Bonjour/Bonsoir ! Comme prévu, voici le chapitre 9 ! :) J'espère qu'il vous plaira autant que les autres ^^
Je remercie laure marez, AmelieICanFly, KankrelaMisha et Crotuy pour leurs reviews si gentilles qui m'ont énormément motivée ! :D
Message spécial à Crotuy ( à qui je n'ai pas pu répondre ) : Je suis heureuse que tu aimes cette histoire, je mets tout mon cœur à l'ouvrage, tu peux me croire ^^ Je te rassure, je n'ai pas l'intention de m'arrêter ! Ton enthousiasme m'a touchée et je souhaite que ce chapitre te plaise autant que j'ai eu du plaisir à l'écrire ! :)
Malheureusement, Merlin appartient à la BBC... blablablablabla, vous connaissez la chanson par cœur.
Sur ce, bonne lecture mes très chers !
Chapitre 9: Rencontre inattendue...
Merlin avait froid. C'est la première chose à laquelle il pensa en ouvrant les yeux. Il avait aussi un goût désagréable de métal dans la bouche et sentait un liquide chaud couler le long de ses lèvres et de son menton. Ses poignets lui faisaient mal, comprimés par des cordes au nœud solide. Il essaya de les bouger, de les remuer, de les tourner, dans l'espoir naïf de se dégager, mais ne parvint qu'à frotter sa peau contre la corde rêche. Comprenant qu'il ne se libérerait pas facilement, il reporta son attention sur l'environnement qui l'entourait.
Il était dans une grotte, il pouvait l'affirmer rien qu'à l'odeur d'humidité et à la fraîcheur qui régnait. D'après sa position pour le moins inconfortable, il comprit, bien avant de reprendre totalement ses esprits, qu'il était debout, les mains attachées au dessus de la tête par ses liens raccrochés au plafond. Il remit ses jambes droite afin de se stabiliser sur le sol. Ce réflexe naturel lui rappela la fois où Morgane l'avait capturé et l'avait emmené dans sa cabane. Il s'était retrouvé ligoté de la même manière. Une fois sûr que son équilibre lui était revenue, Merlin scruta le fond de la caverne, attiré par la lueur d'un feu et les rires de ses kidnappeurs. Certains bavardaient entre eux, paraissant avoir une conversation des plus sérieuses. D'autres riaient très fort et faisaient de grands mouvements des bras avant de s'étaler sur le dos, ce qui redoublait leur hilarité. Le sorcier devina aisément qu'ils étaient saouls. Il avait déjà vu Gauvain avoir une attitude similaire lorsqu'il revenait de la taverne. Repenser à son ami arracha un triste sourire à Merlin. Sa bonne humeur et ses plaisanteries constantes lui manquaient beaucoup...
- Tiens, notre sorcier est réveillé ! S'exclama un homme que le captif reconnut comment étant Haron.
Celui-ci délaissa le feu de « grotte » et s'approcha de Merlin, un rictus sadique déformant sa bouche. Trois de ses compagnons le suivaient de très près, sans toutefois arborer sa grimace repoussante.
- Que me voulez-vous ? Demanda Merlin sans détour.
Haron agrippa férocement le visage de son prisonnier, semblant examiner de près son faciès, s'attardant sur le dessin de sa bouche, de son nez, de ses pommettes. Il relâcha sa prise et détailla d'une mine perplexe son allure, sa silhouette maigrichonne, sa carrure frêle.
- Eh bah ! Tu ne ressembles vraiment pas à l'image que je m'étais faite d'un sorcier.
- Comme quoi... il ne faut pas se fier aux apparences, rétorqua Merlin avec assurance.
Haron éclata d'un rire rauque, mais ne répliqua pas. Il se gratta distraitement la barbe tout en continuant de toiser le captif avec un intérêt qui agaçait sérieusement ce dernier.
- Bon, qu'est-ce que vous voulez de moi ? Poursuivit Merlin, exaspéré.
- Ton pouvoir.
- Mon... pouvoir ?
Le bandit se frotta les mains et fit craquer ses doigts avant de débuter une petite marche autour de sa proie, une marche qui se voulait apparemment menaçante. Comme si Merlin était du genre à se laisser déstabiliser par une attitude aussi puérile. Il avait vu pire... bien pire.
- Je ne comprends pas ce que vous voulez dire.
- Tu comprends parfaitement ce que je veux dire ! Je veux savoir... Nous voulons savoir... comment devenir un sorcier.
