Chapitre 1 : Une nouvelle donne
Amusée par le regard de son ancien maitre d'arme, elle ne put s'empêcher de laisser éclater sa joie. Après tout mettre en difficulté Glorfindel n'était pas chose commune et il fallait avouer qu'une leçon d'humilité lui serait en tout point bénéfique. Au fil des heures d'entrainement les elfes du royaume s'étaient rassemblés autour d'eux dans la grande clairière, silencieux mais extrêmement attentifs et admiratifs.
- Av-'osto, agorel vae, dit-elle avec une certaine insolence
L'éclair de colère qui traversa les prunelles de l'elfe, fut suffisant pour lui faire savoir que le combat se terminerait dans les secondes suivantes. En effet, vexé par les paroles de son amie il attaqua et elle profita de la faute commise pour le mettre à terre son épée pointée sur la gorge.
Aussitôt les applaudissements retentirent, saluant le vainqueur de ce combat mais également le vaincu, au loin le rire d'Elladan se fit entendre et son jumeau arborait cet air goguenard qui n'augurait rien de bon. Tendant une main à son second, elle lui adressa un sourire timide, il l'attrapa et la complimenta pour son habilité.
- Jamais un si beau combat ne fut mené en ce royaume, dit une voix calme
Ilyn se retourna et fit face au seigneur Elrond, impassible comme toujours mais brillait dans ses yeux une fierté mal contenue.
Glorfindel salua son seigneur et quitta la prairie rapidement, enjoignant les autres à en faire de même, au bout de quelques secondes, l'endroit fut presque désert.
- Tu as fait preuve d'impertinence
- Je sais, mais l'humilité est toujours une bonne leçon, mon seigneur.
Un sourire vint étirer les fines lèvres de l'elfe, et pour la première fois depuis son arrivée à Fondcombe elle le vit réellement heureux.
- Arwen requière ta présence.
Après un rapide salut, elle rejoignit en vitesse les appartements de son amie s'interrogeant sur la raison de cette demande, une affaire d'amour peut-être. Si seulement. La petite fille de Galadriel et Celeborn méritait de trouver l'amour, et puis cela apporterait un peu de vie au palais.
Empruntant le couloir secret qu'elle avait découvert, elle tomba nez-à-nez avec Elrohir qui lui adressa un regard mystérieux
- Ma chère, tu sembles essoufflée
- Arwen me demande et j'imagine que tu en connais la raison
- Moi ?
Il lui jouait la comédie, elle en était persuadée mais par expérience elle savait qu'il ne dirait mot. Maudissant cet elfe de malheur, elle poursuivit son chemin. Que de mystères. Si jamais la princesse désirait parler chiffons, elle entendrait parler du pays.
Un infime changement dans l'air lui apprit que quelque chose se tramait, par-delà les montagnes, quelque chose de dangereux et maléfique. Sa magie semblait être exacerbée depuis quelques temps, comme si quelqu'un désirait sa présence et ses aptitudes de part l'histoire il n'y avait qu'une solution et elle décida d'ouvrir son cœur à Elrond, lui seul serait capable d'apaiser son esprit.
Les hennissements de chevaux attirèrent son attention un bref instant, des invités étaient-ils donc attendus ?
La fille d'Elrond quitta ses appartements et se dirigea vers son amie, le regard illuminé par une étrange flamme. De toute évidence, l'un des cavaliers était attendu, et même plus que cela.
- Ilyn, te voilà enfin
- Que passe-t-il ? Pourquoi n'ai-je pas été prévenue de l'arrivée de visiteurs. Je suis chef de la garde et dois par conséquent être courant de chaque entrée et sortie en ce royaume.
- Paix, mon père désirait te voir prendre un peu de repos, et il s'est assuré lui-même de la sécurité.
- Ai-je fait quelque chose pour ne plus bénéficier de sa confiance ?, interrogea-t-elle vivement
La princesse l'observa un instant, interdite devant de telles paroles, comment Ilyn pouvait-elle croire cela.
