Bonjour tout le monde et... Bonne année ! :D Bonne santé ! Meilleurs vœux ! Plein de bonheur ! etc. vous avez compris :p
Joyeux Anniversaire aussi à Colin Morgan qui a 29 ans ! :D
Alors, voilà le chapitre 6. N'hésitez pas à laisser une review pour me donner votre avis ^^
Je remercie laure marez, lele-35, un guest ( probablement étranger ) dont je n'ai pas le nom, et un guest du nom de Just-one-dream pour leurs reviews ! :3
Le refrain habituel, Merlin n'est pas à moi, mais à la BBC... blablabla.
Sur ce, bonne lecture très chers ! :)
Chapitre 6: Un changement inattendu...
Au milieu de la matinée, un soleil aveuglant pointait dans le ciel de Nemeth. En approche de la forteresse royale, Arthur croisa le regard de Guenièvre. Ses prunelles marron brillaient et il était certain que son cœur était aussi remplit d'espoir que le sien. Mithian et son père, en plus d'être des alliés, étaient de très bons amis. Le différend qu'ils avaient rencontré par le passé suite à la manipulation de Morgane sur la jeune femme n'avait pas altéré leur relation et leur amitié n'avait jamais failli. Les souverains de Camelot avaient foi en eux et priaient pour qu'ils acceptent de leur prêter main forte. Léon et Perceval, qui suivaient le couple de très près, gardaient un visage impassible et alerte au moindre problème. Quant à Gaïus et Merlin, qui chevauchaient à côté, ils regardaient le château d'un œil méfiant. Ils étaient certes soulagés de parvenir à destination en un seul morceau, mais ils redoutaient les épreuves qui les attendaient dans les prochains jours. Il fallait à tout prix que Gaïus trouve un antidote au trouble comportemental de son pupille, sans cela, Merlin serait à tout jamais un danger pour Guenièvre. En ce qui concernait le sorcier, il était encore plus perturbé que son tuteur. Arriver chez Mithian signifiait être confronté à Arthur et enfin comprendre la ou les raisons de cette distance qui s'était créée entre eux, mais aussi devoir assumer les conséquences et vivre avec.
Le groupe traversa le pont-levis, tâchant d'ignorer le mieux possible les regards interrogateurs que leur lançaient les paysans ou les soldats. Quand ils pénétrèrent dans la grande cour, ils s'arrêtèrent à l'écart de l'animation. Tandis que les autres, y compris Arthur, restaient en retrait, Guenièvre alla elle-même interpeller un garde posté près des portes principales.
- Excusez-moi, j'aimerais avoir une audience avec le roi Rodor et la princesse Mithian.
- Les audiences n'ont pas lieu aujourd'hui, revenez demain.
Guenièvre releva la tête et ajouta d'une voix qui se voulait sans appel:
- Dites leur que la reine Guenièvre du royaume de Camelot est ici.
Le garde fronça les sourcils, incrédule. Les vêtements de cette femme ne laissaient en rien présager qu'elle appartenait à la royauté. Elle ressemblait plus à une paysanne.
- Avez-vous une preuve de votre identité ?
Exaspérée, la reine montra au soldat le sceau royal de Camelot et demanda à nouveau:
- Alors, cette audience me sera t-elle accordée ? C'est d'une extrême importance !
L'homme parut affreusement gêné. Il inclina la tête et disparut derrière les grandes portes au pas de course. Guenièvre soupira de soulagement et rejoignit ses amis.
- C'est bon, Mithian et son père devraient nous recevoir, annonça t-elle.
Quelques minutes plus tard, les portes s'ouvrirent, cette fois pour laisser sortir la princesse Mithian, éblouissante dans une robe de soie blanche, ses longs cheveux bruns retombant en cascade sur ses épaules, suivit par le roi Rodor. Mais le sourire ravi qu'arborait la princesse s'effaça rapidement quand elle découvrit l'état dans lequel se trouvaient les voyageurs. Guenièvre et les chevaliers avaient revêtu des habits médiocres de paysans et la fatigue tirait quelque peu leurs traits. Gaïus et Merlin affichaient eux aussi des mines contrits. Le roi et sa fille tombèrent ensuite sur Arthur, debout derrière son épouse. Rodor ouvrit grand les yeux de stupeur et Mithian, qui s'apprêtait à dire quelque chose, laissa sa phrase en suspend, les mots coincés dans la gorge. L'étonnement se lisait sur son visage fin et séduisant. Après un court instant d'immobilité, elle secoua la tête, semblant se départir de son état de choc, et s'avança vers Guenièvre. Elle emprisonna ses mains dans les siennes avec bienveillance et l'interrogea du regard.
