Les loups jouaient dans la neige gaiement. Ils étaient énormes, de la taille d'un poney. Les lueurs de l'aube envahissaient le désert, le colorant de teintes pastels agréables et chaleureuses. Personne, ne pourrait soupçonner que des événements tragiques se jouaient, et se joueraient, en ces lieux. Gilthoniel était levée depuis près d'une heure, la cicatrisation était rapide, et ses os se ressoudaient avec tout autant de vélocité. Cependant, cela était très douloureux. Ne voulant pas déranger Thranduil, elle était sortie, essayant de taire le mal en se changeant les idées. Elle observait le monde, comme le ferait une enfant en le découvrant. N'était-ce pas ce qu'elle était dans le fond, une enfant dans un corps d'adulte, à la conquête du monde, et à la recherche de ce qu'elle était ? Elle regarda la petite fille aux cheveux noirs s'ébattre en riant avec les loups. La femme dragon eut un pincement au coeur, d'étranges pensées s'offrant son esprit.

« Après tout, je n'ai père, ni mère. Je ne suis pas née naturellement, je ne suis pas comme elle, comme tous ceux qui sont ici. Je n'ai en effet, pas plus de place sur terre, qu'une étoile pourrait l'avoir …. seulement …. j'ai tout ici. Je l'ai Lui …. »

Un tressautement trahit sa tristesse, et la petite fille s'aperçut de sa présence. Elle l'observa en train de l'observer. Couverte de neige, les cheveux hirsutes, elle s'approcha d'elle lentement, et fixant l'attention de ses yeux noirs, dans les argentés de la femme en face d'elle, elle lui offrit un radieux sourire. Qu'elle était belle, avec sa chevelure de jais et ses yeux noirs si souriants. Gilthoniel s'accroupit devant la petite fille, mettant son visage à sa hauteur.

« Lohikäärme ?

- Oui .. » répondit Gilthoniel avec un pale sourire.

L'enfant fit une drôle de moue, ne comprenant apparemment pas où se cachait le monstre qu'elle avait vu la veille. Elle attrapa une mèche des cheveux cendrés de Gilthoniel, et les fit glisser dans sa moufle, s'émerveillant des reflets qu'ils avaient.

« Je m'appelle Gilthoniel, et toi ?

- Ketterä

- Dans la langue commune ton nom veut dire Agile, à te vois courir avec les loups, je crois que tes parents ont bien choisi.

- Ma maman elle est morte, déclara abruptement la petite fille, et Gilthoniel sentit sa poitrine se serrer. Et toi ? Tes enfants ils sont où ? »

Elle crut manquer d'air à cette question si innocente. Elle se redressa lentement, rivant son attention sur les steppes enneigées, et se retenant de pleurer, elle répondit.

« Je n'en ai pas ma chérie …. et je n'en aurai jamais ... »

La petite fille vint lui prendre la main, et elle lui dit avec un grand sourire :

« C'est pas grave tu sais ! Il y a plein d'enfants dans le monde ! »

Gilthoniel la fixa un instant, réalisant que son combat en effet, englobait bien plus que la sauvegarde de ceux qu'elle aimait. Cela allait au-delà même de tout ce qu'elle avait pu penser jusqu'alors. Elle serra les doigts emmitouflés de Ketterä, et elle vit Susien s'approcher d'elles. Le père fit un baiser paternel à sa fille, et lui dit :

« Vas jouer, n'embête pas le Lohikäärme !

- Gilthoniel s'il vous plaît Susien … je suis ce que vous voyez là, maintenant. Mon autre forme … n'est qu'un héritage ….

- Elle est ce que vous êtes. » déclara simplement Susien.

Il regarda avec attendrissement sa petite fille repartir jouer avec les loups, et il continua :

« Vous ne comprenez pas réellement le pouvoir dont vous êtes investie, mais cela viendra en son heure.

- Susien … cela veut dire Loups non ?

- Oui. Je suis le chef des loups. Notre peuple descendrait de ceux-ci. L'on dit que notre lointain ancêtre, serait tombé amoureux d'une louve. Alors qu'il agonisait dans le froid, une louve vint à sa rencontre, et le sauva. De leur union naquit le premier Lossoth. Je sais que tout ceci reste une légende, mais il est un fait avéré, nous entretenons une relation privilégiée avec eux. Ils nous comprennent plus que de raison. Ils sont forts, endurants, de remarquables gardiens et protecteurs. Lorsque l'Angmar est venu nous persécuter, ils ont été de fiers combattants, et ont défendu âprement mes aïeux. Nous leur devons beaucoup, ils nous aident tous les jours.

- C'est une belle histoire Susien. J'aurais aimé en avoir une de ce style à raconter à mes enfants. Puissiez-vous encore longtemps, vous et les vôtres, faire perdurer tout ceci.

- Cela dépendra de vous à présent … seulement de vous. Ce que vous conterez faire, votre combat, tout notre devenir repose sur vous. Et je gage, que nul ne peut contrer votre pouvoir. Les dragons des cieux sont puissants, ils sont les enfants des étoiles. »

Gilthoniel eut un petit rictus à cette phrase, assez sombrement elle énonça en fixant Ketterä :

« Et vous ne savez pas à quel point vous êtes dans le juste, en disant cela. »

Susien allait dire quelque chose, mais son attitude changea, il se raidit et fit un salut courtois à la personne qui venait derrière elle, puis il la laissa seule sans rien ajouter.

