Elle soupira. Cette forêt était décidément très grande, et très tortueuse, et c'était vraiment facile de s'y perdre ! Il y avait des insectes de partout, et les arbres lui faisaient des croches pattes de leurs racines. Pour quelqu'un qui n'avait pas marché en forêt depuis cinq ans, c'était pénible ! Plusieurs fois elle fut tenté d'abandonnée et de s'assoir sur un rocher pour se reposer, mais elle craignait que les trois sorciers se mettent rapidement à sa poursuite, enfin, surtout pour le Chien et le Singe, par ce que le dernier n'aurait surement pas envie de gambader dans les bois sur ses horaires de sieste. Elle marcha donc jusqu'à en avoir mal au pied tout en songeant qu'elle n'était pas encore arrivée à la capitale !
Elle en était la de ses complaintes quand elle fut attaqué par des brigands et mise dans un sac avant d'être jeté dans une carriole qui partit pour une direction indéterminée. Mais comme elle n'avait plus à marcher, Lissandra ne se plaignit pas trop. Avec un peu de chance ils allaient jusqu'à la capitale ! Elle pouvait en tout cas compter sur eux pour la sortir de la forêt et pour la dissimuler involontairement aux sorciers ce qui n'était pas mal du tout pour ses affaires. Par ce que nuls doutes que si elle se faisait rattraper, ils ne s'encombreraient pas de la garder vivante « au cas où » cette fois ci. Pour quelqu'un qui avait passé de longues années d'ennui le plus total, elle se retrouvait totalement incapable de distinguer les situations dangereuses des autres, car pour elle, tant qu'elle ne s'ennuyait pas, tout allait bien. En un mot, la princesse Lissandra était une princesse totalement inconsciente, et rien que d'imaginer que l'enjeu de cette intrigue dépendait d'elle faisait pâlir d'horreur l'auteur.
Elle commençait à avoir des fourmis dans les jambes et à s'ennuyer ferme quand le charriot s'arrêta enfin et qu'elle fut bringuebalée dans l'obscurité totale au travers de ce qui devait être une série de couloirs ou de rues, elle ne pouvait pas le dire. Lissandra était assez agacée maintenant, elle n'aimait pas se faire mener en bateau et traiter comme un simple objet, or c'était bien le cas actuel. Mais avant qu'elle ne songe à se débattre, on lui retirait la toile de jute qui obscurcissait sa vision et elle se retrouva momentanément éblouie par la forte lumière.
« Patron, on l'a trouvée dans la forêt de Little Garden, plutôt belle marchandise vous trouvez pas ? » parla un des brigands du groupe.
Qui était ce « patron » qui semblait faire commerce des jeunes filles, se demanda Lisssandra en plissant les yeux pour y voir un peu mieux. Finalement, les tâches lumineuses dans ses yeux s'estompèrent et elle distingua enfin le chef du groupe. C'était un homme assez grand, brun, avec une cicatrice barrant son visage à l'horizontale au niveau du nez, dont l'expression pleine de dédain et de mépris semblait littéralement encrée sur ses traits. Il ne devait pas être capable de beaucoup d'autres expressions que celle-ci, ce qui en disait long sur sa personne. Il était installé négligemment sur un immense fauteuil qui ressemblait presque à un trône, les pieds posés sur le bureau devant lui, un cigare collé entre les deux, et la tête appuyé sur sa main, l'air de s'ennuyer mortellement. Il ne devait pas sourire souvent, à part peut-être quand il torturait des petits chatons innocents. Le plus remarquable dans sa personne aux yeux de la jeune fille, c'était qu'il était habillé dans ce qu'elle considérait être la panoplie stéréotype du pirate, crochet en or compris !
Il daigna lever les yeux de la liasse de papiers qu'il fixait avec autant d'intérêt qu'il semblait capable de compassion et ses yeux se plissèrent en l'avisant. Il sembla sur le point de dire quelque chose puis se ravisa et tira une bouffé de son cigare avant de souffler un nuage de fumée et te taper la cendre du bout qui tomba par terre, rejoindre d'autres innombrable petits paquets de cendres.
