Et nous voilà partit pour le 4ème et dernier chapitre !

Sans plus de suspens, je vous laisse lire ;)

Le cavalier sans tête

Chapitre 4 : la petite maison dans la prairie

Dean regardait la maison depuis sa voiture sur le trottoir opposé. C'était une maison de banlieue comme il y en avait tant, identique à toutes ses voisines avec son jardinet devant, sa boite aux lettres noire et la voiture brillante de propreté stationnée devant le garage. Une maison mignonnette avec ses jolis murs blancs, son toit en ardoise et son perron ombragé. Une maison tout ce qu'il y avait de plus banal dans laquelle se trouvait son cauchemar du moment : les parents de son sosie.

L'approche du moment fatal avec les parents de Michaël lui embrouillait le cerveau. Tout ce que celui-ci avait pu lui raconter lui tournait dans la tête et les souvenirs se mélangeaient déjà. Comment s'appelait ses soi-disant amis ? Jo et Bobby ? Non, ça c'était les siens ! Ceux de Michaël c'était Jane et Billy et ... Et d'autres... Il avait déjà tout oublié ! C'était quoi déjà son boulot ? C'était quoi son plat préféré ? Comment s'appelaient ses putains de parents !

Ne pas paniquer, ne pas paniquer... Oh bordel. Il n'était vraiment pas rassurer à l'idée d'entrer dans cette maison, mais il n'avait pas le choix. Il devait mettre Michaël à l'abri pour sa propre survie. Castiel comptait sur lui pour cette mission ! Et l'idée de voir de la déception dans le regard de son ange ne le tentait vraiment pas. Donc il devait y aller. Maintenant. Tout de suite. Il devait bouger ses jambes et...

- Michaël !

Dean grimaça en entendant la voix hurler le nom de son double. Il était définitivement trop tard pour reculer. Après une grande inspiration, il tendit la main et ouvrit la porte de sa voiture – mais pas son impala chéri, pas moyen de justifier ça aux parents. Il descendit enfin du véhicule avec assurance, un sourire charmeur en guise de bouclier contre tout ce qui pouvait lui tomber dessus.

Deux secondes après, la femme, probablement la mère de Michaël, était en train de lui tâter de le visage en pleurant. Et il ne savait absolument pas comment réagir. Les souvenirs de sa propre mère datait d'il y avait bien trop longtemps...

- Mon petit, mon tout petit ! Où étais-tu ? Ton père et moi avons cru que tu avais été pris en otage !

- Ça va, je vais bien, répondit Dean d'un ton un peu bourru en s'écartant.

Ça ne devait pas être la bonne réaction car la femme le regarda avec stupeur et inquiétude.

- Ça peut aller... Maman...

Prononcer ce simple mot avait été une épreuve en soi pour Dean. Cette femme n'était pas sa mère ! Sa mère était blonde pas châtain ! Sa mère avait les yeux bleus, pas marron ! Sa mère avait une fossette au menton et pas de rides au coin des yeux ! Et surtout, sa mère était morte, se souvint-il avec un pincement désagréable au cœur.

- Excuse-moi Mickey, je n'aurais pas dû te demander ça, souffla gentiment la femme en le regardant droit dans les yeux, avant de lui prendre la main pour l'emmener vers la maison. Je me doute que ça ne va pas.

Dean ne répondit rien et se laissa traîner à l'intérieur de l'habitation. Mais qu'est-ce qu'il fabriquait là ? Pourquoi avait-il accepté de jouer à ce jeu idiot déjà ? Deux yeux céruléens le regardant avec une confiance absolue lui répondirent aussitôt. Dean grimaça malgré lui. Dire qu'il pensait que venir ici allait le calmer un peu... Mais c'était peine perdue, Castiel restait toujours présent dans un coin de sa tête. Et ce coin grandissait un peu plus chaque fois qu'il le voyait.

Dean retint de justesse un soupir de découragement, sachant que le moindre de ses faits et gestes allaient être analysés par la... Dame . Sans trop savoir comment, il se retrouva assis sur un tabouret de bar devant un îlot dans ce qui devait être la cuisine. Il étudia un peu son nouvel environnement pendant que la... Dame – il allait avoir beaucoup de mal avec elle – fouillait dans le frigo. C'était une cuisine des plus banals. Des placards, des plaques de cuisson, un assortiment de couteau – pratique s'il se faisait attaquer – et probablement du sel quelque part dans le coin. À repérer de toute urgence. Est-ce que Michaël lui en voudrait s'il gribouillait deux ou trois pièges à démon dans sa maison ? Bah, en même temps il se fichait un peu de son avis...

Un bruit de faïence ramena Dean sur terre loin de ses préoccupations démoniaques. Il dirigea son regard vers la... Dame, qui venait de poser sous son nez un verre de jus de fruit et... Une part de tarte aux pommes ! Dean considéra aussitôt cette femme comme une sainte. Il prit sa fourchette et attaqua sans attendre le péché sur pâte brisée.

- Je suis contente de voir que tu finis par apprécier mes tartes, fit remarquer la... Dame avec un petit sourire tremblant.

- Je... Heu... J'avais très faim, bredouilla-t-il maladroitement.

Donc son double n'aimait pas les tartes. Mais pourquoi la... Dame lui en avait donné une s'il n'aimait pas ? Et maintenant il faisait quoi ? Il continuait de manger ou recrachait tout en plaidant la folie ? Et puis merde, il aimait la tarte et il était hors de question de gaspiller une telle douceur ! Il fit un sourire rassurant à la... Dame et dégusta le reste de son quatre heures avec un peu plus de modération.

Dean était en train d'essayer de récupérer toutes les miettes éparpillées dans son assiette quand une main passa soudain dans ses cheveux. Un long frisson le traversa et le chasseur réprima un mouvement de recul.

- J'ai eu si peur pour toi mon fils...

Dean avala sa salive de travers. Il s'excusa rapidement entre deux quintes de toux avant de s'enfuir dans sa chambre à toute vitesse. Après s'être trompé trois fois de porte, il finit par trouver sa chambre – du moins il pensait que c'était celle de Michaël – et tenta de reprendre sa respiration. Le jeu de dupe allait être encore plus compliqué que prévu... Non seulement lui et Michaël ne se comportait pas du tout de la même façon, mais en plus cette ambiance... Maternelle ? Le perturbait grandement. Il était à la fois révulsé de devoir jouer les gentils fistons devant des gens qui se croyaient ses parents – alors que les siens étaient morts, enterrés et au paradis, c'était officiel – mais également comme ramolli par l'atmosphère familiale et par la tendresse inquiète de celle qui se pensait sa mère.

Il fallait qu'il appelle rapidement son frère pour se rassurer ! Et l'autre aussi, pour refaire une petite mise au point. En cinq minutes, il avait déjà fait assez de gaffe pour être sérieusement suspect ! Le téléphone en main, il se dépêcha de composer le numéro de Sam sur le portable de Michaël.

- Dean ?

- Le loup est dans la bergerie Sammy ! répondit son frère avec nervosité.

- ...

- Quoi ? T'as vraiment aucun humour...

- Si tu le dis... Tu m'as appelé juste pour faire une blague ?

- Je voulais aussi être sûr que tout allait bien de ton côté Sammy ! expliqua Dean d'un ton faussement joyeux.

Il se sentait déjà un peu mieux après avoir entendu la voix de son frère. Ça lui avait remis les idées en place concernant sa vraie famille.

- Pour l'instant tout ce passe bien, mais bon, tu n'es parti que depuis une heure Dean !

- Crois-moi, ce fut déjà très long pour moi... Sinon, j'aurais besoin de préciser une ou deux choses avec Michaël.

- Tu es sur haut-parleur, on t'écoute.

- Tu n'aimes pas les tartes ? C'est quoi cette blague ! Quand on a une mère qui pâtisse aussi bien, on ne peut pas ne pas aimer les tartes !

- Je ne suis pas fan du sucré en général, expliqua Michaël avec un peu d'embarras.

- Tu veux dire que je vais devoir me priver de TOUS les desserts ? Vous vous foutez de moi !

- On en a déjà parlé Dean, et baisse d'un ton, il vaudrait mieux éviter que ta nouvelle famille t'entende.

- C'est pas ma nouvelle famille ! rétorqua violemment Dean à voix basse tandis que son estomac se tordait douloureusement.

- Je sais Dean, mais pour l'instant fait comme si ! Bon, de quoi tu te souviens de ce que t'as raconté Michaël ?

- Heu...

- Dean, vraiment...

- Hey ! C'est toi la grosse tête Sammy ! Moi je suis l'homme d'action ! Les muscles, la classe et l'élégance !

- Mh... répondit Sam, et Dean pouvait sentir tout son scepticisme dans ce marmonnement. Michaël ? Tu veux bien lui redire l'essentiel ?

- Tu es allergique au chat, s'exécuta l'irlandais de bonne grâce. Maman est femme au foyer mais aide régulièrement la paroisse et papa est directeur des ressources humaines au Wallmart de Richmond. Pour mes amis, à part Castiel ils sont tous morts alors...

