Et voici un nouveau chapitre ! Youhou !
Il se sera fait attendre me direz-vous.

Bonne lecture !

Disclaimer : SnK appartient à Hajime Isayama. Je ne touche rien en faisant mumuse avec ses personnages et son univers.


Chapitre 6 – Demande informelle


Une légère brise, derniers vestiges d'une nuit encore fraîche, s'engouffra à travers les battants faisant gonfler le voilage des rideaux sur son passage. Bien que le soleil baigne déjà la chambre de sa lumière, sa chaleur n'était pas encore assez intense pour éviter à Petra de frissonner quand le vent effleura sa cuisse. Elle n'ouvrit pourtant pas les yeux et s'enroula davantage dans les draps afin de protéger sa peau nue du souffle printanier.

Réalisant qu'elle n'avait rencontré aucun obstacle en remontant les couvertures, elle tendit la main pour constater que Livaï ne se trouvait plus à ses côtés. Bien décidée à faire la grasse matinée, elle replongea la tête dans son oreiller, faisant fi de l'absence de son amant. Cependant, le froid commençait à la gagner et elle se demanda brièvement pourquoi le caporal n'était plus là pour la réchauffer. Un nouveau frisson. Elle se retourna et jeta un coup d'œil contrarié à la fenêtre entrouverte. Ne pourrait-elle jamais paresser ?

Elle s'étira et c'est en voulant attraper sa montre à gousset qu'elle remarqua la note posée contre le bougeoir de la table de chevet. Intriguée, la jeune femme s'en empara et lut :

« Je suis parti faire le ravitaillement. Je serai de retour dans l'après-midi.

Que penses-tu d'aller voir le coucher de soleil ce soir ?

L. »

Ces quelques mots griffonnés avec hâte lui réchauffèrent le cœur. P etra aurait préféré qu'il l'avertisse plus tôt, car elle l'aurait accompagné. L'espace d'un instant, elle se demanda ce qu'elle allait bien pouvoir faire, seule, en attendant son retour. Perdue dans ses pensées, elle continua à fixer le morceau de papier dont les lettres se brouillèrent devant ses yeux.

Le coucher de soleil. Il s'en était souvenu. Elle aurait pourtant parié le contraire : Livaï et romantisme ne semblaient pas être deux mots que l'on pouvait associer dans une même phrase. La scène se jouait déjà dans son esprit lorsqu'une image s'imposa à elle. Cette idée folle, elle l'écarta dans un premier temps d'un mouvement de tête. Mais, était-elle vraiment si absurde, cette idée ? En réalité ? Regarder le soleil disparaître derrière l'horizon en compagnie de Livaï serait certainement l'instant le plus romantique qu'ils partageraient ensemble. Qu'y avait-il de mal à vouloir transformer cette soirée en une nuit inoubliable ?

Décidément, sa décision était prise et tant pis si le caporal trouvait quelque chose à y redire. Sans perdre un instant, elle repoussa les couvertures. Déjà, un plan de bataille se dessinait dans sa tête. Elle commença immédiatement à s'atteler à une tâche qu'elle prévoyait titanesque.


Les bras encombrés de ses fontes, Livaï pénétra dans la maison, excédé par cette sortie qui lui avait pris toute la journée. L'esprit saturé par tout ce qu'il avait prévu de faire avant la tombée de la nuit, il fit quelques pas dans la pièce principale et trébucha sur le rebord d'un tapis, provoquant la chute de quelques pommes. Le caporal ramassa les fruits et se figea lorsqu'il releva les yeux : la salle commune n'avait plus rien à voir avec la pièce qu'il avait quittée quelques heures plus tôt.

Vidé de ses cendres et nettoyé, quelques bûches prêtes à être embrasées patientaient dans le foyer de la cheminée. Face à elle, canapés et fauteuils avaient été retirés. Près de l'âtre, une petite table ronde qui se trouvait originalement à l'autre bout de la pièce avait été dressée. Sur la nappe blanche où reposaient les deux couverts, de nombreuses fleurs dessinaient le chemin de table. Telles des lianes colorées, elles emprisonnaient le chandelier qui trônait en son centre. En détaillant le reste de la pièce, Livaï constata que chaque surface, même les plus infimes, avait été recouverte de fleurs et de bougies. Un léger parfum flottait dans l'air.

Aucun doute quant au but poursuivi par cette mise en scène. Il ne put s'empêcher de lâcher un rire nerveux. La jeune femme avait réalisé des prouesses, le résultat était époustouflant. L'angoisse du caporal monta d'un cran : avait-elle vu clair dans son jeu à lui ?

Non. Impossible qu'elle ait deviné ses intentions. Il n'avait rien préparé à l'avance et n'en avait informé personne avant aujourd'hui. Tout ceci ne pouvait être qu'une coïncidence.

À présent, il lui fallait continuer ses préparatifs comme si de rien n'était. Quoi que les heures à venir lui réservent, il devait absolument cacher sa nervosité.

- Livaï ?

Petra était arrêtée à la moitié de l'escalier. Avec un sourire malicieux, elle sembla attendre un instant que le caporal lui lance une pique. Mais il n'en fut rien et elle le rejoignit en silence. Quand elle le frôla pour le décharger de ses paquets, une fragrance de bergamote vint chatouiller l'odorat de l'officier. Il nota par la même occasion que ses cheveux étaient encore humides.

