Bonjour/Bonsoir ! :) Me revoilà avec le chapitre 10, LE chapitre que vous attendez tous depuis un bon moment. Alors, plusieurs choses ! Il n'est pas aussi long que je l'aurais voulu, mais à mon sens tout est dit, je ne vois pas ce que j'aurai pu ajouter. J'ai mis tous mes sentiments et toute ma concentration à l'écrire et vous pouvez me croire sur parole quand je vous dis que ça n'a pas été facile. Ce chapitre va d'émotion en émotion et est assez psychologique, je dirai... du moins, c'est comme ça que je le vois. On dit que c'est la qualité qui compte, non la quantité, alors je souhaite de toutes mes forces que la qualité y soit et je prie pour ne pas vous décevoir, c'est ma plus grande peur...
Désolée d'avoir mis un peu plus de temps à le poster, j'ai repris les cours, je suis allée aux 19 ans d'une amie le week-end dernier et j'ai eu la grippe en début de semaine. Hourra, comment être ralentie ! xD
Merci à laure marez, lele-35, Crotuy et Michachon-letas pour leurs adorables reviews ! :3 Je croise les doigts pour que ce chapitre soit à la hauteur de vos espérances !
Devinez ce que je vais dire ? Devinez ! Merlin est à la BBC, pas à moi ! Eh si, je ne vous mens pas. Si Merlin m'appartenait, ça se saurait...
J'ai des musiques pour vous, mes très chers ! :) Pendant votre lecture, je vous conseille vivement d'écouter " Day and night ", " Eau de vie " et " Epitaph " de l'anime Shiki. Ces musiques sont parfaites pour ce chapitre, à mon sens. Vous m'en direz des nouvelles ^^
Sur ce, je vous souhaite une agréable lecture ! :)
Chapitre 10: Comprendre...
- Pourquoi ?!
Merlin était figé. Ce n'était pas possible. Comment cela avait-il pu arriver ? Il savait qu'Arthur le soupçonnait de cacher quelque chose, il l'avait déjà surpris en train de le fixer bizarrement, mais pourquoi n'était-il pas étonné de sa découverte ? Pourquoi Merlin avait l'impression qu'Arthur savait déjà de quoi il s'agissait ?
- J'exige des explications ! Commanda le roi, hors de lui.
Cette fois, ce fut Merlin qui le dévisagea, qui le toisa. Son regard se fit froid et furieux tandis que les mots d'Arthur résonnaient à ses oreilles. Comment osait-il lui ordonner quoi que ce soit ? Comment osait-il exiger des explications alors que lui-même en attendait de sa part depuis des jours ?! Ces paroles sonnaient comme une mauvaise plaisanterie, une plaisanterie qui lui donnait presque envie d'avaler ce fichu flacon pour ne plus voir Arthur. La colère de cette injustice, le chagrin de devoir constamment se taire pour satisfaire Sa Majesté, l'envie de hurler qui le faisait trembler, toutes ces émotions, ces sentiments, ces ressentis envahirent Merlin à tel point qu'il arracha le flacon des mains d'Arthur, le déboucha et recula brusquement de quelques pas.
- C'est vous qui allez me fournir des explications, Arthur ! Je n'en peux plus d'attendre, je n'en peux plus de m'écraser devant vous, d'avoir peur, de ne plus savoir comment vous parler et je n'en peux plus de votre comportement ! Vous êtes ignoble envers moi, ignoble ! Vous allez parler maintenant, vous expliquer, parce que sinon... sinon je vous jure que... que j'avale ce poison sur le champ !
Merlin tremblait tellement qu'il renversait des gouttes d'aconit sur le sol. Sa respiration s'était brutalement accélérée. Son visage avait viré au cramoisi sous le coup de l'emportement. Son corps était aussi tendu qu'un arc.