Dean préféra ne rien dire là-dessus et laissa Sam s'excuser pour eux deux – il avait l'habitude de s'excuser lui.

- Je bosse dans quoi au fait ?

- Tu étais comptable dans une grande entreprise.

- Pourquoi j'étais ?

- Tu as démissionné.

- Pourquoi j'ai démissionné ?

- Dean ! s'agaça son cadet.

- Quoi ? J'essaye de comprendre !

- Parce que j'avais rencontré Billy, Jane et les autres là-bas, répondit Michaël d'une voix triste.

- D'accord... Je dois m'attendre à voir débarquer une petite Samantha ou bien...

- Non, tu es fils unique, soupira Michaël qui commençait à trouver la situation franchement bizarre.

- Ok. Il faut que je vous laisse, je crois que ton père est rentré ! A bientôt Sammy, et Cas' ? lâcha Dean d'une voix peu assurée. Veille bien sur eux.

Le chasseur raccrocha rapidement. Il n'avait prévu de dire quoi que ce soit à Castiel à la base, mais il n'avait pas pu s'en empêcher et maintenant il imaginait parfaitement l'expression offusquée de l'ange. Comme si ce dernier avait besoin qu'on lui rappelle son devoir ! Un petit sourire tendre naquit sur les lèvres de Dean avant qu'il ne se reprenne.

À travers la porte, il entendait ses... Le couple parler fortement. Surtout le père. Peut-être que s'il jouait bien il allait pouvoir s'en aller plus tôt que prévu ? Il était l'heure de montrer ses talents de comédien ! Dean alias Michael descendit donc les escaliers menant à l'entré avec un grand sourire factice. Sourire qu'il perdit aussitôt.

Nom de dieu.

C'était ça son père ? Mais il ne ressemblait à John en rien du tout ! Comment ces deux là avait pu donner naissance à un beau gosse comme lui ? Dean n'eut pas le temps de se poser davantage de question sur les bizarreries de la génétique que le... Monsieur se précipita vers lui pour l'étreindre. Famille de tactile. La situation allait être encore plus compliquée que prévu... En même temps, ça lui faisait tout drôle de sentir quelqu'un le serrer ainsi, c'était étrange. Très différent d'avec son frère quand ils échappaient à la mort. Ce n'était pas désagréable.

Inconsciemment, Dean se relâcha et profita du moment dans une espèce de brume étonnée

- Ça va aller fiston, ta mère et moi on est là.

Dean serra fortement les dents. Ce n'était vraiment pas la chose à lui dire actuellement. Pas alors qu'il avait les nerfs plus tendus que les cordes d'un banjo. Pas alors qu'il se sentait aussi mal dans sa peau à cause des promesses de son paternel. Pas alors que ce n'était pas réellement son père conte lui. Pas alors qu'il avait désespérément besoin de l'approbation paternel.

Le chasseur s'extirpa des bras de... Du type, avant de se mettre à faire une bêtise. L'homme le regarda avec circonspection avant de lui claquer les épaules avec un sourire maladroit.

- Tu as gagné en muscle depuis la dernière fois mon garçon ! Tu as fait du sport ?

- Heu... Un peu.

Il avait déjà la chance d'avoir la même tête et la même coupe de cheveux que son double, il ne pouvait pas non plus avoir la même masse musculaire ! Surtout au vu de leur vie si différente ! Comptable... Il était comptable ici... Pourquoi pas pilote de ligne tant qu'on y était ?

- Nous... Heu... Nous sommes désolés pour tes amis mon fils, annonça maladroitement le... Type. Nous savons que ça n'a pas du être facile. Tu le sais, tu peux rester ici aussi longtemps que tu veux.

- Je ne fais qu'un passage rapide. Je pensais rentrer chez moi ce soir, annonça Dean avec un sourire qu'il espérait rassurant.

- Oh... Nous espérions que tu passerais au moins la nuit ici...

Dean retint une grimace de désillusion. Michaël l'avait prévenu pourtant ! Il ne pouvait pas décemment refuser l'offre sans paraître encore plus suspect qu'il ne l'était déjà. Il acquiesça donc à la proposition du ... Type. Il venait de gagner une après-midi et un nuit chez des étrangers qui le prenait pour leur fils. Super...

000

Sam retint un soupir alors qu'il manqua une nouvelle fois de se cogner contre Castiel. Ce dernier avait pris le commandement de Dean au pied de la lettre et restait collé à lui et Michaël comme un vieux chewing-gum sous une table d'école. Aucune explication sur l'espace personnel ou sur la possibilité pour Sam de se défendre tout seul grâce aux balles dorées n'avait fonctionné. Castiel continuait de les couver comme une mère ses petits. Un peu plus et le cadet des Winchester aurait pu croire que l'ange était nerveux voir angoissé.

- Castiel, tout va bien ? demanda Sam dans un éclair de lucidité.

- Bien sûr, pourquoi cette question ? répondit l'ange de son air le plus impassible, la tête penchée mais ses poings se serrant et s'ouvrant nerveusement.

- Dean n'est qu'à quelques kilomètres Castiel, tenta de le rassurer Sam. Tu peux aller le voir si tu veux. Moi et Michaël pouvons survivre quelques heures sans toi.

- Je dois veiller sur vous.

- On te promet de nous entourer d'or.

- Je dois veiller sur vous, répéta l'ange plus buté que jamais.

Sam décela avec surprise une légère hésitation dans sa voix. Pas grand-chose, pas assez pour lui donner une ouverture et convaincre l'ange de ne plus rester entre leurs pattes, mais juste ce qu'il fallait pour lui faire dire que Castiel et son frère étaient vraiment deux idiots avec les capacités sentimentales d'une éponge de mer. Et encore, l'éponge de mer trouvait le moyen de s'accoupler, elle !

En même temps, si l'ange n'avait pas fait sa tête de mule au purgatoire, lui et Dean n'en serait peut-être pas là et Sam n'aurait pas à supporter un frère en pleine crise d'adolescence. Il décida donc de le laisser s'inquiéter encore un peu. C'était sa petite vengeance à lui ! Et puis avec un peu de chance, ça allait lui mettre un peu de plomb dans la tête.

- J'espère juste qu'aucun démon n'aura la mauvaise idée d'attaquer Dean pendant ce temps, jeta Sam l''air de rien.

Castiel se crispa aussitôt. C'était petit et minable, aurait reconnu sans problème le cadet des Winchester, mais vu comment les deux s'étaient comportés avec lui, il en avait le droit !

000

Dean était attablé pour le repas du soir. Ses... Parents avaient fini les bénédicités et étaient en train de le servir copieusement. Poulet et purée de patates douce. Finalement il allait peut-être pouvoir supporter sa petite cohabitation forcée avec les parents de Michaël ! Ces derniers n'avaient pas été pénible et n'avaient rien dit quand il s'était enfermé toute l'après-midi dans sa chambre. Dean avait un peu regretté son idée après avoir constaté qu'il n'y avait pas de télé à l'intérieur – la vie était injuste parfois – juste une petite bibliothèque, mais il se sentait plus à l'aise seul que sous les regards inquiets des parents de son double. Au moins s'était-il déjà assuré que la police ne lancerait pas l'alerte enlèvement...

- Tout va bien Mickey ? demanda la dame à ce qu'elle pensait être son fils.

- Super ! répondit aussitôt Dean en reprenant sa tête de fils heureux.

- Fiston, ce n'est pas la peine de faire semblant, soupira son père en lâchant ses couverts.

Dean se tendit aussitôt. Il avait dû faire une boulette quelque part...

- Je sais que ce qui c'est passé avec ce meurtrier en série qui a tué tous tes amis a dû être très dur. Nous comprenons que cela te perturbe, mais ce n'est pas une raison pour mentir à tes parents, fils.

- Vous mentir ? interrogea Dean avec un faux étonnement.

- Mickey, nous voyons bien que ça ne va pas, que tu es triste, compléta le père de Michaël. Et ça nous fait de la peine de voir que tu nous le caches. N'avons-nous pas toujours été à tes côtés ?

- Si, murmura Dean la gorge serrée sans oser regarder ni le père ni la mère de Michaël.

Il se martelait la tête en se disant qu'il s'agissait des parents de son double et pas les siens, mais ces derniers connaissaient tellement les réactions faciales de leur fils, qu'ils arrivaient à en déduire les siennes. Il avait l'impression d'être revenu à l'âge de quatre ans. Des souvenirs diffus remontaient en lui... Rien de très précis, uniquement des sensations et des impressions. Un repas de famille avec ses parents. Un après-midi à jouer dehors. Son frère dans une chaise de bébé...

Et puis sa mère était morte. Et puis son père avait changé. Celui-ci était alors devenu dur, toujours inquiet, son expression prenant de plus en plus en souvent un air égaré. Mais ça n'avait pas eu d'importance pour Dean, son frère était là, et son père aussi, même si parfois ce n'était qu'en pensée. Il ne jouait plus à la balle avec mais apprenait le maniement des pistolets. Au final, peu lui importait l'activité du moment que c'était avec son père. Peu lui importait que leurs sortis soient dans un repère de loup-garou au lieu de la fête du maïs. Peu importait, tant qu'il avait son frère et son père.

