Le rassemblement était impressionnant. D'un commun accord les souverains du Gondor, d'Erebor, et du Rohan, allièrent leurs forces pour lever une armée qui prendrait la direction du Nord. Empruntant le chemin le plus court, ils décidèrent de suivre l'Anduin jusqu'aux Montagnes Grises. Haldir leur assura que les elfes restant à la Lothlórien, se joindraient à eux quand ils passeraient à côté. Le Roi Dáin II, avait fait partir un message pour Erebor, afin que ses troupes prennent le départ et les rejoignent également, au carrefour de la vieille route, aux abords de la Forêt Noire.

« J'espère que vos Elfes les laisseront passer sans grabuges Seigneur Thranduil ! » avait clamé le roi Dáin II tandis qu'ils prenaient la route.

Thranduil ne daigna même pas lui répondre. Regardant la masse d'hommes en armure, de chevaux, de drapeaux, se mouvant comme un animal sombre et gigantesque, un frisson vint l'étreindre. Ils partaient à nouveau pour la guerre. Et il sut que celle-ci, lui coûterait bien plus que toutes les autres. Il riva son attention sur Gilthoniel qui était à côté de Legolas, en train de bien arnacher son cheval. Bien loin de la vision enchanteresse qu'ils avaient tous eu d'elle, lors du banquet, elle avait revêtu ses habits gris et bleus, affichant un air farouche et déterminé. Il soupira, les instants d'innocence étaient bel et bien révolus. Il pensa au final qu'ils auraient du rester à Mirkwood, ensemble, loin de tout ce qui les attendait. Elle monta à cheval, Lithion piétinait presque d'impatience, et restant à côté du prince, ils remontèrent avec les chefs, au devant du cortège. Thranduil flatta l'encolure de son cerf, et lui indiqua de les rejoindre.

La fin du printemps s'annonçait, les jours rallongeaient, et la chaleur se faisait bien plus sentir. Habillé de son armure, il vint aux côtés de la femme dragon, et s'exclama :

« Tu voudras rester avec le gros des troupes ? »

Elle le regarda, perplexe, ne comprenant pas où il voulait en venir.

« Nous pouvons nous détacher de l'armée si tu le désires. Et faire comité restreint en parallèle. »

Le regard de Gilthoniel brilla à cette perspective. Thranduil lui sourit et lui fit signe de le suivre. Lithion se mit derrière le grand cerf, et remontant la file de fantassins et de cavaliers, ils arrivèrent à la hauteur d'Aragorn.

« Roi Elessar, nous restons en périphérie. Nous nous verrons le soir lors des campements.

- Bien Seigneur Thranduil, mais ne vous éloignez pas de trop. » fit Aragorn, tant pour sa sécurité, que parce qu'il n'arrivait pas raisonnablement à lui faire confiance.

Thranduil et les siens bifurquèrent alors vers les arbres, délaissant la grande route.

« Notre compagnie lui déplaît-elle tant que cela ? Demanda Eomer entre l'amusement et l'agacement.

- Je pense qu'il y a un peu de cela Eomer, mais, la raison première est que les elfes n'aiment pas spécialement les morsures du soleil trop longtemps. Ils préfèrent la fraîcheur des sous-bois.

- Intéressant. Ils auraient donc un point faible! S'exclama le roi Dáin II satisfait de l'apprendre.

- Non cher roi ! Juste des manies ancestrales ! » Rétorqua Aragorn en riant.

Les troupes s'avancèrent dans un ordre impressionnant, et Gilthoniel fut saisie devant leur discipline. Le soir venu, elle les observa longuement, assise sur un rocher non loin des tentes royales. Elle étudia leurs codes, leurs langages, leur façon de faire les tâches les plus communes. Cela la ramena à ses années dans son village. Et il lui sembla que cette partie de sa vie, n'était qu'un rêve, car son esprit était animé par la mémoire séculaire des siens. Une ombre troubla son visage, alors que son esprit se questionnait.

« Si la mémoire fait de nous ce que nous sommes, avec nos expériences et nos acquis. Qui suis-je ? J'ai la connaissance de millier d'âmes, et je n'ai la vie d'aucune ... »

Legolas la sortit de ses tergiversations, en venant s'asseoir à son côté. Ils restèrent de longues secondes sans rien dire, puis contre toute attente, elle posa sa tête sur son épaule, comme quand elle était petite. Legolas resta interdit et évoqua en regardant devant lui :

« Il me semble si lointain ce moment où tu t'endormais contre moi au couvert des sous-bois d'automne. Tes petits doigts jouant avec mes cheveux ….

- M'en veux-tu Legolas ? » Sortit Gilthoniel d'un seul coup.

