Bonjour/Bonsoir ! Enfin j'arrive à poster le chapitre 16 qui, je suis navrée de vous l'annoncer, est également le dernier... Je suis peut-être de petite nature ou trop sensible, mais je suis très émue xD Je ne suis pas entièrement satisfaite de ce chapitre, et pourtant je l'ai corrigé et recorrigé... mais bon, vous me direz ce que vous en pensez ! ^^

Merci à laure marez, Crotuy, Sieba972 et Michonchon pour leurs reviews adorables ! :D Je vous n'aime comme des nems mes très chers lecteurs ! :3

Merlin, cette série magnifique, magique, pleine de valeurs et d'amitié, qui nous transporte et nous chavire, appartient à la BBC.

Bonne lecture à tous ! :)

Chapitre 16: L'avènement d'une ère...

( Guilty Crown - Krone )

Sur le chemin, Arthur ne desserra pas les dents une seule fois, ni même Léon et Perceval. Les deux chevaliers comprenaient l'inquiétude de leur roi et savaient pertinemment qu'il ne pouvait s'empêcher de ressasser ses appréhensions et ce, malgré qu'ils soient tout prêt du but, séparés seulement par une infime distance de ce remède magique... Silencieux, Arthur scrutait les alentours, les sens en alerte au moindre signe de danger, s'accordant de temps à autre à fixer son regard sur les rayons du soleil pointant entre les arbres. Cela faisait plusieurs heures maintenant que la bataille était terminée, que Morgane avait péri... et que Merlin se mourrait à petit feu, lui aussi. Gaïus lui avait dit que son pupille ne disposait pas plus de quelques heures et que, passé ce délai, il...

Arthur secoua la tête, refusant de prononcer le mot fatal. Il y avait encore de l'espoir !

- Plus vite ! Ordonna t-il aux chevaliers.

Léon et Perceval mirent leurs montures au trot, suivant de très près Arthur qui, les poings serrés sur les rênes, examinait la forêt avec une extrême attention.

- Là ! Hurla t-il enfin.

Arthur descendit de son cheval aussitôt, confia celui-ci à Léon, attrapa la pelle accrochée à sa selle et s'approcha du rocher. Il n'avait pas changé malgré les quelques années qui avaient passé... Il était toujours au même endroit, isolé, solitaire au milieu de la forêt. Alors qu'Arthur allait commencer à creuser, Perceval l'arrêta:

- Sire, je vais m'en charger.

Le roi de Camelot le jaugea un court instant, s'attardant sur sa carrure de colosse et ses bras musclés. Si Perceval se chargeait de déterrer le remède, nul doute qu'ils gagneraient un temps considérable. Arthur obtempéra d'un vague hochement de tête et donna la pelle au chevalier qui se mit au travail sans ajouter un mot. Pour patienter, Arthur alla rejoindre Léon. Il posa ses mains sur la selle de son cheval et laissa sa tête retomber comme une masse sur ses avant-bras.

- Sire, vous devriez faire une pause, suggéra Léon, ou vous n'allez pas tenir.

- Ne vous inquiétez pas pour moi, Sir Léon. J'ai déjà eu l'occasion de faire des nuits blanches.

- Ce n'est pas ce que je veux dire...

Arthur lança un coup d'œil à son fidèle chevalier, mais ne répondit pas. Oui, il savait très bien de quoi voulait parler Léon. Il faisait référence à son acharnement à vouloir sauver Merlin, à son impatience, à sa peur d'arriver trop tard, d'échouer littéralement dans cette mission vitale, à ses émotions qu'il ne contrôlait plus et qui menaçaient à tout moment de le submerger.

- Là, il y a quelque chose ! S'écria alors Perceval.

Arthur et Léon accoururent en même temps et s'accroupirent de chaque côté du chevalier. Il virent ainsi ce dernier retirer du trou qu'il avait creusé un coffret en bois, même pas verrouillé, simplement fermé. Perceval tendit sa trouvaille à Arthur qui, les yeux écarquillés et le cœur battant furieusement dans sa poitrine, s'en empara et l'ouvrit. A l'intérieur reposait un petit sac de toile marron. Arthur enleva la ficelle qui le fermait et fit tomber dans sa main une fiole abritant un mystérieux liquide jaune. Non, pas jaune... doré. Doré comme la couleur des yeux de Merlin lorsqu'ils s'illuminent. La couleur de la magie. Bien que n'étant pas un sorcier, Arthur sentait la puissance contenue dans ce petit flacon de verre, une puissance intimidante, certes, mais... si pure, si magnifique. Pas une puissance meurtrière ou destructrice. Il ferma les doigts sur le remède et fit face à ses deux chevaliers:

- On rentre à Camelot.


