Salut la compagnie !
Oui je sais, je suis incorrigible...
Je vous promets le chapitre 4 en août et je le sors seulement en octobre...
Le chapitre 5 est déjà bien avancé, j'espère le sortir plus rapidement.
Bonne lecture !
Disclaimer : Rendons à maître Hajime Isayama ce qui lui appartient. Mais je garde Bart, Melly et Tristan. Ils sont à moi après tout ;)
Remerciements :
Un grand merci à mon amoureux qui a pratiquement co-écrit ce chapitre avec moi.
Thlaew et Darklapin : Merci pour vos commentaires ! C'est vrai que je vous ai souvent dit « je vais essayer de le publier ce weekend », ben cette fois-ci c'est fait !
Chloe : Merci ! Et un peu de patience, c'est pour bientôt ;)
Merci également à tous ceux qui ont mis en favoris mon histoire !
Chapitre 4 - Rêve ou réalité ?
À chacune de ses expirations, la condensation opacifiait les verres des lunettes d'Hanji rendant sa visibilité quasi nulle. La neige tombait à gros flocons sur Trost depuis quelques heures et progresser à travers la ville était devenu malaisé. Habituellement, les rues de celle-ci étaient bien éclairées, mais aujourd'hui, la lumière des réverbères lui parvenait à peine. Elle baissa quelques instants sa grosse écharpe de laine pour souffler sur ses doigts avant de la replacer sur son nez.
Le froid de cette nuit de mi-décembre était glacial et l'hiver promettait d'être rude.
Pourtant, la gaieté de la scientifique était à son paroxysme : elle avait réussi à convaincre une bonne partie de son escouade, ainsi que quelques membres de celle de Livaï, de l'accompagner dans sa sortie nocturne. Fait remarquable, le caporal-chef en personne s'était joint à eux. Sa présence en leur compagnie était un véritable tour de force et contribuait à l'engouement général. Elle avait senti que les soldats avaient besoin de se distraire et en fut convaincue lorsque certains d'entre eux se mirent à jouer dans la neige comme des gosses. Erd et Gunther avaient même attaqué sournoisement Auruo et Petra qui ne se firent pas prier pour répliquer dans l'instant. Le jeu avait rapidement tourné en bataille rangée que Livaï dut stopper à grand renfort de menaces de corvées.
Souriant à cette démonstration d'enthousiasme, la scientifique remercia mentalement Erwin de leur avoir donné ces quelques heures de liberté. D'ailleurs, en y réfléchissant bien, ce dernier était plus enclin à accorder des soirées de permission à ses soldats depuis qu'ils avaient quitté leur château pour emménager dans une caserne aux abords de la ville.
Le bataillon d'exploration avait toujours été le mouton noir au sein des autres corps de l'armée. L'état-major cherchait depuis longtemps un moyen de mettre un terme aux dépenses inutiles qu'il engendrait comme les réapprovisionnements d'une base éloignée des lignes de circulations ou encore les longues distances que les troupes devaient parcourir avant de pourvoir franchir le mur. Ils envisageaient de rapatrier le siège du bataillon à Trost et la décision finale fut prise au début de l'été dernier, peu après la mésaventure de Livaï.
Avec sa petite troupe, Hanji comptait bien profiter pleinement de cette virée nocturne et ce ne serait pas les caprices de la météo qui entamerait sa bonne humeur.
Quoiqu'avançant péniblement dans la neige, la jeune femme se dirigeait d'un pas décidé vers le bar qu'elle avait l'habitude de fréquenter. Elle l'avait déniché par hasard alors qu'elle flânait dans les rues.
À l'intérieur, tout le monde se connaissait, tout le monde s'appréciait et c'est sans aucune retenue qu'ils buvaient, riaient, dansaient ensemble. Hanji y avait trouvé une seconde famille et elle s'y sentait comme chez elle.
Lorsqu'enfin les soldats arrivèrent devant le troquet, Hanji jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Puis, elle emplit ses poumons d'air frais une dernière fois avant de pousser les portes de l'établissement sans délicatesse.
- Salut bande d'ivrognes ! lança-t-elle à la cantonade en prenant bien soin de laisser pénétrer le froid hivernal dans la salle.
L'espace d'un moment, le temps semblait avoir arrêté sa course. Puis les protestations fusèrent.
La plupart des clients attrapèrent le premier objet à portée de main pour lui lancer dessus alors que les autres s'indignaient de son comportement, car elle laissait s'échapper leur précieuse chaleur.
- Moi aussi vous m'avez manqué !
Elle pénétra finalement à l'intérieur, suivi de près par le reste de ses camarades. Tous se débarrassèrent rapidement de leurs manteaux mouillés et de la neige qui collait à leurs bottes. La scientifique secoua la tête, faisant tomber les flocons qui s'étaient déposés sur ses cheveux, et accrocha son caban à un des crochets encore libre du mur de l'entrée.
Non loin d'elle se trouvait une petite table où plusieurs hommes étaient assis. Le plus costaud d'entre eux l'interpella :
- Hey binoclarde ! Tu viens prendre un verre avec nous ?
Hanji se retourna vers ses compagnons comme pour chercher leur approbation et c'est sur Livaï que son attention se fixa. Cela faisait trois ans maintenant qu'ils se connaissaient, elle avait appris à interpréter ses silences et ses regards insistants. Celui-ci signifiait clairement qu'elle n'avait pas intérêt à les laisser en plan. Mais comme à son habitude, la jeune femme n'en fit qu'à sa tête et c'est avec une moue d'excuse qu'elle se dirigea vers la table où on l'invitait.
- Pousse-toi Stan ! J'arrive !