Livaï la regarda rejoindre la cuisine sans prononcer un seul mot, sans faire un seul geste : la bagatelle devrait attendre.

- Tu peux aller te laver si tu veux, lança-t-elle depuis l'autre pièce.

Il sursauta presque.

- L'eau du bain est encore chaude, profites-en. Pendant ce temps, je vais préparer le repas.

Le caporal saisit cette opportunité. Après tout, le meilleur moyen de ne pas se trahir était encore de ne pas être en présence de Petra. Il se racla la gorge :

- Hé ! C'est pas mal, ce que tu as fait de la pièce.

Petra réapparut dans son champ de vision, un torchon dans les mains, heureuse qu'il ait enfin fait une remarque sur son travail.

- Vraiment ? Je n'en ai pas fait un peu trop ?

Elle l'entendit marmonner quelque chose lorsqu'il se détourna pour monter à l'étage.

- Visiblement trop pour toi, s'amusa-t-elle.


Engloutis, civet, carottes et pommes de terre. De même que la tarte servie en dessert. Le dîner avait été délicieux, il n'en restait rien.

Heureuse que le repas se soit déroulé exactement comme elle l'avait prévu, Petra commença à débarrasser la table. Pourtant, lorsqu'elle voulut saisir l'assiette de Livaï, celui-ci retint son geste. D'un mouvement de tête, il lui indiqua de regarder par la fenêtre.

- C'est l'heure, dit-il simplement.

Le caporal vit alors le visage de sa subordonnée s'illuminer. Il se leva et patienta quelques instants tandis qu'elle passait un boléro sur sa robe blanche. Lui-même ne prit pas la peine de se couvrir davantage puis ils sortirent de la maison.

Après s'être assuré que la porte était bien verrouillée, Livaï se dirigea vers son cheval qui était venu l'attendre près de la clôture du paddock. Le caporal savait que sa monture avait senti son anxiété et que, par sa présence, elle souhaitait l'apaiser. Il flatta généreusement l'encolure de l'animal pour l'en remercier. Petra, qui s'était également approchée, gratifia le hongre d'une caresse sur le chanfrein avant de se tourner vers Livaï. Ce dernier saisit sa main et avec un léger sourire aux lèvres, l'entraîna à travers la prairie voisine.

Il leur fallut marcher un bon moment pour atteindre le sommet d'une petite colline. Tout au long du trajet, Petra s'était amusée de voir Livaï lutter contre les assauts du vent en remettant sans arrêt ses cheveux en place. Pour une fois qu'il les avait gominés…

Mais l'heure n'était plus au lazzi : le soleil toucherait bientôt l'horizon. Ensemble, ils s'assirent dans l'herbe, épaule contre épaule, et regardèrent en silence l'astre terminer sa course.

Les deux soldats comprenaient pourquoi l'humanité craignait le crépuscule, mais ils savaient que la nuit n'était pas leur ennemie. Comme tous ceux qui portaient les ailes de la liberté, là où la majorité des hommes voyaient des ombres menaçantes draper la terre, ils voyaient un voile protecteur les envelopper. La cruauté de leur monde n'était pas une raison suffisante pour en ignorer la beauté, même s'ils l'oubliaient parfois. Ils se perdirent dans la contemplation du paysage.

Quelques instants avant que le soleil ne disparaisse totalement, Petra saisit fermement la main du caporal et ce dernier répondit immédiatement à son étreinte. Puis le ciel commença à s'assombrir. C'était à présent au tour de la lune de régner sur la voûte céleste.

Petra déposa un léger baiser sur les lèvres de Livaï avant de se glisser derrière lui. La jeune femme s'appuya contre le dos de son compagnon avant de relever la tête et de fermer les yeux. Elle voulait apprécier encore quelques instants les dernières volutes de chaleur de cette belle journée.

Son esprit perdu à mille lieues, elle sentit toutefois Livaï saisir délicatement son poignet et lui fit tourner la paume vers le ciel. Le fil de ses pensées s'interrompit et Petra reprit pied avec la réalité. Sans ouvrir les yeux, elle laissa ses sens l'informer des gestes de son amant. Avec une infinie précaution, il déposa quelque chose au creux de sa main avant de l'obliger à replier les doigts. Elle sut alors immédiatement ce que son poing renfermait. Le caporal reprit sa place, plus tendu que jamais. Le cœur de la jeune femme se mit à battre à tout rompre.

Submergée par l'émotion, elle tenta de réprimer ses tremblements et ouvrit fébrilement la main. Le souffle lui manqua lorsqu'elle découvrit les deux anneaux d'argent : elle ne s'était pas trompée.

Euphorique, Petra se retourna vivement et constata que Livaï posait désormais sur elle un regard anxieux, attendant une réponse qu'elle ne pouvait formuler. Sa joie était tellement immense qu'il lui était impossible de prononcer la moindre parole. Incapable de se contenir plus longuement, la jeune femme éclata de rire et hocha frénétiquement la tête avant de sauter au cou du caporal qui l'embrassa avidement.