- Quelque chose ne va pas... murmura soudainement Arthur en arrêtant son cheval.

- Sire, que faîtes-vous ? S'inquiéta Léon. Le château est devant nous, il faut nous dépêcher !

Pourtant, Arthur resta immobile, le visage hagard, troublé, paralysé. Il ressentait subitement comme... un vide en lui, comme si quelqu'un s'était infiltré dans son cœur et lui avait arraché une partie de lui. Jamais encore il n'avait été habité par une telle faiblesse, une telle tristesse, un tel... manque. Voilà, c'était ça: un manque. Il manquait quelque chose. Arthur leva un regard angoissé sur l'imposante demeure royale, dont la forme se détachait dans le paysage, et souffla, la voix tremblante:

- Merlin...

- Sire ?

- Vite, vite ! Hurla t-il, le visage pâle.

Il mit son cheval au galop et s'engagea à travers champs, sans même savoir si ses chevaliers parvenaient à le suivre. A vrai dire, il n'y portait aucune attention, celle-ci étant tout droit portée sur une seule et unique personne: Merlin. Pourquoi Arthur se sentait-il aussi... engourdi, aussi terrorisé, aussi désespéré ? Il allait très bien quelques minutes plus tôt, ces sentiments l'avaient pris d'un coup, sans aucune raison valable. En fait, si... il y avait une raison, mais une raison que le roi de Camelot ne pouvait se risquait à formuler. Cette raison lui faisait trop peur, trop mal.

« Merlin, je t'en prie... dis moi que ce n'est pas ce que je crois... »

Quand il pénétra dans la grande cour, il ne remarqua même pas les changements qui avaient eu lieu pendant la nuit, durant son absence. Il ne vit pas que les débris avaient été déblayés et que la cour baignait dans la lumière apaisante du matin, comme si rien ne s'était passé... Alors qu'il allait se précipiter dans les appartements de Gaïus, Guenièvre sortit du château, la figure décomposé, blanche comme un linge. Ses traits se voilèrent par le chagrin quand elle descendit les marches pour rejoindre son époux.

- Arthur..., murmura t-elle, la gorge nouée.

- Guenièvre... que se passe t-il ?

- Merlin... il...

Arthur ne perdit pas son temps à en écouter davantage et fonça à l'intérieur.

- Arthur ! Attendez !

Mais malgré la supplication de Guenièvre, il ne se retourna pas, ne daigna pas même lui jeter un coup d'œil par dessus son épaule. Il bouscula les serviteurs dans les couloirs, ignora royalement les révérences qu'on lui faisait ou les appels qui fusaient sur son chemin. Marchant aussi vite que lui permettaient ses jambes devenues soudainement lourdes, il atteignit enfin les quartiers du médecin et ouvrit brusquement la porte. Gaïus était assit au chevet de Merlin, le visage dans les mains. Quand il entendit le visiteur entrer, il releva lentement la tête. Ses yeux brillaient pas les larmes et il avait l'air fatigué, si fatigué. On aurait dit que... qu'un poids énorme lui écrasait les épaules, lui comprimait la poitrine. Arthur fit quelques pas dans la pièce et finit par poser son regard sur Merlin. Le corps de celui-ci reposait sous une grande couverture blanche... des pieds à la tête. Pendant un très long moment, Arthur ne fit rien d'autre que fixer le cadavre recouvert du sorcier, les pensées misent sur arrêt. Il avait l'impression de pouvoir sentir la froideur de sa peau, une froideur qui se frayait inévitablement un chemin jusqu'à son cœur, semant des pics de glace sur son passage, tout le long de son corps, le rendant nauséeux, le frigorifiant.

- Arthur... ?

Arthur sembla s'animer de nouveau en entendant la voix bouleversée de Gaïus. Il lui semblait que sa voix était un écho à la sienne, à celle qu'il aurait indubitablement s'il prenait le risque de s'exprimer. Il essaya d'avaler, mais sa bouche s'était asséchée et sa gorge lui faisait si mal, serrée par des sanglots qu'il cherchait à refouler avec beaucoup de difficulté. Alors, la vérité le frappa de plein fouet: Merlin était mort.

