Il s'éveilla, serein, comme jamais il ne l'avait été depuis des siècles. Quelque chose attira son attention tandis qu'il gardait les yeux fermés pour s'imprégner de cet instant. Un fredonnement, aussi discret et magique que le chant d'un oiseau de nuit. Puis réalisant d'où cela provenait, il chercha Gilthoniel du regard. Elle était dans les brumes de l'aube, le regard porté vers le Nord. Elle chantait, et ce simple fait, souleva le coeur de Thranduil d'un bonheur sans nom. Elle était sur le balcon, une fine robe d'intérieur posée sur ses épaules graciles. Elle brossait ses longs cheveux de cendre de façon lente et appliquée. Il resta de très longues secondes à l'admirer. Sa voix était tellement douce. Elle dut sentir son attention sur elle, car elle cessa toute activité pour se retourner et fixer son attention sur lui. Ses iris d'argent le firent frémir de tout son être. Elle s'approcha de lui lentement, et déposant sa brosse elle lui sourit tout en venant s'asseoir sur le bord du lit. Se penchant avec grâce, elle lui embrassa le front, ce qui le surprit vivement. La main de Gilthoniel lui caressa le visage, son index soulignant la mâchoire du côté gauche. Il n'avait pas encore l'habitude que cette partie de son visage soit touché, et elle vit sa gêne. Elle retira sa main, mais il la lui prit et la repositionna dessus, la pressant légèrement contre sa peau. Venant lui baiser la paume et le poignet, il chuchota :
« Je ne t'ai jamais remercié pour cela …
- Il n'en est nul besoin Seigneur. Car j'étais là pour cela. J'ai voulu le faire, dès que je vous ai vu. Même si, je l'avoue, vous m'avez beaucoup effrayée ce jour-là. »
Thranduil se rappela tout ce qu'il avait pu lui dire, lui faire subir. Son regard se voilà d'amertume, et très sincèrement il s'excusa :
« Si tu savais comme je regrette tout ce …
- Non … car vous avez fait tellement pour moi. Sans vous je serai sûrement morte aujourd'hui …. et je n'aurai jamais connu ce que vous m'avez offert cette nuit ... »
La sincérité qui illuminait son visage le rendit muet, et totalement à sa merci. Puis il remarqua quelque chose, il fronça les sourcils, perplexe, et demanda :
« Pourquoi tu me vouvoies Gilthoniel ? »
Elle haussa les épaules avec lassitude, et craignant d'être submergée par une émotion trop forte, elle murmura presque :
« Je ne sais pas. Vous êtes un Roi Thranduil, et malgré ces heures magiques, vous demeurez roi. Je pense que je garde une distance, une marge de manœuvre pour ne pas trop souffrir.
- Souffrir de quoi ?
- De l'abandon ... Tout comme je l'ai fait avec Legolas, je ne vous demanderai rien, majesté. Je suis déjà tellement heureuse de ce que vous avez fait ... » sa voix se brisa et se tut.
Thranduil ouvrit de grands yeux surpris, saisissant la situation. Il lui embrassa les phalanges, et caressant le dos de sa main avec sa joue, il déclara :
« Je crois que tu n'as pas bien compris Gilthoniel … ce que je t'ai offert cette nuit. Je ne l'offre à personne d'autre, tu entends ? Ne te méprends pas sur ce qui s'est passé. Quant à mon rang, à tes côtés il n'existe plus. Je suis à toi à présent, rien qu'à toi, quoi qu'il advienne. »
Son regard bleu était animé par une conviction qui lui fit presque mal. Elle eut les larmes aux yeux et énonça, la peur lui étreignant le ventre :
« Ho non Thranduil … jamais je n'accepterai cela ..
- Tu n'auras pas le choix. Affirma-t-il d'une voix ferme en la dévisageant sans détour.
- Je … je vais mourir …. jamais je ne me pardonnerai de vous laisser seul. De vous faire souffrir. De supplicier votre coeur déjà si torturé…
- C'est à moi d'en décider, pas toi …. tu m'entends ? »
Elle hocha la tête gravement. Elle eut un léger mouvement de recul en voulant soustraire sa main à sa poigne si douce et ferme à la fois. Mais comme à son habitude, il la retint, puis la relâchant d'un seul coup, il se redressa dans le lit, et venant attraper ses lèvres des siennes il lui promit :
« Si ils t'enlèvent à moi, j'irai te chercher, où que tu sois. »
Elle faillit pleurer à ses mots, et sa pensée se brouilla sous ses attentions affectueuses. Son épiderme se hérissa sous sa caresse, et elle succomba sous ses envies. Comprenant peut-être seulement en croisant l'ardeur de son regard, tout l'amour qu'il lui vouait.
Quand le soleil fut bien plus haut, ils mangeaient tranquillement dans le talan de Gilthoniel, partageant des moments de complicité rare. Elle en apprit bien plus sur lui en quelques heures, que d'autres mettraient toute une vie. Et ses sentiments à son égards allèrent en croissant, indéniablement. Tant et si bien qu'elle buvait littéralement ses paroles, son histoire, et se perdait sans son regard bleu, où une flamme singulière s'était brusquement éveillée. On frappa à la porte, et Thranduil se cala dans le dossier de sa chaise, grognant un peu, pas franchement ravi d'être dérangé.
« Qui que ce soi, dis-lui que tu es à moi pour la journée ! Non mieux ! Pour cette journée et toutes les autres à venir ! Je pense bien te faire mienne jusqu'à la fin des temps ! » s'exclama-t-il un peu trop fort au goût de la femme, qui faillit partir dans un éclat de rire. Il lui offrit un sourire fier et taquin, qui la fit fondre malgré elle.
Elle lui fit signe de se taire et de ne rien dire. Quand elle ouvrit, elle se retrouva devant un Legolas plus que perplexe de la retrouver si radieuse en ce début de journée. Déstabilisé, il se racla la gorge, et ayant du mal à trouver ses mots il fit :
« Il y aura un conseil toute à l'heure, je viendrais te chercher. Mais ne te hâte pas, ce ne sera qu'en fin d'après-midi. Celeborn attend un messager de Minas Tirith.
- Que se passe-t-il au Gondor qui soit si important ? » la voix de Thranduil s'éleva derrière Gilthoniel, dont les cheveux se dressèrent sur la tête, et qui devint cramoisie.
Ses yeux argentés étaient grands ouverts, et de honte elle aurait voulu présentement, disparaître. Legolas finit d'ouvrir la porte, et quand il vit le visage de son père, il crut que son cœur allait s'arrêter. Jamais, tout au long de sa longue vie, il ne l'avait vu ainsi. Si brillant, si souverain, si en Vie. Il ouvra la bouche, gobant presque l'air comme une carpe hors de l'eau, alors que ses yeux ne cessaient de faire des vas-et-viens entre son amie et le roi. Comprenant la situation, il rougit légèrement au début, puis se campant sur ses pieds et croisant les bras, il déclara avec une désinvolture désarmante :
« Bon ! Je crois que je ne pourrais jamais plus partager mes nuits avec toi, Thoniel. C'est … dommage … c'était pourtant très agréable ! »
Gilthoniel ne respirait plus. Les phalanges arrimées à la porte, elle se sentit presque glisser hors de son corps tant l'embarras la noyait. Thranduil eut un magnifique sourire et répondit :
« Je savais bien, fieffé sacripant, que tu me cachais quelque chose ! Mais je l'ai deviné lors de la fête du printemps. Certains gestes ne trompent pas. »
Il s'avança vers Legolas, passant le seuil de la porte, il le serra dans ses bras et lui murmura :
« Je te remercie mon fils. Je te remercie pour ce que tu as fait pour elle. Ton amitié, ta loyauté, ton amour …. quand je ne serai plus en Terre du Milieu, tu feras un roi digne de ma fierté. »
Legolas se raidit sous ces paroles, sous cette étreinte, jamais, au grand jamais, son père n'avait eu de geste aussi tendre à son égard depuis qu'il était adulte. Les paroles de Faramir vinrent percuter ses souvenirs, et il se sentit étrangement fébrile. Il eut du mal à refermer ses bras pour lui rendre son enlacement filial, mais après de longues secondes, il se l'accorda, ce qui souleva quelque chose d'indescriptible en lui.