Quand ils se séparèrent après avoir échangé quelques baisers langoureux, Petra semblait avoir retrouvé sa voix. Elle s'apprêtait à lui poser les innombrables questions qui se bousculaient à présent dans sa tête, mais il lui intima le silence en posant un doigt sur ses propres lèvres. Livaï reprit alors la plus petite des alliances, aida la jeune femme à se relever et, la prenant par la main, rebroussa chemin.

Petra ne se rendit pas immédiatement compte qu'ils ne se dirigeaient pas vers le pavillon de chasse, mais bien vers la forêt avoisinante. À présent, la nuit était totalement tombée et la lumière dispensée par la lune leur permettait à peine d'entrevoir leur destination. Elle ne leur serait pas suffisante pour pénétrer dans les bois.

La jeune femme repéra alors deux lueurs à l'orée des arbres, il lui fallut encore patienter quelques minutes avant de pouvoir en identifier la source. Trois personnes les attendaient : un homme, grand et blond, qui tenait un lampion de papier dans chaque main et une jeune femme aux cheveux rouges qui portait un petit garçon endormi. Quand ils les eurent rejoints, cette dernière gratifia Petra d'un grand sourire avant d'embrasser Livaï sur la joue. Il ébouriffa son épaisse tignasse puis salua l'homme d'un geste de la tête. Farlan tendit alors un lampion à Isabel. De sa main à présent libre, il donna une grande tape dans le dos de son vieil ami avec un sourire complice. Puis, toujours sans un mot, ils pénétrèrent dans la forêt. Livaï entraîna sa fiancée à leur suite, sans lâcher sa main un seul instant.

Dépassée par la tournure que prenaient les événements, Petra n'avait d'autre choix que faire confiance au caporal. Elle le suivit aveuglément.

Après ce qui lui parut une éternité, la végétation dense laissa place à l'espace dégagé d'une clairière. Illuminée par des dizaines de lanternes diffusant une lumière orangée, les pétales des pâquerettes qui tapissaient le sol en avaient pris la même couleur brûlante. Le contraste de ces teintes chaudes avec le bleu sombre et froid de la nuit rendait le paysage féérique. Farlan et Isabel s'étaient immédiatement rendus au centre de la trouée pour se placer autour d'une quatrième personne que Petra n'avait pas remarquée d'emblée. Les pièces du puzzle étaient maintenant assemblées.

Elle jeta un coup d'œil à Livaï avant que celui-ci ne l'entraîne vers le prêtre. Son cœur battait la chamade, et lorsque le clerc entama la cérémonie, elle n'entendait déjà plus sa litanie. Son regard fermement ancré dans celui du caporal, la jeune femme savait que ses lèvres étaient étirées en un sourire béat.

Une phrase tinta plus que les autres à son oreille, une question, et la réponse que donna Livaï augmenta encore son allégresse. La même question lui fut posée. Extatique, sa réponse ne fut qu'un murmure. Livaï passa l'anneau à son doigt. Elle fit de même. Le prêtre prononça les derniers sacrements, Livaï se rapprocha lentement d'elle avec une infinie tendresse. Il déposa sur ses lèvres le premier baiser de leur nouvelle vie et, avant de s'éloigner, lui susurra à l'oreille :

- Je t'aime.

C'était la première fois qu'il prononçait ces mots, elle-même ne les avait jamais dits.

Petra savait que cet instant était le plus beau de sa vie et que jamais plus son bonheur ne pourrait être aussi grand. Elle souhaita alors que le temps s'arrête, car désormais, seuls Livaï et elle existaient.

Le reste n'était plus.


À son grand dam, Livaï ne pouvait que rester spectateur de la scène qui se déroulait sous ses yeux. Les épisodes les plus embarrassants de sa vie, ceux dont il voulait nier jusqu'à l'existence, étaient dévoilés les uns après les autres. Depuis qu'ils avaient quitté la clairière, Petra et Isabel n'avaient pas cessé de renchérir sur le sujet. Il aurait voulu stopper leur babillage incessant, mais se garda bien de les approcher : rendues euphoriques par la cérémonie, il n'aurait pas donné cher de sa peau. Le caporal avait toutefois adressé un rapide remerciement au ciel, louant le départ anticipé du prêtre, lorsqu'Isabel avait commencé à raconter comment ils avaient intégré le bataillon d'exploration. Il n'était pas prêt d'oublier l'humiliation qu'Erwin et Mike lui avaient infligée ce jour-là. Il aurait préféré que Petra ne soit jamais au courant de cette histoire...

La jeune femme écouta le récit avec attention et lorsqu'il fut terminé, elle ne put s'empêcher de demander :

- Mais du coup, comment se fait-il que vous ne soyez plus membre du bataillon ? Vous n'avez quand même pas déserté ?

- On a été réformé, lui répondit Farlan.

À l'air dubitatif qui apparut sur le visage de Petra, Livaï s'expliqua :

- Zackley et Shadis ont ordonné à Erwin de nous réformer. Tous les trois. Ils se sont toujours méfiés de nous.

- À juste titre, commenta Isabel. On était à l'origine de certaines tensions parmi les soldats. Ils ne voyaient pas d'un très bon œil notre intégration. Ils avaient dû trimer pendant trois ans pour être admis et nous, on débarquait sans formation. Certains enrageaient même parce qu'on était meilleur qu'eux.

