Bonjour à tous !

Je sais... Je sais... Ça fait plus d'un mois que vous attendez le chapitre 3...
Pour ma défense, le boulot me submerge en ce moment et je n'ai pas vraiment eu le courage que m'y remettre...

De plus, ce chapitre a été extrêmement dur à finaliser.
Je n'en étais pas satisfaite et ce n'est qu'au bout de trois réécritures que j'ai réussi à transcrire assez fidèlement ce que j'avais en tête.

Alors le voilà ! Tout beau ! Tout chaud !

Je serai en vacances dans pas longtemps, du coup je vais essayer de vous sortir le chapitre 4 plus rapidement.

Bonne lecture !

Disclaimer : L'univers de Shingeki no Kyojin ainsi que ses personnages appartiennent à maître Hajime Isayama, mangaka de sa profession. Je ne fais que les lui emprunter et, promis juré, je les lui rendrai (en espérant ne pas trop les avoir abîmés au passage... mais ça j'en doute XD).
Ok... j'ai abîmé Livaï... Mais ça ne se voit pas !

Remerciements :

As usual, my sweet love : ça nous aura pris du temps mais on l'a vaincu ce chapitre !

Angelic-Momoko et Chloe : les filles, je vous adore ! Merci beaucoup pour vos petits messages. J'ai presque envie de vous dédicacer ce chapitre. J'ai dit *presque* par ce que je pense que je le ferai vraiment pour le chapitre « grosse révélation ».

Angelic-Momoko : Pour répondre à ta question, oui. Quand je publie un chapitre, le suivant est déjà écrit. Mais ce n'est que le premier jet et je travaille encore beaucoup dessus avant de le publier.

F'Rukia : Yo ! Merci beaucoup pour ta review ! Je suis contente que Melly te plaise, je l'aime bien également. Pour moi c'est une sorte de « mentor relationnel » pour Livaï. Je trouve que ça lui va bien. J'espère répondre à tes attentes avec le LivaïxPetra qui suit.

Guest: Bon Jez, t'aurais pu laisser un pseudo plutôt que « Guest ». Enfin, merci beaucoup pour ton commentaire ! Et non ! Pas de traitement de faveur, tu n'auras pas les chapitres en avant-première !

Darklapin : Je t'ai déjà expliqué : la review appelle la review. Je ne te remercierai pas puisque tu ne m'en as pas laissé ;p Mais j'en veux une pour celui-là sinon je te boude et pas la peine de m'offrir un mojito pour t'excuser ! lol


Chapitre 3 - Entre chien et loup


Émergeant des limbes de l'inconscience, Livaï ouvrit péniblement les yeux. Allongé face contre terre, le contact du sol humide et poisseux lui procurait une sensation désagréable. Il maintint cependant son corps dans une immobilité totale. Même s'il ne la distinguait que vaguement, il savait que sa main était posée non loin de son visage. Il décida d'attendre que sa vision redevienne claire avant de tenter quoi que ce soit.

Quand enfin ses doigts lui apparurent distinctement, il porta son regard plus loin dans la salle. Cependant, il ne vit rien, car aucune lumière ne pénétrait l'endroit. Impossible de percer les ombres.

Il fit alors pivoter son visage et darda son œil vers le plafond. Il repéra assez vite le trou béant dans le toit et la lune qui brillait à travers ce dernier. L'obscurité qui régnait dans l'entrepôt prit alors tout son sens : la nuit était tombée.

Quelques instants passèrent encore avant qu'il ne parvienne à tirer parti de la faible lumière que l'astre nocturne dispensait. Fort d'une acuité renouvelée, il constata qu'il se trouvait enchevêtré dans un amas de ferrailles. Il avait sûrement dû les entraîner avec lui dans sa chute. Fait étrange, bien que ses jambes et une bonne partie de son abdomen en fussent prisonnières, il ne les sentait pas. Peu importait, il fallait absolument qu'il se dégage.

Le soldat tâtonna le sol devant lui à la recherche d'aspérités qu'il pourrait utiliser. Une fois que ses doigts furent bien agrippés, il tira de toutes ses forces sur ses bras, se doutant toutefois que cette façon de faire ne lui permettrait pas de s'extraire des décombres. Il ne fut donc pas étonné, après plusieurs minutes d'efforts, de ne pas avoir bougé d'un pouce. Lorsque ses ongles commencèrent à se décoller, il abandonna cette solution, mais ne s'avoua pas vaincu pour autant.

Il fallait de changer de tactique. S'il ne pouvait se tirer hors des gravats, alors il les soulèverait.

Mobilisant alors toute l'énergie de son corps, il poussa et se redressa centimètre par centimètre. Tandis que le bruit caractéristique du métal raclant la pierre se faisait entendre, il perçut une légère gêne au niveau de son buste. Une fois à quatre pattes, il s'arrêta et verrouilla ses muscles.

Il ne fallait à aucun prix céder sous le poids des débris.

Avec un grognement, il s'obligea à repousser totalement ses entraves qui retombèrent au sol dans un vacarme assourdissant.

Enfin dégagé, il fit quelques pas pour s'éloigner, mais ses jambes se dérobèrent et il amortit sa chute comme il le put afin d'éviter que son crâne ne heurte la pierre.

À nouveau à terre, il jugea plus prudent de s'asseoir le temps pour lui de rassembler ses idées.

Comme tous ses muscles semblaient réticents à fonctionner correctement, Livaï entreprit de leur rendre leur souplesse. Il commença par enrouler les épaules, mais ce simple mouvement déclencha une série de pincements désagréables au niveau de son buste. Il baissa les yeux pour en déterminer la cause.

Plusieurs fragments de bois et de tôle rouillée étaient enfoncés dans son thorax et son dos n'avait sans doute pas été épargné. Son visage prit une expression de démence lorsqu'il avisa deux blessures plus importantes que les autres. Son esprit se demanda furtivement laquelle allait le faire le plus souffrir.