Ah. C'était donc ça. Sauf qu'il y avait un léger problème. Merlin ne connaissait pas l'apprentissage nécessaire afin de devenir un sorcier, il ne savait même pas quels étaient les exercices conseillés ou indispensables à effectuer, ni quelles étaient les étapes de cette... formation. Il était né sorcier, il possédait la magie depuis le berceau, que pouvait-il répondre ? En quoi pouvait-il être utile à ces hommes ? Enfin, même s'il avait su comment les aider, il ne savait pas s'il aurait accepté. Être enlevé, ligoté et relooké comme un vulgaire animal n'invitait guère à donner son accord. Ses ravisseurs étaient tombés sur la mauvaise personne. Un sourire mi-amusé mi-désespéré apparut sur les lèvres de Merlin quand il comprit toute l'ironie de la situation.
- Qu'est-ce qu'il y a de drôle ?! S'énerva Haron.
- Je ne peux rien pour vous. Je n'ai jamais appris la magie, je suis né avec.
Haron décocha un puissant coup de poing dans la mâchoire de Merlin et fit à peine attention au sang qui avait giclé sur le mur rocailleux de la grotte. Il se pencha sur le prisonnier et laissa tomber d'une voix glaciale:
- La prochaine fois que tu essaieras d'inventer une excuse, trouves en une qui tienne la route.
- Ce n'est pas une excuse. Vous croyez que je m'amuserai à mentir dans un moment pareil ?
- Je me suis renseigné et je sais qu'il est impossible de naître avec la magie.
- Alors vous êtes mal informé. C'est possible, mais c'est assez rare. Et malheureusement pour vous, je fais parti de cette catégorie.
- Peu importe ! Trancha Haron. Si tu es né avec la magie, comme tu le prétends, tu dois être encore plus expérimenté que les autres sorciers, non ? Ne viens pas me faire croire que tu es incapable d'apprendre la magie à quelqu'un d'autre !
- Je vous répète que...
- Attention à ce que tu vas dire !
Merlin serra les dents, mais ne se risqua pas à répliquer. Il ne tenait pas à faire une fois de plus les frais de la brutalité de Haron. Un coup de poing lui suffisait, il n'allait pas en réclamer un deuxième. Évitant les regards cruels des quatre hommes, il chercha plutôt un moyen de se sortir de ce guêpier. Arthur et les chevaliers devaient sûrement être à sa recherche, du moins c'est ce qu'il espérait. Merlin pourrait tenter d'utiliser un sortilège pour dénouer ses liens et s'échapper lorsque ses kidnappeurs auraient le dos tourné... encore fallait-il que Haron et ses complices le laissent quelques minutes en paix, ce dont il doutait fortement. S'il n'avait d'autres choix que de s'en remettre à Arthur, il pouvait au moins gagner du temps de son côté afin de s'éviter un futur potentiel rituel de torture.
- Pourquoi voulez-vous apprendre la magie ?
- N'est-ce pas simple à comprendre ? Nous ne sommes que des paysans, trop pauvres pour vivre correctement, qu'avons-vous comme pouvoir ?
- La magie n'est pas un pouvoir, c'est un don.
- Pour toi peut-être, puisque tu es né avec.
- Vous ne vous rendez pas compte des risques... Vous serez traqués et tués si on apprend que vous êtes des sorciers.
- On est pas à Camelot, ici ! Aucun Pendragon ne règne sur Nemeth que je sache !
Les hennissements affolés des chevaux retentirent alors à l'extérieur de la grotte, suivis de violents coups de sabots sur la terre et du bruit caractéristique du galop. Les bandits s'entre-regardèrent, effarés, avant de sortir précipitamment pour rattraper leurs montures en fuite. Seul Haron resta dans la caverne. Il n'avait pas bougé d'un pouce et scrutait l'entrée d'un œil suspicieux. Tout à coup, il entendit les hurlements de ses camardes et le fracas métallique des épées s'entrechoquant. Au lieu d'aller voir ce qui se passait, il prit un poignard caché dans sa botte et détacha Merlin. Lorsque les bras de celui-ci retombèrent le long de son corps, il le saisit brusquement à la gorge et plaça la pointe de sa dague sur sa jugulaire. Il le força à marcher droit vers la sortie de la grotte, protégé au cas où il s'agirait des compagnons de son prisonnier venus secourir leur ami. Comme il s'y attendait, Haron se retrouva nez à nez avec les trois hommes que lui et ses acolytes avaient abandonné dans la forêt. A leurs pieds gisaient le reste de sa bande, ou plutôt leurs cadavres. Le spectacle sanglant qui s'offrit à lui désarçonna quelque peu Haron. Comment trois hommes avaient-ils pu commettre un tel massacre ? Qui étaient-ils pour posséder une maîtrise aussi parfaite du combat ?
