Et voici le nouveau chapitre ! C'est aussi l'avant-dernier ;) Bon, par contre il est bien rempli...
Merci à Ellen BK t'avais commencé la bêta lecture )
Je vous souhaite bonne lecture !
Le cavalier sans tête
Chapitre 3 : Comme un lion en cage
- Nous sommes très heureux de vous louer cette maison messieurs, fit l'agent immobilier avec un grand sourire vendeur. Sachez que les gens qui vivent par ici sont très ouverts d'esprit et que vous n'aurez aucun mal à vous intégrer aux autres couples !
- Aux autres ... s'étouffa Michaël dans un début d'affolement.
- Sam est mon frère, répliqua Dean avec ironie en montrant sa carte d'identité.
Sam sortit la sienne et la montra à l'agent avec un sourire dépité. Même nom. Ah... Mais alors le quatrième ?
- Lui c'est notre oncle mais ça ne tourne pas très rond dans sa tête, alors on le garde à l'œil, expliqua Dean sur le ton de la confidence à l'agent.
- Pourquoi devrait-il y avoir un objet rond qui tourne dans ma tête Dean ? Ça me ferait mal je pense.
- Vous voyez ? Qu'est-ce que je vous disais...
- Effectivement, constata l'agent en regardant avec méfiance le gars en trench-coat. Voici vos clés, et je vous souhaite un bon séjour chez nous !
La petite équipe regarda l'homme partir à grandes enjambées, pressé de s'éloigner de cette famille bizarre.
- Pourquoi n'a-t-il pas posé de question sur moi ? s'étonna Michaël.
- Regarde-toi dans un miroir tu comprendras vite, ironisa Dean. Je choisis ma chambre en premier, vous vous démerderez avec ce qui reste !
Et sans un mot de plus, le chasseur entra la maison et grimpa les escaliers à la recherche de son refuge pour les jours à venir. Il ne choisit ni la plus grande, ni la plus éclairée, mais préféra celle du milieu du couloir. Elle était encadrée par les deux autres chambres et la dernière était en face. D'ici, il pouvait s'assurer que tout se passait bien chez ses voisins. Bien sûr, il y en avait un qui n'avait pas besoin de dormir mais ça n'avait pas d'importance. De toute façon, Dean savait très bien où allait se trouver Castiel durant la nuit. Comment toujours, il allait sentir son regard peser sur lui, comme un rappel permanent de ces tentatives honteuses au purgatoire. Pourtant autant, jamais Dean n'aurait pu lui demander d'arrêter. C'était son Castiel. Même en sachant qu'il n'avait pas le droit de le considérer comme sien, ni à cause de ses promesses, ni à cause de sa façon de le traiter, il restait son ange.
Deux semaines avec son Castiel présent en permanence... L'avoir près de lui allait être une torture lente et douloureusement agréable. Rien que le voir lui donnait l'impression d'être tombé dans la cage de Lucifer et d'être monté aux cieux dans le même temps. Il ne connaissait aucune solution pour contenir toutes les émotions qui le prenaient à la gorge quand il l'avait en face de lui. Un simple regard de sa part et il se consumait de l'intérieur de rage, de colère, de désespoir, d'envie, de tendresse et de quelque chose d'encore plus fort. Tout ça ce concrétisait par un violent désir qui le prenait au bas-ventre pendant que la culpabilité lui rongeait les entrailles et que son cœur essayait de s'enfuir de sa cage thoracique. Et rien que d'y penser, il sentait déjà la bile monter dans le fond de sa gorge. Castiel... Il voulait tellement être près de lui en permanence ! Ça le rongeait de devoir se retenir constamment. Mais il ne pouvait pas...
En soupirant, Dean se laissa tomber en arrière sur le lit. Il sentait l'humidité envahir ses yeux et ça n'allait pas du tout. il fallait qu'il se reprenne. De quoi aurait-il l'air s'il craquait dès le premier jour ?
Un coup frappé à la porte le fit violemment sursauter. Dean avait une bonne idée de la personne venue déranger l'ours mal léché qu'il était devenu mais il ne sentait pas assez sûr de sa voix pour répondre. Son frère prit les devant après plusieurs longues minutes de silence.
- Tout va bien Dean ? demanda Sam les sourcils froncés en passant la tête par la porte.
- Sammy ? fit l'aîné après s'être raclé la gorge par sécurité.
- Oui ? répondit-il sur ses gardes.
Dean ouvrit la bouche pour parler, le regard perdu au loin, avant de se rendre compte qu'il ne savait pas quoi dire.
S'excuser ? Il en avait trop fait ces derniers temps, en traitant son propre frère comme un chien, pour qu'une simple excuse suffise.
Se justifier ? Il ne pouvait pas, les mots se bloquaient dans sa gorge. Comme dire à son petit frère qu'on hésitait à tout plaquer pour tenter sa chance auprès d'un ange tout en sachant que lui n'y survivrait pas ?
- Dean ? appela Sam, inquiet malgré lui devant l'immobilisme de son frère.
Dean regarda Sam droit dans les yeux. C'était son petit frère. Son seul et unique petit frère. Tout ce qu'il lui restait de sa famille. Il devait veiller sur lui, le protéger ! Et au-delà même des promesses, il aimait Sammy. Paradoxalement, c'était aussi pour cette raison qu'il le traitait si mal. Il voulait éloigner ses proches pour que ces derniers ne voient pas sa chute, ses proches se réduisant à un cercle de deux personnes, Sam et Castiel. Il ne pouvait perdre aucun des deux...
Avec un pauvre sourire, Dean se leva et posa sa main sur l'épaule de son frère, donnant dans son esprit à ce geste la valeur d'un baiser lors d'un pacte avec le diable. Son esprit était clair maintenant, son frère était sa priorité. Il devait essayer de recoller les morceaux et de retrouver leur relation d'avant et ne plus jamais oublier le plus important : son frère avant tout.
- Je crois qu'on est prêt pour tourner dans une sitcom Sammy, se moqua Dean en reprenant ses vielles habitudes comme on enfile un vieux trench-coat.
- C'est ça oui... Au moins, je sais pourquoi tu as choisi cette chambre maintenant, répondit Sam en montrant la télé qui trônait sur la commode du menton.
- Le porno, c'est la vie !
- Je te rappelle que tu as deux voisins, dont moi, donc évite d'être trop bruyant.
- Je ne promets rien Sammy. Bon, j'installe mes affaires et on s'occupe des protections ? lança Dean avec un sourire surjoué.
- O-K... Je t'attends dans le salon alors, acquiesça lentement Sam.
L'agent immobilier n'avait pas parlé de la maison comme d'une ancienne cache de dealer, pensa le cadet des frères en descendant les escaliers. Il allait quand même faire quelques recherches, ne serait-ce que pour sa tranquillité d'esprit. De toute façon, c'était soit la drogue, soit son frère était en pleine phase ascendante d'une méchante dépression. L'atterrissage risquait de faire très mal ! Au moins, se dit Sam, il allait avoir deux semaines "tranquilles" pour travailler son frangin au corps et il se faisait la promesse de régler cette histoire à tout prix avant la fin de leurs "vacances" forcées.
Sam en était là de ses réflexions quand Dean le rejoignit avec un sourire toujours plus grand greffé au visage. Flippant. La théorie de la drogue gagnait des points !
- On commence par quoi ? Le sel ? Les pièges à démon ? Les signes énochiens ? Les pièges à loups ? Le bol de crème devant la porte ?
- Je dirais tout ça en même temps. De toute façon, ça ne ralentira pas le dullahan...
- C'est vrai qu'il va aussi falloir dorer quelques balles.
- Et faire des courses, je refuse de vivre d'amour et d'eau fraîche, surtout avec toi Dean !
- Aucun risque là-dessus, murmura le chasseur en regardant au loin, le ventre noué. Ok pour les courses. Qui y va ?
- Toi et moi, Dean, fit Castiel en apparaissant juste à côté de son protégé.
- De quoi ? Mais qui va protéger Sam si...
- Tu veux que nous mettions en danger des vies innocentes ? demanda l'ange très sérieusement en penchant la tête.
Dean se renfrogna. Ça, ça ne sentait pas bon du tout. Lui et Castiel, seuls tous les deux. Très, très mauvais plan ! Surtout s'il continuait de le regarder avec sa bouille sérieuse et perplexe... Aurait-il la même tête si jamais il lui disait qu'il le voulait tout à lui ?
…
Ok, très mauvais chemin de pensée ! pensa Dean mortifié. Ça commençait fort et même pensée à sa priorité qui était Sam ne l'aidait pas. Il ne lui restait plus qu'une solution, il fallait qu'il se trouve une fille intéressée au supermarché ! C'était jouable.
- Je n'ai qu'à y aller seul, proposa-t-il avec espoir. Et puis...
- Hors de question ! intervint Sam. Je te connais, si tu y vas seul on va devoir se nourrir de bière, de tarte et de biscuit apéritif ! Je fais confiance à Castiel pour te forcer à suivre la liste que je t'aurais écrite !
