Elle se redressa lentement, le bras de Thranduil l'aidant dans son effort. Il attendit patiemment qu'elle ait recouvré un peu ses forces, étudiant avec précision les silhouettes qui venaient vers eux. Elles étaient cinq au total, en comptant l'enfant. Une fois debout Gilthoniel eut le geste machinal d'épousseter ses vêtements pour faire tomber la neige. Mais c'était peine perdue, elle était trempée. Thranduil la vit frissonner et il lui passa sa cape sur les épaules. Elle lui offrit un sourire de reconnaissance, et la chaleur qu'elle lut dans ses yeux, la réchauffa plus que n'importe quel couvert. Aragorn et les autres arrivèrent à leur hauteur, des soldats à leur suite. Les étrangers s'arrêtèrent à une dizaine de mètres d'eux, et les deux groupes s'observaient sans un mot. Ils étaient tous bruns, des cheveux noirs comme le jais, la peau un peu basanée et les traits sévères. Leurs yeux légèrement en amande, recelait des iris tout aussi foncés. Ils étaient vêtus de peaux de bêtes et de fourrure. Deux énormes loups les accompagnaient. Sagement assis de part et d'autre de l'homme au centre. Les souverains en déduisirent que c'était le chef. Il était grand et massif, une cicatrice lui barrait le visage, et son air farouche témoignait de son statut. Derrière eux étaient posés sur la neige, des traîneaux rattachés à leur taille pour les plus petits. Le plus gros transportaient des animaux morts, la partie de chasse avait été bonne pour eux aussi. Le chef s'avança vers eux, et une fois devant Thranduil, et à la surprise de tout le monde, il le salua très courtoisement. Le roi sylvestre le lui rendit, et il déclara :
« Se sont des Lossoth ».
L'homme se redressa et il fit un signe à ses compagnons qui s'avancèrent lentement. Il plaça sa main sous son manteau et tandis qu'il allait sortir quelques chose, les soldats elfiques le mirent en joue. Ce qui eut pour effet d'alerter les loups qui vinrent en grognant à côté de leur maître, échine hérissée, crocs dégagés. L'atmosphère était tendue, Thranduil hurla un ordre, et tous baissèrent leurs armes. Le Lossoth continua son geste, non sans avoir rappelé ses loups à l'ordre. Ces derniers se mirent sur leur séant sans rechigner, fixant les soldats de leurs yeux d'ambre. L'homme tendit une dague à Thranduil, et le souverain ouvrit de grands yeux surpris. Dans la paume carrée et massive du Lossoth se tenait une dague elfique magnifique. Il comprit alors que cet homme devait faire partie de la lignée de ceux qui aidèrent Averdui lors du Premier Âge.
« Comment est-ce possible demanda Aragorn qui regardait la lame avec insistance.
- Il doit être le descendant de ceux qui aidèrent Arvedui d'Arthedain, un des derniers Dunedains … expliqua Thranduil en prenant la lame. Ils ont du déjà voir des nôtres, et savent ce que nos armes sont capables de faire.
- Et vous pensez qu'ils seront avec nous ou contre nous ? Questionna le roi Dáin suspicieux.
- Avec vous du moment que vous ne nous causez aucun ennui ! » répondit alors l'homme devant eux, dans un commun parfait, juste un peu déformé par son fort accent.
Ils le dévisagèrent tous, saisis par cela. L'homme eut une pointe de fierté face à leur mines déconfites.
« Je me nomme Susien. Katsoa Pois, notre voyante, a vu le grand dragon en songe, et les immortels à la chevelure d'or. Elle savait que nous vous trouverions ici. Elle nous a demandé de venir vous chercher, pour accueillir dignement l'Héritier d'Isildur, et le Lohikäärme » déclara Susien en regardant Gilthoniel.
Comme tous, il resta accroché quelques secondes à son regard d'argent. Elle le salua avec courtoisie, comprenant parfaitement sa langue. Susien regarda le campement au loin, et reniflant presque dédaigneusement, il déclara:
« Vous ne tiendrez pas longtemps avec de tels couverts ! Hommes du Sud ! Nous allons vous attendre, allez donc chercher tout votre bivouac, et suivez-nous.
- Comment avoir confiance ? Demanda Eomer sur ses gardes.
- Nous vénérons le Lohikäärme, même si les Suu Palo les gueules de feu nous effraient. » sans une autre explication il tourna les talons, fit un signe à ses loups qui se levèrent de suite. Ils n'avaient pas quitter des yeux les hommes une seule fois.
La petite fille dévisageait Gilthoniel avec de grands yeux noirs, et quand la femme aux cheveux de cendre se pencha pour lui parler, elle partit en courant.
« Et bien ! Je ne dois pas avoir la fibre maternelle ! lança Gilthoniel avec désinvolture.
- Dois-je te rappeler qu'elle t'a vu sous ta forme de dragon ? La taquina Legolas qui était derrière eux.
- Et bien quoi ? C'est pas la pire de mes facettes ! »
Tous eurent un petit rire à cette phrase, puis ils retournèrent vers le campement. Gilthoniel vit Susien arnacher les deux loups au plus gros des traîneaux. Et il s'assit patiemment, la petite fille sur les genoux, attendant que leur armée les rejoigne. Gilthoniel en profita pour se changer, heureusement qu'elle était de la même taille que les elfes qui l'accompagnaient. Même si ils étaient un peu plus massifs, au moins les longueurs étaient bonnes. Lever le camps dura un long moments. Après deux interminables heures, ils revinrent vers eux, et Susien s'exclama :
« Ces Etelaïen ! Ils sont incapables de voyager légèrement ! »
Gilthoniel sourit à cette phrase, et Thranduil se retourna faiblement pour dire :
« Traduis ?