…...
Il s'écrasa plus qu'il ne se posa dans la cour gelée. Accentuant les douleurs de ses blessures. Autours de lui un affairement sans égal s'activa, ce qui le fit grogner plus qu'autre chose. Un des gobelin eut l'indélicatesse de lui toucher une plaie, et il l'écrasa sous sa queue dans un mouvement vif. Un éclair zébra le ciel, et une pluie glaciale commença à tomber, le frigorifiant jusqu'aux os. La plaie à sa cuisse était sanguinolente et lui lançait. Même si il avait remporté la partie, Gilthoniel s'était plus que bien défendue. L'élancement qu'il ressentit là où son encolure et son épaule se rejoignaient, lui rappela l'attaque qu'elle lui avait lancé. Il n'avait jamais vu pareil feu auparavant. Sauf celui qui descendait du ciel. Belegurth s'avança, et venant à ses côtés il demanda d'une voix froide :
« Qui t'a fait cela ?
- Un dragon …
- Un quoi ? Impossible !
- Et pourtant … mais il n'était pas comme moi... » soupira-t-il en gémissant de douleur.
Le souverain noir resta silencieux face à cette découverte, l'air profondément contrarié. Faisant le tour de son corps massif, il regarda l'ampleur des dégâts. La respiration de Carach était longue et poussive, l'animal était à bout de forces. Venant se poster devant la gueule noire du dragon, il questionna d'une voix tendue qui trahissait sa colère :
« Et le Coeur du Dragon ? »
Carach ferma ses yeux d'or un instant, sachant pertinemment que cela n'allait pas lui plaire.
« J'ai suivi le chant, jusqu'aux Monts Brumeux, j'ai pulvérisé la montagne pour arriver à la salle, mais ils y étaient déjà …
- Ils ? Qui ils ?
- Les elfes et le nain. Je pensais pouvoir me repaître de leur carcasse, mais ce dragon est apparu ! Il a surgit de derrière la statue, et s'est mis en travers de mon chemin. Je n'ai pas trouvé la gemme que vous vouliez... »
L'homme au capuchon sombre serra les poings, et voyant ses espoirs se volatiliser comme neige au soleil, il sentit un noir courroux s'élever en lui. Alors qu'il allait réellement se laisser aller à ses plus viles expressions, Carach le coupa :
« Ce dragon était argenté, et il ne crache pas du feu …. mais des éclairs ... »
Le regard du suzerain s'arrondit de surprise, venant tout près de lui d'un pas hâtif, il s'exclama jubilatoire :
« En es-tu certain ?!
- Oui, il m'a d'ailleurs touché, voyez par vous-même ... »
Belegurth alla voir la blessure, et grimaçant sous l'aspect carbonisé de ses écailles et l'odeur qui s'en dégageait, il se tourna et se mit à faire les cents pas. Il dit plus à voix haute qu'à l'adresse de Carach.
« Un fëalóki !Ils avaient totalement disparu, comment cela est-il possible ? Puis se figeant d'un coup il demanda vivement : l'as-tu tué ?
- Non.
- Tant mieux ! Et je t'interdis de le faire ! Si ce dragon est ce que je pense, il viendra ici tôt ou tard. Le plus tard sera le mieux, que j'ai le temps de paramétrer ma machine. Et qu'il atteigne sa pleine croissance, ou puissance, si tu préfères, ne sera que mieux ! Et quand il sera là …. le Coeur du Dragon ne sera qu'une broutille comparé à ce que je pourrais tirer de lui ! »
Belegurth s'éloigna d'un pas vif vers la place glacée, là où trônait son œuvre démente, et sans un regard en arrière il lança à voix haute :
« Soigne-toi et repose-toi ! Tu vas avoir du pain sur la planche ! »
Carach soupira, il décolla tant bien que mal. Ses blessures le faisaient atrocement souffrir, puis, exténué il arriva à son antre, où il s'étala de tout son long, pour rejoindre un sommeil qui allait durer plusieurs jours.
Ses songes le menèrent à la Brande Desséchée, chez lui, là où ceux de son espèce, venaient apparemment pour mourir. Il s'allongea sous le soleil, et il ne fut que peu surpris de voir son ombre se découper devant lui pour atteindre le bout de son museau. Il leva ses yeux d'or sur elle, et il plissa les paupières pour ne pas être aveuglé par ses reflets.
« Que fais-tu ici …. petite sotte ? » demanda-t-il à Gilthoniel sous sa forme draconienne, qui le toisait de toute sa hauteur. Il put déceler dans ses yeux d'argents de la peine, une empathie insupportable.
Il se redressa dans un élan d'orgueil et lâcha en colère :
« Tu m'as bien caché ton jeu sale gamine !
- Je ne le savais pas moi-même. Je ne l'ai su que quand j'ai franchi la porte, et atteint le Coeur du Dragon. Jamais, je n'aurai pu imaginer, que cet acte, me mènerait à tout ceci... »
Elle avait l'air sincère, et plus épuisé qu'autre chose, Carach ne chercha pas plus avant. Il voulait seulement se reposer.
« Alors tu sors d'où dis-moi ? D'un chapeau magique elfique ? Éternua-t-il, dédaigneux.
- Non … d'une étoile. Les Valars m'ont fabriqué, d'après ce que je comprends, pour te contrer, ou contrer ton maître. »
Carach eut un rire morbide et sortant sa langue reptilienne pour humer l'air, il fit moqueur :
« Tu penses pouvoir m'arrêter ? Je t'ai laissé la vie sauve la dernière fois.
- Je le sais. Mais notre prochaine rencontre sera différente, j'aurai la pleine possession de mes moyens, et tu le sais ! »
L'attention dorée du dragon noir se fit moins vive, et regardant le sol il réfléchit un moment. Portant ses yeux vers le lointain, vers l'Est, il déclara mélancolique :
« Et si on partait Gilthoniel ? Vers les Terres Inconnues ? Retrouver ceux de notre espèce, de notre race ? »
Le dragon d'argent eut un hoquet de stupeur face à cette demande, et rivant son regard vers là où regardait Carach, il soupira. Etrangement, l'idée lui plut sur l'instant. Après tout, lui-seul était comme elle, et elle comprenait sa lassitude. Puis reposant ses yeux sur lui elle répondit :
« Je ne le peux ..
- Bien sûr que si tu le peux petite sotte ! Rien ne peut résister à un dragon !
- Les magiciens, les elfes …. les Valars … Melkor. A ce nom le dragon noir frissonna. Et puis, mon amour me retient à présent ici. Rejoins-nous Carach. Je sais ce que ton esprit renferme ! Délaisse cet homme qui te maltraite, et rejoins-nous ! Ensemble, nous déferons ses desseins machiavéliques. »
Carcah cracha un rictus sombrement moqueur, reposant ses yeux jaunes sur elle, il l'informa :
« Sais-tu qui il est Gilthoniel ? Il est l'avatar de Melkor lui-même ! Comme il a été exilé en dehors des cercles du monde, il a trouvé ce moyen pour réinjecter une partie de son essence ici ! Penses-tu pouvoir vaincre un dieu ?! Il te tuera dès-lors que tu voudras l'affronter. Et puis … il est mon créateur, autant que les Valars sont les tiens ...