Et puis il était mort à son tour.

Et Dean avait enfoui tout au fond de lui ses angoisses d'orphelin. Il pensait ne plus pouvoir être triste à ce sujet, que tout ça était derrière lui. Quelle importance d'avoir ou non ses parents ! Il lui restait son frère après tout ! Sammy était sa famille et ça lui suffisait amplement ! Mais il s'était trompé. Toute la sollicitude que les parents de Michaël reportaient sur lui ainsi que toute leur affection étaient en train de lui extirper cette peine qu'il avait soigneusement enfermée en lui, pour la faire rejaillir au grand jour. Il se sentait aussi démuni qu'à la mort de sa mère ou à celle de son père.

Voila pourquoi Dean ne se débattit pas quand la mère de Michaël s'approcha de lui, le leva et le serra contre elle. Le chasseur, aîné des Winchesters et plusieurs fois ressuscités rendit même l'étreinte avec la force du désespoir. Un corps vint s'ajouter derrière lui, celui du père de Michaël, pour compléter le cercle familial.

À cet instant, Dean se fichait bien de savoir s'il avait ou non le droit de profiter ainsi de parent qui n'étaient pas les siens. Tout ce qui importait, c'est qu'une très vieille blessure était en train d'être apaisée. Malgré l'émotion, il ne versa pas de larme. La douleur remontait à si longtemps que ses pleurs s'étaient taris depuis. Il se contenta de profiter de l'étreinte, le nez enfoui dans les cheveux de la femme qui le prenait pour son fils. Inconsciemment, il se mit à appeler Castiel dans son esprit. Son Castiel, son ange. Comme à chaque fois qu'il se sentait mal, le céleste envahissait ses pensées. Castiel.

- On l'appellera demain pour lui demander de passer, d'accord Mickey ? proposa doucement sa mère en lui caressant le dos.

Dean se figea, réalisant trop tard qu'il avait prononcé son nom à voix haute. Pourtant, contrairement à ce qu'il craignait, il n'eut droit à aucun autre commentaire. A la place, il fut entraîné par la mère de Michaël dans sa chambre. Il retira ses chaussures et s'allongea sur son lit pour ensuite être bordé par la femme. C'était un peu étrange. Habituellement c'était son Castiel qui faisait ça. Cela dit, Castiel ne l'embrassait pas sur le front lui. Et Castiel ne lui caressait pas non plus les cheveux jusqu'à ce qu'il s'endorme...

000

- J'espère que tout ce passe bien, lâcha Michaël inquiet, les yeux rivés sur le portable de Dean.

- Ne t'inquiète pas pour ça, je suis sûr que tout se déroule parfaitement ! Dean a simplement tendance à oublier les autres.

- Je suis quand même inquiet pour mes parents...

- Michaël, commença Sam en posant sa main sur son épaule pour le rassurer. Je sais que ton expérience avec mon frère n'est pas excellente, mais ce n'est pas un mauvais gars. Tu peux lui faire confiance. N'est-ce pas Castiel ? Castiel ?

L'ange ne répondit pas. Il était perdu. Dean lui avait clairement demandé de rester auprès de son frère et de Michaël pour veiller sur eux, mais maintenant il l'appelait ! Qu'est-ce qu'il devait faire ? Il se doutait que Dean lui en voudrait s'il y avait le moindre problème durant son absence mais.. Et s'il avait vraiment besoin de lui ?

- Que t'arrive-t-il Castiel ? s'inquiéta Sam en voyant l'ange figé sur place.

- Que dois-je faire ? lui demanda-t-il avec un air égaré.

- De quoi parles-tu ?

- Dean m'appelle, je dois y aller ou non ? interrogea Castiel avec une voix hésitante. S'il m'appelle c'est qu'il y a une raison mais... Je ne peux pas vous laisser ! Est-ce qu'un démon l'aurait trouvé ? Mais ici il y a le dullahan et...

- Castiel calme-toi ! le rappela brusquement Sam en voyant l'ange perdre pied. Est-ce que mon frère te semble en danger ?

Le céleste regarda le chasseur avec surprise avant de sentir le sang de son vaisseau lui monter aux joues. Il s'était honteusement laissé aller à la panique. Ce n'était pas digne de lui.

- Non, je ne sens pas de peur dans sa demande.

- Alors tu n'auras qu'à aller le voir demain, proposa Michaël. Ça ne dérangera pas mes parents, ils apprécient toujours tes visites. Même quand je ne suis pas là...

L'ange ne tint pas compte de la critique à peine déguisée. Il était plus occupé à se retenir de poser la question qui lui brûlait les lèvres :" pourquoi pas dès ce soir ?". Sauf qu'il connaissait déjà la réponse. Le dullahan attaquait sans distinction de jour et de nuit maintenant, mais il avait quand même une préférence pour l'ombre. Il devait donc rester.

Ça ne lui avait jamais paru aussi dur d'être loin de Dean. C'était comme si en plus d'une semaine de cohabitation forcé avec lui ils avaient finit par resserrer leur lien et bien plus encore. Oui, c'était compliqué et douloureux d'être éloigné de son protégé...

000

La mère de Michaël, Elisabeth, enfila rapidement sa robe de chambre et se précipita vers la chambre de son fils. Elle entendant ce dernier gémir dans son sommeil depuis son lit. En entrant, elle vit Michaël, raide dans son lit, le visage crispé et en sueur. Elle s'assit à ses côtés et essaya de le réveiller tendrement.

- Michaël ?

- Mh...

- Michaël mon chéri.

- Castiel ? bredouilla son fils en papillonnant des yeux.

- C'est maman chéri.

- Maman ? Pas morte ?

- Ce n'était qu'un vilain cauchemar Mickey. Je suis là, rendors-toi.

- Cas'...

Elisabeth laissa son fils s'endormir en murmurant le nom de son dernier ami vivant. Elle ne savait pas si c'était étrange ou non, malgré tout, le ton employé lui fit un drôle d'effet. Son fils n'avait pas ramené beaucoup de fille à la maison et elle commençait à se poser des questions...

000

- Ça va aller Michaël ! Reprends-toi !

Sam essaya de calmer le pauvre irlandais tétanisé qui claquait des dents. Le dullahan était venu alors qu'il se trouvait dans le sommeil profond et le réveil avait été particulièrement rude pour lui. À vrai dire, Sam savait que même lui aurait mit du temps à retrouver un rythme cardiaque normal, mais là, le pauvre homme l'inquiétait vraiment. Il n'avait pas bougé depuis que l'ange était intervenu et ses yeux n'arrivaient pas à se fixer sur quoi que ce soit.

- Tu peux faire quelque chose Castiel ? appela Sam.

L'ange s'approcha et posa deux doigts sur le front de l'homme. Deux secondes plus tard, Michaël s'était endormi. Sam le rallongea dans son lit et le recouvrit de la couverture avant de se relever, le visage marqué par l'inquiétude.

- Que s'est-il passé ?

- Rien de plus que d'habitude, expliqua Castiel sombrement. Le dullahan a attaqué et j'ai protégé le corps de Michaël.

- Que veux-tu dire par « protégé son corps » exactement ? demanda Sam avec un très mauvais pressentiment

- Je vous l'ai dit, les dullahans finissent par avoir leur victime, d'une façon ou d'une autre. Parfois en déclenchant la folie de leurs proies par le manque de sommeil ou la terreur permanente.

- Pourquoi je n'ai rien moi ? demanda Sam avant de se rendre compte de l'idiotie de sa question.

Sa résistance, il l'a devait à la chasse et... A Lucifer. Avoir le diable dans sa tête pendant plusieurs semaines avait sensiblement augmenté sa résistance à la folie. Ce qui ne tue pas nous rends plus fort, pensa amèrement Sam.

- Je veillerais sur Michaël en particulier dans les prochains jours, affirma Castiel.

- Et Dean ?

- Il n'est pas en danger contrairement à vous, indiqua l'ange avec difficulté.

- Je vais veiller avec toi cette nuit. De toute façon, je ne suis pas prêt de me rendormir !

000

Dean eut un moment de panique en se réveillant le lendemain. Il lui fallut un moment pour se rappeler ce qu'il faisait dans cette chambre soignée et proprette et pourquoi il n'avait pas son flingue sous l'oreiller – Sam le lui avait interdit. Il se leva en grognant et partit prendre une douche et se changer. Ses souvenirs de la veille étaient flous, mais juste assez net pour le rendre mal à l'aise. Il s'était laissé aller et c'était inexcusable. Il n'était pas là pour inquiéter encore davantage les parents de Michaël mais au contraire pour les rassurer et mettre les voiles ! Il n'était vraiment pas faire pour jouer la comédie...

