Le groupe reprend enfin la route, quittant l'hôpital pour échapper au harcèlement du scientifique fou, mais lorsque Rick, à bout de nerfs, subit une énième crise, le groupe se retrouve contraint de camper dans les bois et la nuit ne sera pas de tout repos... Entre les rôdeurs et les visites indésirables, certains se rapprochent, alors que d'autres entament la longue pente savonneuse de la discorde.


Chap 13

Lost

Les membres du groupe regardaient leur leader perdre pied avec angoisse. La plus part d'entre eux avaient déjà vu Rick en passer par là, quand lorsque malgré ses efforts acharnés, il perdait un des siens, il se remettait entièrement en question sans jamais comprendre que ce n'était pas sa faute ni celle de ses choix, mais que c'était comme ça et que dans ce monde les choses finissaient toujours par mal tourner.

- Rick, mon pote y'a personne, dit doucement Daryl en posant la main sur l'épaule de son ami.

Il se tourna vers lui si vite que le chasseur eu un mouvement de recul, bien conscient de ce que Rick pouvait faire dans ces moments-là.

- Il est là, je sais qu'il est là...

Il regarda vers le groupe, alla droit vers Maggie et lui arracha son arme automatique des mains.

La jeune fille ne broncha pas et le laissa faire.

- J'y vais, dit-il.

- Quoi ? S'écria Michonne.

- Je vais en finir avec ce fumier, maintenant ! Continuez, je vous rattraperai...

On ne peut pas se séparer, opposa fermement Carol, et tu ne peux pas partir seul Rick !

Il arma le fusil.

- Si je peux et c'est ce que je vais faire, c'est ce que j'aurai dû faire depuis le début.

Il leur tourna le dos et disparu dans les bois.

- Rick ! Cria Daryl. Reviens, fais pas l'con !

Mais il n'eut que le silence en retour.

- Qu'est-ce qu'on fait alors ? Demanda Tara, on part sans lui ?

- Vous l'avez entendu, dit Carl excédé par le comportement de son père. On continue. Il s'en sortira, il s'en sort toujours.


Ils continuèrent leur marche jusqu'au soir sans nouvelles de Rick.

A la nuit tombée, à défaut de trouver mieux ils établirent un périmètre dans les bois, près d'une rivière assez profonde qui leur permettrai de ne surveiller le camp que d'un coté.

Angie regrettait déjà le lit douillet de l'hôpital et soupira à l'idée de dormir dans un tas de feuilles mortes détrempées avec comme seule compagnie les insectes et les ronflements de ses compagnons, sans compter les innombrables bruits qu'il y avait la nuit dans une forêt, et elle le savait, celle-ci allait être longue.

Anna prit le premier tour de garde avec Tara, et Angie tenta de profiter de la fatigue accumulée dans la journée pour dormir mais quand sa sœur revint un peu après minuit, elle ne dormait toujours pas.

- Il y a une racine qui me rentre dans le dos, maugréa-t-elle alors que la plus jeune s'installait sans un bruit.

Elle ne lui répondit pas.

- Tu me fais toujours la tête ?

- Je suis pas une gamine, je fais pas la tête. Mais tu m'as énervée hier... Et tu m'énerves toujours.

- Excuse moi mais je te trouves un peu ingrate à vouloir partir et avoir ta propre chambre, sans moi tu serai pas là.

Au moment où elle l'avait dit, elle le regretta aussitôt mais le mal était fait elle lu une vague de colère passer sur le visage de sa sœur.

- Pardon ?

Elle releva le bas de son pantalon, laissant apparaître la ligne blafarde de sa cicatrice sur le mollet.

- Ça... Ça là c'est ta faute ! Et je te rappelles que je t'ai sauvé des dizaines de fois pendant que toi tu bougeais pas le petit doigt pour moi parce que tu sais que je suis immunisée !

- Anna, moins fort !... Et puis comment tu peux dire une chose pareille ?! Ok... Ça va excuse moi j'ai eu tort, je suis allée trop loin. C'est juste mon boulot de te protéger et quand tu t'éloignes, je deviens folle ! Et puis de toute façon ça n'a plus d'importance, on a plus de chambre...

- Ça veut pas dire que je suis obligée de dormir avec toi pour autant.

Anna se releva, attrapa brusquement ses affaires et tourna le dos a sa sœur.

- Tu fais quoi ?

- Je vais dormir ailleurs !