- C'est faux ! Tu le sais ! S'écria Gilthoniel. Melkor n'est en aucun cas ton créateur ! Même si tu es né sous son joug, il n'a fait que se servir de toi ! …. Quant à mourir en l'affrontant, je le sais déjà. Je suis ici pour cela …. que pour cela. »
Le regard ambré de Carach s'assombrit à cette déclaration, puis il déclara, fataliste :
« La prochaine fois que l'on se verra, l'un de nous n'en réchappera pas Gilthoniel. Puisse ce jour ne pas arriver, car je n'ai nulle envie de prendre la vie d'un des miens. Si tu me pousses dans cette voie, je le ferai, je n'aurai pas le choix. »
Il lui tourna le dos, et regardant l'horizon il s'exclama d'une voix traînante :
« Vas-t-en … petite sotte ... »
L'esprit de Gilthoniel fut purement et simplement évincé de celui du dragon noir, et elle s'éveilla en sursaut dans la fraîcheur de son talan.
Elle vit Thranduil assit sur une chaise, qui l'observait en silence. Il attendit qu'elle reprenne ses esprits, et il dit d'une voix douce :
« Il est temps. Legolas est venu nous chercher, vas te changer ».
Elle regarda son corps totalement dévêtu sous le drap fin, et avec un sourire espiègle elle lui lança :
« Vous êtes sûr de vouloir cela majesté ? »
Il secoua la tête et fit amusé :
« Dangereuse tentatrice que tu es ! Oui je le veux. Celeborn nous fait demander alors on s'exécute jeune-fille ! C'est un roi lui aussi, alors tu te presses ! »
Elle se mordit la lèvre inférieure une fraction de seconde, tant l'air austère qu'il affichait là, lui donnait tout un tas d'autres idées plus déraisonnables les une les autres. Elle s'exécuta néanmoins, et alla se rafraîchir et se changer. Elle revint habillée d'une robe elfique de couleur bleu nuit, qui faisait ressortir ses cheveux et son regard, de façon saisissante. Elle lui fit une révérence parfaite, ses cheveux venant ainsi effleurer le sol, et calant son regard dans le sien elle lui dit :
« Vos désirs sont des ordres Majesté. »
Elle lui offrit un magnifique sourire vainqueur quand elle vit que les idées farfelues qui l'avaient animée quelques minutes plus tôt, venaient de se frayer un passage dans la tête de Thranduil. Elle se redressa, et allant ouvrir la porte, elle lui fit un signe d'invite. Thranduil soupira longuement, définitivement vaincu par l'air malicieux de la femme qui lui faisait front.
La grande table ovale se tenait entre eux, Thranduil et Celeborn côtes à côtes, sur deux immenses fauteuils finement ouvragés, présidaient l'assemblée. Duilwen et Haldir se tenaient sur la droite, à côté de Celeborn. Legolas, Gilthoniel et Gimli sur la gauche, du côté de Thranduil. Tous attendaient patiemment que débute l'assemblée. Celeborn commença :
« Merci d'être tous là, nous avons à débattre de plusieurs sujets aujourd'hui. Et l'on commencera par le message qui nous est parvenu du Gondor. Il fit une courte pause. Erebor a été attaqué il y a un peu plus de deux semaines ..
- Comment ? S'écria Gimli surgissant de son fauteuil. Et personne ne m'a rien dit avant ?!
- Les nouvelles sont arrivées trop tard, vous étiez déjà partir pour les Monts Brumeux maître Nain. Le dragon a fait un crochet apparemment par le Montagne Solitaire avant de vous rejoindre.
- Qu'est-il allé faire là-bas ? Demanda Legolas perplexe.
- D'après les informations que nous avons, il n'était là-bas que pour faire un rapt.
- Un rapt ? S'étonna Haldir en levant un sourcil curieux.
- Oui, il a tué de nombreux nains, mais en a enlevé aussi. Seuls les Valars savent pour quoi.
- Parce que nous sommes d'habiles forgerons, et des mineurs hors pairs ! Qui d'autres que nous va aussi profondément dans le ventre des montagnes ?! Et l'attaque des Monts de Fer prouvent que ce dragon est attiré par autre chose que les trésors ! Fit Gimli très sombre.
- Il ne fait pas ça pour lui … » déclara alors Gilthoniel presque absente, visant la surface plane et blanche qui était devant elle.
Tous les regards convergèrent vers elle, et rougissant légèrement face à cette attention accrue, elle continua :
« Il fait ça pour Belegurth.
- Comment sais-tu cela ? Demanda Duilwen suspicieuse en aiguisant son regard.
- Il me l'a dit. »
Tous retinrent leur respiration face à cette révélation. Elle serra les doigts sur sa robe, sentant son coeur s'emballer dans sa poitrine. Elle savait l'animosité de certains à son égard suite à sa transformation. Elle porta un regard presque affolé à Thranduil, et celui-ci lui fit un léger sourire en signe de soutien, l'invitant à continuer. La main de Legolas se ferma sur une des siennes, la pressant légèrement pour lui montrer qu'il était là.
« Parfois, en songe, nous nous parlons. Il m'a dit que Belegurth était derrière tout ceci. Qu'il était l'avatar de Melkor que …
- Comment oses-tu te tenir ici alors que tu as un lien directement avec le dragon noir ?! Tu mets nos vies en danger, à tous ici présents ! » S'écria alors Duilwen soudainement en l'incendiant du regard.
Gilthoniel s'écrasa dans le dossier de sa chaise, ne s'attendant pas à une attaque aussi subite venant de sa part.
« Il suffit ! » l'ordre claqua comme un coup de fouet.
Duilwen resta figée dans l'espace, et le visage défiguré par la surprise, elle regarda Thranduil, confuse. Son regard glacial était le pire des avertissements. Elle se rassit aux côtés d'Haldir, interdite. Celeborn eut un regard plein de mansuétude à l'égard de la femme aux cheveux de cendre, et il demanda d'une voix douce :
« Je pense que je dois éclaircir un point avant toutes choses. Gilthoniel ? Viens s'il te plaît. »
Elle regarda Celeborn, à la limite de la panique la plus totale. Legolas hocha la tête, lui disant qu'elle pouvait lui faire confiance. Elle se leva, fébrile, et s'approchant du roi elle vint à ses côtés. Celeborn se leva, et devant tous, il vint lui baiser le front. Il la regarda dans les yeux, et lui caressant la joue il dit à voix haute pour que tous entendent :
« Que le prochain qui te manque de respect le fasse devant moi, et je le punirai sévèrement. Tu es un don Gilthoniel, quoi que tu puisses en penser. Vas te rasseoir. »
Tous savez ce que je geste voulait dire. Celeborn lui-même venait de lui donner sa bénédiction. Sous le regard médusé de l'elfe aux yeux verts, qui ne comprenait décidément plus rien. Celeborn coula une attention presque noire à son encontre, et continua :
« Je ne sais pas si elle vous a dit ce qu'elle était. Mais elle n'est pas un dragon ordinaire. Elle est de la première souche, la plus pure, celle qui, aux côtés des Elfes, a foulé en premier Aman. Les dragons que nous connaissons, qui ont frappé le monde de leurs maux, étaient avant tout autres. Ils étaient sages, bienveillants, doués de tellement de bienfaits, qu'ils étaient presque vénérés. Ils pouvaient prendre l'apparence qu'ils souhaitaient. La forme elfique étant la plus courante, car ils n'avaient de contact qu'avec nous et les dieux. Mais, Melkor voyant en eux un instrument de destruction, les fit siens. Tout comme les orques ont été créés à partir des nôtres, il fit des dragons, de fidèles vassaux. Pervertis par la souffrance, et par le mensonge. Il transforma leur soif de richesse, qui était à la base la connaissance, en une soif de fortunes matérielles. Altérant de ce fait, tout ce qu'ils étaient. Ils renièrent la lumière et la bénédiction des Valars. Ainsi, ces derniers se détournèrent d'eux, et les descendants des premiers dragons, restèrent dans l'obscure emprise de Morgoth. Gilthoniel est différente, car elle a été conçue, comme les siens avant elle. Comme le premier fut façonné. Un souffle, une magie puissante, directement tiré des feux d'une étoile. Alors, quand vous l'insultez, que vous mettez ce qu'elle est, en doute, vous remettez aussi en question la grâce que les Valars lui ont accordé. Je me fais bien comprendre ? »
Tous restèrent cois devant cette déclaration. Gilthoniel le dévisageait, entre la joie et une tristesse sans nom, tant elle comprit que son rêve, n'était en fait, que les souvenirs ancestraux de ceux de sa race. Une mémoire astrale éternelle.