Était-ce la tige de métal qui lui transperçait le ventre de part en part ?

Ou ce fragment d'acier qui s'était fiché directement dans son cœur ?

La question s'évapora aussi vite qu'elle était venue.

Il empoigna fermement le morceau planté dans son organe vital qu'il retira d'un geste sec.

Aucune douleur ne se manifesta.

Ni au niveau de son torse ni au niveau de sa main qu'il venait d'écorcher.

Il fit de même avec les autres débris, se contorsionnant à l'extrême pour attraper ceux qui lui criblaient le dos. Pour finir, il saisit à deux mains la barre et l'ôta dans un bruit écœurant.

Il se débarrassa de ses vêtements et examina plus attentivement ses blessures. Elles étaient larges et profondes, mais ne saignaient pas. Et pour cause, le contenu de ses veines s'était déjà déversé sur le sol du hangar en une flaque de matière sombre.

Il ne tressaillit même pas lorsqu'il effleura du bout du doigt le trou qui lui perforait le ventre.

Quand il retira la main, une lueur bleutée était apparue sur les bords de la plaie. Étrangement, cela ne l'inquiéta pas. Il la regarda s'étendre jusqu'à combler totalement l'orifice. Puis elle s'évanouit, laissant à la place une sorte de cristal facetté comme du diamant. Cette lumière jaillit également de ses autres blessures, les colmatant une à une. Puis les extrémités de la silice commencèrent à s'effriter pour glisser sur sa peau comme de la poussière.

Les entailles avaient complètement cicatrisé : il n'en restait aucune trace.

Le caporal se mit alors debout et inspecta son matériel.

Son équipement tridimensionnel avait été broyé dans sa chute. Complètement hors d'usage, il ne prit pas la peine de le récupérer. Son pantalon était déchiré à certains endroits, mais rien de dramatique, au contraire de sa veste et de sa chemise qui n'étaient plus que deux lambeaux de tissus. Il les abandonna là.

Il passa les mains sur son visage puis dans ses cheveux et prit soudain conscience de l'aspect déplorable dans lequel il se trouvait. La vision de ses paumes maculées de sang séché déclencha un rire nerveux. La prochaine étape serait de se débarrasser de la saleté dont il était couvert.

Il se retourna, monta sur les gravats et se positionna sous l'ouverture. D'un bon, il sauta à travers et atterrit lourdement sur la tôle qui plia sous son poids.

Accroupi, Livaï observa les environs.

Le mur Rose était à une dizaine de rues au nord et il distingua quelques sentinelles qui faisaient leur ronde, points minuscules en haut des remparts. Mais la muraille n'était pas sa priorité.

Face à lui, une rivière s'écoulait, il s'agissait de celle qui traversait le district de Trost. Il s'y rendit sans attendre, se déplaçant de toit en toit.

Malgré sa température glaciale, le caporal s'enfonça dans l'eau jusqu'à ne plus avoir pied. Quand il fut totalement immergé, il frotta vigoureusement sa peau et ses cheveux, diluant le sang qui opacifia le liquide qui l'entourait. Lorsqu'il refit surface, il emplit ses poumons d'air frais. Ces derniers le brûlèrent comme s'il respirait pour la première fois. Il repoussa alors ses mèches noires qui lui dégoulinaient devant les yeux. Satisfait de ses ablutions, il remonta vers la rive. Il ne lui restait plus qu'à faire disparaître les taches sur son pantalon.

Dès qu'il fut propre, il se colla à la berge et, sans sortir de l'eau, remonta le courant en direction du mur. La rivière étant canalisée, les bords du chenal le dissimuleraient parfaitement à la vue des gardes.

Arrivé au pied de l'imposant édifice, il remonta sur la terre ferme et se mit à courir. Il longea le rempart jusqu'à être assez éloigné de la ville et se mettre ainsi hors de vue des soldats. Il commença alors à escalader le mur en s'aidant des rares interstices, gagna rapidement le sommet. Il franchit le chemin de ronde en quelques enjambées puis sauta dans le vide sans une once d'hésitation. La chute était vertigineuse, mais il atterrit souplement sur le sol. Il se redressa et reprit sa course en direction du bataillon comme si les prouesses physiques dont il venait de faire preuve n'avaient rien d'exceptionnel.

Pendant près d'une heure, Livaï traversa pâturages, champs et bosquets en évitant soigneusement les zones peuplées. Ses pas, martelant le sol avec la régularité d'un métronome, semblaient savoir exactement où l'emmener afin d'éviter toute rencontre incongrue, humaine ou animale. Un soldat ordinaire aurait mis toute la nuit pour rejoindre le bataillon, mais il ne lui restait déjà plus qu'une dizaine de kilomètres à parcourir.

Il fit finalement une halte au sommet d'une petite colline qui surplombait quelques habitations. La gorge sèche, il hésita un instant puis décida de se rendre au hameau. Généralement, ce genre de petit village disposait d'une pompe à eau sur leur grande place. De plus, il savait que c'était l'un des derniers bourgs qu'il croiserait sur son chemin. Il n'aurait pas d'autre occasion pour se rafraîchir.

Aussi silencieux qu'un chat, Livaï se rendit au centre du village où la population dormait à poings fermés. Pas même un aboiement ne troublait la quiétude. De peur d'ameuter tout le quartier, il fut d'abord réticent à actionner le levier qui lui permettrait de tirer de l'eau, mais la soif était devenue trop intense. La tête sous le jet, il but de longues gorgées jusqu'à ce que son estomac devienne douloureux. Revigoré, il ne perdit pas une seconde et quitta la place.

Le corps humain a cette prodigieuse capacité d'ignorer la fatigue tant que le mental ne flanche pas. C'est donc avec cette même cadence mécanique que Livaï entama les derniers kilomètres. La tête vide, il ne pensait à rien sinon à sa destination.

