Bonjour/Bonsoir tout le monde ! :) Voici le chapitre 7 ! J'espère qu'il vous plaira et qu'il répondra à certaines de vos questions, une question en particulier...

Je remercie laure marez, Elvis et un guest du nom d'Elise pour leurs reviews qui me motivent à continuer ! :) J'espère ne pas vous décevoir ! Merci également à Aglae Smoak pour avoir ajouté cette histoire à la rubrique " follow ".

N'hésitez pas à laisser une review pour me donner votre avis, ça fait toujours plaisir :)

Bonne lecture mes très chers !

Chapitre 7: La réponse...

Merlin fit entrer Mithian à l'intérieur. Gaïus, devinant que la jeune femme désirait parler à son pupille seul à seule, quitta les appartements. Mithian fit quelques pas au hasard dans la pièce en inspectant le mobilier d'un œil vague, semblant attendre quelque chose ou rassembler ses mots avant de prendre la parole. Finalement, elle se retourna face à Merlin, le visage grave. Pendant quelques secondes, ce dernier crut qu'elle avait deviné son secret alors que personne ne lui en avait encore parlé. Elle se permit de prendre un siège à table et, d'un signe de la main, invita Merlin à en faire autant.

- Je sais qu'on ne se connaît pas beaucoup, commença t-elle d'une voix douce, mais... j'espère que tu ne m'en voudras pas de te poser cette question: que s'est-il passé entre Arthur et toi ?

Merlin haussa les sourcils, désorienté. Depuis quand Mithian s'intéressait-elle à leur relation ? Mais, le plus important, comment avait-elle compris que quelque chose n'allait pas entre Arthur et lui ? Il savait qu'elle pouvait se montrer parfois très perspicace, mais à ce point-là... ce n'était pas comme si elle était proche d'eux et ce n'était pas comme si la distance et la tension entre les deux hommes étaient voyantes... n'est-ce-pas ?

- Euh... tout va très bien, merci, répondit-il, le plus neutre possible.

- Allons, ne me mens pas, s'il te plaît. C'est vrai que je ne vous connais pas très bien, mais je vous connais assez pour avoir remarqué qu'il y a un problème.

- Comment ça, un problème ? Fit-il, faussement étonné.

- Vous donnez l'impression, quand on vous regarde, que vous n'arrivez plus à... à vous parler... alors que la parole n'a jamais été un obstacle entre vous. Quand je repense à la manière dont tu t'adressais à lui avant et à la manière dont il te répondait, indifférent et moqueur...

- Oui, eh bien... les choses ont changé, c'est tout. Ne vous inquiétez pas, il n'y a rien de grave.

Mithian dévisagea Merlin, dubitative. Elle affichait une mine qui paraissait vouloir dire « Ne joue pas à ça avec moi, je ne suis pas dupe. ». Toutefois, bien que profondément douteuse des explications passives du sorcier, elle finit par acquiescer, comprenant qu'elle ne tirerait rien de lui et ne voulant pas se montrer plus indiscrète qu'elle pensait l'être. Elle se leva et repoussa la chaise contre la table.

- Bon, tu as sûrement tes raisons. Je comprends que tu veuilles les garder pour toi.

Elle ne s'attarda pas plus longtemps et ouvrit la porte pour sortir.

- Mithian, a...attendez !

La princesse fit volte-face, inquiète du tremblement qu'elle avait perçut dans la voix de Merlin. Elle profita des secondes qui suivirent pour l'étudier plus en détail et ne put que remarquer la pâleur de son teint, le creux plus accentué de ses joues, les cernes dessinés sous ses yeux et sa carrure plus frêle qu'à l'accoutumé. Il n'avait pas l'air en très grande forme... Sa silhouette lui faisait penser à quelqu'un de sous-alimenté et sujet à des problèmes de sommeil, quelqu'un ne digérant plus sa nourriture et ne trouvant pas de repos une fois la nuit tombée. Un mélange de pitié et de tristesse l'assaillit, ce qui la poussa à se rapprocher un peu.

