Bonne année les loulous !
Non, vous ne rêvez pas, c'est bien le chapitre 5 que vous avez devant les yeux. Oui, oui, celui que je vous avais annoncé en octobre... Ok je sors. *va se planquer car a trop honte de le sortir aussi tard*
Je tenais à le sortir pendant les fêtes mais ça a été un peu retardé par le petit cadeau que je vous ai fait pour Noël (X-again si vous ne l'avez pas lu).
Du coup, ce sera mon cadeau pour cette nouvelle année. J'espère qu'elle vous apportera autant de joie et de bonheur que la précédente, sinon plus ! Et plein de fanfictions sur notre couple préféré !
Bon je vous embête pas plus et je vous souhaites une bonne lecture !
Disclaimer : Rendons à maître Hajime Isayama ce qui lui appartient. Mais je garde Bart, Melly et Tristan. Ils sont à moi après tout ;)
Remerciements : Pour une fois, il n'y en a pas... Sniff... Vous ne m'avez pas laisser de reviews sur le chapitre 4... *part pleurer dans son coin*
À part Baka-Bookini bien entendu : merci à toi ! *bisous*
Chapitre 5 – Mission spéciale
La première fois que le commandant Dork avait soumis à ses supérieurs un rapport concernant l'assassin des bas-fonds, ces derniers lui avaient ri au nez. Pour eux, il s'agissait de vulgaires règlements de comptes entre les différentes coteries et pensaient que l'affaire se résoudrait d'elle-même. Ils s'étaient assurément trompés. Pas un seul instant l'idée ne les avait effleurés que l'individu en question pouvait n'avoir aucun lien avec les trafiquants.
Aussi, bien que tardivement, le gouvernement royal avait réagi à cette nouvelle menace. Ne pouvant plus l'ignorer, les ministres redoutaient désormais le moment où le meurtrier se lasserait de l'obscurité des profondeurs et sortirait des ténèbres pour venir troubler la quiétude de leur chère capitale. Heureusement, sa sinistre notoriété n'effrayait pas encore la population de la surface et cela laissait une marge de manœuvre non négligeable que les dirigeants comptaient bien exploiter. À cette fin, le mythe de Kenny l'égorgeur avait été dépoussiéré. Le commandant des brigades spéciales avait reçu l'ordre d'envoyer des patrouilles dans les souterrains et, afin d'encourager les habitants à régler le problème par eux-mêmes, le roi offrait une récompense substantielle à celui qui rapporterait la tête de l'assassin.
Il semblait pourtant à Naile que c'était peine perdue. L'homme leur échappait depuis maintenant près d'un an et il ne pensait pas qu'un simple badaud parviendrait à le confondre.
Le tueur restait insaisissable.
Compte tenu de la présence croissante des brigades spéciales, Livaï avait dû s'adapter. À l'origine, il prenait son temps et conversait parfois avec ses victimes quand il les connaissait. Désormais, il se contentait d'exécuter son œuvre avant même d'avoir été repéré par sa proie.
Poussé par son instinct, le caporal avait commencé par sillonner la ville basse à la recherche d'individus dont le trait principal était la force physique. Toutefois, cet environnement n'était pas propice au développement de tels tempéraments : la nourriture y était trop pauvre et trop rare. Les quelques spécimens avaient été décimés rapidement.
Il s'était donc rabattu sur un autre type de puissance : les intellectuels, les donneurs d'ordres, ceux qui sortent leur épingle du jeu sans se salir les mains.
Leur élimination ne présentait aucune difficulté si ce n'est qu'à chaque fois qu'une tête tombait, une autre venait prendre sa place. Les candidats au suicide semblaient être légion.
Il était donc en réalité impossible de faire tomber le milieu interlope sans l'anéantir totalement.
Mais de cela, il s'en moquait éperdument.
Convoqué par la violence et les aspects les plus sombres de l'âme humaine, Livaï sentait qu'il ne pourrait accomplir son but qu'en cherchant parmi la lie de la société.
Même si ça devait lui prendre une éternité, il la dénicherait.
Cette nuit-là, sa cible se trouvait justement être l'un de ces nouveaux chefs dont il avait abattu le prédécesseur quelques jours auparavant.
Tel un spectre, Livaï avait traversé la ville, n'empruntant que de petites ruelles ou passant par les toits. Il était rapidement arrivé au repère des malfrats : une vieille bâtisse en pierre construite dans les premières heures de la cité. Elle devait certainement être destinée à une famille noble lorsque l'humanité avait songé à se réfugier sous terre pour fuir les titans. La construction était imposante et semblait en apparence complètement abandonnée. À l'intérieur néanmoins, derrière les fenêtres barricadées, s'agitait une véritable fourmilière.
Ayant déjà exécuté plusieurs contrats pour ses occupants, de lointains souvenirs concernant le fonctionnement de la demeure lui revinrent en mémoire. Le nombre d'ouvrières affairées, le nombre de sentinelles et la position exacte de leur reine, il connaissait tout cela.
Se faufiler et récupérer directement la tête couronnée ne lui poserait aucun problème, mais devait-il s'en contenter ?
Car après tout, plus il ferait de victimes, plus il avait de chance de faire mouche.