« Little Garden ? Qu'est-ce qu'une midinette dans ce genre foutait là-bas ? » grogna-t-il d'un ton méprisant.
Lissandra réalisa que la question lui était posé à elle, même s'il n'avait pas faire l'effort de lui adresser directement la parole, ce qui lui fit plisser le nez de contrariété. Pour qui se prenait donc ce rustre ? Pour la peine, elle se passerait de répondre, de toute façon ça ne les concernaient pas.
« Oy ! Sir Crocodile t'a posé une question ! » S'écria un sous fifre en la bousculant.
Elle l'ignora royalement et regarda plutôt par la fenêtre pour identifier où elle se trouvait. Elle avait vue sur la mer, donc une ville côtière. Au vue de la fréquentation, probablement pas la grande ville portuaire de Water Seven, elle penchait donc plutôt pour Whiskey Peak, qui était assez mal famé et réputé pour les problèmes de pirateries. Elle avait certes passé plusieurs années enfermée, mais elle n'en avait pas pour autant négligée de s'informer sur l'état du pays ! Elle entendit un bruit de meuble qu'on tire (ou qu'on pousse, selon le point de vue) puis des bruit de pas et fut contrainte de tourner la tête vers le Pirate en chef qui lui avait coincé le menton entre ses doigts et la fixait d'un air calculateur :
« Ton nom ? » demanda-t-il presque aimablement comparé à la fois précédente.
« Lissandra. » répondit-elle presque docilement en écarquillant les yeux devant cette proximité intimidante, tout en gardant la tête haute pour montrer qu'elle ne se laissait pas facilement marché sur les pieds.
« Hn. Ce visage me semble familier… » Marmonna-t-il pour lui-même avant de la lâcher.
Il agita vaguement le bras où sa main était remplacé par un crochet, et Lissandra se demanda comme il avait perdu cette main, tendu que les gaillards derrière-elle la lâchaient presque à regret pour sortir de la pièce. Visiblement ils s'étaient faits congédié de la manière la plus dédaigneuse du monde ! Elle avait les mains liées par une corde, mais au moins elle avait de l'air pour respirer sans être nasalement indisposé par les odeurs d'alcool et de sueur de ses camarades de voyages ! Sir Crocodile s'était posté devant la fenêtre avec une expression pensive qui lui donnait des airs de conspirateur et elle resta debout à se demander quoi faire. Elle n'avait pas fui les trois sorciers pour se retrouver coincé avec un pirate, elle devait retrouver son père pour en apprendre plus sur ses origines ! Heureusement, personne ne savait que le roi avait eu une fille (et pour peu, lui-même ne le savait pas !) sinon il l'aurait sans aucun doute utilisé comme moyen de pression pour avoir une rançon.
Pourtant, quand il se retourna vers elle, elle eut presque le sentiment qu'il l'avait percé à jour, à cause d'une lueur étrange dans son regard, à la limite de la jubilation. Mais elle avait peut-être rêvé par ce que la seconde suivant il était de nouveau froid et dédaigneux, un rictus méprisant sur les lèvres. Avec une parodie de galanterie qui lui donna pourtant quelques instants une aura de gentleman, il lui tira une chaise et l'invita à s'y assoir en coupant au passage la corde avec le tranchant de son crochet. Wow c'est vachement aiguisé pour de la déco ! Il retourna s'installer à son bureau comme avant qu'elle n'arrive et s'étira avant de faire remarquer mine de rien :
« C'est pas courant de croiser du monde à Little Garden. C'est plutôt le genre d'endroit qui sert à dissimuler des gens ou des choses.»
Son cœur manqua un battement au regard en coin qu'il lui lança et elle eut cette fois-ci la certitude que si cet homme n'avait pas découvert le pot-au-rose ce ne serait qu'une question de temps. Par ce qu'il avait un esprit aussi affuté qu'une lame de rasoir !