- Etelaïen, cela veut dire Sudistes …
- Ho … en même temps nous ne sommes pas tous obligés de vivre comme des sauvages ! » pesta froidement Thranduil devant cette remarque désobligeante.
Gilthoniel lui donna une légère tape sur l'épaule et collant ses lèvres à son oreille elle fit :
« Je vous pensais plus diplomate Seigneur. On ne mord pas la main tendue! Autrement, je vous aurai arraché la vôtre ! »
Le roi eut un petit rire à sa réflexion, et posant une main sur une de celle de Gilthoniel qui lui maintenait la taille, il répondit :
« Il me semble que c'est ce que tu as fait … au début ... »
Il sentit son contact s'accentuer dans son dos, et sa voix, dans un doux murmure, lui susurrer presque en ronronnant :
« Oui, au début ... »
Ils continuèrent la route sans dire un mot, profitant de ces instants qui ne cessaient de les rapprocher. Ils marchèrent longtemps, déviant légèrement leur trajectoire vers l'Est, les Montagnes Grises toujours en point de repères sur leur droite à un peu moins d'une centaine de lieux. Ils arrivèrent en fin d'après-midi dans le campement des Lossoth. La première choses qui les saisit, furent les maisons de leurs hôtes. Petites, rondes, avec un trou à l'avant pour faire l'entrée. Mais là n'était pas le plus fabuleux, car elles étaient faites de neige et de glace. Gimli qui regardait les petites bâtisses blanches s'exclama enjoué :
« Legolas ! Nous avons trouvé les Hobbits des Neiges !
- Ils sont tout de même bien plus grands que des Hobbits, Gimli ! Répondit l'elfe avec un radieux sourire.
- Si je retourne à la Comté un jour, je raconterai bien tout ceci à nos amis !
- Oui Gimli … nous irons tous les deux en ce cas ! J'aimerai vraiment les revoir. »
Ils s'affairèrent à aider les troupes, les souverains étaient avec Susien, en pleine discussion. Gilthoniel était avec eux, analysant tout ce qui se disait ou se passait, mais ce qui l'intriguait le plus, étaient ces loups énormes qui leurs servaient à tout. Elle vit quelque chose bouger dans la lumière entre chien et loup qui s'étalait sur la morne plaine blanche. Une petite silhouette un peu rabougrie, croulant sous des épaisseurs de fourrures qui l'engloutissaient. Susien regarda la personne et fit un très respectueux salut, tous les rois regardèrent dans la direction où l'attention de Gilthoniel s'était déjà fixée. La personne fit glisser sa capuche en peau de bêtes le long de ses cheveux, et le visage d'une vieille femme se fit découvrir. Ses yeux étaient de la couleur de la glace, entre le bleu et le blanc. Sur sa peau halée, c'était saisissant. Elle était plus petite qu'eux tous, de la même taille que Gimli. Elle s'approcha, et les dévisagea un par un. Elle s'arrêta sur Gilthoniel, s'avança vers elle, et l'attrapant par le col sans avertir, elle ancra son regard dans le sien. Thranduil avait fait un vif pas en avant face à ce qu'il considérait comme une agression, mais Gilthoniel leva le bras pour le tenir à distance. Il se raidit, n'aimant pas du tout la situation, mais surtout, qu'on la touche Elle. La vieille femme au visage buriné par les ans, plissa les yeux, comme lisant quelque chose avec difficulté.
« Lohikäärme ! Il me semble que ton destin est bien trouble ! Il a changé, quelque chose a perturbé l'ordre céleste. »
Elle riva ses yeux étonnants sur Thranduil, Legolas, Gimli, et même, Faramir et Aragorn. Son regard s'aiguisa encore plus.
« Vous avez fait une longue route pour venir jusqu'ici, pour une cause juste. Mais vos souffrances valent-elles un tel combat ?
- Nous devons finir ce que nous avons entrepris. » fit Gilthoniel en lui posant une main amicale sur celle qui lui empoignait la tunique.
La vieille femme la lâcha brusquement, et soupirant elle déclara :
« Oui, sans doute. Et tu es prête à mourir pour cela. »
Leur sang se glaça sous cet aveu. Gilthoniel, regarda furtivement Thranduil dont la respiration venait de se couper. Il avait espéré, ardemment, de toutes ses forces, que les choses viendraient à changer, mais c'était un fol espoir, vaincu d'avance. Cependant la vielle femme eut un sourire en coin sur ses lèvres ridées, et détaillant Legolas et Thranduil elle ajouta :
« Cependant, les immortels n'accordent pas leur protection à n'importe qui. Qui sait … »
Elle alla vers Susien, et se plaçant à ses côtés elle déclara d'une voix vibrante pour son âge :
« Vous serez nos invités. Nous vous aiderons en cette saison difficile. Nous vous conduirons même là où vous comptez aller. Mais ici, vous devez respecter la nature et ce qui vous entoure. Suuri Äiti vit en symbiose avec tout ce qui l'entoure, soyez à son écoute, ou vous le regretterez. Nous vous apprendrons à faire vos maisons de glaces, ainsi que vous vêtir plus chaudement avec le fruit de vos chasses. Même si je me doute, que vos hivers et vos campagnes vous ont déjà aguerri, le froid ici est plus intense, autant ne pas l'apprendre à vos dépends. A présent prenez du repos. Et n'hésitez pas à nous questionner au besoin. Si votre orgueil vous le permet. »
Elle eut un rire doux à cette petite pique, et rehaussant sa capuche sur ses cheveux argentés, elle les laissa entre eux. La petite fille aux cheveux noirs vint lui prendre la main, et toutes d'eux rentrèrent dans leur bâtisse enneigée.