Il ignora totalement le pincement qui se fit sentir peu à peu dans sa poitrine. Il ne tint aucun compte de son souffle qui devenait de plus en plus court jusqu'à ce qu'il se mette à haleter. Il ne fit pas attention à sa vision qui par moment se troublait. Ce n'est que lorsqu'il trébucha qu'il réalisa qu'il venait de s'arrêter. Il porta machinalement ses mains à son cœur tandis qu'il se pliait en deux. Il voulut reprendre sa respiration, mais n'y parvint pas.

Que lui arrivait-il ?

La douleur se faisait de plus en plus intense. Un éclair de lucidité traversa son esprit alors qu'il étouffait. Ce dernier lui commanda de s'asseoir, mais il n'en eut pas le temps : il s'écroula dans les hautes herbes sur le bas-côté de la route.


Au bataillon d'exploration, on avait sonné le couvre-feu depuis un moment. Le bâtiment semblait désert, seul le bruit des pas d'Hanji venait troubler la quiétude des lieux. La jeune femme était tendue. Elle ne savait pas comment lui annoncer ça.

Les excursions extra-muros, les expériences qu'elle réalisait et son travail au sein de la division scientifique avaient beau être excitants, elle n'arrivait toujours pas à accepter le sacrifice de ses camarades. Dans ces circonstances, elle se sentait totalement inutile…

Afin de soulager sa conscience, elle avait pris l'habitude d'annoncer personnellement aux familles la disparition de l'un de leur proche. Mais cette fois-ci serait la plus difficile de toutes, car c'était à une amie qu'elle devrait s'adresser.

Quelle que soit la teneur de leur relation, elle savait que Petra devait l'apprendre de sa bouche et non le lendemain matin lorsque la totalité du bataillon serait mise au courant.

Elle dut faire appel à toute sa force de caractère pour se rendre à la chambre numéro sept du quartier réservé aux femmes soldats, mais son courage s'évanouit lorsqu'il lui fallut frapper à la porte. Des rires parvinrent à ses oreilles et elle dut s'y reprendre à trois fois avant de réussir à y assener quelques coups.

Une jeune femme brune aux yeux bleus lui ouvrit, hilare, mais elle s'empressa de saluer sa supérieure quand elle la reconnut.

- Chef d'escouade Zoë ! Un problème ?

Le silence tomba sur la pièce.

Hanji serra les poings, elle ne devait pas perdre contenance maintenant.

- Bonsoir Claire. Je cherche Petra… Puis-je la voir ?

- Heu… Oui. Petra !

Claire s'effaça pour laisser la place à la jeune femme. Seulement vêtue d'un débardeur et d'un short, elle frissonna quand l'air frais de couloir atteignit sa peau.

- Qu'est-ce que tu fiches ici, Hanji ? Même toi tu auras des ennuis si on découvre que tu te balades après le couvre-feu.

La scientifique se pinça les lèvres.

Elle attira doucement son amie hors de la chambre avant de refermer la porte derrière elle puis elle la fit s'approcher de la fenêtre qui se trouvait en face et l'incita à s'asseoir sur le rebord.

Petra se doutait que quelque chose n'allait pas et l'expression qu'affichait Hanji ne la rassura pas.

Elle demanda hésitante :

- Hanji… Que se passe-t-il ?

L'officier prit alors les mains de Petra dans les siennes. Inutile de tourner autour du pot.

Pour se donner du courage, elle prit une grande inspiration et déclara :

- Le caporal-chef Livaï est porté disparu.

Le cœur de Petra s'arrêta de battre, ses yeux s'écarquillèrent d'horreur et ses mains se crispèrent dans celles de son amie.

- Non… Non, ce n'est pas possible…

- Nous avons entrepris des recherches pour le retrouver, mais la nuit nous est rapidement tombée dessus. Nous n'avons pas réussi à déterminer ce qui lui est arrivé…

Les larmes commencèrent à couler sur les joues de sa camarade. Hanji ne put que l'attirer à elle et la serrer dans ses bras pour essayer de lui apporter un peu de réconfort.

- Je suis désolée…

Petra se laissa envahir par le chagrin, pleurant à s'en étouffer.


Livaï se réveilla brusquement, en nage, la respiration rapide et le cœur battant la chamade. Quel affreux cauchemar…

Il mit un certain temps à se calmer. Lorsqu'il y parvint, il réalisa que ce n'était pas sa chambre. Où pouvait-il bien se trouver ?

Assis dans un lit aux draps en coton et aux lourdes couvertures de laine, une forte odeur de fleurs et d'aromates imprégnait l'air. Une faible lumière était produite par un petit poêle placé à l'autre bout de la pièce. Il leva les yeux au plafond et constata que les plantes à l'origine de ces effluves y avaient été accrochées. La mansarde n'était pas très grande et comportait peu de meubles, mais les petites décorations apportées çà et là lui indiquèrent que le propriétaire des lieux vivait ici depuis un certain temps déjà.

Il essaya de se lever, mais un vertige le prit et il dut se rasseoir aussitôt. Il réalisa alors qu'on l'avait dévêtu, chercha ses affaires du regard, mais ne les trouva pas.

Soudain, ses sens en alerte le prévinrent que quelqu'un s'approchait. Le caporal parcourut de nouveau la pièce du regard à la recherche d'une arme potentielle.

Ne trouvant rien, il se plaça dans un coin du lit, se ramassa sur lui-même en serrant les poings, prêt à bondir sur le premier assaillant venu.

La porte s'ouvrit en grinçant légèrement et laissa pénétrer un homme d'une cinquantaine d'années tenant un plateau sur lequel reposaient un bol de soupe, un quignon de pain et une tasse de thé.

- Vous êtes réveillé ! Tant mieux ! Vous allez pouvoir manger tant que c'est chaud ! s'exclama-t-il.

Il posa le plateau sur la table de chevet à côté de Livaï et tira la chaise qui reposait contre le mur opposé et s'y assit. L'homme avait une expression joviale et ne prêta pas la moindre attention à l'attitude défensive qu'avait adoptée le soldat.