Sa question le saisit, confus quelques instants, il avoua enfin :

« J'ai eu, à un moment, un infime moment, l'espoir que tu reviendrais vers moi. Mais ton coeur était porté vers quelqu'un d'autre déjà, même si tu n'as eu en retour qu'un amour idéalisé, bine loin de tes attentes. Puis j'ai vu les changements en mon père, petit à petit, qui se sont littéralement révélés quand tu es devenue, cet être fabuleux que tu es. Si je t'ai désiré ? Oui, ardemment même par moment, mais il y avait notre promesse. Et au fond de mon coeur, je savais que tu appartiendrais à quelqu'un d'autre. Je n'aurai cependant jamais pensé à mon père …

- Moi non plus … chuchota-t-elle.

- Non je ne t'en veux pas Thoniel. Je crois que, même si Galadriel voyait nombre de choses, elle ne voyait pas tout. Autrement, elle aurait discerné à quel point notre roi tient à toi. Il soupira et continua, comment pourrai-je en vouloir à la personne qui l'a ranimé, et qui ma rendu un père ? »

Gilthoniel glissa sa main droite dans la sienne, et il la serra fort.

« Je souhaite de tout coeur Legolas, qu'un jour tu trouves quelqu'un digne de tout ce que tu es. Tu mérites ce qu'il y a de mieux …

- Qu'importe Gilthoniel, du moment que je vous ai vous. » il vint déposer un baiser fraternel dans ses cheveux gris foncé, et elle resserra son étreinte sur ses phalanges. Ils passèrent outre les regards curieux qui les observaient, perturbés par leur proximité. Une boule dans la gorge, elle réussit à articuler :

« Tu peux me faire une promesse ?

- Oui, laquelle ?

- Quand … quand je ne serai plus là …. prends soin de lui s'il te plaît. Fais qu'il ne reparte pas à Valinor avec un souvenir aussi terrible que ma disparition. »

Elle lui fourra une petite fiole dans la main, et il comprit. Legolas eut les larmes aux yeux en pensant à tout cela, et réellement touché par ses paroles, il articula difficilement :

« Oui Gilthoniel …. je te le promets. »

Un long silence s'installa, et ni l'un ni l'autre ne voulait le briser. Tout comme les elfes savent faire, Gilthoniel resta presque une heure à détailler chaque mouvement des troupes, chaque parole, tout ceci était pour elle un tableau animé grandeur nature. Et Legolas apprécia ce partage. Ils râlèrent un tant soit peu quand Gimli vint les chercher à la tombée de la nuit, leur signifiant qu'il fallait bien manger à un moment. Ils se sustentèrent tous respectivement dans leur tente. Thranduil regardait Gilthoniel en silence, puis alors qu'elle regardait son plat vide sans bouger, il fit d'un ton teinté de reproche:

« Le vide n'a jamais nourrit quelqu'un Gilthoniel. »

Elle leva vers lui un regard lointain, et elle fronça ses fins sourcils comme si ça remarque la dérangeait réellement. Elle se sentait étrange, comme si la nourriture n'avait plus d'intérêt pour elle. Tout ce soir lui semblait insipide et inconséquent, sans qu'elle puisse se l'expliquer.

« Je suis fatiguée Seigneur … finit-elle par répondre d'une voix douce.

- Tu dois manger, tu ne peux partir au combat sous alimentée, surtout si tu dois affronter le dragon. »

Elle grimaça sous cette phrase, et il regretta de suite ses paroles. Elle avait l'esprit ailleurs, comme se détachant de son corps peu à peu. Elle voulut se lever, mais la terre tangua sous ses pieds, et elle s'écroula de tout son long sur les riches tapis. Thranduil se précipita vers elle, et très inquiet il la souleva et la mena à leur couche. Elle tremblait, et il la couvrit aussitôt. Après quelques secondes, elle se calma et il demanda :

« Gilthoniel ? Que t'arrive-t-il ?

- Rien ... je dois apprendre Seigneur …. » répondit-elle énigmatique, puis elle s'endormit subitement.

Il lui prit le poignet, et voyant qu'elle n'avait pas de fièvre, il se rassura. Il lui caressa le front, et regretta que Celeborn ne soit ici avec lui. Il aurait peut-être pu l'aider à comprendre. Il ne savait pas que le sommeil du dragon était nécessaire à son apprentissage, car c'est lors de ses songes, que les souvenirs et savoirs des siens, venaient enrichir son esprit. Elle resta longtemps endormie, tant et si bien, qu'en se réveillant, elle fut surprise de trouver le soleil haut, et un silence absolu autours d'elle. La porte de la tente s'ouvrit, laissant passer un rai de lumière presque aveuglant, et Legolas apparut. La voyant éveillée, il eut un sourire radieux, et s'exclama :

« Père ! Elle est réveillée ! »

Thranduil rentra vivement, et venant s'asseoir sur le lit, il demanda en lui caressant le visage :

« Gilthoniel ?! Tout va bien ? Comment te sens-tu ? »

Elle fit une étrange moue, déconcertée face à leur réaction. Elle remua, sentant des tensions dans ses muscles et ses tendons. Combien de temps était-elle rester allongée ? Elle répondit, la gorge un peu sèche.