« Suuri Äiti ? Répéta Aragorn
- Oui, la Grande Mère. Elle fait référence à la Nature. Les Elfes et les Lossoth ne sont pas si différents sur ce point. Ils vénèrent la Nature par dessus tout. Mais les Lossoth ont d'autres façon de procéder, car ils sont mortels. Alors que les Elfes ont fait des palais, des royaumes et tout un tas d'édifices plus grandioses les uns que les autres pour leur pérennité, les Lossoth eux, ont conservé une nature nomade. Migrant, évoluant, au rythme de la nature, des saisons, des animaux, sans jamais se fixer, dit Gilthoniel avec un sourire attendri.
- Votre savoir est impressionnant Gilthoniel … soupira Faramir, qui pourrait l'écouter parler pendant des heures, et apprendre tout ce qu'elle avait à lui transmettre.
- Dites merci aux miens Faramir, à ma race. Je n'ai nul mérite à cela. » répondit Gilthoniel en lui offrant un triste sourire.
Puis elle se détourna d'eux et alla toucher au plus près, les choses merveilleuses qui les entouraient.
« Qu'en pensez-vous Aragorn ? Peut-on décemment leur faire une confiance aveugle ? » Demanda Eomer toujours plus ou moins inquiet face à leur situation.
Le roi Elessar haussa légèrement les épaules, réfléchissant. Il jeta un regard anxieux sur le gros des troupes, qui était il faut l'avouer, assez mal en point . Puis il soupira presque fataliste :
« Ils sont venus à notre rencontre, et nous proposent de l'aide. Je ne dis pas que nous devons foncer tête baissée et relâcher notre garde, mais, dans la situation actuelle, nous n'avons pas trop le choix.
- Nos troupes sont au plus mal Seigneur des Chevaux. Nous avons subi beaucoup de pertes, et nos forgerons ont du mal à réparer les armes et les armures. Les hommes souffrent du froid. Je pense qu'une halte, et surtout, une meilleure préparation, nous sauverons la mise, exprima le roi Dáin réaliste.
- Et vous Seigneur Haldir et Thranduil ? Qu'en pensez-vous ? Demanda Aragorn en regardant les deux elfes.
- Nous avons l'avantage de ne pas souffrir réellement des froidures hivernales, et notre évolution en ces terres glacées, est moins difficile et douloureuse pour nos corps et nos esprits. Nous nous plierons à vos volontés, car nous sommes tributaires de la bonne santé de vos hommes, répondit Haldir compréhensif.
- Seigneur Thranduil ? »
Le Roi Sylvestre cala son attention sur Aragorn, et son visage sombre prouvait qu'il n'écoutait que peu la conversation. Il fronça légèrement les sourcils, et le visage crispé sous un mal invisible il sortit d'une voix morne:
« Qu'importe, pour moi ce voyage se finira de la même manière, quoi qu'il advienne aujourd'hui. Faites ce que vous pensez juste et utile. En cette heure, je me préoccupe que peu de vos réflexions. Pardonnez-moi. »
Il hocha légèrement la tête avec raideur pour les saluer, et il les quitta sans vraiment faire cas de l'inconvenance de ses paroles. Chacun devait faire face à ses propres démons, les siens, se paraient de la plus belle et cruelle couleur qui soit un éclat d'argent sous un ciel sans lune.
Susien leur expliqua rapidement leur mode de vie, et ils purent constater avec plaisir, que tout était calculé à la perfection. Les Hommes du Nord, après de générations et des générations d'adaptation, étaient leur seul recours face au désert glacé qui ne les épargnerait pas. Les tentes furent dressées, et les Lossoth leur prêtèrent des peaux de bête pour fortifier leurs murs. Quelques abris de neige furent monté rapidement, et Gimli et Legolas se firent un grand plaisir à étrenner ce nouveau mode de couchage. Du coup, les tentes étaient moins bondées, ce qui soulagea tout le monde. Le soir un grand feu fut allumé, et avec la chasse excellente de la journée, les troupes purent se sustenter convenablement. Certains ne pouvant s'empêcher de râler sur le manque de breuvages alcoolisés. Gilthoniel s'était aperçue qu'ils avaient établi leur campement derrière une excroissance rocheuse, et vu la direction des vagues ondoyantes sur la neige, ils étaient à l'abri des vents. Les rochers ne devaient pas dépasser les cinq mètres de haut, mais s'était suffisant pour couper au maximum les températures négatives. Elle regardait le ciel, les constellations brillaient de mille feux. Elle s'imagina les caresser, les étoiles s'accrochant à ses doigts. Le visage levé vers la voûte céleste, un peu en retrait, elle savourait cet instant. Là que la vie reprenait ses droits pour quelques heures. Gimli lui apporta une boisson chaude, et avec un sourire magnifique, elle vint l'embrasser sur la joue, faisant rougir le nain plus qu'un verre de vin. Quelques minutes après Legolas vint la voir, il se posta à ses côtés, en silence, comme souvent. Ils n'avaient pas besoin de parler tous les deux, ils avaient une cognition naturelle et étrange de ce que pensait l'autre, de ce qu'il ressentait. Il la regarda un instant, perdue dans ses pensées, et il lui chuchota, totalement subjugué par sa beauté.