- Oui ?

- Avez-vous déjà eu un ami qui cachait un... lourd secret ? Quelqu'un qui, pour protéger son secret et ne pas perdre votre amitié à laquelle il tenait, vous a menti pendant des années... jusqu'à ce qu'il se décide à vous avouer la vérité ?

Si Mithian était prise au dépourvue par cette question, elle n'en fit rien paraître. Elle semblait plutôt réfléchir à quelle réponse apporter, le regard perdu dans le vide. Quand un pâle sourire apparut sur ses lèvres, Merlin fronça les sourcils, curieux.

- Ce que tu me dis me rappelle un conte que ma grand-mère me lisait souvent quand j'étais petite... Tes paroles me font penser au personnage principal.

- Quel conte ?

Mithian, qui fixait Merlin, détourna aussitôt les yeux et se mordit la lèvre inférieure. Elle avait tout d'une femme mal à l'aise et réticente à répondre. Mais pourquoi avait-elle peur de parler d'un conte ? Ça n'avait aucun sens.

- C'est un conte très long... il s'appelle Lumière, et c'est aussi le prénom du personnage principal.

- Lumière est un nom étrange pour un personnage, fit remarquer Merlin.

- Il est précisé, au début du récit, que ce n'est pas son vrai nom, mais il n'est jamais cité dans l'histoire. Lumière est... la valeur qu'il incarne ou... l'aura qu'il dégage si tu préfères. Il est comparé à une lumière.

- Il y a d'autres personnages qui portent ce genre de noms ?

- Merlin... il vaudrait mieux éviter de parler de ce conte, dit-elle subitement, l'angoisse déformant ses traits. Je n'aurai même pas dû l'aborder...

- Pourquoi ?

- C'est un conte druidique... seuls les druides et les sorciers le connaissent.

Ces paroles étaient fausses. Merlin était un sorcier, né avec la magie, et il n'avait jamais entendu quelqu'un mentionner ce conte. Néanmoins, c'est une tout autre chose qui retint son attention. Mithian n'était pas une sorcière, alors comment avait-elle eu connaissance de cette histoire ? Elle avait dit la connaître depuis son enfance, comment cela était possible ? Elle dut lire ses interrogations dans ses yeux car elle s'empressa d'expliquer:

- Bon, ne le répète à personne, surtout pas à mon père, mais... ma... ma grand-mère maternelle était une sorcière.

Merlin ne se montra guère surpris par cette révélation. A son sens, pour que Mithian soit informée des origines de ce conte et de son lectorat, il fallait bien qu'elle ait eu des attaches avec la magie ou les sorciers par le passé.

- Je vois, murmura t-il.

- Mon père n'est pas méchant, reprit Mithian, il ne tuerait pas un sorcier s'il en croisait un, mais... s'il apprenait la vérité, après toutes ces années, je ne sais pas quelle serait sa réaction. Et puis, ça n'apporterait rien qu'il le sache.

- Je comprends... je ne dirai rien à personne, vous avez ma parole.

- Merci, Merlin. Donc, pour en revenir à ta question... Non, je n'ai jamais eu d'ami comme tu me le décris. Tu aurais voulu savoir comment j'aurai réagi en apprenant son secret ?

- Euh... oui, mais ça ne fait rien.

- J'aurais essayé de comprendre ses raisons, j'aurais essayé de comprendre pourquoi il m'avait menti et j'aurais pris le temps de réfléchir... mais je lui aurais pardonné car je pense que l'amitié, quand elle est sincère et profonde, peut tout dépasser.

