller les sacoches de Duilwen. Il en sortit un document, ses yeux ayant un éclat vainqueur incroyable.

« Cela doit faire deux jours qu'il court sans s'arrêter, exposa l'écuyer inquiet. Il a du arrivé quelque chose à Dame Duilwen. »

Dame Duilwen ? Se questionna Gilthoniel en regardant l'écuyer avec de grands yeux surpris. Thranduil eut le visage qui se ferma, et tout de même très inquiet il ordonna :

« Vas et occupe-toi bien de lui. Elle te tuera sans hésitations si ce n'est pas le cas tu entends ?! »

L'écuyer hocha vivement la tête et mena l'animal aux écuries. Legolas fixa le parchemin que son père tenait, et faisant un signe du menton dans sa direction, il demanda quelque peu en colère :

« Est-ce pour cela qu'elle a pris des risques ?!

- Oui.

- J'espère que ça en valait la peine ! »

Le ton de reproche de Legolas le cingla plus qu'il ne pourrait le comprendre. Thranduil vint à sa hauteur, et leur faisant signe de le suivre, il rétorqua sèchement :

« Sache que tous les risques je lui ai fait prendre dans sa vie étaient nécessaire. Jamais elle n'a failli, jamais elle n'a remis en question mon jugement ou mes ordres.

- Oui ! Et cela lui a peut-être coûté la vie ! » lâcha Legolas sans empathie.

Ils le suivirent alors à son bureau, et déroulant le parchemin, il fut à peine surpris de voir Gimli se jeter sur le document en grognant :

« Où ? Où avez-vous trouvé ceci ?! »

Legolas vit l'air perplexe de Gilthoniel et lui chuchota :

« Duilwen … est en fait une femme elfe de haut rang. Ses parents sont morts il y a for longtemps, lors d'une grande guerre. Elle a refusé tout héritage, et a dévoué sa vie à mon père. Cependant, un roi ne peut oublier réellement ses fidèles partisans. Il l'a toujours traité avec beaucoup d'égards, pour cela qu'il passe souvent sur son manque de manières et son caractère sauvage. Et il lui doit énormément. Elle lui voue un respect sans borne. Car il a toujours été présent pour elle. Elle a sacrifié beaucoup, plus que mon père ne pourra jamais le soupçonner. »

Gilthoniel fixa Thranduil qui dévisageait Gimli sans douceur, n'acceptant pas d'être ainsi interrogé chez lui.

« Est-ce que vous pouvait déchiffrer ceci maître Nain ?

- Est-ce que je vous demande si vous pouvez lire le Sindarin ?! Rétorqua Gimli froissé par cette question stupide. Bien sûr que je le peux mais il va me falloir un peu de temps. La langue est ancienne, et comme beaucoup, elle a subi quelques mutations depuis ces temps jadis. Mais je saurai vous donner la traduction exacte d'ici quelques heures. »

Le nain poussa Thranduil sans manière et vint s'asseoir sur le fauteuil du roi. Laissant le souverain elfique plus outré que jamais face à ce manque de respect. Il allait dire quelque chose quand Gimli déclara :

« Une seule réflexion et je pars ! Compris ?! »

Tous eurent un sourire amusé quand ils virent Thranduil refermer la bouche sans un son. Haldir fit alors :

« Je vais partir à sa recherche. Il est peut-être encore possible de savoir où elle est, de remonter la piste laissée par les empreintes de son cheval.

- Je viens avec toi ! Je suis bien meilleur pisteur ! Lança Legolas d'un ton un peu léger malgré les craintes qui l'assaillaient.

- Moi … aussi …

- Hors de question ! S'exclama Thranduil en la fixant durement.

- Elle peut se défendre Père ! Et nous serons là !

- Non j'ai dit ! Elle n'a pas la capacité d'affronter des gobelins ou des orques, ou que sais-je d'autre bon sang ! Votre attachement à son égard vous aveugle ! » Renchérit Thranduil qui ne pouvait pas être plus de mauvaise foi.

Avant que la discussion ne dégénère sur un sujet qui LA concernait, elle dit d'une voix forte en incendiant Thranduil du regard :

« Je ne vous …. appartiens … pas ! »

Puis elle fit volte-face et quitta les lieux pour aller se changer. Laissant les quatre mâles dans la pièce, tous surpris par sa réaction si ferme. Gimli eut un petit rire amusé, et ne détachant pas le regard du parchemin il dit d'un ton enjoué :

« Je vous souhaite bien du courage si vous voulez l'en empêcher ! »

Elle enfila ses affaires de rôdeuse, ainsi que deux dagues que Legolas lui avait offert. Un arc sylvain et quelques flèches. Elle tressa ses cheveux rapidement, se fichant pas mal de l'esthétique. Elle traversa les grands couloirs comme un courant argenté, et arriva aux écuries où Haldir et Legolas l'attendaient aux côtés de leur monture respective. Elle ralentit le pas quand elle vit Thranduil avec eux. Il eut une moue étrange quand il la vit habillée de la sorte. Qu'il détestait la voir porter ces vêtements les mêmes que portait son épouse quand la flamme des Eldars la quitta. Il avait la bride de Lithion en mains, et il comprit le mépris qu'afficha Gilthoniel en lui passant à côté. Il la retint par le poignet quand elle évolua à sa portée, affrontant ses magnifiques yeux animés par la rancune. Pourrait-il jamais lui dire tout ce qui étouffait son coeur ? Il fit dans un murmure :

« Gilthoniel. Je te l'offre, en paiement de l'affront que j'ai pu te faire. En gage de …. mais il se tut. Accepte je t'en prie ... ».