Angie resta penaude et elle n'en revenait pas de l'assurance dont sa sœur avait fait preuve pour lui tenir tête. Elle eut envie de lui courir après et de la rattraper mais ça n'aurait fait qu'empirer les choses. Anna était une adulte et elle avait besoin d'air. Angie avait tendance à l'oublier bien que sa cadette le lui rappelait de plus en plus fréquement.

Furieuse et vexée aux larmes, Anna enjambait les corps de ses compagnons qui dormaient et cherchait un endroit un peu à l'écart pour se poser seule.

Malheureusement, dans l'enceinte même du périmètre le seul endroit un peu en retrait était déjà occupé par Daryl qui dormait la tête posée contre un tronc d'arbre.

Elle ne réfléchis même pas, au moins elle n'aurait pas a discuter, et vint poser ses affaires à coté de lui mais le chasseur, même blessé, ne dormait jamais que d'un œil et il se réveilla en sursaut en la sentant s'allonger.

Quand il vit que c'était elle, il poussa un grognement.

- Je peux m'installer là ? Demanda-t-elle.

- Tu dors pas avec ta frangine ?

- Non... Elle me tape sur le système...

- Tu m'ettones...

- Rendors toi, t'as besoin de sommeil. Fais pas attention à moi, je suis même pas là.

Il obtempéra en silence mais il tenait à lui montrer qu'elle ne le dérangeait pas et qu'au contraire, que sa présence avait quelque chose d'apaisant, mais sans réussir à trouver les mots alors il s'allongea face à elle. Allongée près de lui, Anna oublia sa colère.

- Tu es là, dit-il en fermant les yeux en recalant son sac sous sa tête.

Anna sourit. Daryl parlait peu mais il ne disait que le plus important.

Elle le regarda quelques instants et pensa à l'homme qu'elle avait laissé derrière elle en France. Elle se rappela les bons moments, et les moins bons, et elle regretta chacun d'entre eux.

Si elle avait su qu'il y aurait eu si peu de temps, elle aurait fait les choses autrement.

Souvent, elle s'était imaginée qu'il survivait de son coté, dans des lieux qu'elle avait connu, et qu'un jour ils se retrouveraient.

Mais en regardant Daryl, elle se moqua de sa propre naïveté. Comment retrouver un homme qui était très probablement mort au delà d'un océan, et dans ce chaos ?

Jamais elle ne reverrai Francis et jamais elle ne reverrait la France.

Sans s'en rendre compte, trop occupée à survivre et à tuer, Anna avait fait son deuil.

Maintenant, seul comptait l'instant présent et les gens qui étaient là pour elle aujourd'hui.

- Arrêtes de me regarder et dors, lui dit Daryl les yeux toujours clos.

Elle sourit. On ne pouvait rien cacher à un chasseur.

Elle s'allongea, ferma les yeux et malgré le manque de confort elle s'endormit aussitôt, d'un profond sommeil comme elle n'en avait pas eu depuis des années.


Angie, elle, ne trouva pas le sommeil, peu importe la position dans laquelle elle se mettait, cette foutue racine persistait à lui labourer la colonne vertébrale.

Ses jambes étaient comme électrisées et elle ne tenait pas en place.

Vers trois heures du matin, excédée, elle se redressa en soupirant, nerveuse et fébrile, attrapa sa lampe torche et sa hache et décida de se lever.

Elle croisa Glenn et Carol qui montaient la garde et envisagea un moment de leur tenir compagnie mais elle n'avait pas envie de parler et avait besoin de marcher. Elle leur fit signe quand ils l'aperçurent et elle signifia qu'elle s'éloignait du camp pour une envie pressante, ce qui n'était pas faux au fond.

Elle enjamba les clôtures rudimentaires et prit garde à ne pas faire tinter les enjoliveurs et les bouteilles qu'ils avaient accrochés pour entendre approcher les rôdeurs.

Une fois à l'extérieur du camp, elle respira une grande bouffée d'air et savoura l'odeur de la forêt humide.

Elle avança dans les bois, perdue dans ses pensées mais une partie d'elle toujours en alerte, en plus sa lampe torche n'éclairait pas grand chose.

Au bout d'une dizaine de minutes elle s'arrêta et regarda autour d'elle et une profonde angoisse la saisit, elle fit demi-tour d'un pas pressé, marcha pendant un bon quart d'heure et du finalement se rendre à l'évidence, elle s'était perdue dans la forêt.