Merlin avait écouté le point de vue de Mithian avec intérêt et sa réponse lui serra le cœur. Ce qu'elle venait de lui dire mettait le doute en lui. Arthur n'avait pas l'air prêt à lui pardonner, alors... Peut-être qu'il n'accordait aucune valeur à leur amitié, finalement ? Il acceptait sa magie et lui était reconnaissant de sa loyauté et de son aide secrète, mais peut-être qu'il n'y avait rien d'autre. Peut-être que, dès lors qu'il avait su la vérité, il n'y avait plus rien eu ? Non, Merlin ne pouvait pas y croire. Et puis, il devait raisonner clairement. Il s'agissait de l'opinion de Mithian, de ce que ELLE pensait, pas de ce qu'Arthur pensait. Le sorcier ne devait pas se laisser influencer par les paroles de Mithian, il ne devait pas se monter la tête avant d'avoir discuté avec Arthur.

- D'accord... merci de m'avoir répondu.

Il tourna le dos à la princesse en priant pour qu'elle parte sans lui parler davantage. Malheureusement, il entendit ses pas venir dans sa direction et rencontra son visage quand elle s'arrêta devant lui.

- Merlin, quel que soit ton secret, aies confiance en Arthur. Vous êtes amis depuis de nombreuses années et je sais que votre amitié est solide, elle l'est plus que n'importe quelle amitié. Je sais aussi qu'il ne l'avouera jamais, mais c'est vrai.

Merlin hocha la tête, la gorge nouée, les larmes aux yeux.

- Merci..., murmura t-il.

Mithian lui sourit en retour et le laissa seul. Pendant qu'elle déambulait dans les couloirs, elle ressassa mentalement la conversation qu'elle venait d'avoir avec Merlin, cette conversation qui la déchirait. Elle se rendait mieux compte, à présent, qu'il n'était plus le même, qu'il avait changé à un degré qu'elle n'aurait jamais imaginé. Où était passée cette étincelle miroitante qui commandait son cœur, son sourire, ses gestes ? Comment retrouver cette aura lumineuse qu'il dégageait auparavant ? La jeune femme aurait aimé faire plus pour Merlin que lui parler, mais elle était réaliste. Elle se savait impuissante dans cette situation. C'était Arthur qui résidait au centre du problème comme c'était lui qui alimentait le cœur de Merlin. Mithian ne comprenait pas ce lien qui rattachait les deux hommes, ce lien invisible qui s'était subitement brisé. Mais si elle n'avait qu'un regard extérieur, elle pouvait quand même contribuer à restaurer ce lien. Elle pouvait faire un geste pour les aider. Déterminée suite à son échange avec le jeune homme, elle prit la direction des appartements d'Arthur et Guenièvre. Arrivée devant la porte, elle frappa trois coups résolus et attendit qu'on la fasse entrer. A son plus grand plaisir, c'est Arthur qui lui ouvrit.

- Mithian ! Entrez, je vous prie.

La princesse s'infiltra dans la chambre et constata que Guenièvre n'était pas là. Cela la soulageait car elle préférait discuter avec Arthur en privé. Elle fit une ronde rapide dans la pièce et, tout comme avec Merlin, elle mit un certain temps avant de se décider à parler.

- Il y a un problème ? Demanda Arthur, les sourcils froncés.

- Oui, on peut dire ça. C'est à propos de Merlin.

Une lueur d'inquiétude passa sur le visage du roi, mais il s'efforça de la cacher. Il craignait que Mithian ait découvert la vérité au sujet de son ancien serviteur et qu'elle soit venue pour lui tirer des explications. Il dissimula son trouble au maximum et prit une chaise.

- Asseyez-vous.

Mithian s'exécuta et continua sans attendre:

- Je viens de bavarder avec lui et... j'ai été peinée de voir à quel point il a changé. Il faudrait être aveugle pour ne pas s'en apercevoir.

- Si vous pensez que je n'ai pas remarqué de changement chez lui, vous avez tort, Mithian. Vous êtes peut-être perspicace, mais je connais Merlin mieux que moi-même.

- Alors vous savez sûrement ce qui le préoccupe ?

