Bonjour/Bonsoir ! :) Je suis de retour ( pour vous jouer un mauvais tour !... Hm, pardon. ) avec le chapitre 8 ! ^^
Je remercie AmelieICanFly pour ses reviews et pour avoir ajouté cette histoire aux rubriques " follow " et " fav " :) Merci aussi à laure marez et lele-35 pour leurs reviews !
Quant à Mishalex... Merci Alex de prendre le temps de lire ma fic, j'espère que ce chapitre te procurera autant de feelz que les autres ! :3
Devinez quoi ? Merlin ne m'appartient pas... Eh si, eh si, malheureusement... ou pas.
Sur ce, bonne lecture mes très chers ! :)
Chapitre 8: Le cadeau...
En chemin pour Avalon, Arthur s'était réfugié dans ses pensées et ne cessait de s'interroger sur la teneur de l'excuse qu'il avait sorti à Mithian et son père avant de partir. L'avaient-ils vraiment cru quand il leur avait dit pouvoir retrouver les chevaliers qui avaient réussi à s'enfuir ? Léon lui avait affirmé que personne n'était parvenu à s'échapper et que les survivants avaient été fait prisonnier. Le fait que lui-même et Perceval aient trouvé un moyen de rejoindre la ville basse avait été presque un exploit, d'après ses dires. Arthur chassa ses doutes, sachant pertinemment que se questionner comme il le faisait ne ferait pas avancer les choses. Si Mithian et son père ne l'avaient pas cru, ils ne l'avaient en tout cas pas montré et s'étaient contentés de le regarder partir. Désormais, il devait se concentrer sur leur destination: Avalon. Il chercha automatiquement Merlin du regard et le vit silencieux à côté de Perceval, la tête baissée sur la crinière de son cheval. Il arborait un visage d'une telle tristesse qu'Arthur se demanda à quoi il songeait. Probablement à cette druidesse, Freya... Le roi serra convulsivement les mains sur les rênes. S'il apprenait qu'il était le responsable de son décès, il ne savait pas comment il réagirait, mais rien que d'y penser il en avait la nausée. Merlin ne méritait pas d'avoir perdu la femme de son cœur, et encore moins par la faute d'Arthur ! Il avait passé sa vie à protéger ce dernier depuis son arrivée à Camelot... c'était impossible qu'Arthur l'ait remercié en tuant celle qu'il aimait. Non, c'était pire qu'impossible, ce n'était tout simplement pas envisageable !
- Sire, combien de temps nous reste t-il jusqu'à Avalon ? S'informa Léon.
- Je pense que nous y serons en soirée.
Les chevaliers, Merlin et Arthur avaient pris la route la veille, en fin d'après-midi. Mis à part la nuit, ils avaient chevauché en ne s'accordant que des pauses nécessaires au ressourcement de leurs montures et pour prendre un léger repas. Le soleil de midi pointait haut dans le ciel quand Arthur leva la tête afin de prendre connaissance de l'heure.
- Peut-être même avant, rajouta t-il après coup.
Léon acquiesça vaguement et reporta son attention sur la route.
- Tout va bien, Merlin ? S'inquiéta Arthur en lui lançant un coup d'œil.
Merlin retira précipitamment la main de la poche de sa veste et redressa la tête.
- Oui.
- Qu'est-ce que tu caches dans ta poche ? Demanda le roi d'un ton suspicieux.
- Rien.
- Alors, si tu ne caches rien, tu ne verras pas d'inconvénient à ce que je vérifie ?
- Vous ne me faîtes pas confiance ? Rétorqua aussitôt le sorcier.
Arthur fut prit au dépourvu. Confiance, Merlin lui parlait de confiance. Ce mot eut l'effet d'une gifle, d'un venin glacial paralysant quelques secondes ses pensées. Il préféra ignorer la remarque, mais ne se risqua pas à répondre autrement. L'heure des explications approchait à grands pas, c'était vrai, mais elle n'était pas encore arrivée.