Quand avait-il rendu son dernier souffle ? Depuis combien de temps gisait-il sur ce lit, inerte, glacé ? Avait-il dit quelque chose avant de mourir ? Le remède qu'Arthur avait en sa possession avait-il finalement une quelconque utilité ou les druides lui avaient-ils juste raconté un ramassis de mensonges ? Arthur prit une lente et profonde inspiration et s'avança jusqu'à Merlin. Doucement, avec beaucoup d'hésitation, il souleva le drap qui le cachait du monde. Le sorcier était d'une pâleur lunaire, ses cheveux noirs dessinant un incroyable contraste, et ses paupières étaient résolument fermées. Arthur posa sa main chaude, bouillante de vie, sur la joue crayeuse, inanimée, de son ami et ce contact lui arracha un sanglot sec et violent.

- Arthur ! S'exclama Gaïus en posant une main ferme sur son épaule.

- Laissez-moi... s'il vous plaît...

Dès que le médecin retira sa main, le roi se saisit de la fiole. Il ouvrit la bouche de Merlin et fut soulagé de ne pas être confronté à la rigidité cadavérique. Cela lui prouvait au moins que son meilleur ami n'avait pas rendu l'âme depuis très longtemps. Il versa le liquide dans la gorge de Merlin et... attendit. Oui, il attendit. De longues et interminables minutes... mais rien ne se produisit. Au bout d'un long moment, Gaïus prit la parole, aussi désespéré qu'Arthur:

- Sire... C'est trop tard...

- Non, déclara Arthur d'une voix forte et tranchante. Non, ce n'est pas trop tard.

- Sire, je vous en prie...

Rare étaient les fois où le médecin en arrivait à supplier quelqu'un. En fait... Arthur ne l'avait jamais entendu supplier qui que ce soit, pas une seule fois. Il devait être atrocement affecté pour en arriver à cette extrémité. Toutefois, le roi de Camelot secoua vigoureusement la tête, décidé à rester aussi longtemps que nécessaire devant Merlin, à prier pour qu'il revienne à la vie.

- Laissez-moi jusqu'à ce soir, Gaïus. Ce soir et... si rien ne se passe... nous enterrerons Merlin demain...

Le vieil homme, trop effondré pour engager un débat avec Arthur, soupira gravement et hocha la tête.

- Je vais prévenir la reine que vous ne bougerez pas d'ici jusqu'à ce soir, alors.

- Merci...

Arthur regarda Gaïus quitter les appartements d'un pas lent, un pas commandé par une douleur profonde. Il savait que son comportement était indigne de son rang, qu'il avait un royaume à gérer et des obligations qu'il avait repoussées. Mais savoir cela ne changeait rien pour lui. Il se devait d'être auprès de Merlin le plus longtemps possible, il se devait de prier, d'espérer que la potion agisse malgré tout. Arthur s'assit sur une chaise laissée en évidence au chevet du sorcier et posa son regard sur ce dernier. Un souvenir lui revint en mémoire, il ne sut pourquoi il se manifesta à ce moment précis, mais ce souvenir lui donna les larmes aux yeux...

« Merlin venait d'être blessé à l'épaule par des bandits qui les avaient pris en embuscade alors qu'ils patrouillaient. Arthur avait examiné la blessure et avait déclaré:

- J'ai vu pire. Oui, j'ai vu pire.

- Où ? Sur un mort ? Avait répliqué Merlin sur le ton de la plaisanterie.

- Non, tu ne vas pas mourir, Merlin. Ne sois pas aussi couard.

- Si je devais mourir, direz-vous que j'étais un héros ?

- Probablement.

- Mais tant que je vivrai, je serais un couard.

- Malheureusement, les choses sont ainsi faites. On t'accorde de la gloire quand tu n'es plus sur terre pour l'apprécier. »

Arthur posa sa main sur le front gelé de Merlin et baissa la tête, sentant les larmes couler le long de ses joues.

- Oui... tu es un héros, Merlin.


La matinée passa, puis l'après-midi... sans que Merlin n'ouvre les yeux, sans que cette pâleur cadavérique ne quitte son visage, sans que son cœur n'émette un seul battement. Arthur avait reçu la visite de Guenièvre, de Mithian, de Rodor, d'Annis et de ses braves chevaliers, même de quelques sorciers qu'il ne connaissait pas. Chacun était venu rendre hommage au jeune magicien. Enfin arriva le coucher du soleil, un magnifique et silencieux coucher de soleil, qui pourtant n'apporta aucun apaisement dans le cœur du monarque, mais plutôt un chagrin plus vif et une angoisse poignante. Il perdait espoir petit à petit... Si le remède n'avait pas agi durant la journée, pourquoi agirait-il à ce moment-là ?