« Pourquoi ne nous reste-t-il rien de cette époque ? Demanda Haldir. Aucun écrit, aucune chanson ?
- Parce que les dragons, étaient voués à ne pas franchir les limites des îles enchantées. Les seuls qui y parvinrent furent les enfants de Melkor. Ainsi, seuls les dragons de ce monstre atteignirent la Terre du Milieu. De ce fait, personne ici, n'en a connu.
- Comment savez-vous tout ceci alors? Demanda Legolas fasciné.
- Dame Galadriel a fait un rêve. Les Valars lui ont parlé. Lui ont annoncé la venue de Gilthoniel, et le secret qu'elle renfermait. Elle l'a privé de son pouvoir dès le début, car il était trop tôt, et ici, un dragon en liberté aurait-été une situation trop fâcheuse à gérer. Il fallait attendre. Attendre qu'elle grandisse, qu'elle se fasse une expérience sur ces terres. Mais le temps nous a manqué …. Melkor a usé d'un vieux stratagème pour accélérer la croissance du dragon, nous avons dû palier à cela.
- Voilà donc pourquoi elle est devenue adulte si vite … dit Thranduil, un mystérieux sourire dessiné sur le visage, alors que la vision enchanteresse qu'il avait eu d'elle, lui revenait.
- Oui. Et nous nous en excusons encore Gilthoniel. Tout ne s'est pas passé comme convenue. » Dit sincèrement Celeborn.
Elle ne dit rien en réponse, elle ne put que rougir stupidement face à cette justification publique.
« La situation est critique, nous devons aller à Minas Tirith avant que le Roi Elessar, aux côtés du roi Dáin II, ne fasse une avancée suicidaire vers le Nord. Ils ne pourront pas vaincre un dragon et l'armée de Belegurth de concert ! Exprima tout haut Legolas, inquiet pour son ami.
- Mon peuple affronte les dragons depuis toujours Legolas ! On ne va pas se laisser faire aussi aisément !
- Nous sortons à peine de la guerre, Gimli fils de Glóin, vos troupes, celles des Hommes et celles des Elfes, s'en sont retrouvées fortement réduites. Sans parler des nôtres, dont la plus grande partie, ont pris les bateaux aux Havres Gris. Fit sagement Celeborn en le regardant chaleureusement. Nous ne pouvons gagner. Sauf si Gilthoniel vous accompagne, et avant de placer un dragon aussi blanc soit-il dans une armée, je pense qu'il serait sage d'en informer les souverains. »
Le coeur de Gilthoniel se serra le moment arrivait à grand pas. Elle donna un regard inquiet et douloureux à Thranduil, qui en comprit tout le message.
« Ainsi donc vous partirez à Minas Tirith. Prenez encore quelques jours de repos, profitez du couvert de la Lothlórien. Je vais envoyer un message au Gondor pour les avertir de votre venue. »
Sur ce, ils se levèrent tous et se saluèrent courtoisement. Celeborn sourit à Gilthoniel avant de partir de son côté. Gimli regarda la femme aux cheveux de cendre qui était à son côté droit, et il déclara d'une voix bourrue mais étonnamment chaleureuse :
« Sûr qu'avec un dragon comme vous à nos côtés, la victoire nous est acquise ! »
Elle plongea son regard d'argent dans le sien, taisant ce qui lui vint à l'esprit, la douleur sourde qui l'habitait. Elle lui offrit un sourire, et d'une voix chaude elle appuya ses dires doucement :
« Oui Gimli ! Nous gagnerons ! »
Satisfait il s'en alla aux côtés de Legolas qui avait perçu son trouble. Une envie soudaine étreignit Gilthoniel, elle chercha Thranduil du regard, mais il n'était plus là. Alors elle prit le chemin de son talan, pressée de rentrer, de se cacher, de fuir un peu sa destinée. Une voix l'arrêta dans sa course, la figeant totalement.
« Gilthoniel ?! »
Elle se stoppa net. Se retournant lentement, elle se trouva face à Haldir et Duilwen qui venaient à sa rencontre. Elle recula d'un pas, encore secouée par la véhémence de la femme elfe. Cette dernière était mal à l'aise, ça se voyait. Haldir lui fit un salut courtois, et assumant totalement ce qu'il était et ce qu'il avait fait il avoua :
« Je suis désolée Gilthoniel. Pour tout. J'ai eu tellement peur pour nous tous ….
- Je sais que vous êtes un coeur vaillant Haldir. Vous avez su le prouver maintes fois. Je ne m'attarderai pas sur les griefs qui nous animent, la vie est trop courte ! Nous pouvons si aisément la perdre, et ce tous les jours. Comme je vous l'ai déjà dit, je vous souhaite beaucoup de bonheur. Et je ne vous en veux pas pour le fait d'avoir voulu me laisser sur place, alors que je vous avais sauvé la vie à tous. Sur ce, excusez-moi, mais je dois partir. »
Elle les salua avec tout autant de courtoisie, et même si les excuses d'Haldir étaient les bienvenues, le moment était mal choisi. Haldir et Duilwen restèrent figés quelques secondes. Stupéfaits de la manière dont elle avait usé de l'art de la répartie. Concis mais cinglant. Ils se regardèrent, puis un sourire étira leurs lèvres. Ils l'avaient bien cherché, après tout.
Gilthoniel volait presque dans les escaliers et les ponts suspendus. Comme la brise qu'elle savait être parfois, agile et rapide. Elle arriva à son talan, essoufflée, et ouvrant la porte avec vigueur, elle se trouva néanmoins surprise de le trouver vide. Frustrée, elle la claqua derrière elle, et se jetant sur son matelas en regardant le plafond, elle essaya de calmer ce qui grondait en elle. Elle sourit quand elle entendit la voix de Thranduil s'élever dans l'ombre.
« J'ai failli attendre. »
Elle eut un petit rire en comprenant son allusion. Puis son regard se fit triste, alors qu'il s'avançait vers elle. Elle se leva prestement, et prenant les devants elle vint se coller à lui avec force. Les discussions avaient éveillé un sentiment d'urgence qu'elle n'avait jamais connu. Prenant le visage du roi dans ses mains elle vint lui prendre un baiser, puis un autre, assouvissant la fièvre qui la dévorait. Thranduil eut un sourire lumineux totalement dévoré par l'ardeur de la femme dans ses bras. Elle le précipita sur le lit, et se plaçant au-dessus de lui, elle le supplia :
« Aimez-moi Thranduil …. encore et encore …. »
Le roi saisit son regard angoissé, la panique qu'elle renfermait. L'idée de le perdre, avait tout d'un coup mis au grand jour, tout ce qu'elle ressentait pour lui. Il se plia à sa volonté, désirant avec application, détruire tous les sombres démons qui la possédaient.
…...
Ils partirent près d'une semaine après. Le temps était à la pluie en ce jour de départ printanier, et cela ne mit pas forcément tout le monde de bonne humeur. Gilthoniel vint vers Gimli, et chevauchant à la hauteur du cheval de Legolas elle s'exclama :
« Arrêtez de râler Gimli ! Ce n'est qu'un peu de pluie, rien de plus !
- Ça mouille, et j'ai horreur d'être mouillé !
- Couvre-toi alors ! Lança Legolas en riant.
- Vous êtes infernaux tous les deux ! Lança Gimli en finissant de marmonner dans sa barbe fournie.
- Ce sont des pluie de printemps, elles peuvent durer, je vous conseille de vous armer de patience maître Nain ! » Renchérit Haldir avec un sourire chaleureux.
