Bonjour/Bonsoir ! Voici le chapitre 11 ! :) Il ne se passe pas grand chose, enfin si, il y a UNE chose que vous devez retenir, une chose qui va sûrement attirer votre attention, mais pour le reste j'ai principalement voulu faire une sorte de " pause " afin de zoomer sur la relation entre Merlin et Arthur. Voili voilou ! J'espère que vous apprécierez ce chapitre et profitez bien de cette accalmie, la suite sera plus... mouvementée.
Merci beaucoup à laure marez, Crotuy, KankrelaMisha et AmelieICanFly pour leurs reviews tellement gentilles et motivantes ! :)
Merlin est à la BBC... Quoi, vous n'étiez pas au courant ? Oh ce n'est pas sérieux, tout de même... (a)
Sur ce, je vous souhaite à tous une agréable lecture ! :)
Chapitre 11: Ce goût du passé...
Le lendemain matin, Rodor et Mithian avaient conviés leurs invités à partager leur premier repas. Cela leur donnait également l'occasion de les informer plus en détail du déroulement des préparatifs des troupes. L'heure de marcher sur Camelot approchait à grands pas, ce n'était désormais plus qu'une mince question de jours... Guenièvre, Gaïus, Léon, Perceval et Annis se retrouvèrent donc assis autour de la table intensément garnie de mets variés et alléchants. Nemeth n'avait fait que s'enrichir durant les dernières années, ce qui lui permettait un train de vie aisé, autant pour les nobles que pour le peuple qui ne manquait généralement de rien. Les souverains et les chevaliers mangeaient tranquillement, profitant du calme commencement de la journée, quand Arthur et Merlin firent irruption dans la pièce.
- Arrêtez de vous prendre la grosse tête, Arthur ! S'exclama Merlin qui ignora royalement le groupe déjà installé.
- Je ne me prenais pas la grosse tête, Merlin ! Répliqua Arthur de son éternel ton condescendant. Je disais simplement que je n'avais pas peur de ta magie, c'est tout.
- Et si j'essayais un sortilège sur vous, là, tout de suite ? Ne me faîtes pas croire que vous...
Le regard très... Arthurien que le roi de Camelot lui balança incita le sorcier à se taire, bien qu'un sourire à la fois satisfait et amusé prit place sur ses lèvres. Les deux hommes s'assirent côte à côté à l'autre bout de la table et commencèrent à se servir, cette fois en silence. Il était étrange, autant pour l'un que pour l'autre, de pouvoir de nouveau se parler librement, sans frontière ni aucune distance d'aucune sorte pour les séparer, de ressentir les fibres puissantes de leur complicité. Comme s'étant passé le mot, Arthur et Merlin s'échangèrent le même coup d'œil de gêne et de maladresse. Ils ne pouvaient s'empêcher de repenser à la conversation riche en émotion qu'ils avaient tenue la veille. L'idée que les choses soient rentrées dans l'ordre aussi vite était très... déstabilisante et les mettaient tous les deux extrêmement mal à l'aise, même s'ils appréciaient de revenir petit à petit à leur relation habituelle.
- Euh... Bonjour ? Hésita Mithian.
Arthur et Merlin relevèrent la tête dans un mouvement parfaitement synchrone et furent confrontés au regard interrogateur du comité.
- Bonjour, répondirent-ils d'une seule voix.
Deuxième coup d'œil particulièrement expressif.
- Tout va bien ? Demanda Guenièvre, un sourire comblé sur les lèvres.
Elle avait compris que son époux et son ami s'étaient enfin parlés, et voir qu'apparemment les choses allaient mieux entre eux la remplissait de joie.
Troisième coup d'œil de la part des deux hommes, signifiant cette fois « Je réponds ou tu t'en charges ? ».
Devant l'immobilité d'Arthur, Merlin se désigna. Pour la première fois en deux ans, il rendit son sourire à Guenièvre et expliqua:
- Tout va très bien ! A vrai dire... ça fait longtemps que je ne me suis pas senti aussi... heureux !
- J'en suis ravie, Merlin !
- Aurions-nous manqué quelque chose ? Se renseigna Rodor, visiblement perdu.
- C'est plutôt nous qui avions manqué quelque chose, rectifia Arthur.