« Bien. Je me sens bien. J'ai soif.

- Tiens voilà ! » Fit Legolas en lui servant un verre prestement.

Elle trouvait leur comportement étrange, vraiment. Elle but tout d'un trait, se délectant de la fraîcheur du breuvage.

« Il y a un calme impressionnant, je ne savais que les guerriers pouvaient être aussi discrets. »

Là ce sont les deux elfes qui eurent une moue perplexe.

« Mais … Gilthoniel … ça fait plus d'une semaine que tu es endormie. Les troupes sont parties depuis longtemps. » expliqua Thranduil en lui caressant à nouveau le visage.

Elle ouvrit de grands yeux ronds, et se levant d'un seul coup, elle trouva le moyen de s'effondrer à nouveau, en gémissant cette fois-ci. Le roi des elfes sylvains la regarda un instant, ne sachant pas si il devait rire ou pas. Elle se redressa, et pesta contre son corps qui réagissait mal.

« Ton corps n'a pas forcé depuis des jours, et tu voudrais courir ? Inconsciente ... »

La voix de Thranduil était laconique, mais le timbre dans celle-ci, traduisait son amusement. Elle braqua sur lui un regard furibond, et se relevant plus lentement elle fit :

« Comment est-ce possible ?! Personne ne peut dormir une semaine !

- Apparemment toi si. Nous avons eu très peur. Puis nous avons compris quand tu as commencé à parler dans ton sommeil. Dis-donc, je ne savais pas que tu savais parler autant de langues dis-moi ! la taquina Legolas avec un beau sourire.

- Que c'est-il passé ?

- Tu as débité un nombre de langues et de sujets impressionnants, je ne suis même pas certain que les archives du Gondor, contiennent autant d'informations. Apparemment, tu apprends pendant que tu dors … fit simplement Thranduil, un peu émerveillé par ceci.

- Ho … en effet, je me souviens avoir beaucoup appris en rêve. »

Elle essaya de se concentrer, mais là rien ne lui venait, à part la fameuse nuit où elle avait découvert l'amour. Elle rougit légèrement à cela en faisant le rapprochement direct avec les deux elfes devant elle. Continuant à chercher ce que réellement on avait pu lui instruire, elle eut un éclair de malice qui lui traversa le regard, elle sauta du lit, et partit d'un pas vif vers l'extérieur, comprenant tout d'un coup. Elle eut un sourire lumineux quand elle se souvint de son apprentissage. Changeant d'aspect, elle étira ses ailes, et battant de ces dernières, elle s'éleva dans les airs, soulevant une tempête autours d'elle. Faisant râler Gimli qui faisait rôtir une bonne pièce de viande. Elle s'éleva, et s'éleva encore, enfin consciente de tout son corps, de tous ses muscles. Elle tendit son cou gracieux vers le ciel, ses écailles d'argent étincelant comme autant de joyaux à la lumière, et dans un cri de victoire, elle s'élança vers l'azur. Ils lui avaient enfin appris à devenir Dragon. Sa première transformation, lors de son combat, c'était fait par nécessité. Carach avait eu le dessus car elle ne maîtrisait pas son corps draconien. A présent, elle se battrait à armes égales. Elle sentit le vent couler sur son corps comme une onde vive, balayant sa crinière. Elle respirait par tous ses pores, l'oxygène pénétrant ses chairs comme si elle aspirait l'éther de toute sa masse. Elle fut possédée par l'ivresse des hauteurs, et délaissant tout ce qu'il y avait au sol, elle continua à voler et voler encore, jusqu'à ce qu'elle s'aperçoive de la distance qu'elle avait parcouru.

Elle n'était plus qu'un point lumineux à l'horizon, et d'un seul coup Thranduil sentit sa poitrine se serrer. Et si elle ne revenait pas ? Grisée par sa liberté ? Prenant conscience de tout ce qu'elle était, reviendrait-elle à leurs côtés ? Il se passa de longues, très longues minutes, où elle disparut totalement de leur champs de vision. Sachant que le regard d'un elfe pouvait porter très loin, nul doute qu'elle était à des dizaines de lieues à présent. Legolas regarda son père un instant, la même inquiétude inscrite sur son visage. L'amertume qui vint l'envahir le saisit, et le roi des elfes ressentit une chose qu'il n'avait pas ressenti depuis un moment, la peur de la perte. La même qui l'avait quasiment tué des siècles auparavant. Il tourna les talons, et très sombrement, il s'assit dans un coin, en silence. Les heures passèrent, et le soleil se mit à décliner à l'horizon lentement. Gimli regardait son feu, songeur.

« Tu penses qu'elle va revenir ? » Demanda-t-il à Legolas.

Le prince elfique regarda vers l'intérieur de la tente, et son père n'avait pas bougé d'un centimètre depuis qu'il était entré. Sa mâchoire se crispa, quand il vit à quel point les sombres ténèbres réinvestissaient les traits du suzerain.