- Merlin... je t'en supplie, réveille toi... Tu sais que... tu sais que la patience n'a jamais été mon fort, alors je t'ordonne de te réveiller !

Bien-sûr, Merlin resta endormi, obstinément endormi. Mort. Arthur se couvrit le visage avec ses mains, les yeux brûlants par les larmes. Il devait se faire à l'évidence, il n'avait plus le choix. Merlin était mort. Il ne reviendrait pas. Désormais, il devait se concentrer sur les jours à venir, sur ses devoirs de souverain, sur la manière dont remettre le royaume debout, sur... un tas de choses qui lui pesaient, un tas de choses dont il ne voulait pas s'occuper. Mais il savait qu'il n'avait pas le choix... il n'aurait pas le loisir de faire son deuil.

- Hé, ne vous endormez pas, Arthur ! Je n'ai aucune envie d'être obligé de vous porter jusqu'à votre chambre.

Arthur releva la tête en sursaut, les yeux presque sortis de leurs orbites, complètement ahuri, sous le choc. Merlin avait les yeux ouvert et était redressé, un regard mi-inquiet mi-amusé braqué sur le souverain. Son teint avait repris des couleurs, il avait même les joues légèrement rosies, et sa poitrine se soulevait au rythme de ses inspirations. Il était vivant.

- Pouvez-vous me dire ce qui s'est p... ?

Merlin n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'Arthur l'emprisonna dans ses bras, le serrant à l'en étouffer, les membres tremblants de soulagement et d'exaltation. Et soudain, par ce geste, Merlin se souvint. De tout. Il se souvint d'avoir cessé de ressentir la douleur, de s'être senti lourd, emporté par une force sur laquelle il n'avait aucun contrôle, d'avoir fermé les paupières pour ne plus les ouvrir. Il se souvint être... mort. Alors, tandis qu'un sourire naissait sur ses lèvres, il passa ses bras autour d'Arthur et lui rendit son étreinte.

- Pour une fois que tu obéis à mes ordres..., murmura son ami, des sanglots dans la voix. Idiot.

- Profitez-en, ça ne sera pas tous les jours..., répliqua Merlin, moqueur. Crétin.


( Ed Sheeran - I see fire ( instrumental ) )

Une immense foule était rassemblée dans la cour du château, sous un soleil éblouissant. Chacun avait revêtu ses plus beaux habits et arborait un sourire rayonnant, un sourire qui ne faiblissait pas malgré les quelques nuages gris qui voilaient le soleil de temps à autre ou le retard du roi Arthur. Un jeune garçon se fraya un chemin dans l'assemblée. Il venait de la ville basse et avait couru aussi vite que lui avaient permises ses petites jambes pour venir retrouver ses parents, au cœur de l'affluence.

- Il y a du monde partout, maman ! S'écria t-il, fou de joie.

- C'est un grand jour, mon chéri, ne l'oublie jamais, répondit la mère en embrassant le front de son fils.

Le garçon allait répliquer quand soudainement le roi Arthur fit son entrée sur le balcon principal, aux côtés de la reine Guenièvre, tous deux fièrement vêtu de leurs habits de cérémonie. Une troisième personne les suivait silencieusement et s'arrêta à la droite du monarque. Il portait une veste marron, neuve d'après son apparence, une tunique rouge et un foulard bleu. Arthur couva les sorciers un long moment avant de poser ses mains sur la balustrade et de commencer :

- Il y a plus d'une trentaine d'années aujourd'hui que le roi Uther Pendragon a banni la magie de Camelot. Il pensait pouvoir protéger le royaume et le peuple de cette façon, mais n'a jamais su voir l'essence même de la magie et les magnifiques choses qu'elle peut accomplir. A mon accession au trône, j'ai suivi ses traces, répétant les crimes qu'il avait commis durant de nombreuses années. Mais j'ai compris il y a peu ce que signifie être un sorcier et ce que représente réellement vos pouvoirs.

Arthur lança un coup d'œil amusé vers Merlin et ajouta alors:

- Et cela grâce à une seule et unique personne...