- Je vous expliquerai tout... à l'abri des oreilles indiscrètes, murmura la reine.
- Suivez-moi.
La traversée dans les couloirs du château se fit dans le plus assourdissant des silences. Une fois arrivés dans la salle d'audience, le roi Rodor congédia les quelques conseillers ou autres serviteurs qui se trouvaient là et ferma les portes derrière eux.
- Arthur, comment... mais comment...
- Comment est-ce possible ? Demanda Mithian en le dévisageant.
- Croyez-moi, nous nous posons tous la question, répondit Arthur, aussi perdu qu'eux sur ce sujet. J'étais mort et... je me suis réveillé dans une barque, au lac d'Avalon.
- Quand êtes-vous... enfin, quand..., bégaya Mithian.
- I peine deux jours, répondit Arthur.
- Je n'arrive pas à y croire..., souffla le roi Rodor.
- Il y a bien d'autres choses que vous aurez du mal à croire, ajouta Guenièvre, soudainement assombrie.
- J'imagine que vous n'êtes pas venus ici pour nous annoncer le retour d'Arthur, fit Mithian en hochant la tête.
- Malheureusement, non...
- Asseyons nous.
Au centre de la grande pièce avait été disposée une longue table, autour de laquelle tous prirent place silencieusement. L'ambiance, qui aurait pu être festive dans d'autres circonstances, était froide et pesante. Mithian et son père redoutaient les nouvelles à venir et Arthur et Guenièvre craignaient de leur en faire part. La reine toussota légèrement et croisa les mains sur la table, prête à commencer.
- Dans la nuit d'il y a deux jours, Camelot a été attaqué par des sorciers. Ils étaient trop nombreux et nous ne pouvions pas les combattre... c'est... c'est Morgane qui les commandait.
- Morgane ?! S'écrièrent le roi Rodor et la princesse d'une seule voix.
- Elle avait pris un autre visage et se faisait passer pour ma servante, poursuivit Guenièvre. Cela a duré presque deux semaines avant que... qu'elle ne dévoile sa véritable identité.
- Mais... Morgane était censée être morte ! S'exclama Rodor.
- Serait-elle revenue à la vie comme Arthur ? Questionna Mithian.
Le regard de Guenièvre s'arrêta sur Merlin, silencieux à l'autre bout de la table. D'un geste de la tête, elle lui fit signe de continuer.
- Non. En réalité, elle n'est jamais morte, reprit t-il d'une voix éteinte. Nous pensions qu'elle était mortellement blessée, mais... elle a été soignée à temps...
- Comment... ? S'étrangla la princesse. Qui a bien pu la soigner ? Avait-elle encore des alliés ?
- Elle est aidée par un dragon.
- Un dragon...
Mithian passa ses mains sur son visage et prit le temps d'assimiler ces informations. Morgane était revenue, elle avait pris Camelot et faisait équipe avec un dragon pour couronner le tout. La jeune femme comprenait mieux pourquoi ses amis s'étaient enfuis et pourquoi ils avaient l'air si... désemparés. Bien qu'ils essayaient de faire bonne figure, leur moral en avait sûrement pris un sacré coup. Le roi Rodor, assit à côté d'elle, en arrivait aux mêmes constatations.
- La situation n'a jamais été aussi grave et compliquée, s'enquit Arthur. Nous avons désespérément besoin de votre aide pour reprendre Camelot. Je sais que le risque est très élevé. Nous avons affaire à une armée de sorciers dirigée par Morgane, elle-même secondée par un dragon. Nos chances de réussite sont minces, je pense que vous en êtes conscients, néanmoins c'est un risque à courir, autant pour moi-même, Guenièvre et mes chevaliers qui voulons sauver le royaume, que pour vous. Maintenant que Morgane a accédé au trône, il se peut que Camelot ne la satisfasse pas longtemps et qu'elle cherche à asseoir son pouvoir sur Nemeth et sur d'autres royaumes. Votre sécurité est également en jeu.
Mithian et son père se consultèrent du regard, semblant chacun peser le pour et le contre. Le royaume de Camelot avait toujours été un allié de taille et incroyablement loyal. Arthur et Guenièvre avaient prouvé leur valeur et leur volonté d'aider leurs voisins en détresse lorsque cela était nécessaire. Et puis... Nemeth avait une dette encore impayée envers eux.
- Nous comprenons la gravité de la situation, dit enfin le roi d'un ton concerné, et nous sommes prêts à vous aider. Nous vous fournirons tous les hommes dont vous aurez besoin.
Rodor se leva et tendit sa main à Arthur par dessus la table. Ce dernier la serra à la manière des chevaliers, scellant ainsi leur accord.
- Merci infiniment, murmura Guenièvre, un sourire rassuré aux lèvres.