Merlin savait qu'il faisait référence au fait d'avoir repoussé encore et encore leur discussion, au point d'en arriver aux hurlements et aux menaces. Rodor fronça légèrement les sourcils, mais ne chercha pas à continuer la conversation. De son côté, Mithian fixait Arthur et Merlin avec une intensité qu'accentuait l'éclat profond de ses yeux presque noirs. Son cœur s'était mis à battre plus fort et son appétit s'était subitement coupé. Voir le roi et le sorcier assis l'un à côté de l'autre et les examiner attentivement, captivée, fascinée, effrayée, intriguée, l'emmenèrent dans un autre monde...
Elle se leva en sursaut et laissa tomber sa serviette sur la table, levant des regards inquiets autour d'elle.
- Je n'ai plus très faim. Permettez-moi de me retirer...
- Bien-sûr, chuchotèrent les invités en la regardant quitter la pièce.
- Est-elle souffrante ? Fit Guenièvre au roi de Nemeth.
- Je ne sais pas... J'espère que non...
Un court silence s'installa dans la salle. Chacun s'interrogeait sur le comportement de la princesse quand Gaïus coupa court à leur réflexion en prenant la parole:
- Quand les troupes seront-elles prêtes à partir, Sire ?
- C'est justement de cela dont je voulais vous parler. Les effectifs s'organisent rapidement, ils seront prêts dans deux jours au plus tard.
Tout le monde baissa la tête sur son assiette. S'ils partaient dans deux jours, cela voudrait dire qu'il serait à Camelot dans environ quatre à cinq jours. Et d'ici une semaine, ils auraient le fin mot de l'histoire. La mort de Morgane ou la leur. La restitution de Camelot ou sa perte finale.
- Autre chose. Un messager m'a rapporté tout à l'heure la confirmation que la mort de la reine Guenièvre est arrivée à Camelot.
- Espérons qu'elle se laisse prendre au piège, dit Léon.
- C'est apparemment le cas. Morgane serait soi-disant en train d'organiser de longues festivités pour fêter l'événement.
- Si nous arrivons pendant ces festivités, l'effet de surprise sera totale, admit Arthur.
- En effet, nous pourrions miser là-dessus également.
Sur ces mots, un nouveau silence prit place entre les convives. Ils avaient encore deux jours devant eux avant de se préparer pour la bataille. A quoi pourraient-ils bien s'occuper pendant deux jours ? Arthur savait que Léon et Perceval en profiteraient pour s'exercer sérieusement. Lui-même avait bien l'intention de se joindre à eux, il estimait que le moment était mal choisi pour flemmarder ou se laisser aller à roupiller dans ses appartements... mais malgré cela, il avait une chose plus importante encore à faire avant de se mettre à l'entraînement. Laissant Guenièvre qui bavardait avec la reine Annis, Arthur prit congé de Rodor et des chevaliers. Comme il s'y attendait, Merlin l'imita sans perdre un instant. Avait-il gardé ce réflexe de le suivre partout ou avait-il des choses à faire dans le coin ? En sortant de la pièce, Arthur se tourna vers lui:
- J'espère que tu n'as rien de prévu, Merlin.
- Euh...
- Tant mieux. Nous allons dans la forêt.
- Pour faire quoi ?
Arthur parut réfléchir à la question, ses traits traduisant sa concentration à trouver une excuse potable.
- Pour... passer du temps tous les deux, ça te va ?
- Euh...
- Tant mieux. Rejoins moi dans la cour dans une demi-heure.
Et Arthur s'en alla sans ajouter un mot. Merlin le regarda disparaître à l'angle du couloir, la mine sceptique, les sourcils froncés. Ça ne ressemblait pas du tout à Arthur de vouloir « passer du temps » avec lui. Mais d'un autre côté, cette demande ne le surprenait pas plus que ça. Ils avaient beau retrouver pas à pas leur complicité d'antan, Merlin se doutait que cela ne suffisait pas aux yeux d'Arthur. Peut-être était-il sincère en disant qu'il voulait simplement passer du temps avec lui. Peut-être se sentait-il confiné dans le château. Peut-être avait-il besoin de prendre l'air pour se changer les idées avant de partir pour Camelot. Ou alors... il avait quelque chose à lui dire. Cette option n'était pas négligeable, elle était même très probable, même si Merlin ne voyait pas du tout de quoi son souverain pouvait vouloir lui parler... enfin, cette fois-ci, il n'en avait vraiment aucune idée.