« Si il n'y avait pas mon père, je t'aurai fait mes hommages en cette nuit. »
Elle braqua ses yeux sur lui de façon vive, complètement soufflée par ses paroles. Elle fronça les sourcils, et resta muette.
« Je voulais que tu le saches Thoniel … je ne veux pas que tu partes sans savoir la teneur de mes sentiments à ton égard. Et saches, que mon père ne sera pas le seul à te pleurer. »
Une boule brûlante dans la gorge l'empêcha de dire ce qu'elle ressentait. Elle lui caressa doucement la joue, et réussit à articuler.
« Quoi qu'il advienne Legolas, je n'ai jamais douté de toi. Tu es l'être le plus fidèle, le plus loyal, et le plus adorable que je connaisse. Si la mémoire de ceux que nous avons aimé, reste avec nous de l'autre côté, tu seras toujours avec moi …. je te le promets ... »
Cette promesse le fit sourire tendrement, puis lui faisant une révérence digne d'un prince à une reine, il la laissa, satisfait d'avoir pu lui dévoiler ses quelques sentiments. Elle le regarda évoluer avec grâce à travers les hommes pour rejoindre Gimli, débordant de cette lumière divine commune aux Eldars. Elle se retint de pleurer, mais sa poitrine se serra. En silence elle se retira, et avec agilité, escalada les rochers derrière eux. Elle se trouva une coin à l'abri des regards, dans un creux baigné par la clarté de la lune et des étoiles. Elle recroquevilla ses genoux sur sa poitrine, et posant son front sur ces derniers, les serrant fort entre ses bras, elle se permit de pleurer. Loin de tout et de tous, elle donna sa complainte à la déesse d'argent.
« Je n'aurai pas la force …. Galadriel …. je ne veux pas quitter tout ceci … je ne veux pas les quitter … je ne pourrai pas ... »
Et ses pleurs sortirent hachés entre ses dents serrées. Sa poitrine semblait s'effondrer sur elle-même, et cette douleur, était d'une telle puissance, qu'elle aurait voulu mourir sur-le-champ pour ne plus la ressentir. Après de longues minutes stériles dans le froid, elle regagna la tente de Thranduil, qui n'était pas présent. Elle se débarbouilla pour effacer les vestiges de ses larmes, et silencieuse elle se brossa les cheveux. Harassée par la route, le froid, et sa tristesse, elle s'allongea puis s'endormit, vaincue. Plus tard, alors que la nuit tremblait sous les assauts du jour, elle s'éveilla lentement et malgré la présence de Thranduil à ses côtés, elle n'arriva pas à éteindre le sombre tumulte qui lui labourait le coeur. Il dut s'en apercevoir, car il la prit dans ses bras et l'enlaça tendrement. Elle ne tint plus et c'est un torrent de larmes qui se déversa contre la poitrine du roi. Et jamais il n'oserait avouer, à quel point en cet instant, il aurait voulu s'accorder le droit de le faire, également.
Les troupes cheminaient avec entrain, ragaillardies par le festin de la veille, et heureux de ne pas souffrir des vents glacés. L'avancée était toute aussi difficile, mais c'est le coeur plus léger qu'ils évoluaient à présent. Les Lossoth étaient d'une grande patience, et les souverains apprirent beaucoup sur eux, même si ils s'en doutaient, ils ne leur dévoileraient jamais tout. C'était un peuple fier, mais simple, qui se satisfaisait de ce que la nature leur offrait. Les liens familiaux étaient très présents et soudés. Susien était sur son traîneau tracté par ses deux loups, le reste de la meute évoluant autours d'eux en jouant et jappant. Certains avaient des petits bats sur le dos, pour aider au transport des objets usuels. Gilthoniel fut tirée de ses sombres songes par un rire d'enfant. Elle vit la vieille dame qui jouait avec la petite fille, qui était d'ailleurs l'héritière du chef, ainsi que deux jeunes-hommes plus âgés. Leur groupe était au total constitué d'une vingtaine d'âmes, et Gilthoniel les observa longuement évoluer, sans dire un mot. Les paroles de Legolas avaient soulevé trop de choses la veille, dont cet attachement, cet amour qu'elle leur vouait à tous. Le cerf marchait plus lentement que d'habitude, et elle sentit l'étreinte des doigts du roi sur une de ses mains. Elle sourit faiblement, ils étaient devenus si proches, qu'il arrivait à tout ressentir d'elle. Jamais elle n'aurait pu penser que Thranduil avait en fait, un don d'empathie extraordinaire. Nul à part elle, ne le saura jamais. Elle repensa à leur première rencontre, et cette révélation, lui expliqua tellement de choses. Trop sensible à ce qui l'entourait, il fallait qu'il se forge une carapace à toute épreuve, même la pire. Et ces années à ruminer la perte de sa femme, puis en un sens, celle d'un fils, n'avaient fait que contribuer à ériger ce mur qu'il était devenu. Froid, inaccessible, se protégeant au mieux de tout ce qui pouvait l'atteindre. Legolas lui avait dit qu'elle l'avait sauvé, mais pour combien de temps ? Ne serait-elle pas au final, celle qui causerait sa perte ? Des larmes ruisselèrent lentement sur ses joues, en silence, et le cerf s'arrêta, laissant toute la troupe s'avancer inexorablement vers leur destin.
« Que se passe-t-il ? Demanda-t-il sortant de son silence, une fois les derniers hommes plus loin.
- Je … j'ai peur.