Cette question sonnait comme un défi, comme si Mithian cherchait à évaluer que ce qu'Arthur avait dit était vrai. Ce dernier n'aimait pas ce genre de jeu ridicule, mais il répondit tout de même:

- Moi, je suppose.

- Mais encore ? Le poussa la princesse.

- Pourquoi cette interrogatoire ? Voulut savoir Arthur, l'exaspération commençant à poindre.

- S'il vous plaît, répondez à ma question.

Le roi de Camelot poussa un profond soupir, marque évidente de son agacement. Il ne pouvait évidemment pas révéler à Mithian toute la vérité, il ne pouvait pas non plus lui dire pourquoi il avait instauré cette distance avec le sorcier, quelles étaient les raisons de son comportement, ses raisons qu'il gardait pour lui, ses raisons qu'il ne partagerait qu'avec Merlin. Il opta donc pour de l'improvisation contenant une parcelle de vérité:

- Je l'ai un peu... délaissé depuis mon retour et j'ai été un peu dur envers lui. Je pense qu'il le vit mal.

Mithian secoua la tête, pas convaincue le moins du monde par ce qu'elle venait d'entendre.

- C'est pire que ça... Arthur, il a peur d'avoir perdu votre amitié. Écoutez, je ne sais pas ce qui s'est passé entre vous, je ne sais pas ce que vous avez appris à son sujet, mais votre comportement l'affecte énormément.

- Bon, je vais lui parler immédiatement ! C'est justement ce que je comptais faire avant que vous n'arriviez.

L'impatience et la touche d'agressivité avec lesquelles Arthur s'était levé effraya Mithian qui se hâta de demander:

- Qu'allez-vous lui dire ?!

La main sur la poignée de la porte, le roi stoppa son geste et laissa tomber, à la fois amusé et amer:

- Même pour vous faire un résumé il me faudrait des heures.

Et il sortit sans attendre sa réponse. Le court trajet jusqu'aux appartement de Merlin se fit avec une rapidité déconcertante. Arthur n'avait plus qu'une envie: s'expliquer avec le sorcier. Enfin ! Il se savait coupable des souffrances cachées de Merlin, de cette tristesse qui le rongeait, de cette crainte effroyable d'avoir perdu son amitié. Juste avant l'arrivée de Mithian, Arthur avait planifié d'aller voir Merlin pour qu'ils aient la discussion qu'il lui avait promise. Les dernières paroles de la princesse l'avaient touché en plein cœur et l'avait convaincu de ne pas perdre une minute de plus à rester assis sur sa chaise ! Savoir que Merlin remettait en cause son amitié lui était insupportable ! Bien-sûr qu'il était son ami, la question ne se posait même pas ! Arthur détestait exprimer ouvertement et sincèrement l'estime et l'amitié qu'il portait à Merlin, il ne lui avait jamais montré de cette façon, ce n'était pas sa manière d'être avec lui. Pourtant, s'il devait en passer par là cette fois-ci, s'il avait besoin de le lui prouver pour dissiper ses craintes et ses doutes, il n'hésiterait pas une seconde !

Arthur s'arrêta brusquement devant l'entrée. Comment allait-il démarrer la conversation ? Qu'allait-il lui dire exactement ? De quelle façon aborder les choses ? Serait-il maladroit ? Perdrait-il la parole sous le coup de la panique ? Aurait-il dû écrire une sorte de discours ou apprendre un texte par cœur avant de venir ? Il secoua vigoureusement la tête, découragé par ses pensées qu'il jugeait complètement idiotes. Cependant, avant qu'il n'ait eu le loisir de frapper, la porte s'ouvrit avec une férocité alarmante et Arthur se retrouva face à un Merlin armé d'un poignard.

- Euh... Qu'est-ce que tu avais l'intention de faire ? S'inquiéta le roi de Camelot, sur la défensive.