Elle resta interdite face à ses paroles, ne comprenant décidément plus rien aux comportements du Souverain de la Forêt. Elle prit les rênes, acceptant de se fait son offrande, puis elle hocha très légèrement la tête en remerciement. Quand elle fut en selle, il dit d'une voix tendue d'inquiétude :

« Fais attention.

- Nous veillerons sur elle Père ! Hâtons-nous avant que la neige ne se remette à tomber et qu'elle efface toutes traces.

- A plus tard Seigneur, nous la retrouverons ! » Lança Haldir d'un ton qui se voulait réconfortant.

Les chevaux partirent dans un galop retentissant, et Thranduil pria les Valars que tous lui reviennent en vie.

Ils chevauchèrent deux jours durant, et Legolas eut plus de mal que prévu pour retrouver la piste, car entre-temps la neige était tombée, et les animaux de la forêt brouillaient tout avec leurs passages. Il eut une appréhension certaines quand il vit qu'ils se rapprochaient de Dol Guldur. Qu'est-ce qu'il lui était passé par la tête ? Même en ces jours de paix, les ennemis étaient toujours présents. Surtout que les gobelins croisés sur les Monts de Fer prouvaient bien une présence hostile sur la Terre du Milieu. Haldir en voyant les lieux énonça :

« Legolas ? Je rêve où .. ?

- Non, nous sommes bien à Amon Lanc. La cité a été détruite, les fondations rasées. Mais si un sombre maléfice rôde dans ces bois, nul doute qu'il se trouvera là-bas. »

Gilthoniel savait de quoi il parlait, n'avait-elle pas eu tous ces renseignements en songes ? Ce qui la troublait sans aucun doute. Ils avancèrent lentement, et petit à petit l'elfe sylvestre vit de signes qui lui déplaisaient de plus en plus. Hadlir soupira en regardant une empreinte, et fit dépité :

« Des orques ... »

Ils descendirent de cheval et Legolas énonça :

« Laissons les chevaux à portée de sifflet. Ils n'ont pas besoin de se rapprocher plus. Nous allons continuer à pieds. »

C'est là que Gilthoniel vit la difficulté de suivre des elfes dans cinquante centimètres de neige, car elle avait beau faire, elle ne pouvait pas marcher dessus sans s'enfoncer, elle. La colline à la cime dénudée était assez raide de pente, ils mirent de longues minutes à l'escalader. Gilthoniel rageant intérieurement du temps qu'elle leur faisait perdre. Ils arrivèrent au sommet, et le cratère où se trouvait avant la tour noire, les accueillit sous un ciel gris. La neige recommença à tomber légèrement. Ils se mirent à plat ventre et finirent les quelques mètres qui restaient à franchir ainsi. Le sang de Gilthoniel se glaça sous le spectacle qui s'offrit à elle. Elle porta une main devant sa bouche pour de pas faire de bruit malgré elle. Au fond de la cavité, un feu était allumé, et une viande cuisait lentement. Les orques, une dizaine au total, chahutait bruyamment, se moquant ouvertement de leur prisonnière. Duilwen était assise, dos à la paroi rocheuse. Elle faisait peine à voir. Il l'avait sévèrement molesté, et elle avait l'air épuisé, au bord de la mort même. Gilthoniel ne sut pas exactement ce qui se produisit en elle en cet instant, mais elle fut prise d'une rage qu'elle n'avait jamais ressenti. Et elle écouta ce que son cœur lui dicta, elle se redressa et fila comme le vent pour la délivrer.

« Gilthoniel ! cria Legolas trahissant ainsi leur présence.

- Je crois qu'il va falloir lui apprendre le don de la stratégie Legolas ! » fit Haldir plus amusé qu'autre chose. Une dizaine d'orques était trop peu pour réellement l'inquiéter.

Gilthoniel se sentait réellement pousser des ailes, tant la fureur qui la dominait était poignante. Elle descendit la pente boueuse avec agilité, et se retrouvant face aux orques, elle dégaina ses dagues. Qu'elle n'eut pas le temps de tremper, car les flèches des deux elfes s'abattaient vivement sur leurs adversaires. Elle regarda en hauteur, les incendiant du regard, ce qui fit rire les deux princes. Elle se précipita vers Duilwen qui était à peine consciente, et elle détacha les cordes qui lui lacéraient les poignets et les jambes. Une voix effroyable retentit vers le sommet du cratère, et les deux elfes se décomposèrent face à ce qui se présenta à eux. Ils virent le danger bien avant Gilthoniel qui aida Duilwen à se relever. L'elfe ne pouvait pas marcher. La dizaine d'orques n'étaient là que pour garder le camps. Le gros de la troupe se fit voir comme une vague sombre.

« Comment un tel déplacement d'orques a pu passer inaperçu Legolas ?! s'inquiéta Haldir.

- Je n'en sais rien, mais mon Père ne vas pas aimer cela ! » répondit le prince en bandant son arc et commençant à décocher ses flèches avec une rapidité fulgurante.

Gilthoniel était prise au piège dans le fond du gouffre. Soutenant le corps de Duilwen du mieux qu'elle le pouvait, elle la traîna vers le bord le plus aplani du cratère, surveillant de près les orques qui l'encerclaient. Certains avaient pris Legolas et Haldir pour cibles, mais tous tombèrent avant de les atteindre. Le coeur de Legolas manqua un battement quand il vit que son carquois était vide. Il visa celui d'Haldir, et le sien n'était guère mieux. Les deux elfes virent Duilwen et Gilthoniel en mauvaise posture. La femme aux yeux d'argent peinait à monter la pente boueuse, mais pire, les ennemis étaient à présent sur elle. Les deux elfes se comprirent d'un seul regard, et ils sautèrent en même temps au fond du cratère. D'abord plus qu'impressionnée par la stature et le physique des ses assaillants, Gilthoniel évita plusieurs coups d'affilée, se découvrant une agilité nouvelle. Elle recula, et une fois dos à la paroi, elle laissa Duilwen appuyée dessus. Elle lui tendit une de ses dagues que l'elfe prit fébrilement.