Son grand sourire ne quitta pas ses lèvres une seule seconde.

Le caporal finit par se détendre et jeta un œil à la nourriture qui lui sembla délicieuse. Son ventre se mit à gargouiller et il ne se fit pas prier pour entamer son repas.

- Ça fait plaisir de voir que vous n'avez pas perdu l'appétit !

Livaï s'interrompit, releva le nez de son assiette et fixa du regard son hôte.

- Que s'est-il passé ? demanda-t-il, plongeant à nouveau la cuillère dans la soupe.

- Et bien… Je rentrais chez moi après avoir fait ma tournée de livraison. Je fabrique des savons et crèmes pour la noblesse, dit-il en désignant les plantes du doigt. Ma jument était fatiguée alors je la faisais marcher d'un pas tranquille, la pauvre bête se fait vieille… Bref. Je venais de passer le bourg de Liès quand je vous ai aperçu du haut de ma charrette, étendu dans le fossé. Je me suis arrêté et j'ai essayé de vous réveiller, mais impossible de vous faire émerger. Alors je vous ai ramené chez moi.

- Et où sommes-nous exactement ?

- À environ cinq kilomètres à l'est du bataillon, en pleine campagne. Il n'y a que mes champs autour de la maison. La plus proche habitation est à deux kilomètres au sud.

Livaï, qui avait englouti la soupe et le pain, prit la tasse dans ses mains et se rassit plus confortablement sur le lit. Il souffla dessus avant d'en prendre une gorgée.

- Et mes vêtements ?

- Vous étiez déjà à moitié nu quand je vous ai trouvé. Le reste était trop abîmé alors je les ai jetés. Je n'ai gardé que vos bottes que j'ai astiquées et que j'ai laissées en bas. Je vous donnerai quelque chose pour que vous puissiez rentrer.

Le soldat se contenta de faire un signe de tête pour le remercier, continuant à siroter son breuvage.

Il s'arrêta soudain de le boire, intrigué. Il s'imprégna à nouveau de ses arômes qui lui étaient familiers.

- Vous avez remarqué n'est-ce pas ?

- Quoi donc ?

- Que ce n'est pas la première fois que vous buvez ce thé.

Dans son esprit, les pièces du puzzle se mirent en place. Le thé, la gentillesse, le visage jovial et les yeux rieurs…

- Vous êtes le père de Petra Ral.

- Et vous le caporal Livaï si je ne m'abuse. Ma fille parle souvent de vous dans ses lettres…

Il se leva et se dirigea vers le piano qui était au fond de la pièce. Il joua deux notes et ce fut suffisant pour constater que l'instrument était totalement désaccordé.

- Ma femme était une grande pianiste très prisée de la haute société. Petra passait la plupart de son temps avec sa mère, à assister aux cours de musique qu'elle donnait aux gosses de riche et à jouer pour le simple plaisir. Elle a un vrai don, vous savez… Je pensais qu'elle en ferait également son métier, mais quand ma femme est morte, Petra s'est coupée peu à peu du monde, s'enfermant dans son chagrin. Elle a totalement délaissé le piano après ça. Puis un jour, elle m'a annoncé qu'elle allait rejoindre l'armée. Je ne sais pas ce qui a bien pu lui traverser l'esprit à ce moment-là, et vous pensez bien que j'ai tout fait pour l'en dissuader, mais vous la connaissez ! Elle n'en a fait qu'à sa tête !

La raison de Petra, Livaï la connaissait. Le souvenir de ce premier moment d'intimité qu'ils avaient partagé ensemble lui revint en mémoire et les paroles de Petra semblèrent résonner à nouveau à ses oreilles. Il lui apparut alors que la jeune femme ne lui avait peut-être pas tout révélé et c'était mieux ainsi, il y a des choses qu'il faut garder pour soi.

Il fut tiré de sa réflexion par son interlocuteur qui joua quelques notes supplémentaires.

- Au final, je suis heureux qu'elle ne m'ait pas écouté. Avec vous, et ses camarades du bataillon, elle est redevenue ce qu'elle était. Ma petite fille chérie…

- Elle vous manque.

- Oui, répondit-il mélancoliquement. Et je ferais un piètre père si ce n'était pas le cas ! Mais ce n'est pas important. Ce qui compte, c'est qu'elle soit heureuse et en bonne santé. N'est-ce pas ?

Livaï acquiesça avant de se lever.

- Monsieur Ral, merci pour votre aide, mais il faut vraiment que je rentre au bataillon à présent. Alors si vous pouviez…

- Oh oui ! Bien sûr !

L'homme s'agita et sortit de la commode qui se trouvait derrière lui un pantalon et un pull en laine aux mailles larges.

- Tenez !

Livaï le remercia une nouvelle fois et enfila les vêtements, trop grand pour lui bien entendu.

- Je vais vous raccompagner !

- Ce n'est pas nécessaire…

- J'insiste ! Au moins jusqu'à la lisière de la forêt. Ça sera plus rapide comme ça. Je vais préparer ma charrette, je vous attends dehors.

Le père de Petra sortit de la pièce telle une tornade.

Livaï ne put retenir un petit rire. Décidément, les chiens ne faisaient pas des chats !


Hanji quitta son amie à regret, elle aurait voulu mieux la consoler, mais rien de ce qu'elle aurait pu dire ou faire de plus n'aurait apaisé le chagrin de Petra. Après s'être calmée comme elle le pouvait, la jeune femme aux cheveux cuivrés retourna directement dans sa chambre, passa devant ses colocataires sans un mot et alla se coucher. Elle ne voulait pas leur montrer son mal-être.

Emmitouflée dans ses couvertures, elle recommença à pleurer silencieusement. Son cœur était en miette, aucune pensée ne semblait vouloir traverser son esprit vide sinon qu'elle refusait de croire qu'une telle chose puisse arriver.