« Je ne sais pas Gimli …. j'espère …

- Elle va revenir. J'en suis certain. » s'exclama Gimli d'un ton enjoué qui fit sourire Legolas une seconde.

La nuit s'installait, et aucun signe du dragon d'argent ne leur parvenait. Thranduil se leva, et d'une voix presque morte, il annonça :

« Nous lèverons le camps demain.

- Mais père ?

- Il suffit Legolas, il est évident que l'appel des siens, de sa nature profonde, a été plus fort que l'attachement qu'elle nous porte … c'est tellement logique … nous aurions dû ... »

Mais il fut coupé par un rire qui descendait du ciel. Un rire monstrueux qui fit trembler l'air, et d'un coup ils furent aveuglés par un vent violent qui souleva un nuage de poussière énorme, et éteignit le feu, faisant soupirer un nain dépité. Décidément, il allait falloir qu'elle fasse attention à ces petits détails. A peine eut-elle touchée le sol, que dans son élan elle courut jusqu'à Thranduil et se jeta dans ses bras. Il l'agrippa fermement, alors qu'il la sentait reprendre son souffle contre lui. Par les Valars qu'il était bon de la savoir ici, son coeur battant si puissamment dans sa poitrine. De sentir sa carnation chaude et vibrante, d'entendre son rire. Elle voulut se détacher du roi, mais celui-ci ne la lâcha pas de suite, ce qui la surprit. Elle força un peu pour se défaire de son étreinte, et il finit par accéder à sa requête.

« Gilthoniel ! Tu nous a fait une de ces peurs ! » s'écria Legolas qui vint la serrer à son tour.

Elle rit de plus belle, véritablement animée d'une singulière énergie.

« Legolas ! Gimli ! C'est si beau vu d'en haut ! On boit l'espace et le vent ! On parcourt les nuages, on caresse les sommets des montagnes ! Et les forêts, et les rivières, sont comme des tableaux majestueux s'étendant à perte de vue ! Là où la terre et le ciel ne font qu'un … et les étoiles … ha les étoiles ! Une mine de joyaux façonnés par les soleils …. »

Gimli ralluma un feu, pour la troisième fois de la journée, et il put voir le visage radieux, presque transfiguré, qu'elle arborait. Tout en elle respirait le bonheur et la liberté. Ses yeux argentés brillaient dans la nuit, captant la moindre parcelle de lumière provenant des flammes. Legolas et Gimli eurent un sourire attendri par cette vision. Seul Thranduil restait figé, la dévisageant presque avec rancoeur. Ses exclamations de joie se turent quand elle vit son expression. Il serra le poing, et d'un geste vif il rentra dans la tente en fermant derrière lui. Gilthoniel regarda Legolas, ne comprenant plus rien. Lui avait saisi, et une peur indéfinissable l'enveloppa. Elle se dirigea alors vers la tente elle aussi, et entra sans s'annoncer. Elle vit Thranduil dos à elle, mais décidément sur son petit nuage, elle soupira de plaisir, et vint chercher un verre d'eau. Elle commença alors à lui décrire en détail ce qu'elle avait vu, où elle avait été. Il se retourna soudainement, l'incendiant du regard, puis il aboya d'une voix froide :

« Ne me refais plus jamais ça tu entends ?! »

Ses traits la firent frémir, elle en lâcha même le verre qu'elle tenait, tant sa stupeur était grande.

« Plus jamais ! » répéta-t-il en lui tournant le dos une nouvelle fois.

Il posa son avant-bras sur un des poteau qui soutenait la toile de la tente, et plaqua son front dessus, le poing fermé de colère. Il avait eu trop peur, et sa seule façon de pouvoir l'exprimer sur l'instant, était un courroux froid et destructeur. Ses yeux clairs eurent un éclat dur quand il déclara :

« Tu ne te transformeras plus que sous la nécessité Gilthoniel.

- Qu .. .Quoi ? Articula péniblement cette dernière.

- Tu n'as pas besoin de le faire, si les événements ne t'y conduisent pas ! » s'exclama-t-il en lui faisant front.

Sa colère se volatilisa d'un seul coup, alors que son regard argenté, baigné de larmes, exprimait toute sa sourde douleur. Elle serra les dents, et clama pour sa défense :

« Le dragon fait partie de moi Seigneur, voudriez-vous que je renie tout cela ? Tout ce que je suis? Je ne vous ai jamais rien demandé, moi … je ne vous ai jamais voulu de mal, mais vous, vous évertuez à m'en faire … à croire que c'est plus fort que vous ! »

Touché en plein coeur Thranduil ne sut que se défendre par une phrase qu'il regretta de suite.