En revenant dans ses appartements, Arthur ne gaspilla pas une seule minute à ne rien faire. Il attrapa des vêtements propres mis à sa disposition et disparut derrière le paravent pour se changer. Une fois correctement apprêté, il s'assit au bord du lit et fouilla dans son sac afin de dénicher la boule magique que Freya lui avait donné, ou plutôt offerte. Arthur ne l'avait pas ressortie depuis qu'ils avaient quitté Avalon, il ne l'avait pas contemplée, il n'y avait même plus pensé. De quoi pouvait-il s'agir, exactement ? Freya ne lui avait donné que très peu d'indices, lui disant seulement que le jour où il serait prêt à savoir tout ce que Merlin avait enduré pour lui, il devait s'en servir. Ce cadeau délivrée par la druidesse renfermait une part de Merlin, de cela il était sûr. Une part qu'il ne connaissait pas, les réponses aux multiples questions qu'il se posait, la vie secrète de son ami... C'est pour ça qu'il voulait être seul avec Merlin, pour pouvoir lui en parler à l'abri des oreilles indiscrètes et avoir son accord pour l'utiliser. Enfin, c'est ce qu'il pensait, car en réalité Arthur était rongé par l'hésitation. Il n'avait pas envie de s'en servir, du moins il n'en avait plus envie. Savoir que tout était rentré dans l'ordre avec Merlin et que leur relation s'améliorait le ravissait plus qu'il ne l'avouerait jamais, et mettre cet objet magique sur le tapis ne ferait que raviver le passé et toutes les souffrances qu'il avait emportées avec lui. Était-ce une sage décision ? Non, lui criait une petite voix intérieure. Non, non, non !
Il remit alors la boule de verre dans son sac et le referma. Sa décision était prise: il ne verrait pas ce que contenait cette sphère. Ce n'était pas la curiosité qui lui manquait, loin de là, mais par respect pour Merlin, par respect pour leur amitié, mais aussi par peur, il ne l'utiliserait pas.
Arthur sortit de ses pensées lorsqu'il entendit frapper à la porte. Il reposa son sac et se hâta d'aller ouvrir, pensant naïvement qu'il s'agissait de Merlin. Il fut cependant surpris de se retrouver face à Mithian. La jeune femme avait un air grave sur le visage et serrait dans ses bras d'un geste possessif un petit livre à la couverture en cuir, usé au niveau de la reliure. Arthur la fit entrer, se demandant si quelque chose clochait. Il n'avait pas oublié la précipitation avec laquelle Mithian les avait quittés quelques minutes auparavant.
- Mithian. Tout va bien ?
- Veuillez excusez mon comportement de tout à l'heure, Arthur... J'ai dû paraître étrange.
- Oui... un peu. Vous êtes sûre que ça va ?
- Tout va très, merci. Je voulais vous donner ceci.
La princesse baissa le regard sur le livre qu'elle continuait de serrer, comme si elle tenait le plus précieux des trésors. Ses yeux s'emplirent de larmes quand elle le mit dans les mains d'Arthur.
- Qu'est-ce que c'est ? Demanda t-il, déstabilisé par la réaction de Mithian.
- Arthur, vous devez me faire une promesse... non, un serment, faîtes moi un serment !
Cette demande décontenança Arthur au possible. Un serment avait un poids énorme, un poids beaucoup plus important qu'une promesse. Conscient de la situation dans laquelle il s'engageait en répondant à Mithian, il prit quelques secondes pour réfléchir. Pourquoi cette dernière arborait-elle une mine si sérieuse, un air si suppliant ? Quelle serait exactement l'ampleur de ce serment ? Afin de faire taire définitivement ses interrogations, Arthur finit par apporter sa réponse:
- D'accord, ce que vous voulez.
- Vous devez me jurer que vous n'ouvrirez pas ce livre avant d'avoir perdu tout espoir.
- Je ne suis pas sûr de comprendre ce que vous voulez dire par « avoir perdu tout espoir ».
Mithian se rapprocha davantage d'Arthur, de sorte à ce que celui-ci puisse l'entendre clairement, comme si ses prochaines paroles avaient un intérêt crucial.
- Le jour où vous vous sentirez impuissant et que vous penserez qu'il ne reste aucun espoir... ouvrez ce livre et lisez le jusqu'à la fin. Il vous aidera.
- En quoi...
- Ne l'ouvrez pas avant, Arthur, j'ai votre serment !
- Et je le tiendrais, vous pouvez me faire confiance.