À peine fut-elle attablée qu'une chope de bière apparut entre ses mains. Elle en saisit l'anse et trinqua vigoureusement avec ses amis, faisant déborder l'alcool des verres, inondant ainsi la table.
- Elle manque pas d'air celle-là, commenta Livaï excédé par les manières de l'officier. Elle nous traîne ici de force et nous abandonne à peine arrivé.
Le caporal balaya la salle du regard à la recherche d'une table libre.
Dans ce genre d'endroit, on s'attend à voir le bar face à l'entrée, mais il n'en était rien. Il se trouvait à droite, juste après un escalier barré qui menait à une galerie. Cette dernière faisait le tour de la pièce et terminait de l'autre côté par un autre escalier identique. Au fond de la pièce trônaient un piano et quatre chaises devant un large emplacement vide qui ne pouvait être qu'une piste de danse. Les tables avaient été disposées dans le peu d'espace qu'il restait. Pratiquement accolées les unes aux autres, on passait difficilement entre elles.
Livaï en repéra finalement une dans un coin retiré et alla s'y asseoir sans demander son reste. Il fut rapidement rejoint par les membres de son escouade qui ne connaissaient personne d'autre dans l'établissement. Mais ce n'était apparemment pas le cas de ceux d'Hanji qui s'étaient déjà mêlés aux autres clients.
Il repensa alors au moment où la scientifique l'avait invité. Bien entendu, il avait immédiatement décliné l'offre. Il détestait ce genre d'ambiance.
Ce sur quoi, Petra était venue le trouver et lui avait simplement dit :
« J'aimerais bien qu'on sorte un peu ensemble. »
Elle n'avait pas eu beaucoup à insister pour qu'il change d'avis.
Même si le terme « ensemble » signifiait se retrouver avec deux escouades, Livaï n'avait pas pu lui refuser. Leur relation n'avait rien de normal. En public, ils étaient le caporal et sa subordonnée. Pas de favoritisme, pas de gestes attentionnés, pas de sourires tendres.
Simplement deux personnes qui travaillaient ensemble.
Dès lors, tout ce qui pouvait faire plaisir à Petra sans les trahir, il y consentait de bon gré.
Livaï en était à sa deuxième pinte lorsque les musiciens prirent place.
Dès qu'ils se mirent à jouer, la clientèle s'ébranla et, tel un véritable raz-de-marée, hommes et femmes envahirent la piste de danse.
Dans l'agitation, Petra vint se placer derrière lui et sans le regarder demanda à voix basse :
- Vous ne dansez pas, caporal ?
- J'aime pas ça.
La jeune femme rit doucement.
- Quoi ?
- Donc vous savez danser. Intéressant.
- Erwin m'a obligé à apprendre... pour ces stupides bals.
À ces mots, Petra dut retenir son hilarité et préféra s'éloigner avant d'y céder.
Livaï la suivit des yeux.
Elle se dirigeait vers le bar quand Auruo s'approcha d'elle. Il sembla au caporal qu'il essayait de l'inviter à danser et cela se confirma lorsqu'ils rejoignirent finalement la piste.
Livaï avait remarqué que l'attitude de Bossard envers Petra avait changé. Depuis quelque temps, ce dernier faisait tout son possible pour attirer l'attention de la jeune femme.
Et cela l'énervait au plus haut point.
Le plus dur pour lui était de rester indifférent et de ne pas intervenir même si, par moment, il avait du mal à résister à l'irrépressible envie de lui coller son poing dans la figure. Envie qui justement commençait à se faire sentir.
Sans même s'en rende compte, le caporal s'était mis à chercher comment évincer l'importun lorsqu'il fut interrompu dans ses réflexions : Hanji venait de le bousculer en s'asseyant à côté de lui.
Elle s'était écroulée lourdement sur une chaise avant de se laisser à moitié tomber sur son épaule, une bouteille déjà bien entamée à la main. La scientifique semblait être dans état d'ébriété avancé, ce qui se confirma lorsqu'elle tenta de se verser à boire, mais ne réussit qu'à inonder la table.
Livaï lui arracha le whisky des mains et l'injuria copieusement avant de lui servir quelques-unes des insultes bien senties qu'il réservait habituellement aux nouvelles recrues. Il appela une serveuse qui nettoya puis se réinstalla sans un mot. Quant à Hanji, elle s'était avachie sur son siège et sa tête reposait désormais sur le bois humide.
- T'as pas l'air de t'amuser…
- Qu'est-ce que ça peut bien te foutre ?
Hanji émit un drôle de bruit avant de reprendre la parole.
- Je suis déçue… Je pensais que pour une fois tu te serais lâché. Pourquoi tu laisses cet imbécile danser avec elle ?
- De quoi tu parles ?
- Petra et… 'tain c'est quoi son nom déjà ? L'autre glandu là qui sait pas aligner trois mots sans se mordre la langue.
- Bossard.
- Ouais c'est ça ! Comme le brownie.
- Le quoi ?
- Hum ? Comment ça quoi ?
- C'est quoi ?
- C'est quoi quoi ?
- Un brownie.
- Oh ! Rien. Un gâteau.
- Toujours à penser à la bouffe. T'es qu'un ventre sur patte.
- Alors ?
- Alors quoi ?
- Pourquoi tu laisses brownie danser avec elle ?
- Rien à branler. Elle peut bien danser avec qui elle veut.
Sans prévenir, Hanji se redressa vivement et chancela sur sa chaise comme si tout l'alcool qu'elle avait avalé jusqu'à présent venait seulement de lui monter à la tête.
Elle dut attendre un peu avant de pouvoir répliquer.