- Afin de consolider nos défenses et augmenter nos chances de l'emporter, vous ne verrez pas d'objection à ce que nous fassions aussi appel au soutien de la reine Annis ? Voulut savoir Arthur. Son royaume a toujours été très puissant et il représente un allié important, surtout en ces jours sombres...
- Son appui sera le bienvenu, obtempéra le roi de Nemeth. Nous nous chargerons de lui envoyer un corbeau.
- Pour le moment, nous allons vous attribuer des appartements et vous allez vous reposer, ordonna gentiment Mithian. Nous nous réunirons dans la journée afin de discuter plus attentivement d'une stratégie et élaborer un plan d'attaque. Cela vous convient-il ?
- C'est entendu, accepta Guenièvre. Merci beaucoup !
Mithian donna l'ordre à des serviteurs de s'occuper de leurs invités. On attribua donc à Léon et Perceval des appartements adjacents, tout comme à Gaïus et Merlin. Seul Arthur et Guenièvre partageaient évidemment le même appartement. Le médecin étant logé plus près de Merlin que les autres, Arthur lui avait expressément recommandé de garder un œil vigilant sur lui. Si le jeune homme se retrouvait à vagabonder dans le château en quête de la reine pour lui couper la tête ou la brûler vive, cela n'allait pas arranger les choses, aussi bien pour eux-même que pour leurs hôtes. De plus, Mithian et son père n'étaient pas au courant de la véritable nature de Merlin et il ne fallait pas qu'ils l'apprennent malencontreusement, surtout de cette façon.
Après s'être familiarisée avec l'appartement et s'être restaurée, Guenièvre décida de prendre un peu de repos, tenant à être en forme pour le conseil de guerre qui aurait lieu un peu plus tard. Elle chercha Arthur du regard et le vit immobile devant la fenêtre, les bras croisés sur sa poitrine. Il n'avait pas bougé depuis leur arrivée dans la chambre. Son épouse s'approcha de lui et entoura sa taille de ses bras.
- Avec l'aide de Mithian et de la reine Annis nous réussirons à reprendre Camelot, vous verrez.
- Ce n'est pas exactement à ça que je pensais...
- Qu'y a t-il ?
- Je pensais à Merlin.
Guenièvre posa sa joue contre le dos d'Arthur et déclara:
- Il me fait énormément de peine... Parfois, j'ai du mal à le regarder en face tellement j'ai honte de mes agissements envers lui. J'ai l'impression de ne pas être une bonne amie pour lui.
- Tout comme moi... Guenièvre, qu'est-il arrivé à Merlin, ces deux dernières années ?
La jeune femme soupira et se détacha d'Arthur, faisant quelques pas dans la pièce. Elle préserva un long silence songeur avant de répondre:
- Merlin n'est pas revenu directement après votre... mort. Il nous a dit être resté plusieurs jours à Avalon dans l'espoir de vous voir réapparaître. Quand il est enfin retourné au château, il était tellement... je ne sais pas comment l'expliquer... on aurait dit que le monde entier n'avait plus de sens à ses yeux. Il errait dans les couloirs et dans la cour, tel un fantôme. A l'époque, je vous pleurais et j'essayais de faire mon deuil, je n'avais pas la force de l'aider en quoi que ce soit. Gaïus a essayé de le distraire et de le consoler, même Léon et Perceval l'ont emmené avec eux en patrouille et à la chasse, mais rien de ce qu'ils faisaient n'a fonctionné. Merlin avait complètement changé. Je ne l'ai pas vu sourire ou rire en deux ans, Arthur ! Il ne fait que travailler, encore et encore... comme s'il avait peur de se retrouver seul avec lui-même, avec ses pensées... ça me fend le cœur de le voir ainsi.
Guenièvre essuya les quelques larmes qui avaient coulé sur ses joues et alla s'asseoir. Elle jeta un coup d'œil à Arthur qui était toujours dans la même position, à scruter l'extérieur d'un regard absent. Elle avait toutefois l'impression que ses épaules s'étaient tendues et elle aurait juré que son visage l'était aussi si elle avait pu le voir.
- Je lui ai donné ma parole qu'on parlerait, qu'on s'expliquerait sur... ce qui s'est passé, dit-il d'une voix chevrotante.
A l'entendre parler, Guenièvre l'imaginait profondément affecté par ce qu'elle lui avait dit et, le connaissant très bien, elle savait qu'il devait effectivement l'être.
- Je compte aller le voir tout à l'heure, après notre entretien avec Mithian et le roi Rodor. Je le vois souffrir par ma faute et, bien-sûr, il fait comme si tout allait bien ! Il ne mérite pas d'endurer ça, pas à cause de moi.