Le reste de la journée passa très vite. Léon et Perceval s'étaient murés dans le silence, mais veillaient à jeter fréquemment des œillades à Merlin. Si l'ensorcellement reprenait le dessus sur lui et qu'il parvenait à échapper à leur contrôle, ils ne savaient pas s'ils arriveraient à le rattraper. Arthur imitait ses chevaliers tout en se concentrant sur l'itinéraire à suivre. Bien-sûr, les regards à Merlin fusaient toutes les minutes. Le roi faisait une fixation sur son ancien serviteur, cherchant à savoir ce qu'il pensait, ce qu'il ressentait, cherchant à deviner tous les secrets enfouis au fond de lui, et tentant par la même occasion de refouler cet élan de culpabilité qu'il ne pouvait s'empêcher de ressentir en pensant à la mort de la druidesse... il ne savait même pas s'il avait une quelconque implication, mais il le redoutait fortement.
De son côté, Merlin avait bien remarqué l'intérêt inhabituel d'Arthur à son égard et cela le mettait mal à l'aise. Il connaissait très bien ce dernier et n'avait pas tardé à comprendre que de multiples interrogations le tiraillaient. Arthur finirait forcément par apprendre la vérité au sujet du meurtre de Freya, mais Merlin voulait lui épargner de la connaître en de mauvaises circonstances ou au mauvais moment.
C'est peu avant le coucher du soleil que la route des quatre hommes prit fin. De son poste d'observation, à l'orée de la forêt, Merlin aperçut la berge du lac d'Avalon et son cœur s'accéléra brusquement. Il allait revoir Freya... Il l'avait, certes, revue quelques jours auparavant, juste avant que la barque sur laquelle reposait Arthur ne pointe à l'horizon, mais il savait que cette fois-ci serait différente. Il pourrait l'approcher, la contempler, et il l'embrasserait... Merlin n'avait passé que très peu de temps avec Freya, mais il savait que son amour pour elle ne s'était jamais éteint et imaginer la retrouver, même quelques minutes, quelques secondes, lui donnait les larmes aux yeux.
- Nous allons attacher les chevaux là-bas ! Indiqua Arthur en pointant un arbre aux branches solides.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Ils laissèrent leurs montures paître tranquillement et sortirent de la forêt afin de rejoindre la berge. Les eaux d'Avalon étaient toujours aussi limpides, calmes et apaisantes. Elles dégageaient l'étrange impression qu'aucun crime ne pouvait être commis dans ce lieu enchanteur, qu'aucun être humain ne pouvait troubler la tranquillité de ce dernier. Arthur scruta la surface, les sourcils froncés. Maintenant qu'ils étaient arrivés au bon endroit, quelle était la marche à suivre ? Il se tourna vers Merlin et se renseigna:
- Sais-tu comment appeler... Freya ?
- Euh... Je ne sais pas s'il y a une méthode particulière.
Merlin s'avança de sorte à se placer juste au bord de l'eau et ferma les yeux. Il ouvrit sa magie au monde extérieur et la laissa balayer le lac ainsi que ses profondeurs. Il ne savait pas vraiment pourquoi il faisait ça ou ce qu'il cherchait exactement. Peut-être espérait-il que Freya serait susceptible de sentir sa présence, d'entendre ses appels silencieux... Malheureusement, le mutisme auquel fut confronté le sorcier le fit s'avouer vaincu et ouvrir les paupières. Honnêtement, il ne savait pas du tout comment s'y prendre. Devait-il réciter une formule appropriée ? Devait-il... réitérer ce qu'il avait fait en demandant de l'aide la fois précédente ? Parler à haute voix, s'exprimer avec son cœur, tout simplement. Jugeant qu'il n'avait rien à perdre, Merlin prit une grande inspiration et se lança:
- Freya... J'ai besoin de toi... Morgane m'a jeté un maléfice qui me pousse à tuer Guenièvre et... tu es la seule capable de m'en délivrer.
Un court instant s'écoula, mais rien ne bougea, rien ne changea. Merlin ne vit aucune silhouette en robe blanche percer l'horizon.
- Freya... est-ce que tu es là ?