- Et pourquoi Cas' n'y va pas seul alors ?
- Parce que je lui fais beaucoup moins confiance pour ce qui est d'être discret...
Les deux frères regardèrent l'ange qui attendait sagement, droit comme un "i", et regardait autour de lui avec la curiosité d'une poule ayant trouvée une fourchette.
- J'en profiterais pour nous acheter d'autres bijoux en or, soupira Dean, vaincu. Bon, on commence par les protections ?
- Va pour les protections, acquiesça Sam.
- Je peux vous aider ? demanda timidement Michaël depuis les premières marchent de l'escalier.
Dean le transperça du regard au point de le mettre mal à l'aise. Le chasseur avait envie de montrer les dents, mais comme ce n'était pas une réaction très civilisée, il se contenta d'une grimace de mépris.
- Ça dépend, répondit-il d'un ton mordant. Tu sais faire des pièges à démon ? Ou des signes énochiens ? Bien sûr que non... Enfin, même un gamin de six ans sait étaler du sel, alors pourquoi pas.
-Tu abuses Dean ! Viens Michaël, je vais te montrer comment faire, indiqua Sam avec un sourire rassurant.
- Vous savez quoi ? aboya méchamment Dean qui n'arrivait plus à refréner sa jalousie envers son double. Démerdez-vous avec vos protections, c'est vous que ça regard après tout, c'est pas moi qui suis désigné comme proie ! Castiel, on va faire des courses !
L'ange regarda son protégé sans aller avec colère, le visage impassible mais la grâce en deuil. Rien ne s'arrangeait pour son humain. Il le rejoignit d'un coup d'aile en se disant qu'au moins, il pouvait toujours s'assurer que personne ne touche à son intégrité physique.
- À nous ! annonça Sam à Michaël, un bidon de sel dans une main et un marqueur dans l'autre.
Sam s'amusa grandement à expliquer les bases de la défense contre les être surnaturels à Michaël mais il finit par se heurter à un problème qu'il n'avait pas envisagé. Autant les explications sur le sel, les pièges à démon et les bases de la protection paranormale en général à son élève improvisé s'étaient très bien passées, autant le coup du signe bannisseur d'ange posait quelques problèmes. Comment expliquer à un croyant qui a vu un fantôme l'attaquer et un ange le sauver, que ces derniers n'étaient pas tous de gentils bisounours ? Que certains étaient même presque pires que les démons ! Bah lui, Sam Winchester, n'y était pas franchement parvenu...
- Écoute, oui Castiel est un ange sympa, mais crois-moi, il est plutôt l'exception que la règle au paradis. Et même lui s'est déjà mal comporté !
- C'est un blasphème ! s'écria un Michaël scandalisé.
- Dean et moi avons eu affaire à plus d'ange que tu ne peux l'imaginer, je sais de quoi je parle. Ils sont égocentriques, cruels et totalement obnubilés par l'apocalypse !
- Je ne te crois pas !
- Ok, tu veux des exemples ? commença Sam dont l'énervement grossissait progressivement. L'archange Gabriel ! Tu te l'imagines sérieux et tout ? Eh bien non. Ce gars était un drogué du sucre qui se servait de la terre et des humains comme d'un terrain de jeu en se faisant passer pour le dieu du mal Loki ! Tu veux un autre exemple ? L'archange Raphaël ! Lui n'avait qu'une idée en tête, déclencher l'apocalypse parce qu'il en avait marre des humains et trouvait l'apocalypse plus cool ! Encore un autre exemple ? Zachariah ! Juste un ange parmi tant d'autres ! Ça ne l'a pas empêché de vouloir forcer mon frère à être le véhicule de l'archange Michaël et, parce qu'on refusait de coopérer, de nous faire goûter à quelques joyeusetés comme un cancer de l'estomac au stade terminal ou le chantage affectif. Et ce ne sont là que quelques exemples parmi tout un tas d'autre ! Alors oui, les anges sont peut-être les enfants de Dieu, mais plutôt dans le genre sales gosses pourris gâtés que papa a fini par abandonner ! Parce que oui, voici aussi la nouvelle du siècle, ton cher Dieu est parti en vacances à durée indéterminée, paroles d'ange !
Sam reprit sa respiration après sa longue tirade. Il ne s'était pas rendu compte qu'il gardait tout ça en lui. Il avait été comme Michaël à une époque, croyant. Même avec les démons et les fantômes, il n'avait pas cessé de croire en Dieu et en ses anges ! Et puis il les avait croisés en vrai et sa déception avait été à la mesure de ses attentes. Les anges étaient des salopards dans leur majorité, Dieu avait plié les gaules et ça lui faisait un mal d'enfer de le reconnaître. Il avait l'impression d'être plongé dans les ténèbres depuis qu'il n'arrivait plus à croire ni aux anges ni en Dieu. Il n'avait plus foi qu'en une seule personne : Dean. Mais même ce dernier était en train de le lâcher petit à petit. Il se sentait seul et... Effrayé.
Sam sentit soudain la main de Michaël glisser dans la sienne et lui remettre un objet. Il regarda la petite croix en argent les sourcils froncés avant de relever les yeux vers le visage de son frère.
- Si les anges ont encore du pouvoir et si l'eau bénite permet de faire fuir les démons, pour moi ça veut dire qu'Il est encore là, répondit Michaël avec compassion. Si tu ne veux plus croire en Lui, c'est ton droit, mais moi je sais qu'Il est toujours là, finit-il avant de lui montrer la petite croix.
Sam sentit son cœur se serrer. Ce n'était pas tant les propos dit, bien que cela ranimait une flamme désespérément éteinte en lui jusque-là, c'était le ton de la voix, la façon de parler. Si on mettait de côté le contenu du discours, Michaël n'avait jamais autant ressemblé à Dean qu'à cet instant. Le Dean sûr de lui et fraternel qui lui manquait tant.
- Michaël, tu as des frères ? demanda Sam sans quitter la croix des yeux.
- Non, je suis fils unique, répondit-il avec douceur. Pourquoi ?
- Le mien me manque. Un jour, à Noël, je lui ai offert un pendentif, une amulette.
Sam ne savait pas bien pourquoi il racontait ça. Il savait juste que la situation lui avait paru semblable, comme un reflet déformé du passé.
- Il la porte toujours, souffla-t-il pour lui-même.
- Ça s'arrangera, le rassura Michaël en lui resserrant le poing sur le pendentif.
- Tu dois avoir raison, chuchota Sam avant de secouer la tête pour se reprendre. Aller, je te montre comment faire les signes énochiens ? Ce n'est que par précaution, compléta le chasseur avec en voyant Michaël se rebiffer à nouveau. Ceux que nous allons mettre ne s'activent que sur demande. Nous ne voulons pas laisser Castiel sur le pallier après tout !
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Dean mit un énième paquet de bouffe à lapin dans son caddie tandis que Castiel vérifiait soigneusement la liste de course envoyé par texto par Sam. C'était dur, vraiment très dur de ne pas s'attendrir devant son Castiel tout investit dans sa mission. C'était encore plus compliqué de ne pas lui faire de blague vaseuse à la limite du flirt. Et cette fichue main qui se balançait si proche de la sienne... Dean avait les nerfs à vif à force de se contenir pour s'empêcher de faire une bêtise. Son frère était loin de lui, loin de sa protection, ce n'était donc vraiment pas le moment de craquer ! Et pourtant ça le démangeait de se laisser aller... Mais non !
Par bonheur, Dean avait réussi à repérer une employée du magasin peu farouche et il s'en servait comme dérivatif. Quand il ne supportait plus la proximité de Castiel, il se mettait à la draguer ouvertement. Pareil quand les idées romantiques commençaient à l'envahir un peu trop. Il projetait tout sur la fille pour se soulager un peu. Et dans peu de temps, il allait pouvoir tester une autre forme de soulagement qui allait, avec un peu de chance, le détendre assez pour finir tranquillement ses courses et retourner à la maison sans être envahi par l'envie permanente de dévorer les lèvres de son ange. Putain de promesse et saloperie de malédiction...
- Attends-moi ici Castiel. J'ai un truc à faire, fit le chasseur qui sentait la pression monter dangereusement.
- D'accord Dean.
Une vague de frissons due à la voix grave et concernée de l'ange envahie l'aîné des Winchesters. Il était plus que temps qu'il fasse quelque chose !
D'un signe de tête et un sourire charmeur, il fit comprendre à sa conquête de le rejoindre dans le placard à rangement. Ce dernier était fermé à clé mais Dean arrangea ça rapidement. Le lieu n'était pas parfait, mais il y avait urgence. La fille le retrouva aussitôt et poussa la porte derrière elle. Dean n'attendit pas plus pour commencer les hostilités.