- Merlin..., murmura Arthur en le voyant sous l'emprise de leur ennemi.
- Je vous conseille de ne pas faire un pas de plus ! Gronda Haron en resserrant son bras sur la gorge de Merlin, lui arrachant une grimace de douleur.
Arthur leva lentement les mains en signe de paix et fit un pas prudent en arrière.
- Nous pouvons négocier, proposa t-il, tentant d'être pacifique. Laissez-le partir et nous vous donnerons ce que vous voudrez en échange.
- Le problème, c'est qu'il est le seul à pouvoir me donner ce que je veux !
Plus Haron parlait, plus il s'énervait et plus il resserrait sa poigne sur le sorcier qui se mit alors à suffoquer. Ce dernier agrippa le bras du bandit et essaya de l'enlever, ou du moins de le desserrer un peu, mais son geste eut l'effet inverse.
- Tente quoi que ce soit pour t'échapper et je te saigne ! Le prévint sèchement Haron.
- Cessez vos menaces et dîtes-nous plutôt ce que vous cherchez à obtenir ! S'énerva Arthur.
Merlin fut contraint d'écouter une fois de plus les mêmes explications et les mêmes raisons que Haron lui avait exposées quelques minutes plus tôt. Il ne voyait pas ce qu'Arthur et les chevaliers pourraient faire pour le sortir de ce très mauvais pas, ni lui-même d'ailleurs. Il n'avait en aucun cas le temps de jouer au professeur de magie avec un imbécile avide de pouvoir comme son kidnappeur, il avait d'autres affaires urgentes à régler, comme discuter très sérieusement avec Arthur et tuer Morgane une bonne fois pour toutes.
~ Utilise ta magie, Merlin.
Cette voix ! Merlin l'aurait reconnue entre milles ! Mais... c'était impossible qu'il l'entende. La personne qui la possédait était morte ! Était-ce possible qu'elle soit revenue à la vie comme Arthur ? Ou qu'elle ait survécu et se soit cachée comme Morgane l'avait fait ? Merlin sentit soudainement sa bouche s'assécher alors que la panique commençait doucement à le gagner. Si la personne en question était réellement vivante, il aurait une double menace sur les bras. Pourtant, il n'avait perçu aucune méchanceté et aucune froideur dans cette voix. Plutôt... de l'intérêt et... une envie de lui venir en aide. Malgré le trouble évident qui s'était emparé de lui, Merlin parvint quand même à répliquer:
~ J'aimerais éviter de me faire trancher la gorge, si c'est possible.
~ Bon, je vais m'en charger alors. Mais une fois que tu seras de retour à Nemeth, promets moi de venir me retrouver dans les sous-sols du château. Il y a une salle enchantée où on pourra se parler plus facilement.
~ Pourquoi ? Et comment puis-je te faire c...
~ S'il te plaît, Merlin.
Merlin était bien conscient qu'il n'avait pas la journée devant lui et mis à part cette aide miraculeuse qu'on lui offrait, il n'avait pas vraiment d'autre solution pour se sortir de ce pétrin. Et puis, d'un autre côté, il était curieux de savoir ce que la personne avait à lui dire...
~ D'accord, j'irai.
Quand Merlin revint à la réalité, il sentit immédiatement les muscles de Haron se tendre alors qu'il s'efforçait de refouler les horribles tremblements qui le harcelaient.
- Qu'est-ce que...
La panique désarma complètement Haron. Il balança violemment le sorcier au sol et recula en titubant, les yeux rivés sur ses mains, ses bras, ses jambes, tâchant de comprendre ce qui lui arrivait et pourquoi il ne pouvait plus contrôler les mouvements de son corps.
Tout en observant ce curieux phénomène, Merlin fut remit debout par Arthur qui l'emmena à l'écart, le protégeant inconsciemment en le tenant derrière lui et les chevaliers. Aucun d'entre eux n'avait la moindre idée du mal qui s'en prenait au bandit. Celui-ci cessa tout à coup de trembler, lança un coup d'œil vide d'expression à Merlin, à Arthur, se saisit de son poignard et se l'enfonça dans la gorge. Son corps chuta, inerte, sur la terre fraîche de la forêt.
- Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Souffla Léon, abasourdi.
- Je... Je ne sais pas..., répondit Merlin, choqué.
Au fond, il avait sa petite hypothèse sur ce qui venait de se dérouler. La personne qui s'était adressée à lui par télépathie avait dû utiliser un sortilège sur Haron, un sortilège très puissant, sans aucun doute, pour avoir réussi à prendre le contrôle sur son corps. Bien-sûr, Merlin ne pouvait pas vraiment se permettre de leur faire part de son hypothèse, lui-même ne savait pas si elle était vraie.
- Merlin, est-ce que ça va ? S'enquit Arthur en l'examinant de la tête aux pieds.
- Oui... Tout va bien... Et vous, Arthur, qu'est-ce qui vous est arrivé ? S'inquiéta le sorcier en distinguant l'entaille sur son bras.
Le roi de Camelot lança un regard à la fois agacé et incrédule à son ancien serviteur et répondit:
- Pourquoi ne peux-tu jamais te soucier de toi ?
- Mais puisque je vous dis que je vais bien.
Arthur soupira profondément et se détourna afin de nettoyer la lame ensanglantée de son épée.
- Une chance que ces bandits n'étaient pas très intelligents, fit remarquer Léon pour couper court à la conversation.
- Comment ça ? Demanda Merlin.
- Nos chevaux ne sont pas allés très loin quand ils les ont fait partir, nous n'avons pas eu de mal à les retrouver.
- Après cela, il nous a juste fallu suivre les traces que les bandits ont laissées dans la forêt et qui nous ont menés jusqu'ici, termina Perceval en esquissant un sourire amusé.
A entendre les deux chevaliers raconter cette histoire, arriver à la grotte avait été un jeu d'enfant. Merlin se réjouissait qu'ils n'aient pas subi de blessures trop conséquentes, car la médecine, autant naturelle que magique, n'avait jamais été son fort et il ne savait pas s'il aurait réussi à les soigner...
- Tiens, murmura Arthur en lui tendant un mouchoir imbibé d'eau, tu as du sang partout.
- Ah... merci...
- Dès que tu seras prêt, nous reprendrons la route pour Nemeth.
Merlin hocha la tête en évitant de croiser les yeux bleu azur d'Arthur, ces yeux qui devenaient si transperçant, si pénétrant, lorsqu'il s'adressait à lui.
Le reste du trajet pour arriver au château s'effectua en quelques heures seulement. Le soleil couchant illuminait majestueusement la route des voyageurs et la haute silhouette de la forteresse de Nemeth apporta du réconfort dans le cœur de ces derniers. Après avoir laissé leurs chevaux aux bons soins des palefreniers en arrivant dans la cour, ils pénétrèrent à l'intérieur et prirent la direction de la salle du conseil. Un garde était posté devant la porte et se tourna vers eux à leur arrivée.
- Qui dois-je annoncer ?
- Dîtes à la princesse Mithian et son père que... leurs invités sont de retour.
Le garde inclina la tête et disparut derrière la porte. Il reparut quelques secondes après et les invita à entrer. Leur intrusion dans la pièce fit taire les conversations engagées entre les dirigeants des différents royaumes. Arthur retrouva avec bonheur le visage de son épouse, de Gaïus, et ceux des ses précieux alliés... avant de croiser le regard de la reine Annis. Celle-ci se leva et s'avança vers le roi de Camelot. Elle l'observa un long moment, les yeux plissés, comme si elle voulait retrouver cette lueur de détermination, de force et de noblesse qu'elle avait toujours vue en lui, cette lueur qui lui avait toujours donné espoir, cette lueur qui la poussait à croire en un avenir plus lumineux.
- Ainsi, c'était donc vrai. Vous êtes revenu, Arthur.
Elle lui tendit la main qu'Arthur serra à la manière des chevaliers. Il était heureux de constater que cette femme, malgré son âge avancé, n'avait pas perdu sa grandeur et sa prestance de reine. Il l'estimait énormément et il savait qu'elle n'échouerait pas à lui apporter l'aide dont lui et ses sujets avaient désespérément besoin.
- Il semble que vous ayez un plan, dit-elle alors en retournant s'asseoir.
- En effet.