- T'es toujours fourré avec Petra. Va pas me dire que t'en as rien à faire ! Je sais que c'est pas vrai !
- Et alors ?
- Et alors ? Tu sais qu'elle le supporte pas !
- Évidemment ! Tu me prends pour qui ? J'porte pas d'œillères, j'suis pas un canasson.
- Et tu fais rien ?
- Non. Car c'est pas à moi d'intervenir. Tant qu'y a pas harcèlement, c'est pas mes affaires. Ils sont grands, c'est leur problème.
- T'en es sûr de ça ? Ou tu cherches à t'en convaincre ?
Livaï écarquilla les yeux à cette dernière remarque. Il chercha une réponse cinglante, mais n'en trouva pas. Il détestait quand Hanji réussissait à avoir le dernier mot.
- Ouais c'est bien ce que je pensais…
Elle prit le verre devant elle et le vida d'un trait.
- Tu sais, t'es plutôt facile à déchiffrer comme gars. Dès qu'on aborde un sujet qui te dérange ou qui te touche d'un peu trop près, t'arrêtes de répondre. Du coup, je commence à me demander si elle te laisse vraiment indifférent notre petite Petra…
Hanji n'avait pas regardé Livaï en prononçant cette phrase, mais elle savait que le caporal s'était un peu plus muré dans son silence. Elle se concentra à nouveau sur sa boisson, laissant Livaï dubitatif.
Était-ce si simple de lire en lui ?
Comme pour faire écho aux sentiments que les paroles d'Hanji avaient éveillés en lui, quelques notes de piano parvinrent à ses oreilles.
Le silence s'était soudain fait alors que s'élevait un air mélancolique.
Livaï releva la tête et ne fut pas surpris de voir Petra au clavier.
- Piano ? croassa Hanji.
- C'est sa mère. Elle le lui a appris.
La scientifique en resta bouche bée. Depuis quand le caporal en savait-il plus qu'elle au sujet de sa meilleure amie ?
Non, Petra ne le laissait décidément pas indifférent. Elle s'en réjouit.
Lorsque la jeune femme eut terminé de jouer, toute la salle applaudit et elle salua avec un sourire gêné avant de s'éclipser rapidement.
Hanji avait recommencé à parler, mais Livaï ne l'écoutait plus. Il se contentait d'observer ce qui se passait autour de lui jusqu'à ce qu'une conversation, à une table voisine, attire son attention.
- J'te jure ! Une vraie boucherie !
Le caporal tourna la tête pour regarder l'homme complètement ivre qui venait de parler.
- Et la police militaire ? Elle fait rien ? interrogea son interlocuteur, qui n'était pas dans un meilleur état.
- Bah ! Tu parles ! Ils vont pas mettre les pieds en bas rien que pour un petit rigolo !
- Tu sais, s'il nous débarrasse de cette racaille, ils devraient le remercier de faire leur boulot ! Et lui donner une médaille. C'est un héros ce gars !
- Va pas croire ça ! Même s'il s'en prend qu'à des malfrats, c'est un taré ce mec. Moi, tout ce que j'espère, c'est qu'il reste en dessous. Tu vois pas le carnage s'il lui prenait l'envie de remonter à la surface ! J'pense pas qu'il fasse vraiment la distinction entre gentil et méchant, si tu vois c'que j'veux dire…
- T'as p't'être raison. J'ai entendu dire qu'un gamin l'avait surpris un coup et qu'il lui avait tranché la gorge. Mais c'est qu'une rumeur.
- Ah tu vois ! Les militaires ne nous disent pas tout ! J'suis sûr qu'ils ont étouffé cette affaire et que le gamin y est vraiment passé.
- L'assassin des bas-fonds, hein ! commenta Hanji qui semblait également avoir épié la conversation. C'est super pompeux comme nom…
Elle s'interrompit, le temps de se redresser.
Livaï attendit la suite.
- J'ai lu les rapports sur ce gars. S'il continue comme ça, c'est la totalité de l'armée qui va devoir y descendre pour l'attraper. Apparemment c'est une véritable anguille. Et ce qu'il laisse derrière lui, c'est jamais beau à voir… Mais je ne t'apprends rien, non ? Tu retournes assez souvent là-bas pour en savoir plus que moi.
- J'y ai pas remis les pieds depuis six mois.
La chef d'escouade posa un regard insistant sur lui. Même s'il n'y était pas retourné depuis l'apparition du meurtrier, il en savait forcément davantage. Livaï soupira avant de reprendre :
- Apparemment il ne s'en prendrait pas à n'importe qui. Hommes de main, trafiquants, combattants clandestins… En gros des mecs grands et baraqués avec tout dans les muscles et rien dans l'crâne. Mais il ne se gênerait pas pour éliminer également les témoins. Il aurait trucidé toute une famille, rien que parce que le patriarche se planquait derrière.
- Un véritable psychopathe…
Livaï acquiesça et n'ajouta rien de plus. Il espérait seulement que ce taré serait bientôt arrêté. Après tout, il s'inquiétait pour Farlan et Isabel.
Le caporal replongea le nez dans son verre avant de se rendre compte qu'il n'avait pas revu Petra depuis sa prestation.
Où pouvait-elle bien être ?
Il balaya la salle du regard, mais ne la vit pas. Il se leva.
Hanji l'interpella alors qu'il commençait à s'éloigner :
- Tu vas où ?
- Pisser. Tu veux venir me la tenir ?
- Arf, sans façon !
Livaï revint vers l'entrée et décida de monter à l'étage pour avoir une meilleure vue sur la pièce, mais à peine avait-il atteint le pallier qu'il vit Petra assise dans un renfoncement.