Dean descendit dans la cuisine pour le petit déjeuner avec la ferme intention de paraître heureux et en plein forme, mais comme la veille, ses résolutions fondirent comme neige au soleil devant le tableau familial que formait les parents de Michaël. Son double avait sacrément de la chance...

- Mickey ! Comment ça va ce matin ? l'interrogea doucement sa mère.

- Je pète la forme !

- Je vois ça, lui répondit-elle avec une petite hésitation. J'ai préparé des pancakes pour le petit-déjeuner.

- T'es la meilleure ! Il y a du café ?

Le père de Michaël lui servi son café sans broncher. Il s'appelait Gavin et s'inquiétait pour son fils. Sa femme lui avait raconté la scène de la nuit passé et son attitude actuelle ne le rassurant pas le moins du monde. Son langage avait changé, de même que sa façon de se déplacer ou de se comporter de manière générale. Et puis, il y avait son regard, particulièrement sombre. Pourtant au téléphone tout lui avait paru normal ! Mais maintenant qu'il avait son fils en face de lui, il se faisait vraiment des cheveux blancs.

Dean ne se rendait absolument pas compte de ce qu'il se passait dans la tête du père de son double. Tout ce qu'il voyait c'était ses pancakes, son café et l'ambiance souriante autour de lui. Il avait l'impression d'avoir été plongé dans du coton, et même s'il ne l'avouerait que sous la torture, il aimait ça. Il avait recherché une équivalence avec Ben et Lisa, mais ça n'avait pas correspondu réellement à ses attentes. Il ne souhaitait pas être le père d'un gamin ou le mari d'une femme, il voulait juste retrouver un peu de son enfance perdu, et pour une fois que la destinée accédait à sa demande, il n'allait pas faire la fine bouche !

- J'ai pris des places pour le match de base-ball de demain, annonça le père de Michaël. Je me disais que ça te changerait les idées.

- Heu... Je... C'est à dire que... bafouilla Dean.

- Tu n'aimes plus le base-ball ?

- Non... Enfin si ! Mais... J'ai un appel à passer !

Dean termina rapidement ses pancakes et s'enfuit dans sa chambre – la chambre de Michaël ! Pas la sienne ! - à tout vitesse. Il voulait bien abuser un peu mais il y avait des limites. Et puis ce n'était pas son père ! Il fallait absolument qu'il se fourre ça dans le crâne. Ce n'était pas sa famille, sa famille à lui c'était uniquement Sam ! Il n'avait que lui, il ne devait pas l'oublier, jamais ! Il composa avec précipitation le numéro de son frère en priant pour qu'il décroche.

- Réponds Sammy, répond...

- Allô ?

- Sam ! T'étais où bordel ? s'énerva un Dean sur les nerfs.

- Sous la douche, ça m'arrive le matin...

- Oh... Ouais, pardon.

- On peut savoir ce qu'il te prend ? Pourquoi tu appelles de si bonne heure ? Il y a un souci ?

- Heu... Non, pas vraiment, fut obligé d'avouer Dean en se sentant un peu embarrassé pour le coup.

- Alors quoi ?

- Rien je... Je voulais juste savoir si ça allait, dit-il sur un ton pitoyable.

- Ça va Dean, je vais bien. Le dullahan ne m'a pas mangé cette nuit, lui répondit Sam avec un peu plus de douceur. Rien de nouveau de ton côté ?

- Bah... Je suis invité à un match de base-ball demain...

- Et alors ? Tu as accepté ?

- Pas tout à fait non... Je devrais ? demanda-t-il avec hésitation.

- Dean, tu as l'air bizarre... Encore plus que d'habitude ! se moqua Sam avec une pointe d'inquiétude.

- C'est rien Sammy, juste... C'est bizarre d'être là, au milieu de la famille Ingalls ! J'ai l'impression d'être... Déplacé.

- Dean, vas-y, je sais que ça te ferait plaisir et j'en parlerais à Michaël si ça peut te rassurer ! Je lui expliquerai que tu n'as pas eu le choix.

- Quand même, je ne crois pas que...

- Dean, tu y vas c'est un ordre !

- D'accord Sammy, soupira son frère avec un certain soulagement. Et sinon, comment va Cas' ? interrogea Dean en essayant de paraître le plus neutre possible.

- Il tourne comme un lion en cage. Je pense qu'à force on va avoir une belle tranchée au milieu du salon !

- Ça ne va pas ?

- Disons qu'il est inquiet. Pour toi.

- Oh...

- Quoi ? C'est tout ce que tu as dire ? demanda Sam ahuri.

- Il faut que je te laisse !

Dean raccrocha avant que son frère n'aille plus loin dans ses questions. Ce n'était ni lieu, ni le moment. Ça ne sera jamais le lieu et encore moins le moment... Et maintenant qu'était-il censé faire ? se questionna Dean en regardant la porte. Il ne pouvait pas décemment rester enfermé dans sa chambre. Ça n'allait pas particulièrement arranger les histoires de Mimi. Il ne lui restait plus qu'à aller affronter les habitants de la maison du bonheur en espérant qu'il ne finisse pas en marshmallow fondu avant la fin de la journée.

000

- Dean à appeler, Michaël, annonça Sam en entrant dans la cuisine.

- Tout va bien ?

- Ça a l'air. Il m'a dit qu'il avait été invité à un match. Pas moyen de refuser.

- Rien d'étonnant, répondit l'irlandais les yeux brillants d'amusement. Je suis désolé, je crains que ton frère ne soit coincé chez mes parents encore deux jours. Au minimum.

- Très rassurant. En espérant qu'il pourra se délivrer pour le rituel !

- Ça devrait être possible, rit Michaël, rapidement suivi de Sam.

- Dean va bien alors? demanda l'ange de la maison avec un regard de chiot battu.

- Oui Castiel, mon frère va bien. Il a demandé de tes nouvelles d'ailleurs.

- Oh...

Sam fut choqué par le sourire resplendissant qui apparut subitement sur les lèvres de l'ange. Si en temps normal sa nature céleste ne se voyait pas, là elle transpirait littéralement de lui. C'était réellement un sourire angélique, du genre qui donnait envie de déposer les armes et d'embrasser son voisin. Le sourire d'un ange qui était tombé pour un homme... Lumineux était le mot juste.

Sam jeta un petit coup d'œil à Michaël et constata que ce dernier était aussi stupéfait que lui par la transformation de Castiel. Oui, si l'histoire n'était pas réglé après la disparition du dullahan, Sam se faisait la promesse d'enfermer les deux amoureux transis dans une cave – ou une chambre, il verra les détails plus tard – jusqu'à ce qu'il s'y déroule des choses interdites aux moins de seize ans !

En attendant, il accepta de bon cœur le petit déjeuner fait par Michaël et ils décidèrent ensemble d'un entraînement au corps à corps et à l'arme blanche l'après-midi, le tout sous le regard toujours comblé de Castiel.

000

Gavin commençait à s'alarmer sérieusement pour son fils. Ils avaient passé la journée ensemble mais ce dernier restait distant avec lui. Si on omettait le premier soir où lui et Elisabeth l'avaient serré contre eux, Michaël était resté sensiblement loin d'eux. Et ce qu'il voyait dans son regard... Gavin ne savait pas ce qu'avait pu traverser son fils ces derniers jours, mais cela semblait l'avoir marqué profondément. C'était une évidence pour lui, son fils avait des problèmes, et vu sa façon de se goinfrer et de passer de la joie à tristesse, il commençait à soupçonner une petite dépression. En soi, ça n'avait rien d'anormal au vu des événements, mais même quand il angoissait Michaël ne se refermait pas autant sur lui-même d'habitude. Sans compter que Gavin avait constaté qu'une bouteille d'alcool avait disparu du bar. C'était vraiment alarmant et il était hors de question que son fils sombre de l'alcoolisme !

Enfin, ce n'était pas le moment de se poser trop de questions, les policiers allaient passer dans peu de temps pour interroger Michaël sur ces horribles meurtres et sa femme était plus stressée que jamais.

- Tout va bien se passer mon amour.

- Je l'espère, mais Michaël est si... Étrange en ce moment, avoua-t-elle à son mari.

- Je sais, mais nous devons avoir confiance en lui et je te promets d'aller lui parler ce soir.

- J'ai refais une tarte, il semble aimer ça maintenant...

Gavin embrassa les cheveux de sa femme pour la réconforter et alla ouvrir à la police, la sonnette venant d'être actionnée.

- Messieurs.

- Monsieur, Madame.

- Je vais chercher mon...

- Je suis là ! s'annonça Dean en descendant les escaliers. Salut les gars !

- Installez-vous dans le salon, proposa le père de Michaël aux deux policiers en jetant un regard de réprobation devant la familiarité de son fils.

Dean grimaça légèrement. Les vieilles habitudes avaient la vie dure. Pourtant, cette fois-ci il devait vraiment faire attention. Même sans parler des démons ou de quoi que ce soit d'autre, il préférait éviter de faire enfermer un pauvre gars, genre Michaël, parce qu'il avait mal répondu à un interrogatoire. Au moins avait-il un casier vierge pour une fois...