Arthur le regardait, immobile et pétrifié d'horreur. Jamais il ne l'avait vu perdre le contrôle de lui même, en tout cas pas à ce point-là. Le jeune sorcier était en train de craquer, il évacuait toute la tension et le stresse qu'il avait accumulés, il laissait enfin éclater toute sa rage et sa souffrance. Arthur, bien que secoué par ce qu'il venait d'entendre, fut soulagé que cela soit finalement arrivé, que Merlin se soit exprimé, qu'il ait laissé entendre ce qu'il avait sur le cœur. Cette situation n'aurait pas pu durer plus longtemps. Arthur s'était demandé un peu plus tôt pourquoi Merlin n'avait pas déjà craqué, explosé, comment il avait pu garder en lui son amertume et toutes ses émotions négatives qui l'écrasaient. Avait-il eu recours à la magie pour s'en libérer lorsqu'elles devenaient trop envahissantes ? Ou était-il tout simplement capable de vivre en les dissimulant soigneusement du regard des autres ? Ces pensées établirent une vérité, une vérité insupportable, mais la vérité malgré tout: Merlin avait l'habitude. Il en avait toujours eu l'habitude depuis son arrivée à Camelot, depuis qu'il s'était retrouvé enchaîné à cette destinée qu'Arthur avait du mal comprendre. Et savoir cela lui faisait autant de mal qu'être témoin du tumulte émotionnel qui possédait Merlin à ce moment-là.
Arthur mit plus de temps qu'il ne l'aurait voulu pour se départir de son trouble et du choc que la scène précédente venait de créer en lui. Il inspira profondément et leva les mains devant lui.
- Tu as raison. Nous allons parler tout de suite, je te le jure. Mais s'il te plaît... donne moi ce flacon.
Arthur fit un pas prudent vers Merlin, un deuxième, puis un troisième. Constatant que ce dernier restait stoïque et n'avait apparemment pas l'intention de mettre sa menace à exécution, le roi s'avança un peu plus vite et desserra ses doigts crispés afin de lui prendre la fiole. Il la reboucha solidement et la posa sur la table, tout en ne quittant pas Merlin des yeux. Cela fait, il lui saisit doucement le bras, l'emmena s'asseoir... et il attendit. Merlin essayait tant bien que mal de réguler sa respiration et de refouler ses horribles tremblements nerveux. Il mit plusieurs minutes avant de se calmer totalement, avant de retrouver une contenance, avant de se risquer à prendre la parole.
- Alors... Je vous écoute... Pourquoi êtes-vous comme ça, Arthur ? Qu'est-ce que vous me reprochez exactement ?
Arthur passa une main dans ses cheveux, ne sachant franchement pas par où commencer. Il ramena une chaise devant Merlin afin de se tenir aussi près de lui que possible. Sa bouche s'était soudainement asséchée et les battements de son cœur avaient pris un rythme irrégulier. Il ignora du mieux qu'il put ces symptômes embarrassants et rassembla ses idées. Il ne fallait pas qu'il dise un mot de travers, il ne fallait pas que Merlin aille imaginer des choses qui étaient fausses. Même s'il ne l'avait pas montré, Arthur avait attendu ce moment avec impatience, mais maintenant que ce fameux moment était arrivé, qu'il devait faire face à ses pensées, à ses sentiments et les transmettre à Merlin, il se sentait horriblement... perdu. Faible. Vulnérable.
- Je... Je ne te reproche rien.
Merlin laissa échapper un rire nerveux, profondément dubitatif, à l'entente de ces paroles.
- Ce n'est pas drôle, Arthur, vraiment ce n'est pas drôle.
- Je ne te mens pas. Je ne te reproche rien... du moins, plus maintenant.
- Expliquez vous...
- Dès que j'ai su la vérité... Je t'en ai voulu... mais pas parce que tu étais un sorcier, pas parce que j'avais peur de ta magie ou que j'imaginais milles scénarios possibles... je t'en ai voulu parce que tu m'as menti. Pourtant, je savais bien que tu n'avais pas eu le choix, que tu voulais simplement protéger ta vie, par peur, ce qui est normal... mais je n'arrivais pas à dépasser ça. Les mensonges. Je me suis demandé quand tu m'avais menti, à quels moments, en quelles circonstances... j'avais l'impression de ne plus te connaître, j'avais même l'impression que toi, ton caractère, n'était qu'un masque... et c'était horrible d'avoir ce genre de pensées, parce que... tu ne m'as jamais trahi, ni moi ni Camelot, tu as toujours été loyal et courageux... J'étais complètement perdu, je ne savais plus du tout quoi penser.
- Je me doutais que c'était les mensonges..., admit Merlin, la tête baissée sur ses genoux. Je vous jure que si j'avais pu éviter de vous mentir et trouver d'autres solutions, je l'aurai fait !