Perché sur le toit d'en face et dissimulé dans l'ombre d'une cheminée, Livaï observait avec la plus grande attention le nid et ses alentours. Il se fondit un peu plus dans l'obscurité lorsqu'une patrouille apparut et laissa quelques minutes s'écouler après son départ avant de sortir de sa cachette. Le quartier semblait maintenant totalement désert, cela lui laisserait le temps de s'occuper de tous ces insectes.
Il sauta lestement du toit pour atterrir dans la petite ruelle que son poste d'observation formait avec la maison voisine. Avec prudence, il jeta un coup d'œil afin de s'assurer une dernière fois que personne ne se trouvait dans la rue puis la traversa rapidement. Il alla enfin se tapir derrière un mur de brique délabré qui faisait face à la porte de service, où il ne fut pas étonné de voir un homme trapu monter la garde.
Après quelques instants, il se releva et se dirigea d'un air nonchalant vers le cerbère, les mains dans les poches, comme si on lui avait demandé de venir remplir une tâche quelconque.
- Hé ! le héla l'homme en pointant un pistolet vers lui. Reste où tu…
Mais il n'eut pas le temps de finir sa phrase : Livaï lui avait déjà tranché la gorge.
Alerté par le bruit du cadavre qui avait heurté des poubelles dans sa chute, un autre malfrat se précipita dehors. Il n'avait pas fait deux pas que la lame du couteau lancée par le caporal s'enfonçait dans l'une de ses orbites. Il s'écroula à son tour.
Livaï récupéra son arme, en sortit une seconde identique et entra dans le repaire. Ses deux victimes avaient été trop bruyantes, un groupe de gardes ne tarda pas à lui tomber dessus. Le premier qui fondit sur lui, il l'envoya voler dans le mur opposé d'un coup de pied, lui brisant le dos. Le suivant eut le poumon perforé. Gorge, cœur, ventre, il visait les points vitaux, ne leur portant pas plus d'un coup et ses adversaires tombaient les uns après les autres.
Lorsqu'il pénétra dans la grande salle, le reste de la bande l'attendait de pied ferme. Derrière ces visages agressifs et tendus, Livaï se réjouit de voir la silhouette de leur chef : il n'aurait pas à le chercher.
- Tuez-le !
Les malfrats s'élancèrent instantanément.
Un couteau dans chaque main, Livaï savait pertinemment que son allonge ne serait pas assez grande pour venir à bout d'autant d'ennemis en même temps. Il ancra ses pieds dans le sol, prit une position défensive. Le temps que ses assaillants l'atteignent, un halo bleuté était apparu autour de ses mains avant de se déplace le long de ses lames pour finalement disparaître. Désormais armé de deux épées, Livaï se débarrassa des trafiquants en quelques mouvements.
Sa sombre besogne achevée, l'assassin s'approcha du l'unique survivant. Tétanisé parmi les corps démembrés de ses acolytes, le chef regardait le tueur venir vers lui sans prendre soin d'éviter les morceaux cadavres qui jonchaient le sol.
Ses jambes se dérobèrent tandis que l'urine se mélangeait au sang des défunts.
- Pitié… murmura-t-il.
Mais Livaï avait déjà levé son épée.
La tête de la reine roula à terre et vint rejoindre celles de ses fidèles ouvrières.
Lorsqu'il rentrait de ses escapades nocturnes, Livaï était toujours sur le qui-vive. Rejoindre ses quartiers ne lui posait aucun problème, mais, bien qu'il ait l'habitude de cet exercice, il craignait toujours d'être aperçu. Il s'arrêta un instant, la main posée sur la poignée de la porte de sa chambre, avant d'y pénétrer.
Le clair de lune diffusait une lumière blafarde dans la pièce. Petra, endormie dans son lit, lui tournait le dos. Pendant un bref instant, il se demanda par quel miracle la jeune femme n'avait pas encore remarqué ses absences. Il écarta cette pensée : lui aussi aurait tout oublié à son réveil.
Sans un bruit, il se débarrassa de ses vêtements et se glissa sous les draps. Il passa un bras autour de la taille de son amante et se rapprocha d'elle. Petra bougea quelque peu dans son sommeil et attrapa la main du caporal. Leurs corps collés l'un à l'autre, Livaï ferma les yeux et s'endormit aussitôt happé par ce cauchemar mêlant les souvenirs de ses victimes et l'image de ce cheval à la blancheur irréelle.
Au début de sa relation avec la jeune femme, les mauvais rêves de Livaï avaient été épisodiques avant de gagner en fréquence et en intensité. Ils le hantaient désormais presque toutes les nuits.
Petra s'inquiétait pour son caporal. Le manque de sommeil le rendait encore plus irritable qu'à l'accoutumée et il n'était plus rare qu'elle le trouve assoupi à son bureau lorsqu'elle lui apportait son thé. Par ailleurs, elle appréhendait la prochaine expédition. Elle avait peur que la fatigue accumulée lui fasse commettre une erreur irréparable. Elle aurait voulu l'aider, mais était impuissante, car bien qu'elle partage son lit, le caporal ne lui avait jamais révélé la teneur de ses cauchemars.
Livaï commençait à s'agiter dans son sommeil. Il finit par donner un coup à Petra qui, las de ces réveils intempestifs, soupira avant de tenter de le faire émerger. Elle le secoua en l'appelant doucement comme à son habitude, se méfiant tout de même des réactions brutales qu'il pouvait avoir dans cette situation. Après quelques instants, Livaï se mit pourtant à frapper l'air et émit quelques bruits d'efforts, comme s'il se débattait. Le cœur de Petra s'emballa et elle l'empoigna fermement :
- Livaï !