« Fuis petite idiote … laisse-moi.

- Hors de... question ! » s'exclama Gilthoniel qui se battait comme une vraie louve.

Ils étaient en arc de cercle autours d'elle, et elle ne voulait pas céder un iota de terrain. Ses pieds s'enfonçaient dans la boue collante, la neige altérait sa vue, et cela l'épuisait. Cinq orques gisaient à ses pieds. La boue souillée et leur sang noir maculait son si beau visage. Seuls ses yeux d'argent restaient clairs dans ce masque effroyable de combattante qu'elle leur offrait. Les entraînements des elfes lui sauvaient la mise, mais ne la sauvegarderait pas éternellement. Elle sentait ses forces l'abandonner. Elle vit Duilwen prendre vaillamment part au combat malgré son état de faiblesse, et cela lui redonna courage. Puis son regard s'éclaira quand elle vit Haldir et Legolas lui prêter main forte. Haldir vint soutenir Duilwen vu qu'il avait plus de force que leur amie. En plein combat, il entendit un gargouillis inepte dans son dos, et Duilwen venait de planter la dague dans la gorge d'un orque le prenant à revers. Il croisa le regard vert de l'elfe, la remerciant de tout cœur. Légèrement troublé parce qu'il venait de se produire. Après de longues minutes d'un combat acharné, une cinquantaine d'orques jonchaient le sol de leur cadavre. Ravis de s'en être sortis, et d'avoir pu sauver Duilwen, ils cherchèrent ses armes et ses affaires. Haldir remonta Duilwen tant bien que mal sur le versant boueux qui glissait sous leurs pieds. Puis il regarda Legolas et Gilthoniel qui finissaient leur inspection en contre-bas. Son regard fut attiré par un mouvement dans les hauteurs, et il hurla :

« LEGOLAS ! »

L'elfe riva son attention sur Haldir, et ne vit que trop tard l'attaque venue des hauteurs. Il entendit la flèche traverser l'espace, mais il fut bousculé violemment ce qui le projeta au sol. Son coeur se glaça quand il entendit un couinement à ses côtés, alors que l'ombre de Gilthoniel se tenait à quelques centimètres. Elle lança sa dague vivement, et toucha au but. L'orque eut la poitrine transpercée de part en part. Son corps chuta lourdement dans le vide et vint s'écraser dans un bruit glauque. Legolas se releva, et il vit Gilthoniel qui se tenait le bras gauche avec force. Il ne trouva pas le projectile dans les chairs, et avec toutes les flèches qui maculaient le sol, il ne pourrait dire laquelle avait blessé son amie. Elle serra les dents sous la morsure cuisante de la pointe qui l'avait entaillé. Elle vit le visage mortifié de Legolas, et venant en face d'elle il demanda :

« Ça va ? »

Elle hocha simplement la tête, et sans un mot de plus elle alla récupérer ses dagues. Elle rejoignit Haldir et Duilwen, Legolas juste derrière. Les elfes étaient ravis de leur combat, ils se félicitèrent mutuellement, et la congratulèrent également. Mais Gilthoniel était plus bouleversée que jamais. Un goût de sang envahissait sa bouche. Elle si douce, si pleine de vie, s'était transformée en un être qu'elle ne reconnaissait pas. Une froidure morbide vint la cueillir, la faisant frissonner. Elle visa l'état de Duilwen et elle eut les larmes aux yeux. Elle avait le visage tuméfié, et il était for probable qu'elle ait aussi des os de brisés. Elle contenait vaillamment ses gémissements à chaque mouvement qu'elle faisait. Elle était d'un courage exemplaire, et malgré l'élancement que Gilthoniel sentait dans son bras, elle prit exemple sur elle. Ils appelèrent leurs chevaux, et ceux-ci arrivèrent de suite. Malgré l'état de Duilwen ils chevauchèrent rapidement. Ils devaient la mener à Thranduil le plus rapidement possible. Il connaissait l'art ancien des guérisseurs, bien plus qu'Haldir et Legolas. Ils passèrent une nuit dans la forêt. Haldir et Legolas guettant les alentours à tour de rôle. Gilthoniel quant à elle, se sentait épuisée. Son bras avait du mal à remuer correctement, mais elle tiendrait bon, ne serait-ce que par respect face à la bravoure de son amie elfique. Ils arrivèrent enfin à la cité souterraine. Duilwen était sur Lithion, avec Gilthoniel. Cette dernière avait encadré la rôdeuse pour la tenir en selle tout le long. La faisant forcer plus que de raison. Les deux femmes étant plus légères, c'était un choix logique pour soulager les montures. Le monde s'affaira autours d'eux. Thranduil supervisant le transport de Duilwen, et alors qu'ils venaient féliciter les combattants une chose retint son regard. Gilthoniel n'avait pas bougé de sa monture. Etrangement fixe sous sa cape humide couverte de neige fondue. Il se précipita vers elle soudainement, alors qu'elle glissait de sa selle, tombant sur le côté, inconsciente. Il la rattrapa avant qu'elle ne touche le sol, Legolas et Haldir à ses côtés. Legolas défit les pansements qu'elle s'était fait à la hâte, et déchirant le tissus de sa manche un regard d'épouvante se décrivit sur son visage parfait. La peau était noire autours de la plaie, et des veinures toutes aussi sombres s'étendaient tout en périphérie. Thranduil s'exclama réellement en colère en fusillant son fils du regard :

« Une flèche noire ?! Et tu as mis tout ce temps pour revenir ?!