« Bonjour Seigneur ... dit Gilthoniel sans se retourner.

- Tu me reconnais même en me tournant le dos maintenant ? » Demanda-t-il avec un tendre sourire.

Elle lui fit face, ses pas crissant légèrement dans la neige, et se retrouvant face à son visage nimbé par la lumière du jour, elle répondit :

« Il n'y a pas beaucoup de personne qui puisse venir à moi sans que je l'entende, surtout dans la neige. Et encore moins de personne, qui créer la réaction que je viens de voir chez les autres. A part peut-être Legolas, mais je le soupçonne de déjà échafauder un plan de bataille avec les souverains.

- Oui, ils discutent de la marche à suivre.

- Ils doivent attendre, nous devons mener les attaques de concert, et avec mon bras, je ne suis pas utile à grand chose actuellement, expliqua-t-elle en levant son bras en écharpe. »

Il vint lui effleurer le bout des doigts, et elle vit sa mâchoire se crisper légèrement face à ses blessures.

« Comment te sens-tu ?

- Bien mieux. La potion de cette vieille Lossoth fait des miracles ! Je pense que d'ici un jour, je pourrais repartir au front. »

La lueur sombre qui balaya un instant le regard clair du roi, la secoua. De sa main gauche, elle lui caressa la joue, et il vint lui embrasser la paume tendrement.

« Non .. n'y vas pas … si tu y vas … tu … mais il ne put terminer sa phrase, le larynx noué par un mal que rien ne pouvait amoindrir.

- Nous avons tous pensé à tort que j'étais ici pour Carach Seigneur. Nous nous sommes trompés. Ma tâche sera encore plus dure apparemment, et je ne cache pas que je frémis rien que d'y penser.

- Et si nous partions? » Énonça-t-il bien conscient que c'était impossible.

Elle vint tout contre lui, et il la serra avec délicatesse. Elle ferma les yeux, frissonnante à cette idée. Elle se remémora les plaines, les vallons, le soleil sur le Rhovanion, et enfin, la majestueuse Forêt, dont il était le souverain, craint et malgré tout tant aimé.

« Oh oui Seigneur … dans votre noble forêt. Dans votre somptueux royaume, là où les oiseaux chantent tout le jour et toute la nuit. Là où les ruisseaux vagabondent en murmurant, et où nos rires pourraient se marier aux feuillages d'automne. Ce serait merveilleux …. si merveilleux …, ses yeux d'argents se posèrent sur la neige et elle continua, les arbres et le chant des oiseaux me manquent Seigneur, ainsi que la chaleureuse étreinte de la brise. Ici, ce froid amoindrit mes forces quand je suis sous cette forme que tous vénèrent. Et si elle était en fait, ma plus grande faiblesse ... ?

- Je ne pense pas …. déclara Thranduil le visage posé contre sa magnifique chevelure.

- De toutes manières, j'espère que les Valars me donneront le mode d'emploi pour en finir, car pour l'instant, je suis dans la confusion la plus totale.

- Et si tu arrêtais de te torturer quelques minutes, j'ai des sujets bien plus passionnants qui nous attendent sous le couvert de ma tente si tu le souhaites. »

Il l'entendit rire doucement, son diaphragme résonnant de vie contre sa poitrine. Il ferma les yeux pour en apprécier la délicieuse caresse. Puis, il lui prit la main, et ils allèrent manger un peu.

Le roi Dáin faillit fracasser la table en frappant du poing dessus. Vu les éclairs qui animaient son regard, nul doute que la décision ne lui plaisait absolument pas.

« NON ! Je refuse ! J'ai attendu car la nuit était là, mais je ne vois aucune excuse pour ne pas y aller aujourd'hui !

- Mes blessures en sont une Roi Dáin., déclara Gilthoniel avec compassion.

- Pas pour moi ! Nous n'avons pas besoin de votre aide pour aller libérer les miens !

- Je pense au contraire que si. Si nous n'attaquons pas la forteresse et le lieu d'emprisonnement en même temps, Belegurth aura tout le loisir de masser ses troupes et de nous exterminer un par un. Il faut diviser ses forces si nous voulons avoir une chance ! S'exclama Gilthoniel avec plus d'aplomb encore.

- Une chance de quoi ? De tous courir à la mort ! C'est votre destin de mourir, pas le mien ! Lâcha le roi des nains avec égale vigueur.

- Alors laissez au moins ma mort vous être utile ! Cracha-t-elle entre ses dents, accusant le coup du mieux qu'elle le pouvait.

- Il me semble, commença Eomer, que nous lui devons bien cela. Elle a sauvé nombre de nos troupes, il serait logique qu'elle ait un droit de parole, et d'actes. Nous ne pouvons négliger l'aide d'un dragon. C'est trop risqué.

- Si vous ne voulez pas y aller ! Moi j'irai !

- Allons donc ! A un contre un millier, soit vous êtes fou, soit vous êtes stupide Seigneur Nain ! » Trancha Thranduil qui n'avait pas du tout aimé son attaque, qu'il qualifiait de vicieuse, à l'égard de sa bien-aimée.

Le roi Dáin ravala sa verve, et tous purent le voir devenir rouge sous sa barbe fournie. Il goba plusieurs fois l'air comme un poisson hors de l'eau, puis il vit Gimli lui toucher le bras avec calme.