Gimli ne dit rien de plus, il se contenta de bougonner quelque chose, et il ne parla plus pendant un très long moment. Il faut dire que le bruit répétitif des gouttes tombant sur son casque, avait quelque chose de très désagréable. Thranduil chevauchait au milieu, Duilwen à l'avant, aux côtés d'Haldir. Legolas et Gimli fermaient la marche. Gilthoniel restait le plus souvent possible avec eux. A part Legolas, nul ne savait que le roi et elle avait une relation intime. Elle ne voudrait certes pas mettre Thranduil en défaut. Cependant, ce n'est pas elle qui faillit trahir leur secret, mais lui. Il ne cessait de donner des coups d'œil à l'arrière pour pouvoir la regarder de temps à autre. Elle se mit à sa hauteur, et à voix basse, profitant du bruit des pas des chevaux et de la pluie.
« Vous devriez prendre garde Seigneur. Un regard peut en dire long.
- Je sais. Mais …
- Mais rien ! Nous avons trop à traverser encore pour dévoiler tout ceci. Attendons que les choses se tassent. Dit-elle sagement.
- Me donnerais-tu des ordres ? Demanda Thranduil légèrement froissé par la situation.
- Non. Je vous donne un avis. On ne sait pas ce qui nous attend, comment vont réagir les chefs de guerre. Si ils décident de me rejeter, pire, de m'abattre, je ne veux en aucun cas que vous soyez mêlé à tout cela.
- Je le suis déjà Gilthoniel. » fit-il légèrement de mauvaise humeur face à sa réaction.
Elle braqua son regard dans le sien, et très sincèrement, elle appuya :
« Non Thranduil. Vous ne l'êtes pas encore. Il faut absolument nous laisser cette marge de manœuvre pour la suite.
- Ce que tu me demandes est impossible Gilthoniel …
- Rien ne vous est impossible Majesté …. » lui répondit-elle avec un sourire fabuleux.
Il soupira, s'avisa qu'elle n'avait pas tort. Mais rien que l'idée de la voir marcher derrière lui, de ne pas pouvoir être avec elle comme il l'entendrait, était une torture. Là qu'il avait retrouvé le goût de vivre, que sa chaleur avait envahi sont coeur, il ne voulait plus s'en défaire. Il allait ajouter quelque chose, et avec un regard complice elle lui chuchota :
« Plus tard …. mon roi. »
La route fut très longue, près de dix journées pour arriver enfin à Minas Tirith. Ils virent sur la grande route commerciale, des réfugiés du Nord qui tentaient de trouver refuge plus au Sud. Tous saluèrent Thranduil à son passage, mais il était pressé d'arriver, à tel point qu'il aurait voulu passer inaperçu. A deux kilomètres de la cité, ils virent un cavalier arriver vers eux au galop. Le cheval était bai brun, et l'homme le chevauchant avait un aspect assez jeune. Il arriva à leur hauteur, et les saluant rapidement, il fit :
«Ravi de vous voir arriver enfin, sains et saufs. Le roi Elessar vous attend. Je suis Faramir, intendant du Gondor, je vais vous escorter.
- Vous nous honorez de votre présence Faramir ! » S'exclama Legolas heureux de revoir leur ami.
Faramir vit Gilthoniel à côté de l'elfe, et frappé par sa beauté, il sourit et demanda :
« Et qui est cette charmante demoiselle ? »
Gilthoniel n'avait pas croisé de mâle de la race des Hommes depuis son enfance. Elle fut surprise de son comportement, les elfes n'étaient pas si direct. Thranduil vit le regard de Faramir, et serrant la mâchoire il déclara sèchement :
« Ma protégée ! Je l'escorte jusqu'au roi, je pense que le message de Celeborn vous en parlait. »
Faramir n'avait jamais rencontré Thranduil, mais il en avait entendu parlé. Il était clair que le roi Elfique, en cet instant même, était l'image parfaite que Gilthoniel avait vu lorsqu'elle l'avait abordé pour la première fois. Dédaigneux et hautain à souhait. Faramir ravala sa bonne humeur, et reprenant le chemin de la cité blanche, il se mit aux côtés de Legolas, leur racontant tout ce qui s'était passé depuis leur dernière rencontre. Et bien que pressant de questions, le prince ne dit pas grand chose, et Gimli encore moins. Ils arrivèrent enfin, et Thranduil s'en félicita, il n'aimait pas particulièrement les Hommes, et là il allait devoir évoluer parmi eux des jours durant. Il chercha les yeux de Gilthoniel alors qu'ils descendaient de leur monture sur la grande cour royale, au sommet de la cité, et il remercia les Valars de pouvoir croiser ses iris argentés, c'est en eux qu'il allait devoir puiser toute sa patience et sa force. Aragorn arriva, Arwen à ses côtés. Les retrouvailles furent longues, et le souverain de la Forêt Noire ne souhaitait qu'une chose, que cette journée se termine. Le soleil descendait à l'horizon, et il était fatigué.
« Nous vous laisserons vous reposer pour cette soirée, votre chemin a été long. Nous ferons un grand banquet en votre honneur Seigneur Thranduil, dès demain soir.
- Merci de nous accorder ce répit Roi Elessar. J'avoue qu'un peu de calme me ferait le plus grand bien. » dit-il en coulant un regard lassé sur l'animation qui les entourait.
Aragorn ne put que sourire face à la mine très aristocratique que Thranduil leur servait. Il s'aperçut à cet instant à quel point Legolas était différent. Et comprit tout aussi simplement, pour quoi son ami elfique, ne retournait que rarement voir les siens. Aragorn les escorta à leur chambre respective, et Thranduil pesta intérieurement de voir que les loges royales étaient trop rapprochées à son goût. La bonne nouvelle, c'est que comme Gilthoniel était inconnue, et de se fait présentée comme sa pupille, ils lui donnèrent une chambre de haut rang, pas si éloignée de la sienne. Il la détailla un instant, alors qu'Aragorn parlait du faste de leurs appartements. Elle avait de grands yeux émerveillés devant les murs blancs gigantesques, les sculptures, les dorures et les tableaux. Il vit pendant quelques secondes, la petite fille qu'il avait recueilli, transparaître à travers elle. Et son coeur se serra d'attendrissement. Puis ils durent se séparer,. On leur apporta de quoi manger dans leurs appartements. Et la nuit passa, longue, silencieuse. Là Thranduil ne tint plus. Il se faufila dans le couloir, sans bruit, et entrant dans les appartement de la femme qui avait ravi son coeur, il se sentit vivre comme rarement. Il la trouva sagement endormie, le visage tourné vers la fenêtre. La lune était dans son dernier croissant, et on la voyait par la croisée. Il se douta qu'elle avait dû la regarder longuement avant de s'endormir. La flamme d'impatience dévorant son coeur se fit vive, et s'allongeant à ses côtés, il étouffa sa surprise dans un baiser. Puis il lui promit sagement d'être de retour dans sa suite bien avant l'aube, promesse qu'il faillit ne pas tenir, bien naturellement.