- Mais .. je n'avais pas vu. Elle m'a dit que ça allait que … je n'ai pas retrouvé le projectile et je n'avais rien vu. Elle m'a jeté au sol si violemment …. » il retint son souffle à cet aveu, croisant le regard furieux de son père, il sut qu'il avait réellement fauté. Voyant l'entaille, il prit réellement conscience de la vie qu'il lui devait.

Thranduil souleva le corps de la femme comme si elle ne pesait rien, et commanda :

« Mes meilleurs guérisseurs à la chambre de Duilwen, immédiatement ! Je dois m'occuper de Gilthoniel avant que le poison ne la tue ! »

Il prit le chemin des appartements de la femme aux cheveux de cendre, fou d'inquiétude. Haldir vint aux côtés de Legolas, et posant une main fraternelle sur son épaule il dit doucement :

« Tu n'es responsable de rien mon ami. Elle a fait son choix en se mettant sur la route de cette flèche. Respecte son choix. Respecte le don qu'elle t'a fait.

- Même si cela doit la tuer ? lança alors Legolas les larmes aux yeux.

- Oui. Répondit seulement Hadlir. Même si mon cœur me fait souffrir à l'idée de la perdre, son acte d'amour doit être salué, et non pas récrié. Et puis … je suis sûr que ton père va la sauver. Vous êtes des Sindars, ne l'oublions pas !. »

Mais mêmes avec ces mots réconfortants, Legolas ne pouvait éteindre le feu qui lui mangeait le cœur de reproches. Les deux amis entrèrent dans la cité, réellement tristes et inquiets.

Thranduil la déposa sur le lit avec délicatesse, les serviteurs qui l'avaient suivi lui apportèrent ce dont il avait besoin. Il découpa la manche maculée de sang, et retira tout ce qui pouvait salir la plaie. Il nettoya avec attention la blessure, puis il la vit s'agiter dans son sommeil. Elle était en nage, son corps luttant contre le poison qui tuait son sang peu à peu. Il lui épongea le front doucement, puis il murmura angoissé :

« Tu as intérêt à tenir le coup tu entends ?! La Dame ne t'a pas mise sur ma route pour que tu files aussi facilement ! Je ne le permettrais pas ! »

Il concocta la mixture avec les herbes appropriées, et plaçant l'emplâtre sur les chairs meurtries, il l'entendit hurler, et ce son lui vrilla le coeur. Il fit appel au don de son peuple, invoquant la lumière des Valars qui coulait dans ses veines. Gilthoniel ne se souviendra de cet instant que d'une lumière aveuglante qui perça ses maux, au point de les faire disparaître, et de la laisser dans une sérénité la plus totale. Il lui banda le bras lentement, avec une délicatesse qui lui avait été enlevée depuis bien longtemps. Il caressa son visage, et venant embrasser son front il lui murmura :

« Repose-toi, étoile blanche, que tes rêves t'apportent réconfort et rétablissement. »

Puis à contre-coeur il alla rejoindre les guérisseurs dans la chambre de Duilwen. Malgré son état qui lui soutira une grimace, il s'aperçut qu'elle se remettrait, avec du temps. Il lui fit boire des calmants, puis remit ses os brisés en place. Ses cris lui faisaient mal, mais c'était un mal nécessaire. Un instant elle le regarda, et dans un gémissement rauque elle réussit à articuler :

« Le message ?!

- En lieu sûr, ne t'inquiètes pas. »

Elle reposa sa tête sur le coussin, soulagée. Ce n'est qu'à cet instant qu'elle s'accorda le droit de se relâcher. Brisée de douleurs et de fatigue, elle s'endormit aussitôt les premiers soins effectués. Elle mettrait de longs jours à récupérer, mais elle y arriverait. Le cas de Gilthoniel lui posait plus de tracas.

La clameur déchira les cieux. Les éclairs et la pluie noyaient les étendues noires qui semblaient s'étendre à l'infini. Le dragon enchaîné hurlait sous les filets en fer qui le retenait au sol. Des lances rougeoyantes transperçaient sa carapace d'un vert émeraude. Lui, le plus sacré des animaux, était réduit à l'état d'impuissance, et soumis à mille tortures. Ses chairs étaient brûlées, tailladées. Chaque jour depuis sa chute, il recevait mille tortures, sous les yeux impassible de l'être noir, difforme et fantomatique qui supervisait tout. Il lui demandait une chose, une unique chose, de le rejoindre. De délaisser son allégeance, son héritage. De devenir le plus puissant de tout les combattants de son armée, aux même titre que les Blarogs pouvaient l'être. Mais il refusait, obstinément, à bout de souffle et de raison. Après des années de souffrances, l'animal abdiqua, et le fait de répudier tout ce qui le faisait, le fit sombrer plus encore que le mal qui le rongeait. Le vrai mal, qui s'insinua en lui en un souffle noir directement craché par Melkor lui-même. Ses yeux d'or virent, alors qu'on brisait ses chaînes pour qu'il prenne son envol, que ses fils, et fils après eux, subissaient le même sort. Dans un dernier éclat de lumière il hurla sa douleur, puis son esprit fut définitivement aliéné par son nouveau maître.