- Merde.

Elle se serait collée des baffes à se retrouver dans une telle situation.

- Glenn ? Carol ! Hého ?

Mais comme elle s'y attendait, personne ne répondit et elle n'avait pas la moindre idée de la direction dans laquelle se trouvait le camp. Tout était pareil autour d'elle, sombre.

- Je déteste cette stupide forêt !

Un mouvement fit s'agiter les buissons derrière elle, et Angie se tourna brusquement, sa main sur le manche de sa hache, éclairant les ténèbres du mieux qu'elle pouvait.

Elle s'approcha doucement quand un rôdeur isolé surgit mais Angie s'y attendait et en un coup, son arme alla se figer en travers du crâne de la créature qui s'effondra devant elle.

D'un pied elle maintenue la tête du rôdeur et décoinça sa hache d'un geste sec.

Un deuxième survint derrière elle, mais trahi par un grognement affamé, elle l'esquiva de justesse et lui brisa la nuque en deux d'un revers de lame.

Elle se pencha sur le cadavre et lui prit le pistolet qu'il avait encore à la ceinture. Il restait trois balles qu'il n'avait visiblement pas eu la présence d'esprit d'utiliser, et c'était sûrement à cause de ça qu'il s'était retrouvé dans cet état.

Angie rangea sa hache et braqua sa nouvelle arme et sa lampe torche face à elle en avançant avec précaution.

Si elle devait tirer, au moins peut-être que Glenn et Carol l'entendraient, en espérant qu'elle ne se soit pas trop éloignée pour ça.

A un moment où a un autre, ils verraient bien qu'elle ne revenait pas et Anna insisterait pour qu'on parte à sa recherche.

Un craquement résonna à sa gauche et elle pressa doucement son doigt sur la gâchette, prête a faire feu.

Pourquoi les bruits dans la forêt devaient-ils toujours cacher quelque chose de dangereux et d'effrayant ? Pourquoi pas juste un petit lapin inoffensif ?

Les branches s'agitèrent mais elle n'avait pas peur, elle pouvait gérer les rôdeurs isolés.

Elle s'apprêta à tirer mais c'est un homme qui apparût devant elle. Et peu s'en fallu pour qu'elle le prenne pour un rôdeur, il était couvert de sang, il en avait sur le visage, dans les cheveux et jusqu'aux coudes.

- Rick ? Demanda-t-elle en baissant son arme. J'ai failli te coller une balle en pleine tête !

- Pareil, je t'ai prise pour lui.

- Tu ne l'as pas trouvé ?

- Non, juste... beaucoup de rôdeurs.

Ses mains tremblaient et il avait le regard vide.

- Rick, ca va aller ?

Il s'effondra sur un genoux et tomba assis, épuisé.

- Est-ce que je prends les bonnes décisions ?

Angie hésita, elle n'était pas sûre s'il lui posait vraiment la question ou s'il se la posait à lui même mais quand il leva les yeux vers elle dans l'attente d'une réponse elle s'efforça de trouver les bons mots.

Elle ne savait pas quoi lui dire et elle vint s'asseoir à coté de lui.

- Je ne suis plus très sûre que nos décisions, quelles qu'elles soient, changent vraiment quelque chose. L'horreur est partout maintenant, et où qu'on aille, quoi qu'on fasse on tombera toujours dessus à un moment où a un autre. Ça n'est pas ta faute Rick

- Si... Si c'est ma faute si Bob est mort, j'aurai du la laisser attachée, j'aurai du... J'ai bêtement cru qu'une femme enceinte dans son état ne représentait pas une menace... Elle me rappelait Lori...

- Le diable vient sous toutes les formes. Et tu as beau être Rick Grimes, tu n'es qu'un être humain et tu ne peux rien y faire.

- Un être humain ? J'en suis plus si sûr... Après tout ce que j'ai fait... C'est sans fin...

Angie ne su quoi répondre, elle ne trouvait pas les mots pour calmer Rick, et la seule chose qu'elle trouva à faire pour lui montrer son soutien fut de lui prendre la main.

Il regarda un moment ses doigts couverts de sang tenir la petite main toute blanche d'Angie, comme surpris.

Comme si son dernier contact humain remontait à loin.

Elle pouvait ressentir la lutte intérieur qu'il se livrait à lui même, elle l'avait vécue aussi pour protéger sa sœur.