Le cri résonnait encore dans ses oreilles que Petra se retrouva allongée sur le dos, complètement immobilisée, une lame contre sa gorge. Son corps se raidit, elle n'osait plus respirer. Le regard féroce que le caporal braquait sur elle l'effraya. Elle ferma finalement les yeux, ne supportant plus cette vision. Les secondes s'écoulèrent avec une lenteur insoutenable.
- Petra…
Livaï avait prononcé son nom dans un murmure.
- Oui, répondit-elle d'une voix cassée tandis qu'une larme roulait le long de sa joue.
Comme s'il venait seulement se s'éveiller, Livaï reprenait peu à peu contact avec la réalité. Les murs et les meubles de la chambre se dessinèrent telles des taches d'encres sur du papier. Il prit conscience de son propre corps, de celui de Petra.
Qu'était-il en train de faire ?
Ce brusque constat eut le même effet qu'un violent coup qu'on lui aurait porté à la poitrine. Horrifié, il se mit à trembler, jeta la lame à l'autre bout de la pièce puis se laissa tomber sur la jeune femme, se réfugiant dans ses bras.
- Pardon pardon pardon pardon, répéta-t-il.
Petra eut une légère hésitation avant d'ouvrir à nouveau les yeux. Sa frayeur n'avait pas encore totalement disparu qu'un sentiment nouveau germait en elle. Un sentiment qu'elle aurait préféré ne jamais éprouver.
À cet instant précis, l'homme le plus puissant de l'humanité était faible et terrorisé.
Cette vision lui alourdit le cœur. Elle savait bien que Livaï n'était pas un surhomme, mais le voir dans un tel état n'avait rien de rassurant. Malgré ce malaise persistant, elle finit par le prendre dans ses bras et le réconforta en lui caressant la tête comme une mère le ferait avec son enfant.
- Chut… chuchota-t-elle. Ça va aller, calme-toi.
Il affermit sa prise sur elle.
- Toujours le même cauchemar ?
Il secoua la tête avant de reprendre d'une voix peu assurée :
- J'ai juré de te protéger. Jamais je ne pourrai te faire de mal. Tu le sais, n'est-ce pas ?
- Je le sais.
Ils restèrent ainsi un long moment. Comme si desserrer leur étreinte signifiait disparaître, ils s'accrochaient toujours plus fermement l'un à l'autre. Leurs respirations finirent par se synchroniser. Livaï s'apaisait doucement.
Lorsqu'ils se séparèrent finalement, le caporal, peu à l'aise avec la scène qu'il venait d'offrir à Petra, décida de briser le silence en abordant un sujet totalement différent.
- Erwin a reçu les directives pour la prochaine expédition. On sort dans un mois. Il l'annoncera dans la matinée.
Cette déclaration alourdit le cœur de Petra et ce n'est qu'au bout de plusieurs minutes qu'elle avoua timidement :
- J'ai peur…
- De quoi ?
- Que ces satanés cauchemars t'empêchent d'être efficace.
Livaï releva la tête et lui sourit tendrement. Il voulait parler d'autre chose et avait lamentablement échoué.
- Faut pas t'inquiéter pour moi.
- Dixit celui qui est pas foutu de dormir une nuit complète.
Il lui lança un regard noir.
- Enfin… Je serais plus rassurée si tu arrivais à te reposer avant l'expédition.
Livaï logea à nouveau son visage entre le cou et la poitrine de son amante.
- Pour ça, j'ai peut-être une idée.
- Ah oui ? On peut savoir laquelle ?
- Pas maintenant.
Petra sourit à cette réponse. Elle laissa errer son regard par la fenêtre et remarqua que le ciel s'éclaircissait.
- Je ferais mieux d'y aller, l'aube n'est plus très loin.
À contrecœur, elle sortit du lit, passa une veste et s'apprêta à quitter la pièce.
- Hé ! T'oublies rien ?
Elle revint sur ses pas et embrassa le caporal puis s'en alla pour de bon.
Dès que la porte fut refermée, Livaï attrapa un oreiller et enfouit sa tête dedans. Il ne comprenait pas pourquoi il faisait ces rêves étranges, pourquoi il voyait la racaille des bas-fonds baignant dans leur sang, mort, alors qu'il n'avait pas remis les pieds dans la ville souterraine depuis plus d'un an.
Il avait beau tourner et retourner le problème dans tous les sens, il ne trouvait pas d'explication. Cette histoire commençait sérieusement à l'inquiéter.
Quoi qu'il en soit, Petra avait raison. Il fallait qu'il se repose, car sinon, la prochaine expédition pourrait bien être sa dernière. Et il savait exactement ce qu'il devait faire pour y parvenir. Cela faisait quelque temps déjà que l'idée lui trottait dans la tête. Mais pour la réaliser, il lui fallait l'aide d'Erwin.
En règle générale, l'amphithéâtre dont disposait le bataillon d'exploration était utilisé par les chefs d'escouade. À l'aide du tableau noir qui se trouvait sur le mur du fond de l'estrade, ils pouvaient facilement exposer à leurs soldats les différents exercices qu'ils auraient à réaliser au cours de l'entraînement qui suivait. Il n'était pas rare que les gradés s'y retrouvent également pour étudier et débattre des nouvelles stratégies qu'ils souhaitent mettre en œuvre.