Il savait exactement où caresser, à quel moment et comment embrasser pour faire fondre ses conquêtes d'un soir - ou moins - et ce n'était pas celle du jour qui allait dire le contraire. Elle le plaqua fougueusement contre le mur près de la porte et s'attaqua à sa ceinture.
- Pressé ma belle ?
- Ma pause est courte.
- Ça me va, souffla Dean en la soulevant pour l'asseoir sur une table de décharge.
Il s'occupa d'elle intimement, avec toute la force de son expérience. La température montait rapidement et la fille était clairement réceptive à son petit traitement, quand un début panique monta en lui. Si sa conquête était bien excitée, il ne pouvait pas en dire autant de lui-même. Pour l'instant la fille ne s'en était pas rendu compte mais ça n'allait pas tarder à être problématique. Merde, qu'est-ce qui lui arrivait ? Il avait vraiment besoin de le faire ! Autant pour faire redescendre la pression que pour oublier Castiel l'espace de quelques minutes ! Ça n'allait pas du tout et le stresse qui montait en lui ne l'aidait en rien. Pourtant la fille était mignonne ! Une poitrine généreuse, une belle taille et un visage plutôt mignon, mais il n'y arrivait pas...
Dean se préparait à recevoir la plus belle honte de sa vie alors que l'instant inéluctable de la découverte approchait, quand la porte s'entrouvrit légèrement.
- La porte, souffla Dean à la fille, entre espoir et inquiétude.
- Elle se ferme mal, expliqua-t-elle entre deux gémissements. Laisse tomber, il n'y a jamais personne à cette heure.
Personne sauf Castiel... Un Castiel bien visible depuis l'entrebâillement et qui avait exécuté les ordres comme à son habitude. Il attendait au milieu du magasin avec son caddie à côté de lui, comme si c'était la chose la plus normal du monde que de faire une halte à cet endroit. Castiel qui était totalement inconscient de ce qu'il se passait à dix mètres de là et du regard fiévreux posé sur lui. Le bruit d'un emballage plastique qu'on ouvre ramena Dean à sa conquête. C'était le moment fatidique... Une main déboucla son pantalon. Dean s'attendait à tout moment à un commentaire sur son manque d'enthousiasme, sauf qu'il n'y avait plus aucun problème de ce côté-là. Dean se sentit mal en comprenant la raison, mais c'était trop tard pour reculer...
Il continua de s'envoyer en l'air, sauf qu'il ne la regardait plus elle. Son regard était vissé sur son ange, à quelques mètres de là. C'était lui qu'il avait entre ses bras. C'était lui qui gémissait à le rendre fou. C'était lui qui le caressait et se resserrait autour de sa virilité. Ce fut Castiel qui le fit haleter une dernière fois avant que tout ne soit fini.
Mais ce n'était pas réellement lui entre ses bras, se dit-il amèrement une fois le moment passé, et en lieu et place du septième ciel et du soulagement orgasmique qu'il avait voulu ressentir, il ne ressentait que de la culpabilité et l'impression de griller en enfers. Dean se sentait au trente-sixième dessous et sale comme jamais...
Il fit pourtant bonne figure auprès de sa conquête, rejouant le plan drague pour finir en beauté. Cette dernière le regarda avec amusement avant de lui dire de rejoindre son « petit copain », il était temps pour elle de reprendre le travail. Dean grommela que Castiel n'était pas son petit ami en boudant, ce qui la fit d'autant plus rire, et alla retrouver l'ange sans un mot de plus. Même ses conquêtes se payaient sa tête sur sa relation avec Castiel maintenant ! Et pour ne rien arranger, son envie était à peine apaisée et son désir de se rapprocher de son ange était plus fort que jamais.
Deux semaines. Il allait devoir endurer cette frustration pendant deux semaines. Pour la peine, il acheta autant de bière et de whisky que pouvait en contenir le caddie, moins la place pour les graines et salades de son frère.
Le retour lui parut particulièrement pénible avec l'ange assit silencieusement à ses côtés, d'autant que le bijoutier chez qui ils avaient fait un détour les avait regardés avec un grand sourire de connivence, ce qui avait définitivement achevé l'humeur de Dean. L'ambiance était pesante et Dean oscillait entre le craquage et la retenue quand, arrivé à la location, il découvrit son frère et Michaël en train de discuter théologie dans le salon. Il envoya aussitôt tout bouler, résolution, dignité et politesse, récupéra une bouteille d'alcool et monta bruyamment à sa chambre. Il avait besoin d'être seul...
- Il est toujours comme ça ? demanda nerveusement Michaël en regardant la cage d'escalier.
- Non, il est plutôt de bonne humeur aujourd'hui, soupira Sam. La preuve, il ne nous a pas insulté !
- Sam, tu penses que je peux appeler mes parents ? J'ai peur qu'ils ne s'inquiètent. Ça ne jouera pas sur le... Le fantôme ?
- Non, non, tu peux y aller ! J'ai cru voir un téléphone dans la cuisine si jamais la batterie de ton portable est déchargée.
Michaël le remercia, toujours très poliment et alla téléphoner dans l'autre pièce. Il était vraiment différent de son frère. Poli, gentil, attentionné... Le meilleur qualificatif que Sam pouvait lui donner était "sage". Michaël était "sage", alors que son frère était chiant... Si seulement Dean se laissait un peu aider au lieu de tout garder pour lui comme d'habitude !
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- Dean ne viendra pas manger, annonça Castiel dans un bruissement d'aile. Il dort après avoir bu une bouteille entière d'alcool.
- Rien que ça... Et tu n'as pas... commença Sam en faisant un geste étrange de la main.
- J'ai nettoyé son sang, mais il est fatigué.
- Eh bien nous n'avons plus qu'à manger sans lui... Tu te joins à nous Castiel ?
- Je n'éprouve pas le besoin de me nourrir. Je vais monter la garde, dit-il avant de s'envoler à nouveau.
- Il ne va quand même pas rester tout seul dehors ? s'inquiéta Michaël.
- Quand Castiel dit qu'il monte la garde, il ne parle pas d'un lieu, s'amusa Sam devant la naïveté de l'irlandais. Il doit être dans la chambre de mon frère à veiller sur lui.
- C'est.. Normal ?
- Avec eux deux, je ne cherche plus à savoir... Bon, nous voila à dîner en tête à tête ! Ça te dit de nous faire un plateau télé ?
- Pourquoi pas, approuva Michaël encore un peu étonné.
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Dean faisait semblant de dormir, encore. Il savait que Castiel était dans sa chambre, il le sentait, c'était épidermique. Il aurait dû lui dire de partir et de s'occuper de ses fesses, mais malgré les risques, il voulait garder ce moment. Le moment où Castiel était tout à lui, le veillant sans relâche. C'était peu, c'était tout ce qu'il pouvait accepter, c'était tout ce que Castiel pouvait lui donner, mais c'était aussi ce dont il avait besoin pour ne pas devenir fou.
Il ne dormira pas cette nuit. Il ne dormait presque plus de toute façon. Ses insomnies étaient devenues tellement fréquentes qu'il avait arrêté de combattre mais ça n'avait pas d'importance puisque Castiel était là, assez éloigné de lui pour ne rien risquer, mais assez proche pour apprécier.
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Le cavalier entra en trombe dans la maison. Les murs et le plafond semblèrent s'écarter pour faire de la place à l'être. Les sabots de sa monture martelèrent les marches de l'escalier avant d'entrer dans la première chambre, celle de Sam.
Le cheval s'arrêta et le fouet claqua.
Dans le vide.
Castiel venait de repousser l'attaque. Avant que le dullahan n'est pu attaquer à nouveau, l'ange prit le poignet de Sam et montra son bracelet en or au cavalier.
Le dullahan parti sans demander son reste.
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Michaël préparait le petit déjeuner. Il avait fait de quoi pour trois personnes en se disant qu'il valait mieux en faire un peu trop que d'encourir la colère de l'ermite psychopathe de la maison. Et dire que c'était son sosie... La vie était pleine de surprise.
Il salua d'un hochement de tête l'arrivé d'un Sam encore bien endormi. Gentiment, il lui mit une tasse de café sous le nez et une assiette d'œufs brouillée avec des tomates. Michaël le trouvait bien plus sympathique que son double. Il n'avait qu'un seul gros défaut, Sam le confondait sans cesse avec son propre frère... L'irlandais voulait bien accepter que Dean et lui se ressemble comme deux gouttes d'eau, mais il n'avait pas le même caractère et pas non plus la même façon de s'habiller. Le plus dommage dans cette histoire, et ce qui faisait regretter à Michaël de devoir lui rappeler la vérité, c'est qu'après Sam avait toujours le visage triste l'espace de quelques secondes. Michaël s'en voulait toujours un peu pour ça, après tout il appréciait sa compagnie et ne voulait pas le blesser mais il ne pouvait pas non plus se faire passer pour ce qu'il n'était pas.
- Tu veux autre chose Sam ?
- Non merci, c'est parfait Michaël ! Une vraie fée du logis !