Elle était allée toujours plus loin dans ses limites pour la garder en vie et elle savait à quel point c'était facile de se perdre soi-même quand on regardait en arrière, de ne plus retrouver la personne que l'on était avant et de faire face au monstre que l'on avait du devenir par nécessité.

- L'année dernière, dit-elle, on était sur la route avec Anna. Juste nous deux, depuis des mois, et l'on a croisé des gens...

Elle se mordit la lèvre et sourit.

- Je me doutais bien qu'il fallait se méfier des vivants dans un contexte pareil, mais ils avaient à manger alors j'ai baissé ma garde et j'ai mis ma sœur en danger. Quand j'ai compris ce qu'il y avait dans leurs yeux c'était trop tard pour faire demi-tour.

Rick serra la main d'Angie.

- Ils nous ont séparées. J'entendais Anna crier dans la pièce d'à coté et j'ai supplié pour qu'ils l'épargnent... J'ai fini par comprendre que si je voulais la protéger, il n'y avait plus qu'une chose à faire... et j'ai déraillé. Je me suis battue avec celui qui était avec moi, avec ce que j'avais, mes pieds, mes poings, et il n'y a pas une journée sans que je me revois lui planter sa propre hache dans le ventre. Et je l'ai laissé comme ça. Parce qu'il ne méritait pas mieux que de se transformer. Je lui ai prit son flingue et j'ai abattu le deuxième qui montait la garde, d'une balle dans nuque. J'ai tué celui qui essayait de violer ma sœur, je l'ai détruit... Et j'ai gardé la hache. Pour me souvenir.

Elle n'en avait jamais parlé, même avec Anna, le traumatisme d'avoir failli se faire violer et le triple meurtre les avaient laissées sans voix pendant des jours et jamais elles n'en discutèrent entre elles. Elles s'étaient contentées de faire comme si rien ne s'était jamais passé et avait repris leur route, mais en se méfiant plus que jamais des vivants.

- Quand on vous a vu arriver dans cette ville où vous nous avez trouvées, j'ai cru que tout allait recommencer.

Elle posa son autre main sur celle de Rick qu'elle tenait déjà.

- Mais vous n'êtes pas comme ça, et nous avoir acceptées est ce qui nous est arrivé de mieux depuis des mois. Je te suis infiniment reconnaissante pour cette chance que tu nous a donné Rick. Merci d'avoir pris cette décision là.

Il la regarda et elle vit que le calme était revenu dans les yeux de l'homme. Elle aurait voulu le serrer contre elle mais elle ne bougea pas.

Angie repensa aux mots d'Anna, quand elles s'étaient disputées à l'hôpital à propos de ses sentiments pour leur leader.

Il n'y avait pas de place pour ça dans sa vie d'aujourd'hui, ni dans celle de Rick d'ailleurs mais elle se rendit compte que sa sœur avait raison, et que ces sentiments étaient réels.

Elle refoula ses pensées et s'obligea à mettre tout ça de coté. C'était la seule chose à faire.

La bonne décision.

- Je te protégerai, dit-il.

- Je sais.

Il lui sourit, lâcha ses mains et se releva, lui offrant son aide pour se relever.

- Merci, d'être là.

- En fait c'est un concours de circonstances. Je me suis perdue. Tout ce que je sais c'est qu'on était à coté d'une rivière. C'est tout moi ça, la fille qui se perds dans les bois la nuit et qui a encore besoin qu'on la sauve !

- Désolé princesse, je n'ai pas amené mon cheval blanc et mon armure étincelante est chez le teinturier mais j'ai traversé une rivière un peu au nord d'ici, si on la retrouve et qu'on la longe on devrait tomber sur le camp.

- Appelle moi encore « princesse » et je serai obligée de te tuer, on dirait un nom de petit chien ! Va pour la rivière, soupira-t-elle.

Ils se mirent en marche lorsque des cris et des coups de feu retentirent dans la forêt.

- Le camp ! S'écria Rick.

Et ils s'élancèrent dans le noir en direction du bruit.


Petit rapprochement Angie/Rick mais ne vous emballez pas, en bien ou mal, c'est une affaire qui prendra du temps ! Encore un gros merci pour vos reviews, je suis ravie de l'engouement que vous portez à mon/notre histoire, en espérant ne jamais vous décevoir ! Dans le chapitre suivant nous observerons de plus près la faune consanguine de la Géorgie !