Le silence. Un silence qui commençait sérieusement à attiser les nerfs de Merlin. Il n'avait jamais détesté la silence, mais celui-ci avait le don de jeter un froid insupportable dans son cœur, de craqueler ses espérances d'être sauvé. Il sentait les regards interrogateurs des chevaliers et celui, transperçant, saisissant, d'Arthur. La dernière chose qu'il voulait était de le décevoir, de n'être plus qu'un poids mort pour lui, de ne plus pouvoir le servir, le protéger, être à ses côtés... Malgré l'animosité qu'Arthur lui témoignait à certains moments et cette distance bouleversante qu'il avait créée entre eux, l'opinion de Merlin vis à vis de lui n'avait jamais changé, n'avait jamais failli. Arthur était Arthur, son meilleur ami, sa raison de vivre, sa raison de faire un pas devant l'autre, sa raison de marcher vers le futur. Si Freya ne se manifestait pas, sa vie se transformerait définitivement en cauchemar, il devrait dire adieu à Guenièvre, ce qui signifiait dire adieu à Arthur...
Il ne pouvait pas le décevoir !
Alors il prit son mal en patience et continua d'attendre, croisant les doigts, priant pour que la druidesse se montre. Comme en réponse à ses pensées, la surface du lac commença doucement à onduler, une petite vague en entraînant une autre, l'eau se soulevant au rythme de leurs embrassades... puis, Freya émergea des profondeurs. Bien qu'ayant été submergée par l'eau, Merlin fut étonné de voir qu'elle n'était pas mouillée. Ses cheveux retombaient en cascade sur ses épaules et sa robe scintillait d'une chaude lumière. Un sourire fleurit sur ses lèvres quand elle croisa les prunelles bleue-grise du sorcier.
- Bonjour, Merlin.
Arthur, contrairement à Léon et Perceval, se rapprocha un peu afin de distinguer plus nettement le visage de Freya. Il prit lentement possession de ses traits et eut alors l'impression de l'avoir déjà rencontrée. Il n'arrivait pas à se souvenir où, ni en quelles circonstances, mais il était certain de l'avoir déjà vue avant. Était-elle morte devant ses yeux ? Était-elle morte à Camelot ? L'avait-il rencontrée lors d'une de ses rares escales chez les druides ? Il fut ramené de force à la réalité lorsque Merlin prit la parole:
- Freya...
- Relève la tête, Merlin, fit-elle d'une voix douce, remarquant son air troublé.
- Tu... Est-ce que tu...
- Oui, je t'ai entendu.
Sur ces mots, elle lui ouvrit les bras, l'invitant à venir la rejoindre. Merlin n'hésita pas une seconde et mit un pied dans l'eau, puis un autre et encore un autre, ses pas commandés par le sourire et la tendresse qui émanait de Freya. Arthur observa la scène d'un œil méfiant. Il était conscient que Merlin ne risquait rien, mais il ne pouvait s'empêcher de ressentir... quelque chose de bizarre, un sentiment qu'il ne comprenait pas. Il était inquiet, cela il ne pouvait le nier, mais il y avait autre chose... comme de la possessivité et... un besoin de protéger son ancien serviteur. Arthur mit ces sentiments, à son sens décalés de sa personne, sur le fait qu'il avait l'habitude de passer son temps avec Merlin et l'avoir pour lui seul. Euh... Oui, il devait vraiment éviter de penser ! Il tâcha de s'ignorer au maximum et reporta son attention sur Merlin et Freya. Le sorcier était arrivé au niveau de la druidesse qui, d'un geste de la main, le souleva afin de le faire tenir debout sur la surface, juste devant elle. Elle emprisonna ses mains dans les siennes et amena doucement son corps près du sien, son visage près du sien, ses lèvres près des siennes... jusqu'à ce qu'elles se joignent timidement pour sceller leur baiser. Quand Freya rompit le contact, Merlin se sentit tout drôle, étourdi, fatigué... et il s'écroula dans les bras de la druidesse avant même de l'avoir questionnée sur son état. Cette dernière le rattrapa de justesse avant qu'il ne heurte l'étendu devenue solide grâce à la magie. Arthur, qui n'avait pas perdu une miette de l'échange entre Merlin et Freya, se précipita immédiatement vers eux lorsqu'il vit le sorcier s'évanouir. Il eut un mouvement de recul au moment de poser le pied sur l'eau, mais s'engagea une fois certain qu'il ne risquait pas de couler. Il enleva Merlin des bras de Freya et l'examina attentivement, fou d'inquiétude.