Les gradins ne comportaient pas assez de places assises pour tout le monde, mais, bien que la salle soit plus petite que celle de leur ancien quartier général, quand le commandant donnait l'ordre du rassemblement, les soldats s'entassaient comme ils le pouvaient dans la pièce sans rechigner. Car lorsque la totalité du bataillon était réunie, cela ne pouvait signifier qu'une chose : la date de la prochaine expédition avait été décidée.
Les militaires savaient pertinemment ce qui les attendait et écoutaient Erwin avec attention. Et pour cause, leurs vies en dépendaient.
Comme à son habitude, le major, entouré pas ses officiers, se tenait au centre de l'estrade. Il commença par exposer à ses hommes les différents objectifs qu'ils auraient à remplir. Puis il leur donna les directives nécessaires pour mener à bien leurs missions.
Erwin n'appréciait guère ces réunions. Face à ces hommes qu'il envoyait vraisemblablement à la mort, il lui était toujours difficile de trancher entre conscience et devoir. De plus, l'atmosphère qui régnait dans la salle était toujours étouffante et le malaise qu'il ressentait en cet instant était renforcé, car, depuis un certain temps, le moral de ses troupes n'était pas vraiment bon.
Ainsi, lorsque Livaï était venu le trouver un peu plus tôt dans la matinée pour lui présenter sa requête, il s'était d'abord dit qu'il s'agissait là d'une demande purement égoïste. Il s'y était d'abord opposé, mais l'idée n'était somme toute pas mauvaise et ne ferait de mal à personne. Bien au contraire.
Le major avait finalement cédé devant l'obstination de son bras droit.
Bien que pénible, la séance se déroula sans accrocs.
- Une dernière chose, lança Erwin. Je sais que beaucoup d'entre vous ont été pénalisés lorsque nous avons établi nos quartiers à Trost. Mais je ne tolérerai pas que vos sentiments personnels influent sur vos performances au combat. En tant que soldats d'élite, vous devez être parfaitement capables d'en faire abstraction. Néanmoins, je sais que cela n'est pas chose aisée.
Il marqua une courte pause, juste le temps nécessaire pour récupérer l'attention complète de son auditoire.
- En accord avec vos officiers et à partir de demain, un roulement sera mis en place pour que chacun d'entre vous puisse avoir une semaine de permission afin que vous puissiez rendre visite à vos familles.
Pendant un court instant, seul le silence lui répondit. Les soldats n'en croyaient pas leurs oreilles puis l'euphorie éclata. Des remerciements furent lancés, certains prirent même le risque de siffler.
Debout au premier rang, Petra avait les yeux rivés sur Livaï et, lorsque ce dernier accrocha son regard, elle lui sourit. C'était sa façon à elle de le remercier, car, elle en était certaine, cette idée était la sienne.
Mais son sourire quitta très vite ses lèvres quand elle remarqua que le major se dirigeait vers elle. La jeune femme se mit au garde-à-vous.
- Soldat Ral, suivez-moi, j'ai une mission spéciale pour vous.
- À vos ordres, major.
Erwin quitta la salle et Petra le suivit, non sans lancer un coup d'œil inquiet à ses camarades.
Qu'allait-il bien pouvoir lui demander ?
C'est au moment où ils pénétrèrent dans son cabinet de travail qu'elle remarqua que Livaï fermait la marche. Après être entré, le caporal claqua la porte et alla s'installer sur l'un des deux canapés de la pièce. Tout en se plaçant face à l'imposant bureau du major qui débordait de documents administratifs, Petra l'avait suivi du regard. Elle fut légèrement surprise de le voir froncer les sourcils avant de lui faire un petit signe de la tête. Elle comprit instantanément qu'elle l'avait trop fixé et reporta son attention sur Erwin. Ce dernier la regardait avec insistance, les coudes posés sur les papiers étalés devant lui. Les doigts croisés ramenés contre ses lèvres, il cachait ainsi, elle en jurerait, un sourire moqueur. Pourtant, il n'en était rien lorsqu'il baissa les mains pour prendre la parole.
- Je n'irai pas par quatre chemins Ral, le bataillon manque cruellement de fonds pour cette expédition. Il reste trois semaines avant le bal des explorateurs et je compte bien les utiliser pour démarcher le plus de mécènes possible. J'ai entendu dire que vous étiez en relation avec certaines familles fortunées. Je vous veux donc avec nous.
- Ce qui signifie : pas de permission pour nous, précisa Livaï. Mais tu gagnes le droit d'aller à cette farce grotesque.
- Ai-je vraiment le choix ? s'enquit Petra peu sûre d'avoir le droit de poser cette question.
Cette fois-ci, le major ne dissimula pas son sourire.
- Départ demain matin six heures. Prévoyez des vêtements civils dans vos paquetages. Rompez.
Peu après sa convocation, Petra se retrouva attablée au réfectoire, une tasse de thé entre les mains. Elle fixait la couleur ambrée du liquide, se demandant comment elle avait fait pour se retrouver dans une telle situation. La joie qu'elle avait ressentie à l'idée de pouvoir enfin passer un peu de temps avec son père s'était envolée lorsque le major lui avait donné ses ordres. De plus, elle allait passer trois semaines en compagnie de Livaï directement sous les yeux d'Erwin.