- Arthur, est-ce qu'au moins vous l'acceptez en tant que sorcier ?
- Bien-sûr que oui ! S'exclama t-il en faisait volte face. J'accepte qu'il soit un sorcier et j'accepte sa magie. Elle nous a tous protégés pendant je ne sais combien d'années, comment pourrais-je la renier ?
Guenièvre se leva avec entrain et prit les mains de son mari qu'elle serra tendrement.
- Dîtes-lui cela ! Quand vous irez le voir, dîtes lui tout ça, il a besoin de l'entendre.
Arthur hocha la tête et posa un doux baiser sur le front de la reine, avant de l'étreindre avec amour.
Il pensait ses mots, il était très honnête. Il acceptait Merlin tel qu'il était. Un sorcier. Le protecteur de Camelot. Son protecteur. Et contrairement à ce qu'étaient susceptibles de croire Merlin ou Guenièvre, il n'en voulait pas à son ancien serviteur d'avoir tenté par deux fois de tuer son épouse. La première fois, quand il avait voulu transpercer Guenièvre avec l'épée de Perceval, Arthur s'était posé des questions quant à cette soudaine envie de meurtre. Il avait essayé de rester neutre et prendre une décision juste et préventive. Mais la deuxième fois, il avait perdu son calme malgré lui. L'idée que Merlin ait blessé sa femme lui avait faire perdre la tête pendant quelques secondes. Il avait tout de suite regretté sa colère mais n'avait pas su s'excuser auprès du sorcier... Arthur ne comprenait pas ce qui arrivait à Merlin et se sentait perdu. Si ce dernier prétendait utiliser la magie pour le bien, et l'avait prouvé un nombre incalculable de fois, pourquoi s'obstinait-il à vouloir tuer Guenièvre ? Son esprit lui jouait-il des tours ou le problème était-il d'essence magique ? Ou était-ce justement la magie qui lui faisait perdre l'esprit ? Entre ça et les sorciers qui s'étaient servis de leurs pouvoirs pour prendre Camelot d'assaut, il avait de quoi perdre confiance en la magie et la remettre en question. Mais d'un autre côté, il n'était pas comme son père, sourd et aveugle en matière de sorcellerie. Les sorciers qui s'étaient regroupés et qui avaient attaqué Camelot avaient peut-être agi dans le simple but de se venger du décret qu'avait instauré Guenièvre. Arthur ne l'approuvait pas entièrement, il n'était donc pas étonné que les concernés ressentent la même chose. Peut-être que Morgane avait attisé leur colère et les avait manipulés afin qu'ils lui ouvrent les portes de Camelot et lui servent le trône sur un plateau d'argent ? Peut-être qu'elle s'était simplement servie d'eux ? Peut-être qu'une majorité des sorciers n'était pas comme elle ?
Arthur relâcha finalement Guenièvre qui lui offrit un petit sourire et s'éloigna dans la pièce. Il passa une main dans ses cheveux et laissa une dernière pensée naître dans son esprit... Peut-être que le fait de savoir que Merlin était un sorcier l'incitait à reconsidérer son opinion et à ouvrir son cœur à la magie ?
Mithian avait fixé l'heure du conseil au milieu de l'après-midi afin de laisser suffisamment de temps à ses amis pour se reposer. Le moment de se réunir approchant à grands pas, Arthur et Guenièvre terminèrent de se préparer. La princesse et son père avaient eu l'amabilité de leur prêter des vêtements neufs, ainsi qu'aux chevaliers, à Gaïus et à Merlin. La reine de Camelot, observant les gestes maladroits de son mari qui essayait de se coiffer, réprima un sourire d'amusement et lui prit le peigne des mains. Elle rectifia quelques mèches rebelles et reposa l'ustensile sur la table de chevet. Satisfaite, elle déclara:
- Et voilà !
Guenièvre prit Arthur dans ses bras et le serra très fort. Depuis son retour, elle exigeait plus d'affection que de coutume, cette affection dont elle avait été privée pendant deux ans. Le roi répondait volontiers à sa demande, conscient qu'il devait profiter pleinement de cette deuxième vie que... dieu sait qui lui offrait. Cette pensée le ramena une fois de plus vers Merlin. Oui, il devait profiter d'être vivant et bien portant pour discuter avec lui et résoudre les problèmes, ceux du passé et ceux du présent que lui seul était en train de créer.
- Je vous aime, Arthur... murmura alors Guenièvre.
- Moi aussi, Guenièvre, je vous aime de tout mon cœur.