Gilthoniel se réveilla en hurlant. Le coeur battant à tout rompre dans sa cage thoracique. Elle avait vécu ses tourments aussi sûrement que si ça avaient été les siens. Ses yeux emplis de larmes engloutissaient sa vue, et le déchirement qu'elle ressentit dans son âme, la fit atrocement souffrir. Elle s'était tournée sur le côté, et de ce fait, ne voyait pas sa chambre. Elle sentit des mains rassurantes lui toucher les épaules, et se retournant elle se trouva face à Thranduil qui la veillait patiemment. D'abord confuse de le retrouver ici, elle hésita une seconde. Mais l'affliction qui lui sciait le corps, la faisait trop souffrir pour qu'elle se retranche dans son orgueil. Elle ne rejeta pas le réconfort qu'il lui offrait. Elle se plaqua contre lui, délaissant toute rancune, et pleura tout ce qu'elle pouvait pleurer. D'abord pétrifié par sa réaction, il ferma les yeux, soulagé de la voir reprendre conscience. Puis il la serra tendrement contre lui. Des sentiments confus lui parasitant un instant la pensée.

« Ils … ils n'étaient pas …. comme ça … avant...

- Qui ça ? Demanda Thranduil en fronçant les sourcils, perplexe.

- Les .. dragons … expliqua juste Gilthoniel. Melkor …. Melkor leur a fait … tellement de mal. »

Il sentait son désespoir, son frisson de terreur. Il répondit juste en lui caressant lentement les cheveux :

« Chut … calme-toi … ce n'était qu'un mauvais rêve.

- Non ! Dit fermement Gilthoniel. C'est … la vérité ... »

Il la sentit se raidir de suite, se retranchant instinctivement dans une attitude défensive. Et il sut sans pour autant se l'expliquer, qu'elle avait raison. Il lui donna de quoi essuyer ses larmes, puis la recouchant il déclara :

« Nous verrons tout cela une autre fois. Tu dois te reposer. Tu as failli nous quitter Gilthoniel … ton entêtement a failli te coûter la vie … Si tu savais comme nous avons craint de te perdre ... »

Elle ne dit rien, puis, épuisée, elle le laissa lui caresser le front. Ses doigts étaient aussi légers que des plumes, bien loin de l'emprise de fer qu'il avait usé quelques jours en amont. Il lui dit quelques mots en elfique, et elle se rendormit de suite. Il hésita à partir, mais elle était apparemment hors de danger, alors il se leva, et avec un dernier regard vers elle, il sortit en silence.

Elle arriva à se lever un jour après. Elle dut même élever la voix pour que les serviteurs du roi la laisse tranquille. Elle alla se laver longuement, se délectant du contact de l'eau sur sa peau. Même si ils avaient fait ce qu'il fallait pour la nettoyer après ses combats et son voyage, rien n'égalait cette sensation de purification qu'elle ressentait. Elle lava ses longs cheveux, et prit un peu soin d'elle. Après avoir enfilé une robe de velours grise aux reflets d'argent, elle sortit et alla directement à la chambre de Duilwen. Arrivée sur le seuil de la porte entrouverte, elle se figea. Elle vit Haldir au chevet de la rôdeuse, lui tenant la main avec chaleur. Quelque chose serra sa poitrine un instant. Et c'est le visage triste qu'elle avança avec appréhension, cognant légèrement à la porte pour annoncer sa venue. La façon dont le Galadhrim lâcha prestement la main qu'il tenait, brisa quelque chose en elle. Presque en apnée elle le regarda se lever, et la saluer courtoisement. Avec trop de déférence même, à son goût. La joie de voir son amie fut balayé par cette vision, et c'est une voix fébrile qui lui demanda :

« Tu vas … mieux ? »

Duilwen malgré les hématomes qui lui maculaient le visage et le corps, lui sourit et répondit sincèrement :

« Ça passera, j'en ai vu d'autres ! Je sais juste que ce sera un peu long, mais je crois avoir mérité quelques jours de repos ! »

Gilthoniel eut un sourire forcé, et la saluant elle fit presque dans un murmure :

« Oui …. repose-toi … bien … Je repasserai .. plus tard …. je ne voulais pas … déranger. »

Maudit soit cette paroles qui glissait hors de sa maîtrise ! Elle serra les dents, et voyant que les larmes menaçaient de couler, elle partit sans un mot de plus. Une fois passée la porte, elle entendit les pas d'Haldir derrière elle.

« Gilthoniel ?! »

Elle se retourna vers lui, et pesta intérieurement que l'eau salée, traîtresse et honteuse, glisse le long de sa joue. Il se figea à cette vision, comprenant la situation. Elle détourna le regard, confuse de faiblesse, et elle crut qu'elle allait mourir quand il s'approcha d'elle.

« Je croyais que ….. » mais sa voix lui manqua.

Haldir la fixait de ses yeux clairs sans rien dire, puis il se raidit quand elle lui offrit un baiser. Il la repoussa avec douceur, et il murmura :

« Gilthoniel … s'il te plaît, il faut que tu comprennes …

- Vous … ne m'aimez .. pas.

- Par les Valars si je t'aime ! Mais tu es une étoile Gilthoniel. Comme dans la chanson. Une étoile que je vois tous les jours, et qu'hélas, je ne peux atteindre. Tu es tout ce qu'il y a de plus pur pour moi en ce monde. Je ferai tout pour te protéger, t'aimer …. mais pas comme …. il s'arrêta net, meurtri par la douleur qu'il lisait en elle.

- Pas comme … elle. » finit-elle par dire, une boule brûlante lui comprimant le larynx.

Haldir hocha simplement la tête. Il voulut lui prendre la main tendrement, comme un frère le ferait pour une petite sœur, mais elle recula. Puis sa gorge et sa voix se délièrent, s'étonnant la première de ce prodige :

« Il suffit ! Restez à vos saluts courtois Haldir. Apparemment, je n'ai pas les langages qu'il faut pour communiquer avec votre peuple. Soyez heureux, c'est tout ce qui m'importe à présent. »

Puis elle tourna les talons et disparut dans les couloirs, laissant un Haldir des plus pantois, sur place.