- Non, Arthur..., murmura son ami, comprenant ce qu'il avait l'intention de dire.

- … mon serviteur et ami, Merlin !

Comme ce dernier l'avait pensé ( et ce qu'il avait voulu éviter par la même occasion ), des exclamations de joies fusèrent de tous les côtés. Les sorciers étaient conscient qu'ils devaient leur liberté à Merlin, à sa patience, à sa ténacité et à sa réussite d'avoir ouvert le cœur du souverain de Camelot à la magie. Merlin était touché de leur réaction et, bien qu'il obtenait le reconnaissance qu'il aurait cru ne jamais obtenir, il se sentait affreusement mal à l'aise. Il profita de l'agitation pour se pencher sur Arthur et lui jeter d'un ton désapprobateur:

- On avait dit non sur le fait de m'impliquer dans votre discours, Arthur...

- Tu avais dit non, Merlin, pas moi. Profite plutôt de ton moment de gloire, au lieu de gémir !

Le sourire à la fois narquois et sincère de son ami tira un soupir désespéré au jeune sorcier. Arthur savourait ce moment. Non seulement il riait intérieurement du comportement gêné de son ancien serviteur, mais il savait que celui-ci méritait cet instant et ces regards remplient de reconnaissance dont les sorciers le couvaient. Le sourire d'Arthur redoubla quand il imagina la réaction de Merlin après l'annonce qu'il s'apprêtait à faire...

- Aujourd'hui, je déclare officiellement la magie autorisée à Camelot et les sorciers libres !

Des cris, des hurlements, des larmes de bonheurs suivirent cette déclaration.

- Et je nomme Merlin... Sorcier de la Cour !

Jamais Arthur n'avait connu une telle effervescence de toute sa vie. Un déchaînement de cris et d'applaudissements retentirent dans la cour et se diffusèrent jusque dans la ville basse, jusque dans le château. Les sourires étaient présents sur tous les visages. L'émotion était intense, palpable.

- Arthur..., murmura Merlin, les larmes aux yeux.

Arthur posa une main sur son épaule et ancra ses yeux bleu azur dans ceux de son meilleur ami, de son frère, du nouveau Sorcier de la Cour. Tous les deux s'observèrent un long moment sans dire un mot, mais leur regard traduisait tout.

- Merci...


Au coucher du soleil, la fête battait encore son plein, l'animation n'avait pas faibli une seule seconde. Arthur et Merlin essayaient de se frayer un chemin dans l'affluence regroupée dans la ville basse, évitant de se faire marcher sur les pieds ou de se ramasser un bras dans la figure. Autour d'eux, des animaux magiques virevoltaient dans tous les sens, des papillons, des chevaux, même des dragons, exactement comme Merlin avait l'habitude d'en créer avec les braises des feux de camps. Les deux hommes parvinrent finalement, après plusieurs minutes d'efforts, à gagner la sortie de la ville. Là, près d'un commerce isolé discutaient Léon, Perceval, Guenièvre et Gaïus. Arthur et Merlin allèrent aussitôt à leur rencontre:

- Comment avez-vous réussi à arriver jusqu'ici ? Demanda Merlin en riant.

- L'avantage des passages secrets, c'est qu'il n'y a aucun bouchon, expliqua Perceval sur le ton de la plaisanterie.

- Vous alliez quelque part ? Se renseigna alors Guenièvre, tout sourire aux lèvres.

- Merlin a quelque chose à me montrer, résuma Arthur.

- Sur ton chemin, Merlin, peux-tu me cueillir des herbes ? Requit Gaïus.

- Gaïus, vous n'allez pas me faire travailler un jour comme celui-ci quand m... ?

Et Merlin sut, devant l'air exagérément sérieux de son tuteur, qu'il s'était encore fait avoir.

- Vous plaisantez, c'est ça ?

- Wow, ton intelligence ne cessera jamais de m'étonner, Merlin ! S'exclama Arthur en lui assénant une claque amicale dans le dos.

Merlin leva les yeux au ciel, amusé, mais ne répliqua pas. Il salua gaiement ses amis et reprit son chemin, suivit d'Arthur. Tous les deux profitaient du fait d'être à pied pour humer l'air purificateur de la fin de journée, se délecter de l'atmosphère d'animation qui régnait aux quatre coins du royaume. Arthur et Merlin contournèrent la forêt et coupèrent à travers champs et prairies, tenant à éviter de se retrouver en présence de témoins. Ils étaient conscient que la forêt ainsi que les routes étaient sans aucun doute inondées de monde et que leur venue ne passerait pas inaperçue.