Chacune à leur tour, ses camarades regagnèrent leurs lits respectifs, les lampes à pétrole furent éteintes et le silence régna rapidement dans la pièce. Elle entendit leurs respirations s'apaiser au fur et à mesure qu'elles rejoignaient le monde des rêves, mais Petra, elle, était incapable de s'endormir.

Elle resta à fixer le plafond, les yeux grands ouverts, les larmes s'en échappant sans qu'elle puisse ni les retenir, ni même les arrêter. Elle ne sait combien de temps elle resta ainsi avant de se lever, de sortir un bougeoir de sa table de chevet et de quitter la chambre sans un bruit.

Elle gratta une allumette contre le mur en pierre et alluma la mèche de son petit bout de chandelle.

Sans trop savoir ce qu'elle faisait, Petra se dirigea vers l'aile principale du bâtiment et monta un à un les étages pour finalement s'arrêter devant la porte des appartements de son caporal.

L'angoisse au ventre, elle n'hésita pourtant pas une seconde.

Quand elle pénétra dans la pièce, la faible lumière de sa bougie projeta les ombres des meubles qui prirent, l'espace d'une seconde, un aspect effrayant. Son cœur se serra encore davantage quand elle constata que Livaï ne s'y trouvait effectivement pas, rendant sa disparition bien réelle.

Elle porta son regard sur la chambre et, doucement, commença à réaliser qu'elle ne le verrait plus assis à son bureau, travaillant à rédiger la paperasse administrative qu'il détestait faire. Qu'elle ne le verrait plus déployer sa furie maniaque toutes les semaines. Qu'elle ne verrait plus sa grâce et sa force au combat. Qu'elle ne pourrait plus lui apporter son thé…

Petra déposa doucement son lumignon sur la commode avant de s'approcher du lit et de s'y asseoir. Hébétée, elle fixa la pièce encore un moment puis attrapa l'oreiller qu'elle serra fortement contre sa poitrine. Elle y enfouit la tête, emplissant ses poumons de l'odeur de Livaï dont le coussin était imprégné.

Puis, elle se laissa basculer sur le côté et se mit en position fœtale. Elle se recroquevilla encore davantage et laissa à nouveau échapper de gros sanglots, plus profonds cette fois.


Privé de son équipement tridimensionnel, Livaï dut escalader la gouttière du quartier général afin de pouvoir entrer dans le bâtiment par le toit. S'il était passé par une porte ou par une fenêtre, il se serait fait prendre et aurait dû répondre aux questions d'Erwin, ce dont il était incapable pour le moment.

Quand il arriva devant sa chambre, une lueur vacillante filtrait de sous la porte. Il laissa un soupir d'amusement franchir ses lèvres et un fin sourire y apparut.

Il n'y avait qu'une seule personne qui puisse l'attendre.

En ayant préalablement redonné à son visage l'air indifférent qui le caractérisait, le caporal pénétra sans ménagement dans la pièce et claqua la porte derrière lui. Il ne fut pas surpris de trouver Petra allongée sur son lit, les yeux rouges et bouffis, le fixant avec hébétude.

Il croisa les bras et prit une attitude sévère.

- Ne me dis pas qu't'as passé toute la nuit ici, lança-t-il d'un ton bourru.

Petra se redressa doucement tandis que Livaï avançait un peu plus vers le centre de la pièce et fourrait les mains dans ses poches. Était-elle en train de rêver ?

- Et qui t'as dit que tu pouvais squatter mon plumard ?

En prononçant cette phrase, la jeune femme vit l'espace d'une seconde les traits du soldat se modifier pour prendre cette expression si particulière qu'il n'avait que lorsqu'il la taquinait.

Les larmes lui montèrent à nouveau aux yeux.

- Caporal…

D'un bon, elle s'élança vers lui et l'enlaça. Livaï qui ne s'attendant pas à cette réaction dut reculer d'un pas pour conserver son équilibre.

Qu'il n'apprécie guère ce geste, Petra n'en avait que faire. Il était là, elle ne le laisserait plus partir.

Constatant qu'il ne réagissait pas, elle finit par placer sa tête dans le creux de son cou.

- Hé ! Doucement les familiarités tu veux. Lâche-moi.

Mais elle ne fit que resserrer sa prise, réduisant à néant l'espace qui restait entre eux.

Livaï put sentir le soulagement envahir le corps de sa subordonnée, sa respiration se calmer et, avec un soupir résigné, il répondit à l'étreinte de la jeune femme en enserrant ses épaules pour la coller encore davantage contre lui.

Il ne sut combien de temps ils restèrent ainsi avant que Petra ne s'écarte, prise d'un soudain fou rire qui se mélangea à ses sanglots qui n'avaient toujours pas cessé. Tout le mal-être qu'elle avait accumulé au cours de la nuit s'échappait sans qu'elle ne parvienne à s'en empêcher.

Elle prit la parole d'une voix euphorique :

- Vous… Vous être vraiment là ! C'est incroyable ! J'ai… J'ai vraiment cru que je ne vous reverrai jamais ! Comment ? Qu'est-ce qui vous est arrivé ? Vous n'êtes pas blessé ? Quelqu'un sait que vous êtes en vie ? Erwin. Vous avez prévenu le major Erwin ? Il faut lui dire que vous êtes sain et sau…

La fin de la phrase mourut dans sa gorge alors que Livaï, en passant sa main derrière la nuque de la jeune femme, l'avait attirée à lui. Pour la seconde fois, il avait déposé ses lèvres sur les siennes.

Prise par surprise, Petra en resta figée.

Le caporal rompit le contact rapidement et plongea son regard d'acier dans les grands yeux de sa subordonnée.

- Erwin attendra.

Puis, après avoir essuyé les larmes de la jeune femme avec ses pouces, il se pencha à son oreille et lui chuchota :

- Assez pleuré pour aujourd'hui tu ne crois pas ?