Elle croisa Gimli et Legolas qui discutaient tranquillement en allant vers l'extérieur, et le nain la héla chaleureusement :

« Gilthoniel ! Venez avec nous dehors, le soleil fait une apparition !

- Merci …. ça me fera … du bien … l'air est … vicié à .. l'intérieur. »

Legolas nota la fêlure dans sa voix, et ses yeux rougis ne mentaient pas. Il fronça les sourcils, et il la laissa faire quand elle vint à son côté droit et lui prit la main, en posant sa tête sur son épaule tout en marchant. Ils restèrent de longues heures dehors, et Gilthoniel était étrangement absente. Gimli les laissa seuls en leur rappelant qu'ils devaient tous se voir plus tard. Le nain avait traduit le texte, et tous devaient l'entendre, et pour cela bien évidemment, ils devraient se retrouver dans les appartements de Duilwen.

« Gilthoniel ?! » demanda Legolas qui la fixait depuis quelques secondes alors que la femme regardait l'azur.

Elle riva son attention sur lui, et le cœur de l'elfe tressaillit un instant face à ces deux perles d'argent. Ils étaient dans la forêt, à une centaine de mètres de la cité, et tout était d'un calme apaisant.

« Qui a-t-il ? Tu as l'air absente ? Tout va bien ? »

Elle hocha la tête en silence, mais il ne fut pas dupe. Vérifiant qu'ils étaient bien seuls, il se pencha légèrement vers elle, et lui soutira un baiser d'une extrême légèreté. Elle le dévisagea, ses grands yeux argentés démontrant sa stupeur.

« Pourquoi ? demanda-t-elle totalement étonnée par son acte.

- Pourquoi pas ? » Répondit-il avec malice.

Ce fut trop pour elle, elle vint se blottir contre lui, et il sentit son désarrois frissonner avec son souffle. Il la serra tendrement, et avec un ton très espiègle il ajouta :

« Et si tu savais tout ce qu'il me passe par la tête, tu rougirais plus que tu ne le fais pour un simple baiser ! »

Elle ouvrit la bouche, mimant une attitude choquée. Elle lui tapa le torse du plat de la main en guise de protestation. Ce qui fit rire Legolas. Trouvant ses lèvres à nouveau il murmura tendrement :

« Ho oui … crois-moi … si tu savais tout ce qu'il me passe par la tête …. »

Son ton était un peu plus sérieux cette fois-ci, et elle se sentit mal à l'aise. L'étreignant une nouvelle fois, il continua d'un air badin :

« Ne t'inquiète pas ma belle, je sais... mais .. tu sais aussi que ... »

Oui elle savait. Elle savait que quoi qu'il arrive, il serait toujours là pour elle, et cette simple pensée lui gonfla l'âme de joie.

Ils étaient tous réunis en arc-de-cercle autours du pied du lit de Duilwen. Gilthoniel avait du mal à supporter les regards que s'offraient Haldir et la convalescente en face d'elle. Elle inspira à fond, en essayant de garder son calme. Gimli ouvrit le parchemin et déclara :

« Je pense avoir plus ou moins traduit dans les grandes lignes, et mes amis, ce ne fut pas une mince affaire ! Parce que je peux en juger, c'est une carte.

- Une carte ? Dit Thranduil plus que surpris.

- Oui, il n'y a pas de dessin mais c'est tout comme. Je vais vous lire la partie la plus importante :

Par les Monts Brumeux protégée,

Là où les sommets blancs jamais ne meurent

Là où les Iris viennent s'abreuver,

Se trouvent le Dragon et son Cœur.

Les Nains dévoileront la passe, et les Elfes la clé. Si ils veulent du sommeil, l'arme libérer. Alors je sais pas pour vous, mais je pense qu'il faut suivre ce que ce texte nous indique.

- Indique quoi au juste ? Trouver une arme ? Questionna Haldir qui se pencha sur le parchemin, curieux.

- Oui. Dit simplement Thranduil. Une arme que les Valars ont offert aux peuples de la Terre du Milieu. Mais je pensais qu'elle n'était qu'un prétexte pour rallier les races des elfes et des nains. Une légende bien gentille en somme, pour que personne ne se fasse la guerre inutilement. Seulement …

- Seulement elle existe. Pourquoi la dévoiler maintenant Père? Vous saviez que ce secret existait, pourquoi n'avoir rien dit lors du combat contre Sauron ? Pressa Legolas légèrement outré par ce qu'il croyait être de la négligence.

- Parce que Sauron était l'Anneau Unique, et que rien n'aurait pu en venir à bout. Je ne vais pas te conter l'histoire Legolas, tu sais pertinemment comment ça c'est passé.

- Oui … chuchota l'elfe.

- Cette arme était aussi un ultime rempart face aux ombres si elles revenaient, donnant un dernier espoir aux peuples vivants sur les terres que les immortels avaient quitté. Elle ne devait cependant pas être activée sans la puissance de Melkor ….

- Le Dragon … fit alors pensivement Duilwen.

- Si Melkor est derrière l'envoi du dragon nous sommes dans de beaux draps ! S'exclama Gimli. Cela veut dire que ce bon roi Belegurth est bel et bien en vie, et qu'il a directement pactisé avec ce démon !

- Et qu'elle plus belle tactique que de priver les populations de fer ? Sans cela aucune arme ne peut-être créée, ni aucune armure d'ailleurs … résuma Legolas en prenant conscience du réel désastre sur les Monts de Fer.