- Bref. Erwin nous a laissé le choix. Je suis resté, ils sont partis, trancha Livaï.

- En réalité, corrigea Farlan, il avait entendu des rumeurs sur ton compte. Il n'y avait que toi et ta force qui l'intéressiez. Il se fichait bien d'Isabel et de moi, ça ne lui a posé aucun problème de nous éjecter tant qu'il réussissait à te garder. D'ailleurs, je me suis toujours demandé comment il s'y était pris pour que tu ne te barres pas avec nous.

- T'as pas à savoir.

Farlan fut visiblement déçu par cette réponse, ce ne serait pas aujourd'hui qu'il connaîtrait le fin mot de l'histoire. Isabel profita de cet instant de flottement pour poser la question qui lui trottait dans la tête depuis un petit moment déjà :

- Petra ? Comment vous vous êtes connu ? Toi et Livaï.

- T'es pas obligé de lui répondre.

Peu sûre d'avoir compris le sens de sa remarque, Petra fixa son regard sur Livaï :

- Quoi ? T'en as honte ?

- Bien sûr que non, se défendit le caporal. C'est juste qu'il n'y a rien à en dire.

Peu convaincue, elle reprit toutefois la parole à l'attention d'Isabel :

- La première fois que j'ai entendu parler de lui, on me l'a dépeint comme le grand héros du bataillon. On m'avait dit : « tu verras, ce gars c'est un rebelle, il ne suit pas les ordres, mais il est imbattable ». Imagine ma surprise quand on a été présentés pour la première fois !

Cette dernière phrase déclencha l'hilarité chez les anciens compagnons de Livaï.

Puis Farlan ajouta, après avoir récupéré son souffle :

- Ça, c'était tout à fait lui. Avant.

La jeune femme reprit :

- Quand je suis arrivée au bataillon, j'ai été affectée à son escouade. Pendant les deux mois qui ont suivi, il nous a entraînés comme des forçats et lorsqu'il daignait ouvrir la bouche pour parler, il nous insultait. Et puis on a fait notre première sortie.

Petra s'interrompit un instant.

- Au final, il a été dur avec nous. Mais toute son escouade est rentrée vivante cette fois-là.

En même temps qu'elle prononçait ces paroles, son regard s'était accroché à celui du caporal. D'un mouvement imperceptible de la tête, elle le vit la remercier d'avoir passé sous silence le premier moment qu'ils avaient partagé ensemble.

- Erwin est quand même un sacré gars, commenta Farlan en s'adressant à Livaï. T'as toujours eu sale caractère, en plus d'être borné et têtu. Comment il a fait pour te mettre à sa botte ?

- Il a gagné mon respect.

Isabel se mit à rire aux éclats :

- C'est marrant, dans mon souvenir, t'attendais plutôt une occasion de le buter.

- Il a réussi à me faire voir les choses différemment.

- Alors on lui doit une fière chandelle, ajouta Petra. On ne se serait jamais rencontré sinon.


Quand ils furent arrivés devant la cabane de chasse, Petra voulut remercier Farlan et Isabel en leur offrant une tasse de thé. La jeune femme refusa l'invitation en prétextant qu'il était déjà bien tard et qu'il était grand temps pour son petit de retrouver son lit. Les deux couples se saluèrent chaleureusement et les témoins prirent la direction de la capitale après avoir fait promettre au caporal de venir leur rendre visite sous peu.

Ils pénétrèrent dans la maison et, comme il avait laissé leur seule source de lumière à ses amis, Livaï ne perdit pas un instant pour dissiper les ténèbres qui y régnaient. Il s'agenouilla devant la cheminée puis enflamma quelques brindilles qu'il jeta dans le foyer. Les bûches s'embrasèrent sans mal, et rapidement les flammes dansèrent devant ses yeux. Il avait préparé méticuleusement chaque détail de son plan, ne voulant rien laisser au hasard, et tout s'était déroulé à la perfection. Pourtant, ses muscles semblaient ne pas vouloir se détendre. Une sensation étrange l'envahissait peu à peu : était-il éveillé ? Ces derniers temps, il lui arrivait d'en douter. Ces maudits cauchemars, dont le réalisme était souvent par trop saisissant, lui faisaient confondre rêve et réalité. Venait-il véritablement d'épouser Petra ? Ou n'était-ce encore qu'une illusion ?

Instinctivement, il porta la main à son alliance. Ses incertitudes s'envolèrent lorsqu'il l'effleura du bout des doigts. L'anneau de métal était bel et bien réel. Alors seulement, il osa se relever, et pour la deuxième fois de la soirée, son cœur s'arrêta.

Nimbée par la lumière tamisée des chandelles, Petra finissait d'allumer les dernières bougies. À cette vision, un souvenir vieux de trois ans se rappela à lui. Sur le toit de l'ancien quartier général, au moment où le soleil s'était levé derrière elle, Livaï avait cru voir un ange. Elle lui était apparue fragile et insouciante, elle s'était pourtant révélée forte et déterminée. Il avait été touché par la pureté de la jeune femme, et inconsciemment, s'était donné pour but de préserver cette innocence trop rare dans leur monde chaotique. Sa décision fut prise. À compter de ce jour, il la protégerait quoi qu'il lui en coûte. Il n'avait alors pas su interpréter ce sentiment nouveau, mais aujourd'hui, en se remémorant cette scène, il réalisa que c'était l'instant précis où il en était tombé amoureux.