- Non, bien au contraire. Un conseil aura lieu bientôt, et il souhaite ta présence. Mais en attendant tu dois apprendre quelques petites choses sur nos hôtes.
Le regard malicieux de l'elfe ne lui dit rien qui vaille, cette dernière l'entraina dans une pièce qu'elle ne connaissait pas, et aussitôt afficha une grimace et un regard qui faisait reculer bon nombre d'ennemis mais également d'elfes. Sauf que l'Etoile du Soir ne reculait pas devant le danger, et voilà comment, elle, chef de la garde et elfe noire de surcroît se retrouve enfermée dans une pièce emplie de robes et autres froufrous.
Apparemment, apparaître en tenue de combat n'était pas tolérable, les mentalités ne changeraient donc jamais.
Après de longues heures de torture à essayer diverses tenues et accessoires, elle put enfin rejoindre la salle d'armes et donner ses ordres afin de veiller à la sécurité des invités d'Elrond, toutefois une odeur peu … conventionnelle atteignit son nez et elle fronça les sourcils.
- Glorfindel, peux tu m'expliquer la raison…
- Elladan, grinça l'elfe furieux
- Bien. Je m'occupe de son cas, vas te changer.
Vérifiant une nouvelle fois que tout était parfait, elle quitta les lieux et se mit à la recherche d'un héritier farceur et incroyablement stupide. Est-ce que le seigneur verrait un inconvénient à perdre un fils ? Sans doute. Mais il y avait tant de vengeances possibles. Un sourire narquois éclaira son visage et concentrée sur sa tâche, elle ne remarqua que trop tard la présence d'un homme.
La rencontre fut brutale, déséquilibrée pendant quelques secondes elle se rattrapa bien vite et posa les yeux sur un homme très attirant, fort et fier. Les cheveux mi-longs, une tunique royale, un regard vif et curieux.
- Veuillez me pardonner, ma dame.
- Je vous en prie, je suis fautive. Je ne faisais pas attention, dit-elle en s'éloignant encore surprise du titre qu'il avait utilisé.
- Attendez !
Insensible à la supplique mal cachée dans cette demande, elle opta pour une conversation franche avec sa vieille amie. Ne prenant pas la peine, de frapper elle entra directement dans une majestueuse bibliothèque et s'immobilisa devant un divan.
- Il y a un magnifique spécimen masculin qui se promène dans le palais. Puis je connaitre son identité ?
- Plait-il ?
- Grand, cheveux mi- longs, tunique royale, regard franc et vif, très séduisant.
- Tu as rencontré le fils de l'intendant du Gondor, Boromir. Il sera présent au conseil ainsi qu'au repas.
- Qui seront les autres ?
- Estel, Bilbon, des Semi Hommes, des nains, un istari et des elfes sylvains.
- Elfe sylvain ?
- Legolas. Je sais ton histoire mais je te demande la plus grande réserve, il n'est plus temps pour les batailles entre nos peuples.
- Cela à un rapport avec les ombres de l'Ouest n'est-ce pas ? Quelque chose grandit par-delà les montagnes. Chaque jour, je ressens un appel sombre, Arwen. Et il en est de même pour tous les elfes noirs.
- Parles-en à mon père. En attendant, il nous faut nous préparer pour le banquet. Et je me doute que tu souhaites donner une leçon au fils de Thranduil.
- Je pensais devoir faire profil bas ? Oh tu es vilaine petite cachotière Arwen Undomiel.
Un rire cristallin lui répondit et elles mirent au point un plan, diabolique pour le prince, avec un peu de doigté Elrond ne soupçonnerait rien du tout. Ou alors, son courroux se reporterait sur les jumeaux mais en aucun sur les elleth.