Arthur salua le reste du groupe d'un mouvement de tête avant de prendre un siège à côté de Guenièvre. Léon, Perceval et Merlin l'imitèrent sans perdre un instant. Ils se montraient tous extrêmement attentifs et attendaient patiemment le moment où Arthur révélerait la vérité au sujet de Merlin... Durant les minutes qui suivirent, le roi expliqua à la reine Annis le plan qu'il avait déjà formulé, faisant part de son désir d'épargner les sorciers afin d'entendre leurs raisons d'agir et accentuant le danger que représentaient Morgane et le dragon sous ses ordres, danger auquel ils devraient remédier en priorité s'ils voulaient avoir une chance que le plan fonctionne.
- Si nous trouvons effectivement un moyen de retenir Morgane et le dragon, il est possible que votre plan marche..., reconnut Annis. Bien-sûr, avec ou sans Morgane, il s'avère tout de même très risqué.
- Je suis conscient des risques... Je sais que mon image et ma réputation sont semblables à celles de mon père aux yeux des sorciers et que, s'ils ont la moindre opportunité de m'attaquer, ils n'hésiteront pas. Mais... c'est un risque à courir.
- Pourquoi le courir ? Interrogea la reine, semblant captivée par les propos d'Arthur. Pourquoi accorder votre clémence et votre attention aux sorciers, tout à coup ?
Arthur croisa le regard de Merlin, lui faisant signe que l'instant de vérité était arrivé.
- Je dois vous avouer quelque chose, fit-il à Mithian, Rodor et Annis. Je voulais attendre le moment propice... Mithian, vous m'avez dit que la magie ne pouvait être contrée qu'avec la magie.
- Oui...
- Et vous m'avez dit que seul un sorcier aurait le pouvoir de neutraliser Morgane.
- Où voulez-vous en venir, Arthur ? Demanda t-elle, inquiète.
- Il se trouve que nous avons une chance de gagner... car nous avons un sorcier de notre côté.
- Comment ça ?! S'écrièrent Mithian et Rodor d'une seule voix.
- Qui est-ce ? Questionna la reine Annis, le regard fasciné.
Un court silence suivit cette question, jusqu'à ce que Merlin se lève et déclare d'un ton assuré:
- Moi.
Le roi Rodor fixa le jeune homme, dubitatif au plus haut point. Il n'avait que très peu côtoyé Merlin, mais n'aurait jamais soupçonné qu'il puisse être un sorcier, à aucun moment cette possibilité ne lui avait effleuré l'esprit. De plus, son allure fragile ne correspondait pas à l'image qu'il avait d'un sorcier. Le choc était total.
Quant à Mithian, elle affichait une mine aussi stupéfaite que son père. Elle connaissait mieux Merlin que ce dernier et elle devait avouer qu'elle ne s'attendait pas à cela. Elle avait toujours su qu'il était différent, elle avait toujours su qu'il renfermait un côté bien à lui, un côté mystérieux qu'il dissimulait aux yeux de tous, mais elle n'aurait jamais pensé à la magie. Voilà d'où venait cette cassure entre Arthur et lui, voilà quel était son lourd secret, voilà pourquoi Merlin lui faisait penser à ce personnage qu'elle aimait tant... Lumière. Il avait toujours été présent pour Arthur, à le protéger dans l'ombre et affronter milles danger pour lui, pour sa sécurité, pour sa vie. Il avait toujours fait appel à la lumière de son cœur pour lui.
La reine Annis, bien qu'étonnée comme l'étaient ses hôtes, ne trouvait finalement pas cette révélation incongrue. Elle avait observé Merlin plus qu'elle ne lui avait parlé, et elle comprenait désormais pourquoi il était constamment aux côtés d'Arthur, à épier ses faits et gestes, à le suivre en cachette lorsque cela était nécessaire, à vouloir le protéger peu importe les circonstances. Et elle comprenait donc pourquoi l'opinion initiale d'Arthur concernant les sorciers s'était renversée.
- Depuis quand le savez-vous ? lui demanda t-elle, brisant la consternation de Mithian et Rodor.
- Il me l'a avoué peu de temps avant... avant ma mort. Et c'est avec son accord que j'ai... que nous avons pris la décision de vous l'avouer, à vous aussi.
- Merlin, c'est bien ça ? Fit-elle en se tournant vers le sorcier. Pensez-vous être de taille à affronter Morgane ?
- Oui, répondit-il d'une voix forte. Je ferai tout pour l'empêcher de s'immiscer dans le plan d'Arthur.
- Et qu'en est-il du dragon ?
- Je m'en chargerai aussi.
- De quelle manière allez-vous vous y prendre ?
- Je suis le dernier seigneur des dragons, je n'aurai qu'un ordre à lui donner pour qu'il s'en aille.