Qu'est-ce qui avait bien pu passer par la tête de ce crétin lorsqu'il avait suggéré cette idée au major ?
Ses doigts se crispèrent autour de la porcelaine et c'est précisément ce moment que choisirent Gunther, Erd et Auruo pour la rejoindre.
- Tout va bien Petra ? s'enquit Erd.
La jeune femme n'avait pas remarqué leur arrivée et sursauta légèrement en entendant la voix de son camarade.
- Heu… Oui. Oui ! Ça va ne t'inquiète pas !
Elle but une grande gorgée pour se redonner contenance, mais ne put réprimer une grimace lorsque le breuvage descendit dans sa gorge. Elle avait horreur de l'amertume que prenait le thé lorsqu'il avait refroidi.
- Ça a un rapport avec ce que t'a dit Erwin ?
Décidément, Erd était trop perspicace. Ça devait être pour ça que Livaï l'avait choisi comme second.
- Adieu les vacances pour moi… confessa-t-elle en s'écroulant sur la table, dépitée.
Auruo croisa les bras et prit un air supérieur dans une énième tentative d'imitation de leur caporal.
- Raconte.
- Mission d'escorte. Trois semaines avec Erwin à partir de demain.
- Aïe ! commenta Gunther.
La main d'Erd se posa sur son épaule.
- Bon courage, déclara-t-il compatissant.
Il s'éclipsa toutefois avec Gunther avant qu'il ne prenne l'envie à Petra de lui demander de prendre sa place. Ce dont elle était tout à fait capable. Elle les regarda partir avec un sentiment de colère. Ainsi, ils préféraient la fuite et la laissaient lâchement seule avec Auruo.
- Prend ça du bon côté. Si Erwin t'a demandé à toi de l'accompagner, c'est qu'il a dû te repérer. Y aurait-il de la promotion dans l'air ?
- Je pense que la raison en est toute autre…
- C'est à dire ?
Se rendant compte qu'elle avait été trop bavarde, Petra jura entre ses dents et décida de couper court à la conversation.
- Rien ! Oublie ce que j'ai dit ! Pour quelle autre raison que pour mes talents de soldat le major m'aurait-il repéré ? Hein ? J'te laisse, j'ai encore plein de choses à faire avant notre départ de demain.
Elle quitta la pièce telle une tornade laissant son camarade avec une drôle d'impression. Venait-elle d'essayer de lui dissimuler quelque chose ? Oui, c'était certain.
Le soleil se levait à peine lorsqu'Erwin, Livaï, Hanji et Petra se retrouvèrent dans la cour. Bien qu'il soit encore tôt, la caserne était en pleine effervescence. Un tiers des soldats du bataillon quittait eux aussi les lieux. Ils se dirigèrent vers les écuries où leurs chevaux les attendaient, prêts pour le départ. Ce fut une première pour Petra qui jusqu'ici s'était toujours occupée elle-même de sa monture.
- Ne perdons pas de temps, déclara Erwin.
Le major échangea encore quelques mots avec Hanji qui serait en charge du commandement en son absence, puis ils se mirent en selle et quittèrent aussitôt le bataillon en direction du nord.
- Si nous chevauchons correctement, nous devrions atteindre le district d'Ehrmich vers vingt-deux heures ce soir. Ménagez tout de même vos montures, nous ne sommes pas si pressés que ça.
Erwin s'était retourné à cette dernière phrase et avait lancé un regard à Livaï.
Y avait-il un sens caché qui avait échappé à Petra ?
Mais peu importait, la journée serait longue et la jeune femme était convaincue d'être aussi courbaturée qu'une vieille femme lorsqu'ils arriveraient à destination.
Les cavaliers alternaient les allures autant qu'ils le pouvaient. Ils firent plusieurs haltes afin de permettre à leurs chevaux de reprendre des forces et de se désaltérer. Eux-mêmes en profitaient alors pour se dégourdir, manger une pomme ou simplement s'allonger dans l'herbe et fermer les yeux quelques instants.
En retard sur les prévisions d'Erwin, ils n'atteignirent le dernier village avant leur destination que vers vingt-et-une heures. Cela signifiait qu'il leur faudrait encore deux heures de route à travers cette région boisée et festonnée de vallons pour rejoindre Ehrmich. Tout au long du voyage, le temps avait été clair. Ce n'est que lorsqu'ils se retrouvèrent en pleine campagne que des nuages vinrent cacher la lune qui les éclairait depuis la tombée de la nuit. Privés de lumière, ils s'arrêtèrent le temps pour Livaï de tirer des torches d'une de ses fontes. Il les alluma avec le briquet que Petra lui avait donné avant de se remettre en chemin.
Ils arrivèrent finalement à un croisement et Erwin stoppa sa monture, imité par ses deux gardes du corps. Petra jeta un coup d'œil autour d'elle afin de voir ce qui justifiait un tel arrêt. Le commandant prit la parole sans se retourner :
- C'est ici que nos chemins se séparent. Tu as une semaine, pas plus.
- T'inquiète pas. Nous serons à Mitras en temps et en heure.
Erwin émit un petit son qui ressemblait fortement à un rire étouffé et d'une pression des jambes accompagnée d'un léger mouvement de bassin, il fit repartir son cheval et les laissa sur place.
- Nous, on va par là, indiqua Livaï en prenant à gauche.