Merlin se figea. Son visage reflétait une menace presque intimidante et ses doigts étaient crispés sur le manche de la dague qu'il tenait bien haut. Il dévisagea Arthur avec insistance, s'attardant sur ses yeux, son regard méfiant et angoissé, ses bras, son torse, sa stature. Soudainement, il mit fin à son examen visuel et recula jusqu'à heurter le mur de plein fouet. Il lâcha le poignard qui tomba au sol dans un fracas métallique et prit son visage entre ses mains.

- Merlin, qu'est-ce qui t'arrive ?! S'écria Arthur en le rejoignant.

Au lieu de répondre, le sorcier serra les dents, semblant vouloir étouffer un cri et refouler la douleur qui le harcelait. Il se frotta les tempes énergiquement, la sueur commençant à apparaître sur son front.

- ça.. recommence... Guenièvre... je...

Il n'eut pas besoin d'en dire plus pour qu'Arthur comprenne. Merlin était de nouveau repris par l'envie irrépressible de tuer la reine de Camelot, c'était forcément ça. Sauf que cette fois-ci, il paraissait réussir à reprendre le contrôle sur son esprit. Le roi ne chercha pas à comprendre le pourquoi du comment et tenta plutôt d'aider son ami.

- Merlin, peux-tu tenir le temps que j'aille chercher Gaïus ?

- Enfermez-moi...

- Mais...

- Enfermez-moi, je vous dis !

Arthur décela une note de supplice dans la voix de Merlin, ce qui l'incita à s'animer pour aller chercher de l'aide. Il jeta un dernier coup d'œil au jeune homme, s'empara de la clé et verrouilla la porte en sortant. Il n'était pas certain que cette maigre précaution serait efficace car avec la magie déjouer une serrure devait être un jeu d'enfant. Arthur ne laissa pas d'autres pensées comme celle-ci l'assaillir et s'engouffra dans la chambre de Gaïus. Vide.

- Où êtes-vous, Gaïus ?!

Il courut dans les couloirs afin d'atteindre au plus vite les appartements de ses chevaliers. Il entra sans s'annoncer dans la première pièce qui s'offrit à lui. Perceval et Léon étaient ensemble, apparemment en pleine conversation. L'arrivée subite de leur monarque les fit taire aussitôt.

- Sire ? L'appela Léon.

- Savez-vous où est Gaïus ?

- Il est allé donner une potion au roi Rodor. Il y a un problème ?

Arthur délivra la clé qu'il avait récupéré dans la paume du chevalier et expliqua:

- Merlin ne va pas bien. Je l'ai enfermé, mais je crains que ce ne soit pas suffisant. Allez le retrouver immédiatement et veillez à ce qu'il n'essaye pas de sortir.

- Entendu.

Léon et Perceval avaient tout de suite compris à quoi faisait référence leur souverain et se mirent sur le pied de guerre sans perdre une seconde. Arthur les regarda disparaître à l'angle du couloir avant de prendre la direction des quartiers royaux. Un serviteur eut l'amabilité de lui indiquer où se situait exactement l'appartement du roi, ce qui lui fit gagner un temps considérable. Il frappa quelques coups précipités et entendit la voix de Rodor le sommer d'entrer. Ce dernier, qui était en train d'écouter attentivement les conseils de Gaïus sur l'utilisation des plantes étalées sur la table, laissa la conversation de côté et se tourna vers son invité.

- Majesté, fit Arthur en inclinant à demi la tête. Puis-je requérir l'attention de Gaïus quelques minutes ?

- Bien-sûr, il est votre sujet.

Le médecin lança un regard interrogateur au roi de Camelot, l'inquiétude faisant accélérer les battements de son cœur, et le suivit à l'extérieur.

- Que se passe t-il, Sire ?

- C'est Merlin. Dépêchons nous.

Savoir son fils de cœur en danger redonna une vigueur insoupçonnée à Gaïus. Il traversa le château aussi vite que lui permettaient ses vieilles jambes et devança Arthur en pénétrant dans la chambre de Merlin. Il chercha directement son pupille des yeux et le vit allongé sur son lit, apparemment inconscient. Léon et Perceval étaient à son chevet. Le soulagement transfigura leur visage en voyant Gaïus approcher et ils s'éloignèrent afin de lui laisser suffisamment de place.

