Note: L'action se déroule le 28 décembre 1980.


Chapitre 4 : Le Licencieux Dobermann

Evan Rosier avait toujours aimé les plaisirs de la chair, des bonnes chères et du bon vin.

Il tenait cela de son père – Ethan Rosier - qui avait eu un affect tout particulier à lui inculquer puis faire apprécier. Il se complaisait donc en le charme de ces précieuses denrées depuis qu'il fût en âge de pouvoir les savourer... des corps graciles à la féminité exacerbé grâce à des courbes endiablées, de la viande de meilleure qualité mêlant la saignante tendresse au goût prononcé des assaisonnements, des spiritueux dont on se délectait cérémonieusement mais desquels l'on ne commettait jamais l'affront de s'enivrer.

Crixus Wilkes était on ne peut plus barbarement terre à terre. Il baisait tout ce qu'il pouvait trouver pour apaiser sa lubricité, fussent les dames consentantes ou non et d'ascendance plus ou moins réprouvées. Il se goinfrait à s'en faire exploser la panse sans se préoccuper des qualités ou spécificités des mets qu'il engloutissait. Quant à l'alcool, l'ivresse semblait être son état général, au point que tous se demandaient s'il n'était pas saoul lorsqu'il était sobre.

La présence raffinée de Lucius manquant à Evan, ils s'étaient si bien entendus plus jeunes: mêmes loisirs, même attrait esthétique notamment dans le domaine capillaire, et la liste était bien plus longue. Celui qu'il s'étant tant plus à considérer comme son frère l'avait peu à peu délaissé tel une vieille amante derrière son passage depuis qu'il s'était marié à sa cousine Narcissa et qu'elle lui avait fait un marmot. Il ne lui jetait pas la pierre : il en aurait fait de même, si l'idée saugrenue d'entrer en épousailles lui avait effleuré l'esprit.

Evan regrettait tout autant l'absence d'Antonin, son calme en tout événement et surtout sa lucidité d'esprit. Mais le seul héritier Dolohov attendait, reclus chez lui et l'âme en peine, que sa fiancé ne revienne à lui après s'être lassée du né-moldu duquel elle s'était acoquinée et qui l'avait même engrossée. Antonin avait toujours été trop laxiste, enclin a céder aux caprices de sa cousine Andromeda, Evan lui l'aurait corrigée à coup de canne pour lui faire passer l'envie de se déshonorer elle et les siens.

Bellatrix et ses piques acérées lui faisaient aussi cruellement défaut, il se languissait de son contact et de la perspective de pouvoir l'entrapercevoir. Elle avait toujours été sa cousine préférée, nul doute qu'elle aurait été son meilleur ami si elle fut née héritier et non héritière. On l'avait vite mariée à son fiancé, et elle était partie vivre chez les Lestrange s'accoutumant à ne plus avoir en guise d'éternels compagnons Evan, Antonin et Lucius. Son époux Rodolphus et son beau-frère Rabastan, étaient toujours dans son sillage. Elle avait été initiée par le Seigneur lui-même aux Arts Noirs, il s'était pris d'un intérêt particulier pour cette étudiante passionnée et impliquée plus que quiconque dans leur Mouvement. Elle était à présent totalement hors de portée.

Si c'était à refaire, il ne les laisserait pas s'éloigner de lui. Il ne savait pas comment il aurait pu empêcher leurs chemins de diverger, mais il aurait au moins agi. Quel pathétique défaut que de se laisser vivre: il vomissait presque sa passivité.

Faute de meilleure compagnie, Evan devait donc apprécier – ou feinter de le faire – celle de Wilkes. A se demander s'il n'aurait plutôt pas mieux fait d'escorter sa petite soeur Evelyn à l'opéra, même s'il avait horreur de cela.

Si c'était à refaire, il choisirait un autre compère pour ses soirées solitaires, car les ennuies collaient à la peau de Crixus Wilkes comme les facéties à celles des Lutins de Cornouailles. L'exemple le plus récent datait de quelques minutes.

Pendant qu'Evan félicitait la dextérité de la jeune Syfride, sa catin favorite qu'il couvrait d'or à chacun de ses passages, Wilkes avait exhibé fièrement sa Marque alors qu'il était une de fois plus totalement ivre. Il s'avérait qu'un Auror était en planque dans l'établissement, ce dernier avait donc voulu intervenir : les Mangemorts étant leurs meilleurs gibiers, ils avaient d'ailleurs attrapé Igor Karkaroff quelques semaines auparavant. Une énorme cohue avait eu lieu faisant fuir les poules qui travaillaient dans le bordel et même le barman qui n'avait pas demandé son reste et et pris la poudre de cheminette. C'était le bruit qui avait arraché Evan à son alléchante compagne dont la sensualité ne demandait qu'à ce qu'il revienne. Il n'avait pas été très dur pour celui qu'on appelait le Dobermann de venir à bout de l'envoyé du Ministère, un Avada Kedavra dans le dos et l'affaire avait été entendue.