- Je sais... Quand je me suis réveillé à Avalon, pendant un instant j'avais tout oublié, j'étais simplement...
Arthur détourna la tête, priant pour que Merlin ne remarque pas son air gêné.
- … heureux de te retrouver. Et puis tout m'est revenu d'un seul coup, Camlann, toi, les mensonges... Je me suis dit qu'il ne fallait pas que j'y prête attention, que je devais juste profiter de cette deuxième vie et que tout redeviendrait comme avant..., mais j'ai été trop bête pour ne pas y arriver. Je n'arrêtais pas de voir le mot « mensonge » apparaître sur ton front quand je te regardais. Alors, je me forçais à penser à autre chose, à me raisonner... Si tu savais ce que je me suis détesté !
- Je suis désolé de vous avoir menti, Arthur...
- Non, tu n'as pas à être désolé, Merlin ! Je comprends pourquoi tu as été obligé de me mentir, vraiment je comprends. C'est juste que... à cause de ça, je n'arrivais même plus à te faire confiance. Je me disais « si je le laisse seul, que va t-il faire ? », « si je lui pose une question, va t-il me raconter un autre mensonge ? ». Pour être franc, je ne savais plus quand je pouvais te croire...
- Je ne me serais plus permis de vous mentir en sachant que vous étiez au courant pour ma magie.
- Je sais, je sais... Là encore, je me maudissais intérieurement de penser ça, de ressentir cette incertitude... c'est pour ça que je me suis éloigné de toi... et j'en suis vraiment désolé, Merlin. Je ne savais pas comment gérer la situation, ça avait l'air tellement irréel à mes yeux alors que c'était vrai. Tu as le droit de me détester pour ça... même si tu ne réussiras pas à me détester plus que je ne me déteste moi-même..., plaisanta sombrement Arthur.
- Je ne vous déteste pas, assura Merlin en le regardant fixement.
Arthur savait, rien que par ce regard brillant de sincérité et de bienveillance, qu'il avait été pire qu'un monstre envers Merlin durant les jours précédents. Il déglutit avec difficulté, s'insufflant une forte dose de courage pour continuer:
- Quoi qu'il en soit, tout est oublié maintenant. Je ne te reproche plus ces années de mensonges et de tromperies.
- Pourquoi ? Osa demander le sorcier.
- Eh bien... J'ai réfléchi, j'ai été attentif à ce que... certaines personnes m'ont dit, je t'ai observé et j'ai pris conscience que j'étais vraiment...
- ...un crétin royal ?
Arthur lança un faux coup d'œil outragé à Merlin qui ne put s'empêcher d'interpréter cela comme un « oui ».
- Il y a des habitudes qui ne changent pas, ajouta t-il alors.
- Merlin, j'essaie de parler avec mon cœur et crois moi, ce n'est pas facile. Ça t'ennuierait de me laisser finir ? Répliqua Arthur, à la fois très sérieux et amusé.
- Bien-sûr ! répondit le sorcier sur le même ton.
Arthur resta cependant interdit quelques secondes. Il lui avait semblé retrouver le Merlin d'autrefois, ce serviteur indiscipliné et impoli envers son maître, ce serviteur jovial, attachant et amusant à sa manière, ce serviteur qui lui manquait tant. Il avait du mal à comprendre pourquoi ce court dialogue au goût nostalgique s'était subitement inséré dans la conversation. Il était prêt à parier, rien qu'en regardant Merlin, que celui-ci pensait exactement la même chose.
- Donc, je disais... j'ai pris conscience que j'étais stupide et surtout, que je ne pouvais pas continuer ce petit jeu ridicule. Tu en souffrais trop et je ne voulais plus de ça ! Comment pouvais-je me comporter aussi cruellement avec toi alors que... alors que tu m'as toujours été loyal et fidèle ? Tu es la dernière personne sur cette terre qui mérite de subir ma froideur et ma méchanceté.
Arthur se rendait-il compte qu'il faisait indirectement des compliments à Merlin ? Probablement pas. Ce dernier n'était pas indifférent à ce qu'il lui disait, il en était même touché car Arthur n'était pas un homme porté vers le sentimentalisme, il n'était pas dans sa nature de s'ouvrir à Merlin.
- Je ne t'en veux plus. Au contraire, maintenant j'y vois plus clair et je comprends tes raisons.