Après avoir supplié son ainée de ne pas user de corset, la drowe se retrouvât incapable de respirer en raison du laçage très serré de cet engin de torture, si elle ne tombait pas évanouie au beau milieu de la réception ce serait un miracle. Sauf si le charmant héritier de l'intendant du Gondor souhaitait la réanimer…
Les regards masculins sur son passage ne lui plaisaient que moyennement, elle n'aimait en aucun cas être dévisagée, d'ordinaire elle était crainte et respectée alors que là…
Le repas serait sans aucun doute long, très long et à moins que les orques décident de pointer le bout de leur immonde carcasse elle devrait y assister jusqu'au bout. Avisant Bilbon, la draw soupira de soulagement, au moins il y aurait un visage ami et apprécié, et il lui avait promis une histoire quelques jours auparavant.
- Votre beauté emplit mon vieux cœur, dame Ilyn
- Vous n'êtes qu'un charmeur Bilbon Sacquet, rétorqua-t-elle avec douceur
- Allons, bon nombre d'hommes vous observent, peu importe les races.
- Et vous êtes le seul qui importe,
- Qui charme qui à présent, répliqua le hobbit
Elle ne put s'empêcher d'éclater de rire, attirant toute l'attention sur sa personne et celle de Bilbon, oui la soirée serait peut-être bonne finalement.
Elrond comme d'habitude siégeait dans un fauteuil situé au bout de la longue table sur l'estrade et à ses côtés se tenaient Gandalf et Glorfindel. Ce fut suffisant pour lui rappeler que ces trois-là étaient des seigneurs puissants.
Gandalf était sans aucun doute plus petit mais sa longue chevelure et barbe lui donnaient l'allure d'un roi. Un roi de jadis.
Glorfindel lui apparut grand et droit, les cheveux éclatants son visage reflétait la joie et l'étincelle dans ses prunelles montrait sa satisfaction de la voir habillée « convenablement ».
Quant à Elrond, son père de cœur et son seigneur, il paraissait tellement serein, sa chevelure sombre ceinte d'un bandeau en argent, ses yeux gris reflétaient la lumière des étoiles. Jamais il ne lui avait paru si sage, si majestueux.
Au milieu de la table, contre les tentures du mur, se trouvait un fauteuil surmonté d'un dais, et là était assise Arwen, plus belle que jamais encore une fois la draw ne se sentit pas à sa place. Elle n'était ni une princesse ni une personne de haut rang. Elle était une guerrière, protégeant et tuant. Sa place était avec ses semblables, dans les forêts environnantes, une épée à la main.
Elle fut étonnée de constater qu'elle avait une place à la table d'Elrond, de toute évidence elle n'était pas la capitaine de la garde ce soir. Restait à savoir ce qu'elle était réellement. Un long moment s'écoula avant qu'elle ne regardât de nouveau autour d'elle, trop occupée à tenter de percevoir les pensées de ses soldats dans les bois alentours. Elle chercha en tout premier lieu ses amis, qui se résumaient à Bilbon, Arwen, Elrond et Estel. Ilyn vit Bilbon, assis avec les autres hobbit arrivés peu de temps auparavant, au bout d'une des petites tables voisines de l'estrade. Mais aucun signe du rôdeur.
A sa droite se tenait, un nain d'aspect important et très richement vêtu. Sa barbe, maintenant blanche était plus fournie que dans son souvenir. Il portait une chaine d'argent et de diamants.
- Quel plaisir de vous revoir Gloïn,
- Dame Ilyn, voilà bien des années que nous ne sommes vus.
- Depuis la bataille des cinq armées mellon nîn. Je suis navrée pour votre épouse.
Il l'observa intensément pendant quelques instants, puis un sourire triste s'épanouit sur son visage.
- Vous avez du cœur, ne laissez pas les autres vous persuader du contraire. Vous êtes quelqu'un de bien, pour une elfe.
- Ce sont les paroles de Thorin il y a maintes années.
- Oui, soupira-t-il. Il vous appréciait réellement, et se sentait mal de…
- J'ai fait un choix, Gloïn. Ecu de chêne n'était en rien responsable, ce qui s'est passé est du fait de Thranduil et de son fils. Mais ne ressassons pas de vieux souvenirs, mon ami. Profitons de nos retrouvailles.
- Voilà de sages paroles, acquiesça joyeusement le nain.