« Ce que je faisais là-bas ne regarde que moi. » déclara-t-elle avec aplomb.
Après tout, un pirate était toujours moins dangereux que trois sorciers ! Elle s'était accommodée de ces derniers et avait fini par s'échapper, alors échapper à une bande de crétin alcoolisé et à un bougre arrogant ne devrait pas lui prendre trop longtemps. Comme s'il avait lu dans son esprit, le pirate se fendit d'un sourire moqueur et défiant, l'air de dire : Essai toujours de m'échapper poulette, on va rire un peu… Elle secoua la tête pour chasser cette idée de sa tête, elle n'allait pas se laisser intimider par un pirate quand même ! Surtout que tout se passait principalement dans sa tête, pour autant qu'elle le savait, il avait peut-être repensé à un moment comique de sa vie ou ne savait tout bonnement pas sourire. Puis elle se dit que le mieux serait que les sorciers la rattrape, engage le combat avec les pirates, et pendant la confusion elle pourrait tranquillement prendre la fuite !
Elle n'avait pas du tout envie de devenir à nouveau prisonnière de qui que ce soit, ni d'un pirate, ni même du palais royale, raison pour laquelle elle réfléchissait au moyen de parler à son père sans qu'il ne soit capable de l'empêcher de partir et qu'il la force à devenir une gentille princesse civilisée. Problématique. Elle avait sérieusement beaucoup de gens qui voulait la faire captive et elle n'était sortie que depuis quelques heures !
« Et sinon pourquoi je suis là moi ? » demanda-t-elle finalement.
Elle eut droit à un terrifiant et très sexy sourire carnassier :
« J'allais y venir ! »
…
Il était hors de question qu'elle mette un pied dehors avec…ça ! Des vêtements ?! La blague ! Même un bébé en couche culotte devait se sentir plus couvert qu'elle à cette instant ! Le tissu chatoyant et chamarré ne servait qu'à cacher le strict minimum de l'essentiel et les talons sur lesquels on l'avait perché était des supplices à pieds ! Elle n'allait jamais réussir à marcher avec, alors courir ou, comme on semblait l'exiger d'elle, servir avec serait im-po-ssi-ble ! Elle soupira et s'assit sur le lit qui au moins était confortable. Elle en avait marre !
« J'en ai marre de ce monde de merde ! » s'exclama-t-elle d'une voix lasse.
« Voyons, voyons il ne faut pas dire ça » s'exclama une voix joviale. « Je suis bien la seule à comprendre à quel point ce monde est rempli de gens sans éclat et que ma splendeur est inégalable, mais toi tu devrais te sentir un peu plus intégrer que ça. »
C'était… la Fée Formidable ! Lissandra sursauta avant de se tourner vers la jeune femme aux cheveux roses et aux ailes transparente qui était tranquillement installé sur le rebord de sa fenêtre, le visage couvert de griffures mais pas le moins du monde embarrassé de débarquer de nulle part dans une chambre occupé.
« Et je dois le prendre comment ? » demanda finalement la brune qui se sentait légèrement insulté.
Elle fit un vague geste de la main :
« Comme tu veux princesse, comme tu veux ! Moi tu sais, je fais juste mon job, qui est vraiment pénible et en-dessous de mes capacités, mais comme je suis généreuse j'aide quand même les gens dans le besoin. »
« C'est pour ça que tu m'as aidé à fuir d'Impel Up ? »
« Ah ça ? Non pas du tout. Je peux juste pas blairer le Chien Rouge, il me tape sur les nerfs. Tu l'aurais vue au dernier séminaire de la Magie Solidaire ! A cancané comme s'il était le roi du monde alors qu'il n'est même pas au service d'un roi/empereur/prince/etc. ! Pff ! »
Visiblement, la fée Formidable avait un complexe vis-à-vis du sorcier, peut-être qu'elle n'aimait pas ses ailes ? Ce qui lui fit penser…
« Il est où ton chat volant au fait ? » sous-entendu, comment par tous les vents es-tu monté jusqu'au 6ème étage ?!