Michaël accepta la boutade en souriant. Oui, il préférait voir Sam sourire que faire la tête.
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- Je pense que dorer juste une partie de la balle suffira, indiqua Dean en soupesant le petit pot contenant les feuilles d'or.
- Si on veut être prudent il vaut mieux les dorer entièrement.
- Peut-être, mais on pourra en faire beaucoup moins et je préfère avoir des munitions ! Il est plus collant qu'un chewing-gum ce monstre, il nous a rendu visite toutes les nuits pour l'instant et d'après Castiel ça va empirer. Il nous faut de la quantité !
- À quoi ça sert si ça ne fonctionne pas parce qu'il n'y a pas assez d'or ?
- Je ne m'inquiéterais pas pour ça, intervint Castiel. Les dullahans fuient devant n'importe quelle quantité d'or, aussi petite soit-elle. Une simple aiguille en or suffit à les mettre en déroute.
- Tu vois, j'avais raison Sam ! railla Dean. Je vais en coller juste un peu sur chaque balle.
- Ne peut-on pas en placer aussi sur les portes et fenêtre ? Comme avec le sel ? proposa Michaël avec timidité.
- Ça parait une bonne idée, répondit Sam en lui souriant. On va faire de toi un vrai chasseur si ça continue !
- Ouais, un chasseur qui mouille son froc dès qu'il voit un fantôme... Ça risque d'impressionner les démons ça ! ricana méchamment l'aîné des frères.
- Arrête ça Dean ! protesta Sam en s'approchant de l'irlandais tout penaud pour le réconforter.
- Désolé fillette, j'ai autre chose à faire que te ménager, donc fiche-moi la paix et laisse-moi bosser !
- T'inquiètes, on ne reste pas plus longtemps Michaël et moi, gronda Sam en embarquant leur protégé avec lui.
- Tu ne devrais pas t'en prendre à lui comme ça, le réprimanda Castiel. Michaël ne t'as rien fait.
- Ta gueule et va voir ailleurs si j'y suis ...
Castiel ne se fit pas prier et s'envola, laissant un Dean atterré par son propre comportement avec sa solitude.
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- Il y a Top Gun à la télé, ça te tente Sam ? proposa Dean avec un aplomb qu'il ne ressentait absolument pas.
- Hein ? Heu... Oui, pourquoi pas, répondit son frère, un peu sonné par le changement d'attitude.
- Super. Je vais chercher les bières !
- Tout va bien Dean ?
- Nickel ! Les balles sont finies et dans dix jours on défonce la tronche de Sleepy Hollow ! A-t-on avis, il va partir en flamme version pyrotechnie ou il va juste disparaître, wouch ?
- J'avoue que j'en sais rien et que je m'en fous un peu à vrai dire. J'espère juste qu'il va effectivement disparaître !
- T'as raison Sammy, le plus important c'est que tu sois sauvé ! fit Dean en lui ébouriffant les cheveux avec un grand sourire.
- Dean, tu me fais flipper là...
- Relax mec ! Tout va bien ! Tu viens t'asseoir ou tu comptes regarder le film debout ? Une heure trente ça va être long !
- Non, c'est bon j'arrive, répondit Sam en décidant de ne plus chercher à comprendre.
Dean respira à nouveau en voyant son frère se joindre. Il devait à tout prix renouer avec lui et il n'avait rien trouver de mieux que le bon vieux rituel télé. Il avait eu quelques doutes sur ses chances de réussite, mais finalement tout se passait bien. Ou presque...
- Vous préparez quelque chose ? demanda Michaël qui revenait de l'extérieur.
- Dean propose un plateau télé, ça te dit ?
- Je fais la même chose que hier et avant-hier pour le repas ?
- T'en penses quoi Dean ?
- Je sais pas... De quoi vous parlez ? demanda-t-il en essayant de contenir ses envies de meurtres.
- Eh bien Michaël est un très bon cuisiner et c'est lui qui s'occupe de la bouffe depuis qu'on s'est installé là.
- Je vois.
Michaël se sentit mal à l'aise sous son propre regard inquisiteur. Il commençait à se demander s'il n'avait pas fait une bourde.
- Lui et moi on s'est déjà fait toute la première saison de x-files, continua Sam sans vraiment remarquer l'ambiance qui se refroidissait.
- C'est juste pour nous occuper ! Tu aurais dû venir Dean ça aurait été plus sympa, assura Michaël sans le penser.
- Tu parles ! Dean n'arrête pas de commenter chaque épisode, de baver sur Scully et de critiquer Mulder ! Hein Dean ? Dean ?
- Je vois que vous êtes devenu les meilleurs amis du monde, dit le chasseur en serrant les dents, incapable de contenir toute la jalousie qu'il ressentait pour Michaël. Moi j'me casse, finalement j'ai sommeil.
- Dean !
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Le dullahan se présenta devant la porte de la maison dès la nuit tombante. Son étalon renâcla aussitôt. Les yeux du cavalier s'enflammèrent.
On lui interdisait l'approche de ses proies ! Il sentait le métal maudit tout autour de l'habitation et tout son être le pressait de fuir.
Mais avant, il entoura toute la maison d'une aura de ténèbres et de pestilence.
Il huma à nouveau l'air. Le métal solaire qui le repoussait commençait déjà sa lente décomposition.
C'était parfait, mais pour l'instant il devait fuir. L'odeur était en train de lui ronger les os et l'ectoplasme. Il devait s'en débarrasser au plus vite !
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Dean descendit de sa chambre en soupirant. C'était marrant au début de jouer les ermites, mais il avait des fourmis dans les jambes à force de ne rien faire.
- ... Et Nathanaël dit à Jésus de mettre de l'eau dans son vin.
- ... C'est censé être une blague Castiel ? soupira Sam entre dépit et consternation.
- C'était l'une des préférées d'Uriel, avoua l'ange.
- Ce... Heu... C'était très amusant Castiel, mentit très obligeamment Michaël en souriant maladroitement.
Sam explosa de rire devant le regard de remerciement sérieux de l'ange et la gêne de Michaël. Ce dernier le suivi rapidement dans sa crise de fou rire et Castiel les regarda tous les deux d'un air outragé qui ne fit que redoubler les rires des humains.
Dean remonta dans sa chambre.
Il n'était pas préparé à ça.
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Castiel soupira. Il commençait à se demander si Dean ne le faisait pas exprès ! Il s'était encore endormi avec assez de sang dans les veines pour tuer un labrador et il était encore tout habillé sur ses couvertures. Ça devenait presque rituel pour Castiel de laver le sang de son humain, de le déshabiller et de le border. Pas que ça le dérangeait plus que ça, mais ça l'inquiétait. Dean n'aurait pas dû avoir besoin de son aide pour s'aliter. Alors soit il le faisait exprès, soit il était vraiment au plus mal. L'un n'excluant pas l'autre.
Il fit le nécessaire et s'apprêta à prendre sa veille sur une chaise quand quelque chose le figea. Une larme venait de glisser sur la joue de son humain. Ce n'était pas normal ça ! Et ça n'allait pas du tout ! Son humain devait avoir des nuits paisibles, c'était tout ce que Dean acceptait de sa part et tout ce dont il se croyait en droit de lui offrir.
C'est avec tendresse que Castiel essuya la goutte d'eau salé avec son pouce. À sa grande horreur, une deuxième larme coula sur l'autre joue. Castiel fit disparaître celle-ci aussi mais laissa sa main contre le visage de son protégé. Doucement, il lui communiqua apaisement et réconfort avant de replacer les couvertures. Pour cette nuit, il allait rester juste à côté, par précaution...
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Dean ne se souvenait plus pour quelle raison il s'engueulait avec son frère. Une histoire d'entraînement au combat qui avait dégénéré lui semblait-il... Le fait est qu'il avait finit par s'en prendre verbalement à Michaël et que son frère avait aussitôt pris sa défense, le mettant encore plus en rogne.
- Dean ! Michaël ne t'as rien fait !
- Il porte ma tronche !
- Et lui la tienne. Et j'ai dans l'idée qu'il le regrette plus que toi ! On va devoir vivre ensemble quelque temps, donc si tu pouvais éviter de l'insulter en permanence, on arrivera peut-être à ne pas s'entre-tuer avant la fin !
- Vous ne devez pas vous entre-tuez, lâcha brutalement Castiel. Aucun de vous ne doit mourir. Et surtout pas Michaël.
Dean reçu la douche froide en pleine figure et ses hauts-le-cœur revinrent comme la dernière fois au motel, sauf que cette fois-ci, il devait se retenir.
Ça, ça ne serait jamais arrivé au purgatoire. Benny n'était pas un danger sur le plan sentimental et tous les autres n'étaient que des ennemis à tuer. Castiel était tout à lui.
Mais maintenant, il y avait Michaël... Mchaël qui était en train de lui voler son frère et son ange sous son nez ! Et contre qui il ne pouvait rien, à moins de se parjurer, encore et toujours...