- Nous serons là Gilt …
- Non ! … Vous ne comprenez pas Seigneur ! Le coupa-t-elle, la voix brisée. J'ai peur pour vous … peur de vous faire souffrir des tourments que je ne souhaite pas. »
Le coeur du roi se serra, comprenant la situation. Il inclina la tête, regardant les bras fins et fermes qui étaient autours de sa taille. Il inspira à fond et déclara :
« Je préfère vivre avec les souvenirs de ce que nous avons vécu Gilthoniel …. ne jamais les oublier pour me prouver, que de belles choses peuvent subvenir, même quand tout espoir semblent perdus. Je n'ai .. il fit un courte pause, prenant courage face à ce qu'il allait dire. Je n'ai jamais voulu oublier ma femme, j'aurai pu prendre quelque chose pour effacer son souvenir, et me délester d'un poids qui me rongeait tous les jours depuis sa mort. Mais … j'ai fait un choix. Celui de ne pas oublier justement, de ne jamais voir se diluer le visage de celle qui me donna un fils. De celle, qui dans mon existence immortelle, m'a fait voir la vie et ses beautés, comme personne ne l'avait fait avant. Et, je ferai pareil pour toi Gilthoniel …. jamais je ne veux abandonner ton souvenir tu entends ! Je n'arracherai pas cela. Je le garderai en moi, comme une part de mon âme, qui me suivra jusqu'à la fin. Je veux garder pour toujours …. cet amour que je te porte ... »
Il la sentit tressaillir dans son dos, conscient qu'elle pleurait à chaudes larmes. Il releva la tête vers l'azur, et il pria les Valars une énième fois. Mais comme à leur habitude, ils restèrent muets. Il fit à nouveau avancer son cerf, et braquant ses yeux clairs vers l'horizon, il fit d'une voix vibrante et suave de détermination.
« Je t'aime, c'est ainsi. Et je crois … mon étoile ... que tu devras faire avec, jusqu'au bout. »
Elle resserra son étreinte sur son corps musculeux, et elle se demanda comment on pouvait ressentir de concert, une telle joie, et une telle souffrance.
Ils marchèrent longuement vers le nord, et ils ne s'arrêtèrent que pour manger et dormir. Puis par une après-midi grisâtre, ils virent le Mont Aeglos s'élever à quelques kilomètres. Susien arrêta tout le monde, en levant un bras silencieux. Il inspectait les alentours, et faisant signe aux rois, il attendit qu'ils soient à ses côtés pour expliquer.
« Nous devons faire attention, la montagne est entourée d'un lac gelé, que nous nommons la Merijään, la mer de glace. Seule une bande de terre est un chemin sûr. Nous n'avons pas à craindre que la glace fonde pour le moment, mais dites à vos hommes d'éviter de frapper le sol, et de passer en rang serré. Quatre personnes de front maximum.
- Le lac est grand ? Demanda Aragorn inquiet.
- Oui, nous allons commencer à marcher dessus, une fois près des monts nous rejoindrons le sol plus dur. Nous allons être à découvert, alors prions pour que le feu ne tombe pas du ciel ... » déclara Susien sur un ton lugubre. Une fois là-bas, le roi Nain devra me suivre.
- Moi ? Et pourquoi au nom d'un Balrog ! Je devrai vous suivre ! Objecta directement le roi Dáin sans savoir de quoi il en retournait.
- Parce que si vous voulez voir où est retenu votre peuple et dans quelle condition, vous devrez venir avec moi ! Lâcha Susien à bout de patience.
- En ce cas, je viendrai aussi. Déclara Gimli.
- Et je vous accompagnerai, avertit Legolas.
- Nous aussi, nous ne serons pas trop de trois pour canaliser la rage guerrière des nains ! » Fit Haldir avec humour, Duilwen à ses côtés.
Ce qui fit sourire l'assemblée. Ils recommencèrent alors à s'aventurer sur l'étendue bleue et blanche, qui glissait sous leurs pieds. Quand ils arrivèrent sur le morceau de landes recouvertes de neige crasseuse, ils virent les traces de pas qui avaient creusé un sillon brunâtre dans la poudreuse. C'est là que le coeur du roi Dáin et de Gimli se serrèrent. Dans les congères, éparpillés un peu partout, les corps sans vie de nains, abandonnés aux charognards, étaient visibles. Hommes, femmes, enfants, rien ne semblait arrêter la cruauté du maître de la forteresse. Tous avancèrent en silence, respectant les morts. Cette dernière portion de route, fut la pire pour eux. Combattre des géants ou des monstres, et perdre la vie en guerrier était une chose, par contre, la mort violente et gratuite, affectait chacun de leur coeur. La chaîne de montagnes s'étendait tout de même sur quelques kilomètres, offrant une possibilité de tactiques au besoin. Ils trouvèrent la plaine dont Thranduil parlait. Blanche, vierge de tout, semblant être le havre de paix idéal avant une guerre terrible. Ils leur maquaient quelques kilomètres à parcourir, et déjà ils pressaient le pas sous les nuages, pour rejoindre cet endroit qui semblait si accueillant dans ces mornes steppes. C'est alors qu'un bruit terrible déchira les cieux, et l'ombre de Carach apparut au-dessus d'eux. Tous se figèrent, et des cris de terreur s'élevèrent tandis que les hommes, fuyaient face la terreur venue du ciel. Les elfes et les Nains restèrent plus maîtres d'eux. Gilthoniel sauta du cerf, et courant au milieu de la langue de terre, elle se transforma, et ils la virent s'élever comme un éclair, se lançant dans un âpre combat, sans réfléchir. Elle s'était fait une promesse, elle comptait la tenir.