Dans la journée Eomer, arriva. Le représentant du Rohan avait été également convié au banquet. Eowyn et Arwen étaient le plus souvent ensemble, et elle kidnappèrent littéralement Gilthoniel pour en savoir plus sur elle. La femme aux cheveux de cendres de sentait perdue, même si ces femmes avaient l'air des plus doux et gentil, elle n'avait plus ses repères, et elle était quasiment en apnée tout le temps. Elle n'aimait pas être séparée de ses amis et protecteurs. Comment leur expliquer, que dans le fond, elle n'avait pas grandi comme elles avaient pu le faire, et que son expérience du monde était restreinte. Ici tout était trop criard, trop bruyant. Alors que les heures défilaient, elle se sentait de plus en plus mal. Elle chercha Thranduil du regard de nombreuse fois, mais il demeurait invisible. Elle voulait être seule, elle prétexta une fatigue soudaine pour retrouver le calme de ses appartements. Elle se faufila rapidement vers le couloir qui la menait à sa chambre, désorientée, à la limite de la suffocation, elle n'arrêtait pas de regarder si on ne la suivait pas. Cet endroit, après l'avoir émerveillé, la terrifiait. Tandis qu'elle tournait la tête une énième fois pour voir derrière elle, elle se cogna fortement à quelqu'un qui traversait à ce moment là. Elle se retrouva face à un homme châtain, presque blond, dont les yeux clairs la dévisageaient sans retenue. Il eut un sourire ravi, alors qu'elle se reculait de deux pas, et s'exclama :
« Et bien l'on trouve de bien belles choses dans les couloirs de ce château ! Perdue Mademoiselle ? »
il ne pouvait passer outre ses cheveux gris foncés, et ses yeux d'argent. Sa beauté quasi parfaite qui rappelait tant les Eldars. Et même si il avait croisé nombre de belles femmes dans sa vie, il sut de suite que celle-ci était un joyau.
Gilthoniel regarda le couloir derrière lui, il lui barrait le passage, et elle n'aimait pas ses manières. Il portait un blason avec un cheval blanc, et elle reconnut l'emblème du Rohan. Les Rohirrims étaient normalement des gens d'honneur. Il la fixait intensément, trop à son goût, ce qui la fit rougir. Il lui prit la bras, et faisant un baise-main parfait, il demanda en la dévisageant toujours :
« Comment vous appelez-vous bel oiseau ?
- Gilthoniel ? » Fit une voix froide qui s'éleva du couloir.
L'homme du Rohan fit volte-face pour se retrouver devant la froide colère de Thranduil. Gilthoniel profita de cette diversion pour passer à côté et rejoindre l'elfe.
« Elle est sous ma protection, Eomer fils d'Éomund, Roi du Rohan.
- Je ne voulais en aucun cas vous offensez, ou l'offenser elle, Roi Thranduil. Je demandais juste son nom.
- Vous le savez à présent. » fit le roi elfique sans détour.
Les deux hommes se toisèrent quelques secondes, puis Eomer comprit que sa présence gênait. Il salua Thranduil très respectueusement, décidant d'aller voir Legolas sur-le-champs.
« Tu vas bien? » Demanda Thranduil en changeant littéralement d'expression.
Gilthoniel qui ne voulait pas être vue, se glissa par la porte ouverte des appartements du souverain, et une fois qu'il eut fermé derrière lui, elle le prit dans ses bras. Le serrant fort, elle le supplia :
« Ne me laissez plus jamais seules avec tous ces gens, je vous en conjure. »
Sa détresse était perceptible dans sa voix, et Thranduil se doutait qu'un bain de foule aussi brusque la déstabiliserait. Elle ne connaissait que le calme, la nature, les forêts. Ici, tout devait être trop violent pour elle. Il lui déposa un baiser dans les cheveux, et il lui dit :
« Tu peux rester ici ou tes appartements jusqu'à ce soir si tu le désires. Mais sois à l'heure au banquet. Et dans tes plus beaux atours, je veux que tu fasses impression.
- Impression ?
- Oui, c'est purement tactique. Ce sera plus facile de les convaincre si le dragon est en fait, la femme la plus belle du monde ! »
Elle eut un petit rire, ce qui rassura le roi. Puis elle fit :
« La femme la plus belle du monde ? Rien que ça ?
- Oui. Affirma alors Thranduil. Pour moi, tu l'es. »
Gilthoniel resserra son étreinte légèrement, heureuse de se trouver dans ses bras.
Les gens arrivaient peu à peu. Legolas, Gimli et Faramir, discutaient avec bonne humeur près d'une table où des mets étaient déjà exposés. Eomer les accosta, et regardant Legolas il fit :
« Et bien vil cachottier ! Vous ne nous avez pas dit que vous aviez une amie aussi belle dis-moi ?
- Pardon ? Demanda Legolas surpris.
- Gilthoniel ! C'est comme cela qu'elle s'appelle non ?
- Ho. Elle, oui, nous sommes amis. Comme frère et soeur même je peux dire.
- Et comment cela se fait-il que vous ne nous l'avez pas présenté plus tôt. Vu son âge, elle doit être femme à marier !
- Vous avez déjà une femme Eomer ! Lança Legolas qui n'aima pas du tout le sous-entendu qu'Eomer donnait.
- Et ? Pas parce que je suis à table que je ne peux pas regarder le menu ! » S'exclama Eomer sans mauvaises pensées pour autant.
Etrangement le sang de Legolas ne fit qu'un tour. D'une il ne supportait pas qu'on parle d'elle de la sorte, de deux, il pensa de suite à son père et aux répercussions qu'il pourrait y avoir si un autre homme s'approchait d'elle.
« Elle n'est pas libre ! » Fit Legolas la voix tendue.
Gimli regarda son ami, confus.
« Hé tout va bien Legolas. Si vous avez des vues sur elle, dites-le de suite ! Pas besoin d'être aussi virulent ! Exposa Eomer en levant les mains en signe de capitulation. Juste qu'une femme aussi belle ne devrait pas être cachée aux yeux du monde. De tels yeux, seraient les joyaux de n'importe quel royaume !
- Elle est son propre Royaume Eomer. S'il vous plaît, cessez de parler d'elle à présent ! » s'exclama Legolas qui les quitta soudainement, Gimli sur les talons. Eomer haussa les sourcils, et il dit à l'adresse de Faramir :
« Et bien ! Le mauvais caractère doit être de famille apparemment ! »
Gimli arrêta Legolas dans son élan, et le questionna franchement :
« Mais enfin Legolas ! Que t'arrive-t-il ? Il n'y avait rien d'offensant dans ses dires ! »
L'elfe dit au nain de le suivre, et s'éloignant de tout et de tous, il s'assit sur un banc, histoire de se calmer un peu.
« C'est compliqué Gimli. Gilthoniel a été plus qu'une simple amie pour moi, lors d'une unique, et non moins magique, nuit. »
Le nain ouvrit la bouche dans un « ho » muet. Legolas ancra ses yeux clairs dans celui de son ami, et avoua :
« Mais le pire n'est pas là. Le temps passant, mon père s'est découvert de forts sentiments pour elle. Et ils sont à présents liés. Comprends-tu ? Il pourrait déclenché un désastre si Eomer, ou un quelconque mâle venait à s'approcher un peu trop près d'elle !
- Pourquoi ne pas avoir officialisé ceci alors? Demanda Gimli toujours aussi perdu face aux agissements des Elfes.
- Je pense que c'est son idée à elle. Elle ne mettra jamais mon père en danger, que ce soit sa vie ou son honneur. Je crois qu'elle attend de voir où vont mener les événements. Elle serait capable de partir si elle voyait que ce qu'elle est, pause, d'une quelconque manière, du tort à mon père. »
Gimli soupira longuement. Il regarda sur sa droite, la salle au loin était de plus en plus bondée. Il se gratta la barbe et fit simplement :
« Moi tout ce que je sais c'est que le premier qui lui manque de respect, je lui botte le train ! Pour le reste, nous verrons bien Legolas ! Si ton père a pu tomber amoureux, je suis prêt à croire en tous les miracles du monde ! »
L'elfe eut un petit rire à sa boutade, et le remerciant du regard, il se releva, suivant son ami l'esprit un peu plus léger.