- Vas-tu me dire où tu m'emmènes, Merlin ? S'enquit Arthur, intrigué.

Son ami lui avait dit, une heure plus tôt, qu'il avait une chose importante à faire, une chose qui requérait sa présence, et qu'il avait ensuite quelqu'un à lui présenter. Il avait également prié le roi de ne pas lui poser de questions et ce dernier avait exécuté sa demande sans rechigner. Merlin s'arrêta au milieu d'une clairière baignant dans le coucher de soleil, les ombres des arbres alentours venant se coucher sur l'herbe fraîche.

- Je pense que nous pouvons nous arrêter ici, décida le sorcier en balayant le paysage d'un regard scrutateur.

- Euh... oui, pour faire quoi ?

- Arthur, euh... je sais que j'aurai dû vous en parler avant de partir, mais j'avais peur que vous vous mettiez en colère et que vous n'acceptiez pas de me suivre...

- Mais de quoi parles-tu, Merlin ? Fit Arthur, décontenancé.

- Vous allez voir.

Merlin ferma les yeux et se retira dans les limbes de son esprit. D'une voix lente et posée, il appela:

~ Mordred ?

~ Je suis ici. As-tu trouvé le moyen de me faire entrer en contact avec Arthur ?

~ Utilise mon corps.

~ Tu es sûr que ça va marcher ? Je veux dire, j'ai déjà essayé avec plusieurs personnes, mais ça ne fonctionne pas toujours.

~ Essayes et tu verras.

~ D'accord...

Merlin sentit, aussitôt qu'il relâcha la communication télépathique avec le chevalier, une force mystérieuse s'introduire dans son corps et le faire perdre le contrôle de ses membres, puis de ses mouvements. Quand il ouvrit les yeux, ou plutôt quand Mordred ouvrit les yeux, il eut l'impression de regarder le monde extérieur comme s'il était derrière un écran, comme s'il n'était devenu qu'un simple spectateur, emprisonné dans son propre corps. Il vit ainsi le visage inquiet d'Arthur et le regarda faire un pas vers lui.

- Merlin, tu es sûr que ça va ?

- Je ne suis pas Merlin, répondit Mordred.

- Pardon ? Est-ce que tu as bu ou... ?

- Arthur, je ne suis pas Merlin. Il a accepté de me prêter son corps pour... pour que je puisse vous parler.

Arthur fronça les sourcils. Était-ce vrai ou Merlin s'amusait-il à lui faire une mauvaise blague ? Il hésita à dégainer son épée, sa précieuse Excalibur, mais cette... personne affirmait que Merlin avait donné sa permission, alors... il n'y avait sûrement aucun danger.

- Qui êtes-vous ?

- C'est moi... Mordred.

Cette fois, Arthur ne se retint pas et dégaina son arme, le visage défiguré par un masque de fureur et d'incompréhension.

- Si c'est une ruse..., siffla t-il, menaçant.

- Arthur, laissez-moi parler, s'il vous plaît. Je sais ce que vous pensez de moi, mais laissez-moi une chance de m'expliquer auprès de vous, de m'excuser...

- Tu t'es rallié à Morgane et tu m'as volé ma vie, pourquoi voudrais-je t'écouter ?

Arthur était tiraillé. Il n'aurait jamais soupçonné qu'il se retrouverait un jour face à Mordred, du moins face à son esprit, et contenir sa colère et son ressentiment envers lui n'était pas chose facile. S'il parvenait à garder son calme, c'était uniquement grâce à Merlin. Si celui-ci avait accordé son autorisation à Mordred pour qu'il utilise son corps, cela voulait forcément dire qu'il avait déjà été en contact avec lui avant et que par conséquent il devait lui faire confiance. En tout cas, c'est ce qu'Arthur espérait.

- J'ai conscience de mes fautes et je suis... je suis sincèrement désolé de ce que j'ai fais. Je sais que des excuses ne soulageront pas la haine que vous devez ressentir à mon égard, mais je suis véritablement désolé. Quand vous avez tué Kara... j'ai perdu la tête, Arthur, je... j'aimais Kara et vous me l'aviez enlevée. Je ne pouvais pas continuer d'être sous vos ordres après cela... J'étais rongé par la colère et la rancœur, je voulais juste me...