« Nous irons en reconnaissance, et après nous aviserons d'un plan de bataille. Nous ne pouvons de toutes façons pas, foncer tête baissée, et vous le savez. »

Les deux nains se jaugèrent un petit moment, et le roi, plus raisonnable que son apparence le laissait suggérer, soupira, malgré lui il répondit :

« Et bien soit ! Si c'est reconnaître qu'il faut ! »

Il sortit comme une vraie furie de dessous la tente, hurlant des ordres incompréhensibles à ses hommes. Les chefs se regardèrent un instant, et Legolas déclara avec un charmant sourire :

« Le froid finira bien par refroidir ses ardeurs ! »

L'air entendu et malicieux qu'ils échangèrent en dit long. Aragorn regarda Susien, et étudiant la carte sommaire que le Lossoth lui avait emmené, il le questionna :

« Nous aiderez-vous ?

- Pour la libération des prisonniers seulement . Pour le reste, elle devra le faire seule. » Dit Susien en faisant un signe de menton en direction de Gilthoniel, qui se sentait de plus en plus mal, et de moins en moins à sa place. Elle sentit le bras de Thranduil appuyer sur le sien, lui démontrant son soutien indéfectible.

« Katsoa Pois dit qu'elle seule doit affronter le souverain noir. Les Shamaanis sont en connexion directe avec la nature et les voix de l'Univers. Pour vous se sont les Valars les grands messagers, nous c'est Suuri Äiti, même si je me doute que les deux sont la même chose. Quoi qu'il en soit, elle est formelle, le Lohikäärme doit se présenter seul.

- Soit. J'irai. Mais je ne peux affronter qui, ou, quoi que ce soit dans mon état actuel. Même si je sais que l'issue sera funeste, je veux au moins vous donner les meilleures chances qui soient, pour vous en tirer au mieux, déclara Gilthoniel d'une voix qu'elle voulait ferme.

- Nous prendrons les routes de la montagne aujourd'hui, nous allons suivre Susien jusqu'à la place forte où ils retiennent le peuple nain prisonnier, dit la voix d'Haldir calmement. Pour ce qui est d'aller seule à la citadelle Gilthoniel, nous réfléchirons là-dessus plus tard.

- Et nous ? Que faisons-nous ? Demanda Eomer, pas forcément satisfait de rester sur la touche.

- Il y a beaucoup d'armes et d'armures à réparer, des blessures à panser. Je pense que nous manquerons même de temps Eomer, sans parler que nous risquons d'essuyer des attaques de l'ennemi ici. Nous sommes trop près de la forteresse, expliqua Faramir dont le regard n'arrivait pas à se détacher de la femme dragon.

- D'ailleurs c'est assez étonnant que ce ne soit pas déjà le cas ! Remarqua soudain Aragorn en sortant de ses pensées.

- Il prépare l'invasion, fit Gilthoniel laconiquement. Pourquoi se soucier d'une armée à ses portes, alors qu'il compte envahir Valinor ? Il sacrifiera tout ce qu'il juge utile de sacrifier, gobelins, orques, nains … et même Carach. »

Le tressaillement dans sa voix à l'énonciation du nom du dragon ne passa pas inaperçu.

« Vous aviez donc de l'affection pour ce monstre ? » S'exclama Eomer surpris.

Elle braqua ses iris argentés sur lui, relevant le menton sous cette accusation sous-jacente, et défiant du regard tout ceux qui étaient présents, elle déclara :

« Autant que vous en auriez, si vous deviez tuer de vos propres mains, un des derniers représentants de votre espèce. En sachant pertinemment, que vous resterez seul par la suite. Qui peut vouloir un tel destin ? L'extinction naturelle est une chose, la provoquer, en est une autre. Et en parlant d'équilibre universel, tout rentrera dans l'ordre d'ici peu, non ? »

Son visage magnifique s'était fermé, offrant à leur regard, un masque froid effroyable, qu'ils ne le lui avaient jamais vu. En cet instant, une peur ancestrale les saisit. Donnant aux paroles de Gilthoniel, tout leur sens. Elle se détourna d'eux et sortit de la tente, sans une attention de plus. Thranduil, en la voyant ainsi, pensa qu'elle aurait fait une reine remarquable. Tellement souveraine dans ses attitudes, ses gestes et ses paroles. Legolas prit le pas de la suivre, et il la rejoignit dehors. Le Roi Sylvestre eut un petit rire désabusé, il se redressa de toute sa taille, se campant dans une attitude hautaine qu'il connaissait à merveille, et déclara, une pointe d'ironie funèbre dans la voix :

« Décidément, tout vous convient du moment que cela va dans votre sens, n'est-ce pas?

- Seigneur Thranduil … protesta Aragorn attristé.

- Non Roi Elessar, j'ai vu trop d'hivers passer, trop de grands rois tomber, et d'empire naître et disparaître, pour savoir ce qu'il en est des coeurs des Hommes et des Nains. Et je vous rassure, certains Elfes ne sont pas mieux également. Il est dans la nature de chacun de faire prévaloir ses intérêts, ne l'ai-je pas fait durant des décennies ? Mais, si ce combat doit être la dernière action notable dans mon existence, je veux qu'elle se pare de plus de magnificence, que ce que je vois actuellement. »

Il prit également le chemin de la sortie, et pour une fois, ils savaient que son attitude était la plus juste qui soit.