Il l'attendait, elle n'était pas réapparue depuis l'après-midi, où elle s'était terrée dans sa chambre. Il savait que des dames de compagnies avaient été la voir, mais rien de plus. Il regarda Aragorn et Arwen évoluer lentement, saluant tout le monde au passage, restant sous bonne surveillance bien évidemment. Même en temps de paix, il y avait toujours une garde rapprochée. Bien que Thranduil ait laissé la sienne à Mirkwood. Les souvenirs de sa forêt l'aspirèrent un instant, tant et si bien qu'il ne s'aperçut de sa présence que quand un calme relatif, suivi d'un long murmure, annoncèrent sa présence. Elle portait une robe de la même couleur que ses yeux, une cascade d'argent sur sa silhouette longiligne, ses cheveux étaient coiffés avec des tresses à la manière des elfes, et un diadème de mithril avec des gemmes bleues et blanches, ceignait son front. Si on lui avait dit qu'un jour il pourrait la trouver plus belle, il ne l'aurait pas cru. Tous la regardaient, étrangement émerveillé, et Thranduil ne fut pas dupe, il savait que le dons des Valars irradiait en cette soirée. Elle le cherchait du regard, cherchait désespérément un écueil dans cette marée humaine, et quand elle le vit, elle s'interdit d'avoir un geste ou un regard qui pourrait en dire trop long. Thranduil déglutit avec effort, il aurait tout le mal du monde à ne pas vouloir tuer tout ceux qui s'approcheraient trop près d'elle. Eowyn vint vers elle, souriante, et lui tendant la main elle s'exclama :
« Vous êtes si belle ma chère ! Une étoile venue des cieux ne pourrait pas donner plus agréable spectacle ! »
Forcément, tous ceux qui connaissait son secret se regardèrent d'un air entendu. Elle le mena près du roi et de la reine, et Gilthoniel fit la fierté de Thranduil en se tenant à la perfection. Elle laissa Aragorn lui présenter les souverains, leurs épouses, ses amis. Elle eut du mal à affronter le regard d'Eomer qui ne cessait de l'observer, comme si elle avait quelque chose sur le visage qui le dérangeait. Puis ils passèrent à table. Gilthoniel avait été placé à côté de Legolas, lui-même était à côté de son père. Elle s'empêcha de regarder le souverain elfique, et elle aurait aimé lui demander comme il la trouvait, si elle lui faisait honneur ? Le repas commença, puis les discussions redoutées arrivèrent. Ils commencèrent à parler du dragon, des pillages, des tueries. Et tout d'un coup Aragorn dévisagea Thranduil en lui disant avec une voix pleine de sous-entendus :
« Au fait ! Vous ne le croirez sûrement pas, mais nos archives on été cambriolées ! »
Tous se figèrent, et reposèrent lentement leur couverts sur la table. Thranduil affronta le regard d'Aragorn sans ciller et répondit d'un air totalement détaché :
« Etonnant ce que les gens sont capable de faire de nos jours. »
Les yeux d'Aragorn se firent très durs, et il demanda, réellement offensé par l'attitude du roi elfique.
« Comment avez-vous osé piller MA bibliothèque seigneur Thranduil ?! »
Il y eut un lourd silence, et tout le monde se tut. Aragorn avait attendu la fin du repas pour évoquer ce sujet. Il regarda les convives et déclara :
« Mes amis, la soirée est terminée, veuillez regagner vos maisons et appartements. Merci pour votre présence, que votre nuit soit douce. »
Tous désertèrent les lieux, sauf les principaux intéressés. Thranduil regardait Aragorn de toute sa hauteur, confortablement installé dans son fauteuil, il ne semblait pas le moins du monde effrayé par la situation. Eomer se dit que cet elfe devait être totalement fou.
« Des preuves pour soutenir vos allégations ? Roi Elessar …
- Mes gardes ont reconnus cette femme ! » Dit-il en pointant un doigt accusateur vers Duilwen, qui fut de suite encerclée par les gardes royaux.
Elle leva les mains au-dessus de la table, signifiant qu'elle ne tenterait rien. Thranduil ne supporta pas cette agression envers elle. Néanmoins, il sortit le parchemin de sa poche, tranquillement, et de façon calculé. Il le jeta sur la table, et fit :
« Voilà, le mal est réparé ! J'en avais besoin et le temps me pressait. Je n'avais pas le loisir de demander une autorisation aux nains, puis à vous par la suite.
- Et en quel honneur vous pensez pouvoir outrepasser vos droits ? Fit Aragorn en se levant lentement, posant ses poings sur la table.
- Mes droits ? Dois-je vous rappeler à qui vous vous adressez Seigneur Aragorn ? »
Les deux souverains se toisèrent un instant, et ce fut le roi Dáin II, que tout le monde avait occulté de la conversation, qui s'exclama :
« Ce parchemin nous appartenait Seigneur de la Forêt Noire !
- Je gage que c'était nécessaire ! lança Gimli en se levant aussi.
- Quelle honte sur vous Gimli, fils de Glóin, de pactiser avec ces gens ! » Cracha preque le roi Nain.
Tous se levèrent autours de la table alors que les esprits s'échauffaient peu à peu. Gilthoniel les regarda s'entre-déchirer stupidement. Elle se leva et sa voix tonna d'un seul coup, animée par une force qu'elle s'ignorait :
« Arrêtez ! »
Tous se turent, et toutes les têtes convergèrent vers elle. Thranduil vit son air déterminé, et il eut peur. Il se leva vivement, sous les expressions médusées des convives, et vint de suite à ses côtés, tout à côté d'elle. Son bras droit la frôlait, et tous ceux qui connaissaient les elfes, savez que cet infime détail avait de l'importance. Elle le fusilla du regard, mais il haussa les épaules en s'exclamant ouvertement :
« Je me suis trop longtemps caché Gilthoniel ! Il est fini ce temps, et au grand jamais, je ne te laisserai affronter tout ceci, seule ! »
L'assemblée baignait dans une confusion la plus totale. Thranduil dit à Aragorn :
« Faites sortir vos hommes Aragorn ! »
Il ne sut pourquoi, mais ce dernier accepta cet ordre. Une fois seuls, la voix de Gilthoniel s'éleva à nouveau, et son timbre était tout aussi puissant :
« Regardez-vous ! A vous insultez, vous déchirez, alors que beaucoup meurent dans la Nord ! Ce sont des enfantillages, des stupides joutes de pouvoirs, stériles et stupides ! Vous avez su faire preuve d'une plus grande sagesse fut un temps !
- Et qui êtes-vous, étrangère, pour parler aussi ouvertement à une table de Rois ?! l'invectiva Eomer trouvant qu'elle ne se tenait pas à sa place.
- Ce que je suis ? Vous voulez réellement le savoir ? Demanda Gilthoniel un éclat de métal froid dans le regard. Et c'était bien la première fois que ses amis le virent.
- Oui !
- Alors soit, puisqu'il n'y a que par la force que vous saisissez les choses, vous de la race des Hommes et des Nains ! Déposez vos armes, et suivez-moi !
- Hors de questions … commença à beugler le roi des nains
- J'ai dit ! Posez vos armes ! Autrement je vous laisse végéter dans votre stupidité, et je partirai seule au front ! »
Thranduil tressaillit à cette annonce, sachant pertinemment qu'elle en serait capable. Le bruit du métal lourd que l'on pose, s'éleva dans toute la pièce, puis tous la suivirent sans un bruit, jusque dans la cour royale. Il était très tard, et Aragorn finit de congédier tous ses serviteurs. Gitlhoniel prit de la distance, et Thranduil, le coeur lourd sachant ce qu'elle allait faire, fit un geste de la main en disant :
« Pas un pas de plus …. pour votre sécurité..
- Qu'est-ce à dire ? Demanda Aragorn soudain très inquiet.
- Vous allez voir, Roi Elessar. Soyez témoin d'un prodige, directement envoyé par les Valars ! » s'exclama Thranduil à l'adresse de tous.