- Merci Castiel mais je ne suis pas plus important qu'un autre, marmonna l'irlandais avec gêne.
- Bien sûr que si, fit l'ange en fronçant les sourcils devant la contestation de l'évidence. Tu es très important Michaël.
Ce n'était plus une douche froide que recevait Dean, c'était un méchant bain glacé allié à une balle tirée droit dans son cœur. Comment Castiel pouvait-il dire des choses pareils ? Devant lui en plus ! C'était lui qui avait sa marque gravée sur l'épaule, pas Michaël ! Son ange n'avait pas le droit de lui faire ça ! Encore moins avec son sosie !
Dean avait l'impression d'être trahit de la pire des manières. Il tenta de se contrôler en dirigeant son regard vers Sam, mais aucun garde-fou n'aurait été assez puissant pour le calmer à cet instant. La menace de parjure était passée au second plan derrière sa peur de voir Castiel s'éloigner de lui. Son frère dû remarquer son état puisqu'il le regarda avec inquiétude avant de tenter un geste vers lui. Impossible. Dean ne pouvait pas se permettre de se laisser aller ! Il avait pris des résolutions ! Il devait s'y tenir, coûte que coûte !
- Allez tous vous faire voir puisque c'est comme ça ! s'écria Dean.
Et il monta les escaliers en vitesse en bousculant Michaël en passant. Un tour de clé et il était seul dans sa chambre. Il devait se reprendre. Respirer et se souvenir qu'il n'avait pas le droit. Que chaque acte avait ses conséquences. Que s'il tentait de se rapprocher de Castiel, son frère allait subir bien plus qu'une giclée de sang en guise de marquage par un taré de fantôme à cheval. Il devait respirer. Il devait se reprendre. Se souvenir de son père, de sa promesse et de cette fois-là...
"- Je veux savoir ce qu'il s'est exactement passé Dean ! demanda John en secouant son fils.
- Je sais pas papa, je te le jure, répondit le jeune homme de seize ans, choqué.
- Comment ce monstre a-t-il pu s'en prendre à Sam !
- Je sais pas... répondit-il en hoquetant et en tentant de retenir les larmes d'angoisse qui menaçaient de couler.
- Je t'avais fait promettre de veiller sur Sam ! Tu devais le protéger ! Tu avais juré !
- Je sais papa. J'ai pas fait exprès !
- Je t'avais déjà prévenu de ce qu'il se passait quand on se ne tenait pas ses promesses Dean ! Tu as eu de la chance aujourd'hui, je suis arrivé à temps pour chasser ce monstre et sauver Sam, mais la prochaine fois ce ne sera peut-être pas le cas ! Répète-moi tes promesses.
Dean sanglota de détresse sous le regard noir de son père.
- Répète !
- J-je te j-jure de pr-protéger Sammy. Je te pr-promets d'être un ch-chasseur. Je te j-jure de devenir un homme b-bien.
- Et n'oublie jamais mon fils. Les parjures sont maudits, alors ne revient plus jamais sur ta parole !".
Ce jour-là, Dean avait voulu tenter une expérience. Il y avait un garçon dans sa classe. Il avait appris grâce au rumeur que ce dernier n'était pas... Pas tout à fait comme les autres. Au début, il avait été étonné puis intimidé. Mais quelques jours après, une idée, une envie, avait peu à peu envahi sa tête. Il voulait essayer. Le garçon ne lui déplaisait pas, bien au contraire, et il voulait savoir. Était-ce vraiment différent d'avec une fille ? Qu'est-ce que ça faisait d'embrasser quelqu'un qui vous attirait au point de vous remuer l'intérieur ?
Leur père était censé venir les récupérer le lendemain alors Dean s'était dit que c'était le moment d'essayer, qu'il ne risquait rien et que s'il se plantait, il s'en irait vite de toute façon ! Il avait donc fait une proposition au garçon et l'autre avait accepté une fois admis qu'il ne s'agissait pas d'une mauvaise blague. Dean lui avait donné rendez-vous juste après la fin des cours dans une salle dont il avait crocheté la porte.
L'apprenti chasseur avait été nerveux dès le rendez-vous conclu, hésitant entre renoncer et annuler, et aller jusqu'au bout. Mais il en avait envie, tellement envie... Il avait l'impression d'étouffer à chaque fois qu'il pensait à ce qu'il allait faire. Parce qu'il allait le faire, quoi qu'il se dise, la fuite n'était pas envisageable.
Dean avait rejoint la salle la gorge nouée et l'estomac serré par l'appréhension. Le garçon était présent, comme promis. Et Dean avait compris à ce moment-là qu'il ne pourrait jamais devenir exactement ce que son père voulait mais que ça n'avait aussi plus d'importance. Ils s'étaient embrassés et Dean s'était sentit bien. Ses jambes étaient flageolantes et sa respiration erratique, mais ça n'avait aucune importance. Il avait chaud, il avait des fourmis dans le bas du ventre et le poids énorme qu'il avait toujours senti sur ses épaules avaient disparu. Il s'était accroché au garçon de toutes ses forces, voulant que ça ne s'arrête jamais. Il avait eu le sentiment de vivre, réellement.
Et au moment même où il découvrait le plaisir d'embrasser un autre garçon, son petit frère avait été enlevé par un monstre. Une chape de plombs de culpabilité l'avait écrasé.
Son père avait raison. Il avait fait des serments et il devait s'y tenir ! Particulièrement le troisième... C'était quelque chose qu'il avait finit par comprendre. Quand il tentait de renier sa promesse et de ne plus être un homme comme il l'avait juré son père, il manquait tuer son petit frère, systématiquement. Alors il devait se reprendre et tenter d'oublier ce qu'il ressentait pour Castiel. Il devait se conduire en homme.
Il avait de nouveau envie de vomir. Parce qu'il haïssait son père, parce qu'il haïssait sa vie, parce qu'il se haïssait...
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- Dean ne va pas bien, indiqua Castiel en apparaissant à côté de Sam.
- Tu ne devrais pas faire ça Castiel. Aller le voir en étant invisible. Ce n'est pas correct pour lui.
- Mais Dean va mal !
- Je sais, soupira Sam. Mais je suis incapable de te dire pourquoi.
- Je pense... Que c'est en partie ma faute, avoua l'ange d'une voix rendue plus grave par la culpabilité.
- Je crois surtout que mon frère c'est monté tout un film, et que ça va être la croix et la bannière pour le rendre à nouveau sociable, répliqua le cadet des frères avec abattement.
- Dean est réalisateur ? Et pourquoi partirait-il en croisade ?
- Ce sont des expressions Castiel. Ce que je veux dire, c'est que Dean s'imagine tout un tas de truc et qu'il est très compliqué de le convaincre qu'il a tort quand il est parti sur sa lancée ! C'est comme pour Michaël, jusqu'à ce que tu arrives et qu'on découvre que lui et toi vous vous connaissiez, Dean était près à l'égorger parce qu'il était certain que c'était un monstre ! Tu vois ? Tu n'es coupable de rien, Dean est simplement une bourrique qui pense que le monde va s'arrêter de tourner s'il arrête de culpabiliser ou de se prendre pour Atlas, commenta Sam pour rassurer l'ange sans totalement y croire lui-même. Rien d'anormal pour un Winchester même si parfois mon frère pousse un peu dans la dramaturgie.
- Je pense avoir compris que comparer Dean à un âne est une façon détournée de parler de son entêtement, se félicita tout haut l'ange. Mais je suis vraiment coupable cette fois, Sam.
- Qu'est-ce que tu as fait Castiel ? interrogea Sam, désespéré d'être entouré de gens dont la capacité de communication valait celle du bulot cuit.
- Durant le purgatoire, Dean à voulu se rapprocher de moi.
- Normalement je devrais être étonné, mais je ne le suis pas du tout... Et donc ? Qu'as-tu fait pour nous le mettre dans un état pareil ?
- Je voulais faire pénitence alors je ne lui ai pas donné de signe favorable.
- Franchement Castiel, tous les deux, vous êtes désespérant, gémit Sam en s'effondrant sur une chaise.
- J'ai fait beaucoup de mal sur terre et au ciel quand je me suis pris pour Dieu Sam ! s'expliqua Castiel en haussant la voix. Je ne pouvais pas simplement oublier et passer à autre chose !
- Oui, pardon. La culpabilité ça nous connaît chez les Winchester, donc je comprends. Je t'en veux d'avoir encore tout compliqué ! Mais je peux comprendre... Tu en as fait d'autre du même genre ?
- Quand nous sommes arrivés à la porte de sortie, Dean voulait que je vienne avec lui. Mais je pensais que ma pénitence n'avait pas assez duré, en particulier parce que mon voyage au côté de Dean n'en était pas vraiment une...
- Quand je pense que tout pourrait déjà être réglé, gémit à nouveau Sam en voyant le regard fuyant de Castiel et ses joues qui rosissaient.