Elle n'était pas seule.
Il redescendit rapidement quelques marches, se mettant ainsi hors de leur vue, et tenta d'écouter leur conversation. Mais la musique était trop forte et l'empêchait d'entendre quoi que ce soit.
Livaï avait pris l'habitude de voir tourner des hommes autour d'elle. Avenante, Petra les attirait comme des mouches, mais il savait qu'il n'avait rien à craindre d'eux. Elle était capable de les repousser quand il le fallait.
Cependant, il était impensable qu'il le laisse lui, la seule personne qui l'insupportait encore plus que Bossard, s'approcher d'elle.
Tristan Kleiner.
Il les rejoignit finalement, rester à son poste d'observation ne servait à rien.
Quand Petra le vit approcher, elle se détourna pour s'essuyer les yeux.
Elle avait pleuré.
Si c'était à cause de lui, il allait morfler !
- Caporal-chef !
Kleiner, qui lui faisait dos jusqu'à présent, se retourna et le gratifia d'un grand sourire.
Son attitude n'avait rien à voir avec celle qu'il avait lors de leur première rencontre. C'était le jour et la nuit.
- Je vous présente le capitaine Kleiner. C'est un vieil ami.
Capitaine. Ce troufion était plus gradé que lui.
- Tristan, voici le caporal-chef Livaï.
- On s'est déjà rencontré, précisa le membre des brigades spéciales.
Ce dernier se retourna vers Petra, essuya de son visage les larmes qu'elle avait manquées puis l'embrassa sur le haut de la pommette avant de lui ébouriffer les cheveux.
Il s'en alla, mais ne put s'empêcher de défier Livaï en lançant avant de disparaître dans l'escalier :
- N'hésite pas à venir me voir si tu veux parler.
Le sang du soldat ne fit qu'un tour.
- Ce coup-ci j'vais m'le faire, cracha-t-il en remontant ses manches.
- Non ! le retint Petra en s'accrochant à son bras. Laisse-le.
- Lâche-moi. On risque de nous voir.
- Pas tant que tu ne te seras pas calmé.
Il ferma les yeux et se concentra sur sa respiration.
- Ma parole vous êtes jaloux caporal.
- Jaloux ? Où tu vas chercher des âneries pareilles !
- Et en plus vous ne savez pas mentir.
Livaï se détourna, il ne voulait pas lui montrer qu'elle avait raison.
Depuis quand était-il aussi susceptible ?
Petra se rapprocha de son oreille et lui murmura :
- Merci.
Puis elle le libéra.
Livaï reprit d'un ton plus calme :
- Alors ? Depuis quand tu le connais ?
Petra sembla réfléchir à sa réponse.
- Toujours je pense. Il a quatre ans de plus que moi et ma mère donnait des cours à sa grande sœur.
- Il vient de la haute.
- Oui. On jouait tout le temps ensemble quand on était petit.
- Vieux amis hein ?
Elle acquiesça avant d'ajouter :
- C'était aussi le premier.
- Le premier ? Le premier quoi ?
Elle plissa les yeux et mima un geste, comme si cela n'était pas assez évident.
Petra vit le caporal se tendre comme un arc lorsqu'il comprit enfin l'allusion. Elle dut l'attraper de nouveau par le bras pour l'empêcher d'aller s'accrocher avec Tristan. Elle le tira vers elle et, dans un même mouvement, l'embrassa.
- Tu n'as rien à craindre de lui. C'est terminé depuis longtemps.
- J'ai pas peur de lui. C'est juste par principe.
Leurs regards s'accrochèrent.
Il lui caressa la joue et posa son front contre le sien.
- Ça va être dur d'attendre de rentrer, murmura Livaï.
- Pas besoin de patienter jusque-là, je connais un endroit qui fera parfaitement l'affaire.
Il l'embrassa à son tour, un peu plus intensément qu'avant.
- Tu sais que je ne peux rien te refuser.
Elle lui sourit et partit devant. Il la rejoignit dehors quelques minutes après.
Dans la capitale souterraine, la vie était rythmée par la grande horloge de la place centrale qui, en sonnant toutes les heures, indiquait quand travailler, quand regagner la sécurité de son foyer et quand s'évader dans le monde des songes. La population n'avait d'autre choix que de suivre ses directives, car les rayons du soleil n'atteignaient jamais les profondeurs. Pour eux n'existaient que les ténèbres des catacombes.
Toutefois, les habitants des bas-fonds ne souhaitaient pas se laisser aller à leur existante morose et s'étaient mis en quête de distractions plus stimulantes.
Ainsi, les trafiquants y avaient vu une magnifique opportunité de se faire de l'argent facile.
Ils se mirent donc à organiser régulièrement des combats et, pour ce faire, avaient transformé en arène de vieux entrepôts laissés à l'abandon. Ceux-là prenaient la forme de tournois pugilistiques dont le gagnant repartait avec le titre de champion et quelques pièces d'or.
La police militaire avait rapidement interdit cette pratique, mais les malfrats n'en avaient que faire, car, chaque soir, les salles étaient comble. De plus, cerise sur le gâteau, ils pouvaient recruter les combattants les plus émérites.
Cette nuit-là, dans l'une des nombreuses arènes, Bart combattait en finale pour défendre son titre.
Trois ans s'étaient écoulés depuis que l'ancien champion était parti.
Trois ans qu'il l'avait récupéré.
Les deux adversaires étaient déjà dans un sale état lorsqu'ils se jetèrent l'un sur l'autre dans un dernier round. Les bleus et les coupures marquaient leurs corps. Bart avait même le nez cassé. Le sang gênait sa vue et se répandait en flot continu sur le sol. Son opposant avait su tirer parti de la faiblesse de sa garde. Une baisse de vigilance qui aurait pu lui être fatale, mais ce n'était pas un morceau de cartilage brisé qui allait l'empêcher de gagner.