Livaï laissa son nez frôler la joue de Petra tandis qu'il revenait vers sa bouche et l'embrassa de nouveau. La pression qu'il exerça sur les lèvres de la jeune femme était plus forte que lors du baiser précédent. Il fut également plus succinct. Il mordit légèrement la lèvre inférieure avant de s'écarter.

Il la regarda.

Elle se mit à rire nerveusement.

Petra se jeta au cou du caporal et elle l'emprisonna de ses bras tandis qu'elle reprenait possession ses lèvres, avec avidité cette fois.

Ce dernier en profita pour replacer une main derrière sa tête. L'autre descendit le long de sa taille et alla se loger dans le creux de ses reins. Elle ne pouvait plus s'éloigner.

Pourtant, chacun d'eux se mit au défi d'échapper à l'autre.

Ils s'esquivaient, s'évitaient, reculaient pour mieux se retrouver. Une morsure, un coup de langue…

Et bien vite, un désire plus impérieux les envahit.

L'heure n'était plus au jeu.

Dans un mouvement rapide, Livaï s'accroupit, saisit les jambes de Petra. Il la souleva, comme si elle ne pesait rien. Elle stabilisa cette nouvelle position en se redressant et en nouant ses pieds. En deux enjambées, il fut près du lit où il la laissa tomber avant de venir se positionner sur elle et de l'immobiliser.

Ses yeux ambrés brûlant comme de la braise, Petra fixa son regard dans celui de son supérieur. Elle savait pertinemment ce qui allait se passer à partir de maintenant. Elle resserra sa prise sur les hanches du caporal et l'attira à elle dans une invitation silencieuse.

Un sourire franc apparut sur les lèvres du soldat. Il se pencha en avant et put enfin pleinement goûter la saveur des lèvres de la jeune femme en capturant sa bouche dans un baiser langoureux.

Leurs gestes n'avaient rien de doux, rien de sensuel. Le besoin irrépressible de posséder l'autre ne leur permettait pas d'être tendres. Le souffle court, Petra glissa avec empressement ses mains sous le pull de l'homme de ses rêves tandis que ce dernier embrassait et mordillait son cou.

Elle commença à remonter les mains, suivant la courbe de ses abdominaux, mais cela n'allait pas assez vite au goût de Livaï qui se redressa pour retirer lui-même le vêtement encombrant.

Il plaça ensuite ses mains de chaque côté de la taille de Petra et releva quelque peu son débardeur. Il se pencha, embrassa son ventre du bout des lèvres et lécha son nombril. Il la tenait fermement et grand bien lui avait pris, car elle se mit à se débattre. Il en déduisit qu'il devait la chatouiller, mais n'arrêta pas pour autant.

Puis, Livaï retira totalement le morceau de tissu qui les séparait encore.

Il ne lui laissa pas ramener ses bras. Maintenant ses poignets prisonniers d'une main ferme au-dessus de sa tête, il redescendit vers la poitrine de la jeune femme.

De sa langue, il traça une ligne de son coude jusqu'à l'aisselle, arrachant son premier gémissement à Petra depuis le début des préliminaires. Elle se mordit aussitôt la lèvre comme une gamine qui venait de faire une bêtise.

Non, elle ne devait laisser aucun son sortir de sa bouche. Personne ne devait les entendre.

Livaï le savait également, mais, content de son petit effet, il ne put se retenir de sourire.

Du bout des doigts, il commença à explorer les seins qui s'offraient à lui. Il en traça les contours, suivit leurs courbes dans des caresses légères comme s'il avait utilisé une plume. La pression qu'il exerçait s'intensifia rapidement. Il malaxa, mordilla, lécha, suça les mamelons sans laisser un instant de répit à leur propriétaire. Un cri faillit lui échapper lorsqu'elle sentit les dents du caporal la mordre sur l'intérieur du sein avant qu'il ne se redresse et s'assoie sur son ventre.

Ne sachant que penser de ce geste, elle le regarda passer le doigt sur la trace laissée par ses mâchoires et, comme pour répondre à sa question silencieuse, il murmura :

- Tu m'appartiens maintenant…

Comme un gosse le ferait avec son jouet préféré, Livaï venait de lui imposer sa marque.

Son cœur se gonfla : elle ne pouvait plus attendre.

Elle le lui signifia avec un mouvement du bassin, il comprit aussitôt.

Il la relâcha et se releva totalement pour retirer les derniers vêtements qu'il portait puis finit de déshabiller sa partenaire.

Livaï se réinstalla, capturant les lèvres de la jeune femme tandis que leurs corps nus entraient en contact pour la première fois.

Haletant, il rompit le baiser et força Petra à le regarder dans les yeux pendant qu'il se positionnait. Il voulait voir son visage quand il la prendrait.

Lorsqu'il la pénétra avec toutes les précautions dont il était capable, elle ferma les yeux et se cambra de plaisir. Il ne vit aucune douleur passer sur ses traits et ne sentit aucune résistance. Il se doutait bien que ce n'était pas la première expérience sexuelle de sa subordonnée, il en avait maintenant la confirmation. Ce n'était pas pour lui déplaire, au contraire, cela signifiait qu'il pouvait y aller avec moins de retenue.

Il intensifia le mouvement, encore et encore...

Ils n'étaient plus très loin de leurs limites à présent, Livaï dut même se retenir de lâcher quelques exclamations d'extases, ce qui ne lui arrivait jamais. Soudain, Petra s'agrippa au dos du caporal et le griffa au niveau des omoplates jusqu'au sang.

Cette douleur vivre lui fit perdre le contrôle et, dans un râle sourd, Livaï se libéra avant de s'écrouler sur sa partenaire, complètement épuisé.

Petra referma ses bras autour de ses épaules.

L'oreille collée sur la poitrine de la jeune femme, il entendait clairement les battements rapides de son cœur. Leurs respirations se synchronisèrent et ils reprirent leur souffle ensemble.

Livaï, le regard perdu à travers la fenêtre face à lui, fixait l'horizon, profitant pleinement de cette chaleur et de ces bras qu'il ne voulait plus jamais quitter.