Annis fronça légèrement les sourcils, se demandant quel genre d'ordre un sorcier pouvait donner à une créature aussi féroce et redoutable qu'un dragon, de quelle façon il pouvait parvenir à se faire obéir.
- Si Merlin est capable de s'occuper de Morgane ainsi que de son dragon, votre plan, Arthur, me paraît plus réalisable.
- Je... Je le pense aussi, articula Rodor avec difficulté.
- Bien. Je crois dès à présent qu'il serait judicieux de revenir sur le plan d'attaque que nous avions formé avant votre retour, Arthur.
- Je suis d'accord, accepta le roi de Nemeth.
- Moi aussi ! Ajouta vivement Mithian, paraissant enfin se départir de son trouble.
- L'idée est simple, enchaîna rapidement Guenièvre, assise à côté d'Arthur. Il faut réunir un effectif d'une quinzaine d'hommes qui aura pour mission de s'infiltrer dans la citadelle afin de neutraliser les gardes et empêcher ceux qui s'occupent de la cloche de la faire sonner. Morgane, ni aucun sorcier, ne doivent être prévenus de notre arrivée.
- De leurs côtés, les troupes seront placées autour de la forteresse et attaqueront au moment opportun, acheva Mithian.
- Morgane nous a pris par surprise, nous lui rendons la monnaie de sa pièce, laissa tomber Guenièvre.
- Vous comptez donc reproduire la même attaque que Morgane ? Comprit Léon.
- Mais en évitant un bain de sang, rectifia sa souveraine.
- Vous ne pensez pas que Morgane s'attend à une récidive de notre part ?
- C'est probable..., reconnut Mithian, mais qui ne tente rien n'a rien.
- J'ai une idée, dit alors Merlin, levant des regards interrogateurs autour de lui. D'abord, nous vous devons la vérité... Si nous avons quitté Nemeth il y a deux jours, ce n'était pas pour aller chercher des survivants de la dernière attaque, mais... parce que Morgane m'avait ensorcelé. Son maléfice me forçait à tuer Guenièvre... nous sommes partis au lac d'Avalon afin de m'ôter ce sortilège. Je me disais que... si Morgane apprenait la mort de Guenièvre, elle ne se sentirait plus menacée et donc elle baisserait sa garde.
- Il faudrait lui faire parvenir une fausse information, l'appuya Arthur en hochant la tête.
- Astucieux, apprécia la reine Annis. Cela pourrait marcher. Morgane a tendance à être trop sûre d'elle, alors si elle a la confirmation de la mort de Guenièvre, elle ne se méfiera plus.
Un garde entra soudainement dans la salle et s'inclina devant les souverains.
- Vos conseillers sont arrivés, majesté.
- Faîtes les patienter un instant, commanda le roi Rodor.
Le garde sortit aussi vite qu'il était arrivé, s'en allant informer les dits conseillers de la réponse du monarque. Quand celui-ci se remit debout, tout le monde l'imita.
- Bien, nous ferons ce qui doit être fait afin que la nouvelle du décès de la reine Guenièvre arrive à Camelot le plus vite possible.
- Je vous remercie.
Arthur offrit une vigoureuse poignée de main au roi Rodor, témoignant de sa reconnaissance. Sur ces derniers mots, tous délaissèrent la salle du conseil et rentrèrent dans leurs appartements respectifs. Merlin avait trouvé Gaïus très silencieux durant cet entretien, il n'avait fait que prêter une oreille attentive à chaque parole, chaque argument, chaque remarque. Pourtant, en repartant dans ses appartements, le médecin arborait un visage satisfait et ne mit aucune réticence à ce que son pupille participe activement au combat. Il savait que c'était le destin de Merlin, il n'avait pas son mot à dire. Ce dernier attendit qu'Arthur, Guenièvre et les chevaliers aient déserté les couloirs pour s'aventurer à l'extérieur et prendre le chemin des sous-sols...