Il vit Legolas courant presque derrière Gilthoniel. Cette dernière marchait d'un pas vif dans la neige. Il réussit à arriver à sa hauteur, et lui prenant le bras gauche pour l'arrêter il demanda :

« Thoniel je t'en prie .. arrête …

- M'arrêter pour quoi ? Rétorqua-t-elle en se retournant vivement, les yeux noyés de larmes. Pour les voir m'insulter ? Me mépriser ?! Savent-ils au moins les souffrance que j'endure pour protéger LEUR vie ?! »

Elle se plaqua contre lui vivement, le saisissant par ce geste, et collant sa tête contre son épaule, elle eut du mal à articuler :

« Je suis si fatiguée Legolas … si épuisée de tout … De me battre, de devoir tous les jours justifier ma place sur cette terre …

- Chut, calme-toi … lui dit Legolas d'une voix douce, en lui caressant le dos lentement.

- Il n'y a jamais eu que toi et Gimli pour m'accepter telle que j'étais ….

- Et moi .. » ajouta Thranduil qui se rapprochait d'eux d'un pas lent et léger.

Elle redressa la tête, le fixant par dessus l'épaule du prince des elfes, et elle répondit le coeur lourd :

« Non … vous ne m'avez accepté que plus tard, Seigneur. »

Cette cruelle vérité le mordit. Il baissa le regard, confus. Une fois à leur côté, il finit par dire :

« Et est-ce que cela doit enlever de la valeur aux sentiments que je te porte ?

- Je ne sais pas … je ne sais plus … avoua-t-elle misérable, sa poitrine la faisant souffrir mille tortures.

- Elle est exténuée père …

- Je sais ... »

Avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit, Legolas l'attrapa vivement, lui arrachant un cri de stupeur, et la décollant du sol il la prit dans ses bras. Elle s'accrocha à lui comme un chat prit de panique, le fusillant du regard. Il lui sourit éhontément, ne cédant pas un pouce devant sa réticence, son visage transfiguré par un sourire badin à la limite du niais. Ses yeux bleus rieurs la taquinant sans vergogne. Qu'elle pouvait l'aimer quand il était ainsi ! Accompagné de son père il la mena sous la tente, et la posant sans douceur sur le lit, il pointa un doigt dans sa direction et fit d'une voix qui se voulait autoritaire :

« Maintenant femme tu te reposes ! »

Elle le fixa un instant, puis elle partit dans une hilarité abominable. Legolas posa ses poings sur ses hanches, et feignant d'être froissé, il balança avec désinvolture :

« Je vois que mon autorité fait des ravages avec toi ! Tu n'es qu'une sale gamine !

- Ha ! Moi je suis une sale gamine M'sieur le Prince Elfique ? Heureusement que ton père est là où je te filerai une de ces raclée ! »

Elle repartit dans un éclat de rire, qui devint crise de fou rire quand elle vit la tête dudit prince. Le visage de ce dernier se fendit d'un radieux sourire, et il déclara la voix chaleureuse :

« J'aime mieux te voir ainsi …. »

Son rire se tut, et reprenant son souffle, elle comprit son manège. Elle aiguisa son regard, et répondit sincère :

« Oui moi aussi …. »

Thranduil se tenait un peu en retrait, ne cessant de s'émerveiller de la complicité qui les liait. On aurait pu croire qu'ils étaient jumeaux, même si tout différait en eux. Il sut alors, que tout aussi cruellement, la mort de Gilthoniel blesserait son fils de façon atroce. Il le fixa un instant, étreint par une singulière détresse. Legolas vint embrasser le front de la femme aux cheveux de cendre, et lui caressant la joue il énonça, beaucoup plus sombre :

« Je dois y aller. Prends soin de toi d'accord ... »

Elle hocha la tête en silence, elle crut qu'il allait ajouter quelque chose, mais ses magnifiques traits se fermèrent et il se redressa sans un mot de plus. Il salua son père et sortit pour rejoindre la troupe qui allait partir en éclaireur. Ses yeux d'argents suivirent son ombre le plus longtemps possible, et elle les posa sur le roi, qui les avait tout du long regardé en silence. Elle voulut se redresser, mais il vint s'asseoir à son côté, en appuyant sur son épaule gauche pour la forcer à se recoucher. Elle fronça les sourcils, apparemment insatisfaite de son geste.

« Ne m'oblige pas à user de mon autorité de souverain, j'ai horreur de le faire avec toi … déclara Thranduil sérieux.

- Je n'ai pas envie de rester là, allongée, alors que d'autres vont risquer leur vie.

- N'est-ce pas ce que tu as fait hier Gilthoniel ? Combien d'entre eux as-tu sauvé ? Ce sont de grands guerriers, des orques ou des gobelins ne les effraient pas.

- Oui … des guerriers qui me soutiennent, autant qu'ils me craignent. Et je crois, au fond de mon coeur, que ma disparition ne sera qu'un détail pour eux … voir ..un soulagement. »

Il lui prit la main tendrement, attristé de voir ses yeux magnifiques se noyer derrière une mer de larmes. Il vint lui embrasser les phalanges, et murmura :

« Ne penses plus à cela … ce qui importe Gilthoniel .. ce sont les gens que tu aimes vraiment … et qui t'aiment... »

Il vint s'allonger à ses côtés, le dos reposé sur la tête de lit. Presque timidement elle colla sa joue sur sa poitrine, faisant attention à son bras convalescent. Et elle le serra doucement contre elle, s'abandonnant totalement à sa protection. Il lui caressa les cheveux longuement, et usa d'une vieille chanson elfique pour la faire s'endormir. Ce qu'elle ne tarda pas à faire. Qu'il aimait quand elle était ainsi, il pouvait rester des heures dans cette position, éparpillant ses pensées dans la respiration de sa bien-aimée, ou les éclats magiques de sa chevelure.