Massée autour du ring, une foule compacte hurlait leurs noms à plein poumon et les encourageait à se montrer toujours plus impitoyables.
Il ne laisserait pas un blanc bec lui prendre son titre !
Plus jeune et plus petit que lui, son adversaire esquivait ses coups la plupart du temps. Il commençait à fatiguer et la perte de sang lui faisait tourner la tête.
Il devait en finir au plus vite.
Bart fit mine de frapper à gauche, mais, prévoyant la réaction de son concurrent, feinta et lui faucha les jambes. Déséquilibré, le gamin trébucha. Il profita de la perte d'attention de son opposant pour lui saisir la tête et lui fracasser la mâchoire d'un coup de genou.
L'allégresse de la victoire l'envahit tandis que l'autre s'écroulait au sol en hurlant.
Aujourd'hui encore, il conservait son titre.
Les spectateurs empochèrent rapidement leurs gains avant de déserter les lieux. Bart pénétra dans ce qui lui servait de vestiaire : une maisonnette branlante et délabrée dont les ouvertures avaient été obturées à l'aide de morceaux de tissus rapiécés.
La pièce principale était plutôt grande, mais encombrée de meubles brisés qu'on avait abandonnés là. Une bonne partie du plafond s'était écroulé, laissant apparaître les poutres qui soutenaient le toit. Bart se fraya un chemin parmi les décombres en direction d'un espace plus dégagé où un matelas reposait sur le sol. Un broc d'eau et une bassine avaient été disposés sur une vieille commode, elle-même surplombée d'un miroir fendu.
Ce soir, Bart avait droit à un prix spécial et sa récompense ne manquerait pas lui faire remarquer qu'il devait être propre. Il ne perdit donc pas un instant pour se mettre à la tâche.
Il commença à se frotter vigoureusement le visage et retint un cri quand ses doigts passèrent sur les cartilages brisés. Après un soupir, il s'apprêtait à redresser son nez en s'aidant du miroir quand une mince silhouette s'y dessina.
Il fit volte-face, on ne savait jamais à qui on pouvait avoir affaire dans les bas-fonds, mais se détendit en reconnaissant la personne qui venait d'entrer.
- Regardez qui voilà ! Un revenant ! Si tu voulais récupérer ton titre, Gueule d'ange, fallait venir plus tôt et me défier dans l'arène !
- M'appelle pas comme ça Bart. J'ai jamais pu encaisser ce surnom.
L'homme rit aux éclats, mais ne prêtait déjà plus attention à son visiteur, trop occupé à remettre son nez en place.
- Qu'est-ce qui t'amène ? Un coup juteux ? finit par demander Bart, pourtant curieux de connaître la raison de la visite son ancien rival.
- Je cherche quelqu'un.
- Ah oui ? Et qui ça ?
- Je ne sais pas encore.
À ces mots, la température de la pièce sembla chuter d'un coup. Plus que le froid, ce fut le ton que venait d'employer Gueule d'ange qui fit frissonner Bart. Il eut soudain un sentiment étrange, son estomac se noua.
Il se retourna lentement et dévisagea son vieil adversaire comme si c'était la première fois qu'il le rencontrait. Quelque chose semblait différent chez lui, mais il n'aurait su dire quoi. Malgré sa petite taille, c'était son physique altier jurant avec le commun des bas-fonds qui lui avait valu son surnom et force était de constater qu'il le portait encore à merveille.
Son regard n'était pas différent non plus : glacial et détaché, sans expression.
Gueule d'ange le fixait intensément, puis commença à s'approcher.
Et Bart réalisa soudain ce qui n'allait pas.
Aussi loin que remontait ses souvenirs, le truand avait toujours vu Gueule d'ange cacher ses émotions, souvent maladroitement. De plus, ce dernier n'avait jamais pris plaisir à combattre, jamais apprécié faire le sale boulot.
Et là était le problème : à cet instant précis, son humanité semblait avoir disparu.
Subitement sur le qui-vive, Bart ne put se retenir de lancer un coup d'œil vers la sortie. Gueule d'ange, comme s'il avait suivi le fil de ses pensées, fut sur lui en un instant. Quelques secondes suffirent pour que le malfrat se retrouve projeté à terre et immobilisé. Il essaya bien de se dégager, mais, totalement dominé par la force de son assaillant, il dut accepter l'évidence : il était pris au piège.
Lentement, son agresseur se pencha sur lui et murmura d'une voix doucereuse à son oreille :
- Est-ce toi ? Celui que je cherche.
C'est alors que la panique l'envahit. La victime tenta d'appeler à l'aide, mais son cri ne put franchir ses lèvres, scellées par l'une des mains glacées de Gueule d'ange. Le froid qui s'en dégageait se répandait rapidement dans le corps de Bart. Il lui semblait qu'il était en train de geler. Mais déjà Gueule d'ange se redressait, une lueur de démence dans les yeux, un sourire psychopathe sur les lèvres, un éclat malveillant émanant de la lame de son couteau.
De nouveau, Bart chercha à se libérer, mais rien n'y fit, la poigne qui le maintenait était bien trop forte.
L'arme s'abattit et le corps de Bart se raidit instantanément.
Un flot de sang obstrua la gorge du condamné.
Un nouveau coup. La carotide fut arrachée.
Encore un autre.
Puis un autre.