- Monsieur O'Brienn, étiez-vous présent le soir des premiers meurtres ?

Son sosie oui, lui il était en train de siffler une bière à plusieurs kilomètres de là.

- Oui M'sieur, j'étais là. Je venais de les rejoindre quand c'est arrivé.

- Pouvez-vous nous dire ce qu'il s'est passé ?

Un fantôme monté sur canasson à fait un carnage parmi les habitants de votre ville, mais promis, il se chargeait de son cas !

- Mes potes étaient dans le cimetière et buvaient en m'attendant Je suis arrivé en même temps qu'un type avec une tronçonneuse et lui il a... enfin vous savez quoi...

Surtout ne pas s'étendre dans les détails et laisser les flics combler les vides comme ils pouvaient ! Dean leur souhaitait d'ailleurs bien du courage à ce sujet...

- Pouvez-vous nous décrire le meurtrier ?

Il est décapité. Et puis il a une colonne vertébrale dans une main. Et il se balade à cheval. Ça va vous aider à le retrouver ?

- Il faisait noir, mais je crois bien que c'était un homme, pas très grand, un peu rondouillard avec les cheveux courts. Il portait un costume noir et une barbe de quelques jours.

- Vous pouvez nous en faire un portrait robot ? proposa l'un des policiers en lui tendant une tablette avec un logiciel de création de profil.

- Bien sûr M'sieur.

Et voila pour Crowley ! Ça n'allait pas lui faire grand mal, mais ça avait des chances de l'emmerder, et ça, ça n'avait pas de prix ! Dean aurait bien aimé voir la tête de son prochain client en découvrant le meurtrier à la tronçonneuse après avoir invoqué le démon des croisements ! Ça lui apprendra à ce salopard de roi des enfers...

L'interrogatoire se poursuivit encore quelque temps et, suite à plusieurs regards étonnés vers lui, il dut refréner sa joie de faire chier Crowley et paraître un peu plus affecté par la mort de ses "amis". Il dut aussi inventer tout un tas d'excuse pour ses jours d'absences et mentir comme un arracheur de dents sur les appels de ses "amis". Il se voyait mal dire aux flics que ces derniers l'avaient appelé pour le prévenir qu'un fantôme arrivait !

Quand enfin la séance de question fut terminé – les policiers n'avaient jamais eu autant de renseignement sur un dossier avec fantôme ! Crowley allait vraiment le détester après ça... -, c'était l'heure de manger et Dean se régalait déjà à l'idée des bons petits plats préparés par maman Michaël. Elle cuisinait du tonnerre et il avait droit à de la tarte maison tous les soirs ! En plus, on le resservait sans qu'il n'ait à demander quoi que ce soit. Le pied total quoi ! Dommage que Sammy ne puisse pas en profiter. À coup sûr il aurait adoré, lui qui rêvait d'une vie normale... Peut-être qu'il pouvait le faire passer pour un nouvel ami ? C'était probablement encore un peu tôt. Les gens normaux n'enterraient pas leurs anciens amis si rapidement ! C'était une spécialité de chasseur ça...

C'était quand même dommage que son frère ne soit pas là. Sans parler de Castiel...

Dean se mordit l'intérieur des joues à cette pensée. Il avait réussi à tenir plusieurs mois sans le voir ou presque, et un peu plus d'une semaine à ses côtés avait suffi pour qu'il devienne indispensable à sa vue ! Il était en manque. En manque de son ange, c'était une certitude, mais aussi en manque de son frère, en manque de sa vrai famille... Il ne détestait pas celle-là ! Mais ce n'était pas pareil que son vrai frère qu'il connaissait par cœur. Ce n'était pas pareil que d'avoir son Cas' à ses côtés.

Le lendemain soir il rentrerait à la location, c'était nécessaire.

Les parents de Michaël avaient pu voir le visage de Dean s'assombrir au fur et à mesure de son introspection, au point de se mettre à jouer avec sa tarte au lieu de la manger. Ça confirmait ce qu'ils craignaient, leur fils allait mal.

Gavin décida de prendre les chose en main et poussa son fils à se lever pour l'asseoir plus confortablement dans le canapé du salon.

- Il faut qu'on parle fils.

- Ça à l'air très sérieux dites donc ! fit le chasseur faussement amusé.

- Michaël !

Dean se tendit aussitôt, sentant que ça n'allait pas très bien tourner pour lui.

- Ta mère et moi sommes très inquiet pour toi. On ne te reconnaît plus.

Dean ne put empêcher une grimace de venir s'inscrire sur son visage. Heureusement qu'il ne reconnaissait pas Michaël en lui ! Bon, ça voulait dire que ses « talents » d'acteur étaient vraiment à la ramasse, mais c'était un poil rassurant aussi. Mais en faisant des efforts il n'était pas son double.

Une main sur son épaule le fit sursauter.

- Mickey, tu as beaucoup changé. Tu parles de façon grossière, tu es distant et en plus tu bois. Tu peux tout nous dire fiston, insista Gavin en l'obligeant à le regarder droit dans les yeux.

L'aîné des Winchester fut forcé de plonger son regard dans celui du père de Michaël. Clairement, ce n'était pas son père. Il avait les yeux verts, ses cheveux étaient blonds tirant vers le roux et il avait des tâches de rousseurs sur le visage. Ce n'était pas John Winchester. Et pourtant, Dean retrouvait quelque chose de son propre père dans son regard. Peut-être était-ce parce que l'homme ne doutait pas une seconde qu'il était son fils ou alors était-ce parce qu'il ne demandait que ça, de revoir son père... Le fait est qu'il avait la gorge bloquée et qu'il se retrouvait incapable de dire un mot.

Il savait que la bouteille d'alcool avait été une mauvaise idée mais c'était une précaution plus qu'autre chose. Il voulait simplement avoir de quoi s'abrutir au cas où la journée se serait mal passé mal. A priori, il avait bien fait de prendre ses précautions... Pour ce qui était du reste, il n'y pouvait pas grand-chose. Il n'avait pas franchement été élevé pour faire les soirées mondaines !

- Mickey, j'aimerais que tu nous parles.

Dean était bloqué. Le père de Michaël continuait de le regarder droit dans les yeux et tout un tas de souvenir remontait en lui. Des souvenirs qui dataient et qu'il avait conservé précieusement. Ses parents lui manquaient, terriblement. Il avait beau se « consoler » avec Sammy, ce n'était pas tout à pareil.

- Tu es entré dans un gang ? Tu as fait de mauvaise rencontre ?

- Non, ne put s'empêcher de contester Dean. Pas de mauvais rencontre et pas de gang. J'ai juste... Besoin d'un peu de temps, avec la mort de Billy et des autres...

C'était une excuse bateau mais il n'avait rien trouvé de mieux. Et encore une fois, le nom de Castiel résonna dans sa tête, lui brouillant les pensées. Il voulait son ange. Il se sentait perdu et pris au piège devant les parents de Michaël. Il avait besoin de Castiel.

- Je suis désolé Mickey, je comprends, soupira Gavin avant de serrer son fils contre lui.

Dean accepta l'étreinte dans l'espoir que la douleur de ses émotions s'atténue. Sentant que le manque ne diminuait pas, bien au contraire, il s'éloigna et prétexta d'aller se coucher pour s'enfermer dans sa chambre. La bouteille ne survécut pas à la soirée.

000

- Castiel ? s'inquiéta Sam en voyant l'ange figé dans une pose misérable au milieu du salon.

- Tu m'as dit que Dean allait bien, souffla Castiel d'une voix légèrement accusatrice.

- C'est ce qu'il m'a dit au téléphone. Pourquoi ? Ça ne va pas ?

- Il prie. Il m'appelle. Dans sa tête.

- Va le voir Cas', lui proposa Sam, particulièrement peiné devant la douleur de l'ange.

- Non, je dois vous veiller. Les attaques du dullahan sont de plus en plus fréquentes et Michaël est de plus en plus perturbé par tout ça.

- Castiel, demain, quoi qu'il arrive, tu vas voir Dean ! ordonna Sam.

Deux gosses. Sam avait affaire à deux adolescents en pleine crise amoureuse. Ça aurait pu l'amuser si ces deux ados n'étaient pas adultes et particulièrement bornés, si l'un d'eux n'était pas son frère et s'il ne lui pourrissait pas la vie à cause de ça. C'était vraiment triste de voir comment ces deux là pouvaient se compliquer la vie alors que le bonheur était à porter de leur main. Mais foi de Sam, il n'allait pas laisser faire ça encore bien longtemps !