...

Le sentier était étroit et glissant. La pierre noire où ils évoluait était comme du basalte lissé, offrant peu de prise. Pour les Elfes ceci n'était qu'un détail, mais pour les Nains, c'était une toute autre histoire. Leur armure alourdissant encore plus leurs gestes. Ils étaient une dizaine, pas plus. Susien les précédait en silence, évoluant comme si il connaissait les lieux par choeur. Haldir et Duilwen étaient juste derrière lui. Ses deux loups s'aventuraient un peu plus en amont, se jouant des escarpement avec une facilité déconcertante. Le désert glacé s'étendait tout autours d'eux, blanc et miroitant, aveuglant même. De sombres nuages arrivaient loin à l'Ouest, et une brise glaciale filtrait à travers les rochers, sifflant d'un air lugubre. Les escarpements aux arêtes droites et effilées, donnaient des ombres droites et nettes, accentuant le malaise qu'ils éprouvaient en ces lieux. Il y avait une senteur qui ressemblait à du souffre, et Duilwen demanda :

« Susien ? Y-a-t-il des cours d'eau chaude souterrains ici ?

- Bien sûr ! Nous sommes sur un volcan. Il a été créé il y a for longtemps, et il n'a pas craché de lave depuis des siècles et des siècles.

- Vous semblez bien connaître ces montagnes, énonça Haldir pensif.

- Oui, avant que le souverain noir ne revienne, nous utilisions les sources pour nous soigner, et pour d'autres usages. Mais quand le dragon est apparu, nous avons dû éviter cet endroit. Nous avons envoyé des groupes d'éclaireurs pour nous tenir aux faits des agissements de ce tyran. Certains ne sont jamais revenus. Grâce au courage des nôtres, nous avons su pour le peuple Nain, et les travaux …

- Les travaux ? Demanda Legolas

- Oui, il construit un monstre de métal. Gigantesque. Plus grand encore que le Lohikäärme. Katsoa Pois nous a dit que c'était une porte. Mais nous ne savons pas sur quoi elle donne.

- Valinor peut-être ? Déclara le roi Dáin

- Oui, Gilthoniel nous a dit qu'il préparait son invasion. Mais pas que, nous avons vu ce portail en action au Rhovanion, il peut apparemment le diriger à sa guise, expliqua Gimli pessimiste.

- Je pensais qu'elle l'avait détruit, dit Duilwen en se remémorant le combat.

- Abîmé juste. Il en a même changé les plans peu après. Pour cela que les Nains ont eu à pâtir aussi cruellement de cette attaque. Il leur a commandé de creuser encore plus, de forger, jour et nuit. Les tuant d'épuisement, Susien s'arrêta en levant le bras en signe de halte. Il huma l'air, et déclara nous ne sommes plus très loin.

- Oui nous pouvons aussi les sentir. » fit Haldir en fronçant le nez.

L'odeur s'élevait du bas de la montagne. Des relents de pourriture, de sang, de charogne, avec des vapeurs de souffre suffocantes. Ils eurent un haut le coeur tandis qu'ils avançaient en silence. Ils rampèrent jusqu'à un bord de précipice, qui offrait un panorama dégagé sur le spectacle épouvantable qu'ils allaient découvrir. Dans une cuvette, au creux jouxtant deux montagnes jumelles, ils virent le peuple nain entassé comme des animaux d'élevage. Les fumerolles toxiques s'élevaient du sol, et beaucoup d'entre eux toussaient. Ils creusaient la roche, déblayaient les pierres, les enfants tractaient des charges bien trop lourdes pour eux. Et leur cri se mêlait à la morsure du fouet. Les marteaux de forgerons ne cessaient de frapper l'enclume, dans une musique de fond cadencée et funeste. Les orques et les gobelins supervisaient le travail, torturaient les travailleurs. Nombre de pleurs et de gémissements vinrent jusqu'à eux, et le roi Dáin faillit se jeter dans une bataille perdue d'avance tant une folle colère vint le posséder. Gimli les larmes eux yeux, l'attrapa par le col à la dernière seconde, le plaquant au sol vivement en lui posant une main ganté sur la bouche pour l'empêcher de hurler. Leurs armures firent un bruit clair contre la surface rocailleuse. Quelques petites pierres chutèrent du promontoire, attirant l'attention d'un des orques. Sa face grisâtre s'éleva vers eux, et tous retinrent leur respiration. Il étudia les rochers quelques secondes, puis son attention fut attiré par un esclave qui s'effondra à ses pieds. Ne tenant plus debout d'épuisement. L'orque se pencha vers lui et l'égorgea, hurlant à ses comparses que la viande était servie. Tous détournèrent les yeux devant la scène qui se déroula par la suite. Le roi Dáin, la poitrine soulevée de rage, encore plaqué au sol par Gimli, finit par articuler :

« Partons d'ici, partons avant que la folie ne me fauche, et que je nous mène tous avec moi dans la mort. »