Les gardes postés devant les grandes portes donnant accès aux souterrains du château s'accordaient apparemment une pause. Assis sur des tabourets, ils jouaient avec des pièces de monnaie. Merlin, qui les épiait, à l'abri derrière un mur, se demanda un court instant à quel jeu ils pouvaient bien se prêter. Peu importe, il devait trouver un moyen de les distraire afin de passer sans se faire repérer. Il se concentra sur les pièces étalées nonchalamment sur la table et les envoya voler contre le mur opposé. Les gardes s'échangèrent un regard interrogateur et scrutèrent tous les recoins de la salle, essayant probablement de détecter la présence d'un danger potentiel. Comprenant qu'ils étaient seuls, ils allèrent ramasser les pièces éparpillées un peu partout sur le sol sans se poser davantage de question. Merlin sortit à pas de loups de sa cachette, ouvrit lentement la porte des sous-sols et s'infiltra à l'intérieur. Il poussa un profond soupir, rassuré de ne pas avoir été vu. C'est qu'il avait perdu l'habitude de commettre ce genre de fraudes... Il créa une boule de lumière pour se guider dans les couloirs, tout en laissant ses sens magiques se fondre dans la pierre, à la recherche de la fameuse salle enchantée. Quelques secondes lui suffirent pour trouver son emplacement. Il déboucha dans une pièce vide, obscure et inondée de poussière et de toiles d'araignées. La personne avec laquelle il avait communiqué par télépathie se trouvait devant lui, adossée au pilier centrale. Cette personne portait les mêmes vêtements sombres que lors de sa dernière bataille, ainsi que sa cotte de maille. Cette personne fit un pas vers Merlin, le visage grave.
- Mordred, le salua froidement Merlin, sur la défensive.
- Tu n'as pas à te méfier de moi, je ne suis qu'un esprit... un esprit errant, rien de plus.
- Tu n'as pas trouvé la paix ?
Mordred baissa la tête, semblant réfléchir aux bons mots qui traduiraient correctement sa pensée. Une tristesse évidente se lisait sur son visage.
- Ce n'est facile de trahir ceux qui comptent sur toi et qui t'estiment... Je vous ai trahis, Arthur et toi... Je me suis rallié à Morgane et je lui ai révélé ton vrai nom. Tout ce qui est arrivé est ma faute.
- Tu as des remords ? Ce sont eux qui te retiennent ici ?
- Je suppose, admit Mordred en esquissant un sourire désabusé.
Merlin eut pitié de lui. Certes, Mordred avaient commis son lot de trahison: vouloir s'enfuir avec Kara, abandonner Camelot pour se joindre à Morgane, dévoiler la véritable identité de Merlin à cette dernière et tuer Arthur... Il était difficilement pardonnable, mais les regrets qu'il exprimait semblaient tellement sincères, Merlin avait l'impression de retrouver le jeune chevalier qui aurait donné sa vie pour Arthur ou pour ses frères d'armes, ce jeune chevalier si courageux qui ne demandait qu'à faire ses preuves et être accepté par Merlin.
- Pourquoi voulais-tu que je vienne ? Je ne peux rien faire pour toi, Mordred, je ne peux pas t'aider à trouver la paix...
- Ce n'est pas pour ça que je t'ai demandé de venir. Je sais que des excuses sont insignifiantes après ce que j'ai fais... Mais j'aimerais que tu parles à Arthur pour moi, que tu lui dises que je suis désolé, que j'ai commis des erreurs, de graves erreurs et que j'assume ma punition d'être retenu sur terre.
- Mordred...
- S'il te plaît. C'est tout ce que je demande. Je ne veux pas que vous gardiez à jamais une mauvaise image de moi...
Merlin fixa intensément Mordred, paraissant peser le pour et le contre de cette décision. Sa requête était noble et brave, et elle prouvait qu'il acceptait de payer le prix de ses actes passées. Mais peut-être que...
- Peut-être que parler à Arthur directement t'aidera à trouver la paix.
- Comment lui parler ? Il ne pourra pas me voir.
- Je vais réfléchir... je trouverai un moyen de te faire entrer en contact avec lui, je te le promets. Tu nous a peut-être trahis, mais tu ne mérites pas d'errer à tout jamais.
Mordred offrit un pâle sourire à Merlin en guise de remerciement.
- Comment pourrais-je t'appeler, le moment venu ? Voulut savoir ce dernier.
- Dis mon nom et je t'entendrai.
Sa réponse n'était pas très claire, mais elle parut convenir à Merlin qui hocha la tête.
- Merci, Merlin.
- Non, merci à toi... pour m'avoir sauvé la vie, tout à l'heure...
Mordred inclina légèrement la tête et disparut. En reprenant le chemin de la sortie, Merlin repensa à leur discussion et une pointe de tristesse l'assaillit. Il avait de la peine pour l'ancien chevalier, il devait le reconnaître. Après tout... lui-même aurait pu être comme lui s'il avait voulu, s'il avait renié sa destinée, s'il avait tourné le dos à Arthur, à Camelot, à Albion. Mais il n'aurait jamais pu faire ça, ce n'était pas dans sa nature. Merlin tiendrait sa promesse, il ferait tout pour que Mordred et Arthur se retrouvent face à face.