- Pour cela que cette arme est si importante. Déclara Thranduil. Il semble qu'une fois qu'elle est activée, il n'y ait plus besoin d'armée. »

Il y eut un long silence. Puis Gilthoniel qui regardait le parchemin, fixa intensément les deux dragons. Elle se rappela son rêve, et une idée germa dans son esprit. Le dragon noir aurait peut-être des réponses. Si elle arrivait à pénétrer ses songes, peut-être réussirait-elle à comprendre.

« Au fait Thranduil, comment savez-vous que cette arme est activée ? Demanda Gimli sans forme.

- Parce que …. ceci a pris vie il y a quelques temps. » répondit celui-ci en sortant la clé en Pierre de Lune d'une de ses poches.

La clé brilla de mille feux entre ses doigts, Legolas tendit la main pour la lui prendre, mais celle-ci s'éteignit de suite une fois dans la paume du prince. Il y eut un hoquet de stupéfaction dans la pièce et Thranduil reprit la clé.

« Quoi que puisse être cette chose, cette tache m'est dévolue. Fit le roi de façon très lasse.

- Et je me doute que la mienne sera de vous y conduire ! s'exclama Gimli soudain fraîchement, un regain d'énergie non feint éclairant son regard.

- Je crois … que nous avons … tous .. un rôle … » dit péniblement Gilthoniel qui n'arrivait pas à détacher ses yeux du parchemin. Le dragon de droite lui rappelant étrangement le reptile obscur.

Thranduil la fixa avec bienveillance, sa discussion avec la Dame de la Lothlórien lui revenant à l'esprit. Si sa mission était d'amener Gilthoniel là-bas, alors oui il le ferait, il exaucerait le souhait des Valars.

« Ainsi il sera alors fait. Mais il est encore trop tôt. La neige recouvre tout, le monde sommeille encore sous la rude caresse de l'hiver. De plus, Duilwen ne peut pas bouger. Déclara Haldir en regardant affectueusement l'elfe devant lui.

Ce qui n'échappa à personne dans la pièce. Legolas comprit le tourment silencieux de la femme aux cheveux de cendre, et il vint lui serrer la main discrètement. Quant à Thranduil il ne lui fallut qu'une seconde pour voir la tristesse dans le regard de Gilthoniel pour être au fait. Quant à Gimli ?! En tout bon nain qu'il était, ce genre d'histoire ne le touchait que peu, et il pensait déjà à leurs futures aventures! Ils se quittèrent sur ces mots, et Gilthoniel ne salua personne, elle se retira avant tout le monde pour éviter de voir le Galadhrim rester en arrière, dans les appartements de Duilwen. Elle fila dans sa chambre, et éteignit de suite la lumière, ne voulant en aucun cas être dérangée. Ce qui fut bien inspiré apparemment, car quelqu'un s'arrêta sur le pas de sa porte close, et fit demi-tour tout aussi rapidement.

La nuit fut teintée d'une ancestrale magie. Les compagnons endormis eurent d'étranges rêves, où la Dame de la Lórien , leur parlait. Seul Thranduil, assit sur son trône, méditant dans le silence de la grande salle, reçut directement la vision de Galadriel. Elle se tenait là, devant lui, vaporeuse comme un fantôme, dont la beauté ne s'était certes pas fanée, bien au contraire. Elle s'adressa directement à lui dans son esprit.

« Avez-vous compris votre quête Thranduil ?

- Je le pense. Je dois la mener au Cœur du Dragon.

- Oui …. et ensuite, plus au Nord.

- Comment cela ?

- Vous le saurez une fois que l'arme sera délivrée. »

Elle sembla le fixer avec plus d'attention, aiguisant son regard elle continua :

« Mais … je perçois autre chose. »

Thranduil fronça les sourcils, essayant de barricader au mieux ses pensées, mais Galadriel était trop puissante pour qu'il puisse lui résister.

« Vous avez accueilli le don qu'elle vous a fait, mais vous vous êtes égaré en chemin Seigneur de la Forêt Noire. Ne laissez pas les élans de vos sentiments obscurcir votre jugement …... Gilthoniel ne verra pas l'aube d'une ère nouvelle. »

Les pupilles de Thranduil se rétractèrent sous cette annonce, comprenant très bien où elle voulait en venir.

« Je croyais qu'elle était immortelle ! Lança avec véhémence l'esprit du roi.

- Elle l'est. Mais tout comme chacun en ce monde, elle a un rôle à jouer. Elle n'est ici que pour accomplir sa tâche, rien de plus.

- Comment ?! Comment pouvez-vous dire cela aussi cruellement Galadriel ?! Elle est là … en vie … toute en rire et en lumière … si …

- Exactement. Elle est tout ceci, et bien plus encore …. »

Thranduil sentit une sombre colère l'envahir, d'une telle violence que Galadriel en sentit l'impact.

« Je ne veux plus jamais vous voir Galadriel ! Comment osez-vous vous présenter ici devant moi, et m'annoncer d'un air aussi détaché, que Gilthoniel doit mourir ! JAMAIS vous m'entendez ! Et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour l'éviter ! »

Galadriel plissa les yeux un instant, comme si une vision s'offrait à elle. Puis toute aussi énigmatique qu'à son habitude, elle disparut dans un nuage de brume blanche, en murmurant.

« Qui sait …. »

Thranduil serra le poing sur l'accoudoir de son trône, la mâchoire crispée au possible. Il pensa alors plein de rancœur.

« Que les Valars et mon immortalité soient damnés, si ils enlèvent encore une personne chère à mon coeur ! »

« Haldir ? Haldir .. ? »

Le rêve du Galadhrim le mena dans la Lórien, là où il avait l'habitude de voir les Seigneurs Celeborn et Galadriel. Il la vit, blanche comme une étoile, l'appelant doucement. Il la salua avec déférence, émerveillé par la lumière qu'elle irradiait.