Petra en resta coite un moment puis, réalisant qu'il était en train de la distancer, le rattrapa au petit trot. De nouveau à sa hauteur, elle ne put se retenir plus longtemps :
- Alors ? Tu m'expliques ou tu fais ta tête de mule ?
Les lèvres de Livaï ébauchèrent un sourire.
- J'te la fais courte ?
- Vas-y.
- On a une semaine de vacances.
- OK… Parfait… Mais encore ?
- Faudrait savoir c'que tu veux !
La jeune femme se renfrogna et sa grimace amusa le caporal.
- Tu te rappelles quand Hanji nous a emmenés boire un coup en décembre ?
- Oui. Il neigeait à gros flocons. C'était une super soirée.
- Et quand on s'est éclipsé ?
Au souvenir de cette nuit, les joues de Petra se colorèrent. Livaï reprit :
- À ce moment-là, tu m'avais dit que tu voulais qu'on passe un peu de temps seul tous les deux.
- C'est vrai, confirma Petra. Mais c'était pas possible. Prendre notre permission en même temps aurait attiré les soupçons.
- Exactement. C'est pour ça que tu nous accompagnes pour récolter des fonds.
- Et comment as-tu fait pour convaincre Er…
Petra ne put terminer sa phrase. Leur commandant venait de leur permettre une escapade et elle réalisa avec appréhension ce que cela impliquait.
- Il sait… lâcha-t-elle dans un murmure.
- Tu crois vraiment que c'est le genre d'info qui lui échappe ?
La réponse de Livaï confirma les craintes de la jeune femme. Ils étaient fichus. Leur relation allait se savoir et l'un d'eux devrait quitter le bataillon. Pourtant, le comportement d'Erwin ne ressemblait pas à une sanction. Elle se remémora le ricanement du major.
Pourquoi avait-il participé à cette mise en scène ?
- Je croyais qu'il prohibait les relations entre ses soldats, reprit Petra qui n'y comprenait plus rien. Pourquoi il nous couvre ?
- Il ne nous couvre pas. Il rembourse une dette. J'lui ai pas laissé le choix.
- Une dette ?
- Ouais, t'occupes, c'est pas important.
- Mais bien sûr ! Il nous permet d'avoir une semaine en amoureux et on s'en tape de savoir pourquoi ? lança-t-elle, excédée par le ton désinvolte qu'employait Livaï.
- En amoureux ?
Petra resta interloquée, ses mots avaient dépassé sa pensée. Jusqu'à présent, aucun d'eux n'avait jamais évoqué leurs sentiments. C'était une règle tacite que tout soldat respectait, pour ne pas trop s'attacher. Une vieille superstition qui disait que lorsqu'une personne avouait son inclination à l'être aimé, la prochaine rencontre avec un titan serait fatale à l'une des deux.
La gêne de la jeune femme n'échappa pas au caporal, il essaya de la dissiper en reprenant la parole :
- Dans une semaine, on doit être à Mitras. On se pavane, on promeut le bataillon et on termine par ce stupide bal. C'est le marché. Erwin garde notre relation pour lui et j'oublie l'histoire de l'ours en peluche.
Il savait que sa dernière phrase ne manquerait pas de dérider sa subordonnée, ce qui fut effectivement le cas. Après s'être esclaffée, Petra déclara :
- T'en as trop dit ou pas assez. Raconte !
- Un jour peut-être.
Bien que déçue, Petra n'insista pas et changea de sujet :
- J'arrive pas à m'imaginer à cette réception. J'espère que la robe que j'ai prise conviendra.
- Tu rigoles ! Je doute que tu aies dans ta garde-robe quoi que ce soit qui fasse l'affaire. En plus, Hanji a déjà prévu de t'emmener en acheter une dès qu'elle nous retrouvera à la capitale.
La perspective de passer une journée entière à faire des emplettes avec la scientifique ne l'enchantait guère. Elle savait que cela la pousserait dans ses limites, aussi bien physiques que mentales. Puis un doute s'immisça soudain dans son esprit. Si leur échappée était la seule raison pour laquelle Petra accompagnait ses supérieurs au bal, le major était-il vraiment le seul à être au courant du plan du caporal ?
- Livaï ? appela-t-elle hésitante.
- Oui ?
- Ôte-moi d'un doute. Hanji sait pour nous deux ?
- À ton avis ? C'est une fouineuse professionnelle, c'est son boulot de savoir.
- OK… Pour une relation secrète, y'a déjà vachement de monde au parfum. Qui d'autre est dans la confidence ?
- Mike l'a calé de suite. Avec son putain de nez, ce crétin a senti ton odeur sur moi. Du coup, Nanaba doit le savoir également. Il lui raconte tout.
- J'en étais sûre !
- De quoi ?
- Qu'il y avait quelque chose entre eux. Ils se comportent bizarrement dès qu'ils sont ensemble.
La remarque fit rire Livaï.
- Ouais c'est clair. Enfin. Pour en revenir à nos moutons, je pense qu'Auruo se doute également de quelque chose. Il s'est aperçu que ton comportement avait changé, mais il n'a pas encore percé le mystère. Ou alors il le cache bien.
- Auruo ?
- T'as pas remarqué qu'il te tourne tout le temps autour ?
- Non… T'es jaloux ?