- Que lui avez-vous fait ?! S'écria t-il.
- N'ayez crainte, il va bien. Je l'ai simplement endormi.
- Pourquoi ?
- Il le fallait, afin qu'il ne nous entende pas.
- Comment ça... ?
- J'ai quelque chose à vous donner, Arthur Pendragon.
Freya passa une main douce sur la joue de Merlin, ce qui incita inconsciemment Arthur à resserrer sa prise sur ses bras. Elle fit ensuite apparaître une étincelle au creux de sa paume, une étincelle miroitante qui grandit, grandit et grandit jusqu'à se transformer en une boule de lumière blanche. Le roi de Camelot étudia le phénomène d'un regard à la fois captivé et vigilant. La matière avait l'air flasque à ses yeux, pourtant, quand Freya posa la boule dans sa main, Arthur eut la surprise de constater qu'elle était aussi dur que du verre.
- Qu'est ce que c'est ? Demanda t-il prudemment.
- Le jour où vous serez prêt à savoir tout ce que Merlin a fait pour vous, tout ce qu'il a enduré et surmonté pour vous... servez-vous de ceci.
- Ça ne répond pas à ma question..., rétorqua Arthur.
- Vous découvrirez vous-même de quoi il s'agit. Vous savez, Arthur, enchaîna t-elle aussitôt, vous tenez une grande place dans le cœur de Merlin et je sais que cela en va de même pour vous. Vous êtes comme les deux faces de la même pièce.
Arthur ne sut quoi répliquer ni quoi faire sinon de froncer les sourcils et baisser la tête sur Merlin. Les paroles de Freya étaient un brin mystérieuses, en particulier sa dernière phrase. Que voulait-elle dire exactement ? Que l'un complétait l'autre ? Qu'ils ne pouvaient vivre l'un sans l'autre ? Arthur fut assaillit par le pressentiment qu'il finirait bientôt par en comprendre la signification...
- Est-ce à cause de moi que vous êtes...
Mais en relevant la tête, Freya n'était plus là. Arthur jeta des coups d'œils en tout sens, mais ne vit la jeune femme nul part, elle s'était volatilisée. Il réprima un soupir déçu et se concentra de nouveau sur Merlin. Arthur ne pouvait pas le porter sans risquer de faire tomber le singulier présent de Freya en même temps. Il fit signe à Perceval qu'il avait besoin d'aide et vit le chevalier accourir aussitôt. Dès qu'ils furent revenus sur la berge, l'eau reprit sa forme originelle de liquide, les laissant pantelants. Ils avaient déjà eu affaire à la magie de nombreuses fois par le passé, mais avaient rarement été témoins d'une magie inoffensive et agréable à regarder.
- Bon, je suggère que nous montions un camp ici en attendant que Merlin se réveille, déclara Arthur.
Léon et Perceval approuvèrent d'un hochement de tête. Le roi se chargea en premier lieu de décrocher ses maigres bagages de la selle de son cheval et d'étaler une couverture sur le sol. Perceval y déposa délicatement Merlin dont le sommeil se faisait très profond. Il ne reprendrait sûrement pas connaissance avant plusieurs heures.
- Sire, que vous a donné la druidesse ? S'informa Léon.
Arthur dévisagea la boule luisante d'une faible lumière blanche. Il hésitait à révéler son utilité, même à ses plus proches chevaliers. Il s'agissait d'un objet magique lui étant destiné, à lui et à lui seul, un objet en lien direct avec Merlin. Arthur imaginait que le contenu de cette boule de verre était d'une valeur inestimable, un cadeau précieux et irremplaçable, la part de Merlin qu'Arthur n'avait jamais su voir, cette part que le sorcier lui avait toujours dissimulée, cette part qu'il n'avait probablement jamais partagée avec quiconque.