Gilthoniel les observa de loin, et ne sachant plus trop comment il fallait le faire, elle se concentra. Le seul fait de penser aux siens, lui permit de se transformer. Elle ressentit une liberté énorme alors qu'elle accédait à nouveau à sa forme première. Elle étira les bras vers le ciel, et regardant les étoiles, elle se fondit dans l'aspect du dragon. Il y eut une lumière aveuglante, éblouissante comme un soleil. Quand elle eut disparu, tous eurent un mouvement de recul, et le roi Dáin II fit volte face pour aller chercher ses armes en courant. Gimli le retint et cria :
« Arrêtez ! Arrêtez tous ! Elle ne vous fera aucun mal ! »
Aragorn, d'abord possédé par la panique comme tous ceux qui ne la connaissaient pas, se calma quand il visa que Legolas, Haldir, Duilwen, Thranduil et Gimli qui ne fuyaient pas. Bien au contraire. Le dragon d'argent soupira d'aise, et étendant ses immenses ailes recouvrant de ce fait presque touts les jardins de la cour royale il s'étira comme après un long sommeil. Voyant la terreur sur leur visage, Gilthoniel se coucha simplement devant eux. La tête exposée, à quelques mètres de leurs pieds. Comme ce dragon n'avait pas l'air agressif, ils réussirent à contenir la peur qui les tenaillait, tous assaillis par un tas de questions anarchiques.
« Satisfait ? » demanda la voix de Gilthoniel qui s'extirpa de la gueule reptilienne qui leur faisait face.
Eomer, totalement paralysé, hocha bêtement la tête. Et tous firent de même.
« Comment … ? demanda Aragorn, sous le choc.
- C'est une longue histoire Roi Elessar. C'est la raison pour laquelle je devais avoir la carte au plus vite. Si nous n'avions pas fait cela, actuellement nous serions peut-être tous déjà morts. »
Gilthoniel reprit sa forme humaine, légèrement déboussolée par cet exercice dont elle ne maîtrisait que peu pour le moment. Elle revint vers eux, et sans un mot, elle alla rejoindre sa place à la table. Tous ne purent que la suivre, réellement secoués, et jamais elle ne pourrait leur avouer, à quel point leurs yeux baignés d'épouvante, pouvaient la heurter. Il y eu un long silence qui sembla s'éterniser, et Gilthoniel sentait son coeur battre de plus en plus vite sous leur curiosité appuyée. Aragorn se cala dans son fauteuil, pensif, il regarda Faramir, qu'il savait sage et avisé. Il ne prenait jamais une décision à la légère.
« Qu'en penses-tu ? »
Faramir observa longuement la femme en face d'eux, et dit clairement :
« Il est clair que si elle représentait une menace, nous serions actuellement, morts. Tous sans exception. Je ne pense pas que les Seigneurs Celeborn et Thranduil enverraient cet … il buta sur le mot à employer. Comment dois-je vous nommer au fait ?
- Gilthoniel ! Car tel est mon nom ! » Répondit-elle, froissée par cette question.
Faramir sourit devant sa réponse qu'il trouva fort avisée. Il continua alors :
« Donc, qu'ils enverraient Gilthoniel à la Cité Blanche si elle voulait notre destruction. Je pense, comme a dit Thranduil, qu'elle est un don des Valars. Car une beauté aussi pure, ne peut être que créer par les dieux eux-mêmes. »
Un sourire se dessina sur quelques bouches à ces mots, tant beaucoup pensèrent comme lui. Thranduil se pencha vers Gilthoniel et avec une air vainqueur il lui murmura :
« Tu vois je te l'avais dit. »
Elle inspira à fond, ne sachant plus trop comment prendre cette situation.
« Pour autant, j'aimerai que vous nous donniez quelques explications. La surprise est grande, et j'avoue que je ne sais pas encore qu'en penser. » avoua Aragorn songeur.
Legolas se leva alors, il prit la main de Gilthoniel dans la sienne, démontrant son soutien indéfectible, et il commença :
« En ce cas, c'est à moi, mes amis, qu'incombera cette tâche. Nous avons traversé nombre de combats et de tourmentes, pour que, je l'espère, vous donniez foi à mes propos. »
Et le prince elfique commença son récit, il ne dit rien sur son passé, juste ce que Celeborn leur avait appris. Vu les regards accusateurs dont Gilthoniel faisait les frais, il n'allait pas donner un peu plus d'eau à leur moulin. Quand il eut fini, il s'assit à nouveau et la gratifia d'un sourire lumineux qui lui fit chaud au coeur. Mais cela ne vint pas amoindrir le malaise qui la rongeait peu à peu. Une longue discussion commença, et elle vit qu'à part ses amis, seules Arwen et Eowyn avaient de la compassion pour elle. Après tout, dans un milieu de mâles, les femmes se retrouvaient souvent dans sa situation. Même si les raisons différaient. Il arriva un point culminant où les conversations ne tournaient plus autours de sa présence, ou d'où elle venait, mais bel et bien de sa place en Terre du Milieu. Elle coula un regard sur Duilwen, n'avait-elle pas eu aussi ces propos à son égards ? Cette dernière lui offrit un pale sourire, s'excusant de cette situation. Gilthoniel se leva soudainement, faisant ainsi taire tous les débats, et sentant une envie de pleurer brûlante monter en elle, elle déclara sèchement, dans un timbre légèrement brisé.
« Ne vous inquiétez donc pas de ma place en ces terres, ni même pour l'avenir de vos royaumes respectifs. Car jamais je n'aurais le temps de vous poser préjudices ! »
Puis sur le point de littéralement craquer et ça il en était hors de question devant eux elle sortit de la pièce en prenant le chemin de l'extérieur. Thranduil se leva, le visage sombre, et déclara d'une voix froide :
« Soyez fiers de vos comportements ! Non, en effet, elle n'en aura pas le temps, car elle donnera sûrement sa vie pour sauver la vôtre. Car tel est ce qui est écrit dans les étoiles. Sa destiné sera de préserver la vôtre …. Souverains de la Terre du Milieu ! »
Ces derniers mots furent dit avec dégoût, et il la suivit sans un regard en arrière. Laissant une assemblée confuse derrière lui.
Elle sortit dans la fraîcheur de la nuit, qui la fit frissonner. Elle regarda les chemins qui s'offraient à elle, et après une seconde d'hésitation où le ciel semblait l'appeler, elle prit la direction des écuries. Là-bas elle se permit de pleurer, collant son visage dans la fourrure du cerf de Thranduil. Etait-ce pour ces gens qu'elle devait mourir ? Etait-ce pour toutes ces rancœurs, ces jugements ? Elle sentit une lame froide couler en elle, tandis qu'elle s'apercevait de plus en plus, qu'en effet, elle n'avait rien à faire ici. Que son espèce n'avait jamais foulé ces rives lors des jours radieux. Qu'ils n'avaient jamais eu de contact avec la race des Hommes, des Nains, et même des Elfes. Elle laissa glisser une main lasse le long de la fourrure tiède qui accueillait ses pleurs, et prit peut-être seulement réellement conscience, de sa condition. Une fois morte, rejoindrait-elle les siens sur les rives d'un paradis perdu ? Son esprit divagua sur cette pensée, qu'elle trouva réconfortante. Ses yeux s'ouvrirent lentement, la légère acidité de ses larmes les brûlants au passage, et elle se trouva en face de Thranduil, qui la regardait silencieusement. La tristesse qu'elle lut sur son visage la poignarda. Elle le fixa, et sortit la voix dévorée par la peine :
« Voilà pourquoi, mon seigneur …. vous ne pouvez pas vous attacher à moi ... »
Il traversa l'espace entre eux si vivement qu'elle en fut surprise. Elle ressentit l'étau de ses bras réconfortants autours d'elle, et il chuchota en plongeant sa tête dans le creux de son cou :
« Cesse donc de dire des sottises …. cesse donc de te torturer pour moi. Laisse-moi être là pour toi, t'aimer et t'honorer, sans vouloir contrôler ma vie et mes décisions. Nous allons partir dans deux ou trois jours. Ce soir Gilthoniel, tu dormiras avec moi, dans mes appartements. Cette nuit, et toutes les nuits qui suivront ... »
Elle ouvrit de grands yeux ronds sous cet ordre si joliment formulé. Et elle ne trouva aucun mot, en cet instant, pour exprimer tout l'amour qu'elle avait pour lui.