Rassurée, la princesse se permit un sourire. Néanmoins, son sourire était triste et sans couleur... Elle pressa doucement sa main sur le bras d'Arthur, lui témoignant ainsi sa reconnaissance, et fit volte-face pour repartir. Juste avant qu'elle ne ferme la porte, le roi l'arrêta:
- Mithian ! Puis-je au moins savoir si ce livre a un titre ou... ?
La jeune femme parut hésiter. Elle avait confiance en Arthur, il avait fait serment de n'ouvrir ce livre qu'au moment propice et elle savait qu'il respecterait son serment. C'était un homme d'honneur.
- Lumière. C'est son titre.
Et elle referma la porte.
Arthur darda un regard profondément dubitatif sur le bouquin. A première vue c'était un ouvrage sans grande envergure, autant par sa couverture dépourvue de tout ornement que par son titre simple et quelque peu enfantin. Il était étonnant que Mithian lui ait demandé de lire quelque chose d'aussi quelconque dans un moment de désespoir et d'impuissance. Si un tel moment venait à se présenter, Arthur n'aurait sûrement pas la tête à lire. Et pourtant... Mithian avait eu l'air particulièrement convaincue par ce qu'elle avait dit. Le roi sentit des frissons d'angoisse le parcourir, mais les ignora. Il secoua la tête et alla ranger le livre dans son sac, à l'abri aux côtés de la boule magique que Freya lui avait remise.
- Lumière... répéta t-il dans un murmure.
Dix minutes plus tard, Arthur retrouva Merlin qui l'attendait dans la cour, comme prévu. Le jeune sorcier était adossé à un mur et observait un caillou avec une concentration qui amusa grandement Arthur. Même quand il se posta devant Merlin, celui-ci ne releva pas la tête.
- Merlin ? Merlin ?
Devant son mutisme, Arthur perdit patience et claqua des doigts sous son nez, ce qui le ramena instantanément à la réalité.
- Arthur ! Depuis quand êtes-vous arrivé ?
- Depuis quelques secondes, pour être précis. Je t'ai rarement vu aussi pensif.
- Oh désolé...
- Ce n'était pas un reproche. Allez, viens.
Voyant que le roi se dirigeait vers le pont levis sans même passer par les écuries, Merlin crut bon de se questionner.
- Vous ne prenez pas de chevaux ?
- Non, on va marcher pour une fois, ça nous fera du bien.
Merlin fronça les sourcils de plus belle. Décidément, Arthur ne faisait rien comme à l'accoutumé. Les deux hommes marchèrent en silence sur la route principale, jusqu'à bifurquer pour entrer dans la forêt située aux abords du château. Cette forêt, contrairement aux autres du royaume, était sécurisée et surveillée quotidiennement par des patrouilles qui avaient pour mission de mettre la main sur des trafiquants d'esclaves. Étant celle la plus proche de la forteresse royale, il n'était pas surprenant qu'elle fasse l'objet d'une attention plus resserrée.
Arthur remarquait les coups d'œils de Merlin, mais ne savait pas quoi lui dire pour lui expliquer cette promenade. A l'origine, il avait voulu être seul avec lui pour lui parler de la boule magique le concernant. Il s'était dit que c'était un devoir, une étape qu'il devait franchir, mais il n'avait pas prévu de changer d'avis en quelques minutes seulement. Que pouvait-il alors inventer comme excuse ?
- Arthur ! Cria Merlin.
- Quoi ?! S'affola le roi en scrutant les alentours, en quête du danger.
- Rien, je voulais juste attirer votre attention.
Arthur se stoppa net et dévisagea Merlin.
- Il y a d'autre moyen d'attirer l'attention que hurler « Arthur ! ».
- Je vous ai appelé trois fois et trois fois vous n'avez pas répondu. Qu'est ce que vous vouliez que je fasse ?
- Euh, je ne sais pas, trouver autre chose que me crier dans les oreilles !
- Si j'avais utilisé la magie, vous n'auriez pas aimé...
- Qui te dit que je n'aurais pas aimé ?
- Ne me prenez pas au mot, Arthur ! Rigola Merlin.
Arthur ne répliqua pas, mais un sourire amusé naquit sur ses lèvres. Il ramena son regard sur l'environnement qui l'entourait, sur les arbres, les branches, les feuilles... et se remémora alors toutes les fois où il partait en patrouille avec Merlin et ses chevaliers, toutes ses longues journées à chevaucher dans la forêt de Camelot, toutes ses fois où ils avaient à combattre des bandits et que Merlin allait se cacher dans un coin...