Alors qu'elle soufflait l'allumette, Livaï était déjà auprès d'elle. D'un geste tendre, il dégagea sa nuque, plaça ses cheveux derrière son oreille, et déposa un léger baiser dans le creux de son cou. Il la serra ensuite dans ses bras.

- J'ai vraiment eu peur tout à l'heure, confessa-t-il. En voyant ta déco. J'ai cru que tu m'avais percé à jour.

Petra se mit à rire doucement.

- Si j'avais découvert le pot aux roses, crois-moi, il y aurait dix fois plus se fleurs et des pétales traçant un chemin jusqu'au lit !

Cette remarque amusa Livaï : elle était tout à fait capable d'une telle chose. Prenant un air faussement vexé, Petra s'échappa de ses bras et le poussa vers une chaise qui se trouvait non loin. Elle le força à s'asseoir et s'installa sur ses genoux. Elle n'eut pas besoin d'en faire plus, Livaï avait très bien compris où elle voulait en venir. Il saisit sa tête, l'embrassa passionnément.

- Livaï ?

- Hum ? répondit-il sans pour autant arrêter ses caresses.

- Est-ce que tu me fais confiance ?

- Question idiote, dit-il en dégrafant sa robe.

- Alors, laisse-moi faire.

- Faire quoi ?

Elle le repoussa délicatement et plongea ses grands yeux ambrés dans les siens, un sourire tendre sur les lèvres. Il saisit alors où elle voulait en venir et son corps se tendit comme un arc. Elle se pencha pour l'embrasser et murmura :

- Pour une fois, laisse-toi aller.

Petra était loin d'être stupide. Depuis le temps, elle devait avoir compris que, s'il menait toujours la danse, c'était pour éviter de se retrouver à la merci de quiconque. Ce qu'elle lui demandait, c'était un acte de foi. Il ferma alors les yeux et déglutit difficilement avant de relâcher l'air qu'il avait bloqué dans ses poumons. Fixant à nouveau son regard dans le sien, il rendit les armes avec un léger mouvement de tête.

Suite à sa reddition silencieuse, Petra retira le ruban qu'elle portait à la taille. Elle saisit délicatement ses poignets et les ramena dans son dos pour lui attacher les mains. Elle se redressa ensuite et dénoua sa lavallière. Il eut un mouvement de recul instinctif quand il la vit l'approcher de ses yeux. Petra suspendit alors son geste et lui fit un sourire tendre et rassurant. Livaï savait qu'il n'avait rien à craindre et essaya de se détendre, sans y parvenir. La perspective de se retrouver entravé et aveugle ne l'enchantait guère. Elle finit cependant par le plonger dans les ténèbres. Désormais, il était totalement en son pouvoir.

Ses vêtements lui furent retirés un à un. Il réprima un tremblement, son corps anticipant une souffrance qui n'arriverait pas. La mémoire de sa chaire était manifestement encore vivace. Hématomes, morsures, les trafiquants des bas-fonds n'avaient jamais été tendres et assouvissaient leurs besoins sans considération pour leur victime. Au bord de la panique totale, son instinct de survie tentait de reprendre le contrôle. La respiration rapide, il dut se faire violence pour ne pas se débattre, cherchait à imposer à son esprit que c'était Petra, sa femme, son âme sœur, qui était en train de le déshabiller et non connard vicieux qui avait réussi à lui mettre la main dessus. Puis plus rien. La présence de la jeune femme semblait avoir disparu. Il tendit l'oreille et un bruissement de tissus lui parvint. Il réalisa alors que seule la vue lui avait été retirée et qu'il pouvait encore se servir de ses autres sens. Un faible mouvement d'air lui indiqua que Petra s'était déplacée. Le son d'un bouchon que l'on ôte, certainement la bouteille de vin qu'ils avaient laissée sur la table. Il en eut la confirmation lorsqu'il entendit le tintement d'un gobelet. Puis le tanin de la boisson vint chatouiller son nez tandis que le bord du verre était pressé contre sa lèvre. Il entrouvrit la bouche et bascula légèrement la tête en arrière, s'apprêtant à en avaler le contenu, mais elle ne lui en donna qu'une gorgée. Il sentit une goutte perler sur son menton qu'elle essuya d'un léger coup de langue avant de s'éloigner de nouveau. Elle revint rapidement vers lui et lui effleura le dos du bout des doigts. Livaï frissonna. Bras, épaules, torse, cuisses, ses caresses aériennes exploraient son corps. Et alors que le plaisir commençait à reprendre le dessus, le toucher délicat de Petra disparut. Il perçut rapidement son souffle tiède avant que ses lèvres ne rencontrent sa peau. Le premier baiser lui fut donné au creux du cou, pratiquement sur la mâchoire. Le second captura sensuellement sa bouche. Elle s'amusa ensuite avec sa langue, intensifiant le contact pour s'éloigner l'instant d'après. Cette manœuvre qui avait pour but d'amplifier son désir fonctionnait à la perfection. Après quelques minutes, Petra finit par totalement s'écarter. Livaï l'entendit ramasser le gobelet et elle lui donna une nouvelle gorgée. S'attendant à ce qu'elle reprenne là où elle s'était arrêtée, le caporal fut surpris lorsqu'elle lui écarta les jambes sans douceur et prit sa verge dans sa bouche. La sensation était un pur délice, ses ardeurs en furent multipliées. La chaleur enfiévra son être tandis que son cœur s'affolait dans sa poitrine. Envolée la tension dans ses muscles, disparue l'appréhension de la douleur, seule la jouissance subsistait. Alors qu'il savait sa limite presque atteinte, Petra se redressa et vint s'installer sur lui. Lentement, elle fit pénétrer sa virilité en elle, guidant son membre d'une main ferme. Elle resta quelques secondes sans bouger, ce qui lui permit de se délecter de cette sensation si particulière qu'elle seule savait lui procurer. Elle se mit finalement à serpenter contre son ventre, lui envoyant des décharges de plaisir. Quand l'effervescence arriva à son comble, Livaï ne put retenir davantage ses gémissements et lâcha dans un souffle :