- Alors, je lui ai lâché la main Sam. J'ai refusé de le suivre.
- Autrement dit, tu l'as royalement rejeté... Où en tout cas c'est ce que n'importe qui aurait cru !
Sam foudroya du regard l'ange qui se frottait le cou mal à l'aise. Un jour, il allait badigeonner une cave d'huile sacré et enfermer son frère et l'ange à l'intérieur jusqu'à ce qu'ils se soient parlés ou plus si affinité ! Puisque apparemment, affinité il y avait...
- Et puis on m'a sorti du purgatoire et je l'ai revu.
- Et les délires de mon frère ont empiré et Dieu sait qu'il n'avait pas besoin de ça pour être imbuvable ! Je ne veux même pas savoir ce qu'il a pu se mettre en tête celui-là...
- Sam, va voir Dean, le supplia soudain l'ange, les yeux baissés.
- Pourquoi n'y vas-tu pas toi-même ? demanda Sam avec étonnement.
- Dean ne supporte ma présence pour veiller sur lui que quand il dort.
- Entre toi et lui, je suis gâté... C'est bon, j'y vais.
Sam regarda les escaliers comme s'il s'agissait de l'Everst. Un dernier coup d'œil à Castiel pour se remémorer à qui il devait ses emmerdes, et il monta vers la chambre de son frère. Comme prévu, la porte de cette dernière était verrouillée. Comme prévu aussi, la serrure ne tint pas plus d'une dizaine de secondes sous ses mains expertes.
Sam entra lentement de la pièce. Le fait que Castiel ait insisté pour qu'il aille voir son frère voulait dire que les choses allaient vraiment mal pour lui, mais la vision le choqua quand même. Son frère était assis sur le bord du lit, la tête entre les mains et il tremblait de tous ses membres. Il semblait lutter contre quelque chose de toutes ses forces. Sam fut attristé de voir Dean dans cet état. Et contrairement à ce que semblait croire Castiel, il était persuadé que les problèmes de son frère avaient une raison bien plus profonde que simplement le rejet de l'ange. Il était temps pour lui de prendre les choses en main, ça ne pouvait plus durer ainsi !
- Tu vas encore essayer de me faire croire que tout va bien ? demanda Sam sans détour.
Dean sursauta et le regarda avec horreur. Sam pu voir son visage et son attitude se métamorphoser sous ses yeux. Son expression se lissa, sa posture se raidit et un début de colère plissa ses yeux et ses lèvres.
- N'y pense même pas Dean. Le coup de la colère ne fonctionnera pas cette fois. Dis-moi ce qui ne va pas ! Nous sommes frères ! Je peux tout entendre et tout accepter de toi, lui confia Sam en lui prenant l'épaule.
- Tu ne sais pas ce que tu dis, fit la voix rauque de Dean.
- Laisse-moi décider ça par moi-même, ok ? Je te jure que je ne te jugerais pas.
Le ricanement rocailleux qui sortie de la bouche de son frère effraya un instant Sam.
- Tu jures Sammy ? Si tu veux un conseil de frère à frère, ne promet jamais rien et ne jure devant personne...
- Que veux-tu dire ? Explique-toi Dean !
- J'ai... Promis des choses à papa.
- Comme d'être un bon grand frère ? Oui, ça je suis au courant ! Je trouve ça particulièrement stupide d'ailleurs...
- Mais nous sommes des Winchester et rien ne fonctionne comme tout le monde chez nous ! Sam, commença Dean avec un sérieux qui effraya son frère, nos promesses nous lient encore plus fort qu'un pacte avec le diable. Essaye de rompre un serment, et la malédiction s'abattra sur toi.
- De quoi tu parles Dean ? demanda Sam, alarmé devant les paroles de son frère. Qu'est-ce qui te fait croire un truc pareil ?
- L'expérience Sammy, uniquement l'expérience... À chaque fois que j'ai voulu tenter de rompre une de mes promesses, la malédiction a frappée.
Sam regarda son frère avec un étonnement horrifié.Voila ce qu'il gardait au fond de lui ? C'était cela qui rongeait son frère ? C'est pour cela qu'il était en train de se pourrir la vie ? Des promesses faites quand ils étaient gamins ? Comment pouvait-il imaginer une chose pareille ? Malheureusement, Sam avait sa petite idée sur la question et surtout sur la personne coupable. Il y en avait qui n'allait pas recevoir de fleur à la Toussaint...
En attendant, Sam n'avait qu'une envie, c'était de prendre son frère par les deux épaules et de le secouer jusqu'à ce que tout se remette dans le bon ordre dans sa tête. À la place, il lui cria dessus :
- Tu n'es pas maudit Dean ! Ce n'est pas parce que tu as promis quelque chose à Papa que tu vas être puni dès que tu romps ta promesse !
- Ah ouais ? fit Dean en s'énervant à son tour. Alors pourquoi quand j'ai arrêté de te protéger, tu t'es allié à un démon, tu t'es mis à boire son sang et tu as ouvert le dernier sceau qui emprisonnait Lucifer ? Pourquoi le futur dans lequel je ne te protégeais plus était apocalyptique avec un virus croatoan en liberté et un Lucifer au meilleur de sa forme ? Pourquoi quand j'ai décidé d'arrêter de chasser et de vivre avec Lisa, tu t'es retrouvé à parcourir le pays sans âme en semant le chaos partout et en t'alliant au roi des enfers ! Ne vient pas me dire que ça n'a aucun rapport Sam ! Je ne te croirais pas.
Sam ne savait plus quoi dire. Comment expliquer à son frère que tout cela n'était que leur malchance habituelle ? Qu'il n'était pas tenu de suivre des promesses qu'il avait faites enfant à un homme aujourd'hui mort ?
- Et quel est le rapport avec Castiel ? demanda-t-il en changeant d'angle d'attaque. Pourquoi tu le rejettes comme ça ? Il fait tout pour prendre soin de toi et toi tu le repousses comme s'il s'agissait d'un démon ou pire !
- Laisse tomber pour Castiel, je ne veux pas en parler, répondit l'aîné d'une voix sourde.
- Que je sache, papa ne t'as jamais fait promettre de ne chasser qu'avec moi ! Il ne t'as jamais fait promettre de ne pas t'allier à un ange ! Il aimait les anges, comme maman !
- Fous-moi la paix avec Castiel ! hurla Dean en sentant les larmes lui monter aux yeux.
Il ne pouvait pas. Il lui était impossible d'en parler à Sam. S'il commençait à s'épancher sur le sujet, ça en serait fini de lui et les chaîne qu'il portait l'enterrerait sous leur propre poids. Il ne pouvait pas. Sam ne devait rien savoir, jamais. Il ne devait pas savoir que son frère n'était pas... Un homme bien. Il ne devait jamais apprendre qu'il s'était perdu et qu'il ne retrouvait pas le droit chemin. Dean devait cacher qu'il aimait son ange gardien, quitte à y laisser sa raison. Il ne voulait même pas imaginer ce qu'il se passerait s'il avouait tout à Sam et quel genre de mort horrible lui serait réservé.
Ce dernier regarda, pétrifié, son frère perdre tout son aplomb. Dean s'était mis à sangloter, se cachant derrière ses mains et murmurant des paroles sans queue ni tête. Sam n'avait pas imaginé un seul instant que sa question allait presque détruire Dean. Il se sentait mal lui aussi d'avoir voulu le forcer à lui répondre.
Doucement pour ne pas achever ce qu'il avait commencé, Sam prit son frère contre lui et le berça. Il ne lui demandera plus jamais de lui parler de Castiel. Si c'était pour en arriver à ce point là, il préférait encore voir son frère en colère et combatif que détruit comme il était là. Et tout ça par la faute de leur père... Celui-là, il ne perdait rien pour attendre le jour où ils se retrouveraient dans la mort ! Mais pour l'instant, ce qui comptait c'était de rassurer Dean. Son frère avait ouvert des vannes qu'il n'arrivait pas fermer, peut-être parce qu'il avait besoin d'évacuer après tout ce temps.
Sam jeta un bref coup d'œil de l'autre côté de la pièce, là où venait d'apparaître Castiel. L'ange semblait incarner tout la misère du monde. Un nouveau coup d'aile et Castiel s'était de nouveau envolé, probablement pour aller surveiller Michaël. Dean avait raison finalement, la cohabitation allait être très longue.
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Michaël préparait le repas du soir, pour trois personnes, quand Sam redescendit de l'étage des chambres. Il hésita un moment à ouvrir la discussion, mais son visage fatigué le convainquit d'agir.
- Ça va aller Sam ?
- Mon frère est un idiot borné doublé d'un pessimiste le tout croisé avec un complexe du chasseur ! ragea-t-il. Ah, et mon père est encore pire ! Ou plutôt l'était... Castiel ?
- Oui Sam ? répondit l'ange en faisant son apparition.
- Il y a moyen de faire revenir mon père pour une petite explication de père à fils ?