« Je préférais l'époque où tu ne pouvais pas parler ! »

Sans voix, elle le fixa, horrifiée parce qu'il venait de dire. Relevant le menton pour essayer de rester le plus digne possible, malgré le flot d'eau salée qui envahissait ses joues, elle répondit la gorge brûlante :

« Si c'est ainsi que vous me préférez …. en effet je n'ai plus rien à dire, ni à faire ici ! »

Le roi comprit trop tard l'impact qu'avaient eu ses paroles, et voyant la confusion qu'elles venaient de semer, il s'écria :

« Non ! Attends ! »

Mais il était trop tard. Elle sortit de la tente en courant, et disparut dans la nuit. Thranduil se lança à sa poursuite mais Legolas le retint par le bras :

«Je pense qu'il serait plus sage de la laisser tranquille, si vous ne voulez pas qu'elle parte définitivement, père ! »

Le regard dur de Legolas le figea, d'abord animé par une envie de le remettre en place, il sut que si il entrait en confrontation avec lui, il ferait une grosse erreur. Thranduil soupira, il rejoignit son lit, éteignant toutes les lumières, il voulait être seul, et réfléchir.

« Décidément, moi les histoires de coeur, j'y comprendrai jamais rien ! Quelle perte de temps et d'énergie inutile ! » fit Gimli en tirant sur sa pipe, spectateur impuissant, mais tout de même un peu narquois, de tout ce qui se produisait sous ses yeux.

Elle courut longtemps, très longtemps, et finit par s'effondrer dans l'herbe fraîche où elle resta allongée. Elle se mit sur le dos, et regarda le ciel. Les étoiles étaient si belles. Qu'avait-elle donc pu bien faire pour le mettre dans une telle colère ? Elle se recroquevilla, revoyant encore son regard si froid qui la lacérait de part en part, alors qu'elle ne faisait que lui expliquer ce qu'elle vivait, ce qu'elle était. Son amour pour elle n'avait peut-être pas assez de force pour passer outre ses origines ? Et cette simple pensée la brisa.

Elle ne revint que très tard dans la nuit, transie de froid. Les nuits de printemps étaient encore fraîches. Elle s'avisa que Gimli dormait près du feu, et Legolas montait la garde. Il lui murmura :

« Va te reposer Gilthoniel. Réchauffe-toi sous des couvertures bien chaudes, demain est un autre jour. Les esprits seront plus sereins. »

Elle hocha gravement la tête, puis venant l'embrasser sur la joue, elle la lui caressa en lui chuchotant :

« Merci ... »

Elle retourna sous la tente, en étant la plus discrète possible. Elle se doutait que le roi ne dormait pas, mais elle ne dit rien. Elle se faufila dans le lit d'appoint posté de l'autre côté, et se tournant vers le mur de toile, elle se retint vaillamment de pleurer à nouveau. Elle avait froid, mais ce froid-ci était logé en son sein, et elle n'arriva pas à le combler. Elle dormit mal cette nuit là, pourtant, elle avait dû plonger dans les méandres des songes, car quand elle s'éveilla, elle se trouva entourée par ses bras. Et dans son lit. Il l'avait transporté sans qu'elle s'éveille, il savait être doué quand il le fallait, pensa-t-elle presque moqueuse. Plaqué contre son dos, elle savait qu'il ne dormait pas, son souffle le trahissait. Il le va le bras et vint lui caresser le visage, partant de sa tempe pour finir sous le menton. Elle se retourna vivement pour lui demander vertement de la laisser, mais il contra son envie en scellant ses lèvres avec les siennes. Il ne s'en tirerait pas si facilement ! Elle le repoussa une fois, et serrant la mâchoire, elle siffla entre ses dents :

« Laissez-moi ! Puisque je vous dégoûte autant … mon roi ! »

Les deux derniers mots avaient cette intonation qui voulait tout dire. Il plissa les yeux devant cette attaque, puis avec un étrange sourire il murmura :

« Tu es encore plus désirable quand tu es en colère. »

Elle n'avait pas envie de jouer, mais alors pas du tout. Il lui avait fait trop de mal la veille, elle se poussa sur le matelas en prenant appui sur lui, laissant une bonne cinquantaine de centimètres entre eux. Ce ne fut qu'à ce moment qu'il vit qu'elle ne plaisantait pas.

« Comment osez-vous ? Après ce que vous avez dit, venir à moi de la sorte ?! ….. Votre amour pour moi Thranduil, est illusoire …. vous n'aimez que ça, dit-elle en montrant son corps. Pas ce que je suis … ce que je suis réellement ... »

Il eut un geste vif, et l'attrapant par le nuque il ancra son regard dans le sien et s'exclama :

« Parce que tu crois que tous les risques que j'ai pris, je les aurai pris pour quelqu'un d'autre ? Oui ton côté dragon me perturbe, m'effraie même ! Tu as eu beau faire disparaître les cicatrices sur mon visage, tu ne pourras soigner celles de mon coeur ! »

La respiration de Gilthoniel s'accéléra alors que les doigts de Thranduil la maintenaient avec force.

« Ne me demandes pas d'oublier tout ceci, je ne le pourrais jamais …

- Alors ne me demandez pas de renier ce que je suis ! Répondit-elle avec égale fermeté.