Sur ces tendres mots, ils s'engagèrent dans les couloirs main dans la main. Quand ils pénétrèrent dans la salle du conseil, tout le monde était déjà arrivé. Mithian et le roi Rodor étaient debout devant la table et faisaient signe à Léon, Perceval et Gaïus de prendre un siège. Ils se tournèrent vers Arthur et Guenièvre à leur entrée.
- Vous voilà, apprécia Mithian.
Arthur darda un regard circulaire sur l'ensemble du groupe et remarqua l'absence du sorcier.
- Où est Merlin ? Demanda t-il à Gaïus.
- Il dormait quand je l'ai laissé, Sire. Je pense qu'il ne va pas tarder à nous rejoindre.
- Il dort encore, à cette heure-là ?
- Il... Il a eu du mal à trouver le sommeil, je le crains.
Arthur hocha lentement la tête, des yeux inquisiteurs braqués sur le médecin. Il avait perçu une hésitation inhabituelle dans la voix de ce dernier. Gaïus lui cachait quelque chose, il en était sûr, et il ne laisserait plus ni lui ni Merlin lui mentir. Il fit un mouvement de recul vers la sortie et annonça:
- Excusez-moi, je reviens tout de suite.
- Il serait plus sage de le laisser se reposer, Arthur !
Mais le roi de Camelot ignora la recommandation de Gaïus et disparut derrière la porte encore entrouverte. Il marcha d'un pas rapide dans les couloirs et finit par atteindre les appartements de son ancien serviteur. Il hésita une seconde à entrer, se demandant s'il devait frapper ou non. Si Merlin était véritablement en train de dormir, comme le lui avait dit Gaïus, il ne lui répondrait pas. Toutefois, ce ne fut pas cette déduction qui l'incita à pénétrer à l'intérieur, mais plutôt le hurlement qu'il entendit, un hurlement semblable à celui d'une bête blessée, un hurlement qui lui glaça le sang. Arthur entra en trombe dans l'appartement, à l'affût du danger. Dire qu'il fut surpris de découvrir l'origine du problème serait un euphémisme. Non, il était tout simplement pétrifié.
- Merlin... lâcha t-il dans un souffle.
Celui-ci était bel et bien endormi mais en proie à un cauchemar qui semblait le terroriser, le dévorer, le poignarder. Il comprimait la couverture entre ses doigts tremblants et hurlait à s'en briser la voix. Des serviteurs qui passaient par là, alertés par les cris, jetèrent un coup d'œil dans la chambre mais Arthur leur fit signe de déguerpir. Il s'assit à côté de Merlin et le secoua doucement dans l'espoir de le réveiller. Voyant que ses tentatives ne menaient à rien, il le secoua avec plus de force, ce qui eut instantanément pour effet de le sortir des limbes de son sommeil agité. Dès que Merlin ouvrit les paupières et se redressa, plusieurs larmes se mirent à dégringoler sur ses joues et vinrent s'échouer sur la couverture.
- Merlin ?
- Arthur ?!
Paniqué, le sorcier se détourna et s'essuya les yeux à la hâte. Arthur lui saisit le poignet, le forçant à arrêter son geste.
- Tu n'as pas besoin de faire ça, Merlin, ça arrive à tout le monde de faire des cauchemars.
- Mais ça n'arrive pas à tout le monde d'en faire tous les jours...
- Que veux-tu dire ?
Merlin baissa la tête sur ses genoux et expliqua d'une toute petite voix:
- ça a commencé après votre... votre mort. Au début, je faisais des insomnies et puis, progressivement, ce sont les cauchemars qui les ont remplacées. Depuis, ça n'arrête pas... Gaïus a tout essayé pour y remédier, mais rien ne marche.
- Je suis navré.
- Pourquoi ? Ce n'est pas de votre faute, Arthur. J'ai l'habitude, maintenant, ne vous en faîtes pas.
- C'est pour ça que tu n'as pas voulu dormir la nuit dernière ? Tu avais peur de faire un cauchemar devant nous ?
Merlin murmura un « oui » presque inaudible. Il ne repoussa pas la main d'Arthur lorsque celle-ci se posa sur son épaule mais son contact le mit encore plus mal à l'aise. Il n'avait pas l'habitude d'être consolé par le roi. En fait, c'était plutôt l'inverse...
- Le conseil va débuter, se rappela Arthur, veux-tu y venir ou préfères-tu rester ici ?
- J'arrive...
- Très bien... Nous t'attendons.
Arthur laissa le sorcier reprendre totalement ses esprits et reprit la direction de la salle du conseil. Il n'aurait jamais imaginé Merlin aussi affecté par sa mort. En repensant aux paroles de Guenièvre et à la scène dont il venait d'être témoin, il se sentait un peu coupable d'être la raison de ces bouleversements chez son ancien serviteur, même s'il savait que ce n'était pas volontairement sa faute. Il n'avait pas choisi de mourir. Le destin en avait juste décidé autrement, comme il avait décidé de le faire revenir parmi les siens. Arthur continuait de s'interroger sur sa soudaine résurrection et commençait à croire qu'il n'aurait jamais la réponse à sa question. La magie était imprévisible.