- Je ne sais pas exactement ce que c'est... mais je vous demanderai de ne pas en parler à Merlin.
Léon fronça légèrement les sourcils mais ne posa aucune question. Il avait toute confiance en son souverain, tout comme Perceval qui avait accepté la demande en hochant la tête. Les minutes qui suivirent furent consacrées à l'établissement du camp. Pendant que ses deux chevaliers s'étaient éloignés dans la forêt afin de ramasser du bois, Arthur, comprenant qu'il n'y avait plus rien d'autre à faire, prit place à côté de Merlin et le regarda dormir. Il espérait, priait silencieusement pour que le baiser de Freya lui ait ouvert la porte de la guérison et fait disparaître le maléfice de Morgane. Il n'en verrait le résultat que dans les prochains jours... Profondément endormi, Merlin paraissait encore plus fragile qu'il ne l'était auparavant. Il avait perdu du poids, cela se voyait comme de l'eau de roche, et affichait un visage pâle. Mis à part ça, il n'avait pas vraiment changé physiquement, il avait par exemple toujours les mêmes vêtements... Arthur en vint même à se demander depuis combien d'années le sorcier avait sa veste. Il devait y être attaché pour ne pas avoir songé à en porter une autre. Ses questions idiotes le ramenèrent soudainement à un autre point très important. Qu'est ce que son ancien serviteur cachait dans la poche intérieure de cette fameuse veste ? Que pouvait-il bien triturer à longueur de temps ? Pourquoi avait-il l'air si paniqué lorsque Arthur l'avait découvert ? Ce dernier décida de profiter du sommeil de Merlin pour satisfaire sa curiosité... et son inquiétude. Il s'approcha de lui et entrouvrit sa veste d'un geste très lent, tout en surveillant que Merlin ne risquait pas de se réveiller. Il mit la main dans la poche et tâta l'intérieur avec ses doigts. Une surface gelée en verre fut le premier contact qu'il sentit. Il retira l'objet pour l'étudier plus attentivement.
Un flacon. C'était un flacon. Remplit d'un mystérieux liquide bleu foncé qu'Arthur ne sut identifier. Toutefois, il n'était pas stupide et avait tout de suite su faire le rapprochement entre le comportement cachottier de Merlin au sujet de ce flacon et le fait que ce soit... oui, un flacon.
- Dîtes moi que ce n'est pas du poison..., murmura Arthur pour lui-même, la voix chevrotante.
Malheureusement, il ne voyait pas ce que cela pouvait être d'autre et la réalité de la situation lui sauta brutalement aux yeux. Merlin avait beaucoup changé, autant dans son attitude que dans ses émotions. Il était devenu plus renfermé, moins bavard et avait perdu sa joie de vivre contagieuse... ce qui était susceptible de le rendre particulièrement instable. En pensant à cela, aux événements des deux dernières années ainsi qu'aux paroles de Guenièvre et de Mithian, Arthur se disait qu'il n'y avait rien d'étonnant à ce que Merlin ait projeté de mettre fin à sa vie, si tel était réellement le cas... il priait ardemment pour qu'il ne s'agisse pas de cela, mais il ne pouvait se permettre de rejeter cette possibilité. La découverte de ce flacon, en admettant que ce soit véritablement du poison, était trop grave pour ne pas la prendre en considération.
Secoué, Arthur replaça la fiole dans la poche de Merlin et reprit sa place à ses côtés. Il se promit de surveiller ses moindres faits et gestes et d'avoir une discussion avec son ancien serviteur à ce sujet, en plus de celle qu'ils devaient déjà avoir.
Quand Léon et Perceval revinrent au campement et s'occupèrent du feu, Arthur resta silencieux, presque effacé, ne désirant pour rien au monde participer à la conversation des deux hommes. Il avait un poids dans le ventre, un trou dans la poitrine... Imaginer Merlin vouloir se suicider lui retournait l'estomac. Une telle idée n'aurait jamais pu traverser l'esprit du sorcier, ce n'était tellement pas... Merlin. Il était têtu, accroché à la vie, prêt à se sacrifier pour Arthur s'il le fallait... le suicide ne lui ressemblait pas. Une fois encore, le roi de Camelot comprit douloureusement que Merlin n'était plus le même.