- Je veux te voir.

Aussitôt, Petra vit voler le bandeau en accentuant le va-et-vient de son bassin.

Il n'aurait pas cru ça possible, mais le fait de voir Petra, les joues en feu, la poitrine luisante de sueur, se démener pour lui procurer du plaisir, l'excita davantage.

- Embrasse-moi, murmura-t-il.

Elle se colla à lui et il prit possession de ses lèvres. Ils ondulaient à présent d'un même mouvement et ils sentaient que leur libération était imminente. Pourtant, ils ne souhaitaient qu'une chose : que cela dure encore un peu plus longtemps. Un spasme parcourut son corps, il arrivait à son point de rupture. Dans une exclamation de pur plaisir, le couple atteignit l'extase. Puis Petra s'écroula sur Livaï et, à tâtons, chercha à défaire le nœud qui le retenait toujours.

Dès qu'il fut libre, Livaï serra sa femme dans ses bras si fort qu'elle dut lui faire remarquer qu'elle ne pouvait plus respirer. Il s'excusa, mais ne lâcha pas prise. Incapable de bouger, il la garda contre lui encore un long moment avant que Petra ne s'endorme au creux de son épaule. Il la porta alors jusqu'à la chambre où il la glissa sous les couvertures. Il la rejoignit après être redescendu pour souffler les bougies et l'attira contre lui. Puis le caporal ferma les yeux et s'endormit dans l'instant.


Les jours qui suivirent filèrent plus vite qu'ils ne l'auraient souhaité. Ils mirent un point d'honneur à profiter de leur nouvelle vie maritale, exagérant parfois les égards qu'ils avaient l'un envers l'autre jusqu'à la caricature, car bientôt ils devraient reprendre leurs rôles respectifs.

Le dernier soir, alors qu'ils allaient se coucher, Livaï pénétra dans la chambre, deux chaînes en argent à la main. Il s'approcha de Petra et lui en tendit une qu'elle saisit sans comprendre.

- Pour ton alliance, déclara-t-il. Puisqu'on ne pourra pas les porter.

Le visage de la jeune femme s'illumina.

Il regarda Petra poser le collier sur ses vêtements et terminer de se préparer.

Le lendemain matin, ils devraient quitter leur retraite pour rejoindre Erwin à Mitras. Sans y prendre garde, il laissait son esprit dresser la liste de toutes ses obligations. Sans surprise, ses pensées dérivèrent rapidement vers le bal des explorateurs. Il se souvint alors d'une conversation qu'il avait eue avec Hanji et Erwin tandis qu'ils se rendaient à l'une de ces réceptions.

Cette nuit-là, alors qu'ils gravissaient les degrés qui menaient à la porte principale du palais royal, Livaï pestait comme à son habitude :

- Je ne comprends pas pourquoi tu m'obliges à y aller. Tu sais très bien que la haute me méprise.

Erwin soupira, las de devoir répondre à cette sempiternelle question, encore une fois. Le caporal espérait l'avoir à l'usure et ainsi échapper au prochain gala.

- Je t'ai déjà dit que nous avons besoin de promotion. Ils se gaussent peut-être de tes origines et de la façon dont je t'ai fait intégrer nos rangs, mais ils te mésestiment. Tu es là parce que tu es le plus puissant soldat de l'humanité. Et ils en sont parfaitement conscients.

- Je me passerai bien de ce titre idiot.

- Essaie de ne pas faire fuir les donateurs, conseilla le major devant l'air renfrogné de son subordonné.

- Ce n'est pas toi qui vas passer la nuit à repousser un tas de greluches hystériques.

- C'est limite si elles ne se baladent pas avec une pancarte « épouse-moi » ! ajouta Hanji qui se mit à rire.

Nanaba et Mike pouffèrent sans retenue.

- Exactement !

- La rançon de la gloire… commenta Mike.