Haldir, Legolas et Duilwen étudièrent les environs, essayant de collecter un maximum d'informations pour les transmettre aux autres. Legolas soutint Gimli, blessé tout comme son souverain face à cette tragédie. Ils s'en retournèrent alors, Duilwen remarquant sur leur gauche, au loin, la forteresse qui semblait les narguer de toute sa glaciale splendeur. Là aussi avec sa vue perçante d'elfe, elle distingua chaque recoin, chaque parcelle de terre et de roches, pour établir une carte précise. Elle crut voir, entre deux falaises, le monstre de métal dont parlait Susien, sa taille et sa forme, ne présageait rien de bon. Puis elle les suivit, rejoignant Haldir qui l'attendait patiemment. Ils redescendirent prudemment, la route était glissante, et les nains avaient du mal à évoluer sereinement sur ce basalte trop lisse. D'un seul coup le roi Dáin dérapa et se fut le bras puissant d'Haldir qui le retint. Le roi des Nains lui offrit un regard de remerciement, qui se figea quelque seconde après, tandis que cinq silhouettes noires apparaissaient dans son champs de vision. Des gobelins. Il voulut prendre sa hache, mais les flèches de Legolas et Duilwen firent mouchent bien trop vite. Le dernier fut littéralement égorgé par les deux loups qui sortirent des ombres sans bruit. Susien flatta leur fourrure maculé de sang noir, avec un sourire fier il déclara :

« De vrais gardes du corps, rien ne leur résiste. »

Les bêtes partirent alors en dévalant la pente, heureux d'avoir aidé leur chef. Puis le petit groupe finit par descendre, en ayant camouflé les corps avant. De sombres pensées animant leurs esprits.

Faramir vint la voir, tandis qu'elle s'habillait chaudement afin de sortir. Il resta quelques secondes à l'admirer alors que ses cheveux gris de cendre balayaient gracieusement le manteau de fourrure qu'elle enfilait. La lumière ténue filtrant par le tissu, n'enlevait en rien l'éclat de leur reflet. Elle se tourna vers lui, et fit en sursautant un peu :

« Par les Valars ! Faramir ! Je ne vous avais pas entendu entrer ! »

Il s'avança vers elle, et regardant ses mouvements il déclara avec un doux sourire :

« Votre bras va mieux ?

- Oui, je peux le bouger et même forcer un peu dessus. D'ici demain ils sera entièrement neuf ! Déclara-t-elle avec un beau sourire réconfortant. Faramir la fixait sans rien dire, et au bout de quelques secondes, elle demanda, qui a-t-il Intendant du Gondor ? Aurai-je manqué quelque chose de crucial pour que vous veniez me chercher dans la tente du Roi Thranduil ? »

Ses yeux d'argent soulignèrent sa question pertinente, perturbant quelque peu Faramir. Il avait déjà vu la beauté et la force savamment réunies, sa femme, Eowyn, en était la parfaite représentante. Mais il se dégageait de Gilthoniel quelque chose de plus, quelques chose d'indéfinissable, qu'il qualifierait de magique. Et cela le charmait malgré lui. Elle attacha ses magnifiques cheveux, et voyant qu'elle attendait une réponse, il se ressaisit et répondit :

« Ils sont revenus. »

Le regard de Gilthoniel brilla à cette annonce, et sans un mot de plus, elle sortit vivement du dessous de la tente, laissant un Faramir quelque peu déçu par ce départ si soudain.

Elle plissa les yeux sous la morsure du soleil sur la neige, puis elle les vit au loin, Thranduil allant directement vers son fils. Le roi Dáin fila sous sa tente et l'on entendit un vacarme assourdissant en sortir. Il était furieux. En arrivant, le visage de Gimli et de Legolas en disaient long, et la gaieté de Gilthoniel s'évapora en croisant le regard de son ami elfique. Elle s'approcha doucement, et fourrant sa main dans la sienne, elle la lui serra. Il lui offrit un sourire de reconnaissance et tous se réunirent sous la tente du roi Aragorn. La table de commandement était dressée, et ils commencèrent leur discussion sur les façons de procéder et les manoeuvres à mettre en place. Le roi Dáin arriva sur ces entre-faits, ses cheveux et sa barbe mal peignés, prouvait qu'il venait à peine de reprendre contenance. Gilthoniel les écoutait parler, prenant la gravité de la situation en compte. Alors qu'ils conversaient sur les attaques à mener, elle déclara :

« Nous avons parlé du fait que je devais me présenter à lui plus tôt dans la journée et à cette même table. Donc, j'irai seule à la forteresse ! Tous coupèrent net la discussion, la fixant,surpris. Nous pouvons mener deux attaques de front, mais pour ce qui est de la forteresse je peux y aller seule. Il n'y a nul besoin de m'accompagner.

- Et affronter en solitaire ce monstre ? As-tu perdu l'esprit ? s'emporta Thranduil en la dévisageant, la toisant comme si, il n'avait pas en effet, une folle en face de lui.

- Aucune armée ne m'effraie ! Si il masse le gros de ses troupes pour se défendre, vous aurez plus de facilités à sauver les captifs ! Ce n'est que de la roche et de la glace, et quelques orques stupides !

- Et un sorcier, qui est seulement l'avatar de Melkor ! Fit Haldir avec ironie, ne comprenant pas sa décision.

- Parce que vous pensez avoir plus de chance qu'un dragon Prince Haldir ?! Le questionna-t-elle percutante. Ce qui importe c'est de les sauver, l'avatar n'est pas de votre ressors !

- Je refuse que tu fasses cela tu entends ?! Ordonna Thranduil la mâchoire serrée de colère.

- Vous n'aurez pas le choix Seigneurs ! Et quand bien même je comprends vos réticences, je sais, et VOUS savez, qu'il n'y a pas d'autres choix tactique !