Soudain, l'assassin suspendit son geste, observa un instant le cadavre encore chaud puis se releva. Sans détacher les yeux du corps, il s'éloigna, comme s'il attendait que quelque chose se produise.
Déçu, il tourna finalement les talons avant de se figer. Les mains sur la bouche, les larmes aux yeux, une spectatrice inattendue observait la scène, tétanisée.
Il s'avança vers elle.
- Que… Que s'est-il passé, Livaï ? réussit-elle à bégayer. Pourquoi es-tu couvert de sang ?
Livaï la prit dans ses bras, essaya de la rassurer alors que son corps commençait à trembler.
N'avait-elle rien vu ?
- Chut… Melly… Ce n'est rien… Tout va s'arranger.
Il sentit la prostituée se tendre.
- Tu étais son prix c'est ça ? Ce gros porc ne te méritait pas…
Les spasmes de Melly s'intensifièrent.
- Ne t'inquiète pas, tout ça ne sera bientôt plus qu'un mauvais souvenir…
L'instinct de Melly lui ordonnait de fuir, de ne pas écouter ce que Livaï était en train de lui dire… mais il était déjà trop tard…
Une vive douleur la transperça.
Elle s'écarta du caporal, juste assez pour voir la main de celui-ci tenir fermement le manche du couteau qui venait de la blesser.
Elle vit la lame remonter, ouvrant son ventre jusqu'à buter sur le sternum, laissant ses entrailles s'échapper.
Melly s'effondra aux pieds de Livaï.
À l'instar de Bart, il dévisagea cette dernière sans vraiment la voir.
Au bout de quelques minutes, il finit par essuyer son couteau dans les jupons de la défunte, s'attarda quelques instants avant de quitter les lieux.
Brûlante. Cette lumière ne se contente pas de l'aveugler. Elle lui enfonce les yeux au fond des orbites.
Puis plus rien. La douleur s'est retirée, emportant avec elle le tumulte de ses sens.
Au milieu du néant, un bruit finit par attirer son attention. Quelque chose marche non loin de lui.
Son esprit torturé. Nouvel embrasement.
Un homme gît à terre, les yeux tournés vers le ciel, le cœur glissant vers la fosse.
Les abysses se referment sur leur chute.
Crissement du sable. La créature gratte le sol mort, fait voler la poussière avant de disparaître.
La fournaise l'enserre une fois encore.
Un enfant caché sous une table, tâché du sang de sa mère.
La morsure d'une lame.
Émergeant des ténèbres, l'étalon vient se poster face à lui. Craintif, il renâcle, secoue la tête, se cabre légèrement. Courbant l'encolure, il l'enjoint à marcher dans ses traces.
Le froid du métal.
Étendu, le lutteur baignant dans l'écarlate.
La putréfaction des chairs corrompues.
Garrottée de viscères, la dentelle tombe en morceau.
Vide.
Le destrier immaculé charge, mais l'évite d'une embardée. S'évanouissant une fois de plus dans l'obscurité, il pousse un dernier hurlement.
Le son gronde. Enfle. Se mue en un sifflement suraigu qui le traverse de part en part tel un fil chauffé à blanc.
Écrasé. Son esprit se dissout dans l'incandescence.
Livaï se réveilla en sursaut, trempé de sueur et le cœur battant à tout rompre. Les yeux grands ouverts, il fixait le plafond sans vraiment le voir jusqu'à ce que Petra prenne la parole d'un air inquiet.
- Tout va bien, murmura-t-elle. Calme-toi…
Le caporal se rendit alors compte qu'il avait inconsciemment cessé de respirer. Tout en s'efforçant à se détendre, il se réprimanda mentalement d'avoir une fois de plus troublé le sommeil de la jeune femme.
- Toujours ce cauchemar ?
Il hocha la tête, incapable de parler pour le moment. Les images de mort persistaient toujours dans son esprit. Il devait se reprendre.
- Tu cauchemardes beaucoup ces derniers temps. Tu es sûr que tout va bien ?
- Oui…
Sa voix était enrouée, il se racla la gorge.
- T'inquiète pas.
Petra s'offusqua.
- Bien sûr que je m'inquiète ! Tu dors de moins en moins, résultat, t'es crevé et t'as une tête de déterré. T'es déjà intimidant en temps normal, là c'est pire vu les cernes que tu te tapes !
Cette remarque le fit sourire.
Livaï passa la main dans les cheveux de Petra et l'embrassa doucement.
- Ça va j'te dis. Rendors-toi maintenant.
Il l'attira à lui, elle posa à nouveau la tête sur son torse, leur étreinte se resserra.
Elle ferma les yeux.
En règle générale, la seule présence de la jeune femme arrivait à l'apaiser, mais cette fois-ci, cela ne serait pas suffisant.
Ce rêve, toujours le même à quelques détails près, l'intriguait. Il resta éveillé jusqu'à l'aurore.
La matinée avait été difficile pour les soldats du caporal-chef Livaï. Leur supérieur était encore entré dans une de ses fameuses transes et leur avait ordonné de nettoyer les communs de fond en comble. Exténués, les militaires s'étaient rassemblés au réfectoire, bien décidés à prendre une petite pause avant midi.
Petra, aidée de Gunther, avait préparé du thé. Assise à une table avec ses camarades, elle sirotait tranquillement sa tasse en écoutant les conversations d'une oreille distraite. Son esprit était ailleurs.
Le Nouvel An approchait, ainsi que les permissions hivernales.
Durant cette période de l'année, la jeune femme avait pour habitude de rentrer chez son père. Elle souhaitait le voir et passer un peu de temps avec lui bien que cette fois, elle eût préféré rester auprès de Livaï. Petra se demanda un instant si elle oserait l'inviter à l'accompagner. Après tout, cela faisait six mois qu'ils étaient ensemble.