Livaï ne tint pas compte de sa remarque et surenchérit :

- Et le pire dans tout ça, c'est leurs demeurés de paternels. Car pendant qu'elles seront là à trépigner sur place et à me tenir la jambe, ils nous feront de généreuses donations. Et pourquoi ça, hein ? Pas parce que la survie du genre humain les intéresse ? Non ! Parce qu'ils ont une peur bleue que j'aille tringler leur précieuse petite princesse dans un coin. Ils préfèrent de loin que l'homme des cavernes reparte en exploration et, avec un peu de chance, qu'il n'en revienne pas.

- Je les comprends un peu, ces gamines. C'est juste le prestige de l'uniforme ou le mythe du surhomme si tu préfères, le railla Hanji.

- Ta gueule binoclarde !

La scientifique ricana encore un instant avant de reprendre avec un ton plus sérieux :

- Tu sais, si tu veux vraiment éviter d'avoir des prétendantes, tu n'as qu'à te marier pour de bon. Je sais ! On a qu'à dire qu'on est fiancé tous les deux, comme ça tu auras la paix.

Face à cette proposition ahurissante, Livaï ne put s'empêcher de la dévisager. Les deux autres chefs d'escouade avaient de plus en plus de mal à retenir leur fou rire et le caporal crut même apercevoir un léger rictus sur le visage du major.

- Et t'en as d'autres des idées aussi lumineuses que celle-là ? Jamais de la vie, plutôt crever !

- Enfin, j'dis ça, j'dis rien... C'était pour te rendre service.

- Sois gentille, tes services, tu te les gardes et tu peux te les carrer dans…

- Ça suffit, intervint Erwin avant que le caporal ne devienne grossier. À partir de maintenant, j'attends de vous que vous récoltiez le plus d'argent possible. Donc, on remballe les couteaux et on montre à tout le monde à quel point vous êtes heureux d'être ici ce soir… Et c'est un ordre ! s'empressa-t-il d'ajouter, coupant court à toute protestation.

Alors que le souvenir s'estompait, Livaï voyait à présent cette conversation sous un autre jour. L'idée de la scientifique n'était peut-être pas si mauvaise après tout.

- Petra, appela-t-il doucement.

- Oui ?

- Non rien. Laisse tomber en fait.

- Livaï… gronda-t-elle.

- Quoi ? Rien j'te dis. Je me faisais juste la remarque que le bal pourrait être amusant pour une fois.


Les cauchemars du caporal avaient pratiquement cessé depuis qu'ils avaient quitté le bataillon. Pourtant, cette nuit-là, Livaï s'agitait dans son lit. Pourquoi n'arrivait-il pas à fermer l'œil ?

Excédé, il repoussa les couvertures d'un geste rageur, s'habilla et sortit prendre l'air. Certes, il n'avait jamais été un gros dormeur, mais comme tout être humain, il avait besoin de sommeil. Et ce n'était pas en s'énervant tout seul qu'il réussirait à s'endormir. Il espérait que la fraîcheur nocturne réussirait à le calmer. Il referma la porte d'entrée le plus silencieusement possible afin de ne pas réveiller Petra puis se dirigea vers le paddock. Ils avaient décidé de laisser les chevaux dehors pour leur dernière nuit et le caporal s'appuya contre la barrière, mais le froid n'était pas assez saisissant pour réussir à l'apaiser. À contrecœur, Livaï sortit un petit étui de sa poche et alluma une cigarette, la première depuis longtemps. Il toussa légèrement, ses poumons n'étaient plus habitués à l'agressivité de la fumée, mais bien vite, il ressentit l'effet narcotique du tabac et commença à se détendre.

En observant les hongres dormir paisiblement à l'autre bout de la pâture, Livaï se surprit à rêver d'une autre vie. Il chassa pourtant rapidement cette idée de son esprit. Fonder une famille, ouvrir un salon de thé, laisser la guerre aux autres. Rien de tout cela ne deviendrait réalité. S'il avait voulu se la couler douce, il se serait engagé dans les brigades. Il était un soldat, il se battrait jusqu'à son dernier souffle. Il repoussa cette idée, après tout, il venait d'épouser la femme qu'il aimait, c'était suffisant.

Livaï écrasa son mégot et décida de s'offrir une petite balade nocturne. Comme à son habitude lorsqu'il appelait sa monture, le caporal porta deux doigts à ses lèvres et siffla. Mais le son qu'il produisit lui glaça le sang.

Le même.

C'était exactement le même son que dans ses cauchemars.

Pris de panique, il recula, s'éloigna le plus possible des équidés. Ne sachant pas trop pourquoi, il se mit à regarder frénétiquement dans toutes les directions. Mais la nuit était trop sombre et il distinguait à peine quelques formes. Un bruit de sabot. Il se retourna vivement et se figea d'effroi. Là, sortant lentement des ténèbres, l'étalon de ses tourments lui faisait face.

D'une blancheur fantomatique, l'animal semblait briller dans l'obscurité. À la différence de son rêve, il était lourdement harnaché. Une armure étincelante recouvrait la majeure partie de son corps, protégeant ainsi ses épaules, ses flancs, sa croupe. Il portait également de lourdes fontes où quelques armes étaient visibles. Mais le plus étonnant était le calme du destrier. Dans ses rêves, il était agité, agressif alors que là, il l'observait simplement. Leurs regards s'accrochèrent. Avec violence, les pires atrocités de ses cauchemars lui défilèrent devant ses yeux. Le caporal se plia en deux, attrapant sa tête dans ses mains, cherchant à se protéger. En vain.