- Je suis désolé Sam, l'âme de ton père à été entièrement détruite quand elle est revenue sur terre, expliqua tristement Castiel. Après l'enfer, elle ne pouvait supporter la douceur terrestre.
Sam ragea, autant contre lui et son père que contre Castiel. À cause de son angélisme, sa colère envers son paternel défunt venait de presque disparaître. Leur père avait peut-être pourri la vie de ses fils, mais il avait aussi fait des sacrifices énormes.
Sam ne savait plus quoi en penser...
- Le pardon est divin, fit remarquer Michaël en voyant la colère contenue de Sam.
- John Winchester faisait ce qu'il croyait être le mieux pour ses enfants, de même que Dean fait ce qu'il pense être le mieux pour toi Sam.
- C'est pas ça qui va me réconforter, gronda Sam en foudroyant Castiel du regard.
- Sam, penses-tu que ton père souhaitait un tel dénouement pour Dean ?
Non, bien sûr que non, soupira intérieurement Sam tout en reconnaissant le bien fondé des paroles de Castiel. John n'était pas cruel mais qu'est-ce qu'il pouvait être buté quand il s'y mettait ! Et Dean lui ressemblait beaucoup trop pour son propre bien. Pire encore, il l'admirait beaucoup trop pour admettre que même lui faisait parfois des erreurs. Réussir à faire comprendre à Dean que son père n'était pas parfait et avait pu se tromper relevait du miracle... À côté de ça, ouvrir la mer en deux ou marcher sur l'eau paraissaient de simples détails techniques.
L'état de Dean n'était pas prêt de s'arranger et on ne lui laissait même pas le droit de se trouver honnêtement un coupable sur qui se défouler...
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Le dullahan sentait le soleil lui brûler la peau. C'était désagréable, mais pas insurmontable. L'horrible odeur du métal avait enfin disparu autour de la maison.
Il était temps pour lui d'avoir sa proie !
Il attendait l'odeur du sang et le bruit des chairs qui se déchirent depuis trop longtemps déjà.
D'une talonnade il mit au galop sa monture et se précipita à l'intérieur de l'habitation. L'une de ses proies, la plus ancienne, était là à l'attendre sagement.
Il voulait du sang !
Puis ce fut la lumière aveuglante et l'odeur écœurante.
Il prit la fuite sans demander son reste.
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- Et ils ne se lassent jamais ? demanda Dean qui avait accepté de venir dîner avec tout le monde.
- Les dullahans sont connus pour leur acharnement, confirma Castiel. Ils peuvent suivre leurs proies pendant plusieurs semaines en attendant un relâchement de leurs parts.
- Et si la proie ne lâche rien ? interrogea Sam, particulièrement intéressé.
- La victime humaine finit alors par céder à la folie et meurt d'une façon ou d'une autre. Parfois, quand la chasse est vraiment longue, la proie est choisie pour compléter les rangs, mais c'est très rare.
- C'est super... Tu comptes tester tous les genres de folies ou tu penses t'arrêter un jour Sam ?
- Très drôle Dean ! T'inquiète pas, je te réserve une jolie chambre voisine de la mienne !
- Du moment qu'il y a une jolie infirmière...
Sam préféra ne pas relever et jeta un coup d'œil à Castiel. Ce dernier ne cachait pas le sourire qu'il avait aux lèvres, et qu'il conserva malgré la remarque de Dean. En même temps, Sam pouvait le comprendre. Voir son frère se comporter presque normalement était agréablement reposant. Même Michaël avait remarqué la nouvelle attitude de son double, sauf que lui paraissait effrayé par ça... Sam ne pouvait pas vraiment lui en vouloir étant donné que son frère l'ignorait ostensiblement. Oui, Dean se comportait "presque" normalement, par contre, il ne souffrait toujours pas la présence de Michaël.
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Castiel observa paisiblement ses humains vivre. Il trouvait cela agréable de les regarder tout en écoutant ses frères. Il avait presque l'impression d'être revenu au paradis, à une époque où tout était plus simple. C'était du temps où il n'avait pas croisé le chemin des Winchester. À cette période, il obéissait volontiers aux ordres, dans la communion permanente avec ses frères. Tout était plus simple, mais aussi plus terne quand il y repensait. Certes, le paradis était agréable, il l'était toujours, mais il avait un goût différent maintenant qu'il s'était incarné dans un humain. Et puis la sensation de liberté et de danger que lui avait procuré le libre-arbitre avait aussi beaucoup changé la donne.
Oui, avant les Winchester, avant Dean, sa vie était plus simple et paisible. Il ne faisait pas d'erreur, ne se sentait jamais coupable ou en colère. Aucun sentiment négatif ne le traversait. Pour autant, il ne serait revenu en arrière pour rien au monde. Rien que sa grâce, qui papillotait dans son corps humain à chaque sourire de Dean, ne lui faisait rien regretter de ses décisions, même les pires. Il devait se faire pardonner pour tout le mal, c'était une évidence, mais il ne regrettait rien pour autant, si ce n'était tout le sang qu'il avait sur les mains. C'était grâce aux épreuves que ça grâce avait recommencé à grandir et c'était grâce à la douleur qu'il comprenait pleinement le bonheur.
Alors il regardait son humain, laissant sa lumière interne s'exprimer tandis que les douces voix de ses frères survivant murmuraient à travers le monde. C'était ça son paradis personnel.
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- Tu te souviens quand tu es venu me voir à mon boulot ? s'amusa Michaël en passant une assiette à essuyer à Castiel. Tu avais l'air complètement perdu ! Je comprends mieux pourquoi aujourd'hui.
- Je ne sais toujours pas pourquoi ce Monsieur m'a crié dessus.
- C'était mon patron Cas', et il avait peur que tu sois venu contrôler les comptes de l'entreprise, expliqua l'irlandais en riant.
- Cas' ? releva Dean avec appréhension.
- Oui, Michaël aussi me surnomme ainsi, c'est étrange... Mon nom vous déplaît ?
- C'est juste un diminutif. C'est affectueux, expliqua Michaël.
- Et depuis quand "Cas'" et toi êtes affectueux ? interrogea Dean en accusant le coup.
- Michaël et moi nous connaissons depuis cinq ans , répondit simplement Castiel.
- Tu te fous de moi là ? Ça fait cinq ans que tu rends visites à mon sosie et tu ne penses pas un seul instant à m'en parler ? Je croyais qu'on était proche Cas' !
- Je ne vois pas le rapport entre Michaël et notre proximité. Je devais simplement garder Michaël en sûreté, quoi qu'il en coûte
- Castiel, je ne vais te poser la question qu'une seule fois : qu'est-ce qu'on en a faire de ce type à la fin ! s'énerva Dean dont le cœur battait à tout rompre en pointant un Michaël confus.
- C'est mon guide, répondit l'ange, comme étonné par la question.
- Ce n'est pas une réponse ça ! Dernière chance Cas' ! Je veux que tu t'expliques clairement et simplement, quitte à ce que je passe pour un crétin, j'y survivrais. Pourquoi veux-tu à ce point le protéger !
- Parce qu'il est ton double, fit Castiel, un peu perdu devant l'incompréhension générale.
- J'en étais sûr, soupira Dean avant de s'éloigner tristement.
- Stop ! cria Sam en arrêtant son frère pour le remettre face à l'ange. Castiel, en quoi est-ce si important de sauver le double de mon frère ? Et essaye de développer un peu tes réponses s'il te plaît !
- C'est ma boussole. Celui grâce à qui j'ai pu te retrouver aux enfers, expliqua Castiel au supplice devant l'incompréhension des humains.
- De quoi tu parles Cas' ?
- Quand Dieu m'a demandé de venir te chercher aux enfers, je ne savais pas comment te retrouver. On m'a fait savoir que Michaël t'étais proche physiquement, mais pas uniquement. Vos âmes sont relativement semblables, assez pour que je m'en serve comme repère, entre autre. Dean, ton âme était en mille morceaux et ton corps avait été salé puis brûlé par Sam. La seule chose qui maintenait ta cohésion en enfer était ta volonté, mais en t'arrachant à l'enfer celle-ci se délitait. J'ai dû utiliser l'âme de Michaël comme base de travail quand je t'ai fait renaître Dean, pour reconstruir ton corps et ton âme.
- Ok, pour ma résurrection, admit Dean en léger état de choque devant ces révélations. Mais maintenant ? Je suis vivant !
- Mais si tu mourrais à nouveau ? demanda l'ange avec une voix étrange. Tu es un chasseur Dean et tu es déjà mort plusieurs fois. Et puis il y a le risque...
- Le risque ? Quel risque ? Parle Castiel !
- En me servant de Michaël pour te faire renaître, j'ai créé une connexion entre vous.
- De quel genre ? s'inquiéta l'irlandais.
- Toi tu ne sentiras rien, mais si tu te fais blesser, ça risque de rejaillir sur Dean. Il en est de même si tu viens à mourir. Le lien disparaît petit à petit, mais il existe encore actuellement.