« Ma Dame, comment ce miracle est-il possible ?

- J'avais dit que je veillerai par delà les mers Haldir. Je ne faillis jamais à mes engagements. Elle laissa passer un petit silence, l'étudiant lentement.Haldir, je vois que vous avez trouvé l'affection qui vous manquait tant. J'en suis ravie pour vous. A présent, j'ai quelque chose à vous confier. »

Elle se tourna pour prendre un objet placé derrière elle, et Haldir reconnu la fiole en cristal qu'elle avait utilisé sur Gilthoniel quand elle était bébé. Il fronça les sourcils, et perplexe il l'entendit continuer.

« Vous devrez donner ceci à Gilthoniel.

- Mais quand ?

- Quand la montagne abritant un ciel d'étoiles, vous accueillera. Soyez béni Haldir »elle lui tendit la fiole qu'il prit délicatement, puis se volatilisa.

Il s'éveilla presque en sursaut, Duilwen était tranquillement endormie. Elle lui faisait face, tournée vers lui, alors qu'il s'était assoupi en la veillant. Il bougea, et s'aperçut qu'il tenait quelques chose. La fiole de cristal était là, étincelant de mille feux. Il se pressa de se lever, il déposa un baiser sur le front de l'elfe, et alla dans ses appartements pour mettre le présent de la Dame en lieu sûr.

« Est-ce un rêve ? Car si s'en est un, je ne veux plus jamais me réveiller ! »S'exclama Gimli ému.

Elle se tenait là, devant lui, aussi superbe que quand il l'avait vu, aussi flamboyante qu'un soleil. Elle lui offrit un sourire bienveillant, qui toucha le cœur du nain comme une caresse.

« Gimli. Il vous sera demandé de mettre de côté vos rancœurs, à un moment précis. Ayez confiance en Gilthoniel, quoi qu'il advienne, car vous serez le pilier sur lequel elle pourra compter à un moment critique. Croyez en elle, comme vous l'avez toujours fait.

- Je le ferai ma Dame. Car elle est une des créatures les plus belles et les plus pures qui m'ait été permis de connaître dans mon existence. »

Galadriel lui offrit un autre sourire, et venant lui déposer un baiser sur le front, elle le laissa ainsi, tout retourné, et les larmes aux yeux. Quand il s'éveilla, la plus grande joie se mêla à la plus grande peine, mais étrangement, il se sentait investi d'une mission quasi sacrée.

Elle était à nouveau aux pieds des deux arbres brillants comme des astres. Galadriel vint à sa rencontre, tendant les mains vers elle. Gilthoniel les prit avec chaleur, réconfortée par le regard clair de la Dame de la Lórien. Sa présence lui apportait tellement à chaque fois. Comme une mère que l'on retrouve après des années de séparation. Galadriel lui caressa le visage et lui dit dans un murmure :

« Tu es devenus si belle Gilthoniel, et si forte. Même dans mes visions les plus précises, je ne t'avais vu ainsi. Tu es, au-delà de ce que les Valars m'ont permis de voir.

- Et vous êtes toujours aussi belle que dans mes souvenirs Galadriel. Même si notre dernière entrevue, a bouleversé mon corps, mon âme … ma vie.

- Et il y aura tellement d'autres bouleversements ma fille, que tu devras t'armer d'un courage à toute épreuve. Je suis là pour te dire ceci. Quand tu te retrouveras devant le Coeur du Dragon, laisse Thranduil enclencher la clé, mais toi seule, doit l'ouvrir, tu entends ?! C'est primordial.

- Oui, j'ai compris.

- Maintenant dors, repose-toi. Bientôt tu entendras son appel mon enfant. Et n'oublies pas, même quand les ténèbres semblent invincibles, une lumière toujours brille au loin. »

Galadriel vint la serrer dans ses bras, et Gilthoniel resta seule un long moment aux pieds des arbres, se délectant de la douceurs des lieux. Puis elle s'éveilla le lendemain, moins triste que la veille.

Legolas quant à lui, se trouva dans un rêve légèrement différent, Galadriel était là, si proche et en même temps si éloignée. Elle les regardait jouer Gilthoniel et lui, dans la Forêt de Mirkwood, mais ils semblaient plus jeunes. Guère plus que des adolescents, jouant avec insouciance dans la fraîcheur des sous-bois. Riants au soleil et dans le murmure des ruisseaux. Une singulière liesse envahissait l'espace. A un moment Gilthoniel le regarda droit dans les yeux, et avec un sourire lumineux elle lui sortit spontanément :

« Amis pour toujours Legolas ?!

- Oui, pour toujours, Gilthoniel ! »

Alors elle partit dans un éclat de rire fabuleux, et au loin, là où Galadriel se tenait, il vit l'ombre vaporeuse d'un dragon noir s'envoler.

Quand ils se croisèrent le lendemain, tous parlèrent de la Dame, mais personne ne donna le contenu de son rêve. Ils savaient juste que quelque chose d'unique venait de se produire, et les liait d'une façon ou d'une autre. Seul Thranduil semblait plus taciturne, mais comme il était rarement très expressif, cela ne choqua personne. Ses regards néanmoins le trahissaient, si mélancolique alors qu'il regardait Gilthoniel se divertir aux côtés de Legolas et Gimli. Il avait eu trop peur de la perdre à cause de la flèche noire, dévoilant peut-être plus cruellement que jamais, l'attachement qu'il avait pour elle. Ses yeux d'argent croisèrent les siens une seconde, et elle s'aperçut du sourd chagrin qui l'habitait. Alors elle fit ce qu'elle savait le mieux faire, elle lui sourit sincèrement, ce qui finit de mettre à bas les dernières résistances du souverain.