Elle repoussa finalement cette idée. Ce serait officialiser leur liaison et l'état-major risquait d'en entendre parler…
Il lui sembla alors évident que, pour poursuivre cette relation, elle devait continuer à appliquer le vieil adage « pour vivre heureux, vivons cachés ».
Elle reposa sa tasse vide, le dilemme restait entier.
Soudain, Livaï pénétra dans la pièce, ouvrant la porte à coup de pied.
Il semblait plus furieux que d'ordinaire.
- Ral ! C'est quoi ce bordel ? cracha-t-il en se dirigeant vers elle.
Il l'attrapa par le col et la força à se lever.
- J't'ai demandé de nettoyer le bureau d'Erwin ! Qu'est-ce que t'as foutu ?
- Mais, caporal ! Je l'ai fait ! se défendit-elle.
Sans ménagement, Livaï la traîna hors de la salle sous les yeux effarés des soldats qui assistaient à la scène.
- À d'autres !
Auruo, Erd et Gunther suivirent le caporal et sa victime dans les couloirs jusqu'à ce qu'ils arrivent au bureau du major. Ce dernier y fit entrer Petra comme on jette quelqu'un en prison et referma la porte violemment. La clé tourna dans la serrure.
Les trois hommes se précipitèrent et collèrent l'oreille au battant, inquiets du sort réservé à la jeune femme.
- Tu trouves que c'est fait correctement Ral ? T'as vu cette poussière !
Mais Livaï ne lui montra pas où regarder. Elle chercha l'objet du délit des yeux, mais n'en trouva aucune trace.
Il s'approcha d'elle et la poussa doucement vers la grande table où les officiers se réunissaient.
- Les fenêtres sont encore sales !
L'attitude du caporal contrastait désormais totalement avec ses paroles.
Petra, qui jusqu'à présent était dans la confusion la plus totale, réalisa où il voulait en venir.
Et cela n'avait rien à voir avec la propreté de la pièce…
Elle sourit et s'accrocha aux vêtements de l'officier.
Il la souleva, l'assit sur le rebord de la table, lui retira sa veste, déboutonna sa chemise.
- Tu vas me faire le plaisir de tout recommencer ! dit-il en retirant la sienne puis en faisant basculer Petra en arrière. Elle lui murmura :
- Les placards à balais ne te suffisent plus ?
- Et en silence ! gronda-t-il.
Cette dernière phrase résonna à ses oreilles : on les écoutait.
Livaï emprisonna ses lèvres avant qu'elle ne puisse réagir.
Avec le temps, il avait appris à être plus tendre, plus sensuel dans la manière dont il la touchait, dont il l'embrassait. Elle était désormais incapable de lui résister.
En avait-elle d'ailleurs jamais été capable ?
Petra succomba au baiser, y répondant avec envie, mais sans empressement.
Ils n'avaient pourtant pas beaucoup de temps.
Ce n'était pas la première fois qu'ils s'isolaient quelques minutes pour satisfaire leur désir. Ils s'étaient rendu compte que ce sentiment qui grandissait au fil de la journée ne pourrait que les trahir. Ils avaient alors rapidement convenu de procéder ainsi plutôt que d'attendre leurs retrouvailles nocturnes. Mieux valait l'apaiser plutôt que de le laisser apparaître.
Réserves d'arme, cagibis, tous les lieux peu fréquentés en journée étaient devenus leurs refuges. La clé, se dévêtir le moins possible pour pouvoir déserter rapidement en cas de besoin.
Mais cette fois-ci, Livaï brisait les codes.
Erwin avait beau être en inspection aujourd'hui, il pouvait revenir d'un instant à l'autre.
Le danger de se faire prendre le stimulait-il davantage ?
Elle sentit son excitation se presser contre son aine comme pour répondre à sa question.
Oui, il avait raison, elle devait arrêter de penser et se concentrer sur le moment présent.
Petra déboutonna le pantalon du caporal, libéra son membre en érection et commença à le masturber lentement. Mais Livaï recula, l'empêchant ainsi de continuer plus avant.
Il lui retira son pantalon, lui écarta les jambes et embrassa ses lèvres inférieures.
La jeune femme agrippa les cheveux de son amant. Elle se cambra instantanément sous le léger coup de langue qu'il venait de lui donner.
Il aimait jouer avec cette partie sensible de son anatomie. Et elle adorait ça.
Il lui serait extrêmement difficile de rester silencieuse tant il y mettait d'application.
Lorsque le corps de Petra se mit à trembler de plaisir, ce fut le signal pour Livaï de passer à l'étape suivante. Il se redressa et pénétra en elle avec facilité. Elle s'accrocha aussitôt à ses épaules.
Le caporal commença son va-et-vient, doucement, la table risquait de grincer s'il s'y prenait plus brutalement.
Il voulut accrocher le regard de Petra, mais elle avait les yeux fermés. Son visage avait cette expression si particulière de plaisir mêlé à la concentration qu'elle arborait en voulant retenir le moindre bruit qui aurait pu s'échapper de ses lèvres.
Leur libération était proche.
Mais le sort en décida autrement.
On frappa à la porte et Petra laissa s'échapper une exclamation.
De surprise ou de plaisir, Livaï ne le saurait jamais, mais tous deux s'étaient figés.
- Quoi ! s'exclama Livaï, agacé par l'interruption, Petra tétanisée dans ses bras.
- Caporal-chef, vous avez de la visite, déclara le soldat à travers la porte.
De la visite ?
Et puis quoi encore ?