Elle s'éleva dans le ciel qui commençait en gronder sous l'orage, décuplant la frayeur dans les entrailles de ceux qui avaient vécu la bataille dans le Rovhanion. Carach fit une magnifique ellipse dans le ciel, en revenant vers elle, il ouvrit sa gueule et une gerbe de flammes chaudes comme un soleil, se déversa des cieux. Gilthoniel fit barrage au mieux avec son corps, et avec ses ailes immenses, elle dévia le feu dans un souffle.
« Encore sur mon chemin sale gamine ! l'entendit-elle gronder alors qu'il se mettait en vol stationnaire au-dessus des troupes.
- Suffit Carach ! Nous ne sommes pas obligés d'en venir là ! Tu le sais très bien !
- Je n'ai pas le choix !
- Bien sûr que si ! » Grogna Gilhoniel avec conviction.
Un sombre rire s'éleva de la gorge du dragon, ses babines se retroussèrent dans un sourire affreux, et les flammes de son regard étincelèrent. Il huma l'air de sa langue et d'un ton qui ne souffrait d'aucune réplique, il cria :
« Je t'avais dit de ne pas venir ! Jamais tu ne t'approcheras de lui ! »
Sa masse noire fondit sur elle, et ils s'écrasèrent au sol lourdement. Ils se redressèrent en même temps, et c'est un corps à corps sanglant qui commença. Un ballet de coup de gueule qui claquent, de griffes qui fendent les airs, s'éleva. Des cris de douleurs montaient sous chaque action, les deux adversaires ne lâchaient rien. Carach s'envola, pensant reprendre le dessus, et elle le suivit. Il y eut une folle course poursuite dans l'épais couvert de plomb. Leurs corps gigantesques perforaient les nuages, et certains se coloraient de jaunes ou de blancs suivant les attaques magiques que les deux dragons se lançaient. Une nouvelle fois, ils chutèrent au sol, sur le flanc d'un pic escarpé. Gilthoniel sentit quelque chose se briser en elle sous le poids du dragon noir, et hurlant de douleur, elle se défit de son étreinte mortelle. En sang, ils se toisèrent quelques secondes, essoufflés. Un autre face à face, et Gilthoniel ne voyait plus du tout ce qu'il se passait à côté. Les hommes éparpillés un peu partout, couraient en tous sens, défiant ainsi le désert de glace. Les souverains les rappelaient, en vain. Aragorn se lança à tout allure derrière ses hommes, suivit de Faramir et Eomer. Haldir, Legolas, Duilwen et Gimli prenant l'autre côté. Thranduil lui, ne pouvait détacher son regard de sa bien-aimée qui se battait pour eux tous. Dégoûté en un sens, que tous fuient aussi lamentablement aux quatre vents. C'est alors qu'il entendit un bruit sinistre, un craquement qui n'augurait rien de bon. Sous la force des affrontements draconiens, la glace commençait à se fracturer. Il regarda son fils qui partait vaillamment réunir les troupes, et son sang se glaça. Il faillit le rejoindre, mais Susien le retint.
« Non, ils ne craignent rien pour le moment ! Mais ne faites pas la même erreur !
- Mon fils est là-bas !
- Ce n'est pas pour lui que je m'inquiète le plus ! » Lança Susien en regardant les Hommes.
Gilthoniel boitait, son avant bras ne la portait plus autant, et elle se doutait qu'elle devait avoir l'os brisé. Carach vit sa faiblesse, et dans un geste vif il le lui attrapa de sa gueule sertie de crocs. Son cri monstrueux résonna à des kilomètres alentours, et Thranduil fixa son attention sur elle à nouveau. Elle vint prendre la nuque du dragon noir dans sa gueule, et plantant ses dents acérés dans l'armure d'écailles sombres, elle le plaqua au sol avec force. Il se débattit violemment, se contorsionnant comme un serpent, et il réussit à lui faire lâcher prise. Il s'envola à nouveau, et il l'attendit. Puis, son regard se fixa sur les hommes en contre-bas, et là sa gueule s'étira dans un odieux sourire. Et l'éclair malsain dans son regard fit frissonner le dragon d'argent. Carach plongea à toute vitesse, et passant au ras des troupes, il ouvrit sa gueule, et sa langue de feu vint lécher la glace sous leurs pieds. Il y eut un craquement sinistre tandis que l'épaisseur glacée s'effondrait sous leurs pieds. Une partie des hommes chutèrent dans le piège liquide, emportés par leurs armures vers le fond. Gilthoniel arriva aussi vite que le vent, et se postant devant eux, elle battit violemment des ailes, et le souffle balaya les hommes sur plusieurs mètres, les repoussant le plus loin possible de la trouée meurtrière.
« Il suffit maintenant ! » lança-t-elle au dragon noir, l'esprit animé de ressentiments.