Tout à ses pensées, il sentit ses yeux s'humidifier et sa vision se brouiller. Il respira profondément et cligna plusieurs fois des paupières afin de chasser ses larmes. Ce n'était pas le moment de craquer, il ne le devait pas, il ne le pouvait pas. Si quelqu'un avait toutes les raisons de craquer, c'était plutôt Merlin. Pourquoi ne l'avait-il pas déjà fait, d'ailleurs ?
« Mon dieu, ce qu'il a changé... », songea tristement Arthur.
- Ar... thur...
Le concerné tourna la tête vers la source de cette voix, c'est-à-dire vers Merlin. Celui-ci s'agitait dans son sommeil, paraissant être au prise avec un énième cauchemar. Arthur se pencha sur lui afin d'avoir une meilleure écoute sur ce qu'il marmonnait:
- Arthur... s'il vous plaît... je suis... votre... ami...
- Bien-sûr que tu l'es, idiot, répliqua Arthur d'un demi-sourire.
Ces paroles eurent le don d'apaiser Merlin et de rendre son repos plus léger. Il cessa de bouger la tête et sa respiration retrouva un rythme normale.
- Pour une fois que tu m'écoutes...
- Est-ce qu'il ira vraiment mieux maintenant, Sire ? Questionna Léon qui les observait.
- Je l'espère...
Au petit matin, ils levèrent le camp en quatrième vitesse afin de retourner chez Mithian le plus vite possible. La reine Annis était peut-être déjà arrivée et Arthur devait être présent pour le conseil de guerre qui aurait lieu. Il s'était fait le devoir de révéler lui-même à ses alliés le secret de Merlin, interdisant à Guenièvre ou à Gaïus d'en parler avant son retour.
Après avoir empaqueté ses dernières affaires, Arthur posa la main sur le sac accroché solidement à sa selle, dans lequel il avait mit le présent de Freya. Comme il l'avait demandé à ses chevaliers, aucun d'eux n'avait fait mention de l'existence de cette boule magique, ni même de la courte conversation ayant eu lieu entre Arthur et la druidesse. Merlin pensait donc qu'il s'était évanouit et que le roi l'avait ramené sur la berge juste après. Rien de plus, rien de moins. Il n'avait posé aucune question à son réveil et s'était empressé d'aider les autres à ranger leurs bagages.
Arthur repéra Merlin en train de régler les étriers de sa monture. Il alla aussitôt à sa rencontre.
- Comment vas-tu ?
- Bien, je crois... Je pense que Freya a réussi à me désensorceler.
- Tant mieux, apprécia Arthur en hochant la tête.
Pourtant, ce dernier n'avait pas l'air prêt à s'en aller, encore moins à monter sur son cheval. Merlin le dévisagea rapidement et demanda, inquiet:
- Quelque chose ne va pas ?
- Merlin... j'ai besoin de savoir... est-ce moi qui ai tué... Freya ?
Merlin eut une seule réaction, une réaction qui apporta la réponse qu'Arthur redoutait tant: il se détourna. Le roi de Camelot sentit l'étau de la culpabilité le paralyser quelques secondes. Il passa ses mains dans ses cheveux et suspendit son geste ainsi, semblant essayer de concentrer toute sa volonté pour ne pas perdre pied.
- Ne vous blâmez pas, Arthur, s'enquit Merlin, remarquant son état.
- Ne pas me blâmer, répéta t-il d'un ton incrédule. Ne pas me blâmer !
- Freya était maudite. La nuit, elle se transformait en... une sorte de chat noir ailé. Elle a tué des gens, à Camelot... Vous n'aviez pas le choix...
Un éclair de lucidité frappa Arthur. Il se souvenait en effet de cette bête sanguinaire et de l'affaire qui la concernait. Il se souvenait d'avoir pourchassé une jeune fille dans la cour du château, de l'avoir cernée contre un mur et de l'avoir vue prendre la forme de cette créature dont lui parlait Merlin. Désormais, il pouvait associer son visage à celui de la femme qu'il avait rencontrée à Avalon. C'était bien elle. Freya.