- J'ai très sérieusement pensé à lui arracher la tête quand il t'a invité à danser dans ce bar miteux. Pareil pour Kleiner quand je vous ai surpris. Il te tenait dans ses bras, non ?
- Alors, primo, c'est pas un bar miteux et, deusio, il me réconfortait.
- Et on peut savoir ce qui a provoqué cet élan d'affection ?
- Ça faisait des lustres que je n'avais pas joué de piano et il savait pourquoi. Ça m'a rappelé ma mère et j'ai pas réussi à me retenir de pleurer. Et puis, c'est pas toi qui serais venu sécher mes larmes, conclut-elle sur le ton de la plaisanterie.
- Je l'aurai fait.
Petra le regarda sans oser comprendre ce qu'il venait de dire. Le caporal précisa :
- Je m'inquiétais de ne plus te voir, je te cherchais. Et puis, je t'ai promis de te protéger, non ?
Il arrêta sa monture.
- C'est là.
Pour la première fois depuis qu'ils s'étaient séparés du major, Petra regarda précisément où elle se trouvait. Devant elle se dressait une grande maison faite de pierres et de bois. Elle entendait le clapotis d'un ruisseau qui coulait non loin. La masse sombre d'une forêt s'ébauchait un peu plus loin, le long du chemin.
- Où sommes-nous ?
- C'est un des pavillons de chasse qui appartient au bataillon.
- On ne risque pas de tomber sur quelqu'un ?
- Il n'est plus utilisé.
En donnant ces explications, Livaï avait mis pied à terre et avait attaché son cheval à un des anneaux prévus à cet effet. Il prit une clé dans sa poche puis déverrouilla la porte. Cette dernière lui résista quand il tenta de l'ouvrir et il finit par l'enfoncer avec un coup d'épaule. Le caporal se couvrit instantanément la bouche quand la poussière qu'il avait ainsi soulevée le prit au nez, il ressortit en toussant. Petra se risqua à jeter un coup d'œil à l'intérieur et ne vit rien d'autre que des meubles recouverts de draps, de la saleté et des toiles d'araignées. Elle se retourna vers Livaï qui avait déjà retiré sa veste et mis un mouchoir autour de sa tête. Il retourna d'un pas décidé vers la maison en remontant ses manches, déterminé à venir à bout de son éternelle ennemie, mais fut stoppé dans son élan par la jeune femme qui s'était interposée.
- Pas moyen que je nettoie maintenant. Et toi non plus. On fera ça demain.
- Il est hors de question que je dorme dans cette crasse !
- Alors on couchera à la belle étoile, conclut-elle en faisant descendre le morceau de tissu qui couvrait le visage du caporal et en l'embrassant.
Cette solution n'était pas déplaisante et Livaï répondit à son baiser avec ardeur. Après tout, il avait attendu cet instant toute la journée.
Ils se séparèrent difficilement, après s'être enivrés de l'odeur de l'autre. Leurs chevaux avaient besoin de soins. Ils les dessellèrent, les firent boire et, pendant qu'ils les pansaient, leur donnèrent un saut d'avoine. Ils finirent par les lâcher dans le paddock attenant aux écuries qui étaient elles-mêmes un prolongement de l'habitation. Ils rangèrent ensuite leurs équipements dans la sellerie.
Les deux soldats s'allongèrent dans l'herbe l'un contre l'autre, non loin de la maison qui les protégeait du vent. Ils remontèrent leurs couvertures jusqu'au cou et Petra glissa sa main dans celle du caporal sans détacher son regard du ciel. Chacun d'eux goûtait cet instant de paix avec délectation et la jeune femme hésita longuement avant de faire remarquer :
- On a souvent regardé le lever du soleil ensemble, mais c'est la première fois qu'on regarde les étoiles…
Pour toute réponse, Livaï resserra sa prise sur la main de Petra. Cette dernière ne put retenir un grand sourire de naître sur son visage.
- J'aimerai bien voir un coucher de soleil aussi.
À ces mots, le caporal se réjouit. Il n'aurait pas beaucoup à la pousser pour que ses plans se réalisent.
- On a une semaine, on trouvera bien le temps pour ça.
Ils s'endormirent finalement, épuisés par leur voyage.
La journée suivante passa rapidement. Ni Petra ni Livaï ne se rendirent compte qu'elle s'était écoulée avant que le soleil ne disparaisse. Le pavillon était capable d'accueillir une trentaine de personnes, c'était peu dire que la demeure était grande et pour la rendre habitable, ils avaient dépensé toute leur énergie, si bien qu'après avoir soupé, ils s'écroulèrent sur le lit de l'une des chambres réservées aux officiers, et dormirent à point fermé jusqu'au petit matin.
Pendant qu'elle finissait tranquillement son petit déjeuner, Petra observait les prairies environnantes à travers la fenêtre de la cuisine et s'émerveillait de la beauté de la nature qui s'étalait sous ses yeux. Au fur et à mesure que la légère brume matinale se dissipait, les rayons du soleil atteignirent les gouttes de rosée suspendues à leurs compagnons de fortune et, avec l'aide de la brise, les entraînèrent dans une danse scintillante et éphémère. Les abeilles, papillons et autres insectes butineurs ne tardèrent pas à s'éveiller et commencèrent sans attendre leur labeur quotidien. Ce n'était pas la première fois qu'un tel tableau s'offrait à elle et, avant qu'elle s'en aperçoive, elle marchait à nouveau parmi les ruches du jardin de son père.