De son côté, Arthur faisait les cents pas dans les appartements de Merlin, tâchant de respirer sereinement et de calmer les battements anormalement précipités de son cœur. Il était venu frapper à sa porte vingt minutes plus tôt, mais Merlin n'avait pas répondu. Il s'était alors rendu dans les appartements de Gaïus, mais celui-ci lui avait affirmé, même juré, qu'il ne savait pas où était son pupille. Perceval, Léon, Guenièvre, Rodor, Mithian et Annis lui avaient apporté la même réponse. En temps normal, Arthur ne se serait pas inquiété de cette soudaine disparition, il était parfois arrivé à Merlin de s'en aller sans rien dire... souvent, même..., mais Arthur ne s'était jamais attardé sur ce fait car son ancien serviteur avait aussi le droit d'accorder du temps à sa vie privée. Toutefois, depuis qu'il connaissait la vérité à son sujet, Arthur avait de quoi paniquer, s'inquiéter, se poser des questions, tout simplement ! Merlin était-il partit braver le danger dieu sait où ? Allait-il réapparaître et faire comme si de rien n'était ? Allait-il encore lui mentir ou se montrerait-il honnête cette fois-ci ? D'accord, Arthur devait l'admettre, ces questions l'obsédaient. Mais, outre sa colère et sa frustration, c'était la peur qui prenait le dessus. Merlin avait un flacon dans la poche de sa veste... et tout à coup, il disparaissait. Le roi de Camelot n'était absolument pas du genre à se monter la tête, mais imaginer le sorcier s'être enfermé quelque part pour... commettre l'irréparable, le rendait malade. Il s'était fait un devoir de garder un œil sur lui et n'avait donc pas prévu qu'en le laissant seul quelques minutes, Merlin échapperait à sa surveillance. A vrai dire, Arthur se faisait peut-être des idées, il ne savait même pas si la fiole contenait du poison ou non...
- Eh bah on va aller vérifier ! Décida t-il en se tirant de ses pensées.
Il se hâta d'arriver à la bibliothèque et se renseigna auprès d'un noble attablé pour savoir où se situait le rayon répertoriant les livres sur les poisons. Une fois au bon endroit, il prit un livre, un autre, et un autre... jusqu'à ce qu'il finisse par tomber sur un bouquin remplit d'illustrations. Il tourna les pages en retenant son souffle, effrayé à l'idée de tomber sur un dessin coloré de bleu, le même bleu glacial contenu dans le flacon. Les pages, les images et les écritures continuèrent de défiler sous les yeux d'Arthur, jusqu'à ce qu'un mot retienne son attention.
- Aconit... Mais oui... L'aconit !
Au centre du papier étaient représentés la fleur d'aconit, dit aconit napel, ainsi que sa substance liquide. Bleu.
La panique s'infiltra comme un venin dans le corps d'Arthur. Il referma le bouquin d'un geste sec et sortit de la bibliothèque. Sur le chemin, quelle ne fut pas sa surprise, et son soulagement soit dit en passant, de se retrouver nez à nez avec Merlin ! Les traits durcis d'Arthur alarmèrent ce dernier qui lui demanda:
- Il y a un problème, Arthur ?
- Tu... Tu viens avec moi ! ordonna t-il.
Merlin fronça les sourcils, prit au dépourvu, mais le suivit tout de même dans les dédales de couloirs en lui lançant des œillades inquiètes. Avait-il fait quelque chose qui lui avait déplu ? Voulait-il... discuter ? Mais si leur discussion partait dans les cris et les injures, cela n'arrangerait pas les choses, ça ne ferait au contraire que les empirer. Une fois arrivés dans les appartements de Merlin, Arthur claqua la porte et se dirigea d'un pas ferme vers le sorcier. Ce dernier crut qu'il allait le frapper, mais fut étonné, même effaré, de le voir ouvrir sa veste et en sortir le flacon qu'il gardait secret. Arthur serra les doigts sur le verre et secoua la fiole sous le nez de Merlin.
- Pourquoi ?!
Et qu'est ce qui vous attend dans le prochain chapitre ?! Hein, hein, HEIN ?! *va se calmer dans un coin* Bref, la discussion que vous attendez tous aura enfin lieu ! Promis, juré,...craché ! ( quelle élégance ! )
A la semaine prochaine ! :)