« Erk… Il est jaloux et a tenté un coup d'Etat, mais je l'ai maté et maintenant il fait grève. C'est compliquer de gérer les sous fifres ! Pourquoi je pouvais pas avoir un balai comme les sorcières ? Bonn ça manque de confort mais au moins ils n'ont pas de revendication eux ! »
Etrangement, elle se sentait un peu désillusionné de voir l'envers du décor de la Magie et du Féerisme… Ca perdait un peu de son charme. A ce moment là, on frappa violemment à sa porte :
« Oy grouille toi femme ! Tu prends ton service dans dix minutes ! »
« Non mais pour qui il se prend ce boudin ?! » s'énerva la Fée, la veine battante. « Et toi pourquoi tu le laisse te causer comme ça ! j't'aime bien, alors considère toi comme au-dessus de la lie de l'humanité, non mais oh ! »
« En fait, je me suis faite attrapé par des pirates qui veulent se servir de moi comme serveuse dans un bar louche, d'où les loques puantes que je porte. Tu ne voudrais pas m'aider, ô Fée Formidable ? »
La fée cligna des yeux puis rosi de plaisir en s'ecriant :
« Bien sûr que je vais t'aider ! Je peux pas intervenir directement sur les gens, la plupart du temps je me contente de faire des Prophéties quand ça m'arrange mais elles mettent un an à se réaliser. »
« Un an ? Tant que ça ? » Soupira Lissandra, déçu.
La fée regarda frénétiquement autour d'elle avec un air de pécheuse avant de lui chuchoter :
« Par contre, si ça peut t'aider j'ai une poudre… c'est de la bonne ! Le top du top de ce qui se fait dans le milieu ! »
« Et euh…. Elle sert à quoi cette poudre ? »
« Oh, plein de truc, si tu crache dedans et que tu jettes le tout dans un verre, ça sert d'aphrodisiaque, si tu le souffle directement dans les yeux de quelqu'un il ne verra plus que toi, et si tu la snif, ça te permet de devenir invisible pour une heure. »
Wouah. Ils avaient des trucs puissants les gens du milieu magique ! Mais ça n'avait pas l'air très légal vu le comportement paranoïaque de la Fée en lui expliquant les choses.
« Ah et avec de la verveine c'est super efficace contre la gueule de bois ! » Termina joyeusement la fée sous le regard interloqué et sceptique de la jeune fille.
« Oh euh… et pour marcher avec ses chaussures, tu peux m'aider ? » demanda-t-elle finalement.
« Pas de soucis ! File les moi ! »
Elle cracha dans les deux chaussures sous le regard choqué et dégouté de la princesse puis lui retendis les talons aiguilles en déclarant :
« C'est un truc de fée, t'inquiète y'a rie n de visqueux, c'est de la pâte de fleurs qui tiendra tes pieds au frais et t'évitera les ampoules. »
Elle avait vaguement l'impression de parler avec une commerciale d'une agence de produit de beauté… Mais elle fut agréablement surprise en enfilant les chaussures à nouveau : elle se sentait comme dans des chaussons !
« Bon écoute, je vais aller chercher quelque chose qui pourrait t'aider, je te laisse la poudre, mais fait très attention, si jamais tu la renverse et que la poudre se répand autour de toi, tous ceux qui la sentirons deviendrons obsédé par ta personne et te pourchasserons, quitte a s'entre tuer pour te garder pour eux. Et c'est très chiant tout ce qu'il faut faire après pour rompre le sort alors autant éviter. » déclara finalement la Fée avant de disparaitre dans un Pop retentissant.
« Mais c'est grave dangereux ce truc ! » s'écria Lissandra avec horreur en tenant le flacon comme un bâton de dynamite.
Voilà, chapitre un posté ! Le découpage des chapitres risque d'être un peu arbitraire, mais je fais de mon mieux pour garder l'ensemble cohérent. Dites-moi ce que vous en pensez !