Perdue dans ses souvenirs, elle ne vit même pas Livaï pénétrer dans la pièce. Le bruit métallique du ballot qu'il posa sur la table fit sortir Petra de sa rêverie. Il dénoua les lanières cuir qui le retenaient fermé avant d'en écarter les pans poussiéreux, laissant apparaître plusieurs armes à feu, quelques couteaux ainsi qu'un arc.
- Qui comptes -tu abattre avec tout ça ? finit-elle par lancer sur le ton de la plaisanterie.
- Des sangliers.
La jeune femme dévisagea son amant.
- Sérieusement ?
Le gibier était rare et elle doutait qu'ils puissent ne serait-ce que débusquer un lapin. Livaï lui tendit une arme.
- Et tu vas m'aider, déclara-t-il, un sourire moqueur sur les lèvres.
- Tu rigoles j'espère ! Ces vieilles pétoires vont nous exploser à la gueule dès qu'on effleurera la détente !
- C'est pour ça qu'on va les nettoyer puis les essayer. Tu sais t'en servir ?
- J'ai fait mes classes.
- Et les démonter ?
- Tu crois qu'ils nous apprennent les choses à moitié ?
- Ça serait pas étonnant.
- Livaï, figure-toi que démonter un flingue n'est qu'une des nombreuses choses que j'ai apprises en m'engageant. Si ça te branche, j'peux t'apprendre un ou deux trucs.
- C'est une invitation ?
- Faudrait déjà que tu commences par me laisser faire.
Quelques heures plus tard, dans la prairie voisine, les deux soldats alignèrent quelques boîtes de conserve sur une vieille souche. Livaï attrapa un premier fusil et l'épaula.
- Au fait, t'as appris quand à tirer ? s'enquit Petra.
- Quand j'avais huit ans.
La réponse surprit la jeune femme.
- Quoi ? Tu pensais qu'on avait pas d'armes à feu dans les bas-fonds ?
- Non. Je suis simplement étonnée que tu aies appris aussi jeune.
- Tu sais, y'a beaucoup de choses que j'ai apprises trop jeune.
Bien qu'il soit inutile d'en dire davantage, il précisa :
- Ou tu t'adaptes ou tu crèves.
Petra avait l'habitude de ces propos lapidaires. Elle ne chercherait pas à combler les blancs. Son compagnon ne s'étendait jamais sur son passé.
Une détonation retentit et elle fut surprise de constater qu'il avait manqué la conserve de quelques centimètres. Elle n'aurait jamais imaginé qu'il pouvait rater sa cible. Livaï fronça les sourcils et claqua de la langue, contrarié. Il tira de sa poche une clé dont il se servit sur l'arme.
- Un problème ? demanda Petra.
- Le canon dévie à gauche.
Ce dernier ajusté, le caporal se mit à nouveau en position de tir. Le coup de feu fut instantanément suivi d'un bruit ferraille tandis que la pauvre boîte volait à quelques mètres.
- Beaucoup mieux, commenta le soldat.
Il ramassa une deuxième arme et la tendit à Petra.
- À ton tour.
Peu sûre d'elle, la jeune femme s'exécuta néanmoins. Elle était prête à tirer quand Livaï l'en empêcha.
- Attends. Non, ne bouge pas.
Il s'approcha et vint se placer juste derrière elle.
- Ton épaule est trop haute, dit-il en l'aidant à se placer. Et tes pieds doivent être perpendiculaires. Et ne te penche pas en arrière.
Quand la posture de Petra lui parût correcte, il s'éloigna et lança simplement :
- Vas-y.
Elle pressa la détente et atteignit sa cible. Elle se retourna vers Livaï avec un grand sourire.
- Pas mal.
- Pas mal ? C'était parfait !
- Oui, pour un débutant.
Le caporal ramassa alors l'arc. Petra ne put s'empêcher de faire remarquer :
- Tu vas vraiment prendre ça pour aller chasser ? Tu sais vraiment te servir de toutes les armes…
- Non, celle-là c'est pour le fun. J'ai jamais tenu un arc de ma vie, j'vais pas laisser passer cette occasion.
Livaï encocha une flèche. Inspirant, expirant, il visualisa mentalement le parcours du trait. Son environnement s'évanouit comme s'il n'existait plus que lui et sa cible.
Soudain, un battement d'ailes se fit entendre, une perdrix s'envola d'un fourré. Livaï releva aussitôt la tête, ainsi que son arc, et tira si rapidement que Petra doutait qu'il ait eu le temps de viser. Pourtant l'animal s'écrasa au sol. Ils restèrent interdits, Livaï lui-même ne comprenait pas ce qu'il venait de se passer. Finalement, Petra alla ramasser le volatile et, après avoir examiné la blessure fatale, déclara :
- C'est vraiment la première fois que tu te sers d'un arc ?
À suivre...
Un chapitre tout doux ça fait du bien de temps en temps, n'est-ce pas ?
En tout cas, j'espère ne pas avoir laissé trop de fautes, je n'ai pas vraiment réussi à le relire avec assez de recul du coup je pense qu'il reste des coquilles. Si c'est le cas désolée, je les corrigerai plus tard...
Sinon, n'oubliez pas de me laisser un petit commentaire ;)
Ça fait toujours plaisir !
Sur ce, à la prochaine !
Tchao !