Le diner sembla convenir à Gloïn, mais le voir ingurgiter autant de viande était juste écœurant, et son fils ne semblait pas en reste. Un regard intense posé sur son visage la fit se retourner vers Elrond, ce dernier semblait perturbé et il ne faisait aucun doute qu'Arwen venait de lui faire part de ses inquiétudes. Un bref instant elle crut discerner de la peur dans les yeux de l'elfe millénaire. Les représentants du Gondor, situés une table plus loin, semblaient en grande discussion, une discussion plutôt animée d'après l'air sombre de Boromir.
Ils conversèrent pendant un très long moment, se remémorant leurs épopées en compagnie d'un semi-homme, de la colère de Thorin ainsi que des facéties de Kili.
Un fracas retentit dans le couloir, puis des murmures étouffés, de toute évidence Elladan et son frère venaient de réussir leur petit tour. Cachant avec difficulté son sourire, elle observa les elfes sylvains pénétraient dans la salle, couverts d'une substance gluante et particulièrement nauséabonde. Le fils de Thranduil essayait de conserver sa dignité et s'avança vers Elrond, dont les yeux n'avaient jamais été aussi surpris, puis s'inclina une main sur le cœur. Un rapide regard avec les blondinets à ses côtés fut suffisant pour déclencher un incident diplomatique.
Avant d'avoir pu esquisser le moindre mouvement, elle sentit une épée reposer sur sa gorge, le propriétaire appuya suffisamment pour faire couler le sang.
- Vous…., gronda le prince avec rage. Vous êtes responsable de mon état.
Elle sentit Gloïn se tendre et aperçu Boromir se lever de son siège, une main sur le pommeau de son épée. Il fallait calmer les choses de suite avant que la situation ne dégénère. La voix profonde du seigneur d'Imladris retentit dans la salle, ordonnant aux elfes sylvains de relâcher sa fille. Etonnée par un tel aveu, l'elfe noire se tourna vers son souverain, et pour la première fois de sa très longue existence, se sentit réellement aimée. Elrond la considérait comme son enfant. Une étrange chaleur se fraya un chemin dans son cœur.
La pression de l'acier disparut et elle put respirer à nouveau librement, sans craindre que l'on lui tranche la gorge les Gondoriens se rassirent, dardant néanmoins un regard sombre sur le prince de Mirkwood.
Demandant la permission de quitter la salle, elle se leva et gagna les lourdes portes sculptées, ignorant toute personne présente. Cet elfe arrogant lui paierait cette infamie.
Arwen avait beau l'habiller comme une personne noble, elle ne serait jamais qu'une paria une erreur de la nature qu'il fallait exterminer.
Avisant une servante dans les couloirs elle l'interpella et lui demanda de l'eau pour nettoyer sa blessure.
- Puis je m'en occuper, ma dame ?
- Je ne souhaite pas vous déranger…
- Aucunement, ce qui vient de se produire est inacceptable. Attaquer un membre de la famille royale…
- Vous savez ce que je suis Laliel…
- Une elfe capable de se sacrifier pour les autres. Capitaine de la garde et protectrice du royaume vous êtes également aimante et douce envers les plus jeunes et les plus faibles. Alors ne laissez pas un prince prétentieux et aussi stupide qu'un orque vous persuader du contraire.
Depuis son arrivée en ces lieux, elle appréciait particulièrement le franc-parler de Laliel, trouvant en elle une égale mais également une amie loyale et fidèle.
Que devait-elle faire à présent ? Retourner dans la salle et faire face à celui qui avait pointé une arme sur elle ? Des pas rapides mirent fin à ses interrogations, et se dressa face à elle, le Gondorien.
- Ma dame,…
- Je vais bien, seigneur Boromir. Ce stupide elfe n'a jamais eu le moindre talent avec une épée.
- Il en possède assez pour vous blesser de toute évidence.
- Merci d'être venu à ma rencontre.
Il inclina la tête et observa avec minutie les moindres détails de son visage, s'attardant sur la mince ligne rouge. En cet instant elle eut un étrange sentiment. Comme si l'humain devant elle, pouvait voir à travers le masque.