000

Dean se réveilla au beau milieu de la nuit sous l'impulsion d'un cauchemar. Aussitôt, il sentit deux bras l'entourer et le presser contre un corps féminin. Ce devait être la mère de Michaël, mais ça n'avait aucune importance. L'alcool n'avait pas réussi à éloigner les cauchemars, et l'absence de Castiel même la nuit le rongeait. Même quand il était odieux, même quand il l'envoyait promener pour un rien, Castiel venait toujours le voir la nuit, pas longtemps, mais ne serait-ce qu'une minute ou deux. Il le savait car au réveil il n'avait pas de gueule de bois et qu'il ne manifestait aucun symptôme d'un véritable alcoolique. Grâce à Castiel. Son ange qui prenait soin de lui et s'assurait qu'il ne tourne pas mal. Mais là, il avait la gueule de bois. Castiel n'était donc pas passé.

Logiquement il en comprenait très bien les raisons, l'ange devait s'occuper de son frère et de Michaël et le putain de fantôme amateur de poney devait être de plus en plus emmerdant. Mais c'était son ange... Et c'était la nuit... Juste un peu... Juste pour savoir qu'il comptait encore pour Castiel...

Sans s'en rendre compte, les larmes s'étaient mises à dévaler ses joues et il hoquetait à cause de sa respiration difficile. Le plus dur, c'était de se rendre compte qu'il était devenu dépendant d'un petit rien et que ce petit rien risquait de le mener à sa perte. Il n'avait pas le droit ! Il devait se détacher de son ange. Pour tenir les promesses faites à son père. Pour le bien de Sam ! Pour que son frère vive...

Gavin avait rejoint sa femme dans la chambre de leur fils. Ce dernier avait fini par céder sous la pression et sanglotait dans les bras de sa mère. Le père de Michaël était mortifié par les bribes de mot qui sortaient de la bouche de son fils. Plusieurs revenaient régulièrement. Sam. Castiel. Promesse. Papa. Pas le droit. Gavin se sentait soudain responsable de l'état de son fils. Apparemment, ce Castiel et ce Sam était très important pour lui. Il était temps d'avoir une vraie une discussion d'homme à homme... Mais ça attendra le lendemain, son fils s'était rendormi épuisé. Il valait mieux qu'il dorme pour l'instant.

000

Sam observait Castiel. C'était assez étonnant de voir comment l'anxiété se trahissait chez l'ange. Sa posture était tellement raide qu'un balai paraissait tordu à côté, sa tête se tournait vers le moindre bruit comme un faucon aux abois et il avait la bougeotte. Mais le plus intéressant, c'était ses mains. Tout d'un coup, il semblait ne plus savoir que faire de ses appendices. Tantôt il les serrait et les fermait avec nervosité, tantôt il essayait de les caler quelque part sur son trench-coat, avant de finalement les frotter l'une contre l'autre.

Un ange nerveux était spectacle assez inédit et perturbant. Sam aurait presque eu pitié du dullahan s'il prenait l'envie à ce dernier d'apparaître une troisième fois cette nuit. Presque. Mais vu l'état de fatigue mental de Michaël, c'était tout sauf à souhaiter. Le pauvre était réellement en train de perdre pied. Il se réveillait en sursaut très régulièrement, hanté par des bruits de sabot ou des coups de fouet. Castiel avait beau le rendormir continuellement, l'irlandais devenait obsédé par le cavalier sans tête.

Ils avaient bien tenté de protéger à nouveau l'habitation elle-même, mais l'or ne tenait pas dix minutes avant de se décomposer en pâte noirâtre. La réserve de balles dorées diminuait dangereusement et Castiel allait bientôt être le dernier rempart en Michaël et le fantôme. Il n'était plus envisageable que l'ange s'éloigne de son protégé bis.

- Ne peut-on avancer un peu la date du rituel Castiel ?

- Impossible Sam.

- Tu pourras faire tenir Michaël jusque là ?

- Je ferais ce qu'il faut.

En attendant, Sam comptait bien s'assurer que la santé mental de tout le monde reste intacte, y compris la sienne dans l'idéale.

000

Dean se réveilla paisiblement le lendemain, jusqu'à ce qu'il découvre qu'il n'avait pas rêvé la veille. Oui, il avait bien la gueule de bois. Donc non, Castiel n'était pas passé.

À peine levé et déjà le moral miné, Dean alla rejoindre la famille de Michaël à la cuisine après s'être préparé. Il savait qu'il avait une tête de zombie – et encore, certains zombis avaient l'air plus frais que lui – grâce au miroir de la salle de bain, mais il n'avait pas vraiment le choix. Il lui fallait du café à tout prix et du paracétamol ne serait pas du luxe non plus. Quand il découvrit les visages des parents de Michaël, il se dit qu'il aurait peut-être mieux valut qu'il fugue par la gouttière en fin de compte...

Pitié, il lui fallait au moins son café et de quoi calmer son mal de crâne avant d'envisager ouvrir la conversation !

Par bonheur, il eut droit aux deux sans avoir eu besoin d'ouvrir la bouche. Il engloutit les produits miraculeux sans hésitation. Ça faisait définitivement trop longtemps qu'il n'avait pas eu la gueule de bois... C'était 'achement pratique d'avoir un ange quand même ! Aussitôt, à cette simple pensée, son moral chuta au plus bas.

- Mickey ? appela avec hésitation le père de son double.

- Mh ?

- As-tu quelque chose à nous dire, à ta mère et moi ?

Je ne suis pas votre fils mais un chasseur qui se fait passer pour votre fils parce que ce dernier est pris pour cible par un fantôme barge, pensa amèrement Dean. Vraiment un matin de merde...

- Pas spécialement...

- Nous avons remarqué que... Heu... Tu semblais vraiment attaché à ton ami... Castiel...

La tasse de café de Dean se fracassa au sol quand ce dernier la lâcha de surprise.

- Je suis désolé, je vais nettoyer tout de suite ! baragouina rapidement Dean avant de nettoyer ses dégâts.

- Mon fils, nous ne sommes pas complètement idiots ta mère et moi, intervint un Gavin triste devant l'attitude de son fils. Qu'y a-t-il entre toi et Castiel ?

- Rien, absolument rien ! C'est juste un ami, affirma Dean avec un sourire maladroit, les yeux fixés sur la mare de café.

- Tu aimerais que ça aille plus loin ou c'est déjà plus qu'un ami ? insista Elisabeth en prenant le torchon trempé des mains de son fils.

- Il n'y a rien entre moi et Cas' ! Je vous le jure ! insista le double de Michaël sur un ton presque suppliant.

- C'est à cause de nous ? interrogea la mère en le forçant à la regarder.

- C'est... Papa... murmura difficilement Dean en pensant à John Winchester.

Le couple se regarda et finalement, Gavin vint prendre la place d'Elisabeth, se positionnant juste devant son fils.

- Mickey, ta mère et moi t'aimerons quoi qu'il se passe, et qu'importe la personne avec qui tu es.

- J'ai des doutes, marmonna aigrement Dean en pendant à la tête de son père s'il lui apprenait qu'il appréciait les hommes au-delà des femmes.

Dean aimait son père et il chérissait chaque souvenir qu'il avait conservé de lui. Il se refusait à le décevoir, même mort ! Or son père lui avait clairement fait comprendre qu'il devait aimer les femmes et surtout qu'il ne devait jamais renier une promesse. Il ne pouvait pas avoir Castiel...

- Fiston, ne remet jamais en doute ce genre de chose, répliqua violemment Gavin après un moment d'hébétement. Nous t'aimerons toujours car nous sommes tes parents ! C'est notre privilège de t'aimer quoi que tu fasses ! Je t'interdis de jamais remettre en doute cela ! Tes parents t'aiment mon fils, n'ose plus jamais insinuer le contraire !

- Même si je romps nos promesses ? railla Dean avec toujours autant amertume dans le voix.

- Aucune promesse ne justifie que tu sois malheureux Mickey. Aucune. Je suis désolé si je t'ai paru insistant sur ma volonté de petit-enfant ou si je t'ai fait croire que je ne t'accepterais pas quoi qu'il se passe. Michaël, soit simplement heureux, peu importe avec qui, et je le serais aussi.

Dean sentait ses yeux s'humidifier à ces paroles. Bien sûr, ce n'était pas son père face à lui, ni sa mère, ses deux parents étaient morts. Il ne lui restait plus que Sammy. Son Sammy, son petit frère. Mais malgré tout, les paroles des parents de Michaël faisaient écho à des souvenirs en lui. Des souvenirs qu'il avait occulté avec le temps et les circonstances.

« - Dean, n'oublie jamais, si tu as la chance de rencontrer l'amour de ta vie, ne le laisse pas filer. »

Il avait vingt et un ans et son père fêtait tristement l'anniversaire de la mort de sa mère, une bouteille en main.

« - Je veux partir à la chasse avec toi papa !

- Non mon fils, je veux que tu me promettes de rester pour protéger Sammy ce soir. J'ai peur pour lui.

- Oui papa, bouda un Dean de quinze ans avant de prendre sa mission très aux sérieux »

Son père était revenu avec d'importantes blessures. Ce n'avait pas été un petit nid de vampire et les chances de survie de Dean auraient été très faible s'il était venu. Mais déjà à l'époque il était buté et se croyait assez fort pour tout affronter ! Alors son père avait trouvé la parade : protège ton petit frère. Une grande mission pour un bonhomme qui commençait tout juste à entrevoir l'âge adulte.