Merlin finit par rejoindre ses amis une dizaine de minutes plus tard et s'assit discrètement à côté de Gaïus. Il sentit le regard scrutateur des chevaliers, de Guenièvre et même de Mithian, et celui encore plus intense d'Arthur, mais n'en montra aucun trouble.
- Bien, fit le Roi Rodor, avant tout je vous informe que nous avons envoyé un corbeau à la reine Annis juste après notre entrevue de ce matin. Elle nous a répondu sans tarder et nous a fait savoir qu'elle accepte de nous prêter main forte. Elle et ses troupes sont en route pour Nemeth, je pense qu'ils seront arrivés d'ici deux ou trois jours.
Les souverains de Camelot ainsi que Léon et Perceval poussèrent de profonds soupirs soulagés. Ils n'avaient pas envisagé un refus de la part de leur puissant allié, mais en avoir la confirmation les rassurait tout de même.
- Avec son armée et la nôtre, enchaîna Mithian, nous disposerons d'un effectif de poids. Toutefois, mon père et moi-même aimerions savoir si vous avez des informations à nous fournir sur les sorciers qui vous ont attaqués ?
- J'ai eu le temps de bien les observer, s'enquit Léon, et, je dois l'avouer, j'ai été surpris de ce que j'ai constaté. Ce n'était pas à proprement parlé une armée, mais plutôt... un regroupement de la population. Il y avait des hommes, des femmes... même des adolescents. Ils n'étaient en rien expérimentés dans l'art du combat, ils utilisaient seulement leurs pouvoirs pour nous neutraliser.
- La situation semble plus délicate que ce que nous pensions..., constata Mithian.
- En effet, renchérit son père, mal à l'aise. Nous pourrions essayer de négocier avec eux ou tenter de les raisonner... mais...
- Mais ? Coupa Arthur, intéressé.
- Eh bien... Nous devons garder la tête froide... Nous avons affaire à des sorciers, et qui obéissent à Morgane en plus de ça.
- Je ne pense pas qu'ils obéissent à Morgane, fit savoir le roi de Camelot. Je pense plutôt qu'ils agissent par vengeance, qu'ils souhaitent simplement faire valoir leur droit d'exister pour ce qu'ils sont. Je ne crois pas qu'il y ait réellement de la méchanceté là-dedans.
Ces propos attirèrent des regards surpris de la part de tout le monde, plus particulièrement de la part de Merlin. Depuis quand Arthur tenait-il ce genre de discours ? Pourquoi ?
- Je dois avouer que votre point de vue me surprend, Arthur, admit Rodor en brisant la consternation générale. Vous avez toujours lutté contre la magie et les récents événements qui ont touché Camelot devraient appuyer votre combat, pas... enfin... pas l'adoucir.
- Je n'adoucis rien, j'essaie seulement de comprendre... pour une fois.
Personne ne s'attendait à une remarque comme celle-ci venant du roi de Camelot, venant du fils d'Uther Pendragon qui était connu pour suivre les traces de son père. Guenièvre, Gaïus et les chevaliers étaient étonnés de l'entendre parler de cette façon mais aussi très fiers. Arthur leur prouvait une fois de plus qu'il était un grand roi, plus noble et plus humain que ne l'avait été Uther. Quant à Merlin, il était complètement choqué. Jamais il n'aurait pensé entendre Arthur dire ça, surtout ouvertement, lors d'un conseil. Néanmoins, cela ravivait chez lui les braises de l'espoir, cet espoir qui avait volé en éclat deux ans plus tôt, lorsque Arthur avait rendu son dernier souffle...
- J'ai toujours su que vous n'étiez pas comme votre père..., dit alors Mithian, mais, tel que je me souviens, vous l'avez toujours imité en combattant la sorcellerie. Pourquoi avoir changé votre opinion ?