- Attends deux minutes, dis-moi si j'ai bien tout compris, fit le chasseur en essayant de retenir le sourire de béatitude qui montait à ses lèvres. Si tu t'inquiètes autant de la santé de celui-là c'est parce que...
- … Tu peux être blessé par son intermédiaire et il peut me permettre de te ramener à la vie, quoi qu'il se passe.
- Putain de bordel de merde de foutre Dieu...
- Dean ! le reprirent aussitôt Michaël et Castiel.
- Je... J'ai besoin d'air !
Dean s'enfuit dans sa chambre sans demander son reste. Il se sentait d'un seul coup tellement soulagé que ses jambes s'étaient transformées en coton. Elles le lâchèrent à peine entrée dans la pièce, de même que le reste de son corps qui se mit à trembler. Castiel ne l'avait pas trahit, il n'avait pas essayé de le remplacer. Il était toujours son ange ! C'était son Castiel !
- Je m'excuse Dean, fit un Castiel contrit en apparaissant dans la chambre. Je n'avais pas compris que mes paroles avaient été mal interprétées.
- Laisse tomber Cas', c'est pas grave, lui répondit le chasseur avec un sourire éblouissant.
- Il n'y a que sur toi que je veille Dean. Et un peu sur Sam parce qu'il est important pour toi, mais c'est toi mon protégé. Je sais qu'au purgatoire je n'ai pas semblé réceptif à tes attentions et que je t'ai envoyé un mauvais message quand j'ai décidé de rester au purgatoire, mais si tu veux...
- Stop ! s'écria soudain Dean qui voyait sa joie se transformer en panique devant le regard tendre de l'ange. Arrête-toi la Castiel. Je t'en supplie, ne va pas plus loin. Je ne peux pas, pour Sam, à cause de mon père, parce que ce serait mal, je ne peux pas. Au purgatoire c'était... Tout était différent.
- Je comprends Dean.
Ce dernier détourna les yeux pour ne pas voir le visage de Castiel. Il comprenait oui. Il comprenait bien plus que ce qu'aurait souhaité le chasseur. L'ange savait exactement ce qui le retenait et ça ne lui était que plus douloureux de l'avoir près de lui.
- Dean, je serais toujours là, lui dit-il avait de disparaître dans un bruissement de plume.
L'aîné des Winchester sentit une chaleur apaisante lui parcourir le corps et le détendre. Il avait pourtant sa malédiction en tête et les risques qu'il prenait à apprécier autant les paroles de Castiel mais il ne pouvait pas s'empêcher d'être heureux. Cas' serait toujours là, quoi qu'il arrive. Son ange... Même les promesses faites à son père ne pouvait lui enlever sa joie.
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Michaël regardait une émission à la télé quand l'ombre imposante de son double se plaça entre lui et le petit écran. Dans un pur réflexe de survie, il se recroquevilla sur lui-même et se mit en position défensive, les bras devant le visage.
- Calme-toi, je ne vais pas te frapper, se renfrogna Dean en s'en voulant de la réaction qu'il déclenchait chez l'homme. J'ai juste un truc à te dire.
- Heu... Ok, j'écoute.
- Tu peux arrêter de me regarder comme si j'allais te tuer dans la minute ? râla le chasseur.
- Oui M'sieur...
- Ok, laisse tomber. Je voulais juste te dire : je m'excuse pour tout ce que j'ai pu te faire.
Michaël regarda avec stupéfaction l'homme gêné et légèrement rougissant qui venait de parler. Il avait bien du mal à croire que c'était la même personne qui n'avait eu de cesse de le rabrouer et de le descendre plus bas que terre.
- Je te préviens, je ne me répéterais pas !
- D'accord, répondit simplement l'irlandais, toujours sous le coup de la surprise.
- Bien, maintenant tu m'excuseras mais je vais aller nettoyer mon bébé !
Michaël regarda son double s'en aller presque en sautillant. Il était déjà mort et au paradis ? Pourtant il n'avait rien sentit...
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Castiel soupira de soulagement. Pas de bouteille d'alcool et Dean avait même changé de vêtement avant de se coucher ! Il ne lui restait plus qu'à le border convenablement. En effet, à force de bouger Dean avait repoussé sa couverture et Castiel se fit un plaisir de la remonter jusqu'à son menton en prenant bien garde de lui couvrir les épaules aussi.
L'ange ne remarqua jamais le petit sourire qui ourla les lèvres de son protégé à ce geste.
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- On a un problème, annonça Sam devant son ordinateur après plus d'une semaine de cohabitation. Les flics s'apprêtent à diffuser la photo de Michaël dans tout l'état pour le retrouver.
- Grand bien leur fasse. T'as rien d'autre de plus utiles à nous apprendre ?
- Dois-je te rappeler que sa photo c'est ta photo Dean ?
- Et alors ? C'est pas la première fois qu'on fait la Une des journaux !
- Sauf qu'il va être présenté avec son nom à lui et qu'il est très facile de découvrir que ce n'est pas toi mais ton double !
- Je ne me sens toujours pas concerné...
- Nous devons empêcher ça à tout prix, intervint Castiel, particulièrement inquiet. Michaël va être danger si cela vient à se savoir chez les démons.
- Et pourquoi est-ce qu'ils le recherche d'abord ? grogna Dean renfrogné.
- Il semblerait que tu sois toujours suspect concernant les meurtres de tes amis Michaël. Et il semblerait aussi que tes parents aient été les voir pour leur demander de te trouver.
- Mais, tu es toujours pendu au téléphone avec eux ! s'étonna le chasseur.
- Oui, mais comme je ne peux pas leur parler du fantôme et que je peux pas leur dire ni avec qui je suis, ni ce que je fais, ni où je suis au cas où ils me feraient une visite surprise... Sans compter qu'ils ont dû apprendre que j'avais démissionné.
Dean soupira violemment sous les yeux amusés de Sam.
- Hé, tu ne peux rien dire Dean ! Il a fait exactement ce qu'il fallait sans qu'on le lui dise !
- Mais maintenant on a des parents inquiets à gérer !
- Je dois aller les voir, implora presque Michaël qui n'avait surtout pas voulu alarmer ses parents..
- Impossible, le contra Sam. Les attaques du dullahan sont toujours aussi fréquentes et il vient même le jour maintenant. Si tu retournes chez toi, tu vas mettre tes parents en danger. Je ne vois qu'une solution, finit-il en regardant son frère droit dans les yeux.
- Hein ? Non ! Retire-toi tout de suite cette idée de la tête !
- Aller Dean, ça ne durera pas longtemps ! C'est juste l'affaire d'une journée ! Tu y vas, tu rassures les parents de Michaël et tu reviens !
- Impossible ! Je ne me comporte pas du tout comme l'autre cul béni moi !
- Dean, Michaël ne doit pas être découvert, lui rappela Castiel.
Ça c'était un coup vache. Si Castiel le lui demandait avec cette voix et ces yeux-là, comment pouvait-il refuser ? C'était de l'abus de pouvoir presque et... Dean redirigea rapidement son regard vers Sam avant de trop dévier. C'était peut-être le seul point positif de ce plan merdique, il allait pouvoir s'éloigner de tout le monde et respirer un peu pendant tout une journée...
- Et qui veillera sur vous ? bougonna-t-il tout en se sachant déjà perdu.
- On sait très bien s'occuper de nous-même Dean. Michaël et moi avons nos bracelets et nos colliers et Castiel est toujours là pour nous aider.
- L'affaire d'une journée hein ?
- Minimum deux, confia timidement Michaël. Je vais souvent voir mes parents et je pense qu'ils exigeront que je... Enfin que tu passes au moins une nuit chez eux.
- Au moins ? s'étrangla Dean.
- Ils savent que Jane, Eric et les autres étaient mes amis, et l'histoire à fait les gros titres alors...
- Bordel de merde... Eh bien dommage pour eux, ce sera un jour et c'est tout !
- Dean, s'il te plaît, le supplia Michaël. Soit gentil avec eux.
- Je ferais au mieux, grommela le chasseur, incapable de résister au regard confiant de son ange. Je pars quand ?
- Je te dirais bien tout de suite, d'ici un jour, au plus tard, ta photo sera sur tous les écrans !
- J'ai toujours eu beaucoup de chance...
A suivre...
Bon bah voila, je me suis bien lâchée sur ce chapitre ! Niveau révélation et sentiments, je pense qu'il y a ce qu'il faut XD
Et vous avez peut-être votre petite idée sur ce que je vais trafiquer avec les parents de Michaël ;)
Je veux bien votre avis sur les mini-passages. Je les ai faits pour essayer de montrer le passage du temps et les évolutions de relation sans pour autant rester trois heures sur comment faire la soupe à la tomate par Michaël ou dorer des balles par Dean ni faire un violent : Et deux jours plus tard blablabla... ;p
Bref... 'tite review please ? é.è