Un long silence s'installa dans la pièce. Merlin ne savait pas quoi ajouter, ni même s'il se sentait la force d'ajouter quoi que ce soit. Quant à Arthur, il se trouvait exactement dans le même cas. Toutefois, le sorcier remarqua sans difficulté que la situation n'était pas réglée pour autant...
- Vous... Vous avez autre chose à me dire ? Demanda t-il.
Arthur fixa Merlin d'un air hésitant et se mordit la lèvre inférieure. Il avait déjà fait souffrir Merlin plus qu'il n'aurait dû, il n'allait pas en rajouter une couche. Désormais, il s'agissait d'un combat envers lui-même, un combat qu'il ne pouvait pas se permettre de perdre !
- Arthur ? Qu'y a t-il ?
- Rien.
- Vous avez juré de me parler ! Dîtes-moi la vérité.
Le roi de Camelot n'avait pas le droit de lui mentir, de lui cacher encore des choses, il en était parfaitement conscient. Il poussa un profond soupir résigné et, bien qu'il savait qu'il allait le regretter, il avoua:
- Peut-être que tu ne l'as pas retenu, c'est vrai que je ne te l'ai pas dit souvent..., mais tu es mon ami, Merlin.
Celui-ci détourna le regard. Entendre Arthur dire cela à haute-voix était très étrange.
- Si, je... je pense que je le savais.
- Alors que représentait notre amitié à tes yeux pour que tu n'aies jamais osé me dire la vérité avant ? N'avais-tu pas confiance en moi ?
- Bien-sûr que si ! Répliqua aussitôt Merlin, ahuri à l'idée qu'Arthur puisse penser le contraire. J'ai essayé plusieurs fois de vous en parler, je vous jure que j'ai essayé... mais... vous m'auriez fait couper la tête.
Arthur soupira gravement.
- Tu m'as dit la même chose quand nous étions en route pour Avalon..., se souvint-il. Tu aurais dû savoir que jamais je ne t'aurai tué ! Comment as-tu pu croire ça ?
- Vous êtes le roi de Camelot, le royaume où la magie est bannie et où les sorciers sont exterminés... Il aurait été de votre devoir de me tuer si vous connaissiez la vérité.
- Non, Merlin, non ! Ça me retourne complètement que tu aies imaginé que je pouvais...
- Je voulais simplement protéger ma vie, le coupa Merlin.
Arthur hocha la tête avec compréhension. Que pouvait-il répondre à cela ? Lui-même aurait agi de la même manière si les places avaient été inversées. Maintenant qu'il s'était exprimé, il se sentait complètement ridicule, honteusement stupide. Ce qu'il venait de dire ne constituait même pas une véritable raison, c'était juste un détail qui le dérangeait, pas de quoi en faire toute une histoire.
- Je suppose que cela rejoint le fait d'avoir gardé le silence sur tout ce que tu as vécu ?
- Oui...
- Merlin... Il y a une dernière chose dont j'aimerais te parler, mais c'est assez dur...
- Je vous écoute...
- Le vrai problème, celui qui me hante, c'est que... je culpabilise...
- Pardon ? Fit Merlin, perdu.
Arthur se leva en sursaut et commença à faire les cents pas dans la pièce. Voilà où il avait craint d'en arriver, voilà ce qu'il redoutait plus que tout de révéler à Merlin. Cette colère et cette culpabilité qu'il ressentait envers lui-même et qui ne voulaient pas le laisser en paix.
- Tu as fait tant de choses pour moi et pour Camelot... tout seul. Sans jamais requérir mon aide. Je m'en veux de ne pas t'avoir aidé et de ne pas avoir été présent pour toi quand tu en avais le plus besoin. Et... pardessus tout... je m'en veux de t'avoir fait souffrir. Ne viens pas dire le contraire, je sais que j'ai raison ! J'ai pris des décisions et j'ai fait des choses... qui ont dû te faire beaucoup souffrir. Tu vois, Merlin... quand je me compare à toi... je me sens... minable, tout simplement minable. Dieu sait que je t'ai fait du mal, que je t'ai rabaissé, que je t'ai critiqué et que je me suis moqué de toi... et malgré ça, tu n'as jamais cessé de me servir et de m'être loyal. Je suis désolé, Merlin...