« - Dean, je sais que je t'ai demandé de veiller sur Sam, mais n'oublie pas de vivre.

- Je te l'ai promis papa, je le protégerais ! répondit Dean avec la force et la conviction de ses vingt ans.

- Je sais mon fils, mais ne t'oublie pas non plus. »

Ils venaient de finir une chasse contre un loup-garou pendant que Sam était à l'école et Dean s'était pris une belle correction. Son père l'avait soigné en lui disant de faire plus attention. Dean avait répondu que tant que ce qu'il faisait protégeait Sammy, ça n'avait aucune importance. Le regard de son père avait été particulièrement triste ce jour-là.

« - On peut savoir ce qu'il t'a prit ? s'énerva John Winchester.

- J'ai fait ce que j'avais promis de faire, je deviens un chasseur ! répondit fièrement Dean du haut de ses seize ans.

Il avait laissé Sammy au bon soin d'un pasteur pendant qu'il était allé sur sa première affaire. Il avait enquêté tout seul, fait toutes les recherches et cramé les os du fantôme sans l'aide de personne ! Il était le plus jeune chasseur existant, et son père allait être fier de lui ! Mais alors... Pourquoi le grondait-il comme s'il était encore un enfant ?

- Sammy est en sécurité, j'y ai veillé avant d'aller à la chasse, déclara soudain Dean en imaginant que la raison était là. Il ne craint rien !

- Idiot de fils !

Dean lâcha son arme, choqué. Il avait été tellement persuadé que son père allait le féliciter ! Voir peut-être l'emmener à la chasse avec lui désormais ! Alors pourquoi l'engueulait- il? Il ne comprenait pas...

- Dean, écoute-moi bien, commença John en empoignant son fils. Je ne veux plus jamais que tu partes en chasses tout seul ! Pas tant que je serais là ! Tu m'entends ?

- Mais, j'ai promis de devenir un chasseur plus tard et...

- Dean ! Oublie toutes ces foutues promesses ! Je t'interdis de te mettre en danger à cause d'elles tu m'entends ! Pas si tu peux faire autrement ! Les promesses sont là pour te protéger toi et ton frère, pas pour te faire détruire ! »

Comment avait-il pu oublier tout ça ? Pourquoi ne s'en rappelait-il que maintenant ? Son père était fort oui, un super-héros, le gars qui sauvait les gens dans l'ombre. Mais c'était aussi son papa, tout simplement. Un papa qui était parfois un peu maladroit, pas toujours le plus fort, pas toujours un roc... Ce dont il venait de se souvenir, c'était les souvenirs où son père montrait ses fêlures et ses faiblesses, et il les avait occultés... Parce qu'il ne pouvait pas... Il ne pouvait pas imaginer son père en état de faiblesses quand il avait besoin d'une image forte. Il ne pouvait pas envisager le doute par crainte de perdre son exemple et de s'effondrer.

Mais aujourd'hui, il n'avait pas besoin d'un super-héro, il avait besoin de son père, tout simplement et par conséquent, tout lui revenait. Il se souvenait que son père se fichait bien de ce qu'il était du moment qu'il vivait. Il se souvenait enfin, après tout ce temps à se croire investit d'une mission, que ses promesses n'avaient pas été là pour le contraindre mais pour le protéger.

- Je... J'ai un coup de fils à passer, renifla Dean en s'essuyant les yeux avant de partir pour sa chambre.

Il devait parler à Sam, c'était important, vital. Il devait être sûr. Il ne voulait pas se tromper ! Il ne voulait pas espérer plus longtemps si cet espoir n'était qu'un mirage.

- Dean ? Tout va bien ? demanda Sam au téléphone.

- Sammy, je... J'aimerais te parler d'un truc... Sur papa.

- Si tu veux... Mais tu l'as connu mieux que moi. Enfin, je t'écoute.

- Quand tu es parti à l'université, papa était vraiment triste.

- Je sais Dean. Mais je ne regrette toujours rien, répondit Sam sur la défensive.

- Tu savais que... Qu'il était rassuré ? Il savait que tu n'aimais pas ce job, mais tu avais appris à te défendre alors... Même s'il aurait aimé qu'on fasse la chasse en famille, même s'il t'en voulait pour la façon dont tu es parti, il préférait te savoir heureux loin que malheureux à nos côtés.

- Pourquoi tu me dis ça Dean ?

- Tu penses que... Papa aurait réagi pareil pour moi ? Est-ce qu'il m'aim... Est-ce que... Si j'avais pris un autre chemin...

- Dean, je ne le pense pas, j'en suis sûr. Je sais que je n'ai pas toujours été très tendre avec lui, mais je pense qu'il nous aimait vraiment, à sa façon en tout cas.

- D'accord... Et, dis-moi Sam, tu n'as pas eu d'ennui pendant que j'étais au purgatoire ? Pas du tout ? demanda le chasseur pour se libérer définitivement.

- Même pas un petit démon pour me tenir compagnie ! C'en était presque vexant, se moqua son frère.

- Est-ce que Castiel est là ? demanda Dean dans un murmure après un instant de silence.

- Il est auprès de Michaël. Tu veux que je te le passe ?

- Non c'est bon. Je pense que je vais encore passer une nuit chez Michaël, Sam. Je vous rejoindrai directement au cimetière demain soir.

- Entendu. Amuse-toi bien !

- T'imagines même pas ! Prends soin de toi et Michaël et... Dit à Cas' que... Ça me fait bizarre de ne plus le voir envahir mon espace personnel !

- Je lui transmettrais.

Dean raccrocha après avoir souhaité une bonne journée à Sam et se laissa tomber sur son lit. C'était étrange. Il ne sentait plus le poids des chaînes sur lui et la sensation était bizarre. Il se rendait compte de toutes les possibilités qui s'offraient à lui et ça lui faisait presque peur. Sammy était à l'abri et ne risquait rien à cause de lui. Castiel l'avait certes repoussé à la fin du purgatoire, mais il n'avait cessé de veiller sur lui à son retour sur terre, alors il y avait de l'espoir. Il se sentait... étrangement libre.

- Ça va aller Mickey ? interrogea Gavin inquiet en entrant dans la chambre.

- Nickel 'pa !

- Je pensais qu'on pouvait partir maintenant, faire un tour et manger sur place.

- Alors en route !

000

Sam avait soupiré de soulagement une fois le coup de fil fini. Avec un peu de chance, il allait pouvoir oublier son idée de séquestration! Il était curieux de savoir comment Castiel allait réagir au message de son frère. Maintenant que Dean était revenu à des dispositions plus favorables, ça l'amusait terriblement de voir ces deux là se tourner autour et ronger leur frein à être aussi éloigné l'un de l'autre ! Et ça lui donnait de quoi se payer la tête de son cher frère quand ce dernier aller recommencer à l'asticoter !

- Castiel ? appela Sam en retournant dans la chambre où Michaël dormait plus ou moins de force. Dean vient de m'appeler.

- Quelque chose ne va pas ?

Oui, c'était vraiment amusant de voir l'ange aux aguets à la mention de son frère.

- Tout se passe bien au contraire. Apparemment, on est en train de récupérer notre bon vieux Dean ! Je ne sais pas ce qui s'est passé chez Michaël, mais apparemment ça lui a fait du bien.

- Oh... Alors il va mieux ?

- Ça avait l'air.

- Bien.

Sam savait qu'il était cruel. Il savait pertinemment ce qu'attendait Castiel sans oser lui demander, mais c'était sa prérogative de petit frère d'être chiant aussi ! Il n'y avait pas de raison que seul Dean ait le droit de l'ennuyer... Et puis l'ange méritait aussi d'être un peu bousculé. S'il avait été moins... moins... Moins coincé au purgatoire, il n'aurait pas eu envie de tuer son frère de mille et une façon ces derniers temps !

Donc, il le faisait poireauter en sachant très bien que l'ange crevait d'envie de savoir si Dean avait parlé de lui. C'était bon d'être méchant parfois ! Mais pas trop longtemps. À voir la mine déconfite de Castiel, il était en train de se faire des idées. Emmerder son frère et son futur beau-frère ? Oui. Ruiner leur tentative d'approche ? Très peu pour lui. Il en avait déjà assez soupé comme ça...

- Et Dean m'a fait passer un message pour toi, ajouta-t-il comme s'il s'agissait d'un fait sans importance.

Le regard bleu intense de Castiel se fixa sur lui. C'était presque impressionnant ! C'était surtout époustouflant. Cas' avait vraiment un regard hypnotisant... Pas étonnant que son frère craque pour lui.

- Tu lui manques, dit-il simplement en délivrant le fond du message plutôt que la forme.

De nouveau, Sam eut droit au sourire lumineux de Castiel, avec en prime, le regard rêveur qui allait avec. Rien que pour ça, Sam allait se retenir de trop charrier son frère... Au moins au début. Ou pas.