- … venger, termina Arthur d'une voix neutre. Mais ce que tu ne sais pas, Mordred, c'est qu'avant de faire exécuter Kara, je lui ai donné une dernière chance de se repentir, je l'ai fait pour toi, parce que je tenais à toi. Elle n'a rien voulu entendre. Peut-être que mes paroles te feront du mal, mais je ne me suis jamais senti en faute.

- Vous aviez donné une autre chance à Kara..., murmura Mordred, bouche-bée.

- Oui, mais tu t'es échappé avant de le savoir.

- En toute franchise, je ne pense pas que cela aurait changé grand chose, je me serais probablement enfuit quand même...

Arthur ne répondit pas. Si Mordred estimait que cette information n'aurait rien changé, que pouvait-il répondre ? Après un court moment de silence, le chevalier reprit:

- Aujourd'hui, j'ai des remords, Arthur, et ce sont eux qui me retiennent sur terre. J'ai des remords de vous avoir trahi, d'avoir rejoint Morgane et... de vous avoir tué, à Camlann. Je n'ai pas agi comme un vrai chevalier, j'ai laissé mes sentiments prendre le dessus.

Mordred mit un genoux à terre devant le monarque et déclara, la voix vibrante d'honnêteté:

- J'implore votre pardon ! Je sais que je ne mérite pas d'être devant vous, ni même de vous supplier comme je le fais... mais c'est tout ce que je demande, votre pardon.

Arthur resta interdit un très long moment. Ce que priait Mordred d'obtenir de lui n'était en effet pas évident, c'était même totalement imprévu et déplacé, à son sens. Il analysa la situation, il analysa ce qu'il ressentait... bien qu'étant mort par la faute de son ancien chevalier, il était finalement revenu à la vie et avait accompli en seulement quelques jours plus de choses qu'il n'avait accomplies dans sa première vie. Morgane était morte, Merlin était à ses côtés, tout comme sa femme, ses amis, son peuple, les sorciers étaient libres et Camelot rayonnait. Que pouvait-il demander de plus ? Il devait tourner la page sur le passé et accepter ce qui était arrivé, même si cela était dur. Il le devait s'il voulait avancer.

- Relève toi, Mordred.

Celui-ci s'exécuta et osa un regard craintif vers Arthur. Le souverain lisait, sur le visage de Merlin, dans ses yeux bleu-gris, cette même expression de sincérité et de dévouement qu'il avait toujours lu chez Mordred par le passé.

- Ce n'est pas facile, c'est même extrêmement difficile, mais... je te pardonne. Je suis sérieux, je ne dis pas ça pour te faire plaisir, je te pardonne.

Mordred fixa Arthur d'un œil pénétrant, le cœur soudainement plus léger. Il avait appris à connaître cet homme durant ces quelques mois à son service et savait reconnaître lorsqu'il mentait ou non. A cet instant, Arthur disait bel et bien la vérité. Mordred lui adressa un sourire ému et reconnaissant.

- Est-ce toi qui... qui a stoppé les affrontements l'autre nuit, qui a fait apparaître cet éclair dans le ciel ?

- Oui, répondit Mordred. Je voulais vous venir en aide.

- Merci..., souffla Arthur.

Mordred inclina à demi la tête, ce même sourire sur les lèvres, puis ferma les yeux. Soudainement, le corps de Merlin chuta de tout son long et fut tout juste rattrapé par le monarque qui l'empêcha de s'écrouler. Il cligna plusieurs fois des paupières et tenta de reprendre son équilibre.

- ça a marché ? Demanda t-il d'une toute petite voix.

- Si tu veux parler du fait que tu ne m'avais pas prévenu que je me retrouverai à tenir la conversation à Mordred, qu'il voulait se faire pardonner et que j'ai accepté de lui accorder mon pardon, eh bien... oui, ça a marché, Merlin.

Un sourire lumineux transfigura le visage du sorcier, un sourire profondément amusé et soulagé. Il risqua tout de même, afin d'être sûr:

~ Mordred ?... Mordred ?

Se heurter au néant fit comprendre à Merlin que l'ancien chevalier était parti. Il avait trouvé la paix.

- As-tu une autre expérience à tenter ? Voulut savoir Arthur, moqueur. Et, si c'est le cas, aurais-tu l'amabilité de me prévenir de ce qui m'attend ?

- Oh non, je tiens à voir la tête que vous ferez ! Répliqua Merlin sur le même ton.