Le soleil apparut d'un coup au-dessus de la forêt et les inonda de sa lumière.

Il tourna alors la tête vers Petra : elle s'était endormie.


C'est à contrecœur que Livaï réveilla Petra en passant la main dans ses cheveux. La jeune femme se tortilla sous la caresse puis s'étira avant d'ouvrir les yeux.

- Combien de temps ai-je dormi ?

- Pas longtemps, mais le jour est déjà levé. Il serait plus prudent que tu regagnes ta chambre maintenant. Sinon on risque de se faire prendre.

- « On » ?

- Ben oui « on ». Encore des doutes après ce qu'il s'est passé ?

- Non, répondit-elle en se redressant et en embrassant le caporal.

Ce dernier se fit violence pour ne pas approfondir le baiser au risque de perdre tout contrôle.

- Il faut vraiment que tu partes, murmura-t-il en rompant le contact.

Avec un soupir à fendre l'âme, Petra se détacha complètement de lui et se rhabilla rapidement.

- Il va falloir la jouer discret sur ce coup. La hiérarchie apprécie moyennement les relations officier/subordonné. Notre attitude l'un envers l'autre ne doit absolument pas changer.

- Qui aurait cru que vous auriez peur pour votre carrière !

- C'est pour la tienne que je m'inquiète, idiote.

- Oh vous savez, moi, tant que je suis à vos côtés, ma carrière je m'en tape.

Livaï se leva à son tour et se rapprocha de Petra. Il prit la tête de la jeune femme entre ses mains, déposa tendrement ses lèvres sur le haut de sa pommette puis posa son front contre le sien.

- Si c'est vraiment ce que tu ressens alors… File ! conclut-il en donnant une petite claque sur les fesses de Petra qui poussa un petit cri sous l'effet de la surprise.

Elle s'exécuta, mais alors qu'elle était déjà dans le couloir et qu'elle allait refermer la porte, Livaï l'interpella :

- Hé Petra !

Elle suspendit son geste et attendit la suite de la phrase.

- Reviens quand tu veux.

À ces mots, Petra rentra dans la pièce et verrouilla derrière elle.

Lorsqu'elle releva la tête vers Livaï, son visage affichait un sourire complice. Puis elle se justifia :

- On a bien cinq minutes non ?

- Cinq minutes c'est pas assez.

- Ben dix alors.


Chaque matin, à huit heures précises, le major Erwin Smith tenait une rapide réunion avec ses officiers afin d'établir les ordres de mission pour la journée du lendemain.

Après le départ de Petra, le caporal Livaï avait dû se presser pour ne pas y arriver en retard, mais lorsqu'il entra dans le bureau de son supérieur, il le trouva vide.

Il décida d'attendre ses camarades. Au bout d'une demi-heure, l'impatience commençait à le gagner quand Erwin pénétra en trombe dans la pièce, suivi de près par les autres gradés.

Parlant avec fougue, le major tentait d'organiser les recherches pour retrouver Livaï. Il se figea lorsqu'il réalisa que son soldat, porté disparu depuis la veille, était adossé à la fenêtre du fond. Les bras croisés, Livaï affichait une expression d'ennui profond que le major n'eut aucun mal à interpréter.

« T'es en retard ».

Stupéfait, comme le reste de ses hommes, Erwin mit un certain temps à accepter la présence du caporal alors qu'il se trouvait bel et bien face à lui. Pourtant, il n'y avait rien d'étonnant à cela. Après tout, n'est-il pas le meilleur soldat de l'humanité ?

- Nanaba, reprit Erwin après un long silence. Va prévenir tout le monde que le caporal-chef est sain et sauf. Dis-leur que les recherches sont annulées et qu'ils reprennent leurs activités normales.

La jeune femme s'exécuta tandis que le major s'installait à son bureau et que le reste des officiers prenaient également place.

- Explique-toi, ordonna Erwin.

- Y'a pas grand-chose à dire. J'ai été frappé par un déviant et il m'a assommé. Quand je suis revenu à moi, j'étais chez un gars qui m'a dit m'avoir trouvé au bord de la route dans les vapes. Je suppose que le coup a affecté ma mémoire immédiate, car j'ai aucune foutue idée de comment j'ai fait pour repasser le mur. Après quoi, je suis rentré.

Erwin soupira, il aurait aimé avoir plus de détails sur ce qu'il s'était passé, mais il savait pertinemment que Livaï ne les lui donnerait pas. Il était certain que sa fierté de combattant venait d'en prendre un coup lorsqu'il avait avoué s'être fait avoir par un titan.

- Tu es passé à l'infirmerie ?

Le panel d'expression du caporal n'était pas très large, mais Erwin avait appris à connaître et à interpréter chaque variation, aussi subtile soit-elle. Aussi, le regard du soldat répondit pour lui.

- Bien, tu vas commencer par aller te faire examiner. Ensuite, je te laisse la journée de repos. Hanji, je compte sur toi pour qu'il suive ces directives à la lettre.

Le major avait à peine terminé sa phrase que quelqu'un frappa à la porte.

- Maintenant, tout le monde dehors.

Les soldats s'exécutèrent, mais Erwin retint Livaï un instant.

- J'ai entendu dire qu'il y avait pas mal de bonnes recrues cette année. Notamment une de la 104ème. Mikasa Ackerman. Tu connais ?

- Jamais entendu parler.

Le major fit un signe de la main et Livaï quitta le bureau. En sortant, il croisa l'homme qu'Erwin attendait : le commandant des brigades spéciales, Naile Dork. Il pénétra dans la pièce, accompagné d'un soldat qu'il n'avait jamais vu.

Le caporal jaugeait toujours les gens qu'il rencontrait, vieille habitude des bas-fonds. Il tentait instinctivement de cerner leur personnalité, de mettre à jour leurs desseins secrets et cela au cours des instants qui suivaient leur rencontre. Avec le temps, il s'était rendu compte que la première impression qu'il avait d'eux était toujours assez proche de la vérité.