Merlin n'avait pas prononcé un seul mot durant la tirade d'Arthur. Il l'avait écouté avec respect et attention jusqu'au bout. Et en le regardant, il déchiffrait une immense tristesse sur le visage de son souverain, de son maître, de son ami, une tristesse à laquelle il n'avait encore jamais été confronté. Les yeux bleu d'Arthur brillaient de larmes contenues, bien qu'il cherchait vainement à les faire disparaître. Merlin se leva à son tour, s'approcha d'Arthur et expliqua d'une voix calme et posée:
- Je suis né pour vous servir, Arthur. J'en suis fier et je ne changerai cela pour rien au monde. Ça aussi, je vous l'ai déjà dit... et ma pensée reste la même. Vous êtes qui vous êtes, le plus grand roi que Camelot ait jamais connu et un homme d'une grande noblesse. Vous avez toujours fait ce qui vous semblait juste et je ne peux pas vous blâmer pour ça. J'ai foi en vous, Arthur, j'ai toujours eu foi en vous et ça ne changera jamais. Ne vous rendez pas coupable de ce qui est arrivé dans le passé. Ce qui compte maintenant, c'est le présent et l'avenir.
Arthur avait la gorge nouée. Les paroles de Merlin dégageaient une telle sagesse et une telle bienveillance. Pour la première fois depuis leur rencontre, Arthur eut un regard éclairé sur lui, il avait la sensation de pouvoir lire en son âme et pouvoir le comprendre sans voile d'obscurité ou de distance. Merlin était l'homme le plus compréhensif, le plus loyal et le plus brave qu'il ait rencontré, et il réalisa à quel point c'était un honneur de le connaître et de l'estimer comme son meilleur ami, comme son frère. Arthur se laissa guider par ses sentiments et entoura Merlin de ses bras. Deux larmes roulèrent sur ses joues qu'il ne chercha pas à cacher. Il savait que ce comportement ne lui ressemblait pas, mais pour une fois il n'en avait que faire. Merlin méritait cette marque d'affection, il méritait de savoir ce qu'Arthur pensait de lui. Ce dernier sentit les bras du sorcier le serrer timidement à son tour et il aurait juré qu'un sourire était apparut sur ses lèvres s'il avait pu le voir.
Leur étreinte dura longtemps. Elle les aurait dérangés tous les deux en d'autres circonstances, s'ils étaient encore à Camelot, dans les appartements d'Arthur ou dans l'armurerie, à l'époque où tout allait bien, si leurs chamailleries respectives étaient toujours de mises. Mais à ce moment-là, cette étreinte traduisait tout, absolument tout. Tout ce qu'ils pensaient, tout ce qu'ils ressentaient, tout ce que les mots n'avaient pas la puissance nécessaire d'exprimer.
- Quand tout ça sera terminé, murmura Arthur à l'oreille de Merlin, je...
- Vous pensez que j'arriverai à tuer Morgane ? L'interrompit le sorcier, la voix vibrante de doutes et de craintes.
Arthur relâcha doucement son ami et darda sur lui un regard profond et pénétrant. Ses prunelles azurées laissaient voir toute la confiance qu'il avait en Merlin et cette certitude qu'il pouvait gagner. Habituellement, Merlin n'était pas du genre à avoir besoin qu'on le rassure, du moins il n'avait jamais été comme ça avec Arthur. C'était plutôt quelqu'un enclin à refouler ses angoisses et à transformer ses peurs les plus secrètes en sourires et en plaisanteries. Mais à cet instant précis, Arthur ne voyait qu'un jeune homme fragile, assaillit par une anxiété tenace que par un mauvais hasard, un mauvais choix, un mauvais geste, il pouvait échouer, un jeune homme ayant douloureusement besoin d'être rassuré et épaulé pour avoir la force nécessaire d'avancer.
- Évidemment que tu y arriveras ! Déclara Arthur d'une voix pleine d'assurance. Nous avons tous confiance en toi et... si tu as été capable d'accomplir toutes les choses dont je ne suis pas encore au courant, défaire Morgane ne posera aucun problème. Tu en as la force, Merlin.
Ce dernier hocha vigoureusement la tête, quelque peu hagard, bien qu'extrêmement touché par ces paroles.
- Et quand nous aurons repris Camelot... enchaîna Arthur, je rétablirai l'usage de la magie.
- Quoi ?!