- En fait, les branches qui se cassent toutes seules, les épées qui tombent toutes seules et les bandits qui tombent TOUS SEULS... c'est toi ?
- Il y a une utilité à jouer à cache-cache finalement, plaisanta Merlin, se rappelant une remarque d'Arthur.
- Combien de fois m'as-tu sauvé la vie ?
- Euh... J'ai arrêté de compter depuis longtemps.
- Ah...
Arthur repéra un arbre aux longues racines et alla s'y asseoir en poussant un profond soupir. Merlin le rejoignit en silence. Bien qu'ils aient discuté et que les choses soient en train de redevenir ce qu'elles étaient avant, un malaise persistait. Merlin le ressentait dans leurs conversations et surtout chez Arthur à ce moment-là. Il percevait son mal-être et se doutait que cette légère tension durerait quelques temps.
De son côté, Arthur se sentait pitoyable. Il s'était décidé à oublier définitivement le mystérieux présent de Freya car il ne voulait pas reparler du passé, mais qu'était-il en train de faire, pourtant ? Peut-être que le passé serait plus long à digérer, finalement...
- Tu as dit que tu étais le dernier seigneur des dragons, se rappela t-il subitement. Pourtant, c'était Balinor le dernier seigneur des dragons, non ?
Merlin s'agita et détourna le regard. Il ne pensait pas qu'Arthur serait venu à lui parler de ça, surtout dans un moment pareil où il n'y avait aucune raison d'aborder le sujet. Il sembla tout à coup intéressé par les déambulations d'une colonie de fourmis à ses pieds.
- Merlin ? Fit Arthur, constatant son absence de réaction.
C'est alors qu'il remarqua l'air attristé que le sorcier affichait, un air qui le ramena plusieurs années en arrière. Il se souvint avoir vu Merlin tenir Balinor dans ses bras alors que celui-ci rendait son dernier souffle, il se souvint de sa voix brisée quand il lui avait dit qu'il était mort et il se souvint de ses larmes...
- Tu le connaissais, n'est-ce pas ? Devina t-il.
- Juste avant que nous partions pour le chercher, Gaïus m'a révélé que... que Balinor était... était mon père. A sa mort, j'ai hérité de son pouvoir de seigneur des dragons, c'est ainsi qu'il se transmet, de génération en génération, de père en fils.
Arthur ferma les yeux, dépité et honteux. Il avait dit à Merlin, peu après leur retour à Camelot, qu'aucun homme ne méritait ses larmes, qu'aucun homme ne valait qu'on le pleure. Mais Balinor était son père, pas un simple homme doté d'un pouvoir extraordinaire que le royaume avait l'intention d'utiliser. C'était son père, sa famille, son sang.
- Je suis désolé...
- Ne vous inquiétez pas. J'ai fait mon deuil... et je sais qu'il est toujours présent quelque part, affirma Merlin, se remémorant son échange avec son père dans la caverne de cristal.
- C'est toi qui a tué le Grand Dragon, alors ?
- Euh... à la vérité... Je ne l'ai pas tué.
- Je te demande pardon ?
- Camelot avait subi de nombreuses pertes, mais lui avait perdu sa race entière à cause d'Uther. Ce n'était pas juste de le tuer. Malgré ce qu'il avait fait, j'ai jugé qu'il ne méritait pas de mourir.
- Qu'est-il devenu, dans ce cas ?
- Je lui ai dit de partir et de ne jamais plus attaquer Camelot, sinon je le tuais.
- Et il t'a obéi ? S'étonna Arthur.
- Un dragon se doit d'obéir à un seigneur des dragons, il n'a pas le choix.
Arthur hocha la tête, captivé. Imaginer Merlin se dresser devant un dragon l'aurait fait rire en d'autres circonstances, mais ce qu'il avait appris sur lui et sur les pouvoirs qu'il renfermait le laissait coi, incapable de répondre, muet de stupeur.
- Et puis, j'ai eu raison de ne pas le tuer car il m'a beaucoup aidé par la suite. Sans lui, je serais mort plusieurs fois.
- Comment ça ? S'inquiéta Arthur, les sourcils froncés.
- Oh, c'est long à expliquer.
- Nous avons tout notre temps ! Déclara son souverain, les bras croisés, prêt à entendre son récit.
- Vous... êtes sûr de vouloir savoir ?