Elle avait essayé , mais Carach était trop borné, trop soumis, elle n'avait plus le choix. Contractant son énergie, les éclairs apparurent, et sa gueule cracha une boule de plasma brûlant et chatoyant. Carach la reçut de plein fouet sur le flanc. Profitant de son étourdissement, elle se jeta sur lui, et leur combat se déroula dans les cieux de plus en plus noirs. Elle arriva à attraper la gorge de son ennemi, et le saisissant de ses griffes, elle s'arrima fermement à lui. L'orage éclata dans le ciel, et elle dit entre ses crocs :
« Tu ne me laisses pas le choix Carach ! »
Elle se concentra et la foudre vint frapper son corps, qui devint un super conducteur. Carach émit un hurlement strident sous l'impact, et elle prit de la vitesse avec son adversaire entre ses pattes puissantes. Têtes la première, elle leur offrait un plongeon vertigineux. Leur deux corps se transformèrent en une étoile filante éblouissante, et alors qu'ils allaient toucher le sol, elle le propulsa vers la montagne, et il s'écrasa de tout son long, poussant un dernier cri rauque, avant de s'effondrer avec le flanc de la montagne. Gilthoniel se posa en catastrophe à ses côtés, couverte de sang, ses écailles d'argent scintillaient à la lumière électrique du ciel. Elle posta sa tête près du dragon noir à l'agonie, et les larmes aux yeux, elle demanda :
« Pourquoi Carach ….
- Tu ne … comprendras … jamais rien .. petite sotte ... » fit-il alors dans un dernier souffle.
Sa gueule cracha un flot de sang impressionnant, et ses yeux d'or se refermèrent lentement. Elle ne sut pourquoi, mais sa mort la fit atrocement souffrir. Comme si elle se voyait là, étendue à sa place, un monceau de montagne couvrant son corps immobile. C'est alors que les cris de terreur au loin, attirèrent son attention. Les soldats ! Elle fit volte-face, et tant bien que mal, reprit son envol. La plupart étaient sains et sauf, mais elle vit Eomer avec son cheval fuir une fissure semblant les avoir prit pour cible. Son destrier ne pouvant tourner sec sur la glace au risque de se rompre le cou, ils ne pouvaient qu'effectuer une fuite en avant. Ils virent passer l'ombre du dragon d'argent avec une vélocité qui leur était inconnue. Elle plongea en rase-motte sur la glace, et arrivant vers Eomer, elle l'attrapa de sa patte valide, le cavalier et sa monture. Puis elle revint en exécutant un gracieux demi-tour aérien, qui fit hurler le Roi du Rohan malgré lui. Elle revint vers le chemin sécurisé, et s'écrasa sur le sol, à plusieurs mètres en amont. Elle relâcha son étreinte, et Eomer fut surpris d'être intact, et son cheval aussi. Elle avait tout donné pour ne pas les écraser. Ils arrivèrent tous à ses côtés, voyant ses immenses flancs argentés se soulever avec difficulté. Son duel l'avait épuisé, et le froid ambiant était trop dur pour son corps massif. Elle brûlait trop d'énergie pour se maintenir à la bonne température, et faire que son coeur batte correctement. Elle entendit les troupes s'affairer autours d'elle, à moitié sonnée, elle eut du mal à retrouver sa forme humaine. Elle essaya de se tourner, et de se relever, mais un glapissement atroce sortit de sa gorge quand elle s'appuya sur son bras. Legolas vint la soutenir et l'aider à se relever. Elle avait la tête qui tournait, et elle ne comprit pas réellement ce qui se passa par la suite. Tout ce qu'elle savait, c'est que la douleur dans son coeur venait de s'accroître, et qu'à l'inverse de celle de son bras, elle ne disparaîtrait pas de si tôt. Legolas l'avait installée dos à un pan de rocher sombre, emmitouflée dans une couverture en fourrure, et elle ne cessait de grelotter. Gimli lui porta un breuvage chaud, elle eut à peine portée à ses lèvres qu'elle se pencha sur le côté et régurgita tout. Une mare de sang se mêla au reste, et elle se déplaça hors d'atteinte de la flaque rouge qui semblait la narguer. Thranduil ayant vu la scène se précipita vers elle, et sa pâleur le fit frémir. Il la prit dans ses bras, et prenant le chemin d'une tente déjà installé à la va-vite, il la posa au sol sur d'autres peaux de bêtes. Il défit les lacets de son pourpoint, et il palpa ses côtes. Elle hurla de douleur en se pliant en deux, se mettant en position de défense en se recroquevillant, elle lâcha en jurant entre ses dents :
« Côtes cassées, et le bras aussi, mais non .. je n'ai pas d'hémorragie interne. Le sang n'était pas le mien. »
Elle frissonna rien qu'en disant cela. Il lui posa une main réconfortante sur le front, et le visage ravagé par l'inquiétude il dit :
« Redresse-toi, tu ne dois pas rester allongée, cela aggrave le mal. »
Elle hocha la tête, et acceptant l'appui secourable qu'il lui tendait, elle se laissa guider vers un poteau de la tente, contre lequel il positionna son dos. Elle gémit, et elle fit avec un sourire tiré :
« Je crois Seigneur, que vous allez devoir me replacer l'os du bras. »
Le visage de Thranduil se décomposa face à cette annonce, et se relevant vivement il déclara :
« Non … je ne peux pas.
- Par les Valars Thranduil ! Je vous ai déjà vu le faire des dizaines de fois ! Mon pouvoir de guérison ne marchera pas convenablement si vous ne le faites pas ! »
Le pan de l'entrée de la tente s'ouvrit, et Legolas suivit de Gimli entrèrent d'un pas pressé. Legolas se mit à genoux à côté de Gilthoniel, et lui caressant le visage il murmura :
« Gilthoniel, ce combat était si …. violent … j'ai eu si peur.
- Ça va Legolas, si un dragon ne peut en affronter un autre, qui le peut ? Dis à ton roi de père qu'il doit faire ce que je lui ai demandé. »
Legolas fronça les sourcils dans une moue perplexe. Gilthoniel grimaça sous son mal lancinant, et elle hurla presque :
« Mais qu'attendez-vous ! Je souffre bien plus ainsi !