- Oh la la...

Merlin ria de la réaction d'Arthur, une réaction qu'il avait envisagé, bien-sûr. Il alla se placer au centre de la clairière et, la tête tournée vers le ciel, entonna la formule utilisée par tout seigneur des dragons pour appeler un dragon. La voix de Merlin était rauque, puissante, tonitruante, résonnante, c'était une voix qui donna des frissons à Arthur. Quand le silence se fit de nouveau, ce dernier se demanda pendant un instant quelle était l'utilité d'un tel sortilège. Alors qu'il allait questionner son ami à ce sujet, un cri se détacha dans le ciel et une silhouette blanche, aux grandes ailes déployées, perça les nuages. La créature, qu'Arthur reconnut comme étant un dragon, fonça en piquée vers le sol et se posa juste devant Merlin. Elle avait l'air terrorisée et méfiante, jetant des coups d'œils dans toutes les directions. Le sorcier réprima un rire narquois devant la tête choquée du roi, mais retrouva vite son sérieux et se tourna vers le dragon. Il se mit à chantonner dans la langue des seigneurs des dragons et, quand il eut terminé, la créature baissa la tête en signe d'allégeance, c'est du moins ainsi que l'interpréta Arthur. Il observa Merlin s'avancer docilement vers le dragon et posa sa main sur son museau.

- Aithusa.

Le dénommé Aithusa émit un faible cri plaintif en guise de réponse.

- Tu ne seras plus seule, maintenant...

- Où est Morgane ?! S'énerva Aithusa.

- C'est une femelle ?! S'écria Arthur en entendant une voix féminine émaner du dragon.

- Euh... oui, je ne vous l'avais pas dit ? Répliqua innocemment Merlin.

Cette fois, ce fut au tour d'Arthur de lever les yeux au ciel et, contre toute attente, c'est également lui qui prit la parole pour s'adresser à Aithusa.

- Morgane est morte, nous...

- Vous l'avez tuée !

- Si nous ne l'avions pas arrêtée, c'est elle qui nous aurait tués. Elle était dangereuse... Je suis vraiment désolé, je sais qu'elle était ton amie.

Aithusa ne répondit pas. Il était désormais commandé par Merlin et relié à lui, il ne pouvait plus fuir nul part, ni rejeté son nouveau « maître ». Il était... seul, oui, seul. Sans Morgane pour vivre à ses côtés et veiller sur lui.

- Aithusa, reprit Merlin, nous ne te voulons aucun mal et nous sommes désolés que les choses se soient déroulées ainsi... Ne nous rejettes pas...

Le dragon émit ce qui ressemblait à un soupir, mais resta emmuré dans le silence. Il verrait bien comment évoluerait les choses par la suite, si ces deux hommes, Emrys et le « cher frère » dont parlait Morgane, étaient réellement tel que la prêtresse les décrivait ou s'ils étaient des gens biens. Merlin sentit que la colère d'Aithusa refluait légèrement et il savait qu'à force d'attention et de soins, il finirait par devenir la même créature emplit de sagesse et de prestance que l'avait été Kilgarrah.

Merlin rejoignit Arthur qui, un œil perdu dans le lointain, fixait l'imposante forteresse royale qui se découpait derrière les arbres, auréolée par le soleil couchant. Arthur posa une main sur l'épaule de son... frère et ancra un regard plein d'espoir et de promesse dans le sien.

- Nous allons créer Albion ensemble, Merlin. Toi et moi.

Et Merlin sourit, car, à travers ces quelques mots d'Arthur, il entrevoyait un avenir lumineux, glorieux, éblouissant, un avenir qu'il bâtirait et partagerait avec ses amis, avec les sorciers, mais le plus important... avec Arthur. Les deux faces de la même pièce, Arthur et Merlin, suivant le même chemin, à jamais soudés, liés, amis, frères.

Alors, je sais que j'ai fait des coupures entre deux, mais comme c'était le dernier chapitre je ne voulais pas insister sur les détails et plutôt aller à l'essentiel, sans pour autant bâcler le chapitre bien sûr ! ^^ J'espère que vous avez aimé, que la fin ne vous a pas déçus...

UN IMMENSE MERCI à tous ceux qui ont suivi cette histoire jusqu'au bout et qui ont laissé des reviews ! :D Merci de m'avoir suivi tout au long de cette petite aventure avec nos héros préférés ! :)

Peut-être à bientôt pour une nouvelle histoire !