Personne ne venait jamais le voir, il n'avait pas d'amis et les seules connaissances qu'il avait n'osaient pas mettre le nez à la surface.
À moins que…
Farlan oserait. S'il y avait un problème.
Plusieurs scénarios se bousculèrent soudain dans sa tête. Tous impliquaient la grossesse d'Isabel.
- J'arrive ! finit-il par lancer.
Livaï se dégagea avant de se rhabiller aussi rapidement que possible. Petra fit de même.
Il arrangea les cheveux de la jeune femme. Elle renoua sa lavallière.
Comme pour s'excuser, il déposa ses lèvres sur sa pommette et lui murmura :
- J'ai un mauvais pressentiment. Rejoins-moi ce soir je te dirais ce qu'il en est.
Et il se précipita dehors, le soldat qui était venu le chercher sur les talons.
Petra sortit du bureau et constata que ses trois camarades étaient toujours présents.
Ils la regardaient l'air inquiet.
- Tout va bien ? s'enquit Erd.
Petra leur fit alors l'un de ses plus grands sourires et tenta de les rassurer :
- Bien sûr ! Vous connaissez le caporal ! Il reste un grain de poussière et pour lui c'est ni fait ni à faire !
- On t'a entendu crier.
La jeune femme écarquilla les yeux. Elle sentit le rouge lui monter aux joues et elle dut se détourner pour le leur cacher.
Ils avaient bien écouté à la porte finalement…
- Oh vous savez, le caporal me surveillait avec un regard tellement intense que lorsque Cole a frappé, ça m'a surpris. Voilà tout !
- Alors tant mieux ! commenta Auruo. Je trouve qu'il t'exploite complètement depuis un moment. J'ai beau avoir énormément de respect pour lui, je n'hésiterai pas à le remettre à sa place s'il le faut ! J'suis pas le genre de gars qui laisse une femme se faire maltraiter sans rien faire !
Il réalisa alors que ses camarades le regardaient d'une manière étrange.
- Ben quoi ?
Petra se campa devant lui, les mains sur les hanches.
- Faut vraiment que t'arrêtes d'imiter le caporal... Ça ne te va pas du tout. Vous n'avez rien, mais alors absolument rien en commun.
Sur ces mots, elle se dirigea vers le réfectoire, suivie de près par Erd et Gunther qui lancèrent un dernier regard appuyé à Auruo avant de s'éloigner.
- Quoi ?
Le soldat rattrapa ses compagnons, peu convaincu par la réplique de la jeune femme.
Il ne laisserait pas son supérieur abuser de la gentillesse et de la serviabilité de sa camarade. Il en faisait le serment.
À l'extérieur du bâtiment, Livaï trouva Farlan qui l'attendait.
Son estomac se noua.
Il s'était définitivement passé quelque chose et l'air grave qu'affichait son ancien compagnon ne le rassurait pas.
En quelques enjambées, Livaï l'avait rejoint et ne prit même pas la peine de le saluer.
- Farlan. Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-il de but en blanc. Il est arrivé quelque chose à Isabel ?
- Isabel va très bien. Et notre enfant aussi.
À ces mots, un sentiment de soulagement envahit le caporal avec une telle force qu'il sentit ses jambes vaciller sous lui.
- Il est né ? Quand ?
- Ça fait deux mois environ. Un beau petit garçon.
Livaï félicita son ami en lui donnant l'accolade, mais la tension ne s'était pas dissipée.
- C'est pas pour ça que t'es venu me voir, sinon tu serais venu plus tôt.
Farlan soupira.
- Non… Pas uniquement. J'ai des nouvelles et elles ne vont pas te plaire.
Livaï croisa les bras, attendant la suite de ce que l'autre avait à lui dire.
- Tu te souviens de Bart ? Le gars que tu combattais dans les arènes y'a trois ans.
- Oui. Un gros tas de muscle con comme la lune. Il se débrouillait toujours pour arriver en final. Et je l'étalais à chaque fois. C'est lui qui a repris mon titre depuis que j'ai arrêté, non ?
- Hum, en effet. Je sais que tu l'aimais pas trop, mais faut quand même que je te dise qu'on l'a retrouvé mort ce matin. Égorgé. On aurait dit l'attaque d'un animal.
Le cauchemar de la veille lui fit l'effet d'une claque en s'imposant à nouveau à son esprit.
Il l'avait vu alors, Bart, baignant dans son sang.
- Tu penses que c'est un coup de l'assassin des bas-fonds ?
- C'est même certain. Y'a que lui pour laisser de telles boucheries. Les tueurs à gages des trafiquants, à côté, ce sont des chirurgiens. Mais j'me doute bien que ça te fait ni chaud ni froid qu'il y soit passé. Le problème, c'est qu'il était pas seul.
Livaï savait exactement ce que Farlan allait lui dire et il ne voulait pas l'entendre.
Mais comment pouvait-il déjà le savoir ? Comment avait-il pu en avoir rêvé ?
Il retint sa respiration.
- Melly était avec lui. Ce salopard ne s'est pas contenté de la tuer. Il l'a pendue… avec ses tripes.
À suivre...
Et voilà !
Je suis contente, on avance un peu plus dans la trame principale de l'histoire.
Je doute fortement que vous ayez compris ce qu'est (devenu) Livaï. N'hésitez pas à me faire part de vos théories si vous le souhaitez !
Ou patientez simplement encore deux chapitres environ ;)
Si vous avez des questions ou des remarques (bonnes ou mauvaises), n'hésitez pas à me les laisser en review !
Comme ça, je me ferai une meilleure idée de ce que vous pensez du déroulement de l'histoire ;)
Merci de m'avoir lu !