Grand et élancé, le soldat ignora royalement tous les officiers qui le croisèrent, et ne répondit même pas à ceux qui le saluèrent, il se contenta de suivre Dork comme un chien de garde.

Lorsqu'il se trouva à sa hauteur, le soldat tourna la tête et plongea ses grands yeux bleus cobalt dans les siens. Ils se fixèrent une fraction de seconde et continuèrent leur chemin comme si de rien n'était, mais cela fut suffisant pour troubler Livaï.

Pourtant, le caporal n'était pas du genre à se laisser intimider d'un simple regard, ni même à se laisser intimider tout court.

Alors, pourquoi son ventre s'était-il noué ?

Intrigué, il essaya de se rappeler la dernière fois où il avait ressenti une telle sensation. Il se figea en plein milieu du couloir. Le souvenir d'une raclée monumentale qu'il avait reçue pour avoir volé de la nourriture dans les réserves d'un des gangs de la cité souterraine lui revient en mémoire. Il était encore petit à l'époque, mais il n'avait jamais oublié le sentiment d'impuissance qui l'avait envahi pendant que les coups des hommes pleuvaient sur son corps.

Il releva la tête, il venait de mettre le doigt dessus.

Cet homme était fort. Dangereux.

Il jeta un coup d'œil derrière lui et aperçu furtivement le regard bleu du soldat tandis que les battants de la porte du bureau d'Erwin de refermaient sur lui.

Un petit cri strident poussé par Hanji le ramena à la réalité.

- Hé binoclarde ! J'peux savoir pourquoi tu viens d'agresser mes tympans ?

En une enjambée, elle se rapprocha du caporal, l'attrapa par le col de sa veste et le secoua comme un prunier.

Livaï l'obligea à le lâcher, il regrettait déjà d'avoir posé cette question.

- Pourquoi ? Pourquoi ?!

La scientifique était visiblement entrée dans un état d'excitation tel qu'on ne pouvait plus la stopper. Comme lorsqu'elle venait de capturer un nouveau titan.

- Attend ! se calma-t-elle d'un coup. Tu ne sais pas qui c'est ?

- Non.

- Tristan Kleiner ça te dit rien ?

Devant son manque de réaction total, sa camarade continua sur sa lancée :

- Le meilleur soldat des brigades spéciales que Dork emmène partout avec lui pour montrer que lui aussi il a des soldats forts et compétents ?

- En gros, il est là pour se pavaner et emmerder Erwin.

- Argh, non ! Il est vraiment fort je t'assure ! En fait, c'est le même que toi, en plus grand, plus beau et plus sociable. Le gars parfait quoi !

- En plus sociable ! Un vrai snob oui ! Il était tellement droit que j'ai cru qu'il avait un balai dans le cul.

- Non ! Ça, c'est juste parce qu'il est en service ! J'te jure qu'il est super sympa en vrai, après quelques verres dans le nez.

Livaï ne répondit rien sur le coup et dévisagea Hanji un moment.

- Tu craques complètement pour lui, laissa-t-il tomber comme un cheveu sur la soupe.

- Quoi ? N'importe quoi ! s'offusqua-t-elle tout en se détournant pour cacher le rouge qui lui montait aux joues.

- Mais bien sûr, commenta Livaï.

Puis il partit en direction de l'infirmerie.

La scientifique commença à le regarder s'éloigner avant de lui emboîter le pas.


La nouvelle du retour du caporal avait été accueillie avec soulagement par les troupes. Chacun se réjouit, y alla de son petit commentaire, et l'atmosphère pesante qui régnait sur le bataillon depuis la nuit dernière se dissipa comme si elle n'avait jamais existé.

Malgré ses traits tirés par le manque de sommeil, Petra était rayonnante.

Auruo la regardait s'affairer à préparer du thé, qu'elle servit à tous les soldats qui étaient sous les ordres de Livaï. Aujourd'hui, elle l'avait accompagné de bonbons au miel que son père fabriquait pour « fêter l'événement ».

Il la remercia pour le breuvage et, tout en continuant à l'observer, se perdit dans ses pensées.

Sa gentillesse touchait tout le monde et leur mettait du baume au cœur. Il ne savait plus exactement à quel moment il s'était mis à apprécier la jeune femme un peu plus qu'il ne l'aurait dû. Il lui semblait que, peu à peu, ils s'étaient rapprochés l'un de l'autre grâce à leurs chamailleries bonnes enfants.

Tout en buvant sa tasse, il ne quitta pas Petra des yeux. Pourtant, le thé lui sembla plus amer que d'habitude.

Aujourd'hui, elle discutait avec tout le monde, riait pour un rien.

Aujourd'hui, son grand sourire étirait ses lèvres sans jamais les quitter ne serait-ce qu'un instant.

Aujourd'hui, sa joie de vivre était débordante, communicatrice.

Aujourd'hui…

Puis soudain, cela lui apparut comme une évidence.

Petra était tout simplement heureuse. Elle ne se forçait pas à être joyeuse comme elle le faisait si souvent pour remonter le moral des troupes.

Et il n'avait joué aucun rôle dans ce bonheur qui irradiait d'elle telle une lumière aveuglante.

Ses mains se crispèrent sur sa tasse tandis qu'il essayait de dominer sa jalousie.


À suivre...


Mes chers amis, à vos claviers : j'attends vos louanges !

*une petite voix murmure à mon oreille*

Hein ?

*la petite voix répète*

N'importe quoi ! Je ne supplie pas mes lecteurs pour qu'ils me laissent une review.
Ils en laissent s'ils en ont envie !
Et puis d'ailleurs, qui lit le blabla en début et en fin de chapitre ? ^^

J'espère que le chapitre était à la hauteur de vos espérances et qu'il vous a plu ou à défaut diverti.
Merci beaucoup et à bientôt pour le chapitre 4 !