- Nous pouvons vous fournir des archers Gilthoniel, des fantassins, toute l'armée n'est pas obligée d'être entière pour se frayer un chemin là-bas, expliqua Aragorn.

- Et si tu y vas, j'irai avec toi Gilthoniel ! Et tu ne pourras m'en empêcher ! Déclara Thranduil d'une voix tranchante qui en disait long.

- Vous mourrez, tous autant que vous êtes si vous venez avec moi ! S'exclama-t-elle frappée de chagrin.

- Nous devons tous mourir un jour ou l'autre Gilthoniel, mais tu n'as pas le droit de décider à notre place ! Déclara alors Legolas d'une voix posée mais tendue. »

Face à sa prise de partie, elle le fixa quelque seconde, abasourdie. Elle comprit qu'elle ne pourrait rien, seule contre tous. Elle se mordit la joue, et refoulant ses larmes, elle cracha entre ses dents avant de sortir du dessous de la tente :

« Et bien soit ! Si vous voulez tous mourir bêtement ! Une mort dans l'honneur hein ?! C'est ça ?! Mettant de côté la raison et le bon sens ! Vous êtes stupides ! »

Puis elle quitta les lieux, sachant pertinemment que quoi qu'elle dise, ils pareraient ses décisions. Ils se regardèrent les un les autres, et ce fut le roi Dáin qui sortit, contre toute attente :

« Quel tempérament ! Tout feu tout flamme, y a pas à dire c'est du caractère volcanique ! Je ne sais pas si je dois envier ou plaindre l'homme qui en aurait fait sa femme !

- A envier … sans nul doute possible .. déclara alors Thranduil dont le regard était resté fixé sur la porte de la tente par où elle s'était faufilée.

Le roi des Nains se racla la gorge, soudain confus, et se penchant sur la table de commandement, il demanda :

« Bon alors ? Que faisons-nous ? »

L'air vivifiant lui agressa quelque peu les poumons, et cela lui fit du bien. Elle avait trop l'impression d'étouffer, elle regarda le ciel, vit au loin les nuages qui se rapprochaient d'eux paresseusement . Elle riva son attention sur les montagnes qui étaient derrière elle. Ces colosses semblaient la défier ouvertement. Inspirant à fond, elle essaya de reprendre son calme. Elle n'avait qu'une envie là, partir. Partir et en finir une bonne fois pour toute ! Puis se laissant tomber mollement dans la neige, elle se ravisa, pensant avec justesse, que ce n'était pas la chose à faire. Il fallait qu'elle leur dise à tous adieu. D'une façon ou d'une autre. Legolas la rejoignit quelques longues minutes après son scandale. Elle ne le regarda pas, elle fixait l'horizon, voyant le crépuscule parer d'or et de pourpre le désert de glaces. L'ombre des montagnes avalant tout sur leur passage, faisant baisser inexorablement les températures. Elle frissonna et Legolas lui posa une main chaleureuse sur l'épaule.

« Nous allons manger, viens s'il te plaît. Ne restes pas ainsi, alors que c'est peut-être notre dernier repas ensemble ... »

Elle entendit l'étranglement dans sa voix, et elle daigna le regarder. Ses magnifiques yeux bleus étaient baignés de larmes muettes, et son beau visage était obscurcit par le chagrin. Elle se redressa, et le suivit docilement jusque dans la tente royale, il fallait qu'elle prenne quelque chose de plus chaud pour la nuit à venir, et apparemment le repas se ferait sous la tente du roi Elessar. Elle se préparait tranquillement, et Legolas la fixait sans un mot. Cependant, son expression trahissaient ses pensées. Elle avait mal de le voir ainsi, mal de devoir tous les quitter. D'un seul coup elle vint vers lui, et ne sachant plus trop comment lui prouver son affection, lui déclarer à quel point elle tenait à lui, elle lui prit le visage entre les mains et vint l'embrasser. Le contact de ses lèvres sur les siennes lui provoqua une décharge phénoménale, le sciant sur place. Elle lui offrit un profond baiser, qu'il accueillit sans retenue, puis elle vint le serrer contre lui, et chuchota :

« Je veux emporter ceci avec moi Legolas …. pardonne-moi ... »

Il eut un rictus presque plaintif à cette phrase, et collant son visage dans sa chevelure grise, il l'enlaça à l'étouffer. Ne voulant plus la lâcher de peur de la voir disparaître. Puis leur étreinte cessa, elle lui prit la main, les yeux possédés par une reconnaissance sans limite.

« Mon doux ami .. que mon destin a été heureux quand il a croisé ta route …. »

Elle lui répéta ces quelques mots, et il lui fallut tout le courage du monde pour ne pas pleurer. Il lui offrit un pale sourire, puis ils rejoignirent les autres. Elle discuta avec tous les souverains, ses amis, leur offrant un adieu camouflé à chacun. Thranduil l'étudiait, en silence, s'apercevant de son comportement. Il attendit d'être enfin seul avec elle pour tirer cela au clair. Seulement, les sentiments parfois faussent les meilleures intentions. Il l'observait peignant ses longs cheveux, fredonnant un air elfique, perdue dans ses pensées. Totalement absente, elle ressemblait à une étoile lointaine, qui brillait de tous ses feux. Un astre qui lui était hors de portée. Ses mouvements étaient fluides, gracieux, sa nuque gracile se dévoilant par instant. Elle était si belle. Il la désira soudainement, âprement, presque douloureusement. Il s'approcha d'elle, lui fit poser sa brosse à cheveux au pied du petit miroir qui se tenait sur la petite coiffeuse. Il la fit se lever, puis il la prit dans ses bras puissants, la retourna avec majesté, et il vint trouver ses lèvres dans un baiser passionné, qui la bouscula un peu au début. Déboussolée un instant, elle ancra ses prunelles d'argent dans les claires du roi. Devant son regard aimant, brûlant d'une flamme sans parole, elle sourit, et prenant appuis sur lui, elle vint lui prendre la taille entre ses jambes dans un bond souple. Il la mena à leur lit, et lui retirant ses couches de vêtements avec une certaine impatience, il l'entendit rire contre sa gorge.