- Que s'est-il passé ? S'informa t-il vivement, la main posée sur le front de Merlin.

- J'étais venu pour lui parler et je l'ai trouvé en train de lutter contre... la chose qui le pousse à tuer Guenièvre, relata Arthur, maladroit.

- Il a manqué de s'en prendre à nous pour pouvoir s'échapper quand nous sommes arrivés, ajouta à son tour Léon, nous avons dû l'assommer...

Gaïus prit le pouls de Merlin et s'assura avec précaution qu'il n'avait pas de fièvre ni d'autres blessures qu'il aurait pu leur cacher. Une fois certain que le sorcier avait simplement perdu connaissance, il reporta toute son attention sur les trois hommes.

- Merlin va bien... pour le moment, du moins.

- Ça ne peut plus durer, Gaïus..., soupira Arthur, complètement dépassé.

- J'en suis conscient, Sire...

- N'avez-vous aucun moyen de comprendre ce qui lui arrive ? Vous ne pensez pas que Morgane ait pu s'en prendre à lui ?

- Merlin affirme que non, mais nous avons peu d'indice pour en être sûr.

- Si c'est elle qui est derrière tout ça, elle l'a peut-être ensorcelé, mais il ne s'en souvient pas ? Suggéra Léon.

- Ce serait possible..., reconnut Gaïus. Morgane a toujours été imprévisible dans ces plans, que ce soit pour vous éliminer, Arthur, ou pour éliminer Merlin.

- Merlin ? Répéta Arthur, incrédule. Elle a essayé de le tuer ? Quand ? Comment ?

- C'est à Merlin de répondre à vos questions, pas à moi, rétorqua le médecin.

Arthur fronça les sourcils, l'estomac retourné. Il comptait bien discuter avec son ancien serviteur et mettre les choses au clair avec lui, il comptait bien apprendre de sa bouche tout ce qu'il avait vécu derrière son dos, tout ce qu'il lui avait dissimulé et pourquoi, il comptait bien le faire dévoiler la vie secrète qu'il avait menée, cette vie qui n'avait pas dû être facile tous les jours... Les quelques mots de Gaïus ne faisaient qu'attiser encore plus sa curiosité, mais il redoutait également ce qu'il allait découvrir et s'il supporterait d'entendre la vérité...

- Je crois qu'il se réveille ! Intervint Perceval.

Tous se rapprochèrent de Merlin afin de vérifier les dires du chevalier. Le sorcier bougeait légèrement la tête et ses paupières cherchaient à s'ouvrir. Il était bel et bien en train de se réveiller. Les quatre hommes patientèrent le temps qu'il reprenne totalement ses esprits. Après avoir chassé entièrement le sommeil, Merlin finit par émerger. Il frotta ses yeux fatigués et se redressa sur les coudes. Le fait de se retrouver encercler par Gaïus, Arthur, Léon et Perceval et surtout, d'avoir à soutenir leur regard anxieux, lui fit comprendre la situation.

- J'ai recommencé, c'est ça ? S'informa t-il d'une voix tendue.

- Malheureusement, oui, lui répondit son père de cœur.

Merlin laissa sa tête retomber sur l'oreiller et fixa le plafond, ne sachant quoi dire si ce n'est encore s'excuser, encore déballer le refrain habituel du « je ne sais pas ce qui s'est passé ! ».

Il sentit le matelas s'affaisser tandis que Gaïus prenait place à ses côtés.

- Merlin, je veux que tu me décrives en détail tous les symptômes que tu ressens avant de perdre le contrôle, exigea le médecin. N'en oublie aucun, un seul d'entre eux peut tout changer.