Lorsque les chimères se furent enfin dissipées, Livaï tremblait comme une feuille. Il se redressa difficilement. L'animal s'avança vers lui. Il recula instinctivement, mais fut rapidement stoppé par la barrière. Acculé, son rythme cardiaque s'accéléra dangereusement. Son souffle se fit plus court. L'étalon stoppa à quelques centimètres de lui et tendit l'encolure. Il renifla plusieurs fois son odeur. Livaï esquissa un mouvement qui surprit l'équidé, et ce dernier releva la tête brusquement avec un léger hennissement. Alors, il ne sut pas vraiment pourquoi, il tendit sa main. L'étalon le fixa un instant sans bouger puis lentement, vint poser ses naseaux au creux de sa paume. Et Livaï fut happé dans un tourbillon d'horreur.

Il se revit, frappé par le déviant. Sa chute, quand il traversa le toit de l'entrepôt. Son réveil, le corps transpercé de toutes parts. La plaie de son ventre, celle de son cœur. Le halo bleuté qui était apparu et qui avait guéri ses blessures. Son escalade. Sa course à travers la campagne et la douleur qui l'avait parcouru quand son cœur s'était remis à battre. Son réveil chez le père de Petra. Et toutes ses escapades nocturnes, à traquer les malfrats des bas-fonds, à les tuer de façons abominables. Éviscérés, égorgés, décapités, pendus… Il se souvint de l'instant où il avait éventré Melly, simplement parce qu'elle était au mauvais endroit, au mauvais moment. Bart, Venna, Trasky et bien d'autres. Tous morts. Sans qu'un seul n'ait été digne de son intérêt.

Lorsque Livaï revint à la réalité, son esprit était plus clair que jamais.

- Heureux de te revoir, mon vieil ami, dit-il en flattant généreusement l'encolure de l'animal.

Puis il cueillit une pâquerette qui était à ses pieds et la porta à son regard. En un battement de cil, la plante fragile fut transformée en une magnifique fleur de glace qui s'effrita et se désintégra l'instant suivant. Un sourire mauvais étira ses lèvres puis il contourna sa monture qui s'agita.

- Plus tard le galop.

Il décrocha les fontes et les posa à terre. Il ne restait plus qu'un arc, un carquois et une dague accrochés à la selle. En quête d'un objet bien précis, il fouilla leur contenu et fut satisfait de trouver rapidement ce qu'il cherchait. Une pièce de tissus, blanc, au touché proche de la soie et qui ressemblait fortement à un simple mouchoir. Il se releva, se dirigea vers l'étalon puis sortit légèrement la dague de son fourreau, juste assez pour pouvoir s'écorcher le pouce. Une goutte de sang perla, il l'essuya dans le carré d'étoffe. Il prit ensuite le briquet dans sa poche et l'alluma. La tâche se dilua, comme de l'encre mélangée avec de l'eau, et disparut totalement avant de laisser la place à d'étranges runes : une prophétie qu'il lut sans difficulté.

« Voici le premier des quatre.

Montant un cheval blanc, armé d'un arc, il parcourt la terre pour terrasser ses ennemis.

Vainqueur en tout temps, la glace est son alliée.

Voici le premier des quatre.

Craignez son nom, car la conquête est son but.

Craignez Morok. »

Livaï releva la tête et demanda à sa monture :

- Tu crois que le second se trouve parmi la racaille des bas-fonds ?

Le cheval renâcla et secoua la tête.

- Moi non plus. Mais c'est encore le meilleur endroit où tailler dans la masse sans trop se faire repérer.

Il se détourna, s'accroupit à nouveau devant ses fontes et en retourna le contenu sur l'herbe. Il s'agissait d'une armure de cuir, aussi blanche que la robe de son destrier. Livaï ne perdit pas un instant pour la revêtir. Puis, il se para de ses armes avant de se mettre en selle.

- Je crois que les habitants des souterrains ont eu assez de répit comme ça. Il est temps que l'assassin des bas-fonds leur rendre une petite visite, tu ne crois pas ?

Le cheval trépigna d'impatience et il dut réprimer ses ardeurs. Il jeta un dernier coup d'œil à l'étage du pavillon, fixa un instant la fenêtre de la chambre où Petra était endormie.

- Ne traînons tout de même pas trop. Je n'ai pas envie qu'elle s'inquiète si jamais elle se réveille.

Livaï rabattit sa capuche avant de demander un départ au galop. L'étalon, trop heureux de pouvoir enfin chevaucher avec son cavalier, allongea rapidement ses foulées. L'animal se ramassa et sauta par-dessus un obstacle invisible. Devant eux, une vive lumière apparut et se cristallisa avant de voler en éclat. Cavalier et monture passèrent au travers. Quand ses sabots touchèrent le sol, la terre gela sous ses fers. Ils étaient à présent aux portes de la capitale.


À suivre...


Je suis curieuse, certains d'entre vous l'avaient-ils vu venir ?

N'hésitez pas à me laisser un petit mot pour me dire ce que vous en pensez !

Merci de m'avoir lu et, promis, je vais essayer de publier le suivant dans pas trop longtemps !

À bientôt !