« Je pensais les Elfes au-dessus de ces impulsions humaines …

- Pas quand je suis dans tes bras Gilthoniel … pas quand je suis dans tes bras, répéta-t-il tandis qu'il la serrait contre lui. Puis il ajouta dans un souffle rauque et presque impatient, tout se dilue, se transforme … se sublime quand je suis avec toi … tu es la Vie qui m'a fait tant défaut durant de trop longues années. »

Elle vacilla sous ces mots, consciente que toute son âme les lui criait. Elle crut mourir de bonheur quand elle le sentit glisser en elle, la couvrant de baisers et de tous les honneurs. Il y avait quelque chose de désespéré dans leurs caresses, de tendrement triste. L'un comme l'autre savait, que c'était peut-être la dernière nuit qu'ils passaient ensemble. Il la sollicita encore et encore, jusqu'à ce qu'ils soient fourbus de plaisirs. Ils s'endormirent lentement, bercés par la présence de l'autre contre leur peau. L'un comme l'autre, sentant leur coeur crevé par un amour impossible, en ces heures incertaines.

La lumière blanche l'entourait, encore une fois. Galadriel l'attendait au pied des arbres qui se balançaient sous une brise douce et chaleureuse. Il y avait des fragrances inconnues, qui berçaient les recoins les plus enfouis de l'être. Elle entendit au loin un oiseau et le rire d'un ruisseau. Ces sons la firent sourire, car cela lui manquait vraiment. La Dame de la Lórien s'approcha, et venant lui embrasser le front elle déclara :

« Ainsi ton long voyage touche à sa fin.

- Oui, même si je ne sais pas encore comment je vais faire …. je ne sais même pas ce que je vais découvrir là-bas. Ni ce que je dois y réaliser.

- La souffrance, une atroce souffrance, déclara Galadriel d'une voix pleine de compassion, elle lui prit les mains, et ajouta d'un ton plus doux, il n'y a rien de plus courageux et combatif que le coeur d'un dragon Gilthoniel, et …. il n'y a rien de plus puissant dans l'univers que la naissance et la mort d'une Etoile ... ne l'oublie jamais ….

- La mort d'une étoile ? »répéta Gilthoniel confuse.

Elle allait lui poser une question, mais la dame avait disparue. La laissant seule dans ce flot lumineux constant. Elle s'éveilla, et il n'y avait pas de soleil, bien que le jour était depuis longtemps levé. Des bruits d'agitation s'élevaient au dehors, mais comme leur tente était un peu en retrait, tous les sons semblaient étouffés. Son réveil fut accompagné d'une vive décision, comme si c'était le destin même qui la lui commandait. Elle regarda Thranduil assoupi à ses côtés. Il ne devait pas dormir d'un profond sommeil, car elle le vit sourire. Elle riva son regard longuement sur lui, mémorisant chaque parcelle de son visage, de ses cheveux, de sa beauté. Elle étreignit de ses doigts les siens, et elle le sentit faire de même. Il était dans une atmosphère sereine, profitant de chaque seconde passée à son côté. Il ouvrit ses magnifique yeux bleu-gris, et elle lui sourit. Elle vint l'embrasser tendrement, et posant une paume affectueuse sur sa joue, elle lui chuchota d'une voix douce :

« Je t'aime …. Thranduil ... »

Il sentit son coeur manquer un battement dans sa poitrine. Une joie sans nom venant le mordre, elle venait de lui offrir le tutoiement, ainsi que son prénom. Chose qu'elle n'avait encore jamais fait. Puis, voyant son regard, il comprit. Il resserra sa poigne sur sa main, mais elle se dégagea avec force. Elle se leva vivement, et les yeux plein de larmes, elle ne trouva pas le courage de lui dire adieu en reculant fébrilement vers la sortie. Elle ne put que balbutier péniblement un « Pardonne-moi ... » qui lui fendit l'âme. Elle tourna les talons, et vêtue à peine sobrement, elle fila dehors dans la neige sans un mot. Fou de rage et de douleur, il sauta de son lit et se rua dehors à sa suite, comprenant ses intentions. Une fois dans la neige glacée il ne put qu'assister impuissant à l'envol du dragon d'argent, qui s'éleva dans les cieux gris comme une étoile montante. Quelque chose sembla exploser dans la poitrine du roi, et il hurla à plein poumon le nom de sa bien-aimée, qui n'était déjà plus qu'un point brillant sur le bas horizon. Tous s'attroupèrent à ce cri, et quand ils virent le souverain elfique, ils comprirent avec douleur ce qu'il venait de se produire. Toutes les têtes convergèrent vers les cieux, conscients que le voyage du grand dragon blanc, touchait à sa fin.