Arthur ne put répondre immédiatement. C'était vrai, il avait changé son opinion. Et il devait ce changement à une seule et unique personne. Merlin. Apprendre que ce dernier était un sorcier l'avait d'abord énormément déstabilisé et effrayé, mais ensuite il avait réfléchi, pensé, analysé. Merlin était quelqu'un de simple, profondément gentil et attachant, quelqu'un qui, guidé par son cœur pure et bon, avait accompli beaucoup de choses pour lui et pour Camelot, quelqu'un qui n'avait jamais cherché la moindre reconnaissance. Il n'était pas diabolique ni mauvais et Arthur savait que sa magie ne pouvait donc pas l'être. Cela l'avait amené à reconsidérer ses croyances initiales au sujet de la sorcellerie. Peut-être alors qu'il existait d'autres personnes comme Merlin, des gens biens obligés de se cacher comme il l'avait fait ? Peut-être que les sorciers qui avaient attaqué Camelot étaient de ces personnes-là ? Il y avait tellement de « peut-être » et de doutes dans l'esprit d'Arthur, les mêmes « peut-être » et les mêmes doutes qui l'avait envahi le matin même, des « peut-être » et des doutes que seul Merlin avait placé en lui.
Arthur prit une grande inspiration et répondit:
- Quelqu'un m'a ouvert les yeux... C'est pourquoi j'aurai une faveur à vous demander. Je n'ai pas osé vous en parler à notre arrivée... Si j'ai requis le soutien de deux armées, c'est effectivement pour mettre toutes les chances de notre côté... mais simplement pour nous défendre. Il n'est pas question de tuer qui que ce soit.
- Arthur, vous n'êtes pas sérieux ? S'écria le roi Rodor.
- Je suis on-ne-peut-plus sérieux. Ma faveur est la suivante: j'aimerais que les soldats se contentent de blesser les sorciers, suffisamment pour qu'ils ne récidivent pas, mais je ne veux aucun mort.
- Pourquoi ? S'informa la princesse, les sourcils froncés.
- Je veux entendre ce qu'ils ont à dire. Je pense deviner leurs raisons d'agir, mais je veux les entendre de leur bouche.
- Croyez-vous sincèrement qu'ils accepteront de coopérer ? Questionna Léon, inquiet.
- Une fois certains qu'ils seront hors d'état de nuire, nous déposerons les armes et ils verront que nous ne leur ferons rien. Ils parleront plus facilement s'ils ne se sentent pas menacés.
Un court moment de silence suivit ces paroles. Tout le monde semblait réfléchir à la teneur de ce plan proposé par Arthur. Ils avaient tous foi en lui mais ils ne pouvaient s'empêcher d'émettre certaines réticences.
- Je sais que... ce que je demande n'est pas facile... et risqué. Mais je ne veux plus tuer des innocents.
- Des innocents ? Répéta Rodor, dubitatif.
- Mes chevaliers m'ont rapporté qu'ils ont épargné la ville basse, ils ont épargné le peuple.
- Bon, admettons que la reine Annis vous suive dans ce projet et que nous accédions ensemble à votre demande, qu'en est-il de Morgane ?
- Cela rejoint un autre problème que mon père et moi avons relevé, souligna Mithian. Nous pensons que... que la magie ne sera contrée qu'avec la magie. Si votre plan concernant les sorciers fonctionne, Arthur, et nous l'espérons, qu'adviendra t-il de Morgane ? Elle est habitée par la haine et les ténèbres, elle ne vous écoutera pas. Personne ne pourra la combattre. Nous aurions besoin de l'aide d'un sorcier aussi puissant qu'elle, qui puisse la tenir à l'écart, pour avoir une chance qu'elle n'interfère pas dans votre plan.
Guenièvre, Perceval et Léon échangèrent un regard entendu mais évitèrent de tourner la tête vers Merlin, et le sorcier les en remerciait car leur comportement aurait élevé des suspicions chez Mithian et son père. Chacun préférait s'en remettre à Arthur. Lui seul pouvait décider de révéler la nature de Merlin à leurs hôtes.
- Je pense que nous devrons réfléchir plus en détails à cette question, répondit le roi de Camelot.
- Dans ce cas... nous verrons cela avec la reine Annis et nous lui exposerons votre plan afin d'avoir son avis, décida Rodor. Nous prendrons également les prochaines décisions à son arrivée.
Arthur et Guenièvre inclinèrent la tête en guise d'acceptation, imités par les deux chevaliers et Gaïus. La salle fut vide dans les minutes qui suivirent et les souverains de Camelot se retrouvèrent dans les appartements de Merlin, en compagnie du médecin, de Léon et de Perceval.
- J'ai hésité à dévoiler la véritable... nature de Merlin, expliqua Arthur afin d'éclaircir les choses. Je pense qu'il est plus sage d'attendre la venue de la reine Annis et, dès que la question de Morgane sera abordée, nous leur dirons la vérité.
- N'est-ce-pas risqué, Sire ? Demanda Léon.
- Nous pouvons avoir confiance en Mithian et son père, encore plus en la reine Annis. De plus, si nous leur fournissons l'aide d'un sorcier, pourquoi la refuseraient-ils ?
- Merlin serait un atout de plus, confirma Perceval.