- Euh... Ça commence par un mal de tête abominable, ensuite... je n'arrive plus à penser correctement et je sens mon corps devenir lourd, comme si je ne pouvais plus le maîtriser... et puis... c'est le trou noir.

- Nous avons affaire à un ensorcellement, diagnostiqua Gaïus, comme nous le redoutions.

- Es-tu sûr que ce n'est pas l'œuvre de Morgane ? Demanda Arthur à Merlin.

- Puisque je vous dis qu'elle ne m'a rien f... Oh. Non, c'est impossible... murmura t-il, en proie à la panique.

- Quoi ? Tu te souviens de quelque chose ? S'intéressa Arthur.

- Gaïus, comment se transmet un ensorcellement ?

- La plupart du temps grâce à un sort oral ou un objet.

- Rien... d'autre ? Bégaya Merlin, soudain très pâle.

- Bon, où veux-tu en venir ? Le secoua le roi, impatient.

- Eh bien... Quand... Quand Morgane était Rosy... nous sommes devenus amis, nous nous sommes... rapprochés. Et un soir, elle m'a parlé de sa famille qui manquait d'argent, elle pleurait et... j'essayais de la consoler. C'est là qu'elle... enfin, elle... m'a embrassé.

Léon et Perceval se consultèrent du regard, semblant essayer de déterminer si un contact physique pouvait créer un enchantement. Arthur dévisagea Merlin comme s'il se demandait s'il s'agissait de son premier baiser ou non. Après tout, il n'avait jamais vu son ancien serviteur flirter ou montrer un quelconque intérêt pour la gente féminine. Il l'avait, certes, surpris en train d'espionner Lady Katherina du haut de sa fenêtre et avait appris par Guenièvre, lors de la visite du Sarum, qu'il retrouvait une fille en cachette. Mais cela ne constituait pas réellement des preuves valables. Sans compter qu'Arthur, connaissant maintenant la vérité sur Merlin, pouvait s'interroger sur les véritables intentions de ce dernier à ces moments-là. Avait-il espionné Katherina parce qu'il savait qu'elle était un trôle ? Avait-il réellement passé plus de deux jours dans les bras d'une fille ? Prenant conscience de ses pensées, Arthur se força à sortir de ses songes éveillés. Tout le monde se pliait en quatre pour savoir si Merlin était ensorcelé, et lui divaguait !

Quant à Gaïus, son visage s'était subitement éclairé. Cet élément qu'avait tu son pupille était crucial, c'était l'élément qu'il manquait depuis le début. Désormais, il avait la réponse.

- Un enchantement peut effectivement se transmettre par le biais d'un contact salivaire. C'était une magie utilisée par les prêtresses de l'Ancienne Religion, il n'est pas étonnant que Morgane la connaisse...

- Mais pourquoi cherche t-elle à utiliser Merlin pour tuer Guenièvre ? Demanda Léon.

- Morgane sait que Guenièvre a beaucoup de relations dans les autres royaumes, notamment des alliés qui seraient prêt à l'aider en cas de problème. Elle sait aussi que, étant la reine de Camelot par son mariage avec Arthur, elle pourrait revendiquer son droit au trône. Il fallait qu'elle puisse l'éliminer d'une autre manière au cas où elle s'échapperait lors de l'attaque.

- Alors..., murmura Merlin, si elle s'est infiltrée à Camelot, c'était...

- … uniquement pour se rapprocher de toi, gagner ta confiance, et placer le sortilège sans éveiller aucun soupçon.

Merlin soupira gravement. Comment avait-il pu se faire avoir aussi facilement ? Bon, il pouvait tout de même trouver du réconfort en songeant que cette forme de magie lui avait été jusqu'alors inconnue. Là encore, Morgane avait parfaitement joué son coup !

- Est-ce qu'il y a un moyen de déjouer cet ensorcellement ? Enchaîna Arthur.