Evan se dirigea vers le bar où il se servit un verre de vin, tandis que Wilkes – tout titubant qu'il était – s'acharnait à rouer de coups le corps inanimé de l'Auror. C'était insipide, songea le plus élégant des deux. L'ivrogne pointa sa baguette et prononça un « Morsmodre » avec le peu de lucidité qu'il semblait lui rester, il chanta allègrement une comptine à la gloire des fidèles du Seigneur des Ténèbres.

Ce qu'Evan n'avait pas prévu, c'est que l'Auror était accompagné de certains de ses comparses. Il pouvait apercevoir la face de rat de Baldwin Trant, la gueule à pleurer de Scott Holdings et surtout cette raclure d'Alastor Maugrey. Les yeux de Rosier pivotèrent du groupe qui venait de faire son entrée, au cadavre qui jonchait le sol, puis à l'hurluberlu se dandinant et scandant un hymne Mangemort en brandissant son avant-bras gauche uniquement habillé de la Marque. Le calcul était des plus simple : il était dans une sacrée galère avec pour seul allié un incapable, qui peinait à tenir debout, et qui trimerait pour réagir aux assaillants auxquels ils étaient confrontés.

« Jetez vos baguettes à terre sans faire d'histoire, vous deux, ordonna Maugrey.

- J'obéis qu'au paternel, ou au Maître, bande d'abrutis ! rétorqua Wilkes en se vautrant par terre.

Ils se toisèrent et sans la moindre sommation, les premiers sorts commencèrent à fuser en une multitude d'explosions colorées. La camaraderie ne tenait plus, Evandevrait faire bande à part pour triompher des adversaires, en cas de difficultés: il ne serait qu'un boulet qui entraverait ses chevilles, ou au mieux une petite diversion qui lui permettrait de gagner du temps.

- Chiens d'Aurors ! On va vous crever comme l'autre tâche et je danserai sur vos cadavres ! menaça Wilkes en tombant par terre avec manque d'élégance sous le regard consterné de l'assistance.»

Armé de sa baguette, Evan en profita pour s'élancer vers le plus isolé des Aurors. Ce dernier était resté un peu en retrait tandis que les deux autres essayaient de maîtriser Wilkes à mains nues, ce qui n'avait pas l'air bien dur vu combien l'asticot rampait sur le sol. Holdings n'esquiva même pas le sortilège et se retrouva stupéfixier sous la stupeur de Maugrey qui désarma Evan dans la seconde suivante d'un Expelliarmus en hurlant :

- Putain, Scott ! VIGILANCE CONSTANTE !

Mais il était trop tard, même sans baguette Evan Rosier était quelqu'un de dangereux. Ce n'était pas pour rien que les siens le surnommaient le Dobermann. Tel cet élégant canidé, Evan était : brave, vif et puissant son expression déterminée et inquiétante en faisait un homme de caractère fier et impulsif. Mais comme tous les chiens : il était toujours possible de le voir devenir agressif, instable et très dangereux.

Maugrey en fit la triste expérience lorsque le Mangemort à la chevelure dorée se jeta sur lui et s'attaqua à son visage avec ses crocs acérés dont la mâchoire ne voulait se déloger. Wilkes semblait revenir peu à peu à lui même et envoya un Avada Kedavra sur Holdings qui était encore sous l'effet de la stupéfixion. D'un geste rapide Evan tira et arracha un bout de nez du chef d'équipe qu'il recracha à terre en un rire excessif avant de mordre de nouveau dans la joue droite de sa proie qui hurlait à la mort de douleur. Même un Doloris n'aurait pas eu le même effet, savoura Evan, rêveur. Il entendit la menace de Baldwin Trant au loin, dans son dos, mais ne s'en formalisa pas : trop occupé à mutiler sans la moindre once de pitié, l'homme qui se tortillait sous lui.

- Attention, Evan ! prévînt Wilkes qui assistait à la scène. Mais c'était déjà trop tard, un éclair vert dévastateur et mortuaire venait de frapper le blond dans la colonne vertébrale. »

Les dernières pensées d'Evan Rosier furent que si c'était à refaire: il aurait dû neutraliser Trant avant de s'amuser avec Maugrey. Mais surtout s'abstenir de vagabonder avec Crixus Wilkes... Il n'avait jamais autant regretté ses comparses de toujours. Avec Bellatrix, Antonin ou encore Lucius: jamais un tel merdier ne se serait produit.