Comment Merlin pouvait-il rester de marbre, à continuer de préparer son cheval comme si de rien n'était ? Comment avait-il pu garder ce secret pour lui ? Comment avait-il pu cacher son chagrin ? Sa colère ? Avait-il au moins fait son deuil ? Mais le plus important, comment avait-il pu rester aux côtés d'Arthur après cela ? Comment avait-il pu rester aux côtés du meurtrier de la femme qu'il aimait ? Comment avait-il pu continuer de le servir, de le protéger, de lui rester loyal et fidèle envers et contre tout ? C'était incompréhensible !
Plongé au cœur de ses pensées, Arthur sursauta quand Merlin parla de nouveau:
- Ne vous rendez pas coupable, s'il vous plaît. Je ne vous en veux pas.
« Je ne vous en veux pas. ». Ces mots avaient un goût acide pour Arthur, c'était précisément le genre de mots qu'il ne pouvait pas accepter, le genre de mots qu'il ne comprenait pas. Pourquoi Merlin ne lui en voulait pas ? Mais pourquoi ?! Lorsqu'il sentit la main timide de son ancien serviteur se poser sur son épaule, il se déroba brusquement.
- Laisse moi !
Et il fit volte face pour rejoindre son cheval, en tête du groupe. Merlin le regarda tristement s'éloigner. Il n'avait pas voulu provoquer cette réaction chez Arthur et il s'en voulait de lui avoir révélé la vérité en pleine forêt. Les conditions n'étaient pas réunies pour qu'il l'apprenne ainsi.
En milieu d'après-midi, Arthur, Merlin, Léon et Perceval avaient parcouru une grande distance, alternant le pas avec le galop et limitant les haltes, ce qui les avait énormément avancés sur le chemin à parcourir. Ils faisaient dès à présent route dans la forêt située à la frontière avec Nemeth, cette même forêt où Merlin et Arthur avaient croisé une bande de trafiquants d'esclaves.
- Si nous tenons le rythme, nous serons au château à la tombée de la nuit, annonça le roi d'une voix forte.
Cette information une fois transmise, le silence s'installa de nouveau. Une minute s'écoula, puis une autre, et encore une autre... jusqu'à ce que Léon se mette à scruter l'environnement d'une mine sceptique.
- Sire, ne trouvez-vous pas le lieu un peu trop...
- … calme ? En effet... Soyons sur nos gardes, recommanda vivement Arthur.
Dix secondes.
Vingt secondes.
Trente secondes.
Le malaise d'Arthur ne fit que croître, tout comme celui des chevaliers qui surveillaient les alentours avec une attention sans pareille. Ils se bénirent d'avoir sorti leurs épées lorsqu'une dizaine d'hommes surgit d'entre les arbres, armes en main, et les encercla. Au vu de leur vêtements, il s'agissait probablement de bandits ou de trafiquants d'esclaves. Ils affichaient tous ce même visage de menace et de concentration, alerte au moindre mouvement suspect de leurs proies.
Perceval ne perdit pas une second. Il descendit de son cheval et attaqua. Sa taille et sa force colossale lui permirent d'abattre facilement les deux hommes qui lui barraient le passage. Il alla ensuite prêter main forte à Léon, au prise avec deux autres assaillants particulièrement coriaces.
De son côté, après avoir envoyé valser trois bandits, Merlin se précipita vers Arthur qu'il avait la ferme intention de protéger ! Ce dernier, en pleine lutte avec deux autres ennemis, s'en sortait plutôt bien. Il paraît les coups, en donnait d'autres, et ce avec une maîtrise parfaite de sa lame, Excalibur. Toutefois, ne pouvant pas avoir les yeux partout, il ne vit pas approcher un troisième homme venu aider ses camarades.
- Arthur ! Hurla aussitôt Merlin.
Il tendit la main droit devant lui et éjecta férocement le nouvel arrivant qui alla s'écraser contre un arbre.
- Un sorcier ! S'écria un autre bandit d'un ton victorieux. Ici, il y en a un !