- Tu m'as très bien entendu, Merlin. Je sais que ce ne sera pas facile, j'en suis conscient... mais je ferai le nécessaire pour que cela voit le jour.
Un sourire lumineux transfigura alors le visage de Merlin, ce qui fit également sourire Arthur, ravi de retrouver cette mine si joyeuse qu'il avait toujours connue. Par ces mots, Merlin entrevoyait le bout de sa destinée, la fin de tant de péripéties, de dangers et de souffrances, ce cadeau inespéré qu'il avait tant souhaité voir se réaliser. Arthur acceptait sa magie ainsi que la magie en général, et il voulait mettre un terme au décret que son tyran de père avait instauré. S'il ne sentait pas l'odeur du feu de cheminée et s'il ne pouvait pas discerner les contours de la pièce, il aurait juré être en train de rêver.
Arthur le regarda un moment, semblant être capable d'entendre ses pensées et ressentir la joie incommensurable qui s'était emparée de son cœur. Il n'avait jamais rien fait pour Merlin avant, mais rétablir la magie pour lui et pour tous les sorciers était, à son sens, le plus beau cadeau de remerciement qu'il était à même de lui offrir.
Toutefois, il avait encore un point à régler avant d'envisager de se réjouir complètement. Il prit la fiole d'aconit posée sur la table et la détailla d'une moue dégoûtée. Merlin, qui l'avait vu faire, ne put s'empêcher de baisser les yeux, adoptant l'attitude d'un enfant prit en faute.
- Merlin... je ne te jugerai pas, mais j'aimerais que tu me dises pourquoi tu cachais ce flacon dans ta poche ?
- Euh... La vérité, c'est que j'étais... désespéré. Mon destin a toujours été de vous protéger et quand vous êtes mort, quand je vous ai regardé disparaître dans le brouillard d'Avalon, étendu sur cette barque, ça m'a rendu fou... J'avais échoué, Arthur, j'avais échoué pour tout. Alors... en revenant à Camelot, j'ai pris de l'aconit, au cas où je... ne tiendrai plus.
- Qu'est ce qui t'a empêché de l'avaler ?
- A chaque fois que je fixais le poison ou que j'avais envie de le boire... je pensais à Gaïus, à Guenièvre et à tous les autres. Ils avaient besoin d'être protégé eux aussi... je me ramenais de force à la raison en me disant que je pouvais toujours être utile, d'une certaine manière.
Arthur hocha la tête, la gorge comprimée par un étau douloureux. Merlin avait dû vivre deux années épouvantables, remplies de conflits, de démons et de chagrins. Arthur se fit la promesse de l'aider à surmonter cet état d'esprit et ces sentiments qui, il le voyait bien, lui collaient encore à la peau. Il déboucha le flacon et vida son contenu dans les flammes d'un geste résolu. Les jours, les semaines et les mois de monotonie et de tristesse étaient révolus. Plus de souffrance, plus d'idées noires, plus de solitude.
Arthur posa une main rassurante sur l'épaule de Merlin et ancra son regard brillant d'une amitié sincère dans le sien:
- Tu ne seras plus seul, désormais, et tu ne feras plus rien seul.
Merlin sentit ses yeux se voiler par les larmes. Voir Arthur lui-même jeter le poison dans le feu, voir ce dernier s'étendre goutte par goutte sur les bûches et se faire consumer par les flammes ardentes de la cheminée, et entendre ces mots, ces simples mots, mettait fin à deux années d'un calvaire sans nom, abolissait son univers fait de ténèbres et de désespoir, rallumait cette étincelle oubliée qui gisait au fond de son cœur. Il ne savait pas quoi dire à Arthur, il était juste sans-voix, envahit d'un sentiment d'une douceur extrême et bienfaisante, un sentiment qui lui chuchotait que tout irait bien. Arthur était revenu, il était présent pour lui, et il serait toujours présent. Merlin apprécia cette soudaine sécurité qui l'enveloppait et l'attention touchante, réconfortante qu'il ressentait en Arthur, ce cocon protecteur qu'il lui offrait. Il sentit son ami resserrer légèrement sa poigne sur son épaule et l'entendit affirmer, plus sérieux que jamais:
- A partir de maintenant, nous marchons côte à côte.
Alors... Quel est votre verdict ? *se cache le visage dans les mains, morte de peur*