- Sauf si tu ne tiens pas à en parler, c'est toi qui décide.
Merlin baissa la tête. Il n'avait jamais dévoilé ce qu'il avait vécu à qui que ce soit, sauf à Gaïus, bien évidemment. Le fait d'avoir la possibilité d'en parler à quelqu'un, et à Arthur qui plus est, le stressait beaucoup, mais il ne savait pas pourquoi...
Arthur, quant à lui, ne put se retenir de s'infliger une gifle mentale. Il s'était convenu de ne PAS parler du passé, de cette époque révolue, et malgré cela il enchaînait question sur question ! Au moins, de cette manière, sa curiosité, plus vive qu'il ne l'aurait pensé, serait satisfaite et il ne serait pas tenté de jeter un œil sur la boule de Freya. La voix de Merlin le sortit de ses songes éveillés. Le sorcier lui fit part de ses secrets les mieux gardés qu'il avait toujours pris soin de protéger. Il révéla de quelle manière Morgane et Morgause avaient résolu de le laisser en pâture aux scorpions, l'empoisonnement qui avait suivi et l'intervention du dragon qui l'avait sorti de la forêt pour le guérir, comment il avait fait appel au dragon pour faire fuir les dorochas, pour neutraliser Agravain et les hommes de Morgane alors qu'ils fuyaient Ealdor avec Guenièvre, Tristan et Iseult, de quelle façon Kilgarrah l'avait soigné alors qu'il agonisait après avoir reçu une flèche, comment il les avait transportés tous les deux à Avalon... Merlin prit le temps de lui retranscrire les grandes étapes de ces sauvetages, parfois arrivés in-extremis. Souvent, en fait. Quand il eut terminé, il osa un regard timide vers Arthur, mais ne s'attendait pas à voir son visage aussi pâle, aussi décomposé.
- Oh... Ah... Je vois...
Furent les seuls mots qu'il parvint à prononcer quand il retrouva l'usage de la parole. Merlin ne put s'empêcher de rire devant sa mine déconfite.
- Je ne vois vraiment pas ce qu'il y a de drôle, Merlin ! S'exclama Arthur en retrouvant son sérieux de crétin de royal.
- Détendez-vous, Arthur, j'ai vu pire !
- Quoi ?! Tu as vu pire ?! Oh seigneur...
- Vous savez quoi ? On va marcher si vous êtes d'accord.
- Pour une fois, oui, je suis d'accord.
Les deux hommes se remirent lentement debout et reprirent la marche. Le vent qui soufflait entre les arbres et le fait de s'animer redonnèrent des couleurs à Arthur. Il respira plus sereinement et parvint à se départir de son trouble.
- Bon, maintenant, dis-toi qu'il n'y a plus de raison que ce genre de choses arrive, d'accord ?
Pour une tentative de consolation, il n'y avait pas plus médiocre. Après tout, ce n'était pas comme si Arthur était doué dans l'art de s'exprimer, et encore moins de consoler Merlin. N'est-ce pas ? Sa remarque ne fit donc que redoubler le sourire déjà profondément amusé de ce dernier.
- Merci, Arthur, murmura t-il.
Le roi de Camelot haussa les sourcils, ne comprenant apparemment pas la raison de ce remerciement. Il posa tout de même sa main sur l'épaule de Merlin, l'ombre d'un sourire sur les lèvres.
Sur le chemin du retour, Arthur et Merlin s'en donnèrent à cœur joie de se remémorer les moments passés. Pas ces moments fait de ténèbres et de tristesses, mais ces moments de convivialité, d'amitié et d'amusement qu'ils avaient partagés, parfois tous les deux, parfois avec les chevaliers, parfois dans les appartements d'Arthur, parfois dans la forêt, autour d'un feu de camp. Ils avaient besoin de se retrouver, de se rappeler l'époque où, malgré les menaces et les trahisons, ils avaient su trouver cette étincelle de bonheur, ils avaient su puiser l'un envers l'autre la force de se réveiller chaque matin et continuer d'avancer vers un futur meilleur.
Arthur et Merlin, en passant le pont levis au coucher du soleil, prirent conscience, à ce moment-là, que l'après-midi qu'ils venaient de passer tous les deux serait peut-être la dernière. Le lendemain, dans deux jours au plus tard, ils marcheraient sur Camelot.
Alors, mes très chers, qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? Bien ? Nul ? Inutile ? xD
A la semaine prochaine ! :)