- Tu crois réellement que ce qui a causé ma colère d'hier était un dégoût pour ce que tu es ? »

Elle sentit sa poigne se défaire peu à peu, et son regard se teinter d'une ténébreuse tristesse. Il vint lui prendre une mèche de cheveux, et la laissa glisser de tout son long entre ses doigts.

« Que tu te trompes Gilthoniel … hier je n'ai que vu la perte, que l'absence. La solitude m'a mordu aussi cruellement qu'une meute de chien sur une proie. J'ai cru …. que tu ne reviendrais pas … alors oui j'ai maudit le dragon, pas pour ce qu'il était, mais pour ce qu'il m'enlevait. »

Il cessa tout contact, son orgueil mis à mal par cet aveu. Il se releva lentement, et fit laconiquement :

« Préparons nos affaires, nous partons. »

Alors qu'il commençait à s'affairer dans la tente, elle déclara, toujours allongée sur la couverture vide :

« J'ai vu le Roi Elessar hier, ils nous attendrons le temps de notre retour. »

Thranduil se figea, comprenant qu'à présent, ce qu'elle avait fait la veille, et il la regarda de biais, observant son attitude. Elle se leva lentement, sans un mot de plus, et alla se rafraîchir, sans lui accorder plus d'attention.

...

Le campement immense s'étendait sur des centaines de mètres. Aragorn, Faramir, Eomer, et le roi Dáin II mangeaient tranquillement, guettant le ciel de temps à autre, pour voir si la tornade aux écailles d'argent n'allait pas débouler et mettre une véritable panique à travers les rangs. La veille elle avait même essuyé les attaques des soldats, croyant qu'elle était là pour les attaquer. Il fallut la force de persuasion de quatre souverains pour leur faire baisser les armes. Le soleil était haut, et une douce chaleur faisait presque oublier aux hommes, qu'ils partaient en guerre. Ils n'avaient encore rencontré aucune résistance, mis à part quelques rares escarmouches avec quelques gobelins et orques, rescapés de la guerre de l'anneau. Ils n'avaient encore pas croisé un seul serviteur de Belegurth. Abrités sous une toile tendue devant la tente d'Aragorn, ils discutaient des faits.

« Etrange que ses troupes ne soient pas plus dans le Sud ! S'étonna Eomer tandis qu'il buvait un verre de vin.

- Je pense que le dragon a subvenu à ses besoins, et que ses esclaves font tout ce qui peut lui éviter de déplacer ses troupes. Je crois également qu'il est déjà au courant de notre avancée.

- Espérons que le dragon ne viendra pas à notre rencontre sans Gilthoniel à nos côtés. Analysa Faramir en se massant le menton, signe qu'il réfléchissait.

- Certes ce serait plus chanceux en effet. Approuva le roi Nain, qui même ne si le voyait pas d'un bon oeil sa présence, ne boudait pas pour autant sa nécessité.

- Etranges créatures que ces dragons …. songea Faramir en repensant à Gilthoniel.

- Jamais je n'aurai pu penser, à la croisant dans ce couloir, qu'elle était une de ces bêtes ! S'exclama Eomer en souriant ouvertement.

- Sa beauté est saisissante, déclara Aragorn. Même en sachant ce qu'elle est, je ne peux empêcher mes yeux de l'admirer.

- Certes. Sans parler qu'à côté de Smaug, son apparence est bien plus élégante. Ses écailles ressemble à une armure en mithril … soupira le roi Dáin II songeant à une cuirasse entièrement faite de ce matériau.

- Ha … il me semble qu'ils arrivent ! » lança Eomer avec bonne humeur en scrutant la grande route plus au Sud.

Ils furent étonnés de ne pas voir Gilthoniel sous sa forme draconienne, ce qui expliquait leur arrivée plus tardive que prévu.

Duilwen et Haldir vinrent à leur rencontre, mais alors que Thranduil s'arrêtait à leur hauteur, Gilthoniel poussa Lithion plus avant. Les laissant carrément sur place, sous les yeux du souverain elfique impuissant. Ils ne furent pas dupes, et sans même en parler, vu le faciès fermé de Thranduil, ils surent que l'atmosphère était tendue. Elle arriva au galop sur le sommet du tertre où les souverains prenaient leur repas, et elle leur donna l'image d'une véritable amazone. Elle sauta de son cheval qui piétinait, suivie de près par les elfes et Gimli. Elle s'inclina courtoisement devant la tablée, et Thranduil l'entendit dire.

« J'ai poussé plus au Nord, comme vous me l'avez demander hier. Nous trouverons de la résistance dans le Rhovanion, vers Langwell. Un groupe d'un millier de gobelin descend vers nous.

- En ce cas nous allons aller à leur rencontre ! Mes hommes devraient arriver d'ici demain ! S'exclama le roi des Nains d'un ton enjoué.

- J'irai avec eux!dit Gilthoniel l'air très sérieux.

- Thoniel ! » S'exclama Legolas pas enchanté de cette perspective.