Merlin se retourna et vit débouler cinq hommes, de véritables brutes. Certains brandissaient fièrement des haches tandis que d'autres jouaient avec des cordes qu'ils s'amusaient à faire claquer dans la paume de leur main. Ils toisèrent Merlin comme s'ils avaient devant eux un animal qui pourrait leur rapporter un beau petit pactole. Leur regard donna des sueurs froides au sorcier qui fit appel à ses pouvoirs pour les neutraliser. Il parvint à en repousser trois, mais les deux autres se jetèrent sur lui avant qu'il ne s'en prenne à eux. Ils le mirent à genoux, ramenèrent ses bras derrière son dos et le ligotèrent. Merlin se débattit avec force, cherchant par tous les moyen à échapper à leur poigne de fer. Mélangeant l'adrénaline qui bouillonnait dans ses veines et la peur qui le faisait trembler, il envoya les deux hommes voler plus loin et entendit leur crâne se fracasser contre le tronc d'un arbre. Malheureusement, le mal était déjà fait. Ses liens étaient noués et ils étaient solides, incroyablement solides, il n'arrivait pas à s'en défaire. Devant lui, plusieurs bandits rappliquaient avec des chevaux ou courraient dans sa direction. Merlin analysa rapidement la situation. Les hommes qu'Arthur et les chevaliers étaient parvenus à tuer avaient été vite remplacés par leurs camarades. Ils étaient étonnamment nombreux et se succédaient les uns après les autres. A ce rythme-là, Léon, Perceval et Arthur ne tiendraient pas longtemps. Ils étaient expérimentés dans l'art du combat et arrivaient facilement à garder le dessus, mais leur énergie n'était pas éternelle. Ils finiraient forcément par s'épuiser et perdre du terrain, ils finiraient forcément par commettre des erreurs et relâcher leur concentration. Néanmoins, un autre détail inquiétait également Merlin. Pourquoi les bandits s'acharnaient-ils sur lui ? Pourquoi voulaient-ils le capturer plutôt que le tuer ?
- Haron, nous le tenons !
Le fameux Haron laissa entendre un rire tonitruant en s'approchant de Merlin, suivit de quatre de ses acolytes. Il jeta un coup d'œil vers Arthur, Léon et Perceval et, les voyant en train de combattre, ramena son regard sur Merlin.
- Toi... Tu viens avec nous !
Quand les compagnons de Haron remirent leur prisonnier debout de force et commencèrent à le traîner vers les chevaux, Merlin hurla, en proie à la panique la plus vive:
- Arthur ! Non, Arthur !
Un bandit lui asséna un coup de poing bien serré pour le faire taire, ce qui lui fit instantanément perdre connaissance.
Arthur avait entendu le cri de détresse de son ancien serviteur et le chercha immédiatement dans la foule, tout en ne perdant pas de vue le combat dans lequel il était engagé. Derrière ses assaillants, un peu plus loin dans la forêt, il vit quelqu'un soulever un Merlin inconscient et le balancer sans retenue en travers de sa selle. La peur le déconcentra un court instant, instant que saisit un bandit pour lui entailler le bras. Arthur réprima un gémissement de douleur mais récidiva violemment, plantant son épée dans le corps de l'homme avec hargne. L'angoisse et la colère avaient raison de lui et dictaient ses gestes, ses coups, ses pas, le guidant droit vers Merlin.
- On se tire ! Ordonna subitement le dénommé Haron qui détenait le sorcier en équilibre sur sa monture.
Les bandits encore debout se retirèrent du champ de bataille en courant et, sur leur passage, firent fuir les chevaux d'Arthur et des chevaliers en leur donnant de grandes claques sur la croupe. Ils sautèrent prestement sur leurs propres chevaux laissés à l'écart et les mirent au galop afin de rejoindre leur chef. Léon et Perceval, épuisés et partiellement amochés, les regardèrent partir, déroutés par l'étrange tournure des événements.
- Sire, qu'est-ce que...
- Merlin ! Non ! Hurla Arthur en observant, impuissant, le groupe disparaître entre les arbres.
Alors, qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? A votre avis, que veulent les bandits à Merlin ?
A la semaine prochaine ! :)