Arthur se tourna vers le sorcier qui n'avait pas desserré les dents depuis le début du conseil. Il avait la désagréable impression de faire des choix, de prendre des décisions sans le consulter, sans avoir son autorisation, et cela lui déplaisait. Merlin n'était pas un objet, mais un être humain. C'était son droit de ne pas accepter d'intervenir...
- Merlin... est-ce que tu es d'accord de nous aider ?
- La question ne se pose pas. Évidemment que je vous aiderai.
- Merci...
Après un dernier coup d'œil à Merlin, la reine et les chevaliers quittèrent la pièce. Arthur allait en faire autant quand son ancien serviteur le rappela:
- Arthur ?
- Oui ?
Vous pensez vraiment ce que vous avez dit... à propos de... des sorciers ? Vous voulez vraiment... les entendre ?
- Oui, Merlin. J'espère simplement que ça marchera.
- Merci, Arthur..., murmura t-il, les larmes aux yeux.
Ce dernier émit un hochement de tête, un léger sourire aux lèvres, avant de sortir en refermant doucement la porte derrière lui. Resté seul avec son pupille, Gaïus en profita pour avoir une petite discussion avec lui.
- Je ne m'attendais à cette décision de la part d'Arthur.
- Moi non plus... Vous pensez que... qu'il y a de l'espoir, Gaïus ? Est-ce que le monde dont nous rêvons a de l'espoir de naître un jour ?
- C'est possible, mon garçon. Et c'est grâce à toi.
- Quoi...? Bien-sûr que non.
- Tu ne le vois peut-être pas, Merlin, mais si l'opinion d'Arthur au sujet de la magie a évolué, c'est parce qu'il connaît la vérité. Il sait maintenant qui tu es et son geste prouve qu'il t'accepte.
Merlin se dirigea d'une démarche lasse vers son lit pour s'y asseoir lentement. Il soupira et baissa la tête sur ses bottes.
- Je pensais que cela te réjouirait..., dit Gaïus en l'observant, étonné.
- Je suis heureux, Gaïus, vraiment ! Arthur m'accepte et il semble accepter la magie aussi.
- Quel est le problème, alors ?
- C'est... cette distance. Arthur n'est plus le même avec moi. Quelque chose le tracasse et j'ai peur de savoir ce que c'est. Je pensais que ça pouvait avoir un lien avec la magie, mais ce qu'il a fait aujourd'hui prouve que non...
- Maintenant que nous sommes chez Mithian, Arthur aura le temps de te parler. Vous aurez cette discussion qu'il t'a promit. C'est un homme d'honneur, il tiendra sa parole.
- Oui, je sais. Je pense que je me fais du souci pour... pas grand chose. Enfin, j'espère...
- Seul Arthur te le dira. En attendant, j'aimerais vérifier quelque chose. Penche la tête en avant, s'il te plaît.
Bien que ne comprenant pas pourquoi son père de cœur lui demandait cela, Merlin s'exécuta en faisant taire ses interrogations. Il sentit Gaïus soulever son foulard bleu et passer ses doigts sur sa nuque. Cet examen ne dura pas plus d'une minute. Quand le médecin retira ses mains, Merlin se redressa en replaçant correctement son foulard et demanda:
- Qu'avez-vous fait ?
- Te souviens-tu de la fois où Morgane t'a capturé et a placé un fomorroh dans ta nuque ?
- Oui, elle m'avait ordonné de tuer Arthur. Mais c'est impossible qu'elle ait pu refaire la même chose quant elle s'est infiltrée, elle ne s'est jamais approchée... dangereusement de moi et ne m'a jamais fait de mal. Et puis le fomorroh me donnait constamment envie de tuer Arthur, cette fois-ci c'est par passe seulement. Vous pensiez qu'elle avait recommencé en m'ordonnant de tuer Guenièvre, c'est ça ?
- Je le pensais, oui.
- Je ne crois pas que Morgane soit derrière mon... mon envie de meurtre sur Guenièvre. Je vous le répète, elle ne m'a absolument rien fait.
- Dans ce cas, j'espère que nous trouverons vite quel mal s'en prend à toi, sinon je crains pour la sécurité de Guenièvre.
Merlin hocha la tête. Il approuvait entièrement ce que disait Gaïus et espérait pour que celui-ci ou lui-même finisse pas découvrir l'anomalie qui le contrôlait. Trois coups frappés à la porte mirent fin à la conversation. Merlin alla ouvrir et découvrit la princesse Mithian sur le seuil.
- Merlin, fit-elle avec un sourire, pouvons-nous discuter un moment ?
Alors, qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? L'avez-vous apprécié ? Que pensez-vous de la décision d'Arthur ?
A la semaine prochaine ! :)