000

Dean dit au revoir à ses « parents » avec une pointe de culpabilité. Il avait largement abusé de leur hospitalité et de leur crédulité durant son séjour chez eux, mais il ne pouvait nier que ça lui avait fait un bien fou. Il allait falloir qu'il trouve un moyen de les remercier – en dehors des protections contre les démons. Bah, il verrait ça directement avec Michaël, pour l'instant le soir approchait et il devait rapidement rejoindre le cimetière. Il était temps de se débarrasser de Sleepy Hollow !

La route fut assez courte, et le portail du cimetière fut un jeu d'enfant à ouvrir. Il avait noté où se trouvait le lieu de rencontre et s'y dirigeait d'un pas alerte.

Il allait revoir Castiel. Son ange gardien. Des papillons lui brouillaient l'estomac, sa gorge était serrée et ses jambes se transformaient peu à peu en marshmallow. Étonnamment, il était encore plus terrifié à l'idée de rencontrer l'ange maintenant qu'il se sentait libre que quand il pensait devoir refuser toutes ses avances ! La rencontre n'en paraissait que plus « réelle ». Comme si désormais, chaque mot et chaque geste qu'il ferait à Castiel allait avoir une importance démesurée. Maintenant qu'il savait avoir le droit d'être avec lui, tout idée de concrétiser leur relation le rendait raplapla. Et si finalement Castiel refusait ? Et si ce qu'il s'était passé à la sortie du purgatoire n'était ni une erreur ni une question de rédemption ? Et si Castiel n'était réellement que son ange gardien ? Qu'il ne voyait pas Dean autrement que comme son humain à protéger ?

Dean se sentait étourdi par toutes les possibilités qui tournoyaient dans sa tête. La peur du parjure avait été remplacé par la terreur d'être repoussé. Est-ce qu'il pourrait seulement le supporter ?

Entre soulagement et affolement, il découvrit qu'il était le premier sur les lieux du premier crime. Pour s'occuper l'esprit, il dessina dans l'allée herbeuse entre les tombes le piège démoniaque à l'aide d'une bombe de peinture, puis il se mit à repérer précisément les lieux, au cas où. Mais bien vite il n'eut plus rien d'autre à faire que d'attendre son frère, Michaël et... Castiel. L'angoisse montait à nouveau en lui. Il s'occupa les mains en entretenant son arme et en revérifiant ses balles dorées, mais rien ne pouvait arrêter la boule qui grossissait doucement mais sûrement dans le fond de sa gorge.

Il allait revoir Castiel... Après quatre jours et trois nuits sans lui, il allait le revoir. Son ange en trench-coat. Son ange aux yeux si bleus et à la cravate toujours défaite. Comment allait-il l'aborder ? Qu'allait-il lui dire ? Comment lui demander si... De... Est-ce que... Et après ? Si jamais, dans une chance incroyable Castiel acceptait de... d'être avec lui, comment ça allait se passer ? Physiquement ! Bien sûr il avait fait des rêves, mais il y avait une grande différence avec la réalité ! Allait-il seulement réussir à l'embrasser ? A lui tenir la main ?

Il s'était détruire les nerfs à s'empêcher d'avoir des gestes déplacés avec son ange, et maintenant qu'il en avait l'éventuelle possibilité, il bloquait. Royalement. Est-ce qu'un humain avait le droit d'embrasser un ange ? De... Non, déjà l'embrasser allait être une grande épreuve, envisager autre chose était au-delà de ses forces pour l'heure ! Déjà qu'il avait dû s'adosser à une tombe à cause de ses genoux tremblants... Il allait retrouver son ange...

- Dean ! Où est le piège ! hurla une voix au loin.

Le chasseur se redressa et tourna les yeux surpris pour découvrir son frère courant vers lui en tirant Michaël. À peine eut-il le temps de montrer le cercle à côté que Castiel se zappait devant Sam, s'envolait avec ses passagers encore en mouvement et atterrissait juste devant Dean. L'élan de la course aidant, Dean se retrouva avec plus d'ange que son esprit ne pouvait en accepter dans les bras avant de tomber. Sam et Michaël trébuchèrent et roulèrent un peu plus loin et le dullahan fit son apparition à l'horizon. En tout cas la tête du cheval. Puis tout le reste. A moitié étalé sur le sol avec un Castiel perturbé dans les bras, Dean sorti son arme à feu et visa le canasson et son passager qui arrivait vers lui à tout vitesse. Vu comme c'était parti, la bestiole allait se retrouver à moins d'une mètre de lui quand il sera emprisonné.

Dean du refréner tous ses réflexes qui voulaient qu'il tire le plus tôt possible pour attendre que le fantôme soit piégé. Son frère et Michaël reprenaient difficilement leurs esprits, plus proche du cercle que ne l'aurait voulu la prudence. Le timing allait être vraiment serré ! Mais il était hors de question que son frère meurt encore, quitte à devoir passer un autre mois à attendre la nouvelle lune.

Soudain, alors qu'il continuait de viser le fantôme décapité avec nervosité, une main vint recouvrir la sienne, comme pour l'empêcher de tirer trop tôt. La main de Castiel. Sur la sienne.

Dean sentit son esprit perdre le fil alors qu'il se rendait compte de sa position. Lui par terre, adossé à une tombe, Castiel allongé sur lui, son dos contre son torse et leur deux mains lié autours du colt.

Il y eut comme un blanc dans son esprit.

Puis le galop du fantôme le ramena à la réalité. L'horreur s'approchait toujours, mais Dean n'avait plus aucune crainte. Son cerveau était comme vidé de toute sensation. Il vit le cavalier arriver et se faire bloquer dans le piège. Il vit les yeux du maître et de la bête flamboyer, le fouet être levé. Castiel retira sa main. Il tira. Deux balles. Une au cœur du cavalier et une dans sa tête. Il y eut un hurlement, le cercle s'embrasa puis ce fut le tour le dullahan.

En une poignée de seconde s'en était finit du fantôme. Il ne restait plus qu'une poignée de cendres fumantes et de l'herbe brûlé. Il garderait peut-être un peu de cendre au cas où...

- Ça va Dean ? s'inquiéta Sam en se relevant pour aller voir son frère.

- Je crois, répondit Dean encore groggy.

- Je pense que tu peux lâcher Castiel maintenant, s'amusa le cadet.

- Hein ?

Dean ne comprenait pas ce que lui racontait son frère. Il ne tenait pas Castiel ! Enfin... Il ne savait plus trop. Toujours dans cet état de semi-conscience, et descendit la tête pour voir où était sa main. Autour de son colt, normal ! Ah ! Mais c'est vrai, il en avait une deuxième ! Et sa seconde main était... Autour de la taille de Castiel, ainsi que son bras. Apparemment il collait l'ange de force contre lui.

Ange.

Contre lui.

Peut-être pas aussi inconsciemment qu'il ne l'aurait voulu, Dean resserra sa prise et, après avoir lâché son arme enlaça son ange de ses deux bras. Si c'était la dernière fois qu'il devait être aussi proche de Castiel, il avait bien l'intention d'en profiter. Il enfouit son nez dans sa nuque et respira son odeur, profitant par la même occasion de la douceur des cheveux de Castiel sur sa joue. Leur position n'était peut-être pas idéale, assis sur l'herbe humide d'un cimetière en pleine nuit, mais il avait son ange dans les bras, alors il pouvait mourir comblé.

- Dean ? demanda Castiel avec inquiétude. Tu es blessé ?

- Non Cas'.

- Tu es malade ?

- Non Cas'.

- Il y a un problème auquel je n'aurais pas pensé ?

- Non Cas', pouffa légèrement Dean.

- Ce n'est pas une position très confortable...

- Je sais Cas'.

- Nous serions plus à l'aise debout où à la maison.

- Oui Cas'. Cas' ? Intervint Dean alors qu'il sentait son ange ouvrir à nouveau la bouche pour parler.

- Oui Dean ?

- Tais-toi.

Dean savait que Castiel avait froncé les sourcils d'incompréhension faisait sa tête d'ange perplexe. Il regrettait presque de ne pas la voir, mais il était bien mieux comme ça. Certes, il commençait à être sévèrement humide au niveau des fesses et congelés au dos et il risquait d'attraper la crève, mais il avait Castiel dans les bras, alors ça n'avait aucune importance. Et son ange avait fini par se détendre et se laisser complètement aller sur lui. Ses mains s'étaient même nouées aux siennes.

Peu importait son frère hilare ou le regard surpris de Michaël. Il avait enfin attrapé son ange et il ne comptait pas le lâcher avant longtemps.

Fin

Et j'ai un petit peu mentit au tout début, il y aura un petit épilogue finalement ;)

Voilou ! Ça se finit plus joyeusement que ça n'a commencé ;p

J'ai hésité un moment sur la fin, me demandant si j'allais les faire s'exprimer plus franchement, mais ça ne rentrait pas dans l'ambiance à mon avis. Et puis il me reste l'épilogue pour tenter un truc ou deux !

Une 'tite review please ? é.è