Gaïus lança un coup d'œil à Merlin. Il savait que la solution au problème serait susceptible de l'enchanter autant que de lui faire du mal, mais cette fois-ci il s'inquiétait plus pour le roi de Camelot... Comment réagirait-il en apprenant qu'il avait tué la femme que Merlin avait aimé et aimait peut-être encore ?

- Il existe un contre sort, révéla le médecin, plus sérieux que jamais. Merlin doit être embrassé par celle qu'il aime réellement.

- Euh... D'a... ccord...

Arthur ne savait pas quoi ajouter. Il voyait son ancien serviteur perdu d'avance, obligé de vivre avec l'angoisse que le sortilège de Morgane se déclenche à tout moment, obligé de garder ses distances avec Guenièvre et être surveillé pour le restant de ses jours. Arthur imaginait déjà l'avenir quand il entendit Merlin prononcer un mot, juste un mot:

- Freya.

- Freya ? Qui est-ce ?

Les yeux du sorcier se recouvrirent d'un voile d'obscurité quand il se força à regarder Arthur en face.

- C'était une druidesse...

Cette réponse avait été prononcée avec une telle lenteur et une telle fragilité que le roi craignit le pire...

- C'était ?

- Elle... elle est morte...

Arthur avait la sensation, la terrible sensation, qu'il n'était pas irresponsable dans la mort de cette druidesse. Il voyait le chagrin sur le visage de Merlin et se sentait tout à coup vulnérable face à lui. Et si... c'était lui qui l'avait tuée ? Et si Merlin avait perdu la femme de sa vie à cause de lui ? Arthur ne put empêcher son cœur de se serrer douloureusement en s'imaginant être le coupable de cette perte. Il tenta de garder une contenance et poursuivit:

- Je suis désolé... Mais... cela signifie que...

- Non, Arthur, je peux toujours aller la voir, le rassura Merlin. A sa mort... Freya est devenu la dame du lac.

- Le lac... le lac d'Avalon ?

- Oui... Elle vit encore, d'une certaine manière. Je pense que ça peut marcher.

- Il le faut, renchérit Gaïus.

Apprendre que la druidesse dont Merlin était amoureux était morte avait secoué Arthur plus qu'il ne l'aurait pensé. Il ne savait pas s'il l'avait tuée et le sorcier ne laissait transparaître aucun indice sur sa possible culpabilité. Il laissait simplement voir sa tristesse, tout en voulant se montrer le plus fort possible aux yeux des autres. Arthur se demanda alors combien de fois Merlin s'était retrouvé dans pareille situation, combien de fois il avait dû taire ses émotions, cacher sa peine et sa souffrance, combien de proches il avait pu perdre sans jamais en parler.

- Très bien ! S'exclama Arthur d'une voix forte, comme si cette dernière pouvait prendre le dessus sur ses pensées. Nous partons immédiatement à Avalon. Léon, Perceval, retrouvez-nous dans la cour dès que vous êtes prêts.

Une fois que les deux chevaliers eurent déserté les appartements de Merlin, Arthur alla s'asseoir à côté de ce dernier.

- Tout à l'heure, j'étais venu pour qu'on discute..., avoua t-il, mal à l'aise. Mais une fois encore, ça va devoir attendre.

- Oui, je sais...

- Quand tu seras libéré de l'ensorcellement de Morgane et que nous serons revenus ici, nous parlerons. Cette fois nous le pourrons, je te le jure !

- Ne vous rendez pas coupable, Arthur, ce n'est pas de votre faute. Il faut me libérer de l'emprise de Morgane avant toute chose, c'est ça la priorité.

- Oui... Je suis rassuré que tu comprennes. Bon... prépare toi, nous partons le plus tôt possible.

Je suppose que vous vous demandez quand aura lieu la fameuse discussion qui tarde et qui tarde... Pour vous répondre, ce ne sera pas dans le chapitre suivant, mais peut-être dans celui d'après ou encore celui d'après... ça ne dépassera pas cette limite, je vous le jure !

A la semaine prochaine ! :)