Elle coula un regard noir de son côté et répondit sèchement :

« Je fais ce que je dois faire bon sang ! Je suis ici pour cela, au cas ou vous l'auriez tous oublié ! »

Son ton était si dur, que même les rois en furent saisis. Leur raison se disputant leurs principes. Comment laisser une si belle femme s'exposer autant sans vouloir l'en empêcher ?

« Je n'utiliserai mon pouvoir qu'en cas d'extrême nécessité, nous ne devons pas faire sortir le dragon noir de son antre trop tôt.

- Sage décision Gilthoniel, fit Faramir en souriant, il avait toujours aimé la finesse.

- Dès que les troupes du roi Dáin seront là, nous formerons un bataillon et vous partirez vers le Nord, nous vous suivrons de près. Déclara Aragorn en prenant en compte tous les paramètres.

- Je partirai avec vous ! Lança Legolas sans attendre.

- Et moi donc, ma hache rouille de ne pas avoir fauché quelques orques ou gobelins depuis un moment ! Fit Gimli en baisant le plat de la lame.

- Très bien, j'attendrais vos ordres alors, fit Gilthoniel en se trounant légèrement. Elle se trouva face à Thranduil, dont elle n'arriva pas à décrypter l'expression. Avec un sourire en coin elle continua,jJe vais aller chercher les affaires royales laissées en aval. Il ne faudrait que sa majesté prenne froid.

- Attention Gilthoniel à ne pas trop attiser mon courroux. Fit Thranduil menaçant.

- Ou sinon quoi Seigneur ? Je ne dois d'allégeance à personne ici ! Je ne suis pas, comme vous me l'avez si fièrement rappelé, de vos races ! »

Tous les fixèrent, réellement stupéfaits par cette révélation. Et elle partit sans un mot de plus, le coeur rongé par un mal qu'elle n'avait que peu connu. Une colère sombre et froide, qui lui donnait envie de tout casser autours d'elle, de s'exposer sciemment face à tous les dangers. Thranduil fit un geste à Duilwen pour qu'elle s'éclipse, et elle s'exécuta. Au loin, ils virent le dragon d'argent prendre son envol.

Eomer eut un sourire goguenard sur le visage, et déclara d'une voix claire :

« L'oiseau quitte le nid Seigneur Thranduil. »

Cette attaque le blessa, car il savait les conséquence que ça aurait sur lui si tel était le cas. Il fixa Eomer, la mâchoire serrée, et voyant l'impact qu'il avait sur lui en cet instant, le roi des Rohirim continua :

« Vous lui avez offert une cage dorée Seigneur Thranduil. Elle n'a connu que vous, et vous vous étonnez à présent que sa curiosité la possède ? Maintenant elle voit le monde, et étend ses ailes, dans tous les sens du terme. Vous pensiez réellement qu'un être comme elle se satisferait de votre protection …

- Suffit ! Trancha Thranduil le regard presque fou. Beaucoup ont perdu la vie pour moins que cela en mon royaume, Homme du Rohan !

- Oui, peut-être, mais vous n'êtes pas en votre royaume … Seigneur ! » lâcha Eomer avec un sourire en coin qui en disait long.

Thranduil le toisa comme si ce n'était qu'un vulgaire insecte, et déclara :

« Soyez heureux que son destin me raccroche à vous, où vous regretteriez amèrement votre comportement Eomer fils d'Éomund. »

Puis il tourna les talons et s'écarta de la table de ces souverains qu'il supportait de moins en moins. Legolas, voyant la mine blanche de son père, sut que nombre de maux le dévoraient en cet instant. Il regarda Eomer et lui dit :

« Il n'est nul besoin de le tourmenter Seigneur Eomer. Vous ne savez pas tout ce qu'il a pu traverser. Laissez-le en paix !

- Nous avons tous eu notre lot Legolas, nous ne nous en conduisons pas moins bien les uns envers les autres. Ce qui arrive actuellement, n'est que le fruit de son orgueil, de ses années de retranchement. Il faut qu'il évolue un peu, ou qu'il redevienne ce qu'il a pu être, il y a si longtemps. » lui répondit calmement mais sagement Faramir.

Comment pourrait-il leur expliquer que c'est ce que faisait justement Gilthoniel à ses côtés ? Si ils la lui enlevaient, Thranduil serait perdu, et le prince de Mirkwood ne le savait que trop.

Elle revint deux heures après, les pattes chargées des affaires royales, et déposant le tout sur le sol, elle reprit forme humaine, et disparut au milieu des soldats. Fuyant toute rencontre avec le roi sylvestre.