- Que dois-je faire ? Demanda Legolas comprenant soudain.
- Maintiens-moi pendant qu'il replace l'os, je risque de me débattre malgré moi et de lui faire mal. »
Legolas inspira un grand coup face à sa déclaration, et avec réticence, il se cala derrière elle, et attendit que son père se décide. Thranduil se positionna en face d'elle en se mettant à genoux. Il lui attrapa le bras, et rien que ce geste la fit couiner. Il ancra son regard bleu dans celui de la femme en face de lui, et il déclara :
« A trois d'accord ? »
Elle hocha la tête vivement, ne supportant plus la douleur. Elle cala sa respiration sur celle de Thranduil, essayant de se préparer au mieux à ce qu'il allait lui faire, elle l'entendit juste dire « un » qu'il lui tira sur l'avant-bras et replaça son ossature. La géhenne fut fulgurante, et elle hurla à plein poumons, puis ne tenant plus elle perdit connaissance. Thranduil se sentit fébrile, et avant de perdre pied, il la prit dans ses bras et l'allongea de moitié, le haut du corps surélevé pour l'aider à respirer. Katsoa Pois entra sans se faire annoncer, et regardant l'état de Gilthoniel, elle eut une étrange moue.
« Qui partage ses nuits ?
- Pardon ? Demanda Legolas interloqué par une question si directe.
- On ne me la fait pas seigneurs des bois, une femme aussi belle qu'elle, doit avoir au moins un homme pour partager ses nuits. Qui donc ? redemanda-t-elle en fixant tour à tour Legolas et Thranduil.
- C'est moi …. répondit enfin le Roi Sylvestre.
- Ha bien, elle lui plaqua une fiole dans la main, et continua, qu'elle en boive dès que les douleurs se réveillent. C'est un puissant calmant confectionné à partir de certaines racines et baies des steppes. Vous allez devoir veiller sur elle. Son pouvoir de guérison est grand, mais elle sent la douleur comme vous et moi. Épargnons-lui cela autant que faire ce peut. Elle souffre déjà bien assez comme cela ! »
Puis la vieille dame ressortit sans un mot de plus, laissant le nain et les elfes derrière elle, cois.
« Quelle étrange vielle femme ! S'exclama Gimli amusé par son comportement.
- Legolas, veille sur elle s'il te plaît. Je vais voir les autres, et prendre la mesure des dégâts. Dès que tu le peux, allonge-la confortablement sur un lit.
- Oui Père … » promis Legolas doucement.
Thranduil la regarda quelques secondes, et s'en voulant un peu de la laisser, il tourna les talons, et sortit voir le Roi Elessar et les autres. Une fois dehors, il s'avisa que le campement se montait à une vitesse folle, et que la nuit allait bientôt être là. Il regarda vite fait par dessus certaines crêtes, le flanc de montagne qui s'était effondrée, et il frissonna en imaginant la violence du choc. Il trouva le roi Dáin très énervé qui faisait les cents pas devant un Susien qui faisait des trésors de patience. Il arriva quand Faramir déclarait sagement :
« Il va faire nuit, je ne pense pas que ce soit le bon moment pour aller voir votre peuple captif roi Dáin.
- Jour ou nuit qu'importe ! Je dois aller les aider !
- Et vous pensez que mort vous y arriverez mieux ?! Trancha la voix claire et posée de Thranduil qui apparut à leurs côtés.
- Bien sûr ! Si on vous écoutait vous les Elfes, mon peuple aurait le temps de mourir dix fois avant que vos augustes fesses veulent bien se bouger !
- Cela n'a rien à voir ! Lança Haldir. Mais il y a un temps pour tout Maître Nain ! Si nous y allons maintenant, nous allons compromettre toutes nos chances de réussite !
- Écoutez-les mon roi, fit alors Gimli qui les avait rejoint. Je suis à leurs côtés depuis tellement de temps à présent, que je connais leurs conseils sages et avisés. »
Le roi Dáin se rembrunit, bougonnant dans sa barbe. Un vent glacial se leva, les saisissant tous, et il leva les yeux vers le ciel. La nuit était là, et les températures baissaient trop rapidement. Déçu, il pesta :
« Et bien soit ! Attendons demain ! Qu'importe que les miens crèvent comme des chiens ! »
Il partit d'un pas rageur dans la neige, aidant ses hommes pour se changer les idées et se sentir utile.
« Essayons de nous reposer un peu cette nuit, je pense hélas, mes amis, que l'affrontement final n'est pas loin. Je crains que nous ayons beaucoup d'autres pertes à pleurer … énonça Aragorn affligé par tous les événements récents.
- Comment va-t-elle ? Demanda Faramir très inquiet.
- Elle se remettra, tout ce que j'espère c'est que se sera le plus rapidement possible. Même le dragon vaincu, nous aurons sûrement besoin d'elle encore …
- Pourquoi ? N'était-elle pas ici pour vaincre le Dragon Noir ? Exposa Eomer crédule.
- Non … je ne pense pas. Autrement, elle serait déjà morte ... répondit laconiquement Thranduil une pointe acérée dans le coeur.
- Seigneur Thranduil …. rejoignez-la, je pense … nous pensons, qu'elle a plus besoin de vous à ses côtés actuellement, que de tout le reste. » Dit Aragorn sincère.
Le roi des Elfes fut touché par cette marque de respect et de mansuétude à l'égard de sa bien-aimée. Il les salua très royalement, et il s'enfonça dans la nuit pour la retrouver.