Il la chercha, encore et encore, et son coeur sembla se pétrifier sur place quand il la vit avec Faramir, le Gondorien buvant littéralement ses paroles. Elle était à une table, Aragorn, Eomer, Legolas, Haldir, Duilwen et Gimli les accompagnant. Ce n'est qu'en cet instant que les paroles d'Eomer prirent tout leur sens dans son esprit. Elle parlait et riait en leur expliquant ce qu'elle avait vu, les choses qu'elle avait apprise. Admiratif Faramir lui dit sincère :

« Une fois la guerre terminée, venez avec nous Gilthoniel ! Nous aurions tellement besoin d'un esprit aussi érudit que le vôtre ! Vous pourriez nous réapprendre les langues perdues, ainsi que certains savoirs ! »

Le visage de Gilthoniel sembla fondre sur place à ces mots. Elle serra un poing impuissant sur la table, puis se levant lentement, elle formula la poitrine serrée :

« Si vous saviez Faramir, comme cette idée est belle et enchanteresse. Pleine d'espoirs aussi lumineux que des étoiles, seulement ... cela est impossible ».

Elle leva les yeux vers le ciel qui se paraît de teintes crépusculaires, visant que les astres lointains apparaissaient peu à peu, elle soupira. Puis avec un sourire las elle les laissa, sans rien ajouter. Aragorn coula un regard ennuyé à Faramir, et fit consterné :

« Faramir … ton âme est pure, tes intentions louables, mais je pense que tu n'as pas pensé à tout. Evitons de parler de futur devant elle les amis, s'il vous plaît. »

Tous hochèrent la tête en silence, accablés par le souvenir de sa mort prochaine.

Elle traversa les rangées de tentes si bien alignées, ne faisant pas attention aux regards curieux des hommes qui la voyaient passer. Elle avait vu les bois au loin, et elle voulait fuir la promiscuité humaine. Arrivée à destination, elle inspira un bon coup, ravissant son corps et son esprit des fragrances des sous-bois. Elle entendit une chouette au loin, ainsi que le chant d'un oiseau, puis son regard fut attiré par un mouvement un peu plus loin dans les futaies. Une renarde avec ses petits sortaient chasser, elle sourit, totalement attendrie par cette vision. Elle s'approcha d'eux, et l'animal redressa ses oreilles teintées de noir. Gilthoniel se mit à genoux devant eux, pour ne pas les effrayer, et sa gorge formula un son étrange, que l'animal sembla comprendre. Les petits vinrent autours d'elle, et lui firent une fête comme si elle faisait partie des leurs. Elle eut un petit rire broyé de larmes, alors que ses doigts caressaient les fourrures rousses qui se pressaient contre elle. La femelle vint lui sentir le visage, et sa truffe toucha son nez, ses vibrisses la chatouillant au passage.

Thranduil l'observait depuis de longues minutes à présent, et il n'osait pas bouger, l'instant était trop magique, coloré d'une singulière beauté, et jamais il n'avait senti sa poitrine le faire autant souffrir d'affection. Qu'il regrettait ses paroles et ses actes. Ne tenant plus, il s'avança, sortant des ombres de la nuit naissante, et Gilthoniel sursauta presque en le voyant. Les renards prirent la fuite laissant la femme aux yeux d'argent seule, au milieu de la mousse et des fleurs. Elle ne se leva pas pour autant, elle regarda Thranduil s'approcher, et se fut lui, qui se mit à sa hauteur, s'accroupissant devant elle. Son diadème en mithril étincelait à la lumière de la lune, et ses cheveux semblaient presque d'argent. Ses yeux clairs, parlaient plus que n'importe quel discours. Elle le trouva magnifique, une fois de plus, et en cette soirée, la peur de la mort vint la prendre. Elle ne voulait pas quitter tout ceci, cette nature, ces enchantements permanents. Il brisa le silence en lui demanda franchement :

« Crois-tu que tu pourrais en aimer un autre ? Là que tu découvres le monde, pourrais-tu ressentir ce que tu ressens à mon égard, pour quelqu'un d'autre ? Dois-je te laisser vivre et te laisser découvrir le monde par toi-même, prenant par la même, le risque de ne plus jamais te revoir ? »

Elle ancra son regard dans le sien, et sa voix lui manqua. Trop d'émotions la submergeaient au point de la bouleverser. Elle réfléchit à ses questions, réellement confuse. Elle n'y avait jamais songé elle-même jusqu'alors. Au bout de longues minutes, il se présenta à elle la simple réalité qu'à part Legolas, non, jamais elle ne pourrait ressentir cela pour quelqu'un d'autre. Car tout comme le coeur des Elfes, celui des Dragons, était tout aussi remarquable. Bougeant lentement la tête de gauche à droite pour signifier sa réponse, elle ne sut pas à quel point Tranduil se sentit suffoquer une seconde. Il lui attrapa le visage et vint lui arracher un baiser. Dans sa sa fougue il la fit tomber à la renverse, et son rire s'éleva dans la forêt comme un orphéon d'espérance. Elle chercha son regard du sien, et avec chaleur elle lui déclara :

« Je vous aime … mon roi ... »

C'était la première fois qu'elle le lui disait, et le souverain elfique se sentit aussi fébrile qu'un enfant entre ses bras. Comme ayant reçu une flèche en plein poitrail. Une flèche cruellement divine.